À l’occasion de son trentième anniversaire, le quotidien camerounais Mutations organise une série d’activités destinées à célébrer son parcours tout en ouvrant une réflexion sur l’avenir du journalisme au Cameroun. Placées sous le haut parrainage du ministère de la Communication, ces manifestations se dérouleront du 1er au 8 juillet 2026 et réuniront professionnels des médias, universitaires, étudiants, partenaires institutionnels ainsi que le grand public autour d’un même objectif : penser les mutations de la presse à l’ère de la révolution numérique.
Les festivités s’ouvriront le mercredi 1er juillet2026 par une conférence de presse au Djeuga Palace Hôtel de Yaoundé. Animée par le Directeur de publication de Mutations, Georges Alain Boyomo, et le journaliste Franck Evina, cette rencontre permettra de présenter les grandes articulations de cette célébration, les ambitions du journal ainsi que les défis auxquels il fait face dans un environnement médiatique en constante évolution.
Dans la continuité de cette dynamique, une marche sportive sera organisée le dimanche 5 juillet à Yaoundé. Prévue dès 7 heures, elle reliera le rond-point Bastos au Parcours Vita. Bien au-delà de son caractère sportif, cette initiative traduit la volonté de Mutations de renforcer les liens avec ses lecteurs, ses partenaires et l’ensemble des citoyens, tout en promouvant les valeurs de santé, de solidarité et de convivialité.
Le lundi 6 juillet sera consacré à une journée portes ouvertes. À cette occasion, le public aura l’opportunité de découvrir les coulisses de la rédaction, les différentes étapes de production d’un quotidien ainsi que les métiers qui concourent à la fabrication de l’information. Cette immersion permettra également de mieux comprendre les exigences du journalisme professionnel à une époque où l’information circule à une vitesse inédite.
Le mardi 7 juillet constituera sans doute le temps fort intellectuel de cette célébration. La journée débutera par un atelier d’écriture journalistique réservé à une trentaine d’étudiants issus des écoles et instituts de formation en journalisme. Encadrés par des journalistes et des professionnels reconnus, les participants bénéficieront d’un partage d’expériences portant sur les techniques rédactionnelles, l’éthique, la recherche de l’information et les exigences du métier.
Par la suite, une conférence-débat réunira plusieurs personnalités du monde universitaire et des médias, notamment les professeurs Emmanuel Mbede, Viviane Ondoua Biwole et Baba Wame, ainsi qu’Alain Blaise Batongue, sous la modération du Dr Carole Yemelong. Les échanges porteront sur le thème général : « 30 ans de Mutations : les défis des contenus, de la gouvernance économique et de la digitalisation ». Les intervenants analyseront les transformations profondes qui touchent aujourd’hui les médias, tout en proposant des pistes de réflexion pour assurer leur pérennité.
Les festivités s’achèveront le mercredi 8 juillet avec la parution d’une édition spéciale du journal retraçant trois décennies d’engagement au service de l’information, avant une soirée de gala.
Au-delà de la célébration de cet anniversaire, cette semaine commémorative soulève une interrogation essentielle : quel avenir pour la presse écrite à l’ère du numérique ? En effet, le développement des réseaux sociaux, des plateformes numériques et des médias en ligne a profondément transformé les habitudes de consommation de l’information. Désormais, le public recherche l’immédiateté, la gratuité et l’accessibilité permanente, obligeant les journaux traditionnels à repenser leurs modèles économiques et éditoriaux.
Pour autant, annoncer la disparition de la presse papier serait sans doute prématuré. Malgré la baisse des ventes observée dans plusieurs pays, le journal imprimé conserve des atouts que le numérique ne remplace pas entièrement. Il demeure un support privilégié pour l’analyse approfondie, la vérification rigoureuse des faits et la conservation de la mémoire collective. En outre, la crédibilité associée aux titres historiques constitue un capital précieux dans un contexte marqué par la prolifération des fausses informations.
Toutefois, la survie de la presse papier dépendra de sa capacité à se réinventer. L’avenir réside probablement dans la complémentarité entre le support imprimé et les plateformes numériques. Les entreprises de presse sont ainsi appelées à diversifier leurs contenus, développer des offres digitales performantes, renforcer les abonnements en ligne et créer des expériences éditoriales innovantes tout en préservant les valeurs fondamentales du journalisme : la rigueur, l’indépendance et la responsabilité.
En célébrant ses trente années d’existence, Mutations ne se contente donc pas de regarder le chemin parcouru. Le quotidien ouvre également un espace de réflexion sur les défis qui attendent les médias africains et rappelle qu’une presse forte, crédible et indépendante demeure un pilier indispensable de la démocratie, du débat public et du développement. Cette célébration apparaît ainsi comme un rendez-vous majeur pour tous ceux qui croient encore à la force de l’information de qualité, quel que soit le support par lequel elle est diffusée.
A la tête du groupe Les Fous du Livre, éditrice, promotrice culturelle, chroniqueuse et figure majeure de l’écosystème littéraire camerounais, Marie Bertille Mawem s’est imposée comme l’une des voix les plus influentes de la promotion du livre en Afrique. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, partage sa vision du développement de la chaîne du livre, évoque les défis du secteur et dévoile les ambitions de la 7ᵉ édition du Festival international La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026).
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et revenir sur les grandes étapes de votre parcours dans l’univers du livre et de la culture ?
Dr H.C. Marie Bertille MAWEM, née le 25 juin 1984 dans la région du Centre, département du Nyong-Ékelle, dans le village Song-Mawem. Très tôt, j’ai rejoint mon père en France, où je vais passer de nombreuses années avant de revenir m’installer au Cameroun. Hôtelière et comptable de formation, j’ai déposé mes valises comme autodidacte de la littérature. Malgré le milieu opaque et très souvent fermé aux nouvelles initiatives, je me suis faite une place de choix…
J’incarne une vision rare et audacieuse, celle d’une femme qui refuse de dissocier la passion de l’action, l’art de l’entreprise et la culture du développement économique. Ma trajectoire n’est pas un chemin, c’est un véritable manifeste. Après avoir affûté mes compétences au sein de plusieurs maisons d’édition, avec stratégie, j’ai pris une décision radicale en 2018 : quitter mon poste de Responsable commerciale et marketing des éditions Ifrikiya pour devenir l’architecte de mon propre projet.
Cette transition n’était pas un simple changement de carrière, mais une volonté profonde de m’impliquer pleinement dans l’ensemble de la chaîne du livre, de sa création à sa promotion. De cette ambition est né le concept fédérateur « Les Fous du Livre », une initiative qui a pris son envol avec la création de l’Association Les Fous du Livre (AFL) en 2017.
Je fonde également en 2021, ma propre maison d’édition, qui compte aujourd’hui plus d’une centaine de titres, contribuant activement à la diversification de la production littéraire en Afrique.
Ce dynamisme a créé le Festival international la Semaine des Fous du Livre en 2018, un événement qui, en plusieurs éditions, s’est imposé comme un rendez-vous culturel majeur au Cameroun, attirant chaque année de nombreux pays et témoignant de son rayonnement continental et international.
Forte de cette expérience, je mets également ma plume et ma voix au service de l’information en tant que Chroniqueuse TV depuis huit ans dans la chaîne de télévision camerounaise Vision 4, pour la rubrique Chroniques Poétiques de l’émission AFRO CAFE, et consultante permanente au Poste National de la CRTV, le dimanche à 8h30 à l’émission intitulée In the family, en famille, depuis neuf ans.
Sur VISION 4
Le 21 décembre 2021, je suis nommée Coordinatrice Nationale du Pôle des Arts Littéraires du Cameroun au Ministère des Arts et de la Culture. Une nomination qui vise à accompagner la vision gouvernementale dans le processus de structuration du secteur des Arts et de la Culture au Cameroun.
En octobre 2024, je reçois le Prix FILAB de la Meilleure Corporation Culturelle au Benin. Le 11 août 2025, je suis élue Première Vice-Présidente du Groupement Patronal Entreprises et Territoires (GREN TERRITOIRES), je franchis ainsi un nouveau cap, devenant un pont stratégique entre le monde de l’art, l’économie réelle et le développement des territoires. Le 15 décembre 2025, je reçois le Prix d’Excellence Culturelle de la Chaire UNESCO ACCES-TIC en reconnaissance à ma contribution au rayonnement de la Culture Camerounaise. Le 2 avril 2026, une consécration majeure vient couronner mon parcours, je dirai une distinction prestigieuse, de l’École Supérieure des Métiers des Arts et de la Culture du Benin : le Doctorat Honoris Causa, pour mes contributions exceptionnelles au développement durable, tant sur les plans social, culturel qu’économique. Une distinction qui reconnaît l’impact profond de mon engagement et la portée transformative de mon action. Le 28 mai 2026 à Libreville, je remporte le Prix FILIGA du Promoteur Littéraire Africain 2026, en reconnaissance à mes travaux et mon engagement au rayonnement de la littérature et de la culture à travers le monde.
