Et si l’amour ne suffisait pas à sauver un couple ?
Dans Entre mère et épouse : L’histoire d’un homme entre amour d’une mère combattante et déboires de couple, Alain FOFACK livre un roman intense et profondément humain, au cœur des réalités familiales et conjugales africaines contemporaines. À travers le destin de Didier, l’auteur explore avec finesse la fragile frontière entre l’amour maternel, puissant, sacrificiel, et l’amour conjugal, souvent mis à rude épreuve par l’orgueil, le silence et l’incompréhension.
Loin d’un conflit caricatural entre belle-mère et épouse, le roman met en scène l’effritement progressif d’un couple confronté à ses propres contradictions : Mélissa et Didier s’aiment, mais ne se comprennent plus. Les mots blessent, les gestes manquent, les rancœurs s’accumulent. Pendant ce temps, la figure de Ma’a Magni, mère courage et pilier familial, incarne l’amour inconditionnel et le poids d’une éducation forgée dans le sacrifice.
À travers une succession de scènes de vie vivantes et réalistes, Alain FOFACK dresse également un portrait saisissant de la société camerounaise : précarité, corruption, embouteillages urbains, espoirs déçus de l’ascension sociale. Le récit, nourri d’humour, de métaphores originales et d’une grande sensibilité, agit comme un miroir tendu au lecteur.
Entre mère et épouse est un roman qui parle d’amour, de regrets et de responsabilité émotionnelle. Une œuvre sincère et touchante, dans laquelle chacun peut reconnaître un fragment de sa propre histoire. Un roman poignant, lucide et universel, qui questionne le couple, la famille et la place de l’homme entre héritage maternel et engagement conjugal.
Le jeudi 26 février 2026, l’écrivain camerounais Guillaume Nana a animé un café littéraire au Collège de la Retraite, à Yaoundé, au profit des élèves des classes de 6e. Une rencontre placée sous le signe du partage, de la transmission et de la passion pour le livre.
Un moment d’éveil à la lecture
Dans la grande salle de l’établissement, des centaines d’élèves, dans leur uniforme vert, attentifs et curieux, ont pris part à cette activité culturelle organisée autour de la promotion de la lecture en milieu scolaire. Face à eux, Guillaume Nana, sourire aux lèvres et son cartable à la main, Grains de poussière au taquet, a su capter l’attention dès les premières minutes. L’auteur a expliqué aux jeunes collégiens l’importance de la lecture dans la construction de l’esprit critique, du vocabulaire et de l’imagination. « Lire, c’est voyager sans quitter sa chaise », a-t-il lancé, invitant les élèves à considérer le livre comme un compagnon fidèle.
Des échanges dynamiques avec les élèves
Le café littéraire ne s’est pas limité à un simple exposé de Guillaume NANA. Les élèves ont activement participé à la rencontre à travers une série de questions : — Comment devient-on écrivain ? — D’où viennent les idées d’un roman ? — Peut-on écrire dès le collège ? Avec pédagogie et simplicité, l’écrivain a encouragé les jeunes à écrire leurs propres histoires, à tenir un carnet de notes et à cultiver l’habitude de la lecture quotidienne. Il a insisté sur la discipline, la persévérance et la curiosité comme piliers de toute vocation littéraire.
Une ambiance conviviale et inspirante
À l’issue des échanges, des séances de photos ont immortalisé l’événement dans une atmosphère chaleureuse et détendue. Entouré d’élèves enthousiastes, Guillaume Nana a salué l’intérêt manifeste de ces jeunes apprenants pour la littérature. L’administration du Collège de la Retraite a, pour sa part, réaffirmé son engagement à promouvoir les activités culturelles et éducatives favorisant l’épanouissement intellectuel des élèves.
Encourager la relève littéraire
Ce café littéraire du 26 février 2026 restera sans doute gravé dans la mémoire de ces élèves de 6e comme une expérience marquante. En allant à la rencontre des plus jeunes, Guillaume Nana contribue à semer les graines d’une future génération de lecteurs et, peut-être, d’écrivains. Dans un contexte où les écrans occupent une place grandissante, ce type d’initiative rappelle que le livre demeure un outil essentiel de formation et d’ouverture sur le monde.
Juste après la parution de la trilogie « EAU VIVANTE ET VIVIFIANTE », écrite sur un style poétique, l’expert qui m’accompagnait pour la publication en ligne m’avait suggéré d’écrire un roman. Il m’avait avoué qu’il était séduit par la fécondité de ma plume et la profondeur de mes écrits. Il m’avait aussi déclaré qu’il était convaincu que si je m’y mettais, je pourrais produire un chef d’œuvre dans ce domaine. Je l’avais écouté sans intérêt particulier, et lui avais répondu qu’on verrait bien. Quelques jours après, alors que je fouillais dans mes documents encore contenus dans des cartons depuis mon déménagement, je suis tombée sur un manuscrit que j’avais entamé cinq ans avant. Je l’avais écrit à un moment où j’avais pratiquement tout perdu, et où je cherchais à me reconstruire. N’ayant ni ordinateur, ni tablette, je m’étais servie de feuilles volantes (papier A4) que j’avais numérotées au fur et à mesure que je les noircissais avec mon stylo. Bouleversée par cette curieuse coincidence, j’ai pris la proposition de l’expert au sérieux, d’autant plus qu’en relisant ce texte, je le voyais sur un autre prisme et l’appréciais considérablement. Il n’était pas encore achevé, mais j’avais trouvé ces premières lignes franchement captivantes. Lorsque l’expert a pris connaissance du manuscrit que je lui avais apporté en l’état, il n’a pas caché son émerveillement. « Pratiquement sans rature, fluide, entraînant », sont quelques mots qu’il a débités, tellement il était fasciné. Avec cette assurance et ces encouragements, en moins de deux mois, j’ai terminé la redaction de l’ouvrage que j’ai intitulé IMPASSES AMOUREUSES.
Diriez-vous que ce roman est un cri du cœur, une réflexion sociale ou les deux à la fois ?
