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  • PORTRAIT | L’orchidée MOULENGUI : une architecte de la médiation littéraire

    Aucun enfant ne devrait voir ses rêves limités par son lieu de naissance ou son environnement social. (L’orchidée MOULENGUI)

    Blogueuse, chroniqueuse, booktubeuse, promotrice littéraire et médiatrice culturelle, la Gabonaise L’Orchidée Moulengui évolue à la croisée de plusieurs métiers qu’elle considère comme les différentes expressions d’une même mission : rapprocher les livres des lecteurs.

    Refusant de sacrifier la qualité à la vitesse imposée par les réseaux sociaux, elle construit une ligne éditoriale exigeante, portée par le désir de valoriser les auteurs africains, de susciter la réflexion et de faire du livre un espace permanent de dialogue et de découverte.

    Fondatrice du club de lecture Le Rendez-Vous des Mots et membre du Club Lyre, elle multiplie les initiatives qui favorisent les échanges autour des œuvres et développent l’esprit critique. Pour elle, un club de lecture est bien plus qu’un lieu de rencontre : c’est un laboratoire d’idées où les lecteurs apprennent à débattre, à écouter et à construire un regard éclairé sur la société. Cette même vision guide La Librairie du Mapane, créée en 2019 afin de rapprocher les livres des populations, notamment dans les quartiers où l’accès à la culture demeure limité. À travers cette initiative, elle affirme avec force qu’aucun enfant ne devrait voir ses rêves limités par son lieu de naissance ou son environnement social.

    Collaboratrice de plusieurs ouvrages collectifs et accompagnatrice d’auteurs, L’Orchidée MOULENGUI met son expertise au service de celles et ceux qui souhaitent construire un parcours littéraire durable. Elle encourage les jeunes écrivains à faire de la lecture leur première école, à privilégier l’exigence, la patience et la qualité plutôt que la précipitation. Son engagement dépasse ainsi la simple promotion des livres : il participe à la structuration d’un véritable écosystème littéraire fondé sur la collaboration entre auteurs, éditeurs, bibliothécaires, libraires, médias culturels et lecteurs.

    L’année 2024 marque une étape importante dans son parcours avec l’obtention du prix de Femme Blogueuse de l’Année aux Digiewomen Awards et du Prix d’Encouragement en littérature au Salon International Féminin du Livre et des Arts du Gabon. En 2026, elle est Prix du Promoteur Littéraire Africain au FILIGA (Gabon). Ces distinctions saluent une action constante en faveur de la lecture et de la médiation culturelle. Aujourd’hui, ambassadrice des Digiewomen Awards et du Meeting International du Livre et des Arts Associés (MILA), elle contribue à faire circuler les œuvres, les idées et les talents africains au-delà des frontières, convaincue que la diplomatie culturelle constitue un puissant levier de rayonnement pour le continent.

    À travers ses chroniques généreusement publiées sur ses pages Mon univers livresque, ses rencontres littéraires, ses projets culturels et son engagement quotidien, L’Orchidée MOULENGUI est clairement une courroie des cultures. Elle défend une littérature à la fois accessible et exigeante, capable d’accueillir chaque lecteur sans jamais sous-estimer son intelligence. Plus qu’une promotrice du livre, elle fait de la lecture un véritable art de vivre, une école de liberté et un chemin d’émancipation individuelle et collective.

    L’Orchidée MOULENGUI fait partie de ces femmes qui ont transformé leur passion en vocation. Sa devise, « Je lis donc je suis », ne relève pas d’un simple slogan : elle résume un parcours où la lecture est devenue une manière d’habiter le monde, de comprendre les autres et de contribuer à l’élévation des consciences. Convaincue que le livre est un puissant outil de liberté, de connaissance et de transformation sociale, elle consacre son énergie à faire rayonner la littérature africaine et à transmettre le goût de lire au plus grand nombre.

    Pauline M.N. ONGONO




  • ENTRETIEN | Pierre NANTIA et La lumière des ancêtres : l’audace de repenser la foi

    Dans son nouvel ouvrage, La lumière des ancêtres, Pierre NANTIA invite le lecteur à revisiter les représentations traditionnelles de Dieu, de la foi et des textes sacrés à travers une réflexion libre, critique et profondément humaniste. Sans renier la spiritualité, l’écrivain défend le droit au questionnement, plaide pour une foi fondée sur la justice et la raison, et rappelle le rôle essentiel de la littérature dans l’éveil des consciences, à travers un récit qui parle de son expérience.


    Votre livre s’ouvre par une remise en question de certaines représentations traditionnelles de Dieu. À quel moment avez-vous ressenti qu’il était devenu nécessaire d’écrire cet ouvrage ?

    La discussion autour de Dieu et de la religion m’a toujours passionné. Que ce soit avec les amis, les collègues ou les proches. Depuis ma tendre enfance, période où l’esprit est plus fertile à certaines idées, j’ai toujours été réfractaire aux idées qui ne cadrent pas avec mon entendement, et la religion sait nous en donner. Elle nous présente des vérités absolues que personne ne doit interroger. Pourquoi ? Il m’a toujours été difficile de dire « amen » à ce que je juge injuste. Cette manie de toujours accepter par conviction et non par conformisme m’a motivé à écrire. Je suis d’avis qu’une vraie foi est celle qui est non seulement juste, mais aussi logique. C’est cette conviction que j’ai voulu partager dans cet ouvrage.

    Vous affirmez ne pas écrire contre Dieu, mais contre l’image que les hommes ont parfois construite de Lui. Comment faites-vous la distinction entre foi, religion et théologie ?