Visionnaire, stratège et ambassadrice de la culture, je suis la preuve vivante que l’on peut être à la fois une artiste accomplie et une femme d’affaires influente. Je promeus activement l’égalité des droits entre hommes et femmes au Cameroun à travers une littérature inclusive qui met en lumière les voix féminines, les activités littéraires que j’organise pour des femmes sous-scolarisées, et des programmes d’alphabétisation qui permettent aux femmes de révéler leur potentiel, de gagner en autonomie et de contribuer pleinement à la société.
Mon parcours, jalonné de distinctions nationales et internationales, n’est pas seulement une source d’inspiration ; il démontre que la culture, loin d’être un luxe, est le moteur d’un futur qui se construit avec audace et engagement.
Quelles rencontres, expériences ou lectures ont le plus influencé votre engagement en faveur de la promotion de la lecture et des arts littéraires ?
Black Boy de Richard Wright, car il se rapproche d’une histoire réelle ; Les Fourberies de Scapin (Molière), Le Cimetière des Bacheliers (François Nkeme), Séverin Cécil Abéga (Les Bimanes), Francis Bebey (Le Fils d’Agatha Moudio), Machiavel (Comment Devenir un Fin Stratège), et bien d’autres.
En tant que femme évoluant dans le secteur culturel, quels ont été les principaux défis auxquels vous avez été confrontée et comment les avez-vous surmontés ?
S’imposer dans l’univers culturel en général et dans celui du livre en particulier, sans les codes ni les parcours académiques traditionnels, relève souvent d’un véritable acte de foi. En autodidacte, il a fallu conquérir ma légitimité, apprendre sur le terrain et faire entendre une vision nouvelle face aux résistances du milieu. Trouver les ressources nécessaires pour donner corps à cette ambition et déployer une politique éditoriale innovante a constitué un combat quotidien. À cela se sont ajoutées les exigences d’un secteur concurrentiel où chaque avancée se gagne avec persévérance. Et en tant que femme, il m’a aussi fallu briser des plafonds invisibles, transformer les préjugés en force et faire de ma détermination ma plus belle signature.
Effectivement, vous êtes à la tête de plusieurs initiatives culturelles. Quelle vision guide aujourd’hui votre action en faveur du développement du livre au Cameroun et en Afrique ?
Le livre au Cameroun est un Géant en devenir : conscient de ses fragilités, mais riche de promesses et d’opportunités pour ceux qui osent le réinventer. Portée par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, je pense qu’il faut repenser la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.
Les Éditions Les Fous du Livre occupent une place avérée dans l’écosystème littéraire. Quelle est la mission de cette maison d’édition et quel bilan en faites-vous depuis sa création ?
Les Éditions Les Fous du Livre sont nées d’une conviction profonde ; celle qu’un nouvel essor du livre est possible au Cameroun. Portées par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, elles œuvrent à repenser toute la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.
Notre ambition est de faciliter la publication des auteurs, d’insuffler une nouvelle politique éditoriale et d’inventer de nouvelles manières de concevoir, diffuser, distribuer et commercialiser le livre. À travers un modèle économique innovant et inclusif, nous voulons faire du livre un véritable levier de transformation culturelle, sociale et économique. Nous comptons aujourd’hui plus de 100 titres publiés, nous sommes donc en bonne voie pour atteindre nos objectifs.
Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels font face les auteurs, éditeurs et autres acteurs de la chaîne du livre au Cameroun ?
Les defis sont nombreux, mais entre autre, je dirais : le coût élevé de production , les difficultés de diffusions, les droits d’auteurs, le manque des bibliothèques, l’absence de structuration réelle du secteur du livre.
Votre engagement a été salué par plusieurs prix et distinctions, comme indiqué à l’entame de cet échange. Quelle importance accordez-vous à ces reconnaissances et quel impact ont-elles sur votre parcours ?
La reconnaissance est le premier salaire de tout travail. Je suis profondément honorée que mon travail soit reconnu et valorisé. Cette reconnaissance me pousse à travailler encore plus, de mieux tracer mon profil de carrière… Aussi, elle donne plus de légitimité à mon travail et au métier que j’ai choisi de faire.
Consécration du Docteur Honoris Causa le 02 avril 2026 à YaoundéRemise du Prix d’Excellence Culturelle de la Chaire UNESCO ACCES-TIC 2025 par son Excellence Monsieur l’Ambassadeur Itinérant Roger Milla, le 15 décembre 2025
Parmi les nombreuses initiatives que vous avez portées, quelles sont celles dont vous êtes la plus fière et pourquoi ?
La création des Fous du Livre dans toutes ses composantes. Parce que ce concept contribue activement à la promotion de la lecture, de l’écriture et de la culture au sein de la communauté littéraire. Il offre aux jeunes et aux passionnés du livre des espaces d’apprentissage, d’expression et d’épanouissement. Grâce à ces initiatives, de nombreux talents littéraires sont révélés et accompagnés. Les Fous du Livre participent au rayonnement de la littérature africaine et camerounaise. Leur engagement constant en faveur de l’éducation et du savoir en fait un véritable acteur du développement culturel.
Parlant d’engagement, le Festival International la Semaine des Fous du Livre est devenu un rendez-vous majeur de la vie culturelle. Quel regard portez-vous sur son évolution depuis sa création ?
Depuis sa création, le Festival International la Semaine des Fous du Livre a connu une évolution remarquable, passant d’une initiative ambitieuse à un rendez-vous culturel incontournable. Chaque édition a gagné en envergure, en qualité et en diversité des activités proposées. Le festival a su rassembler des acteurs du livre de différents horizons et renforcer la promotion de la littérature auprès de tous les publics. Son impact sur la valorisation de la littérature est de plus en plus visible. Aujourd’hui, il s’impose comme une véritable plateforme de dialogue, de découverte et de rayonnement culturel.
Audience accordée par le Ministre des Arts et de la Culture du Cameroun, le 26 novembre 2025 en prélude du Festifous 2025Visite des stands Festifous 2026
Que réserve la prochaine édition du Festival des Fous du Livre aux participants, aux professionnels du livre et au grand public ?
La 7ᵉ édition du Festival International La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026) promet quatre jours riches en découvertes, en rencontres et en opportunités pour tous les acteurs de la chaîne du livre. Pour les participants et le grand public, le festival proposera une grande foire-exposition du livre, des conférences-débats, des tables rondes, des animations culturelles, des concours littéraires, des journées dédiées aux pays invités ainsi que des rencontres avec des auteurs, éditeurs et professionnels du secteur. Les visiteurs pourront également prendre part à des masterclass en écriture, art oratoire, slam et technologies créatives. Pour les professionnels du livre, le FESTIFOUS offrira de véritables espaces d’exposition et de promotion, des rendez-vous d’affaires (B2B et B2C), des opportunités de réseautage, une forte visibilité médiatique et numérique, ainsi que des cadres de réflexion sur les enjeux du développement de l’industrie du livre en Afrique. La literature inclusive, élément nouveau de cette édition, occupera une place de choix.
Enfin, cette édition se veut une plateforme de valorisation des talents, de création de partenariats et de diffusion du savoir, réunissant tous les maillons de la chaîne du livre, institutions, entreprises et startups autour d’une même ambition : faire du livre un puissant levier de développement culturel et économique.
Le concours Miss Fous du Livre suscite un intérêt croissant. Quelle est la philosophie de cette initiative et quelle contribution apporte-t-elle à la promotion de la lecture auprès des jeunes ?
Le concours Miss FESTIFOUS est bien plus qu’un concours de beauté. Il s’agit d’une initiative éducative, culturelle et citoyenne conçue pour faire des jeunes femmes de véritables ambassadrices du livre, de la lecture et des valeurs positives. Sa philosophie repose sur une conviction simple : la beauté prend tout son sens lorsqu’elle est accompagnée de l’intelligence, de la culture et de l’engagement social.
À travers ce concours, Les Fous du Livre souhaitent valoriser des jeunes femmes capables d’inspirer leur génération par leur amour de la lecture, leur maîtrise de l’expression écrite et leur engagement en faveur du changement social. L’édition 2026 s’articule autour du thème : « Non à la dépravation des mœurs », invitant les candidates à produire un texte original, afin de démontrer leur réflexion, leur créativité et leur capacité à défendre des valeurs essentielles à la société.
