Une visite de Cuba, un voyage ou une lecture oblige à de constants questionnements. À peine croit-on avoir perçu les subtilités de l’île qu’une expérience nouvelle, réelle ou fictionnelle déconcerte par une nouvelle énigme. C’est bien là tout le charme de Cuba.

Les Romans Policiers de Cuba

leonardo padura fuentes

Les gens pensent que Cuba doit être le paradis ou l’enfer. Je dis toujours que Cuba est comme le purgatoire… et c’est là qu’on trouve les gens normaux.

LEONARDO PADURA FUENTES

Aussitôt le pied posé, surtout lors d’un premier voyage, le lecteur/voyageur est confronté à de multiples chocs et paradoxes. Cuba ne ressemble à aucune autre destination au monde. Culturellement riche mais économiquement pauvre, dotée d’une architecture éblouissante mais délabrée, Cuba est étrangement à la fois euphorisante et exaspérante.

Le particularisme de Cuba résulte de son histoire:

Le particularisme de cet archipel résulte de son histoire, fresque marquée par la colonisation espagnole, l’esclavage, l’indépendance, la création d’une république, la dictature de Batista, la Révolution, Fidel Castro et Che Guevara, et un régime communiste répressif. Entre les États-Unis au nord et l’Amérique Latine au sud, Cuba semble lutter depuis longtemps pour se trouver une place.

De matière concomitante, le roman policier cubain a tardé à émerger et n’a pu s’établir et rayonner à l’international qu’à partir des années 1990. Il existait à Cuba, île de poètes, une attitude très honteuse envers le roman policier. Honteuse car le vide de la production locale du genre policier durant la période 1930-1960 contrastait avec le succès populaire des romans noirs étrangers américains ou hispaniques. De plus, l’archipel cubain a souvent été le lieu choisi pour la trame de très nombreux romans policiers. Lesquels reflétaient clichés, stéréotypes et fantasmes sur Cuba et ses habitants : un bout de terre figé dans le temps, musique, danse, amoureux passionnés et esprit révolutionnaire.

 

Avec le triomphe de la Révolution Cubaine dans les années 1960-1970, le rôle de la production artistique se voit limité. Tout oeuvre se doit de célébrer et de défendre les principes de la Révolution plutôt que de remplir une fonction esthétique. Le “Quinquennat Gris” (1970-1975) mené par le gouvernement cubain ainsi pousse de nombreux intellectuels à l’exil. La poussée de l’autoritarisme a de nombreuses conséquences néfastes pour l’art, la culture et les sciences sociales. De nombreuses revues sont fermées ou censurées. Des artistes, des journalistes dont les oeuvres ou écrits ne reflètent pas l’idéal socialiste se voient accusés de représenter un “problème idéologique”. Paradoxalement, apparait et foisonne le roman policier révolutionnaire, manichéen, aux intrigues de qualité douteuse où ne pouvaient exister que deux types de méchants : le délinquant banal condamné à être vaincu par les forces policières ou l’agent aux services de l’étranger en mission pour détruire le régime socialiste. Dès 1971, le ministère de l’intérieur castriste organise le “concours de l’anniversaire de la Révolution” permettant chaque année l’édition du manuscrit primé. Les contraintes éditoriales, sous forme de censure ou d’auto-censure, restreignirent le roman policier à un protagoniste sans défaut et à une vision très idyllique de Cuba. Ces contraintes ajoutées aux restrictions en papier imposées par le blocus américain avaient alors plus ou moins tari le roman policier à Cuba.

Cuba vit alors un grand changement : son insularité avec “alliés communistes” devient peu à peu facteur d’isolement. Les conséquences économiques et sociales sont dévastatrices. Le tissu social se trouve déchiré : criminalité, prostitution, incivisme font une apparition brutale à la Havane. Dès lors, parmi la “première génération” éduquée dans le socialisme après la Révolution, dans le dogme que le socialisme était la grande solution aux problèmes de l’être humain, nombreux sont les intellectuels se trouvant face à un dilemme moral insoluble entre le désir de s’exprimer sur ce constat d’échec, la censure et l’idéalisation de la Révolution. Comment exprimer le mal qui touche la société cubaine?

destination cuba

 

Le partenariat et le soutien de l’URSS durera 30 ans mais en 1991 avec la chute de l’URSS, cette relation s’arrête brusquement et Cuba sombre dans une décennie de crise et de disette. Fidel Castro doit alors lâcher du lest pour permettre aux Cubains de sortir la tête de l’eau. Il les autorise à créer de petites entreprises privées, à acheter des téléphones portables, des voitures mais aussi à vendre leur logement. En 2006, le lider « Maximo » passe la main à son frère, Raul Castro, qui poursuit la politique de libéralisation.

Le paroxysme de la désillusion des intellectuels cubains est atteint avec la mise en lumière de système de corruption gouvernementale (trafic de drogue et autres crimes). Ce moment historique est important, il signifie la fin d’un tabou dans la société révolutionnaire et dès lors dans la littérature cubaine. Le roman policier se dote ainsi d’un pouvoir critique et se libère du devoir moralisateur des décennies précédentes. Les auteurs se font publier à l’étranger où les maisons d’éditions leur reconnaissent une valeur littéraire, universelle et politique. Bien plus romans noirs que policiers (la trame policière n’est qu’une excuse pour exposer la réalité cubaine), les polars installent Cuba dorénavant sur la carte littéraire du roman policier.

Aujourd’hui, au moment où Miguel Diaz-Canel prend le pouvoir, quel avenir pour les littératures policières à Cuba ?

LES ROMANS POLICIERS CUBAINS

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