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  • SECRILO 2026 : une semaine de réflexion intense sur les enjeux contemporains de la critique littéraire africaine

    Du 20 au 26 avril 2026, nous avons organisé la deuxième édition de la Semaine du Critique Littéraire en Ligne (SECRILO).

    Diffusé en direct sur nos plateformes numériques, notamment Facebook Live et LinkedIn Live, et en présentiel à La Maison des Savoirs à Yaoundé, cet événement international a réuni pendant sept jours des écrivains, critiques littéraires, enseignants-chercheurs, éditeurs, bibliothécaires, slameurs, journalistes et passionnés de littérature venus de plusieurs pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord, plus précisément du Cameroun, de la République centrafricaine, du Gabon, du Congo, du Tchad, de la Guinée, du Burkina Faso, de l’Algérie, de la Côte d’Ivoire, de la France, du Canada, du Togo, de la RDC, de la Pologne, du Bénin et du Sénégal.

    À travers une série de panels thématiques, la SECRILO 2026 avait pour ambition de questionner la place et le rôle de la critique littéraire dans l’écosystème du livre, tout en favorisant la professionnalisation des pratiques critiques, le dialogue entre les différents acteurs de la chaîne du livre et la création d’espaces de réflexion adaptés aux réalités contemporaines.

    Durant une semaine, les échanges ont mis en lumière les défis auxquels fait face la critique littéraire africaine et mondiale : légitimité des critiques, indépendance intellectuelle, rapports avec les écrivains et les éditeurs, rôle des lecteurs, influence des réseaux sociaux, réseaux d’influence, place des espaces de diffusion et avenir des métiers liés au livre.

    PLUS PRÉCISÉMENT…

    Lundi 20 avril 2026

    Thème : « L’auteur(e) face au miroir critique : la critique influence-t-elle l’écriture ? »

    Modérée par Kadidia Nébié (Burkina Faso), cette première rencontre a ouvert le débat sur la relation complexe entre l’auteur et le critique.

    Les panelistes ont souligné à l’unanimité que la critique constitue un véritable miroir pour l’écrivain. Lorsqu’elle est rigoureuse et argumentée, elle peut contribuer à améliorer les pratiques d’écriture, à affiner les choix esthétiques et à nourrir une réflexion sur les attentes du lectorat.

    Cependant, plusieurs participants ont mis en garde contre le risque d’une écriture excessivement influencée par les attentes critiques, qui pourrait freiner la créativité et uniformiser les œuvres.

    Les échanges ont permis de poser une question fondamentale : comment préserver la liberté créatrice de l’auteur tout en reconnaissant l’utilité du regard critique ?

    Mardi 21 avril 2026

    Thème : « Critique littéraire et légitimité »

    Sous la modération de Jek Lulutégui Loua (Côte d’Ivoire), ce panel a exploré les critères qui fondent la légitimité du critique littéraire.

    Les intervenants ont interrogé plusieurs dimensions : la formation universitaire, l’expérience de lecture, la maîtrise des outils d’analyse, la connaissance des contextes culturels et l’éthique professionnelle. Cette discussion a permis de déconstruire l’idée selon laquelle la critique serait réservée à une élite académique.

    Les panélistes ont insisté sur le fait que la légitimité ne repose pas uniquement sur les diplômes, mais également sur la rigueur intellectuelle, la capacité d’argumentation, l’honnêteté méthodologique et la constance dans le travail.

    À l’ère du numérique, où chacun peut publier son avis sur une œuvre, la nécessité de distinguer opinion personnelle et critique littéraire structurée est apparue comme un enjeu majeur.

    Mercredi 22 avril 2026

    Thème : « Critique littéraire et bienveillance : entre diplomatie, réseaux d’influence et peur de froisser »

    Animé par Ray Ndebi (Cameroun), ce panel a abordé une question sensible : la difficulté de produire une critique objective dans des milieux littéraires souvent marqués par la proximité relationnelle.

    Les intervenants ont évoqué les liens d’amitié entre auteurs et critiques, les pressions exercées par certains réseaux d’influence, la crainte des représailles symboliques ou professionnelles ainsi que l’autocensure.

    Les échanges ont rappelé qu’une critique bienveillante ne signifie pas une critique complaisante.

    La bienveillance consiste à formuler des observations honnêtes, argumentées et respectueuses, dans une perspective constructive.

    Le défi consiste donc à maintenir un équilibre entre exigence intellectuelle et respect des personnes.

    Jeudi 23 avril 2026

    Thème : « Littérature africaine : manque de critiques ou manque d’espaces pour la critique ? »

    Sous la modération de Chad’Art (République démocratique du Congo), cette rencontre a mis en évidence l’un des principaux défis du secteur littéraire africain.

    Les panélistes ont observé que de nombreux lecteurs compétents et passionnés existent sur le continent, mais qu’ils disposent de peu de tribunes pour diffuser leurs analyses.

    Plusieurs obstacles ont été identifiés : l’insuffisance de revues spécialisées, la faible visibilité médiatique des œuvres littéraires, le manque de financement des initiatives critiques, la disparition progressive des suppléments culturels et la faiblesse des réseaux professionnels dédiés à la critique.

    Les participants ont plaidé pour la création de nouveaux espaces d’expression, notamment numériques, afin de favoriser l’émergence d’une critique littéraire africaine plus dynamique et plus visible.

    Vendredi 24 avril 2026

    Thème : « Lecteur ou critique littéraire ? Le prix de la limite »

    Modéré par Ray Ndebi (Cameroun), ce panel a interrogé la frontière entre la lecture ordinaire et l’exercice professionnel de la critique.

    Les intervenants ont rappelé que tout critique est avant tout un lecteur, mais que tous les lecteurs ne deviennent pas nécessairement critiques.

    La critique suppose une méthodologie d’analyse, des références théoriques, une capacité à contextualiser les œuvres et une argumentation rigoureuse.

    Les discussions ont également porté sur la responsabilité sociale du critique, dont les prises de position peuvent influencer la réception d’une œuvre, la carrière d’un auteur ou les choix éditoriaux.

    Le panel a conclu sur la nécessité de valoriser la formation continue des critiques afin de renforcer la qualité des analyses produites.

    Samedi 25 avril 2026

    Thème : « Faut-il absolument être écrivain pour proposer une critique littéraire ? »

    Animé par Enock Guidjime (Bénin), ce débat a permis de déconstruire un préjugé largement répandu.

    Les intervenants ont défendu l’idée selon laquelle l’exercice de la critique ne dépend pas du statut d’écrivain, mais de la compétence analytique.

    La critique repose avant tout sur la culture littéraire, la capacité d’interprétation, la connaissance des genres et des courants ainsi que la maîtrise des outils d’analyse.

    Les échanges ont démontré que les bibliothécaires, enseignants, journalistes culturels, lecteurs avertis ou chercheurs peuvent produire des critiques pertinentes sans nécessairement être auteurs eux-mêmes.

    L’essentiel demeure la qualité du regard porté sur l’œuvre.

    Samedi 25 avril 2026 – Panel spécial en présentiel à Yaoundé

    Thème : « La critique littéraire : entre influence culturelle et rivalité avec les écrivains »

    Organisé à la Maison des Savoirs, à Yaoundé (Etoudi – Dépôt de sable), ce panel spécial, modéré par Régine N. Ekodo (Cameroun), a permis d’approfondir les relations parfois complexes entre écrivains et critiques.

    Les participants ont analysé le rôle du critique comme médiateur culturel, capable d’orienter les débats intellectuels et d’influencer les dynamiques de réception des œuvres.

    Toutefois, les échanges ont également révélé les tensions qui peuvent naître lorsque les auteurs perçoivent certaines critiques comme des attaques personnelles.

    Les intervenants ont insisté sur la nécessité de développer une culture du débat intellectuel, fondée sur l’argumentation et le respect mutuel.

    Ils ont rappelé que critique et création littéraire ne doivent pas être considérées comme des activités concurrentes, mais comme des pratiques complémentaires au service du développement du livre et de la pensée.

    Dimanche 26 avril 2026

    Thème : « Critique littéraire et édition : indépendance ou union nécessaire ? »

    La clôture de cette deuxième édition, modérée par Fatoumata Cissé (Sénégal/Côte d’Ivoire), a porté sur les relations entre critiques littéraires et maisons d’édition.

    Les intervenants ont examiné les enjeux liés à l’indépendance du jugement critique dans un contexte où les frontières entre promotion éditoriale et analyse critique tendent parfois à s’estomper.

    Plusieurs questions ont été soulevées : un critique peut-il conserver son objectivité lorsqu’il collabore avec des éditeurs ? Comment éviter les conflits d’intérêts ? Quels mécanismes mettre en place pour garantir l’éthique professionnelle ?

    Le panel a conclu qu’une collaboration entre éditeurs et critiques est nécessaire pour dynamiser l’écosystème du livre, à condition que l’indépendance intellectuelle et la transparence demeurent des principes non négociables.

    Un atelier d’écriture pour prolonger la réflexion

    Au-delà des échanges théoriques et des débats d’idées, la deuxième édition de la SECRILO a proposé une activité pratique destinée aux auteurs, lecteurs et passionnés de littérature.

    Le dimanche 26 avril 2026, de 18 h 00 à 19 h 30 (heure du Cameroun), un atelier gratuit d’écriture créative a été animé par Ray Ndebi, coach en creative writing, autour du thème : « La liberté de créativité ».