Le concours met ainsi l’écriture et la lecture au cœur du processus de sélection. Pour les jeunes, Miss FESTIFOUS constitue une formidable porte d’entrée vers l’univers du livre. En encourageant la rédaction de textes, la découverte d’auteurs, la prise de parole en public et la réflexion critique, l’initiative contribue à développer le goût de la lecture, tout en renforçant la confiance en soi, le leadership et la culture générale des participantes. Au-delà de la compétition, Miss FESTIFOUS crée une communauté de jeunes lectrices engagées qui deviennent des modèles auprès de leurs pairs. Elles participent ainsi à la promotion du livre, à la sensibilisation sur les enjeux sociaux et à la construction d’une jeunesse plus instruite, plus responsable et plus consciente de son rôle dans la société.
En somme, Miss FESTIFOUS est une célébration de la beauté, de l’intelligence et de la culture, au service de la promotion de la lecture et de l’épanouissement de la jeune fille africaine en général et camerounaise en particulier.
Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs, aux auteurs, aux éditeurs et à tous ceux qui œuvrent pour la valorisation du livre et de la culture africaine ?
J’invite tous les amoureux du livre à poursuivre leur engagement en faveur de la lecture et de la culture africaine. Chaque lecteur, auteur, éditeur ou acteur culturel contribue à préserver et transmettre notre patrimoine intellectuel. Ensemble, faisons du livre un outil d’éducation, d’émancipation et de transformation sociale. Continuons à raconter nos histoires, à valoriser nos talents et à inspirer les générations futures. L’avenir de l’Afrique s’écrit aussi dans ses livres. Le livre étant par excellence le meilleur outil de transmission des valeurs, mais aussi le lieu où l’on consigne nos us et coutumes.
Le samedi 20 juin 2026, le club de lecture 15 Pages Par Jour a tenu sa rencontre mensuelle à La Maison des Savoirs, bibliothèque sise à Yaoundé, au quartier Étoudi. Animés par Ray NDEBI, les échanges ont débuté à 15h et, pendant près de deux heures, ont vu s’ouvrir des portes insoupçonnées du recueil de poésie paru aux Éditions KADEÏ en janvier 2026, Les mots parlants, proposé par son auteure Diane-Annie TJOMB pour une lecture critique ouverte. Au bout du jour, alors qu’une grosse pluie s’abat sur la capitale du Cameroun, une idée commune a germé dans chaque esprit, et c’est ce qui va constituer ce retour de lecture.
À cette rencontre étaient présents les membres réguliers du club de lecture, ainsi que l’écrivaine Pierrette NDZIE, grande passionnée de lecture, qui a contribué avec ses perspectives de cet ouvrage, à construire une lecture plus approfondie de la plume du jour.
DIANE-ANNIE TJOMB, L’ENGAGEMENT HUMAIN
Quand une plume se déploie sous le coup de la révolte, il est attendu d’elle un engagement traditionnel ; aller en guerre contre un état des lieux ou pour une cause toujours donnée noble. Hors de ce registre, les auteurs sont surtout dits de gare ou de distraction. Avec Diane-Annie TJOMB, nous découvrons, sous cette nouvelle plume (c’est son troisième livre, après deux romans, Liaa et TUBA B.), une identité d’écriture singulière. Nous allons essayer de la présenter en quelques points :
✓ Prendre les devants
JE, ainsi se tient la plume de l’auteure ici, pour dire au monde que chaque pas qu’elle marque est assuré, assumé. Elle ne laisse donc planer l’ombre d’aucun doute quant à la démarche prise au long des trente-sept poèmes offerts dans ce recueil à la fois public et intime. C’est à ce titre qu’elle ouvre son appel avec le texte Oser, dans lequel elle utilise “nous” ce « je » pluriel par lequel elle indique au lecteur « je suis parce que nous sommes ». Le même ton vient conclure le recueil, pour dire « nous commençons ensemble, nous poursuivons ensemble » ; et la tragédie de Mbanga Pongo, portant ce dernier élan, symbole de cet ensemble dans la reconstruction des bonheurs.
À travers les lignes, parfois vers parfois proses, Diane-Annie TJOMB se lève, comme dans Debout !, et passe à l’action. « Debout je me tiendrai pour te montrer…» illustre bien ce don de soi pour que l’ensemble apprenne par la voie de la Passion plutôt que par celle du soutien. Elle invite alors chacun à se prendre en main exactement là où il se trouve ; en fonction de sa condition réelle, pas celle que l’on veut commune ou empruntée. C’est donc un JE universel qu’elle propose d’entreprendre au cœur de soi.
✓ Ouvrir des voies
L’autre enseignement que nous avons retenu en confrontant nos lectures de Les mots parlants, est l’ouverture à une expérience nouvelle. La pensée de Diane-Annie TJOMB est orientée vers l’authenticité, la reconnaissance de ses propres valeurs face à ce que la tendance offre : partir. Billet d’au revoir, par exemple, renseigne pleinement sur la résilience ; mais pas une résilience qui résonne comme un refrain à la mode, mais celle-là qui reconnaît sa force dans une « forêt hostile » sur des « plages fragiles », même quand « on vit dans notre propre pays en aventurier, comme des immigrés ».
Cette lettre à Léopoldine qui se conclut par « J’exhumerai mes rêves pour leur insuffler de la vie », et ce en allant à la conquête de ce pays qu’elle ne connaît pas assez pour aller en visiter un autre. L’auteure nous dit que l’eldorado est chez soi, il ne sert à rien de rêver d’un ailleurs qui espère nous voir renier nos racines. Et nous comprenons alors que pour aider notre pays, nous devons apprendre à le connaître.
Prendre le courage de décliner l’indécent exposé par Mes valeurs d’abord !, malgré « le regard féroce, d’une laideur terrifiante, de la souffrance ». Hemlé vient ajouter de l’énergie pour « atteindre l’inaccessible », parce que « les chemins sinueux ne constituent pas toujours des abîmes ».
Lire la plume de cette native de Bengbis c’est aller et oser, même « par effraction » pour commencer, car tout finit par s’arranger quand on est plusieurs.
✓ Préserver l’équilibre
S’engager. Voilà ce qui nous a le plus pris du temps durant nos échanges. Certains ont dit l’auteure philosophe, d’autres psychologue. D’autres encore martyr. À la lumière des réflexions exposées, elle est simplement Humaine. Sous sa plume, on voit aussi la victime terrée dans chaque bourreau. « Ce n’est pas contre vous que le soleil brille/…/Il ne vous accuse pas, il vous inonde » ; ainsi apparaît le côté réparateur de Diane-Annie TJOMB. Comme dans L’homme qui répare les femmes, elle vient réparer l’âme du bourreau ; cette âme victime d’une oppression encore plus lourde pour elle que les souffrances que répandent ses mains.
Quand on a parlé de Les mots parlants, l’engagement humain (autant par la personne que par l’âme) a sanctionné les discussions. Diane-Annie TJOMB se tient au cœur de la condition humaine pour laisser s’exprimer sa clairvoyance. Avec elle, la prophétie perd ses atouts d’annonces soutenues par des « Amen » de convenance, pour se faire souffle et habiter l’esprit en proie au doute. Ce qui viendra ne viendra pas par hasard ou miracle, mais parce que tu l’as choisi. Debout ! nous dit que « le bonheur est une graine qui se cultive tout au long du chemin ». Rien ne nous attend si ce n’est ce vers quoi nous choisissons de marcher. Et c’est de sa propre expérience (parlant de la plume) qu’elle puise toutes ces ressources afin que l’autre s’en inspire.
Si nous devons énumérer tous les points qui présentent Les mots parlants de Diane-Annie TJOMB, un grand volume devra être nécessaire, tant sa plume permet des voyages et des explorations multiples au sein de chaque poème, de chaque vers. L’aspect humain, psychologique, lui confère un statut particulier en ce qui concerne l’engagement ; si parfois ses positions sont fortes comme au bout de Sonette, nous savourons l’équilibre qu’elle tient entre le bien et le mal, le bourreau et la victime… Dans une terre où « on traverse la vie sans vivre », seule la résilience permet d’éviter l’âbime, et pour cela, il faut apprendre à se connaître, s’assumer et s’exprimer.
A la fin de la séance, dehors il pleuvait des cordes, dans la salle, il pleuvait des 9/10, des 8/10, donnant une note générale de 8,75/10 à Les mots parlants.
Du 20 au 26 avril 2026, nous avons organisé la deuxième édition de la Semaine du Critique Littéraire en Ligne (SECRILO).