    Effectivement, je n’ai aucun problème avec Dieu. Mon problème se situe au niveau de la représentation que l’on fait de lui dans les textes dits sacrés, représentation que je trouve très peu convaincante. Dieu pour moi est une entité que nous ne pouvons pas décrire si simplement sans projeter sur lui nos propres faiblesses. A force de vouloir trop bien peindre Dieu, on a fini par le dénaturer. La religion, en fait, naît du besoin légitime de l’homme d’accéder au Créateur, de communier avec lui. Certains ont codifié leurs conceptions dans des livres qu’ils disent sacrés et qui prétendent expliquer la volonté de Dieu. Le problème, comme je l’ai dit déjà est que toute description que l’on entreprend sur Dieu ne nous révèlent à la fin toujours que nos propres lacunes. C’est là que la théologie vient à la rescousse, pour polir ces imperfections et ces contradictions qui sont inévitables, afin de donner une certaine cohérence. Les descriptions que les Livres Sacrés font ne sont que le résultat de l’image que l’on s’est faite de Dieu. En fait, j’ai l’intime conviction que cet être transcendant existe et ma foi s’arrête là. Est-il infiniment bon et tout puissant ? Je laisse le soin aux autres de répondre.

    Pourquoi avoir choisi la forme d’un essai romancé et d’une confrontation onirique avec l’archange Michel plutôt qu’un essai philosophique classique ?

    L’essai est un genre assez savant, réservé aux experts dont je ne pense pas, malheureusement, faire partie, comme je l’aurais bien souhaité. Le roman quant à lui est un genre libre et moins contraignant. Dans un roman, on déploie toute sa liberté de décrire, mais aussi de véhiculer des réflexions que l’expert aurait faites en rédigeant un essai. C’est en fait le compromis que j’ai trouvé pour dire en tant que profane ce que l’expert ou l’intellectuel aurait fait dans un essai. Le rêve quant à lui est l’espace où l’esprit se libère, où tout ce qui est caché dans l’inconscient peut s’exprimer librement. J’ai pensé qu’il était bon que les croyants ne soient pas heurtés par l’audace que j’aurais eue en m’adressant directement à Dieu. En se dissimulant derrière le rêve, on peut dire des choses qui auraient plus heurté si elles s’étaient produites dans la réalité.

    Vu que votre texte confronte constamment la morale humaine aux récits bibliques. Pensez-vous vraiment que la conscience morale puisse parfois interroger légitimement les textes sacrés ?

    Je suis d’avis que la faculté de discerner le bien du mal est inhérente à chacun et que l’on doit tout simplement la cultiver. Si le discours religieux s’adresse à l’homme et vise à le parfaire sur le plan moral, la moindre des choses est qu’il soit lui-même moralement irréprochable. Accepter quelque chose comme bien, sans en comprendre les fondements, mène à coup sûr au fanatisme aveugle. Si le message des textes sacrés était aussi irréprochable qu’on le prétend, il ne serait pas réfractaire à la critique. Au contraire, je pense que le fait de ne jamais oser évaluer la validité de cette morale des textes sacrés, ou d’interdire leur remise en question est un aveu implicite de sa non-conformité avec les principes universaux de la morale. C’est la morale religieuse qui doit plutôt se conformer à la morale universelle pour être acceptée.

    Vous évoquez des épisodes comme le Déluge, Sodome et Gomorrhe ou encore l’histoire de Job sous un angle rarement adopté. Cherchez-vous à provoquer le lecteur ou à l’inviter à exercer son esprit critique ?

    Non, je ne cherche pas la provocation. Je cherche juste à mettre en face du lecteur les vérités que l’on nous a toujours servies, afin que lui-même en juge de la pertinence. La littérature ne peut pas se limiter au seul divertissement. Elle doit avoir d’autres objectifs. Aider à changer et améliorer le monde. Le plus grand défaut de la religion a été de faire des croyants des gens qui se mettent juste au garde-à-vous. La fameuse doctrine du « amen ». Comme Franz Kafka, qui disait fort à propos qu’il faut briser la mer gelée en nous, je pense qu’en évoquant ces épisodes, on met le croyant face à l’effroyable réalité, pour qu’il comprenne que la foi par conformisme peut nous faire cautionner des horreurs lorsqu’on n’exerce pas son esprit critique. Il faut éveiller cette conscience morale qui somnole en nous, afin que la religion cesse d’être juste l’opium qui enivre et endort le peuple.

    Dans votre livre, la question de la justice revient avec insistance. Selon vous, une foi qui interdit le questionnement peut-elle encore être une foi vivante ?

    Une foi sans justice est pour moi une aventure ambiguë qui peut devenir dangereuse. En quoi serait-il nécessaire de croire et d’adorer un Dieu infiniment bon si ses actions ne se fondaient pas sur la justice ? Avoir la foi ne signifie pas devenir la marionnette d’une idéologie injuste. La justice doit être la condition sine qua non de la foi ; sauf si l’on veut cultiver des dérives comme l’extrémisme que l’on observe chez les fanatiques.

    Vous accordez une place importante à vos mères et à l’éducation qu’elles vous ont transmise. Pourquoi cette morale familiale vous paraît-elle parfois plus convaincante que certaines interprétations religieuses ?

    J’ai grandi dans un quartier appelé « Mission catholique », habité en majorité par des chrétiens convaincus et très pratiquants. Leur vie était rythmée par l’église. Notre concession était une curiosité dans le quartier, car nous étions les seuls non pratiquants et nous n’allions pas à l’église. Mais lorsqu’on voyait l’hypocrisie de tous ces enfants de Dieu entre eux d’abord et envers nous, on en restait interloqué. Au contraire, notre mère et notre grand-mère insistaient toujours sur des valeurs telles que l’honnêteté, la justice la solidarité et d’autres encore. Ces valeurs ne nous ont apporté aucun mal. Pourquoi donc les renier ?

    Votre réflexion dépasse le cadre religieux pour toucher aux questions politiques, culturelles et africaines. Quel lien établissez-vous entre domination religieuse, domination culturelle et domination politique ?

