#un_but_un_polar

#un_but_un_polar

La coupe du monde, c’est aussi l’occasion de lire !

De façon générale, il est nécessaire pour tout amoureux du ballon rond de se justifier face à ceux qui détestent ce sport. Le parallélisme avec les lecteurs de polar se vérifie souvent. Peut-on aimer le foot et le polar pour autant ?

Avant tout, ce qui définit fréquemment ceux qui dédaignent foot et/ou polar, c’est un certain snobisme intellectuel.

Je hais le foot et tout ce qui va avec. Pourquoi ? À mes yeux, le foot est directement responsable de la régression de l’espèce humaine car il canalise toute la bestialité de l’homme, il anéantit ce qui nous différencie des animaux : la réflexion.

Marc-André, Prof de Lettres

Je n’aime pas les polars. Les personnages sont trop stéréotypés, les histoires, trop prévisibles. Mais ce que je trouve le plus rebutant, c’est leur prétention d’explorer les tréfonds de l’âme humaine alors qu’ils ne font qu’exploiter ses aspects les plus pervers et violents.

Valérie, Architecte amatrice de Littérature Classique

Pourtant le monde du foot et de moindre mesure, celui du polar sont de grandes démocraties : peu importent le pays, la condition sociale, l’éducation reçue, tous, qu’ils soient riches ou pauvres, étudiants ou retraités, peuvent parler d’égal à égal sur qui a été la meilleure équipe de la Coupe du Monde, la France ? la Croatie ? la Belgique ? ou l’Angleterre ? comme il est possible d’échanger sur quel est le meilleur thriller du moment : le dernier Dan Brown ? ou celui de Joël Dicker ? Difficile, même impossible si le débat se déplace vers un sport comme le golf, ou sur le lauréat du Prix Renaudot.

Une coupe du monde, c’est pour les footeux l’occasion d’encourager, de supporter ou de critiquer son équiper face à des adversaires d’horizons proches ou lointains. Le temps d’un match, c’est réagir face à un style de jeu étranger, des comportements et attitudes différents, des tactiques exotiques, une culture footballistique inconnue : la naïveté des Japonais sur le dernier corner lors du match contre la Belgique, la rugueuse équipe des guerriers Uruguayens, les vieux briscards Vatreni (Croates) qui ne renoncent jamais – enfants lors de la guerre d’indépendance sanglante … Le temps d’une lecture, un bon polar nous plongera également dans des réalités fictionnées à la découverte d’humanités, de milieux, de codes, d’histoires ignorées qu’elles soient proches de nous ou sur un autre continent.

Parler de football, ce n’est pas juste parler de football. En surface, il peut sembler qu’une discussion ne se limite qu’à débattre de savoir qui de Hazard, Modrić ou M’Bappé a été le meilleur joueur ou si le schéma tactique de Deschamps a produit ou pas du beau jeu, ou s’il y avait penalty ou simulation de Neymar. Il existe, je pense, un processus mental inconscient. À travers le football, nous définissons ainsi une identité morale, autant que quand nous choisissons un parti politique ou une cause à défendre. Ainsi, nous révélons clairement nos valeurs, nos priorités, notre relation à l’extérieur. Idem, lors du choix d’un polar suivant la lecture de la quatrième de couverture ou les recommandations d’un bon libraire.

L’attachement d’un amateur de football à un joueur peut être motivé par son style de jeu, sa technique, son parcours, ses performances, sa conduite sur et hors d’un terrain, son comportement dans la victoire ou dans la défaite … Il représente une attitude face à la vie à laquelle le fan de foot accorde une grande importance. De même pas de bon polar sans un grand héros/anti-héros chez qui l’amateur de polar admire la conduite, les valeurs, le talent et les qualités tactiques et techniques. La palette des figures de détectives est suffisamment garnie pour former une équipe : le gardien (de la morale dans une société corrompue), les défenseurs (de la veuve et de l’orphelin), les milieux (arpenteurs de terrains des hautes sphères aux bas-fonds), les attaquants (dont le but est de vaincre l’adversité). Wallander, Montalbano, le commissaire Habib, Mario Conde, El Perro (Lascano), le privé Makana, Sam Spade, Jean-Baptiste Adamsberg, le procureur Teodore Szachi, Joe Middleton ou le prodige Ishigami : Quel Onze de base !

L’amour du foot est loin d’être dérisoire. L’amour du polar est loin d’être dérisoire.

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