Diffusé en direct sur nos plateformes numériques, notamment Facebook Live et LinkedIn Live, et en présentiel à La Maison des Savoirs à Yaoundé, cet événement international a réuni pendant sept jours des écrivains, critiques littéraires, enseignants-chercheurs, éditeurs, bibliothécaires, slameurs, journalistes et passionnés de littérature venus de plusieurs pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord, plus précisément du Cameroun, de la République centrafricaine, du Gabon, du Congo, du Tchad, de la Guinée, du Burkina Faso, de l’Algérie, de la Côte d’Ivoire, de la France, du Canada, du Togo, de la RDC, de la Pologne, du Bénin et du Sénégal.
À travers une série de panels thématiques, la SECRILO 2026 avait pour ambition de questionner la place et le rôle de la critique littéraire dans l’écosystème du livre, tout en favorisant la professionnalisation des pratiques critiques, le dialogue entre les différents acteurs de la chaîne du livre et la création d’espaces de réflexion adaptés aux réalités contemporaines.
Durant une semaine, les échanges ont mis en lumière les défis auxquels fait face la critique littéraire africaine et mondiale : légitimité des critiques, indépendance intellectuelle, rapports avec les écrivains et les éditeurs, rôle des lecteurs, influence des réseaux sociaux, réseaux d’influence, place des espaces de diffusion et avenir des métiers liés au livre.
Modérée par Kadidia Nébié (Burkina Faso), cette première rencontre a ouvert le débat sur la relation complexe entre l’auteur et le critique.
Les panelistes ont souligné à l’unanimité que la critique constitue un véritable miroir pour l’écrivain. Lorsqu’elle est rigoureuse et argumentée, elle peut contribuer à améliorer les pratiques d’écriture, à affiner les choix esthétiques et à nourrir une réflexion sur les attentes du lectorat.
Cependant, plusieurs participants ont mis en garde contre le risque d’une écriture excessivement influencée par les attentes critiques, qui pourrait freiner la créativité et uniformiser les œuvres.
Les échanges ont permis de poser une question fondamentale : comment préserver la liberté créatrice de l’auteur tout en reconnaissant l’utilité du regard critique ?
Sous la modération de Jek Lulutégui Loua (Côte d’Ivoire), ce panel a exploré les critères qui fondent la légitimité du critique littéraire.
Les intervenants ont interrogé plusieurs dimensions : la formation universitaire, l’expérience de lecture, la maîtrise des outils d’analyse, la connaissance des contextes culturels et l’éthique professionnelle. Cette discussion a permis de déconstruire l’idée selon laquelle la critique serait réservée à une élite académique.
Les panélistes ont insisté sur le fait que la légitimité ne repose pas uniquement sur les diplômes, mais également sur la rigueur intellectuelle, la capacité d’argumentation, l’honnêteté méthodologique et la constance dans le travail.
À l’ère du numérique, où chacun peut publier son avis sur une œuvre, la nécessité de distinguer opinion personnelle et critique littéraire structurée est apparue comme un enjeu majeur.
Animé par Ray Ndebi (Cameroun), ce panel a abordé une question sensible : la difficulté de produire une critique objective dans des milieux littéraires souvent marqués par la proximité relationnelle.
Les intervenants ont évoqué les liens d’amitié entre auteurs et critiques, les pressions exercées par certains réseaux d’influence, la crainte des représailles symboliques ou professionnelles ainsi que l’autocensure.
Les échanges ont rappelé qu’une critique bienveillante ne signifie pas une critique complaisante.
La bienveillance consiste à formuler des observations honnêtes, argumentées et respectueuses, dans une perspective constructive.
Le défi consiste donc à maintenir un équilibre entre exigence intellectuelle et respect des personnes.
Sous la modération de Chad’Art (République démocratique du Congo), cette rencontre a mis en évidence l’un des principaux défis du secteur littéraire africain.
Les panélistes ont observé que de nombreux lecteurs compétents et passionnés existent sur le continent, mais qu’ils disposent de peu de tribunes pour diffuser leurs analyses.
Plusieurs obstacles ont été identifiés : l’insuffisance de revues spécialisées, la faible visibilité médiatique des œuvres littéraires, le manque de financement des initiatives critiques, la disparition progressive des suppléments culturels et la faiblesse des réseaux professionnels dédiés à la critique.
Les participants ont plaidé pour la création de nouveaux espaces d’expression, notamment numériques, afin de favoriser l’émergence d’une critique littéraire africaine plus dynamique et plus visible.
Modéré par Ray Ndebi (Cameroun), ce panel a interrogé la frontière entre la lecture ordinaire et l’exercice professionnel de la critique.
Les intervenants ont rappelé que tout critique est avant tout un lecteur, mais que tous les lecteurs ne deviennent pas nécessairement critiques.
La critique suppose une méthodologie d’analyse, des références théoriques, une capacité à contextualiser les œuvres et une argumentation rigoureuse.
Les discussions ont également porté sur la responsabilité sociale du critique, dont les prises de position peuvent influencer la réception d’une œuvre, la carrière d’un auteur ou les choix éditoriaux.
Le panel a conclu sur la nécessité de valoriser la formation continue des critiques afin de renforcer la qualité des analyses produites.
Animé par Enock Guidjime (Bénin), ce débat a permis de déconstruire un préjugé largement répandu.
Les intervenants ont défendu l’idée selon laquelle l’exercice de la critique ne dépend pas du statut d’écrivain, mais de la compétence analytique.
La critique repose avant tout sur la culture littéraire, la capacité d’interprétation, la connaissance des genres et des courants ainsi que la maîtrise des outils d’analyse.
Les échanges ont démontré que les bibliothécaires, enseignants, journalistes culturels, lecteurs avertis ou chercheurs peuvent produire des critiques pertinentes sans nécessairement être auteurs eux-mêmes.
L’essentiel demeure la qualité du regard porté sur l’œuvre.
Samedi 25 avril 2026 – Panel spécial en présentiel à Yaoundé
Organisé à la Maison des Savoirs, à Yaoundé (Etoudi – Dépôt de sable), ce panel spécial, modéré par Régine N. Ekodo (Cameroun), a permis d’approfondir les relations parfois complexes entre écrivains et critiques.
Les participants ont analysé le rôle du critique comme médiateur culturel, capable d’orienter les débats intellectuels et d’influencer les dynamiques de réception des œuvres.
Toutefois, les échanges ont également révélé les tensions qui peuvent naître lorsque les auteurs perçoivent certaines critiques comme des attaques personnelles.
Les intervenants ont insisté sur la nécessité de développer une culture du débat intellectuel, fondée sur l’argumentation et le respect mutuel.
Ils ont rappelé que critique et création littéraire ne doivent pas être considérées comme des activités concurrentes, mais comme des pratiques complémentaires au service du développement du livre et de la pensée.
La clôture de cette deuxième édition, modérée par Fatoumata Cissé (Sénégal/Côte d’Ivoire), a porté sur les relations entre critiques littéraires et maisons d’édition.
Les intervenants ont examiné les enjeux liés à l’indépendance du jugement critique dans un contexte où les frontières entre promotion éditoriale et analyse critique tendent parfois à s’estomper.
Plusieurs questions ont été soulevées : un critique peut-il conserver son objectivité lorsqu’il collabore avec des éditeurs ? Comment éviter les conflits d’intérêts ? Quels mécanismes mettre en place pour garantir l’éthique professionnelle ?
Le panel a conclu qu’une collaboration entre éditeurs et critiques est nécessaire pour dynamiser l’écosystème du livre, à condition que l’indépendance intellectuelle et la transparence demeurent des principes non négociables.
Au-delà des échanges théoriques et des débats d’idées, la deuxième édition de la SECRILO a proposé une activité pratique destinée aux auteurs, lecteurs et passionnés de littérature.
Le dimanche 26 avril 2026, de 18 h 00 à 19 h 30 (heure du Cameroun), un atelier gratuit d’écriture créative a été animé par Ray Ndebi, coach en creative writing, autour du thème : « La liberté de créativité ».
Cette session a permis aux participants d’explorer les mécanismes de la création littéraire et de réfléchir aux liens étroits entre liberté artistique et réception critique.
À travers des échanges interactifs, des exercices pratiques et des conseils méthodologiques, l’atelier a abordé plusieurs problématiques essentielles : comment construire une voix d’auteur singulière ? Comment préserver son authenticité face aux attentes du public, des éditeurs et des critiques ? Comment faire de la critique un levier d’amélioration plutôt qu’un frein à la créativité ?
Les participants ont été invités à expérimenter différentes approches narratives et à interroger leurs propres processus créatifs.
En proposant cet atelier, la SECRILO 2026 a démontré que la critique littéraire et la création ne s’opposent pas. Bien au contraire, elles entretiennent un dialogue fécond qui contribue à l’émergence d’œuvres plus abouties et à l’enrichissement du paysage littéraire africain.