    Cette session a permis aux participants d’explorer les mécanismes de la création littéraire et de réfléchir aux liens étroits entre liberté artistique et réception critique.

    À travers des échanges interactifs, des exercices pratiques et des conseils méthodologiques, l’atelier a abordé plusieurs problématiques essentielles : comment construire une voix d’auteur singulière ? Comment préserver son authenticité face aux attentes du public, des éditeurs et des critiques ? Comment faire de la critique un levier d’amélioration plutôt qu’un frein à la créativité ?

    Les participants ont été invités à expérimenter différentes approches narratives et à interroger leurs propres processus créatifs.

    En proposant cet atelier, la SECRILO 2026 a démontré que la critique littéraire et la création ne s’opposent pas. Bien au contraire, elles entretiennent un dialogue fécond qui contribue à l’émergence d’œuvres plus abouties et à l’enrichissement du paysage littéraire africain.

    Des partenaires mobilisés pour la SECRILO 2026

    La réussite de la deuxième édition de la SECRILO repose également sur l’engagement de plusieurs partenaires institutionnels, associatifs et culturels qui œuvrent quotidiennement pour la valorisation du livre, de la lecture et de la création littéraire.

    Par leur accompagnement, leur expertise et leur engagement, ces structures ont contribué à renforcer la visibilité de l’événement et à favoriser la mise en réseau des différents acteurs de la chaîne du livre.

    Les partenaires de la SECRILO 2026 sont :

    Une reconnaissance spéciale pour l’engagement des participants

    Au terme de cette deuxième édition de la SECRILO, ACOLITT a tenu à saluer l’implication de ses followers dans la réussite de l’événement.

    Après analyse des interactions et des contributions enregistrées sur les différentes plateformes de diffusion, la maison d’édition ShanaProd, dirigée par Natacha Odonnat, a été désignée comme meilleure contributrice de la SECRILO 2026.

    Cette distinction récompense l’engagement constant de la structure dans la promotion des activités de la Semaine du Critique Littéraire en Ligne, ainsi que sa participation active aux échanges et à la visibilité des différents panels.

    En guise de reconnaissance, ACOLITT a offert à ShanaProd un atelier d’écriture destiné à cinq personnes mandatées par la maison d’édition, ainsi qu’un accompagnement en communication autour de deux ouvrages de son catalogue, chaque livre bénéficiant d’une campagne de promotion d’une durée de deux semaines.

    Par cette initiative, ACOLITT réaffirme sa volonté de valoriser l’engagement de ses partenaires et d’encourager les acteurs du livre qui contribuent activement au rayonnement de la littérature africaine et à la diffusion de la pensée critique.


    Au terme d’une semaine riche en échanges et en enseignements, la deuxième édition de la SECRILO – et la SECRILO en général – s’impose comme une initiative majeure dans le paysage littéraire africain.

    La diversité des intervenants, la pertinence des thématiques abordées et la qualité des débats ont permis de mettre en lumière les nombreux défis auxquels est confrontée la critique littéraire contemporaine.

    Dans un contexte marqué par la multiplication des plateformes numériques et l’évolution des pratiques de lecture, la critique littéraire demeure un outil indispensable de médiation culturelle. Elle permet non seulement d’éclairer les œuvres, mais aussi de stimuler la réflexion, d’encourager l’exigence intellectuelle et de nourrir le dialogue entre auteurs, éditeurs et lecteurs.

    Toutefois, pour remplir pleinement sa mission, la critique doit préserver son indépendance, renforcer son ancrage méthodologique et se doter d’espaces d’expression adaptés aux réalités contemporaines.

    La critique littéraire ne doit ni être perçue comme une entreprise de dénigrement, ni être réduite à un simple exercice promotionnel. Elle constitue avant tout un espace de dialogue, d’analyse et de transmission des savoirs.

    Dans les contextes africains, où les initiatives dédiées à la réflexion critique restent encore insuffisantes, il apparaît essentiel de multiplier les plateformes d’échange, de former de nouvelles générations de critiques et de favoriser la création de réseaux transnationaux capables de faire rayonner les littératures du continent.

    En réunissant écrivains, critiques, chercheurs, éditeurs, lecteurs et passionnés de littérature autour de problématiques communes, la SECRILO 2026 a démontré que la critique littéraire, lorsqu’elle est rigoureuse, constructive et ouverte à la pluralité des regards, constitue un levier essentiel pour le développement des industries culturelles et le rayonnement des littératures africaines.

    Cette deuxième édition aura ainsi contribué à renforcer les passerelles entre création, lecture et analyse critique, tout en rappelant qu’une littérature vivante a besoin d’une critique libre, exigeante et responsable.

    Pauline M.N. ONGONO




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  • Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié : une présentation officielle réussie au GECAM de Douala

    Le mercredi 03 juin 2026, la salle du GECAM à Douala-Bonanjo a servi de cadre à la présentation officielle et à la séance de dédicace de Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié, premier ouvrage de Jean Grégoire KENGNE TETA, publié en mai 2026 par les Éditions KADEÏ.

    Cette rencontre littéraire, qui a réuni un public composé de personnalités du monde académique, de professionnels, d’acteurs culturels, de proches de l’auteur et de passionnés de lecture, a permis de mettre en lumière une œuvre autobiographique de 132 pages consacrée aux enjeux de la succession familiale, du leadership communautaire et de la transmission des valeurs.

    Tout au long de la cérémonie, les différents intervenants ont souligné la pertinence des réflexions développées dans l’ouvrage. Préfacier du livre, le Pr Alaka Alaka a mis en exergue la portée sociale et culturelle du texte, tandis que Joseph Tchindjo a proposé une lecture analytique mettant en relief la richesse des thématiques abordées. La rencontre, animée avec professionnalisme par Clarence Yongo, a également été marquée par la participation du Père André Marie Kengne, dont l’intervention a apporté un éclairage humain et spirituel sur les questions de responsabilité, de transmission et de cohésion familiale.

    À travers Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié, Jean Grégoire KENGNE TETA livre un témoignage sincère inspiré de son propre vécu. L’auteur y aborde des problématiques qui touchent de nombreuses familles africaines confrontées à la gestion de l’héritage et à la désignation d’un successeur après la disparition d’un chef de famille.

    L’ouvrage s’articule autour de plusieurs thèmes majeurs : la tradition et l’héritage, qui interrogent la transmission des valeurs et des coutumes ; la modernité et ses défis, qui confrontent les aspirations individuelles aux exigences sociales ; l’identité et le destin, au cœur de la quête personnelle de l’auteur ; la famille et le sacrifice, qui rappellent les responsabilités liées à la préservation de l’unité familiale ; ainsi que les épreuves et la résilience, qui montrent comment les difficultés peuvent devenir des opportunités de reconstruction et de croissance.

    Au-delà de son caractère autobiographique, ce livre ouvre une réflexion plus large sur les mécanismes de succession, les tensions qu’ils peuvent engendrer et les voies possibles pour bâtir des relations familiales plus harmonieuses. Les échanges avec le public ont d’ailleurs démontré l’intérêt suscité par ces questions, tant elles résonnent avec les réalités contemporaines de nombreuses communautés.

    La présentation officielle s’est achevée par une séance de dédicace chaleureuse au cours de laquelle l’auteur a pu rencontrer ses lecteurs, échanger avec eux et partager les motivations qui l’ont conduit à écrire cet ouvrage.

    Avec cette publication, les Éditions KADEÏ confirment leur engagement en faveur de la promotion d’une littérature porteuse de réflexion, de mémoire et de dialogue. Quant à Jean Grégoire KENGNE TETA, il signe avec Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié une œuvre qui s’impose déjà comme une contribution significative aux débats sur l’héritage, la responsabilité et l’avenir des familles africaines.

    Pauline M.N. ONGONO

  • Héritage, sacrifice et quête d’identité : « Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié » captive les lecteurs à Bandjoun

    Le vendredi 19 juin 2026, la Préfecture de Bandjoun a servi de cadre à la cérémonie de présentation-dédicace de l’ouvrage Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié, une autobiographie signée de l’auteur camerounais Jean Grégoire KENGNE TETA, préfacée par le Pr Alaka Alaka et publiée par les Éditions Kadeï. Cet événement littéraire a réuni un public diversifié composé de responsables administratifs, d’acteurs culturels, d’amoureux du livre, d’universitaires, de journalistes et de nombreux invités venus témoigner leur soutien à l’auteur.

    Dès 15h30, les participants ont commencé à prendre place dans une ambiance conviviale et empreinte de solennité. L’arrivée successive des autorités administratives, notamment celle de Mme le Délégué départemental des Arts et de la Culture du Koung-Khi, de M. le Sous-préfet de Pété-Bandjoun et de M. le Préfet du Koung-Khi, a donné à cette rencontre littéraire un caractère institutionnel fort, traduisant l’intérêt croissant des pouvoirs publics du département pour la promotion du livre et de la culture.

    Placée sous la modération du journaliste Walter Bertrand, la cérémonie a officiellement débuté à 16 heures. Après l’exécution de l’hymne national du Cameroun, les différents intervenants ont tour à tour pris la parole, pour mettre en lumière les enjeux et la portée de cette œuvre qui aborde avec sensibilité les questions de succession familiale, de transmission des valeurs et des défis liés à la conciliation entre tradition et modernité.