J’ai du mal à répondre avec clarté à cette question. Ce que je peux vous déclarer à ce propos, c’est qu’au fond de moi, soudainement, a jailli une inspiration, et j’ai eu la discipline de l’écouter. L’histoire a coulé avec une fluidité déconcertante. On aurait dit qu’une voix dans mon coeur me dictait les mots ; et moi, je les écrivais sans effort particulier, en dehors de celui de la fidélité dans la retranscription. Au regard des multiples expériences vécues par moi-même, par certains proches, et d’autres enregistrées sur un plan plus large au travers des medias, ce récit qui aborde des problèmes universels, constitue indubitablement une piste de réflexion. Je dirai donc que c’est un murmure du coeur que je reconnais comme étant une invitation à une réflexion sociale.
Selon vous, qu’est-ce qui conduit le plus souvent un couple dans une impasse : le manque d’amour, la peur, l’orgueil ou les circonstances ?
Sans être une experte des questions matrimoniales, j’ai pu relever principalement le manque de communication ou une communication défaillante. Dans ces cas, même si les partenaires s’aiment à la base, ce climat favorisera et entretiendra de nombreux malentendus ainsi que des rancoeurs qui conduiront finalement à l’explosion. D’autres causes existent : celles que vous avez citées et bien d’autres encore. Mais je pense que dans une ambiance marquée par le dialogue sain, ouvert et régulier, plusieurs « bombes » peuvent être désamorcées. Imaginez, par exemple, deux personnes qui ont des valeurs et des attentes divergentes, des visions de l’avenir incompatibles, des projets de vie opposés, des rythmes de vie différents, etc. Ou encore des personnes gonflées d’orgueil, promptes à critiquer et à juger, tellement bornées. Elles se dirigent tout droit vers une impasse, car le cadre n’est pas propice à la communication. Ainsi, ce qui pourrait être une richesse dans le sens de la complémentarité, sans tolerance et compréhension de l’autre, devient un obstacle géant.
Pensez-vous que l’amour moderne est plus fragile qu’autrefois ?
Sincèrement, je ne pense pas que l’AMOUR change avec les époques. Pour moi, Il est intemporel, universel. Seulement, chaque génération ou chaque culture vient avec son schéma représentatif de cet élément essentiel, censé saler, sucrer et épicer notre existence. On peut se laisser entrainer dans ces modèles diffusés ou choisir d’aimer en vrai malgré le vent de l’heure (ce qui n’est pas du tout aisé, je le reconnais !). Pour essayer de répondre à votre question, je dirai que le facteur durée de la relation (pour le meilleur et pour le pire, jusqu’à ce que la mort nous sépare) tend à disparaître dans l’esprit des gens de notre époque. Ceux-ci s’attachent de plus en plus aux intérêts et à l’épanouissement personnels. Par ailleurs, le numérique, avec les applications favorisant les rencontres et les réseaux sociaux, multiplient les possibilités de changement de partenaire. Le consumérisme contemporain a fortement déteint sur l’amour. On n’essaie plus de « réparer », de « récupérer » ou de « retaper » ce qui s’est endommagé ou qui a vieilli. On cherche tout simplement à « jeter », à « remplacer » ou à « multiplier », en recherchant son bien être. C’est un peu caricaturé peut-être, mais nous ne sommes pas loin de là aujourd’hui ; et la solidité du couple est ainsi mise à l’épreuve.
Vos personnages semblent profondément humains et vulnérables. Cherchiez-vous à provoquer l’identification du lecteur ?
Belle remarque! Je n’ai pas cherché à idéaliser les personnages ni à les caricaturer. Certainement vous avez constaté que sur ce plan, le côté conventionnel qui incite généralement à décrire les personnages dans les détails a été ignoré, ou plutôt relégué au second plan. Les aspects physiques ont été survolés exprès afin de mettre en exergue les traits psychologiques et émotionnels, en mode réel. Le livre constitue ainsi une sorte de miroir à travers lequel chaque lecteur pourrait se reconnaître ou se rappeler d’une personne connue. Cela contribue à lui faire vivre intensément le voyage intérieur qui lui est proposé. L’introspection profonde y est prônée.
Avez-vous écrit certains passages avec une émotion particulière ?
Comme je vous l’affirmais, j’ai tout simplement écouté mon coeur sans vouloir ajouter autre chose. Si certaines émotions personnelles se sont introduites compte tenu de l’imperfection de l’instrument que je suis, cela s’est surement fait à mon insu. Mon objectif n’est ni de juger, ni d’accuser, encore moins d’imposer un quelconque point de vue. C’est un exposé qui se veut neutre, une analyse qui se veut objective. Si ce but est atteint, je ne pourrai que m’en réjouir.
Si vous deviez donner un conseil aux personnages de votre propre roman, quel serait-il ?
Dans ma logique, il n’est pas question de faire la leçon à qui que ce soit. Qui suis-je pour le faire ? C’est vrai qu’à partir de mon expérience personnelle de la vie, j’ai su tirer des leçons qui m’ont permis d’avancer au milieu des tempêtes et m’ont ouvert à la source du bonheur authentique. L’une d’elles consiste à ne jamais perdre son amour et sa foi. Il faut aimer malgré tout et par dessus tout ; et s’attacher à Dieu. C’est la clé du bonheur veritable.
La couverture présente une silhouette sombre avec un point d’interrogation au niveau de la tête. Que symbolise cette image ?
Cette image symbolise la complexité des relations humaines, notamment amoureuses, les multiples interrogations de l’individu face à l’amour, aux dilemnes affectifs et moraux, aux pressions sociales ainsi qu’aux autres combats qu’il doit gérer. L’amour, c’est fait pour nous rendre heureux, mais comment y parvenir ? L’aspect sombre de la silhouette indique le caractère universel du sujet.
Pourquoi avoir choisi un fond rouge ? Est-ce une référence à la passion, au danger ou au conflit ?
Les trois aspects interviennent : le rouge pour la passion qu’entraîne l’amour ; le danger en ce sens qu’il peut entrainer un sérieux brisement et d’autres conséquences fâcheuses si les émotions sont mal gérées ; le conflit avec soi-même et avec l’autre.
La posture du personnage, de dos, les mains sur les hanches, semble exprimer une forme de confrontation ou d’interrogation. Était-ce intentionnel ?