Des partenaires mobilisés pour la SECRILO 2026
La réussite de la deuxième édition de la SECRILO repose également sur l’engagement de plusieurs partenaires institutionnels, associatifs et culturels qui œuvrent quotidiennement pour la valorisation du livre, de la lecture et de la création littéraire.
Par leur accompagnement, leur expertise et leur engagement, ces structures ont contribué à renforcer la visibilité de l’événement et à favoriser la mise en réseau des différents acteurs de la chaîne du livre.
Une reconnaissance spéciale pour l’engagement des participants
Au terme de cette deuxième édition de la SECRILO, ACOLITT a tenu à saluer l’implication de ses followers dans la réussite de l’événement.
Après analyse des interactions et des contributions enregistrées sur les différentes plateformes de diffusion, la maison d’édition ShanaProd, dirigée par Natacha Odonnat, a été désignée comme meilleure contributrice de la SECRILO 2026.
Cette distinction récompense l’engagement constant de la structure dans la promotion des activités de la Semaine du Critique Littéraire en Ligne, ainsi que sa participation active aux échanges et à la visibilité des différents panels.
En guise de reconnaissance, ACOLITT a offert à ShanaProd un atelier d’écriture destiné à cinq personnes mandatées par la maison d’édition, ainsi qu’un accompagnement en communication autour de deux ouvrages de son catalogue, chaque livre bénéficiant d’une campagne de promotion d’une durée de deux semaines.
Par cette initiative, ACOLITT réaffirme sa volonté de valoriser l’engagement de ses partenaires et d’encourager les acteurs du livre qui contribuent activement au rayonnement de la littérature africaine et à la diffusion de la pensée critique.
Au terme d’une semaine riche en échanges et en enseignements, la deuxième édition de la SECRILO – et la SECRILO en général – s’impose comme une initiative majeure dans le paysage littéraire africain.
La diversité des intervenants, la pertinence des thématiques abordées et la qualité des débats ont permis de mettre en lumière les nombreux défis auxquels est confrontée la critique littéraire contemporaine.
Dans un contexte marqué par la multiplication des plateformes numériques et l’évolution des pratiques de lecture, la critique littéraire demeure un outil indispensable de médiation culturelle. Elle permet non seulement d’éclairer les œuvres, mais aussi de stimuler la réflexion, d’encourager l’exigence intellectuelle et de nourrir le dialogue entre auteurs, éditeurs et lecteurs.
Toutefois, pour remplir pleinement sa mission, la critique doit préserver son indépendance, renforcer son ancrage méthodologique et se doter d’espaces d’expression adaptés aux réalités contemporaines.
La critique littéraire ne doit ni être perçue comme une entreprise de dénigrement, ni être réduite à un simple exercice promotionnel. Elle constitue avant tout un espace de dialogue, d’analyse et de transmission des savoirs.
Dans les contextes africains, où les initiatives dédiées à la réflexion critique restent encore insuffisantes, il apparaît essentiel de multiplier les plateformes d’échange, de former de nouvelles générations de critiques et de favoriser la création de réseaux transnationaux capables de faire rayonner les littératures du continent.
En réunissant écrivains, critiques, chercheurs, éditeurs, lecteurs et passionnés de littérature autour de problématiques communes, la SECRILO 2026 a démontré que la critique littéraire, lorsqu’elle est rigoureuse, constructive et ouverte à la pluralité des regards, constitue un levier essentiel pour le développement des industries culturelles et le rayonnement des littératures africaines.
Cette deuxième édition aura ainsi contribué à renforcer les passerelles entre création, lecture et analyse critique, tout en rappelant qu’une littérature vivante a besoin d’une critique libre, exigeante et responsable.
Le mercredi 03 juin 2026, la salle du GECAM à Douala-Bonanjo a servi de cadre à la présentation officielle et à la séance de dédicace de Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié, premier ouvrage de Jean Grégoire KENGNE TETA, publié en mai 2026 par les Éditions KADEÏ.
Cette rencontre littéraire, qui a réuni un public composé de personnalités du monde académique, de professionnels, d’acteurs culturels, de proches de l’auteur et de passionnés de lecture, a permis de mettre en lumière une œuvre autobiographique de 132 pages consacrée aux enjeux de la succession familiale, du leadership communautaire et de la transmission des valeurs.
Tout au long de la cérémonie, les différents intervenants ont souligné la pertinence des réflexions développées dans l’ouvrage. Préfacier du livre, le Pr Alaka Alaka a mis en exergue la portée sociale et culturelle du texte, tandis que Joseph Tchindjo a proposé une lecture analytique mettant en relief la richesse des thématiques abordées. La rencontre, animée avec professionnalisme par Clarence Yongo, a également été marquée par la participation du Père André Marie Kengne, dont l’intervention a apporté un éclairage humain et spirituel sur les questions de responsabilité, de transmission et de cohésion familiale.
À travers Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié, Jean Grégoire KENGNE TETA livre un témoignage sincère inspiré de son propre vécu. L’auteur y aborde des problématiques qui touchent de nombreuses familles africaines confrontées à la gestion de l’héritage et à la désignation d’un successeur après la disparition d’un chef de famille.
L’ouvrage s’articule autour de plusieurs thèmes majeurs : la tradition et l’héritage, qui interrogent la transmission des valeurs et des coutumes ; la modernité et ses défis, qui confrontent les aspirations individuelles aux exigences sociales ; l’identité et le destin, au cœur de la quête personnelle de l’auteur ; la famille et le sacrifice, qui rappellent les responsabilités liées à la préservation de l’unité familiale ; ainsi que les épreuves et la résilience, qui montrent comment les difficultés peuvent devenir des opportunités de reconstruction et de croissance.
Au-delà de son caractère autobiographique, ce livre ouvre une réflexion plus large sur les mécanismes de succession, les tensions qu’ils peuvent engendrer et les voies possibles pour bâtir des relations familiales plus harmonieuses. Les échanges avec le public ont d’ailleurs démontré l’intérêt suscité par ces questions, tant elles résonnent avec les réalités contemporaines de nombreuses communautés.
La présentation officielle s’est achevée par une séance de dédicace chaleureuse au cours de laquelle l’auteur a pu rencontrer ses lecteurs, échanger avec eux et partager les motivations qui l’ont conduit à écrire cet ouvrage.
Avec cette publication, les Éditions KADEÏ confirment leur engagement en faveur de la promotion d’une littérature porteuse de réflexion, de mémoire et de dialogue. Quant à Jean Grégoire KENGNE TETA, il signe avec Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié une œuvre qui s’impose déjà comme une contribution significative aux débats sur l’héritage, la responsabilité et l’avenir des familles africaines.
Le vendredi 19 juin 2026, la Préfecture de Bandjoun a servi de cadre à la cérémonie de présentation-dédicace de l’ouvrage Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié, une autobiographie signée de l’auteur camerounais Jean Grégoire KENGNE TETA, préfacée par le Pr Alaka Alaka et publiée par les Éditions Kadeï. Cet événement littéraire a réuni un public diversifié composé de responsables administratifs, d’acteurs culturels, d’amoureux du livre, d’universitaires, de journalistes et de nombreux invités venus témoigner leur soutien à l’auteur.
Dès 15h30, les participants ont commencé à prendre place dans une ambiance conviviale et empreinte de solennité. L’arrivée successive des autorités administratives, notamment celle de Mme le Délégué départemental des Arts et de la Culture du Koung-Khi, de M. le Sous-préfet de Pété-Bandjoun et de M. le Préfet du Koung-Khi, a donné à cette rencontre littéraire un caractère institutionnel fort, traduisant l’intérêt croissant des pouvoirs publics du département pour la promotion du livre et de la culture.
Placée sous la modération du journaliste Walter Bertrand, la cérémonie a officiellement débuté à 16 heures. Après l’exécution de l’hymne national du Cameroun, les différents intervenants ont tour à tour pris la parole, pour mettre en lumière les enjeux et la portée de cette œuvre qui aborde avec sensibilité les questions de succession familiale, de transmission des valeurs et des défis liés à la conciliation entre tradition et modernité.
La note de lecture présentée par M. Gervais Fokam, connu sous le nom de Ta Tadie Kouokam, a permis au public de découvrir les grandes lignes de l’ouvrage. À travers une analyse approfondie, il a souligné la richesse du récit, inspiré de faits réels, ainsi que sa capacité à susciter la réflexion sur les responsabilités liées à l’héritage et sur les sacrifices parfois nécessaires à la préservation de l’équilibre familial.