    La note de lecture présentée par M. Gervais Fokam, connu sous le nom de Ta Tadie Kouokam, a permis au public de découvrir les grandes lignes de l’ouvrage. À travers une analyse approfondie, il a souligné la richesse du récit, inspiré de faits réels, ainsi que sa capacité à susciter la réflexion sur les responsabilités liées à l’héritage et sur les sacrifices parfois nécessaires à la préservation de l’équilibre familial.

    Très attendu par l’assistance, l’auteur a partagé avec émotion les motivations qui l’ont conduit à écrire Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié. Il a expliqué sa volonté de transmettre une expérience de vie marquante tout en invitant les lecteurs à porter un regard critique sur les réalités de la succession familiale en Afrique. Son témoignage sincère a suscité de nombreuses réactions et donné lieu à un échange riche avec le public, lors de la séance de questions-réponses.

    La cérémonie s’est achevée par une séance de dédicaces au cours de laquelle les participants ont pu acquérir l’ouvrage et échanger directement avec l’auteur. Proposé au prix de 10.000 FCFA, « LE SUCCESSEUR : Yambong ou Fils sacrifié » a suscité un vif intérêt auprès des futurs lecteurs, séduits par la profondeur des thèmes abordés et la dimension humaine du récit.

    Au-delà de la simple présentation d’un ouvrage, cette rencontre a constitué un véritable espace de réflexion sur les valeurs familiales, la transmission, la foi et la cohésion sociale. Elle confirme également le dynamisme du paysage littéraire camerounais et l’engagement des Éditions Kadeï en faveur de la promotion de la lecture et de la valorisation des auteurs africains.

    Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié s’articule autour de plusieurs thématiques majeures qui ont été largement mises en lumière au cours des échanges. À travers le prisme de la tradition et de l’héritage, Jean Grégoire Kengne Teta interroge les valeurs ancestrales, les coutumes et les mécanismes de transmission qui structurent encore de nombreuses familles africaines. L’auteur aborde également les défis de la modernité, en mettant en scène les aspirations personnelles, les exigences du monde professionnel et les choix de vie auxquels sont confrontées les nouvelles générations. Entre fidélité aux racines et désir d’émancipation, le récit explore la quête d’identité d’un homme partagé entre son héritage familial et son destin individuel. La question du sacrifice, omniprésente dans l’œuvre, révèle les renoncements et les responsabilités que peut imposer le devoir familial, tout en soulignant la force des liens affectifs. Bien plus, cette autobiographie met en évidence la capacité de résilience face aux épreuves, aux injustices et aux blessures de la vie, en ouvrant une réflexion profonde sur le pardon, la reconstruction de soi et la nécessité de préserver la cohésion sociale.

    Pauline M.N. ONGONO




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  • Rive noire Littérature : à Paris, les voix africaines et diasporiques en dialogue

    Le 27 juin 2026, le Centre Oudiné, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, accueillera la deuxième édition de Rive noire Littérature, une journée entièrement consacrée aux écritures africaines, afrodescendantes et diasporiques. Organisé par Chez Gangoueus, cet événement gratuit sur inscription réunira écrivains, critiques, journalistes culturels, animateurs et lecteurs autour de tables rondes, de lectures publiques, de séances de dédicaces et d’entretiens diffusés en direct.

    Dès 10 heures, la programmation proposera un vaste parcours à travers les mémoires, les migrations, les héritages culturels et les recompositions identitaires. La première rencontre, consacrée aux voix réunionnaises, réunira Estelle Coppolani et Raozy Pellerin autour des récits de filiation, des héritages marrons et des défis de l’intégration en métropole.

    Les questions migratoires irrigueront également plusieurs échanges. Les écrivains Touhfat Mouhtare et Jocelyn Danga exploreront les trajectoires d’intégration et les obstacles administratifs rencontrés par les élites afrodescendantes en France. Plus tard dans la journée, Eve Guerra et Romuald Gadegbeku interrogeront la mémoire des parents immigrés, l’exil et les silences qui traversent les histoires familiales.

    La littérature comme espace de réparation et de mise en lumière des blessures sociales sera au cœur des échanges entre Landry Sossoumihen et Gaston-Paul Effa, qui aborderont les conséquences des violences faites aux enfants et les traumatismes hérités des contextes sociaux et politiques.

    Le dialogue entre le continent africain et ses diasporas se poursuivra avec l’historien Amzat Boukari-Yabara et l’écrivain haïtien Philomé Robert, invités à revisiter les liens historiques, intellectuels et affectifs entre Ayiti et l’Afrique. La rencontre consacrée aux regards américains sur Paris réunira quant à elle les auteurs Jake Lamar et Eddy L. Harris autour de l’héritage de Richard Wright et de Chester Himes, interrogeant la manière dont l’expérience parisienne transforme le regard porté sur l’Amérique.

    La dernière table ronde, modérée par le lauréat du Prix Goncourt 2021, Mohamed Mbougar Sarr, réunira Jean-Michel Devésa, Annie Ferret et C. Souboré Dali autour des représentations du corps, des violences contemporaines et de la capacité de la littérature à « autopsier » le réel.

    En parallèle de ces rencontres, plusieurs auteurs majeurs des lettres africaines et diasporiques participeront à des lectures, des entretiens et des séances de dédicaces, parmi lesquels Hemley Boum, Diadié Dembélé, Fanta Dramé, Christian Éboulé, Charline Effah, Lucy Mushita, Johary Ravaloson, Sami Tchak ou encore Christine E. Tsalla.

    À travers cette programmation ambitieuse, Rive noire Littérature confirme sa volonté de créer des passerelles entre les territoires, les langues, les générations et les imaginaires. En outre, le dialogue sur les expériences de l’exil, les mémoires coloniales, les héritages familiaux et les nouvelles formes de création, fait de cet événement un contributeur qui renouvelle le regard porté sur les littératures africaines contemporaines et leurs diasporas.

    Nous le vivons et pouvons faire le constat que des voix demeurent encore marginalisées dans les circuits traditionnels de diffusion. Des initiatives comme Rive noire Littérature participent activement à remédier à cet état des choses, dans un contexte plus ouvert et plus inclusif. Elles rappellent surtout que la littérature demeure un puissant espace de compréhension collective, capable de mettre autour de la table les histoires individuelles avec les grandes questions de notre temps.

    Pauline M.N. ONGONO


    Enregistrement à la troisième édition de la Readers and Translators Week Online (RTWO) ICI

  • Femmes Actives : un magazine qui célèbre l’audace, l’engagement et le leadership féminin

    Le paysage médiatique mondial va en constante évolution, et pour marquer le pas, Femmes Actives, publication trimestrielle, s’impose progressivement comme une référence dédiée à la valorisation des parcours féminins, des initiatives inspirantes et des enjeux qui concernent les femmes dans le monde.
    En effet, porté par une équipe engagée et passionnée, ce magazine met en lumière celles qui innovent, entreprennent, transforment leur communauté et participent activement au développement de la société.

    A CE JOUR…

    Après un premier numéro qui a paru en mars 2026, Femmes Actives poursuit son aventure éditoriale avec la sortie, en juin 2026, de son deuxième numéro. Plus précisément, le premier numéro mettait Djaïli Amadou Amal, écrivaine et figure emblématique de la défense des droits des femmes, à la une. Elle y était d’ailleurs présentée comme « la voix qui brise le silence ». Cette première édition abordait notamment les violences faites aux femmes, les mutilations génitales féminines, ainsi que les initiatives portées par des femmes engagées au Cameroun, au Tchad et en République démocratique du Congo.

    Le deuxième numéro, lui, met à l’honneur Marie Noël NSANA, « le gendarme de la finance mondiale », comme vous le lirez sur la couverture. A travers son parcours inspirant, Femmes Actives a choisi d’explorer les questions de gouvernance financière, de leadership féminin et d’engagement professionnel au plus haut niveau.
    Cette nouvelle édition propose également un contenu riche et diversifié, articulé autour de plusieurs rubriques qui font désormais l’identité du magazine. Les lecteurs y retrouveront un portrait d’héroïne, un dossier thématique, des reportages consacrés aux actions menées sur le terrain, une rubrique dédiée à l’éco-innovation, un espace culturel intitulé « Kultur-Elles », ainsi que des pages consacrées aux initiatives remarquables, aux tribunes d’opinion, à l’actualité et aux chroniques. La lecture du magazine vous en dira plus.

    Cette diversité de contenus permet d’aborder les réalités féminines sous différents angles, qu’ils soient économiques, sociaux, culturels, environnementaux ou politiques…
    À travers ses pages, Femmes Actives se veut plus qu’un simple magazine. Il se veut un espace de dialogue, de réflexion et de visibilité. Chaque numéro met en avant des trajectoires exemplaires, tout en donnant la parole à celles et ceux qui réfléchissent aux grands défis de notre époque.


    OPPORTUNITÉS…

    Parce que qui dit média dit visibilité, Femmes Actives offre également aux entreprises, institutions, organisations, porteurs de projets, acteurs de tous secteurs d’activités, peu importe la taille…, un espace publicitaire attractif, pour promouvoir leurs activités auprès d’un lectorat diversifié, tout en associant son image à une publication valorisant l’excellence, l’innovation et l’engagement féminin.