Oui, oui ! En effet, ce thème de l’amour qui tend à être de plus en plus banalisé, lorsqu’on s’y penche sérieusement, suscite de nombreuses interrogations. Des fois, on se rend compte que ce n’est pas aussi évident que ça ! Dans IMPASSES AMOUREUSES, les différents cas abordés en témoignent. La confrontation est également présente face à la réalité. Je parlais des dilemmes d’une part ; des secousses émotionnelles, des luttes intérieures d’autre part. Et de la confrontation avec l’autre par ailleurs, et même par rapport à la société.
Quel message aimeriez-vous que les lecteurs retiennent après avoir refermé le livre ?
L’AMOUR demeure l’AMOUR, quelles que soient les circonstances, les épreuves, les obstacles. Il ne calcule pas, Il ne s’use pas avec le temps. Il est bienveillant, tolérant, compréhensif, miséricordieux. Il réchauffe le cœur, donne du goût à la vie et rend heureux. Peut-Il encore s’exprimer dans notre monde où l’éphémère et l’artificiel semblent avoir conquis les cœurs ? A cette question, Laura, le personnage principal du roman répond « OUI, bien que cela ne soit pas aisé ». C’est une quête permanente, un combat de tous les jours, plus intérieur qu’avec l’autre, qui est également confronté à ces pressions intérieures et sociales. La vérité est que seul, il est difficile voire impossible de s’en sortir. Mais avec le secours du divin, la Référence en matière d’amour, l’individu réussit à maintenir le cap et à savourer ainsi ce bonheur special, malgré les épreuves de la vie. En outre, ce roman révèle que l’impasse n’est pas synonyme de fin ou de mort de la relation. Elle peut être une opportunité en or pour le couple qui se regarde dans le miroir, de prendre conscience de tout ce qui ternit la relation et de l’améliorer. Il pourra alors se réinventer, se fortifier et amplifier son bonheur. Encore faut-il que les partenaires acceptent cette démarche ! S’ils n’y arrivent pas seuls, ils peuvent faire appel à un accompagnateur qualifié qui pourrait les aider. Et même là encore, il faut tomber sur le bon ! On voit l’exemple du docteur Collins qui, malgré sa volonté d’aider, est tombé fou amoureux de sa patiente. Ah oui, ce n’est pas aussi facile qu’on le pense ! Mais il faut y croire et se laisser guider par Dieu.
Votre roman se veut-il un avertissement, une consolationou une invitation à réfléchir ?
J’y entrevois une piste de réflexion, un cheminement (sans être une méthode unique) axé sur l’introspection profonde et le miroir relationnel. Il consiste à utiliser l’impasse pour effectuer un voyage intérieur et comprendre ses propres blocages plutôt que de se focaliser uniquement sur les défauts du partenaire. Il peut aussi être utile dans la « prévention » des impasses et dans la gestion harmonieuse des relations au quotidien. Enfin, il constitue une note d’espoir et/ou d’encouragement pour ceux qui ont ont été brisés et qui ont du mal à se relever, pour ceux qui ont peur d’aimer ou ceux qui se demandent si l’amour vrai est encore possible de nos jours. Les lecteurs trouveront peut-être d’autres avantages.
Selon vous, comment éviter une impasse amoureuse ?
En gros, il faut communiquer honnêtement, amicalement, sainement et régulièrement dans le couple. Dans ce climat d’amour et de confiance mutuelle, on doit faire l’effort de résoudre les problèmes sans attendre que la situation pourrisse ou se complique, faire preuve d’humilité pour reconnaître ses erreurs et demander pardon lorsqu’on a tort ; de tolérance vis-à-vis de l’autre qui n’est pas une personne parfaite. Cependant, il faut noter qu’une impasse peut survenir malgré ces précautions, notamment avec le temps. Si elle est bien gérée dans cet espace de dialogue, avec des intentions bienveillantes, le couple peut s’en sortir doublement enrichi : sur les plans individuel et collectif.
Qu’avez-vous découvert sur vous-même en écrivant ce livre ?
Principalement, j’ai pu découvrir certains aspects de ma personnalité que j’ignorais. J’ai pris conscience de mes limites, de mes forces, de mes aspirations profondes notamment en ce qui concerne la relation amoureuse. Et bien d’autres choses encore. J’espère vivement que ce sera le cas pour les divers lecteurs. Je laisse chacun se « découvrir » à travers ce cheminement.
L’écriture a-t-elle été pour vous une forme de thérapie ?
J’avoue que l’écriture est un exercice qui m’a beaucoup aidé à tenir debout dans une phase de fortes turbulences, une période particulièrement tumultueuse de ma vie. Dans ces moments de silence où je me suis souvent retrouvée face à moi-même et avec Dieu, j’ai expérimenté le véritable amour, la paix intérieure et ai été spécialement inspirée, réconfortée et revigorée. Je me souviens encore, lors de la cérémonie de dédicace de mon livre EAU VIVANTE ET VIVIFIANTE, Volume 1, l’un des intervenants parlait, d’«un livre qui soigne », d’une « médecine de l’âme ». Je témoigne de ces effets bénéfiques sur moi, et suis ravie des retours des lecteurs dont certains m’expriment leur « transformation positive », leur « guérison » de profondes blessures ainsi que l’effet libérateur par rapport à des blocages. C’est très encourageant !
Travaillez-vous déjà sur un nouveau projet littéraire ?
Je suis en train d’achever la redaction d’un livre, un autre recueil de poèmes invitant à la contemplation de la beauté et de la succulence de la vie, des relations ainsi qu’à l’exaltation du Créateur pour ces dons gratuits. Il paraîtra très bientôt.
Si Impasses amoureuses devait être adapté au cinéma, à quoi ressemblerait-il selon vous ?
J’imagine le film IMPASSES AMOUREUSES comme étant tellement entraînant, captivant, passionnant, suscitant des émotions vives et amenant le spectateur, même inconsciemment, à revisiter sa vie. Je vois inscrite au début, la mention « Basé sur une histoire vraie » ou « Inspiré de faits reels ». Aucun titre ne me vient à l’esprit tout de suite en terme de comparaison, mais je suis convaincue qu’il connaîtra un succès fulgurant.
À Bangui, les 06 et 07 mars 2026, la capitale centrafricaine vibrera au rythme des mots, des idées et des débats à l’occasion du Forum National sur le Livre et la Lecture (FONALL). À l’initiative de l’Association des Jeunes Écrivains Centrafricains (AJEC), l’événement ambitionne de repositionner le livre au cœur du développement culturel et de la consolidation de la paix en République centrafricaine.