    En fait mon livre parle beaucoup de religion. Mais la religion n’est pas le seul cadre de discussion. La religion sert d’allégorie pour dénoncer certaines autres pratiques qui s’observent dans plusieurs autres domaines de la vie. La domination religieuse, culturelle et politique usent des mêmes mécanismes pour s’établir. D’où la nécessité d’un esprit critique pour les aborder avec prudence et sûreté.

    Vous invitez les Africains à interroger les héritages religieux reçus de l’histoire. Quel rôle la littérature peut-elle jouer dans cette reconquête intellectuelle ?

    La littérature doit d’abord servir à maintenir les consciences en éveil, à poser le doigt là où le bât blesse. Le discours simple n’est que des paroles qui s’envolent. Avec les écrits, on laisse un message dont la portée ne sera pas uniquement limitée à sa prononciation. Il pourra toucher même les générations futures. Il est révoltant de voir que l’Africain accepte toujours de mettre ses propres valeurs à la poubelle parce que les autres le lui ont enseigné, et s’approprier carrément un héritage religieux qui leur a été imposé par la chicotte. La littérature doit enseigner à l’africain à puiser le bon dans ses propres valeurs avant d’utiliser celle des autres comme plus-value. Au lieu de croire qu’il deviendra le garant des valeurs qui ont été conçues par les autres et pour eux-mêmes. Il en va de même en politique et dans tous les domaines de la vie. Soyons nous-mêmes d’abord et inspirons-nous des autres pour nous améliorer.

    Certains lecteurs pourraient qualifier votre livre de blasphématoire. Comment accueillerez-vous cette critique et que leur répondriez-vous ?

    J’ai pressenti que ceux qui pensent aimer Dieu et le défendre plus que les autres trouveraient que je blasphème. C’est pour cette raison que j’ai voulu anticiper en levant l’équivoque dans mon avant-propos. Si l’on part de la définition du blasphème comme un discours insultant sur Dieu, ses élus et son livre sacré, on verrait que le doigt accusateur est mal orienté lorsqu’il est pointé sur moi. On doit plutôt le diriger sur ceux qui ont dépeint un Dieu méchant et cruel. Je ne refuse pas Dieu, au contraire, j’essaie de le défendre contre les discours des vrais blasphémateurs qui jouent aux pompiers-pyromanes. Je refuse un Dieu fabriqué par les hommes avec un portrait humain.

    Votre dialogue avec l’archange Michel est traversé par l’humour, l’ironie et parfois une forme de satire. Pourquoi avoir choisi ce registre pour aborder un sujet aussi sensible ?

    L’humour et l’ironie égaient, même dans des sujets sensibles et sérieux. Avec l’humour, on tourne les choses qu’on veut prendre au sérieux en dérision et on se moque, de façon amusante, des défauts que l’on veut présenter comme intouchables. Ce procédé vise à démystifier le Sacré et le présenter sous un nouveau jour avec tout son ridicule et ses absurdités.

    Pensez-vous que la littérature ait aujourd’hui encore le pouvoir d’ouvrir des débats que les institutions religieuses ou universitaires hésitent à engager ?

    Je ne vais pas surestimer le pouvoir de la littérature. Les esprits ont été tellement conditionnés à accepter tout ce qui se dit de Dieu, qu’il semble être une mission impossible pour les faire changer. Au moins, en littérature, on peut encore s’octroyer cette liberté de penser que les autres refusent d’employer. En cela, la littérature ouvre les débats qui peuvent continuer sur d’autres domaines.

    Votre ouvrage semble défendre une idée forte : un Dieu véritable ne devrait jamais craindre les questions sincères. Est-ce là le cœur de votre démarche ?

    Oui. La vérité ne souffre pas de la critique comme le mensonge. C’est le mensonge qui est très souvent mis à mal lorsqu’on veut le confronter aux faits. Un Dieu véritable qui veut nous témoigner de sa bonté en la codifiant dans son livre sacré ne devrait pas refuser qu’on s’interroge, pour mieux le comprendre. L’expérience a montré que ceux qui fuient ou interdisent la confrontation sont souvent ceux qui savent qu’ils cachent des choses que la confrontation risquerait de dévoiler.

    Quel type de lecteur espérez-vous toucher : le croyant convaincu, l’agnostique, le sceptique ou simplement le citoyen en quête de sens ?

    Mon livre s’adresse à tous, qu’on soit croyant ou non, agnostique ou pas, théiste, déiste ou athée. Ce qui est vrai, c’est que chacun aura son mot à dire, qu’il soit content ou pas, de la demarche que je choisis. Les uns pourront trouver – peut-être – que ce que je dis n’est pas commun mais vrai ; les autres le rejeteront en bloc au nom de l’intouchabilité du message de Dieu.

    Après La lumière des ancêtres, quelle est la prochaine interrogation que vous souhaitez porter dans votre œuvre littéraire, et quel héritage aimeriez-vous laisser à vos lecteurs ?

    Il me plairait bien d’écrire un prochain roman dans lequel je m’attarderai sur le rôle ou mieux les dérives comportementales de la femme africaine moderne qui me semble revendiquer beaucoup, clamer haut et fort l’égalité, et qui veut, dans la distribution des devoirs sociaux et surtout financiers, demeurer sous l’ombre de l’homme. J’ai déjà pensé à une bonne intrigue qu’il ne reste plus qu’à mûrir. J’aime m’attaquer au conformisme et poser le doigt là où personne ne veut poser. Poser les questions qui fâchent et, à la limite, énerver. Ça ne rend certainement pas célèbre auprès des lecteurs, mais c’est mon style.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • Charles Kamdem : le bâtisseur d’une bibliothèque au service du savoir et de l’innovation

    Depuis près de trois décennies, il fait du livre un moteur de développement humain… Dans le paysage culturel camerounais, rares sont les personnalités qui auront autant contribué à rapprocher le livre des populations que Charles KAMDEM POEGHELA .