Très attendu par l’assistance, l’auteur a partagé avec émotion les motivations qui l’ont conduit à écrire Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié. Il a expliqué sa volonté de transmettre une expérience de vie marquante tout en invitant les lecteurs à porter un regard critique sur les réalités de la succession familiale en Afrique. Son témoignage sincère a suscité de nombreuses réactions et donné lieu à un échange riche avec le public, lors de la séance de questions-réponses.
La cérémonie s’est achevée par une séance de dédicaces au cours de laquelle les participants ont pu acquérir l’ouvrage et échanger directement avec l’auteur. Proposé au prix de 10.000 FCFA, « LE SUCCESSEUR : Yambong ou Fils sacrifié » a suscité un vif intérêt auprès des futurs lecteurs, séduits par la profondeur des thèmes abordés et la dimension humaine du récit.
Au-delà de la simple présentation d’un ouvrage, cette rencontre a constitué un véritable espace de réflexion sur les valeurs familiales, la transmission, la foi et la cohésion sociale. Elle confirme également le dynamisme du paysage littéraire camerounais et l’engagement des Éditions Kadeï en faveur de la promotion de la lecture et de la valorisation des auteurs africains.
Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié s’articule autour de plusieurs thématiques majeures qui ont été largement mises en lumière au cours des échanges. À travers le prisme de la tradition et de l’héritage, Jean Grégoire Kengne Teta interroge les valeurs ancestrales, les coutumes et les mécanismes de transmission qui structurent encore de nombreuses familles africaines. L’auteur aborde également les défis de la modernité, en mettant en scène les aspirations personnelles, les exigences du monde professionnel et les choix de vie auxquels sont confrontées les nouvelles générations. Entre fidélité aux racines et désir d’émancipation, le récit explore la quête d’identité d’un homme partagé entre son héritage familial et son destin individuel. La question du sacrifice, omniprésente dans l’œuvre, révèle les renoncements et les responsabilités que peut imposer le devoir familial, tout en soulignant la force des liens affectifs. Bien plus, cette autobiographie met en évidence la capacité de résilience face aux épreuves, aux injustices et aux blessures de la vie, en ouvrant une réflexion profonde sur le pardon, la reconstruction de soi et la nécessité de préserver la cohésion sociale.
Le 27 juin 2026, le Centre Oudiné, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, accueillera la deuxième édition de Rive noire Littérature, une journée entièrement consacrée aux écritures africaines, afrodescendantes et diasporiques. Organisé par Chez Gangoueus, cet événement gratuit sur inscription réunira écrivains, critiques, journalistes culturels, animateurs et lecteurs autour de tables rondes, de lectures publiques, de séances de dédicaces et d’entretiens diffusés en direct.
Dès 10 heures, la programmation proposera un vaste parcours à travers les mémoires, les migrations, les héritages culturels et les recompositions identitaires. La première rencontre, consacrée aux voix réunionnaises, réunira Estelle Coppolani et Raozy Pellerin autour des récits de filiation, des héritages marrons et des défis de l’intégration en métropole.
Les questions migratoires irrigueront également plusieurs échanges. Les écrivains Touhfat Mouhtare et Jocelyn Danga exploreront les trajectoires d’intégration et les obstacles administratifs rencontrés par les élites afrodescendantes en France. Plus tard dans la journée, Eve Guerra et Romuald Gadegbeku interrogeront la mémoire des parents immigrés, l’exil et les silences qui traversent les histoires familiales.
La littérature comme espace de réparation et de mise en lumière des blessures sociales sera au cœur des échanges entre Landry Sossoumihen et Gaston-Paul Effa, qui aborderont les conséquences des violences faites aux enfants et les traumatismes hérités des contextes sociaux et politiques.
Le dialogue entre le continent africain et ses diasporas se poursuivra avec l’historien Amzat Boukari-Yabara et l’écrivain haïtien Philomé Robert, invités à revisiter les liens historiques, intellectuels et affectifs entre Ayiti et l’Afrique. La rencontre consacrée aux regards américains sur Paris réunira quant à elle les auteurs Jake Lamar et Eddy L. Harris autour de l’héritage de Richard Wright et de Chester Himes, interrogeant la manière dont l’expérience parisienne transforme le regard porté sur l’Amérique.
La dernière table ronde, modérée par le lauréat du Prix Goncourt 2021, Mohamed Mbougar Sarr, réunira Jean-Michel Devésa, Annie Ferret et C. Souboré Dali autour des représentations du corps, des violences contemporaines et de la capacité de la littérature à « autopsier » le réel.
En parallèle de ces rencontres, plusieurs auteurs majeurs des lettres africaines et diasporiques participeront à des lectures, des entretiens et des séances de dédicaces, parmi lesquels Hemley Boum, Diadié Dembélé, Fanta Dramé, Christian Éboulé, Charline Effah, Lucy Mushita, Johary Ravaloson, Sami Tchak ou encore Christine E. Tsalla.
À travers cette programmation ambitieuse, Rive noire Littérature confirme sa volonté de créer des passerelles entre les territoires, les langues, les générations et les imaginaires. En outre, le dialogue sur les expériences de l’exil, les mémoires coloniales, les héritages familiaux et les nouvelles formes de création, fait de cet événement un contributeur qui renouvelle le regard porté sur les littératures africaines contemporaines et leurs diasporas.
Nous le vivons et pouvons faire le constat que des voix demeurent encore marginalisées dans les circuits traditionnels de diffusion. Des initiatives comme Rive noire Littérature participent activement à remédier à cet état des choses, dans un contexte plus ouvert et plus inclusif. Elles rappellent surtout que la littérature demeure un puissant espace de compréhension collective, capable de mettre autour de la table les histoires individuelles avec les grandes questions de notre temps.
Pauline M.N. ONGONO
Enregistrement à la troisième édition de la Readers and Translators Week Online (RTWO) ICI
Le paysage médiatique mondial va en constante évolution, et pour marquer le pas, Femmes Actives, publication trimestrielle, s’impose progressivement comme une référence dédiée à la valorisation des parcours féminins, des initiatives inspirantes et des enjeux qui concernent les femmes dans le monde. En effet, porté par une équipe engagée et passionnée, ce magazine met en lumière celles qui innovent, entreprennent, transforment leur communauté et participent activement au développement de la société.
A CE JOUR…
Après un premier numéro qui a paru en mars 2026, Femmes Actives poursuit son aventure éditoriale avec la sortie, en juin 2026, de son deuxième numéro. Plus précisément, le premier numéro mettait Djaïli Amadou Amal, écrivaine et figure emblématique de la défense des droits des femmes, à la une. Elle y était d’ailleurs présentée comme « la voix qui brise le silence ». Cette première édition abordait notamment les violences faites aux femmes, les mutilations génitales féminines, ainsi que les initiatives portées par des femmes engagées au Cameroun, au Tchad et en République démocratique du Congo.
Le deuxième numéro, lui, met à l’honneur Marie Noël NSANA, « le gendarme de la finance mondiale », comme vous le lirez sur la couverture. A travers son parcours inspirant, Femmes Actives a choisi d’explorer les questions de gouvernance financière, de leadership féminin et d’engagement professionnel au plus haut niveau. Cette nouvelle édition propose également un contenu riche et diversifié, articulé autour de plusieurs rubriques qui font désormais l’identité du magazine. Les lecteurs y retrouveront un portrait d’héroïne, un dossier thématique, des reportages consacrés aux actions menées sur le terrain, une rubrique dédiée à l’éco-innovation, un espace culturel intitulé « Kultur-Elles », ainsi que des pages consacrées aux initiatives remarquables, aux tribunes d’opinion, à l’actualité et aux chroniques. La lecture du magazine vous en dira plus.
Cette diversité de contenus permet d’aborder les réalités féminines sous différents angles, qu’ils soient économiques, sociaux, culturels, environnementaux ou politiques… À travers ses pages, Femmes Actives se veut plus qu’un simple magazine. Il se veut un espace de dialogue, de réflexion et de visibilité. Chaque numéro met en avant des trajectoires exemplaires, tout en donnant la parole à celles et ceux qui réfléchissent aux grands défis de notre époque.
OPPORTUNITÉS…
Parce que qui dit média dit visibilité, Femmes Actives offre également aux entreprises, institutions, organisations, porteurs de projets, acteurs de tous secteurs d’activités, peu importe la taille…, unespace publicitaire attractif, pour promouvoir leurs activités auprès d’un lectorat diversifié, tout en associant son image à une publication valorisant l’excellence, l’innovation et l’engagement féminin.
Les numéros de Femmes Actives sont disponibles en version numérique et peuvent être achetés et téléchargés sur Ekiosque, offrant ainsi un accès simple et rapide aux lecteurs, où qu’ils se trouvent ; paypal leur garantissant de payer en toute quiétude. Il peut également être obtenu en version physique, au Cameroun – pour l’instant, au prix de 2.000 FCFA.