À la tête de cette dynamique : Bienvenu Juvénal Rouheda Yassara, président de l’Association des Jeunes Écrivains Centrafricains (AJEC), une figure engagée de la scène littéraire nationale, convaincue que l’avenir du pays passe aussi par la plume et la lecture. C’est un président d’association porté par une vision : faire du livre un outil de reconstruction, car il le considère plus qu’un simple objet culturel, mais comme un instrument pour la mémoire, la transmission et la transformation sociale. Sous son impulsion, l’AJEC s’est donnée pour mission de structurer la jeunesse littéraire centrafricaine, de valoriser les auteurs locaux et de créer des espaces d’échanges entre écrivains, lecteurs, institutions et partenaires. Le FONALL s’inscrit dans cette vision stratégique : créer un cadre national de réflexion et d’action autour du livre et de la lecture.
Bienvenu Juvenal Rouheda Yassara
Le FONALL : un forum pour repenser la place du livre en Centrafrique
Placée sous le thème « Le livre, mémoire et gage de paix pour la République centrafricaine », cette première édition du Forum National sur le Livre et la Lecture se veut à la fois symbolique et ambitieuse. Dans un pays marqué par des crises successives, le choix du thème n’est pas anodin. Il traduit une conviction forte : la paix durable passe aussi par l’éducation, la culture et la circulation des idées. Durant deux jours, au New Tech Institut (PK4) à Bangui, le forum proposera : – Des conférences thématiques – Des débats publics – Des rencontres entre auteurs et lecteurs, en ligne et en présentiel – Des expositions et dédicaces – Des animations culturelles – Des concours d’écriture et de lecture L’objectif est clair : démocratiser l’accès au livre et encourager une nouvelle génération de lecteurs et d’auteurs.
Des thématiques au cœur des enjeux nationaux
La conférence principale du 07 mars 2026 réunira plusieurs intervenants autour de problématiques structurantes : – Politique publique et accès au livre en Centrafrique – La femme et la littérature centrafricaine – Les nouvelles dynamiques de promotion de la lecture à l’ère du numérique – Lecture, jeunesse et transmission du savoir
Ces axes traduisent une volonté d’aborder la question du livre sous un angle global : institutionnel, sociétal, numérique et générationnel. Pour l’AJEC, il ne s’agit pas seulement de célébrer la littérature, mais de réfléchir à des solutions concrètes : bibliothèques, politiques d’accompagnement, intégration du numérique, implication des jeunes. Des axes principaux pour l’épanouissement de la littérature.
Une marraine engagée et des voix diverses
La marraine de cette première édition, Portia Deya-Abazene, incarne l’engagement féminin dans la sphère culturelle et intellectuelle. Sa présence donne à l’événement une dimension symbolique forte : celle d’une littérature inclusive et représentative.
Le choix des intervenants reflète également une volonté d’équilibre entre générations, profils littéraires et acteurs institutionnels. Une diversité assumée par l’AJEC, qui voit dans le dialogue intergénérationnel un levier essentiel pour dynamiser le secteur du livre.
L’AJEC : une jeunesse organisée et ambitieuse
L’AJEC s’affirme comme une plateforme structurée, capable de mobiliser des partenaires institutionnels, diplomatiques et médiatiques de RCA et d’autres pays, comme ACOLITT au Cameroun, autour d’un projet culturel d’envergure nationale. Le FONALL ne se veut pas un événement isolé, mais le point de départ d’un rendez-vous appelé à s’inscrire dans la durée. L’ambition affichée est d’en faire un cadre permanent de réflexion, de plaidoyer et d’action pour la promotion du livre en République centrafricaine.
L’AJEC parie sur l’intelligence et la jeunesse au-delà des discours. Le FONALL représente alors un pari : celui de croire en l’intelligence collective, en la force des mots et en la capacité de la jeunesse centrafricaine à écrire une nouvelle page de son histoire. En mettant le livre au centre du débat national autour de la paix, l’AJEC envoie un message fort afin que le livre soit un peu plus valorisé et diffusé. Et la diaspora ne sera pas en reste…
En mars 2026, Bangui ne sera pas seulement la capitale politique du pays, elle deviendra, le temps d’un forum, la capitale des lettres centrafricaines.
Écrire l’amour a toujours été aussi complexe qu’écrire la mort ; ce sont deux composantes de la vie qui surprennent l’auteur et le glissent très souvent dans une expression inachevée, tant il semble désarmé face aux multiples axes qui peuvent être empruntés. Écrire les deux ensemble, l’un comme conséquence de l’autre, s’avère donc une tâche ardue. C’est justement l’exercice auquel l’auteure de Réalités épineuses s’est soumise dans son roman de 20 chapitres, paru chez Éclosion en 2023.
BREF APERÇU…
Dassihara et Gérémy, les deux personnages principaux, ne se doutent pas que la passion qui les unit va devoir faire face à quelque chose de bien plus grand que deux cœurs qui battent, ne demandant qu’à avoir la liberté de s’unir. Dans un texte par lequel Amina NDAM fait découvrir sa plume aux lecteurs, une diversité de thèmes entre foi, tradition, famille, culture et destinée, il va s’ouvrir un univers d’exploration exceptionnel avec plusieurs horizons qui se croisent pour former un tout entraînant.
LECTURE FAITE PAR LE 15 PAGES PAR JOURBOOKCLUB…
Dans le nouvel espace de la bibliothèque LA MAISON DES SAVOIRS, au quartier Étoudi à Yaoundé, les membres du club de lecture 15 Pages Par Jour se sont donné rendez-vous pour un autre échange critique autour de ce roman dont le contenu semble se poursuivre par-delà les 333 pages. Plusieurs thèmes ont meublé la séance ; habituellement, les séances modérées par The Ghost suivent un canevas qui va toujours de ce que chacun a ressenti au fil de la lecture, à la note attribuée par chaque lecteur.