    Les numéros de Femmes Actives sont disponibles en version numérique et peuvent être achetés et téléchargés sur Ekiosque, offrant ainsi un accès simple et rapide aux lecteurs, où qu’ils se trouvent ; paypal leur garantissant de payer en toute quiétude. Il peut également être obtenu en version physique, au Cameroun – pour l’instant, au prix de 2.000 FCFA.

    L’ÉQUIPE…

    Femmes Actives est dirigée par J. Fleur Bella Assen épse de Castro, directrice de publication. La rédaction est placée sous la responsabilité du rédacteur en chef, monsieur Rebara Habra, assisté au secrétariat de rédaction par Martin Ndong et Alain Noël Mvollo Bella. L’univers graphique est assuré par Cédric Pom ; l’équipe de rédaction réunit Sira Avalaye, Moustapha Bachirou et Erna Ekassi.

    Pour assurer une large mise en lumière de sa cible, Femmes Actives bénéficie de correspondants à l’international, comme Flore Faraida pour le Tchad et Lydie Makuru pour la République Démocratique du Congo.

    Avec seulement deux numéros publiés, Femmes Actives démontre déjà sa volonté de bâtir une identité éditoriale forte, portée par une même passion, une même exigence et un même engagement : raconter les femmes qui façonnent le présent et construisent l’avenir.

    Pauline M.N. ONGONO, ACOLITT




  • Café littéraire autour de Les Mots Parlants : une soirée de littérature, de partage et de bénédiction

    ONOMO Hôtel à Bonanjo (Douala) a accueilli, le jeudi 28 mai 2026 à 18 heures, le deuxième épisode des Cafés Littéraires, une initiative portée par la Communauté Urbaine de Douala et ONOMO Hôtel. Cette rencontre, consacrée au recueil de poèmes Les Mots Parlants de la Camerounaise Diane-Annie TJOMB – qui a paru en janvier 2026 aux Éditions KADEÏ, a réuni un public nombreux et varié.

    Dès les premières minutes des échanges, une pluie abondante s’est invitée à l’événement, toutefois, les invités ont continué à arriver progressivement, témoignant de l’intérêt suscité par l’œuvre et de l’attachement du public aux rendez-vous littéraires qui enrichissent désormais la vie culturelle de Douala.
    Dans de nombreuses traditions africaines, la pluie est perçue comme un signe de fertilité, de prospérité et de bénédiction. Tombée au moment même où les premiers échanges débutaient, elle a été interprétée par plusieurs avis comme une manifestation bienveillante, venant bénir cette célébration de la parole, de la création et du savoir. Comme si la nature elle-même avait souhaité apporter sa contribution à cette soirée dédiée aux mots et à leur pouvoir de transformation.

    Les différentes interventions, qu’il s’agisse de la modération, de la note de lecture ou de l’intermède artistique, ont contribué à mettre en lumière la richesse de l’œuvre et à susciter un dialogue fécond avec le public. Les questions, réactions et témoignages ont démontré l’intérêt porté au livre ainsi que la vitalité de la scène littéraire locale.
    Animée par l’écrivaine Danielle EYANGO, dans une atmosphère chaleureuse et conviviale, cette rencontre a permis d’explorer les contours de Les Mots Parlants, tout en offrant au public l’occasion d’interagir avec les différents intervenants. Ces discussions ont été enrichies par la note de lecture de l’écrivaine Pam NDJEN, l’intermède slam de Kermiss Art, les analyses, les témoignages et les lectures et perspectives proposées par plusieurs, comme l’écrivain Mutt-Lon, l’écrivain Jean-Pierre Noël BATOUM

    La présence des proches de Diane-Annie TJOMB, de ses amis, ainsi que de nombreuses figures du monde du livre, Jean-Charles LEDOT (Consul Général de France à Douala), Jean-Paul BIBOUM (Directeur Régional de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) pour le littoral… a donné à ce café littéraire une dimension humaine particulièrement forte. Entre retrouvailles, découvertes littéraires, achat des exemplaires et échanges intellectuels, les participants ont partagé un moment où la littérature est apparue comme un véritable espace de communion.

    Au terme de cette soirée, une certitude s’imposait : ni la pluie ni les contraintes du quotidien ne peuvent freiner le désir de lire, d’échanger et de célébrer la culture. Bien au contraire, cette pluie tombée au début de la rencontre restera sans doute dans les mémoires comme le symbole d’une soirée placée sous le signe de la grâce, du partage et de la bénédiction.

    Le Café Littéraire du 28 mai 2026 autour de Les mots parlants aura ainsi été bien plus qu’une simple rencontre autour d’un livre, mais un moment de communion entre les mots, les hommes et les promesses d’un avenir culturel toujours plus fécond. On peut aisément affirmer que l’objectif de rassemblement, de prise de conscience, de bonheur pour tous nourri par Diane-Annie TJOMB a été atteint, l’espace des deux heures, dans la salle si chaleureusement décorée de ONOMO HÔTEL.


    QUELQUES IMAGES

    Et d’autres images ici

    Pauline M.N. ONGONO




  • Coriane Sama ou l’éducation citoyenne comme acte de transformation sociale


    Coriane Sama défend une vision profondément éducative de la culture. Fondatrice des Ateliers Patriotes Citoyens, elle revient sur son parcours, les défis de la transmission dans une société hyperconnectée et son ambition de former, dès le bas âge, une génération plus responsable, consciente et engagée pour le Cameroun et l’Afrique.


    Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place.


    Votre parcours mêle droit public, entrepreneuriat social, médiation du livre et engagement citoyen. À quel moment avez-vous compris que la culture pouvait devenir un véritable outil de transformation sociale au Cameroun

    J’ai étudié à l’Université de Yaoundé II-Soa, où j’ai été pendant plusieurs années chargée des affaires culturelles dans ma cité universitaire. À cette période, j’ai observé quelque chose de très fort : malgré les différences sociales, culturelles ou même la dizaines de nationalités, les moments où les étudiants se retrouvaient réellement unis étaient souvent les activités culturelles. C’est là que j’ai compris que la culture dépasse le divertissement : elle crée du lien, transmet des valeurs et construit une identité collective. Plus tard, en devenant auteure et médiatrice du livre, j’ai réalisé que toute civilisation se construit aussi par les récits qu’elle produit et transmet. Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place. Notre engagement dans la distribution numérique des œuvres camerounaises et africaines nous a ensuite naturellement conduits vers l’éducation citoyenne, la lecture et l’écriture chez les plus jeunes. Patriote dans l’ame, c’est finalement sur le terrain de la citoyenneté que tout s’est rejoint. Parce que nous croyons profondément à une chose : former le citoyen commence dès le bas âge.

    Les Ateliers Patriotes Citoyens revendiquent une approche où littérature, civisme et action de terrain se croisent. Comment parvenez-vous à transformer des concepts souvent théoriques — citoyenneté, morale civique, responsabilité collective — en expériences concrètes pour les jeunes ?

    D’abord, il faut savoir que c’est un cadre d’apprentissage en dehors du cadre scolaire. Les enfants n’ont absolument pas l’impression d’être en cours ou la pression des devoirs. À travers des séances de coaching et mentoring, des acteurs de la société civile les entretiennent et transmettent l’engagement, la responsabilité et l’amour de la patrie. Toute chose qui, associée aux enseignements des parents et de l’école, nourri d’avantage leur créativité. C’est avec leurs langages, et leurs yeux d’enfants finalement, qu’ils racontent la citoyenneté, devenant ainsi les auteurs et Ambassadeurs des valeurs essentielles.

    Vous le savez, ce qui sort de nous, est en nous et le reste. Nos enfants sont très éveillés, ils voient et comprennent tout. Le moindre commentaire. Le moindre fait social. Et leur esprit traite c’est informations sans contrôle. C’est là tout l’intérêt des Ateliers Patriotes Citoyens, qui canalisent et re- contextualisent.

    Le FOJIF 2026 vous a décerné un Prix de l’Innovation Sociale. Selon vous, qu’est-ce qui distingue réellement une initiative sociale innovante d’un simple projet associatif de sensibilisation ?

    Ce qui distingue une initiative sociale innovante, ce n’est pas seulement l’intention de sensibiliser, mais sa capacité à produire un véritable impact collectif, mesurable et durable. D’ailleurs, l’impact social faisait partie des critères majeurs d’évaluation du FOJIF 2026. Pendant le concours, plusieurs participants ont affirmé connaître déjà Les Ateliers Patriotes Citoyens ou avoir été touchés par nos campagnes, alors même qu’ils découvraient ma personne pour la première fois. Cela montre que le programme existe au-delà de son initiatrice.

    Les Ateliers Patriotes Citoyens ne se limitent donc pas à une action associative ponctuelle. C’est un programme national d’éducation civique et morale qui mobilise parents, formateurs, institutions, administrations et société civile autour d’un objectif commun : contribuer à construire une citoyenneté plus responsable, plus pudique et plus engagée.

    Vous affirmez vouloir « former les citoyens dès le bas âge ». Dans un contexte marqué par les crises de valeurs, quelles sont aujourd’hui les urgences éducatives et morales que les institutions culturelles ne peuvent plus ignorer ?

