
Mesdames et messieurs, soyez les bienvenus au bal des sept collines, cette piste de 148 pages qui a paru chez L’Harmattan Cameroun en 2023.
Grégoire NGUEDI, l’auteur du roman « Le bal des sept collines », qui nous a réunis le 29 novembre 2024 à la Fondation Tandeng Muna, était déjà l’auteur de cinq romans ; une fièvre d’écrivain qui a fait exploser le thermomètre en 2010, avec son premier roman intitulé « La destinée de Baliama ».
« Ignorants que vous êtes (…) le cameroun ne remportera jamais la Coupe d’Afrique des Nations à domicile, que ce soit dans le nouveau stade d’Olembé ou dans le grand stade qui jusqu’à ce jour, souffre d’avoir un nom variant. Des fois, on l’appelle stade de Mfandena ou stade Omnisport, d’autres fois, c’est le stade Ahmadou Ahidjo, encore d’autres fois, c’est le stade Paul Biya. Quel est finalement le nom de ce stade ? » P.16

Lewis-Henry, le personnage principal de ce roman, était stupéfait lorsqu’il entendît cette phrase, cette nuit-là, alors que le Cameroun, et Yaoundé en particulier, était excité à l’idée d’organiser la Coupe d’Afrique des Nations 2019. Et comment ne pas être pris de stupeur, quand une telle affirmation était lancée là, au Bar des champions, cet espace de réjouissance implanté face au stade sans nom fixe et dans lequel l’effervescence de la Coupe d’Afrique des Nations à venir était particulière ? Comment ne pas l’être, quand celle-ci était dite par cette vieille femme, Iwam Minga, cette centenaire dans son expression française soutenue, cette femme que la vie avait rendue acariâtre, cette femme qui était en colère contre tous, cette femme qui réclamait justice à la suite de son père, pour sa famille, depuis des décennies ? Comment ne pas l’être quand chaque férue de football espérait que la coupe porte le nom du Cameroun afin de laver la honte de l’édition de 1972 ?
Ce soir-là, Lewis-Henry, jeune et bel homme, ne voulait que deux choses à son arrivée au Bar des champions : se saouler la gueule et convaincre une belle de partager sa nuit. Il était le mouton noir de sa famille et avait l’impression qu’il n’était à sa place nulle part. Il repéra une belle, mais avait l’impression d’essayer d’attraper un silure. Les minutes qui passèrent lui donnèrent l’impression que les énergies réunies n’étaient pas d’humeur à la rigolade. Iwam Minga confirma ses appréhensions assez vite : le stade sans nom fixe est sous le joug d’une malédiction ancestrale et le pays n’y remportera jamais une competition majeure, sauf réparation. Cette déclaration et l’explication des faits que vous lirez de la page 16 à la page 24, troublera Lewis-Henry au plus haut point. Il décide d’en savoir plus le lendemain.












Le lendemain, malheureusement, il ne retrouve pas Iwam Minga ; heureusement, il revoit son silure de la veille, sa belle à la « cambrure insolente », comme vous le lirez à la page 13.
Sa Belle s’appelle Afiri Amvoue, elle est doctorante en histoire et ses travaux l’obligent à étudier l’histoire de Yaoundé, obligation qui l’a conduite à côtoyer Iwam Minga.
Par la force de la conspiration et l’espièglerie de la vieille femme, les destins de Lewis-Henry et de sa Belle seront scellés. Leur amitié va peu à peu se construire et attiser l’intérêt des parents de Lewis-Henry, lui qui n’avait toujours comme amies que des filles à la tête vide.
Au-delà des recherches académiques d’Afiri, ils vont se lancer à la quête de la vérité sur le courroux d’Iwam Minga ; d’autant plus que l’organisation de la CAN 2019 avait été effectivement reportée et que des menaces d’annulation planait comme de milliers d’épées de Damoclès.

Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi on appelle la capitale politique « Ongola » ? Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi on l’appelle « La ville aux sept collines », quand on sait qu’elle en compte plus de sept ? Connaissez-vous l’histoire des noms de ses quartiers ? Connaissez-vous la provenance du nom « Yaoundé » ? Rassurez-vous, ces mêmes questions, notre couple d’enquêteurs les avaient à bout de cervelle.
Aidés de la documentation en leur possession, ils entameront leur enquête au quartier Briqueterie, lieu d’habitation de Afiri, où se mêlent grande pauvreté et grande richesse, où le « vivre ensemble », tant clamé aujourd’hui, est un mode de vie. « Dans ce quartier, tout le monde jonglait entre les différents patois ou langues ; ainsi, on passait souvent et sans transition du bamoun à l’ewondo, du Wolof au Haoussa (…) Le vivre ensemble était une réalité. », lira-t-on à la page 83.
Du quartier dit Mvolyé à Olembe, ils n’auront de cesse d’être étonnés face aux révélations des Anciens. Yaoundé prendra une autre couleur à leurs yeux et des évidences de diversités selon les quartiers seront comme des lumières au bout de leurs nez. Leurs esprits seront éclairés sur les combats des pionniers de la cité politique comme TSOUNG MBALLA ou encore OMGBWA BISSOGO ; sur le nom originel de Yaoundé que vous découvrirez à la page 47 ; sur la véritable influence de la colonisation dans le changement des dénominations ; sur la chronologie des constructions des premiers édifices majeurs ; sur l’attribution des noms de quartiers ; sur le pourquoi « Ongola » – qui signifie en français la barrière ou la clôture – dont vous lirez la symbolique à la page 64 ; et la liste n’est pas exhaustive. Mesdames et messieurs, Je meurs d’envie de vous révéler toutes ces belles découvertes que j’ai faites en lisant « Le bal des sept collines », mais alors, le bal s’arrêtera là… La lecture vous en dira donc plus.

L’amour, les guerres tribales, la colonisation, la tradition, l’abus de pouvoir… sont autant de thèmes exposés dans les 21 chapitres de ce roman. Mais surtout, l’auteur met en exergue la déculturation chronique qui anime les populations de la cité politique et même du Cameroun en général. Car, en réalité, Iwan Minga n’en avait cure du football, elle désespérait de voir des jeunes qui s’intéressent à leur passé, pour mieux appréhender le présent.
Lire ce roman rend son lecteur privilégié. Privilégié d’apprendre des notions enseignées dans aucun livre d’histoire scolaire.
Loin du formalisme des essais, l’auteur nous a offert deux personnages jeunes, deux personnages prêts à être ce Fer de lance de la nation, des jeunes qui comprennent que connaitre son histoire est le commencement de la vraie vie, pour paraphraser l’auteur. D’ailleurs, le nom ewondo Afiri Amwoue qui signifie littéralement « l’amitié de confiance / l’amitié sûre », caractérise bien la jeune dame qui ne ménage aucun effort pour instaurer confiance et assurance auprès de Lewis-Henry, au cours de leurs enquêtes à travers les sept collines.
Lewis-Henry, autrefois fier de ce prénom d’anthropologue célèbre, qui lui donnait une certaine importance, lui, l’enfant des beaux quartiers, a désormais honte de le porter, même si ses origines à lui sont à des centaines de kilomètres de Yaoundé. Il se sent un autre homme, il se sent utile, il se sent désormais réellement porteur de la mission de reconciliation d’Iwan Minga et porte parole auprès des jeunes, pour qu’ils s’imprègnent de leur histoire et soient plus respectueux des éléments qui les entourent.
Nous ne pouvons que saluer le travail de recherche de l’auteur et le glossaire qu’il a offert tout au long du roman, permettant ainsi de rendre à la littérature son authenticité, sa diversité, son ouverture au champ des possibles des lecteurs. Et puisque « Qui dit merci en redemande », nous espérons, à travers ses prochains livres, en apprendre des autres villes.
Pour arriver à ce changement chez Lewis-Henry, la femme joue un très grand rôle. La vieille Iwam Minga qui le choisit malgré lui pour participer à cette mission, sa mère qui resserre ses liens avec Afiri, qui, elle-même, le pousse dans tous ses retranchements en faisant éclore en lui le fils que la société attendait. On a l’habitude de dire que « La femme est la mère de l’humanité » : il ne s’agit donc pas seulement de maternité, mais de grandes influences et grandes décisions dans le monde, depuis la nuit des temps.








La page 18 nous dit : « Pour construire votre présent et rêver d’un avenir digne, faites, de temps en temps, un tour dans le passé et essayez de le comprendre. » Mesdames et messieurs, acheter ce livre constituera, j’en suis sûre, l’un des meilleurs investissements que vous ferez cette fin d’année, car la culture n’a pas de prix ; encore plus en ce siècle qui va vite, trop vite.
L’auteur a pensé à tous les publics. Pour les plus jeunes – et même les adultes, une bande dessinée de 53 pages découlant du livre est disponible : « Le trésor des sept collines » ; pour apporter des éléments qui ne figurent pas dans le livre, il a produit une frise chronologique de la ville ; et pour resserrer les liens familiaux ou amicaux, un jeu de société portant le nom originel de Yaoundé. Il s’agit donc d’un projet dynamique d’apprentissage par le loisir. Et ça tombe bien, les fêtes de fin d’année approchent, achetez des exemplaires auprès de toutes les librairies L’Harmattan et offrez-les à vos proches, car la lecture de ce livre délivre.
Pauline ONGONO










