LE RESSENTI GÉNÉRAL…
Célestine, poétesse et auteure de Écoute !, recueil paru chez Luppepo, a apprécié la densité du texte, ainsi que sa richesse, compte tenu de l’âge de l’auteur qui fait ses premiers pas dans la vingtaine ; comme pour Danielle, relectrice, elle a trouvé le texte captivant d’un bout à l’autre. Érine, bibliothécaire, a partagé ce même point de vue, en évoquant le voyage qui s’offre et le tourisme qui fait explorer d’autres régions et cultures du Cameroun. Raphaël, très porté sur la fluidité, a indiqué ne pas avoir pu terminer la lecture bien qu’ayant obtenu le livre en premier, parce que le texte lui a paru long et parfois lourd, mais aussi à cause du lexique local qui l’a obligé à aller consulter les définitions en début de livre à plusieurs reprise. The Ghost, de son côté, a confessé, comme Danielle, que certaines difficultés liées à la lecture sont le fruit de fautes et autres insuffisances ; s’il a reconnu l’importance du travail exprimé par Amina NDAM, il a déploré le peu de regard accordé à cet aspect lors des différents processus de fabrication du livre.
LE PERSONNAGE MARQUANT…
« Le roi », Danielle n’a pas hésité une seule seconde. Pour elle, il joue son rôle à la perfection et a été réussi par l’auteure ; personnage que The Ghost n’a pas particulièrement apprécié à cause du peu de vertu qu’il perd facilement au nom de l’amour et aussi son esprit froid et calculateur. Selon lui, c’est Sacha, l’ex-copine de Gérémy ; c’est une jeune femme libertine certes, mais peu conditionnée dans son existence et toujours orientée sur le chemin de la vie. Sa volonté de vivre est exceptionnelle. Célestine et Raphaël sont allés dans le sens de la mère de Dassihara ; la poétesse particulièrement apprécie combien la femme dédie toute son énergie pour le bien de sa fille, malgré le contexte musulman et un mari qui ne demande qu’à marier la jeune femme au roi Abdel Malick.
LA QUALITÉ DE L’ÉCRITURE…
Il a été unanime que le volet éditorial est fortement à revoir, comme il est devenu récurrent dans l’univers littéraire aujourd’hui.
L’AMOUR ET LA MORT…
Arrivé à ce stade, les autres participants, nouveaux au club ou visiteurs, parmi lesquels l’écrivaine Viviane Moluh Peyou, ont pu participer et donner leurs avis, puisqu’on passait à l’impact du livre. La question posée par The Ghost a soulevé beaucoup de passions : Est-il normal de mourir pour l’amour ? La question trouve ses racines dans la relation entre Gérémy et Dassihara. Le garçon savait qu’il perdrait sa vie s’il s’entêtait à vouloir épouser sa belle ; destinée au roi, elle a marqué le premier pas d’un rite qui engageait sa vie. Entre Viviane qui assure qu’à un certain âge, quand la cœur est fou, on ne craint rien… propos partagés par Pauline Ongono, présidente d’ACOLITT ; et d’autres comme Laura qui pensent que rien n’est au-dessus de la vie, il a fallu près d’une heure, rien que pour ce point, et il a fallu s’arrêter et promettre de poursuivre plus tard. C’est aussi cela, les intrigues fortes, elles savent créer des débats et construire les esprits.
DIEU ET LES TRADITIONS…
Ce point est l’un des plus fréquents quand un texte met un accent majeur sur les traditions et, pour cette séance aussi, les échanges ont été nourris. L’auteure Amina Ndam a su offrir, au fil de son écriture, plusieurs champs à explorer. L’équilibre entre la religion catholique et les traditions ancestrales bamoun est si saisissant qu’on ne peut que rester admiratif devant la maturité d’une plume pourtant encore à ses débuts, et encore verte dans son âge.
LA NOTE…
En totalisant les votes du jour, Réalités épineuses, le roman d’Amina Ndam également membre du club de lecture 15 Pages Par Jour, a reçu la note de 8.5/10. Avec un comité éditorial effectif, ou un relecteur professionnel, il ne fait aucun doute que cette plume présente un intérêt certain.
Le 21 mars, Une rencontre avec un pervers narcissique de Yvonne MASSABE sera le livre à l’honneur.
La couverture du recueil de poèmes Les mots parlants de Diane-Annie TJOMB se présente comme une véritable œuvre de sens, où l’image précède et annonce la puissance du verbe poétique. Bien plus qu’un simple habillage visuel, elle agit comme un texte silencieux qui prépare le lecteur à l’univers intérieur de l’auteure.
Au centre, un visage féminin fragmenté incarne l’âme humaine, à la fois vulnérable et créatrice. Cette fissure symbolique suggère que la parole poétique naît souvent de la blessure, de l’intime et de l’indicible.
Le cœur lumineux, offert par des mains ouvertes, renvoie à l’origine profonde des mots : un lieu d’émotion, de vérité et de don. La poésie apparaît ainsi comme une nécessité vitale, un souffle intérieur qui cherche à se dire.
Autour de cette figure centrale, les éléments naturels : savane, arbres, ciel ouvert, inscrivent l’œuvre dans un espace à la fois africain et universel, évoquant la mémoire, l’enracinement et la transmission ; tandis que l’oiseau blanc, la colombe, qui s’élève au-dessus de la scène, vient apporter l’inspiration, la paix et l’élévation spirituelle. Et l’ensemble crée un dialogue entre la terre et le ciel, entre le vécu et le sacré.
La palette de couleurs chaudes et contrastées accentue l’intensité émotionnelle de la couverture. Le fond neutre, lui, met en valeur l’illustration centrale.
Le titre, LES MOTS PARLANTS, affirmé en rouge, annonce une poésie vivante, engagée, porteuse de sens, où chaque mot semble animé d’une voix propre.
Le visuel de Les mots parlants fonctionne comme un seuil poétique : elle promet un recueillement profond, introspectif et lumineux, où la parole devient un acte de vérité. Avant même la lecture, l’image parle déjà et invite le lecteur à écouter.
Pauline M.N. ONGONO
Les mots parlants est un recueil de poèmes qui a paru aux Éditions KADEÏ en janvier 2026. Il coûte 5.000 FCFA. Il est disponible au Cameroun :à Yaoundé (Librairie des peuples noirs), à Douala, et peut être expédié partout. Il est aussi disponible en lecture payante sur www.appteere.com
Contact : editionskadei@gmail.com ou +237 690195126
Dans son roman Impasses amoureuses, Iya Boyo explore avec finesse les complexités du sentiment amoureux. À travers une écriture sensible et introspective, elle plonge le lecteur dans les méandres des relations humaines, là où la passion se heurte aux réalités, aux blessures intérieures et aux contradictions de l’existence.