    L’impact des contenus sur les enfants est aujourd’hui immense. Lorsque l’impudicité, l’alcool ou les stupéfiants deviennent banalisés, répétés et constamment visibles, ils finissent par paraître normaux aux yeux des plus jeunes. Même lorsqu’on pense dénoncer certaines dérives, leur omniprésence crée une forme d’habituation collective. L’une des grandes urgences éducatives est donc de rééquilibrer les récits : parler davantage de responsabilité, de dignité, de discipline, de patriotisme et d’engagement citoyen avec la même intensité que les dérives occupent l’espace public et numérique. Je le dis souvent : le mal triomphe aussi lorsque les personnes de bien cessent de transmettre, d’encadrer et de parler.

    Vos projets touchent à la fois les espaces physiques et le numérique, avec plus de huit millions de personnes atteintes selon vos données. Comment préserver la profondeur du message citoyen dans un environnement digital dominé par l’instantanéité et le divertissement ?

    Eh bien, par la même instantanéité. Nous pensons justement que le message citoyen doit apprendre à utiliser les codes du digital sans perdre sa profondeur. Cela passe par la réactivité, l’adaptation du ton et une communication capable de parler aux jeunes avec leurs propres usages. En parcourant les plateformes des Ateliers Patriotes Citoyens, vous verrez que nous abordons les faits d’actualité sous un angle éducatif et préventif, avec une vraie réactivité.

    L’énergie souvent utilisée pour propager les buzz peut aussi servir à propager des valeurs, des réflexions et des prises de conscience.

    Par exemple, lorsque le Cameroun était marqué par les infanticides et féminicides, nous avons choisi d’aller au-delà du simple partage d’images choquantes. Nous avons organisé des webinaires citoyens pour libérer la parole des parents et des professionnels, sensibiliser et transmettre des outils de prévention. Nous croyons profondément que le digital peut être un espace d’éducation, d’engagement et de transmission, pas uniquement de divertissement.

    En tant que médiatrice du livre et promotrice culturelle, observez-vous une évolution du rapport des jeunes Camerounais à la lecture ? Confirmez-vous que la littérature a encore le pouvoir de façonner des consciences dans une société hyperconnectée ?

    Oui, sans hésitation ! Les enfants mis en contact avec l’univers littéraire s’y déploient comme des poissons dans l’eau. Et je ne le dis pas uniquement dans le cadre des Ateliers Patriotes Citoyens. Des maisons d’éditions telles que Éclosion ou Adinkra jeunesse, concentrent l’essentiel de leur production aux jeunes et enfants. Et ces derniers en redemandent. Lors du FOJIF, justement, le stand des Éditions LUPPEPO etait pris d’assaut par les enfants. Dans notre cas, se sont les participants de la première édition qui ont eux-mêmes rédigé le Livre TOUS CITOYENS, la bande dessinée de la citoyenneté éditée par NMI EDUCATION. Alors, oui, le pouvoir de la LITTÉRATURE est intemporel et incontestable.

    Il suffit de montrer la voix à nos petits. Le « Stand de la Citoyenneté » et les programmes d’éducation civique proposés aux enfants traduisent une volonté de réinventer la transmission.

    Pensez-vous que les politiques publiques accordent suffisamment de place à la culture comme levier d’éducation nationale ?

    Je pense que la culture et les acteurs culturels doivent continuer de faire leur part. Continuer de s’investir dans la transmission. C’est un sacerdoce. Il est souvent ingrat, mais tellement primordial. C’est cette hyperactivité seule, qui peut influencer ou attirer davantage l’attention des pouvoirs publiques. Si tout le monde continu d’entendre par « Culture », divertissement, il sera difficile d’en faire un pilier d’éducation. Les Arts littéraires devraient être au premier rang de l’Éducation collective et pour cela, nous, les acteurs, devons occuper l’espace. C’est en cours, il y a plus d’événements, plus d’initiatives. Le plaidoyer se poursuit.

    Votre communication publique associe souvent esthétique, élégance visuelle et discours engagé. Pour vous, l’image et la mise en scène sont-elles devenues des instruments stratégiques de mobilisation culturelle et citoyenne ?

    Marketing is everything !

    En tant que formatrice en Marketing et communication, disons que le branding s’impose comme une sorte de déformation professionnelle. Avant de vous lire ou de vous écouter, on vous voit, vous. On voit votre contenu.

    Sur le visuel de sensibilisation, avant de lire « FORMER LE CITOYEN DÈS LE BAS ÂGE », on voit d’abord la couleur et la police du texte ; on voit qu’il est en GRAS. Le cerveau retient que c’est important, c’est prioritaire.

    Une image d’enfant à côté informe déjà que l’affiche parle d’enfants, avant même de lire « inscriptions ouvertes ». Chaque détail compte, surtout lorsqu’on a pour objectif d’encadrer trois fois plus d’enfants (120, pour être exacte).

    Derrière la reconnaissance institutionnelle et médiatique, quels obstacles invisibles rencontre une femme qui porte des projets culturels et éducatifs d’envergure au Cameroun et dans l’espace panafricain ?

    Le simple fait d’être une femme en lui seul, souvent, se présente comme un obstacle. Être une « jeune » femme encore plus ! On vous demande ouvertement si vous n’avez pas un commerce pour vous occuper, si vous souhaitez être Influenceuse ou si vous voulez « prendre un verre » !

    Nous avons l’honneur de porter un programme Citoyen et d’y être profondément attaché. Le combat est plus important et touche chacun de nous. Je dois cependant avouer que le soutien des parents qui, aujourd’hui, sont nos premiers partenaires, est une force vitale pour ce programme. La femme qui le porte est parée !

    À l’aube de la deuxième édition des Vacances Civisme, quelle trace souhaitez-vous laisser dans la mémoire collective : celle d’une promotrice culturelle, d’une éducatrice citoyenne ou d’une bâtisseuse d’une nouvelle conscience africaine ?

    Sincèrement, tous ces profils correspondent à mon engagement. Mais au dela tout, retenez de moi, une jeune femme qui a cessé de voir le monde avec les mêmes yeux depuis qu’elle est devenue maman ; une aînée qui souhaite accompagner ses cadets dans leurs propres construction ; une Patriote, qui reconnaît son « sang camerounais » et souhaite transmettre cette amour.

    La société c’est nous ! Pour quelle soit meilleure, même un tout petit peu, nous devons tous faire un effort personnel avant d’attendre des autres. J’espère contribuer à changer l’image qu’on a des jeunes et qu’ils ont d’eux-mêmes. Avec les équipes, nous ne comptons pas arrêter de travailler.

    Vos programmes « Vacances Patriotes & Citoyennes » ciblent des enfants et adolescents de 7 à 19 ans. Comment adapter un même projet pédagogique à des réalités psychologiques, sociales et générationnelles aussi différentes ?

    Nous adaptons le programme par tranches d’âge, avec des contenus, méthodes et niveaux d’encadrement différents. Les plus jeunes travaillent les bases du civisme et du comportement, tandis que les adolescents abordent leadership, responsabilité et expression citoyenne. Tous évoluent autour d’un socle commun : morale, patriotisme, discipline et construction d’une citoyenneté responsable.

    À travers Les Ateliers Pratiques, le coaching civique, les activités sportives et l’éducation morale, vous semblez défendre une conception globale de la formation citoyenne. Pensez-vous que l’école classique camerounaise laisse aujourd’hui suffisamment de place à l’apprentissage du vivre-ensemble et de l’engagement civique ?

    Nous ne prétendons pas réinventer l’éducation citoyenne ; nous venons l’accompagner et l’adapter aux réalités actuelles. L’école camerounaise transmet déjà des valeurs importantes, mais les mutations sociales, numériques et comportementales imposent des approches plus pratiques, interactives et proches du vécu des jeunes, pour renforcer durablement le vivre-ensemble et l’engagement civique.

    Les images de vos campagnes mettent en avant des enfants souriants, une esthétique patriotique forte et un discours d’utilité sociale. Dans quelle mesure la communication visuelle est-elle devenue, pour vous, un prolongement du projet éducatif et citoyen porté par Les Ateliers Patriotes Citoyens ?

    Je suis ravie que vous évoquiez l’esthétique, parce qu’elle traduit avant tout une réalité humaine. Les sourires que nous montrons sont sincères, les enfants vivent réellement ces moments avec enthousiasme. Oui, nous assumons une esthétique patriotique forte, parce qu’il y a aussi de la beauté dans les valeurs, dans l’engagement et dans l’amour de la patrie. Mais le visuel n’est jamais là pour masquer les dérives ou les difficultés de notre société. Au contraire, nos campagnes cherchent à sensibiliser, prévenir et transmettre, avec des codes adaptés à l’univers des enfants et des jeunes. Le visuel attire, mais seul le fond fidélise et transforme durablement.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO


  • Joseph Mbarga ou la fracture du temps et de l’espace des temps contemporains

    Dès les premières pages des États généraux du temps, le lecteur est plongé dans une situation apparemment anodine : un proviseur nouvellement affecté arrive dans une ville où deux horloges publiques affichent des heures différentes. Cinq minutes d’écart seulement. Pourtant, ce détail insignifiant déclenche une crise sociale et politique d’une ampleur inattendue. Joseph Mbarga transforme cette faille temporelle en une métaphore saisissante des sociétés contemporaines où les références communes se fragmentent progressivement.