L’ÉQUIPE…
Femmes Actives est dirigée par J. Fleur Bella Assen épse de Castro, directrice de publication. La rédaction est placée sous la responsabilité du rédacteur en chef, monsieur Rebara Habra, assisté au secrétariat de rédaction par Martin Ndong et Alain Noël Mvollo Bella. L’univers graphique est assuré par Cédric Pom ; l’équipe de rédaction réunit Sira Avalaye, Moustapha Bachirou et Erna Ekassi.
Pour assurer une large mise en lumière de sa cible, Femmes Actives bénéficie de correspondants à l’international, comme Flore Faraida pour le Tchad et Lydie Makuru pour la République Démocratique du Congo.
Avec seulement deux numéros publiés, Femmes Actives démontre déjà sa volonté de bâtir une identité éditoriale forte, portée par une même passion, une même exigence et un même engagement : raconter les femmes qui façonnent le présent et construisent l’avenir.
ONOMO Hôtel à Bonanjo (Douala) a accueilli, le jeudi 28 mai 2026 à 18 heures, le deuxième épisode des CafésLittéraires, une initiative portée par la Communauté Urbaine de Douala et ONOMO Hôtel. Cette rencontre, consacrée au recueil de poèmes Les Mots Parlants de la Camerounaise Diane-Annie TJOMB – qui a paru en janvier 2026 aux Éditions KADEÏ, a réuni un public nombreux et varié.
Dès les premières minutes des échanges, une pluie abondante s’est invitée à l’événement, toutefois, les invités ont continué à arriver progressivement, témoignant de l’intérêt suscité par l’œuvre et de l’attachement du public aux rendez-vous littéraires qui enrichissent désormais la vie culturelle de Douala. Dans de nombreuses traditions africaines, la pluie est perçue comme un signe de fertilité, de prospérité et de bénédiction. Tombée au moment même où les premiers échanges débutaient, elle a été interprétée par plusieurs avis comme une manifestation bienveillante, venant bénir cette célébration de la parole, de la création et du savoir. Comme si la nature elle-même avait souhaité apporter sa contribution à cette soirée dédiée aux mots et à leur pouvoir de transformation.
Les différentes interventions, qu’il s’agisse de la modération, de la note de lecture ou de l’intermède artistique, ont contribué à mettre en lumière la richesse de l’œuvre et à susciter un dialogue fécond avec le public. Les questions, réactions et témoignages ont démontré l’intérêt porté au livre ainsi que la vitalité de la scène littéraire locale. Animée par l’écrivaine DanielleEYANGO, dans une atmosphère chaleureuse et conviviale, cette rencontre a permis d’explorer les contours de Les Mots Parlants, tout en offrant au public l’occasion d’interagir avec les différents intervenants. Ces discussions ont été enrichies par la note de lecture de l’écrivaine PamNDJEN, l’intermède slam de Kermiss Art, les analyses, les témoignages et les lectures et perspectives proposées par plusieurs, comme l’écrivain Mutt-Lon, l’écrivain Jean-PierreNoëlBATOUM…
La présence des proches de Diane-Annie TJOMB, de ses amis, ainsi que de nombreuses figures du monde du livre, Jean-CharlesLEDOT (Consul Général de France à Douala), Jean-PaulBIBOUM (Directeur Régional de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) pour le littoral… a donné à ce café littéraire une dimension humaine particulièrement forte. Entre retrouvailles, découvertes littéraires, achat des exemplaires et échanges intellectuels, les participants ont partagé un moment où la littérature est apparue comme un véritable espace de communion.
Au terme de cette soirée, une certitude s’imposait : ni la pluie ni les contraintes du quotidien ne peuvent freiner le désir de lire, d’échanger et de célébrer la culture. Bien au contraire, cette pluie tombée au début de la rencontre restera sans doute dans les mémoires comme le symbole d’une soirée placée sous le signe de la grâce, du partage et de la bénédiction.
Le Café Littéraire du 28 mai 2026 autour de Les mots parlants aura ainsi été bien plus qu’une simple rencontre autour d’un livre, mais un moment de communion entre les mots, les hommes et les promesses d’un avenir culturel toujours plus fécond. On peut aisément affirmer que l’objectif de rassemblement, de prise de conscience, de bonheur pour tous nourri par Diane-Annie TJOMB a été atteint, l’espace des deux heures, dans la salle si chaleureusement décorée de ONOMO HÔTEL.
Coriane Sama défend une vision profondément éducative de la culture. Fondatrice des Ateliers Patriotes Citoyens, elle revient sur son parcours, les défis de la transmission dans une société hyperconnectée et son ambition de former, dès le bas âge, une génération plus responsable, consciente et engagée pour le Cameroun et l’Afrique.
Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place.
Votre parcours mêle droit public, entrepreneuriat social, médiation du livre et engagement citoyen. À quel moment avez-vous compris que la culture pouvait devenir un véritable outil de transformation sociale au Cameroun
J’ai étudié à l’Université de Yaoundé II-Soa, où j’ai été pendant plusieurs années chargée des affaires culturelles dans ma cité universitaire. À cette période, j’ai observé quelque chose de très fort : malgré les différences sociales, culturelles ou même la dizaines de nationalités, les moments où les étudiants se retrouvaient réellement unis étaient souvent les activités culturelles. C’est là que j’ai compris que la culture dépasse le divertissement : elle crée du lien, transmet des valeurs et construit une identité collective. Plus tard, en devenant auteure et médiatrice du livre, j’ai réalisé que toute civilisation se construit aussi par les récits qu’elle produit et transmet. Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place. Notre engagement dans la distribution numérique des œuvres camerounaises et africaines nous a ensuite naturellement conduits vers l’éducation citoyenne, la lecture et l’écriture chez les plus jeunes. Patriote dans l’ame, c’est finalement sur le terrain de la citoyenneté que tout s’est rejoint. Parce que nous croyons profondément à une chose : former le citoyen commence dès le bas âge.
Les Ateliers Patriotes Citoyens revendiquent une approche où littérature, civisme et action de terrain se croisent. Comment parvenez-vous à transformer des concepts souvent théoriques — citoyenneté, morale civique, responsabilité collective — en expériences concrètes pour les jeunes ?
D’abord, il faut savoir que c’est un cadre d’apprentissage en dehors du cadre scolaire. Les enfants n’ont absolument pas l’impression d’être en cours ou la pression des devoirs. À travers des séances de coaching et mentoring, des acteurs de la société civile les entretiennent et transmettent l’engagement, la responsabilité et l’amour de la patrie. Toute chose qui, associée aux enseignements des parents et de l’école, nourri d’avantage leur créativité. C’est avec leurs langages, et leurs yeux d’enfants finalement, qu’ils racontent la citoyenneté, devenant ainsi les auteurs et Ambassadeurs des valeurs essentielles.
Vous le savez, ce qui sort de nous, est en nous et le reste. Nos enfants sont très éveillés, ils voient et comprennent tout. Le moindre commentaire. Le moindre fait social. Et leur esprit traite c’est informations sans contrôle. C’est là tout l’intérêt des Ateliers Patriotes Citoyens, qui canalisent et re- contextualisent.
Le FOJIF 2026 vous a décerné un Prix de l’Innovation Sociale. Selon vous, qu’est-ce qui distingue réellement une initiative sociale innovante d’un simple projet associatif de sensibilisation ?
Ce qui distingue une initiative sociale innovante, ce n’est pas seulement l’intention de sensibiliser, mais sa capacité à produire un véritable impact collectif, mesurable et durable. D’ailleurs, l’impact social faisait partie des critères majeurs d’évaluation du FOJIF 2026. Pendant le concours, plusieurs participants ont affirmé connaître déjà Les Ateliers Patriotes Citoyens ou avoir été touchés par nos campagnes, alors même qu’ils découvraient ma personne pour la première fois. Cela montre que le programme existe au-delà de son initiatrice.
Les Ateliers Patriotes Citoyens ne se limitent donc pas à une action associative ponctuelle. C’est un programme national d’éducation civique et morale qui mobilise parents, formateurs, institutions, administrations et société civile autour d’un objectif commun : contribuer à construire une citoyenneté plus responsable, plus pudique et plus engagée.
Vous affirmez vouloir « former les citoyens dès le bas âge ». Dans un contexte marqué par les crises de valeurs, quelles sont aujourd’hui les urgences éducatives et morales que les institutions culturelles ne peuvent plus ignorer ?