Loin d’être une simple histoire d’amour, Impasses amoureuses se présente comme une radiographie émotionnelle du couple moderne. Il met en lumière ces moments de doute, ces carrefours existentiels où l’on se demande s’il faut continuer, s’arrêter ou se réinventer. Les personnages évoluent dans un univers où l’amour n’est ni idéalisé ni caricaturé. Il est vivant, fragile, parfois exaltant, parfois douloureux. L’auteure montre que l’impasse n’est pas nécessairement une fin, mais peut devenir un espace de réflexion, voire de transformation.
Iya Boyo signe un texte profondément humain. Son écriture, à la fois fluide et analytique, laisse transparaître une grande sensibilité psychologique. Elle s’intéresse moins aux grands rebondissements qu’aux mouvements intérieurs : les silences, les hésitations, les blessures invisibles. À travers ses personnages, elle interroge : Qu’est-ce que l’amour véritable ? Peut-on aimer sans se perdre ? Jusqu’où peut-on aller pour sauver une relation ? Son approche dépasse la simple fiction : elle invite à une réflexion personnelle. Chaque lecteur peut s’y reconnaître, se questionner et, peut-être, y trouver des réponses.
La couverture du roman attire immédiatement l’attention. Sur un fond rouge intense se détache une silhouette sombre, de dos, surmontée d’un point d’interrogation blanc au niveau de la tête. Ce visuel fort n’est pas anodin ! Le rouge évoque la passion, l’amour ardent, mais aussi le danger et le conflit. Il rappelle que les sentiments amoureux peuvent brûler autant qu’ils réchauffent. La silhouette noire, anonyme, symbolise l’universalité de l’expérience : chacun peut se retrouver dans cette figure. Elle représente l’individu face à ses propres interrogations. Le point d’interrogation, placé à l’endroit du cerveau, souligne que l’impasse amoureuse est avant tout un combat intérieur. C’est l’esprit qui doute, qui analyse, qui hésite. La posture du personnage, les mains posées sur les hanches, suggère une confrontation : confrontation avec soi-même, avec l’autre, avec ses choix. La couverture de Impasses amoureuses devient ainsi une porte d’entrée psychologique dans l’univers du roman.
Dans un monde où les relations semblent de plus en plus fragiles, Impasses amoureuses résonne comme un miroir de notre époque. Entre pressions sociales, attentes irréalistes et quête d’épanouissement personnel, l’amour est mis à rude épreuve. Iya Boyo ne moralise pas. Elle observe, analyse et raconte. Son roman ouvre un espace de dialogue sur la fidélité, l’engagement, la peur de l’abandon et la difficulté de concilier passion et responsabilité.
Avec Impasses amoureuses, Iya Boyo affirme une voix littéraire singulière, marquée par la profondeur émotionnelle et la finesse d’analyse. Elle démontre que l’amour, loin d’être un thème banal, demeure un territoire complexe et inépuisable. Ce roman s’adresse à tous ceux qui ont déjà aimé, douté, espéré ou souffert. À ceux qui se sont retrouvés à un carrefour sentimental, cherchant une issue à une impasse. Car au fond, comme semble nous le rappeler Iya Boyo, une impasse n’est peut-être pas une fin… mais le début d’une prise de conscience.
Pauline M.N. ONGONO
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BRIGADE 14 : JUDAS est un roman policier contemporain de 368 pages qui plonge le lecteur au cœur d’une enquête criminelle intense dans le Cameroun urbain. Publié aux éditions Tila Africa en février 2025, l’ouvrage mêle réalisme social, suspense procédural et drames familiaux.
Lire ce roman est une expérience immersive et parfois déstabilisante. L’écriture de Lois Irene NWAHA est viscérale, notamment dans la description clinique et crue du meurtre. Le lecteur est immédiatement happé par le rythme haletant des premières pages.
Le « Judas » : L’ombre de la trahison… Le titre n’est pas fortuit ! Dès l’exergue citant l’Évangile selon Matthieu (16:15-16), l’autrice prévient : quelqu’un a livré la famille.
Le jour du meurtre… Un anniversaire de mariage au goût de sang. Un décor idyllique… Le Dr Charles Siewe, cardiologue dont la réputation n’est plus à faire, reçoit ses proches pour fêter ses trente ans d’union avec Hélène, surnommée affectueusement Ma’a Hé. Mais la fête prend fin brusquement lorsqu’un commando de trois hommes, décrits comme nerveux et imprévisibles, a forcé l’entrée de la résidence.
Les témoignages recueillis sur place dépeignent une scène d’une brutalité froide. Malgré la coopération du médecin, qui a livré sans résistance la somme de cinq millions de francs CFA dissimulée dans son coffre, l’irréparable a été commis. Dans un ultime geste de défi, Hélène Siewe crache au visage de l’un des assaillants. La sentence tombe immédiatement : une balle en plein front, tirée à bout portant.
Le projectile logé dans le barillet déboula à quatre mille kilomètres par heure hors du canon. (…) L’os frontal s’émietta sous la pression de la balle.
Le calme habituel de la ville d’Edéa est rompu par une détonation qui résonne encore dans l’esprit des habitants. Ce qui devait être la célébration de trois décennies de mariage pour le Docteur Charles Siewe s’est mué en une scène de crime d’une rare violence.
La ville est sous tension. L’émotion est vive. Cette affaire soulève des questions cruciales sur la sécurité des biens et des personnes, mais aussi sur la déliquescence des liens familiaux face à l’appât du gain. Alors que le corps de Ma’a Hé repose désormais à la morgue, les regards se tournent vers le Dr Siewe, un homme brisé qui doit désormais affronter le silence de sa maison vide et les questions de plus en plus pressantes de la Brigade 14.