    Téléchargez les deux nouvelles ici


    Dans Les États généraux du temps, suivi de L’espace d’une élection, l’écrivain camerounais Joseph Mbarga propose bien davantage qu’un simple recueil de nouvelles. À travers une écriture dense, ironique et profondément réflexive, il met en scène une société africaine contemporaine confrontée à ses propres contradictions : désordre administratif, crise du vivre-ensemble, fragilité des institutions, manipulation politique, mais aussi perte des repères symboliques qui organisent la vie collective. Le temps, l’espace et le pouvoir deviennent alors des matières littéraires mouvantes, presque des personnages autonomes.

    Dans l’entretien accordé autour de l’œuvre, l’auteur explique que l’idée est née d’une observation concrète : un carrefour, des horloges, des perceptions divergentes de la réalité. Mais derrière ce point de départ réaliste se cache une interrogation beaucoup plus vaste sur la manière dont les sociétés fabriquent leurs vérités collectives. Chez Joseph Mbarga, le temps n’est plus seulement une donnée physique ; il devient un enjeu social, un instrument de pouvoir, une matière idéologique.

    Cette dimension confère au texte une portée sociologique remarquable. Dans de nombreuses sociétés contemporaines, particulièrement dans les espaces urbains africains soumis à des mutations rapides, les individus évoluent souvent dans des temporalités concurrentes. Il y a le temps administratif, le temps politique, le temps populaire, le temps technologique, le temps religieux, le temps économique. Chacun avance selon son propre rythme, produisant des décalages permanents. Les États généraux du temps traduit littérairement cette désynchronisation collective.

    Ses nouvelles fonctionnent ainsi comme une satire subtile des institutions modernes. Lorsque les autorités cherchent à résoudre le problème des horloges contradictoires, elles sombrent progressivement dans l’absurde bureaucratique. Réunions, débats, commissions, interprétations et prises de position se multiplient sans jamais parvenir à restaurer une vérité commune. L’auteur montre comment les appareils institutionnels peuvent parfois amplifier les crises au lieu de les résoudre.

    Cette mécanique du dérèglement rappelle certains grands textes de la littérature politique et philosophique où l’irrationnel finit par contaminer la vie sociale entière. Toutefois, Joseph Mbarga inscrit clairement son récit dans des réalités africaines contemporaines. Les discussions autour de l’heure deviennent une allégorie des divisions sociales, des luttes d’influence et des difficultés de gouvernance qui traversent plusieurs sociétés postcoloniales.

    L’un des aspects les plus fascinants du texte réside dans la manière dont l’auteur traite la notion de vérité. Dans l’univers de Mbarga, la vérité n’est jamais stable. Elle dépend des rapports de force, des croyances collectives, des discours dominants. Une simple différence de cinq minutes suffit à produire des camps opposés, chacun persuadé de détenir la bonne heure. Cette situation fait écho aux sociétés contemporaines saturées d’informations contradictoires, de rumeurs numériques et de polarisations idéologiques. La portée philosophique du texte apparaît également dans sa réflexion sur la relativité du temps humain. Les personnages cherchent désespérément une mesure universelle capable d’organiser la vie commune, mais ils découvrent progressivement que toute mesure est fragile. Le temps devient alors une expérience subjective, mouvante, presque insaisissable.

    Le style de Joseph Mbarga participe fortement à cette impression de vertige. Son écriture oscille entre réalisme minutieux et glissement progressif vers l’absurde. Les dialogues conservent une tonalité familière, parfois humoristique, tandis que les situations prennent une dimension symbolique de plus en plus inquiétante. Cette tension entre quotidien et étrangeté donne au texte sa puissance narrative. Il utilise également l’espace comme prolongement du désordre temporel. Les carrefours, les routes, les bâtiments administratifs et les lieux publics deviennent des zones de confrontation où se matérialisent les fractures sociales. Le territoire n’est jamais neutre ; il reflète les déséquilibres de la société.

    Dans L’espace d’une élection, seconde nouvelle du recueil, Joseph Mbarga poursuit cette exploration des dérèglements collectifs à travers l’univers politique. Ici encore, l’espace devient un champ de tensions où se révèlent les stratégies de pouvoir, les manipulations symboliques et les illusions démocratiques. L’élection n’est pas seulement présentée comme un mécanisme institutionnel. : elle apparaît comme une mise en scène sociale où chaque acteur tente d’occuper l’espace public, d’imposer son récit et de contrôler les perceptions collectives. Notre auteur montre comment la politique contemporaine fonctionne souvent sur la fabrication des apparences.

    Cette seconde nouvelle dialogue étroitement avec la première. Après la fragmentation du temps vient celle de l’espace civique. Les deux textes décrivent finalement une même crise : celle des repères collectifs dans des sociétés où les citoyens peinent à partager une réalité commune.

    Joseph MBARGA revendique une écriture nourrie par l’observation sociale. Il ne cherche pas seulement à raconter des histoires ; il tente de saisir les mécanismes invisibles qui organisent les comportements humains. Son regard d’écrivain rejoint parfois celui du sociologue ou du philosophe. Cette proximité avec les sciences sociales se ressent particulièrement dans sa manière de construire les situations collectives. Les personnages ne sont jamais isolés ; ils appartiennent toujours à des systèmes de relations, à des structures sociales, à des logiques institutionnelles qui influencent leurs actions. Même les détails les plus anodins prennent une dimension politique. Il interroge aussi le rapport des sociétés africaines contemporaines à la modernité. Les horloges publiques, les procédures administratives, les élections ou les discours officiels représentent des symboles de rationalité moderne. Pourtant, ces outils censés organiser la société deviennent eux-mêmes des sources de confusion et de dérèglement.

    Cette contradiction donne au recueil une profondeur critique importante. Joseph MBARGA ne condamne pas la modernité ; il montre plutôt comment certaines sociétés vivent une modernité fragmentée, inachevée, traversée par des tensions entre traditions, héritages coloniaux, technologies nouvelles et réalités locales. Le rire occupe d’ailleurs une place centrale dans l’œuvre. Joseph Mbarga pratique une ironie fine qui permet au lecteur de prendre distance avec les situations les plus absurdes. Mais derrière l’humour se cache souvent une inquiétude profonde. Les scènes cocasses révèlent progressivement une société vulnérable, menacée par l’effritement de ses repères communs.

    Sur le plan littéraire, le recueil s’inscrit dans une tradition africaine de la satire politique et sociale tout en développant une approche très personnelle. On y retrouve le goût du symbole, de l’allégorie et de la critique institutionnelle, mais aussi une réflexion contemporaine sur les crises de perception et de vérité. L’écriture de Joseph Mbarga se distingue également par sa capacité à rendre visibles les micro-violences du quotidien : l’attente administrative, la confusion des règles, l’arbitraire des décisions, la pression du regard social. Ces éléments construisent un univers où les individus semblent constamment obligés de négocier avec des systèmes instables.

    Notre univers étant marqué par les crises de confiance envers les institutions, Les États généraux du temps résonne avec une actualité particulière. La question posée par ce recueil de nouvelles dépasse largement le cadre africain : comment vivre ensemble lorsque les sociétés ne parviennent plus à partager les mêmes repères temporels, politiques ou symboliques ? Joseph Mbarga ne propose pas de réponse définitive. Il préfère ouvrir des espaces de réflexion. En cela, elle rejoint la vocation profonde de la littérature : troubler les évidences, révéler les fissures invisibles du réel et inviter le lecteur à interroger le monde qui l’entoure.

    À travers ces deux nouvelles, Joseph MBARGA construit ainsi une œuvre à la fois politique, philosophique et profondément humaine. Il transforme des situations ordinaires en expériences de pensée sur le pouvoir, le temps, l’espace et la fragilité des sociétés contemporaines. Les États généraux du temps apparaît finalement comme une méditation lucide sur notre époque : une époque où les horloges ne donnent plus exactement la même heure, où les espaces publics deviennent des scènes de confrontation symbolique et où les vérités collectives semblent constamment menacées par la fragmentation du monde social.

    Pauline M.N. ONGONO


  • Khamila Ndayou, écrire pour sonder les réalités sociales

    Entre passion littéraire, regard sociologique et reconnaissance précoce, Khamila NDAYOU construit une œuvre nourrie par l’observation du réel et la sensibilité humaine. Lauréate de plusieurs distinctions en 2024, la jeune auteure camerounaise revient sur son rapport à l’écriture, la portée sociale de ses textes et les exigences qu’impose désormais la lumière littéraire.


    Ecrire en tant que femme se fait surtout de manière consciente.


    Chez vous, écrire semble relever à la fois d’un geste intime et d’un acte de compréhension du monde. Quand avez-vous compris que l’écriture dépasserait le simple refuge personnel ? Y a-t-il eu un moment précis où l’écriture est devenue une nécessité plutôt qu’un plaisir ?

    Bonjour Madame Pauline et merci pour cet honneur que vous m’accordez de m’exprimer sur ce qui me passionne. Pour répondre à cette interrogation, je pense que j’écris depuis toujours ! (Rires) L’action d’écrire, je l’exerce depuis mon entrée à l’école maternelle. Pour l’écriture en tant que nécessité, je dirais que je l’ai réellement abordée quand j’étais au lycée, surtout en classe de Première littéraire, à l’âge de 17 ans. C’est l’une des classes qui a marqué mon parcours intellectuel. Nous avions comme enseignant de français, Mr Roger Nganmigni (si je me rappelle bien du nom), qui nous faisait étudier des grandes œuvres, ainsi que la profondeur de leurs écrits. Je pense que c’est à ce moment précis que j’ai commencé à comprendre que l’écriture allait au-delà de l’action de tenir un stylo ou encore au-delà des obligations que l’on nous imposait généralement à l’école.