L’impact des contenus sur les enfants est aujourd’hui immense. Lorsque l’impudicité, l’alcool ou les stupéfiants deviennent banalisés, répétés et constamment visibles, ils finissent par paraître normaux aux yeux des plus jeunes. Même lorsqu’on pense dénoncer certaines dérives, leur omniprésence crée une forme d’habituation collective. L’une des grandes urgences éducatives est donc de rééquilibrer les récits : parler davantage de responsabilité, de dignité, de discipline, de patriotisme et d’engagement citoyen avec la même intensité que les dérives occupent l’espace public et numérique. Je le dis souvent : le mal triomphe aussi lorsque les personnes de bien cessent de transmettre, d’encadrer et de parler.
Vos projets touchent à la fois les espaces physiques et le numérique, avec plus de huit millions de personnes atteintes selon vos données. Comment préserver la profondeur du message citoyen dans un environnement digital dominé par l’instantanéité et le divertissement ?
Eh bien, par la même instantanéité. Nous pensons justement que le message citoyen doit apprendre à utiliser les codes du digital sans perdre sa profondeur. Cela passe par la réactivité, l’adaptation du ton et une communication capable de parler aux jeunes avec leurs propres usages. En parcourant les plateformes des Ateliers Patriotes Citoyens, vous verrez que nous abordons les faits d’actualité sous un angle éducatif et préventif, avec une vraie réactivité.
L’énergie souvent utilisée pour propager les buzz peut aussi servir à propager des valeurs, des réflexions et des prises de conscience.
Par exemple, lorsque le Cameroun était marqué par les infanticides et féminicides, nous avons choisi d’aller au-delà du simple partage d’images choquantes. Nous avons organisé des webinaires citoyens pour libérer la parole des parents et des professionnels, sensibiliser et transmettre des outils de prévention. Nous croyons profondément que le digital peut être un espace d’éducation, d’engagement et de transmission, pas uniquement de divertissement.
En tant que médiatrice du livre et promotrice culturelle, observez-vous une évolution du rapport des jeunes Camerounais à la lecture ? Confirmez-vous que la littérature a encore le pouvoir de façonner des consciences dans une société hyperconnectée ?
Oui, sans hésitation ! Les enfants mis en contact avec l’univers littéraire s’y déploient comme des poissons dans l’eau. Et je ne le dis pas uniquement dans le cadre des Ateliers Patriotes Citoyens. Des maisons d’éditions telles que Éclosion ou Adinkra jeunesse, concentrent l’essentiel de leur production aux jeunes et enfants. Et ces derniers en redemandent. Lors du FOJIF, justement, le stand des Éditions LUPPEPO etait pris d’assaut par les enfants. Dans notre cas, se sont les participants de la première édition qui ont eux-mêmes rédigé le Livre TOUS CITOYENS, la bande dessinée de la citoyenneté éditée par NMI EDUCATION. Alors, oui, le pouvoir de la LITTÉRATURE est intemporel et incontestable.
Il suffit de montrer la voix à nos petits. Le « Stand de la Citoyenneté » et les programmes d’éducation civique proposés aux enfants traduisent une volonté de réinventer la transmission.
Pensez-vous que les politiques publiques accordent suffisamment de place à la culture comme levier d’éducation nationale ?
Je pense que la culture et les acteurs culturels doivent continuer de faire leur part. Continuer de s’investir dans la transmission. C’est un sacerdoce. Il est souvent ingrat, mais tellement primordial. C’est cette hyperactivité seule, qui peut influencer ou attirer davantage l’attention des pouvoirs publiques. Si tout le monde continu d’entendre par « Culture », divertissement, il sera difficile d’en faire un pilier d’éducation. Les Arts littéraires devraient être au premier rang de l’Éducation collective et pour cela, nous, les acteurs, devons occuper l’espace. C’est en cours, il y a plus d’événements, plus d’initiatives. Le plaidoyer se poursuit.
Votre communication publique associe souvent esthétique, élégance visuelle et discours engagé. Pour vous, l’image et la mise en scène sont-elles devenues des instruments stratégiques de mobilisation culturelle et citoyenne ?
Marketing is everything !
En tant que formatrice en Marketing et communication, disons que le branding s’impose comme une sorte de déformation professionnelle. Avant de vous lire ou de vous écouter, on vous voit, vous. On voit votre contenu.
Sur le visuel de sensibilisation, avant de lire « FORMER LE CITOYEN DÈS LE BAS ÂGE », on voit d’abord la couleur et la police du texte ; on voit qu’il est en GRAS. Le cerveau retient que c’est important, c’est prioritaire.
Une image d’enfant à côté informe déjà que l’affiche parle d’enfants, avant même de lire « inscriptions ouvertes ». Chaque détail compte, surtout lorsqu’on a pour objectif d’encadrer trois fois plus d’enfants (120, pour être exacte).
Derrière la reconnaissance institutionnelle et médiatique, quels obstacles invisibles rencontre une femme qui porte des projets culturels et éducatifs d’envergure au Cameroun et dans l’espace panafricain ?
Le simple fait d’être une femme en lui seul, souvent, se présente comme un obstacle. Être une « jeune » femme encore plus ! On vous demande ouvertement si vous n’avez pas un commerce pour vous occuper, si vous souhaitez être Influenceuse ou si vous voulez « prendre un verre » !
Nous avons l’honneur de porter un programme Citoyen et d’y être profondément attaché. Le combat est plus important et touche chacun de nous. Je dois cependant avouer que le soutien des parents qui, aujourd’hui, sont nos premiers partenaires, est une force vitale pour ce programme. La femme qui le porte est parée !
À l’aube de la deuxième édition des Vacances Civisme, quelle trace souhaitez-vous laisser dans la mémoire collective : celle d’une promotrice culturelle, d’une éducatrice citoyenne ou d’une bâtisseuse d’une nouvelle conscience africaine ?
Sincèrement, tous ces profils correspondent à mon engagement. Mais au dela tout, retenez de moi, une jeune femme qui a cessé de voir le monde avec les mêmes yeux depuis qu’elle est devenue maman ; une aînée qui souhaite accompagner ses cadets dans leurs propres construction ; une Patriote, qui reconnaît son « sang camerounais » et souhaite transmettre cette amour.
La société c’est nous ! Pour quelle soit meilleure, même un tout petit peu, nous devons tous faire un effort personnel avant d’attendre des autres. J’espère contribuer à changer l’image qu’on a des jeunes et qu’ils ont d’eux-mêmes. Avec les équipes, nous ne comptons pas arrêter de travailler.
Vos programmes « Vacances Patriotes & Citoyennes » ciblent des enfants et adolescents de 7 à 19 ans. Comment adapter un même projet pédagogique à des réalités psychologiques, sociales et générationnelles aussi différentes ?
Nous adaptons le programme par tranches d’âge, avec des contenus, méthodes et niveaux d’encadrement différents. Les plus jeunes travaillent les bases du civisme et du comportement, tandis que les adolescents abordent leadership, responsabilité et expression citoyenne. Tous évoluent autour d’un socle commun : morale, patriotisme, discipline et construction d’une citoyenneté responsable.
À travers Les Ateliers Pratiques, le coaching civique, les activités sportives et l’éducation morale, vous semblez défendre une conception globale de la formation citoyenne. Pensez-vous que l’école classique camerounaise laisse aujourd’hui suffisamment de place à l’apprentissage du vivre-ensemble et de l’engagement civique ?
Nous ne prétendons pas réinventer l’éducation citoyenne ; nous venons l’accompagner et l’adapter aux réalités actuelles. L’école camerounaise transmet déjà des valeurs importantes, mais les mutations sociales, numériques et comportementales imposent des approches plus pratiques, interactives et proches du vécu des jeunes, pour renforcer durablement le vivre-ensemble et l’engagement civique.
Les images de vos campagnes mettent en avant des enfants souriants, une esthétique patriotique forte et un discours d’utilité sociale. Dans quelle mesure la communication visuelle est-elle devenue, pour vous, un prolongement du projet éducatif et citoyen porté par Les Ateliers Patriotes Citoyens ?
Je suis ravie que vous évoquiez l’esthétique, parce qu’elle traduit avant tout une réalité humaine. Les sourires que nous montrons sont sincères, les enfants vivent réellement ces moments avec enthousiasme. Oui, nous assumons une esthétique patriotique forte, parce qu’il y a aussi de la beauté dans les valeurs, dans l’engagement et dans l’amour de la patrie. Mais le visuel n’est jamais là pour masquer les dérives ou les difficultés de notre société. Au contraire, nos campagnes cherchent à sensibiliser, prévenir et transmettre, avec des codes adaptés à l’univers des enfants et des jeunes. Le visuel attire, mais seul le fond fidélise et transforme durablement.