L’enquête ne fait que commencer, mais une chose est certaine : le coupable n’est peut-être pas celui qui tenait l’arme, mais celui qui a ouvert la porte
Devant l’inefficacité apparente des premières unités arrivées sur les lieux, l’état-major dépêche la « Brigade 14 », une unité d’élite de la gendarmerie basée à Kribi. Sous les ordres du Commandant Ousmanou Asser, un homme au regard d’acier marqué par trois balafres à la tempe, les enquêteurs tentent de remonter le fil d’une affaire plus complexe qu’il n’y paraît. Créée pour traiter les affaires criminelles de haute importance dans la zone littorale, la Brigade 14 s’est illustrée par sa discrétion et son efficacité. Composée d’éléments triés sur le volet, elle dispose de moyens techniques accrus, mais c’est avant tout le flair de ses hommes et femmes, comme le Commandant Ousmanou, qui fait sa renommée. Dans l’affaire « SIEWE », leur réputation est en jeu. Au sein de cette unité, la Maréchale de Logis Anky Ze incarne ce nouveau visage de la gendarmerie : une enquêtrice brillante mais hantée par la noirceur humaine qu’elle côtoie. « Cette maison sentait la mort. À notre entrée, j’avais cru pénétrer dans les enfers », confie-t-elle.
L’enquête s’’oriente vers le cercle intime. Le titre de l’affaire, que certains officieux appellent déjà le « Dossier Judas », fait écho à cette vérité biblique : on n’est jamais trahi que par les siens. Plusieurs éléments troublent les enquêteurs : comment savaient-ils qu’une somme aussi importante se trouvait dans le coffre ce soir-là ? S’agissait-il d’un simple braquage qui a mal tourné, ou d’une exécution commanditée déguisée en vol ?
L’ambiance dans ce roman se vit. On ressent l’humidité d’Edéa, l’odeur du « pipi de chat » des malfrats, la tension électrique des salles d’interrogatoire. Les enquêtes sont réalistes : nous sommes plongés dans les rouages complexes de la gendarmerie camerounaise, loin des clichés hollywoodiens. On y découvre des enquêteurs humains, confrontés au manque de moyens et aux pressions politiques du maire local. Lois Irène NWAHA dépeint avec acidité l’inefficacité initiale des forces de l’ordre locales et les faux-semblants de la bourgeoisie provinciale.
Brigade 14 : Judas utilise les codes judiciaires de son contexte pour explorer les failles de la société camerounaise et la complexité des rapports familiaux. Le mystère du « Judas » tient le lecteur en haleine jusqu’au bout. Le contraste entre la fête d’anniversaire de mariage et le deuil brutal rend la tragédie de la famille Siewe particulièrement poignante.
Ce roman peut s’imposer comme une pièce maîtresse du polar contemporain d’Afrique. Entre les murs d’une demeure bourgeoise d’Edéa, l’autrice tisse une toile où le crime n’est que la partie émergée d’un iceberg de secrets familiaux. Entre les relations conflictuelles entre belle-mère et belle-fille ; le passé de Charles, marqué par une infidélité ; la victime qui, loin de l’image de sainte, était capable de violence psychologique et de manipulation… La Brigade 14 a du pain sur la planche.
Lois Irène NWAHA
Lois Irene NWAHA, pour avoir aussi lu son précédent polar – « Brigade 14 : L’affaire Cathy Nkeng », possède une plume visuelle, presque cinématographique. Elle n’épargne aucun détail au lecteur. D’une odeur à la précision anatomique d’une blessure, elle nous sert toutes les émotions. Le cadre spatial est également un personnage à part entière : Edéa, ville de passage, avec son humidité et son atmosphère pesante, rappelle à ceux qui y sont déjà allés des souvenirs d’outre roman. En outre, l’intégration d’expressions locales comme « ndem », « témé », « pandores », ancre le récit dans son contexte géographique et sociolinguistique.
Brigade 14 : Judas dépasse le simple cadre de l’enquête policière. C’est une autopsie sociale qui questionne la loyauté et les conséquences de nos actes passés. Un roman haletant qui confirme que le « noir » a de beaux jours devant lui dans la littérature camerounaise.
Il y a des pays où les écrivains montent sur scène sous les applaudissements. Et d’autres où ils écrivent longtemps dans le silence, avec pour seule certitude le désir d’être lus. Le Cameroun n’est pas un désert littéraire. Il est traversé de voix puissantes, de manuscrits vibrants, d’imaginaires vastes. Mais entre l’écriture et la reconnaissance, il existe un espace fragile. Un espace où les livres hésitent à circuler. Où les auteurs doutent. Où les textes cherchent leurs lecteurs. C’est dans cet espace que Pauline Ongono a choisi de vivre. Pas au centre. Pas sous la lumière. Mais là où tout peut se rompre sans que personne ne le remarque.
Née dans les années 80 à Mbassila, dans la Lekié (région du centre, Cameroun), Ongono Pauline Marie Noelle appartient à cette génération qui a grandi avec des livres dans les mains et le monde dans l’imagination. Avant les écrans. Avant l’immédiateté. Bien avant les algorithmes. Sa vie littéraire ne commence pas avec ACOLITT. Elle commence avec des étagères. Avec l’odeur du papier. Avec les livres qu’elle range, qu’elle classe, qu’elle observe… Avec ceux qu’elle lit. Et avec ceux qu’elle voit passer.
À onze ans déjà, elle sait. Elle travaillera avec les livres. Pas comme un rêve d’enfant. Mais comme une évidence calme. Le CLAC (Le Cercle de Lecture et d’Animation Culturelle) de Yaoundé est la première porte qui s’ouvre. Et là, elle comprend ce qu’il y avait de plus essentiel : les livres ne vivent pas seulement dans le silence. Ils vivent dans la rencontre. Dans la parole partagée. Dans l’animation. Dans le regard d’un lecteur qui découvre. Mais derrière les rayonnages, une sensation demeure. Les livres semblent attendre. Les auteurs aussi. Elle voit les manuscrits publiés trop vite. Les textes mal accompagnés. Les projets qui s’essoufflent faute de relais. Les ouvrages qui existent… mais ne circulent pas. Ce n’est pas un manque de talent. C’est un manque de lien. Alors elle choisit de devienir ce lien.