    Votre formation en sociologie vous place au cœur des dynamiques sociales. Votre écriture est-elle une manière d’en restituer la complexité ou de la questionner autrement ? Peut-on dire que vos textes sont une forme d’enquête sensible ?

    La sociologie que j’étudie à l’Université me permet de comprendre les réalités sociales de manière différente. Même étant en cycle de recherche, en Master 2 précisément, je continue de mettre un regard très pointilleux sur ma manière d’observer certaines réalités avant de les décrire. Donc, parler de mes écrits comme « une forme d’enquête sensible », je validerai sans doute ! Etant donné que la sociologie est une science qui a trait à tout ce qui est réel et concret. Dans ce sens-là, j’aimerais tellement atteindre le niveau d’un célèbre sociologue camerounais qui est également un poète, j’ai nommé le Pr Henri TEKO TEDONGMO que je considère comme un génie, un modèle !

    L’année 2024 a marqué votre parcours avec plusieurs distinctions littéraires. Que change la reconnaissance quand on est encore en construction ? La légitimité donnée par les prix est-elle une force ou une pression supplémentaire ?

    De prime abord, c’était une surprise pour moi de recevoir d’aussi prestigieuses reconnaissances dans le monde littéraire. L’an 2024 a été mon année de gloire pour la plupart des concours comme « Encre de jeunes » ou encore le « Prix du Petit Ecrivain », où j’ai été reconnue comme Coup de cœur du jury à l’international, c’était naturel mais imprévu ! Je ne m’étais vraiment pas préparée à l’avance. Recevoir une distinction comme le prix littéraire « Dames de lettres » la même année, de surcroit en étant classée comme la toute première lauréate au Cameroun, a été un événement fantastique pour une passionnée des écrits et des livres comme moi, et aussi pour la petite fille que j’étais à l’âge 20 ans.

    Au départ, j’écrivais juste des textes pour me faire plaisir et faire plaisir à mon entourage. Mais, une reconnaissance de la part de l’illustre maison d’édition Eclosion, des célèbres institutions comme la CNPS et le Cerdotola… donnent encore plus de force et de confiance sur ce que je faisais déjà dans l’ombre. De plus, être également lauréate de ces prix donnent beaucoup de pression de la part du public, qui souhaite mieux me connaitre. Plusieurs personnes m’ont contactée pour découvrir cette fameuse nouvelle qui a battu le record en 2024, devant plusieurs écrivaines de renoms. Mais comme on le dit si bien : « Les bonnes choses prennent du temps ! » : mes œuvres sont en cours de publication. Vous aurez le temps de les découvrir, de la plus belle des manières.

    Après avoir été récompensée au concours « Dames de lettres », quelle place accordez-vous aujourd’hui à la voix féminine dans votre écriture ? Écrire en tant que femme est-il, selon vous, un positionnement conscient ou une évidence ?

    Au 21ème siècle, la place de la femme dans l’écriture n’est plus à démontrer. C’est clair ! La voix féminine a tellement fait et elle continue de faire ses preuves, et je souhaite que cela se poursuive. Ecrire en tant que femme se fait surtout de manière consciente. Honnêtement, c’est avec beaucoup d’humilité que je m’exprime ainsi, surtout quand on se lance dans l’écriture avec la présence des écrivaines de renommée comme Ayobami Adébayo, Hemley Boum, Annie Ernaux, etc.

    Entre poésie et nouvelles, votre écriture navigue entre deux formes. Laquelle vous semble la plus proche de votre vérité ? La poésie vous permet-elle d’aller là où la prose échoue, par exemple ?

    Effectivement, je navigue actuellement entre la poésie et la nouvelle. Cependant, je ne saurais faire de différences sur la finalité de ces deux formes. Parce que pour moi, la poésie et la nouvelle ont été toutes les deux mes sources de thérapie. Selon moi, la poésie et la nouvelle sont deux genres littéraires proches de la vérité. Maintenant, tout dépend de l’engagement ou de l’intention de l’écrivain quand il tient sa plume !

    Vos textes semblent habités par une attention au réel. Quelles sont les figures, les silences ou les fractures sociales qui vous inspirent le plus ? Écrivez-vous davantage à partir de ce que vous observez ou de ce que vous ressentez ?

    J’écris beaucoup plus sur ce que j’ai réellement vécu… même si j’y ajoute parfois de la fiction. Mais de manière générale, c’est à partir de mon expérience personnelle que je tire mon inspiration. J’ai toujours eu du mal à écrire quand je prends la posture d’autrui. Car, nous n’avons pas les mêmes sensibilités. Nous n’avons pas les mêmes problèmes et je ne ressens pas forcément certaines réalités avec la même intensité que les autres. Autrement dit, j’opte beaucoup plus pour « une écriture sincère ». Parmi ces figures qui m’inspirent le plus, je peux citer mon père et ma mère – Qu’Allah leur accordent longévité ! Je préfère le dire ainsi au lieu de mes « parents » (Rires). Mon père a été le premier à me motiver à concrétiser mes pensées sous forme de livre. Et il apparait comme étant une figure marquante de mes écrits. Curieusement, il y a un mystère que je n’arrive pas à décrypter. Ce mystère, c’est la présence de ma mère dans 95% de mes écrits.

    C’est-à-dire que m’engage par exemple à écrire une ou plusieurs nouvelles et, à la fin de la rédaction, je suis ébahie de constater l’omniprésence de « ma mère » parmi mes personnages principaux. Je suis toujours surprise de la force que ce personnage donne à la particularité de mes écrits. Même si elle n’est pas toujours le personnage leader ou parfait. Je pense que ma mère a également été la première raison pour laquelle j’avais tenu ma plume en classe de première.

    Vous participez activement à la vie littéraire. Que vous apportent ces espaces d’échange dans un contexte où les infrastructures culturelles restent limitées ? La scène littéraire camerounaise vous semble-t-elle en mutation ?

    Vous savez, j’ai commencé mes études à l’Ouest-Cameroun. Et de la classe de sixième en Terminale, j’ai été beaucoup plus proche des livres que des auteurs. Je lisais beaucoup, et la bibliothèque était devenue comme ma deuxième maison. A ce moment, j’étais consciente de la force des livres et de leur impact sur la vie de celui qui les lit. Malheureusement, les acteurs de la scène littéraires me semblaient inexistants, jusqu’à ce que je termine mon parcours littéraire au lycée. Et sincèrement, le seul écrivain que j’ai eu la chance de rencontrer après avoir lu ses œuvres c’est Léonard FOKOU. Ce dernier est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages publiés, notamment romans, poésie et théâtre, écrits en français comme en anglais. Et il était à l’époque mon enseignant d’anglais. Chaque fois que j’en avais l’occasion, je lui exprimais toujours mon admiration pour son travail. Plutard, après avoir obtenu mon baccalauréat, je m’installe à Yaoundé, et je fais la rencontre du grand Ray NDÉBI, qui me branche directement avec l’Association de Consulting Littéraire en abrégé « ACOLITT » ; puis je rencontre Joel Célestin BOBO, le Président du Centre de Lecture d’Initiation et d’Intégration à la Culture « CLIIC », et une grande partie de la chaine du livre, notamment la pluralité d’auteurs et d’éditeur camerounais. J’étais éblouie ! Le fait d’être en contact de ces acteurs me donnait l’opportunité d’assister aux séances de dédicaces et d’évènements littéraires, rien qu’en suivant leurs posts. J’apprenais à travers la participation à ces événements que la littérature va au-delà de qui est dit dans les livres.

    Pour moi, la scène littéraire est en mutation au Cameroun, car le changement commence toujours quelque part. Le changement n’est pas de la magie, c’est plutôt un processus de construction. Avec les efforts constants des organisations comme ACOLITT, le  CLIIC, etc., je pense que la littérature camerounaise devrait vraiment garder espoir !

    L’atelier « Encres de jeunes » des Éditions ECLOSION vous a distinguée parmi ses lauréats. Que révèle, selon vous, le travail collectif que l’on ne découvre pas dans la solitude de l’écriture ? Le regard des autres a-t-il bousculé vos certitudes d’autrice ?

    Normalement ! Faire sortir mon manuscrit et le distinguer parmi tant d’autres me redonne assez de confiance. Vous savez, en 2024 quand je me suis lancée à l’atelier « Encre de jeunes », les locaux de la CNPS étaient bondés de participants. Nous étions plus de 50 à participer, mais il fallait choisir 5 meilleurs parmi toute cette foule. Être parmi ceux-là diminue le doute que j’avais au fond de moi quand je commençais à écrire. Ce travail collectif qu’organise la maison d’édition Eclosion est une excellente initiative pour dénicher des talents. C’est aussi un moyen pour certains jeunes auteurs de se faire publier gratuitement, s’ils n’ont pas par exemple l’estime et les moyens financiers pour se rapprocher d’une maison d’édition.

    Vous affirmez vouloir faire dialoguer science et littérature. Est-ce une ambition esthétique, intellectuelle ou presque politique ? Peut-on écrire pour comprendre, mais aussi pour réparer ?