    Bibliothécaire de profession, né le 22 juillet 1978, il est le fondateur et le directeur du Centre de Lecture et d’Animation Culturelle (CLAC) de Yaoundé. Il s’est donné pour mission de faire de la lecture un puissant levier d’éducation, d’émancipation et de développement. Depuis la création du CLAC en 2007, son engagement n’a cessé de se renforcer, faisant de cette bibliothèque un véritable carrefour du savoir, de la culture et de l’innovation.

    Installé à Mimboman-Liberté, le Centre de Lecture et d’Animation Culturelle de Yaoundé est bien plus qu’une bibliothèque. C’est un espace où se rencontrent élèves, étudiants, enseignants, chercheurs, écrivains et passionnés de lecture. On y organise divers ateliers, des rencontres littéraires, des conférences, des activités éducatives, des formations ainsi que des animations destinées à éveiller le goût de la lecture dès le plus jeune âge.

    Au fil des années, le CLAC est devenu une référence nationale en matière de promotion de la lecture publique. Il accueille quotidiennement un public varié qui y trouve un environnement propice à l’apprentissage, à la créativité et au partage des connaissances.

    Convaincu que les bibliothèques doivent évoluer avec leur époque, Charles KAMDEM a très tôt intégré les outils numériques dans ses services. L’expérimentation de la plateforme Khan Academy, par exemple, au sein du CLAC, a permis à de nombreux jeunes de bénéficier d’un accompagnement pédagogique en mathématiques et en sciences, démontrant qu’une bibliothèque peut être à la fois un lieu de lecture et un espace d’innovation éducative.

    Cette volonté de moderniser les bibliothèques s’appuie également sur une solide formation professionnelle. Grâce à des stages et des échanges internationaux, notamment à la Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Pompidou à Paris, à ESSTIC et à l’ENSSIB de Lyon, il a enrichi son expertise et adapté au contexte camerounais des pratiques innovantes de médiation culturelle.


    L’une des initiatives les plus remarquables portées par Charles KAMDEM est, sans doute, le Street CLAC, une bibliothèque mobile imaginée pour aller vers les populations qui n’ont pas toujours la possibilité de fréquenter une bibliothèque.

    Depuis dix ans, ce projet sillonne les quartiers de Yaoundé avec une ambition simple mais forte : apporter les livres là où se trouvent les lecteurs. Places publiques, établissements scolaires, espaces communautaires et quartiers populaires deviennent ainsi, le temps d’une journée, des lieux de lecture, de découverte et d’échanges. Des centaines d’enfants et de jeunes ont pu, grâce au Street CLAC, découvrir le plaisir de lire, participer à des animations autour du livre et accéder gratuitement à des ouvrages adaptés à leurs âges.

    À l’heure où le Street CLAC célèbre son dixième anniversaire, cette initiative demeure un symbole fort de l’accès à la culture pour tous. Elle illustre une conviction profonde : ce ne sont pas seulement les lecteurs qui doivent aller vers les bibliothèques, mais aussi les bibliothèques qui doivent aller à la rencontre des lecteurs.

    Malgré son impact reconnu, le Street CLAC fait aujourd’hui face à d’importants défis matériels et financiers. Pour poursuivre ses tournées et relancer pleinement ses activités hors les murs, la bibliothèque mobile a besoin du soutien de partenaires publics et privés, d’entreprises, d’organisations culturelles, de fondations et de mécènes sensibles aux enjeux de l’éducation et de la lecture.

    Un appui permettrait notamment de renforcer les moyens logistiques du projet, de renouveler les collections, de développer davantage d’animations dans les quartiers et d’atteindre un nombre encore plus important de bénéficiaires. Soutenir le Street CLAC, c’est investir dans l’éducation, favoriser l’accès au savoir et contribuer à la formation des citoyens de demain.

    CLIQUEZ ICI POUR APPORTER VOTRE AIDE

    Aujourd’hui, Charles KAMDEM demeure l’une des figures incontournables de la lecture publique au Cameroun. Son parcours et ses distinctions au fil des ans pour saluer sa bravoure dans le domaine des bibliothèques (prix EIFL, prix FESTIFOUS, prix SIILY…) montrent qu’une bibliothèque peut être bien plus qu’un lieu de conservation des livres : elle peut devenir un espace d’inclusion, de dialogue, d’innovation et d’espérance.

    À travers le CLAC et le Street CLAC, il continue de porter une vision ambitieuse de la culture, fondée sur la proximité, le partage et l’égalité des chances. Son action rappelle qu’un livre peut changer une vie, et qu’une bibliothèque qui sort de ses murs constitue aussi un appel à la mobilisation, pour rapprocher les livres des lecteurs et faire de la lecture un véritable outil de développement social et humain.

    Pauline M.N. ONGONO




  • ENTRETIEN | Le monde virait au bleu : au cœur de l’univers poétique d’Ada BESSOMO

    Écrire, c’est se réinventer et réinventer le monde (Ada BESSOMO)

    Avec Le monde virait au bleu, son troisième recueil de poésie, Ada BESSOMO propose une œuvre où le bleu devient la couleur de la transformation, de l’espérance et de la paix intérieure. Dans cet entretien, le poète revient sur les symboles qui traversent son livre, l’influence de ses racines camerounaises, la place de la nature et de l’amour dans son écriture, ainsi que sa conviction profonde que la poésie demeure un espace de liberté, de résilience et de réinvention de soi.


    Le monde virait au bleu est un titre intrigant et évocateur. Que représente exactement le « bleu » dans votre univers poétique et pourquoi en avoir fait la couleur dominante de ce recueil ?

    Je tire le titre de ce troisième recueil du treizième poème avant le dernier. Relisant l’ensemble, il m’est apparu qu’il réunissait plusieurs thèmes du livre : l’amour, l’amitié, l’enfance, le souvenir, le bonheur…
    L’avant-dernier vers de ce poème, le monde virait au bleu, apparaît comme le sommet d’une rencontre entre deux êtres liés depuis leur enfance.
    Le bleu figure à cet instant la paix, l’accord parfait, les transformations obtenues grâce au temps, la persistance du Bonheur au-delà de tant d’écueils et chutes dans la vie…

    Vous expliquez que ce livre est celui de la transformation, de l’espérance et de la réinvention. Comment ces trois notions traversent-elles les différents poèmes de l’ouvrage ?

    Ce sont simplement les poèmes du recueil qui militent en faveur de cet avis. Le lecteur, que j’invite à le lire, pourra y trouver, passant par un mot, un vers, une image, une référence culturelle, matière à partager cette observation.

    Votre poésie est riche en images de la nature – la mer, les arbres, la forêt, la lune, les oiseaux, les rivières. Quelle place accordez-vous à ces éléments dans votre écriture et que disent-ils de la condition humaine ?

    Les éléments de la nature sont aussi vivants que les humains. Cette banale observation habite les hommes depuis des millénaires. Les connaissances scientifiques nous commandent désormais de penser le séjour des humains sur terre comme celui de locataires parmi tant d’autres. Porter notre attention sur ce que nous devons de la qualité de nos vies à tout ce qui vit et vibre avec nous, autour de nous, pourrait conduire à exprimer, comme je le fais dans mes textes, à montrer comment et combien la nature aide et sert à connaître les mille nuances de la condition humaine.

    L’amour occupe une place importante dans ce recueil, mais il apparaît sous des formes multiples : passion, désir, manque, séparation, tendresse. Pourquoi avoir choisi d’explorer toutes ces facettes d’un même sentiment ?

    Je parlais de mille nuances de la condition humaine, pour répondre à la question précédente. Cette disposition du monde à receler, par exemple, de très nombreuses facettes d’un sentiment, même, au sein de chaque facette, tant de moyens différents pour l’exprimer, est une source très séduisante pour rappeler et même militer pour la beauté des nuances de la vie.

    Plusieurs poèmes évoquent également la douleur, la peur, la solitude ou encore la mort, sans jamais renoncer à l’espérance. Est-ce votre manière de dire que la poésie peut transformer les blessures en force ?

    Un des aînés qui ont marqué ma vie d’enfant puis d’homme, Aimé Césaire, parle de poésie comme du lieu d’expression de ce qui est fondamental. Je vis comme une chance inouïe mon lien à la culture de mes ancêtres. Le Mvèd, Mvèr ou Mvett, art total de l’aire culturelle dont je suis natif, enseigne bien cette résilience. La vie est vouée à vaincre la mort.
    La poésie, qui est une attitude particulière de l’âme devant les expressions du monde, contient en elle de possibles recours pour plus d’optimisme, recours pour soigner tant de maux, aider à se relever de tant de chutes…

    Votre écriture laisse une grande liberté d’interprétation au lecteur. Cherchez-vous avant tout à raconter une histoire, à transmettre une émotion ou à susciter une réflexion ?

    Puisque rien ne pourrait tant mobiliser celui pour qui les mots sont un sanctuaire de libertés, que la liberté elle-même, c’est par tempérament d’abord, par souci de dialoguer avec l’ami(e) qui lit, que je souhaite lui laisser sa liberté face aux émotions nées des expériences inscrites dans mon écriture poétique.

    On retrouve dans votre poésie de nombreuses références aux paysages, aux traditions et à l’imaginaire africains. Dans quelle mesure vos origines camerounaises continuent-elles de nourrir votre inspiration, malgré l’éloignement ?

    Je fréquente au quotidien plusieurs univers culturels. Les langues que je parle m’y aident beaucoup. Je les ai toutes apprises enfant et adolescent, au Cameroun. La première que j’ai parlée est la langue beti en sa variante kolo. Ma génération a pu entendre encore des contes, aller vivre chaque année deux mois au village, voir, entendre, ressentir la terre par le prisme de l’imaginaire des aînés éloignés, eux, des influences fortes de l’Occident. Ce fut mon cas, grâce à mon grand-père maternel, dont je porte le nom. C’était un jumeau, père de triplées, environné de plantes, de pensées, de référents aujourd’hui recherchés. Recourir à un imaginaire particulier ? Je dirais que mon imaginaire est tapissé de plusieurs fils, dont ceux de ma prime langue et culture d’abord. Il m’arrive autant de l’exprimer dans ma langue natale, en offrant à cette dernière des motifs inspirés d’autres lieux.

    Vous affirmez que « écrire, c’est travailler à réinventer : soi-même et le monde autour de soi ». En quoi Le monde virait au bleu marque-t-il une nouvelle étape dans votre propre réinvention d’écrivain ?

    Il y a déjà la patine du temps sur ma modeste personne. Plutôt que le subir, il est préférable de s’en faire un allié. C’est un enseignement du jeu de calcul africain nommé Songo ou songa, pratiqué dans l’aire culturelle beti-bulu-fang. S’allier le temps qui court ouvre la voie à la prise des leçons qu’il nous donne. Vivre, aller dans la vie jour et nuit faisant transforme, propose de s’inventer, de se réinventer autant que possible. L’écriture, qui est un mode d’expression de cette vie, me paraît très bien indiquée pour cela.

    Vos textes alternent entre poèmes très courts, presque aphoristiques, et compositions plus développées. Comment choisissez-vous la forme que prend chaque poème ?

    Le fond porte la forme, c’est connu. Le but recherché est que l’idée s’exprime de manière aboutie, pour moi. Ma sensibilité seule me guide, pour dire vrai.

    Plusieurs poèmes mettent en avant les liens entre les générations, la transmission et l’enfance. Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes lecteurs à travers ce recueil ?

    Le recueil contient de nombreux vers et poèmes offerts à de jeunes lecteurs. Je penserais entre autres à ces vers : « (…) deviens, mon enfant, deviens !
    Puisses-tu ne jamais cesser de devenir. » Le bleu, celui de la transformation, au bout de l’invention, du travail à se réinventer, est aussi contenu dans ces propositions.

    Après Bémols saugrenus et Obili Blues, vous dites que Le monde virait au bleu clôt un cycle de votre parcours littéraire. Qu’est-ce qui distingue fondamentalement ce livre des précédents ?

    Les thèmes y sont approchés avec des moyens différents, un état d’esprit qui est celui du bleu, de la réflexion, d’un optimisme marqué. Au contraire de la dislocation apprivoisée du premier ou de la colère rythmée qui parcourt le deuxième recueil.

    Votre parcours mêle littérature, animation culturelle, journalisme et engagement dans la promotion des cultures. En quoi ces différentes expériences influencent-elles votre écriture poétique ?

    Tout cela rejoint l’idée que plusieurs facettes d’une même réalité peuvent s’unir. Tout ce que vous citez est centré autour de la création littéraire, poétique, artistique. Une école de la vie donc, la matière première la plus recherchée, pour moi. J’y ai rencontré, par leurs œuvres ou en personnes, de très belles opportunités de m’enrichir comme homme et poète.

    Quelle place accordez-vous au lecteur dans votre démarche ? Souhaitez-vous qu’il trouve des réponses dans vos poèmes ou, au contraire, qu’il en ressorte avec davantage de questions ?

    Je lui souhaite surtout de nourrir sa liberté individuelle, au bout de tout. D’aiguiser son sens critique.

    Si vous deviez choisir un seul poème de Le monde virait au bleu pour donner envie de découvrir l’ensemble du recueil, lequel serait-il et pourquoi ?

    Exercice vraiment ardu. Chaque poème figurant une respiration qui a permis d’en être encore à saluer les lucioles à l’occasion. Par conséquent, je prendrai le poème suivant, adressé à la jeune fille :
    « C’est sauvage insoumise, libre
    À la manière du ciel ou la terre
    Que je te vois déjà.
    Au milieu des lumières crues,
    Volontiers feuille, tige et belle pierre.
    Je te vois partout, parmi l’or et le feu. »

    Après ce livre placé sous le signe du bleu et de la réinvention, quelles nouvelles directions explorez-vous désormais ?

    Le récit, le roman, la prose poétique, écrire davantage pour les musiciens : voilà les directions dans lesquelles j’aimerais aller dans l’avenir.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • CAMEROUN | Le Silence des hommes : quand la littérature ose briser les silences

    Le 14 juillet 2026, à la salle des banquets de la Cathédrale Saint-Paul de Bonadibong à Douala, littérature, réflexion et émotion se sont donné rendez-vous autour de Le silence des hommes, le nouveau recueil de nouvelles de Jean-Pierre Noël BATOUM. Cette rencontre de présentation-dédicace, qui coïncidait avec le 62ᵉ anniversaire de l’auteur, a réuni écrivains, lecteurs, universitaires, responsables religieux et amoureux des lettres autour d’une même conviction : la littérature demeure un puissant levier pour interroger la société, éveiller les consciences et ouvrir des chemins d’espérance.

    Parce qu’il existe des mutismes qui emprisonnent, qui creusent la solitude jusqu’à épuiser les êtres, laissant derrière eux une fatigue silencieuse et des blessures invisibles, il est aussi des silences qui rapprochent, qui deviennent des lieux de partage, de réflexion et de renaissance, où chacun arrive seul, mais repart enrichi par la présence des autres. C’est cette dernière forme qui a habité cette rencontre littéraire.

    LE SILENCE DES HOMMES…

    Six nouvelles qui ouvrent un chemin initiatique vers la réalisation de la femme.

    Le Silence des hommes : une mise en scène des femmes de diverses couches sociales dans des situations où la domination de l’homme se veut écrasante…

    Le prédateur : un homme va ouvrir son passé de prédateur sexuel aux autres, et ainsi proposer d’autres voies que la chosification de la femme…

    Affaire privée : une invitation à découvrir les raisons des violences conjugales et le silence qui les entoure, surtout quand la femme en vient à être contrainte de voir le statut d’épouse sous un autre angle…

    Profession : Ménagère : Mudaa, notre personnage principal, découvre ce qu’il coûte d’être ménagère chez soi ; une femme de ménage entièrement à part…

    Blessés de guerre : ici, c’est le siège des confessions intimes ; on se tient aujourd’hui avec le poids de son passé pour envisager un futur autre…

    Héritage : le point de départ d’une nouvelle vie dans laquelle le silence n’est plus…

    LA RENCONTRE

    Il est 17h00, une fine pluie descend sur la ville ; la salle des banquets de la Cathédrale Saint-Paul de Bonadibong continue de se remplir de visages épanouis qui se reconnaissent, parfois non, mais qui se sourient avec passion. On s’installe comme on vient ; la politesse faisant office d’unique protocole. Une demi-heure plus tard, tout est disposé pour débuter une soirée mémorable.

    Constitué de Pauline M.N. ONGONO (présidente de ACOLITT, présentatrice pour l’occasion), de l’écrivain Mutt-lon (chargé de la note de lecture), de Ray NDÉBI (analyste littéraire, modérateur pour l’occasion), le panel s’est enrichi de la présence de l’auteur à l’honneur.