Bien avant qu’ACOLITT n’existe, Pauline travaille. Elle préface. Elle postface. Elle anime des ateliers de lecture et de gestion de bibliothèques. Elle forme. Elle accompagne. Elle publie un texte dans « Sororité chérie » , aux Éditions Venus Ébène, aux côtés de trente-et-une femmes à travers le monde. Elle est déjà là, bien assise dans le système. Entière. Engagée. Fidèle.
En janvier 2022, ACOLITT naît en fin. Non pas comme une ambition. Comme une réponse. Une ‘calebasse’, dit-elle. Un espace où rassembler les forces. Où faire en sorte qu’un livre ne s’éteigne pas après son impression. Où un auteur ne soit pas laissé seul avec son doute.
Aujourd’hui, elle collabore avec des dizaines de maisons d’édition sur le continent. Elle a été primée en communication littéraire. Mais ce n’est pas ce qui la définit. Ce qui la définit, c’est la médiation. Cette manière de tenir les fils sans chercher à apparaître dans la tapisserie. Quand un manuscrit est fragile, elle ne le maquille pas. Elle ne prend pas la voix de l’autre. Elle la fortifie. Elle refuse le ghostwriting. Parce qu’elle croit que chaque auteur mérite sa propre maturation, sa propre respiration.
À l’ère des facilités technologiques, Pauline défend une théorie simple : la littérature est humaine. Elle porte une responsabilité. Elle le rappelle souvent : un auteur est un éducateur. Son attitude compte. Son image compte. Son exigence compte.
Pauline Ongono n’est pas une romancière en quête de projecteurs. Elle est une veilleuse. Une présence discrète qui empêche les ruptures. Une force tranquille dans un écosystème fragile. Une gardienne des maillons invisibles. Sa phrase préférée résume peut-être tout : « Lire des livres délivre. » Mais pour que les livres délivrent, il faut quelqu’un pour les porter. Pour les relier. Pour les défendre. Pour croire en eux quand ils ne tiennent pas encore debout.
ACOLITT a quatre ans. Sa fidélité au livre, elle, a l’âge de ses premières étagères. Et peut-être que la vraie grandeur ne se mesure pas au bruit qu’on fait. Peut-être qu’elle se mesure aux ruptures qu’on empêche. Pauline Ongono est de celles qui empêchent les ruptures depuis le Cameroun. Et cela, profondément, mérite d’être célébré.
Publié en 2022 aux éditions MAB à Yaoundé, Sharma ou la reine d’ébène s’impose comme un recueil profondément lyrique, à la croisée de la déclaration amoureuse et de l’hommage identitaire. À travers plus de cinquante poèmes, l’auteur célèbre la femme centrafricaine dans toute sa beauté, sa dignité et sa force morale.
Une femme, un pays, une identité
Dès l’ouverture du recueil avec « La Beauté Centrafricaine », le ton est donné. Le poète élargit son chant bien au-delà d’une seule femme pour embrasser toute une nation :
Par cette énumération des identités ethniques, Sharma devient un symbole. Elle incarne la diversité et l’unité du cœur de l’Afrique. L’auteur insiste sur la résilience féminine :
Celle qui se sacrifie pour l’avenir de ses enfants (p.1)
La femme y est présentée comme pilier social, socle familial et moteur d’espérance.
Sharma, muse et lumière
Sharma est aussi l’aimée, la muse, la lumière intime du poète. Dans « Sharma La Lune », l’amour se teinte d’images célestes :
Sharma allume des étoiles dans mes yeux Elle est plus belle et apaisante que le coucher du soleil (p.3)
Cette comparaison cosmique traduit une admiration sans limite. Plus loin, dans « Ma Prunelle », l’auteur magnifie sa beauté intérieure :
Ta beauté intérieure naturelle brillera à jamais pour Nourrir mon âme. (p.5)
Loin d’un simple éloge physique, le poète célèbre une beauté spirituelle et éternelle. L’amour écrit à l’encre du cœur. Le poème « Stylo d’amour » résume peut-être le mieux l’essence du recueil. L’écriture devient acte amoureux : Le texte révèle une poésie instinctive, spontanée, où l’émotion prime sur l’ornement stylistique. La sincérité est la principale force du livre.
Passion et sensualité assumées
L’ouvrage ne se limite pas à l’amour idéalisé. Il explore aussi la sensualité avec franchise. Dans « Sharma la reine du soir », le désir s’exprime sans détour :
Mes baisers t’envahissent toute entière désormais ma reine Et je te déguste comme la rosée du matin (p.27)
Cette dimension charnelle cohabite avec une vision presque sacrée de l’union amoureuse. Dans « Le roi et sa reine d’ébène », l’amour devient fusion, alliance, destin partagé.
Ces deux cœurs qu’il a pris jadis N’en font plus qu’un maintenant (p.19)
Averroes Achour KORONDO, aujourd’hui Axel Presnel Averroes KORONDO MOBEZAORO
Entre douleur et renaissance
Le recueil explore également la souffrance de l’absence et de la rupture. Dans « Ma dulcinée », la vulnérabilité masculine est assumée, presque revendiquée :
Pourquoi es-tu partie ? Je n’ai plus de compagnie (p.14)
Sharma, c’est la déesse de la fidélité retrouvée. Dans « Elle incarne la fidélité » :
Je ne pensais pas Que parmi toutes celles-là, il y a une qui incarne La fidélité (p.24)
L’amour devient réparation et guérison morale. Une guérison qui aboutit à la vie. Un moment fort du recueil : « Amour d’un père », où l’amour donne naissance. La relation dépasse la passion pour devenir famille, transmission et avenir.
Enfin tu es un papa, mon roi, c’est le cri de ton bébé (p.23)
Une poésie de sincérité
Si l’écriture d’Averroes Achour Korondo reste simple, parfois répétitive, elle est portée par une authenticité indéniable. Les multiples « Je t’aime », notamment dans « Sharma la joie », traduisent une ferveur presque adolescente, mais profondément assumée :
Je t’aime, je t’aime Et je suis tellement fou de toi (p.18)
Sharma ou la reine d’ébène apparaît ainsi comme une déclaration d’amour totale à une femme, à une culture, à une nation. Un recueil qui, au-delà de la romance, pose un regard valorisant sur la femme africaine et rappelle que l’amour peut être à la fois passion, combat et renaissance.
Pauline M.N. ONGONO, présidente et directrice de ACOLITT, analyste littéraire