    Faire dialoguer la science et la littérature est d’abord une ambition intellectuelle, mais aussi esthétique. Personnellement, je ne suis pas très fan de la politique. Je suis très réservée quand il s’agit de prendre un discours politique en public. Si j’essaie de trouver un moyen de joindre les deux, c’est-à-dire la science et la littérature, c’est surtout dans la quête de la dynamique. J’aime bien ce qui sort de l’habitude, de ce qu’on a l’habitude d’entendre. En science, par exemple, le sociologue écrit pour comprendre les faits sociaux au lieu de les réparer. D’ailleurs, le sociologue n’écrit pas pour vous proposer une quelconque solution. Il observe, décrit et explique la réalité sociale. C’est ça !

    Votre présence sur les réseaux sociaux participe à votre visibilité. Comment éviter que l’exposition ne prenne le pas sur l’exigence littéraire ? Les réseaux sont-ils pour vous une vitrine ou un prolongement de l’écriture ?

    J’utilise les réseaux sociaux avec parcimonie. C’est de cette manière que j’évite que cette exposition ne prenne le dessus sur l’exigence littéraire ; même si être écrivaine à notre ère nécessite d’avoir une grande visibilité sur ces outils. Je préfère être parfois en retrait des réseaux sociaux et revenir quand c’est nécessaire. Par exemple, sur ma nouvelle page Facebook Khamila Ndayou officiel, je ne publie que ce qui à trait aux livres et à l’écriture. C’est ça ma ligne éditoriale.

    Être jeune, africaine, et écrire aujourd’hui : est-ce une chance, un défi, ou les deux à la fois ? Ressentez-vous une responsabilité particulière vis-à-vis de votre génération ?

    Qualifier le parcours d’écrivain comme étant une chance ne passe pas trop dans mon raisonnement. Pour celui qui a sacrifié le minimum de son temps, de son énergie et de ses distractions pour mettre en avant cette noble vocation, l’on ne peut qualifier cela de « chance ». C’est pour moi un défi d’être jeune, africaine et écrivaine. Car, je pense que nous avons beaucoup à proposer à l’écriture. C’est aussi un moyen de montrer à nos cadets qu’il est toujours possible de croire en ses rêves. La posture que j’ai à présent m’oblige inéluctablement à me responsabiliser. Je vais surement vous dire quelque chose qui va vous faire rire : la Khamila NDAYOU d’aujourd’hui ne doit plus publier ou partager n’importe quel post sur ses réseaux ; elle ne doit pas liker ou commenter n’importe quelle page ; elle doit se réserver d’écrire de vulgaires commentaires sur certaines pages ; elle doit soigner son langage et son apparence en public. Oui ! Parce que toute action que je pose aujourd’hui doit être en conformité avec l’image que le public à de moi.

    Si votre écriture devait laisser une empreinte, quelle serait-elle : éveiller, déranger, consoler, ou transmettre ? Et à qui, au fond, écrivez-vous vraiment ?

    Mon écriture vise le public en général. Si vous lisez mon manuscrit intitulé « Le masque Bafia » qui a été distingué à l’atelier d’écriture « Encre de jeunes » en 2024, vous verrez que c’est une histoire pour enfants. C’est une histoire destinée aux enfants de 6 à 12 ans. Si vous prenez également le texte qui a recu le prix littéraire « Dames de lettres » en 2024, vous verrez qu’il est d’abord destiné à la jeune fille, puis aux enseignants d’élèves, aux parents, ainsi qu’à nos institutions d’instructions nationales. De même, si vous prenez mon recueil de poèmes, vous constaterez qu’il est ouvert au public. Bref, à tout lecteur ! L’empreinte que j’aimerais surtout laisser est celle de la consolation. Plusieurs écrivains dérangent, éveillent et transmettent déjà. Mais rares sont ceux qui abordent des thématiques trop personnelles, trop sensibles et liées à la solitude de l’homme. Notre société nous pousse à cacher nos maux intérieurs. Parce que selon sa perception, ce n’est pas beau à voir ! Pourquoi ne pas donc en parler, si cela peut sauver des vies ? J’aime bien être dynamique dans tout ce que je fais.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO


  • Honoré Douba ou la littérature comme combat pour la dignité africaine

    À travers cet entretien dense et engagé, le poète, éducateur et homme politique centrafricain Honoré Douba revient sur l’évolution de la littérature en Afrique centrale, la disparition progressive des patrimoines culturels et le rôle des écrivains dans les débats contemporains. Entre mémoire, transmission et résistance culturelle, il appelle la nouvelle génération à réhabiliter l’identité africaine par le livre et la parole.


    Je demande à la nouvelle génération décrivains africains de replacer lAfrique et les Africains dans leur dignité culturelle, politique, économique et sociale…


    Vous avez traversé plusieurs générations de la vie culturelle centrafricaine. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’évolution de la littérature en Centrafrique et en Afrique centrale ?

    La littérature en Centrafrique a emboîté le pas de lAfrique centrale, après plusieurs années de l’éclosion de jeunes écrivains des deux sexes qui sont non seulement prolifiques, mais aussi qui ont marqué et marquent la vie sociale, politique, économique, scientifique et culturelle dès son émergence et son envol depuis ces deux dernières décennies.

    Pasteur, poète, homme politique, éducateur. Comment ces différentes vies ont-elles nourri votre écriture poétique ?

    Mes différentes vies ont nourri mon écriture poétique par l’observation, l’expérience… avec quelques gouttes d’imaginaire.

    Dans une époque dominée par le numérique et les réseaux sociaux, quelle place la poésie peut-elle encore occuper auprès de la jeunesse africaine ?

    Les Africains ont toujours été poètes, quon le veuille ou non. Le numérique et les réseaux sociaux, me semble-t il, offrent des supports de communication pour que la jeunesse africaine accède à la poésie, surtout par la poésie « chantée ».

    Votre œuvre accorde une place importante à la mémoire et aux traditions africaines. Pourquoi est-il essentiel, selon vous, de préserver les patrimoines culturels locaux ?

    Les patrimoines culturels locaux marquent nos identités, nos personnalités et retracent les cycles de nos vies.

    Vous avez été membre et dirigeant de plusieurs organisations littéraires et culturelles. Que manque-t-il encore pour structurer durablement le monde du livre en Centrafrique ?

    Il manque encore une effective prise en charge conséquente, un suivi permanent des acteurs du livre par le gouvernement centrafricain ; la mise en place d’infrastructures publiques (librairie, bibliothèque, médiathèque), la multiplication des centres et des clubs de lecture, d’animation littéraire et culturelle.

    En tant qu’ancien instituteur et conseiller pédagogique, comment analysez-vous, aujourdhui, la transmission de la culture et de la lecture à l’école ?

    A l’école, aujourdhui, la transmission de la culture et de la lecture n’occupe qu’une infime place dans les programmes scolaires, universitaires et de formations professionnelles, et surtout dans les emplois du temps journaliers, par rapport aux disciplines scientifiques.

    Votre recueil Mbätä Wälä, l’Arbre à palabres évoque déjà un symbole fort de dialogue africain. Que représente pour vous l’arbre à palabres dans nos sociétés contemporaines ?

    Dans nos sociétés contemporaines, l’arbre à palabres a carrément disparu, c’est pourquoi je lance un cri pour son rétablissement et sa réhabilitation dans nos us et coutumes, dans nos murs, dans nos pratiques.

    Vous avez aussi travaillé avec le groupe de rap BLACK BINO. Comment percevez-vous les liens entre poésie traditionnelle et musiques urbaines actuelles ?

    La poésie traditionnelle doit d’abord être une source d’inspiration, puis le meuble de nos musiques urbaines actuelles.

    Après un long parcours politique et syndical, pensez-vous que les intellectuels et les écrivains devraient encore plus s’engager dans le débat public ?

    Forcément, car il y a des intellectuels et des écrivains très engagés qui sont la voix des sans voix. Ils dérangent… Ça devrait se faire surtout si ces ouvrages sont admis dans les programmes et les systèmes de l’éducation et si ces thèmes font l’objet de large diffusion et de sensibilisation pour changer des mentalités.

    Vous avez consacré une partie de votre vie à répertorier et valoriser les auteurs centrafricains. Craignez-vous une disparition de la mémoire littéraire africaine ?

    Je crains effectivement cette disparition de la mémoire littéraire africaine en général, et centrafricaine en particulier – surtout qu’il n’y a plus de bibliothèques, de librairies, d’archives… parce que les guerres, les désastres naturels, mais surtout la prédominance des cultures et de la littérature occidentales ont détruit nos pays et plus particulièrement la Centrafrique, petit à petit, doucement, insidieusement.

    À 77 ans, quels rêves littéraires ou culturels souhaitez-vous encore réaliser, et quel message aimeriez-vous transmettre à la nouvelle génération d’écrivains africains ?

    Mes rêves sont d’utiliser nos cultures par notre littérature, comme arme et moyen, afin de renverser les dominations étrangères que l’Afrique et les Africains ont subies et subissent encore, pour leur vraie et pure indépendance. Je demande à la nouvelle génération d’écrivains africains de replacer l’Afrique et les Africains dans leur dignité culturelle, politique, économique et sociale, afin que nous reconquérions l’échiquier mondial. Soyons fiers d’être AFRICAINS, et pour moi, CENTRAFRICAIN. Je vous remercie.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO