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Philip Kerr en dédicace à la Foire du Livre de Bruxelles 2017

Philip Kerr vient de disparaître. Originaire d’Écosse, il est le créateur de Bernie Gunther, célèbre détective au cœur de sa série de romans policiers historiques. Né à Édimbourg en 1956, il avait choisi le droit avant de collaborer dans différents journaux, comme Sunday Times, Evening Standard et New Statesman.

Auteur d’une trentaine de livres, dont 12 romans policiers historiques qui mettent en scène le personnage de Bernie Gunther,qui se déroulent pour beaucoup en Allemagne, durant la Seconde Guerre mondiale, et se prolongent durant la Guerre froide.

Ian Rankin (auteur écossais de romans policiers, de romans d’espionnage et de critiques littéraires) a littéralement été soufflé par la nouvelle. Dans un message, il rappelle combien les romans de Gunther « sont extraordinaires, un mélange de grande narration et de recherches brillantes, avec un héros (a)moral réaliste ».

Interview de Philip Kerr

Propos recueillis en février 2012 par Clémentine Thibault & Mikaël Demets pour la rédaction de l’ouvrage Polar Le Grand Panorama de la Littérature Noire (Édition de La Martinière).

De l’Allemagne nazie à l’Amérique latine des années 1950, Philip Kerr, sur les pas de son détective Bernie Gunther, décrit les arcanes d’un siècle cynique et d’un monde gangrené par l’hypocrisie qui semble tourner en rond, sans fin.

D’où vous vient cet intérêt pour l’Allemagne?

Je voulais comprendre cette période, essayer de cerner pourquoi Hitler était arrivé au pouvoir, comment le pays a pu basculer. Ce que j’aime dans l’écriture de romans historiques, c’est déterrer des choses étonnantes, défaire les mythes. Je suis licencié en philosophie allemande et en droit allemand – je sais, ça n’a pas l’air excitant…- et cette nation m’a toujours attiré. On m’a souvent rétorqué que c’était arrogant d’écrire sur Berlin sans être allemand. Or, si l’on regarde la littérature, Berlin vit beaucoup à travers le regard des Britanniques. Il y a eu des écrivains allemands, évidemment à commencer par Alfred Döblin et son monumental Berlin Alexanderplatz, mais Berlin, au XXe siècle, a surtout été explorée par des Anglais, comme W. H. Auden, Stephen Spender, Christopher Isherwood, ou après la guerre par John Le Carré… Les Britanniques ont toujours joué un rôle dans la littérature berlinoise.

Vos romans entremêlent réalité et fiction, et intègrent des personnages historiques. Comment procédez-vous ?

J’ai le luxe d’avoir sous la main les pires méchants de l’histoire de l’humanité !
Le public est fasciné par ces figures, comme il le serait par des monstres, par Dracula. Ces personnages sont la clé qui permet de comprendre toute la période. Or, si je n’en faisais que des monstres de foire, ce serait déplacé, ridicule, caricatural. Je dois soigneusement les humaniser.
Raconter une intrigue qui se déroule à l’époque du IIIe Reich, c’est comme jouer une pièce de théâtre dans laquelle une chose énorme et terrifiante se tapirait dans le fond de la scène. Il y a eu des milliers et des milliers de meurtres à cette période, au point qu’il devient presque absurde d’être un policier qui enquête sur un de ces morts…

Peut-on considérer que l’hypocrisie est finalement le sujet de vos livres ?

L’hypocrisie est le moteur de la politique : dire une chose, en faire une autre. Le résultat de cette hypocrisie est plus choquant quand on parle des nazis, mais elle existe partout. Les États-Unis sont capables, pour des raisons économiques, d’être d’une hypocrisie sans limites. Certes ils ont libéré l’Europe, mais tout n’était pas rose pour autant : le recrutement des savants nazis reste l’exemple le plus frappant de ce pragmatisme amoral. Tout au long du XXe siècle, la marque de la politique étrangère américaine tient dans cette formule : « Faites ce qu’on dit, pas ce qu’on fait ». Ce que j’essaie de faire, c’est simplement de rappeler au lecteur ce qui s’est passé, pour éviter de croire à l’Histoire officielle, ou à ce que professent nos dirigeants. Aujourd’hui, les gens sont de toute façon beaucoup plus cyniques qu’avant, ce qui a un avantage : ils sont moins enclins à croire aux mensonges des politiciens.

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