    PRÉSENTATION DU PANEL

    Effectivement, tel que l’a présenté Pauline M.N. ONGONO, Jean-Pierre Noël BATOUM est né un 14 juillet. Prêtre et écrivain, sa seconde casquette nous réunit autour de son troisième livre, après Yaani (recueil de poésie) et Révolution ! (poème fleuve). Cette présentation que l’auteur qualifiera une heure plus tard « d’effrayante », enchantera l’assistance nombreuse et attentive et portera jusqu’à l’introduction au recueil de nouvelles, préparée sous forme de lecture par le célèbre Mutt-lon, cet écrivain dont on ne présente plus la plume tant elle marque de son empreinte singulière l’esprit du lecteur.

    NOTE DE LECTURE

    Mutt-lon, comme à son image, y est allé avec la sobriété que le silence sait imposer. Sa lecture de Le silence des hommes suggère au lecteur un repli sur lui-même afin de mieux s’envisager dans une société qui semble fonctionner désormais par ses propres règles, une morale qu’elle a établie sur le dos de la femme, et s’y trouver une place qu’il saura occuper et faire entendre sa voix, lui aussi, pour son équilibre.

    ÉCHANGE AVEC L’AUTEUR

    Ce moment, l’auteur l’a accueilli avec décontraction, tel qu’il le confiera plus tard. Ray NDÉBI, longtemps rompu à l’exercice et analyste littéraire averti, surtout lecteur expérimenté, a fait revivre à Jean-Pierre Noël BATOUM ses nouvelles sous un jour nouveau. En abordant la révolution interne sous le chiffre 40, nombre de fois qu’apparaît le mot « silence » (ses adjectifs inclus) depuis le titre, tout le monde se retrouve à suivre le chemin de transhumance tracé par Mudaa. Avec toutes les références bibliques et littéraires autour de 40, nous convergeons vers les profondeurs d’un appel à méditer pour remplir sa mission : soigner la société depuis ses émotions.

    DÉCLAMATION DES EXTRAITS DE YAANI

    Et les émotions se sont mélangées, colorées de chaque vers des poèmes que Jean-Pierre Noël BATOUM offre dans son recueil Yaani. Dominique GNINTELAP, travailleuse au sein du patrimoine et coach de prise de parole en public, va user d’un de ses atouts majeurs, sa voix, pour émerveiller l’assistance et faire redécouvrir à l’auteur sa propre écriture. L’émotion est aussi vive que l’ovation qui suit. Le piano qui a accompagné la performance n’a pas été en reste, pour créer une ambiance féerique.

    ÉCHANGE AUTEUR – PUBLIC

    Les questions, comme il fallait s’y attendre quand il est question de la condition de la femme, affluent. Auteurs, créateurs de contenu, médecins, chefs d’entreprises, hommes d’église, passionnés de lecture et des questions humaines ne se retiennent pas. Au total, une quinzaine de questions avec des extensions que l’auteur a su gérer, pour anticiper aussi sur une éventuelle énième série de questions. Le tout dans un discours simple et précis, enrichi d’expériences diverses.

    SÉANCE DÉDICACE

    À ce moment, les questions se sont étendues ; chacun profitant de son passage devant Jean-Pierre Noël BATOUM pour glaner un développement, un éclaircissement. Et comme les savoureuses brochettes de viande qui feront descendre le nectar des dieux, les livres se sont pris sans modération. Une dédicace qui a tenu son rang : vertigineuse.

    CÉLÉBRATION ANNIVERSAIRE

    Et c’est l’instant qui a servi de feux d’artifice pour couronner la journée. Un anniversaire célébré entre cadeaux, gâteaux, chants, buffet multiple, boissons naturelles « made in Cameroun » et… l’incontournable et très attendu matango, dégusté avec immodération… Il était déjà plus de 21 heures quand nous nous sommes quittés malgré nous, mais avec toute une voie lactée dans les yeux.


    QUELQUES IMAGES

    Plus qu’une simple cérémonie de dédicace, cette rencontre s’est imposée comme un véritable espace de dialogue entre la littérature et les réalités sociales. Pendant près de quatre heures, le regard s’est véritablement tourné sur les rapports entre les femmes et les hommes, les mécanismes de domination, les violences fondées sur le genre, les silences imposés ou consentis, mais aussi les chemins possibles vers la guérison, la dignité et la reconstruction.
    Le Silence des hommes conduit progressivement le lecteur vers une compréhension plus profonde de la condition féminine et de la responsabilité collective face aux violences qui lui sont faites. Comme l’annonce la quatrième de couverture, il ne s’agit pas de céder à la fatalité, mais de réfléchir, d’agir et d’ouvrir des pistes concrètes de transformation sociale.

    Le Silence des hommes coûte 5.000 FCFA et il est disponible au +237 699571765.

    Le Livre, c’est le moyen idéal pour aller à la rencontre de soi-même par les autres, et s’épanouir plus que jamais. Et, comme l’a rappelé en fin de cérémonie Pauline M.N. ONGONO, notre communicatrice littéraire, bibliothécaire, relectrice… plusieurs fois primée sur le continent pour son travail remarquable : Lire des Livre délivre !

    D’AUTRES IMAGES ICI




  • RTWO 2026 : des panelistes venus de 14 pays pour faire dialoguer les cultures

    À quelques jours de l’ouverture de la troisième édition de la Readers & Translators Week Online (RTWO), l’impatience grandit autour d’un rendez-vous qui s’impose progressivement comme un espace international de dialogue entre les professionnels et les passionnés du livre. Organisée par ACOLITT, cette édition, prévue du 05 au 09 août 2026, réunira 36 panelistes, 5 modérateurs et des représentants de 14 pays, illustrant la diversité des parcours, des langues et des cultures qui enrichissent aujourd’hui l’univers de la lecture, de la relecture et de la traduction.

    Issus de trois continents, les panelistes apporteront leurs expériences, leurs expertises et leurs visions sur les grands enjeux qui traversent le monde du livre. Leurs interventions nourriront les huit panels programmés autour de huit sous-thèmes, en parfaite résonance avec le thème général de cette édition : « Lire le monde, traduire la culture ». À travers leurs analyses, ils inviteront le public à réfléchir sur le rôle essentiel de la lecture dans la compréhension des sociétés, mais aussi sur la traduction comme passerelle entre les peuples, les imaginaires et les patrimoines culturels.

    Au-delà des échanges, cette rencontre offrira également un atelier virtuel consacré à la relecture et à la traduction, permettant aux participants d’approfondir leurs connaissances et de découvrir des pratiques professionnelles adaptées aux exigences actuelles du secteur. Les échanges, diffusés en direct sur les plateformes numériques d’ACOLITT, favoriseront une interaction permanente entre les intervenants et le public, faisant de la RTWO un véritable laboratoire d’idées et de partage d’expériences.

    En acceptant de prendre part à cette troisième édition, les panelistes témoignent de leur engagement en faveur de la promotion du livre et de la circulation des savoirs. Leur présence contribuera non seulement à enrichir les débats, mais aussi à créer des ponts durables entre les différents acteurs de la chaîne du livre, qu’ils soient auteurs, lecteurs, relecteurs, traducteurs, éditeurs, chercheurs ou étudiants.

    À travers cette mobilisation internationale, la RTWO confirme son ambition de devenir une plateforme incontournable de réflexion et de coopération autour des métiers du livre. ACOLITT adresse ainsi ses plus sincères remerciements à l’ensemble des panelistes pour leur disponibilité, leur générosité intellectuelle et leur volonté de partager leurs connaissances avec une communauté toujours plus nombreuse. Leur contribution sera, sans aucun doute, l’une des clés du succès de cette troisième édition, qui promet d’être riche en découvertes, en apprentissages et en rencontres.

    REVIVRE CES ÉCHANGES ICI

    Pauline M.N. ONGONO

  • Ada BESSOMO ou la poésie des émotions et des métamorphoses dans Le monde virait au bleu

    Paru en 2021 aux Éditions Shanaprod, le poète camerounais Ada BESSOMO propose avec Le monde virait au bleu, un recueil où la parole poétique devient un espace d’exploration de l’intime, du désir, de la mémoire et de la condition humaine. Porté par une écriture dense, musicale et imagée, ce livre invite le lecteur à parcourir un univers où les sentiments se révèlent dans toute leur complexité, entre blessures, espérance et renaissance. Le monde virait au bleu, c’est la traduction de la fragilité de l’être face aux expériences qui le transforment.

    Dès les premiers poèmes, l’auteur expose les contradictions du cœur humain. En effet, il évoque les failles, les regrets et les élans qui façonnent toute existence. Les images renvoyées sont puissantes, parfois déroutantes, mais toujours porteuses d’une profonde sensibilité.

    L’amour occupe une place essentielle dans le recueil. Il n’est jamais idéalisé ; il apparaît comme une force paradoxale, capable d’apaiser autant que de bouleverser. L’auteur résume cette dualité dans un vers marquant : « Elle m’énerve autant qu’elle m’apaise ». Cette tension permanente nourrit une poésie où le désir, l’absence et la tendresse se répondent avec une remarquable intensité.

    Ada BESSOMO puise également dans les imaginaires africains. Les paysages, les essences végétales et les références culturelles enrichissent le feu des mots au fil des pages. La nature devient un personnage à part entière, révélant la beauté, les mystères et les promesses du monde.

    Le monde virait au bleu se lit comme une traversée intérieure. Les poèmes invitent à ralentir, à écouter le silence et à accueillir les émotions sans les juger. Ils rappellent que les blessures peuvent devenir des chemins de connaissance et que la poésie demeure un lieu privilégié pour dire ce qui échappe au langage ordinaire.

    Avec ce recueil, Ada BESSOMO confirme la singularité de sa voix poétique. Son écriture, exigeante et sensible, offre au lecteur une expérience littéraire où les mots deviennent matière à ressentir, à réfléchir, à espérer, pour célébrer la puissance de cette poésie qui transforme notre regard sur nous-mêmes et sur le monde.

    Pauline M.N. ONGONO



  • 30 ans de Mutations : entre héritage, défis et avenir

    À l’occasion de son trentième anniversaire, le quotidien camerounais Mutations organise une série d’activités destinées à célébrer son parcours tout en ouvrant une réflexion sur l’avenir du journalisme au Cameroun. Placées sous le haut parrainage du ministère de la Communication, ces manifestations se dérouleront du 1er au 8 juillet 2026 et réuniront professionnels des médias, universitaires, étudiants, partenaires institutionnels ainsi que le grand public autour d’un même objectif : penser les mutations de la presse à l’ère de la révolution numérique.

    Les festivités s’ouvriront le mercredi 1er juillet 2026 par une conférence de presse au Djeuga Palace Hôtel de Yaoundé. Animée par le Directeur de publication de Mutations, Georges Alain Boyomo, et le journaliste Franck Evina, cette rencontre permettra de présenter les grandes articulations de cette célébration, les ambitions du journal ainsi que les défis auxquels il fait face dans un environnement médiatique en constante évolution.

    Dans la continuité de cette dynamique, une marche sportive sera organisée le dimanche 5 juillet à Yaoundé. Prévue dès 7 heures, elle reliera le rond-point Bastos au Parcours Vita. Bien au-delà de son caractère sportif, cette initiative traduit la volonté de Mutations de renforcer les liens avec ses lecteurs, ses partenaires et l’ensemble des citoyens, tout en promouvant les valeurs de santé, de solidarité et de convivialité.

    Le lundi 6 juillet sera consacré à une journée portes ouvertes. À cette occasion, le public aura l’opportunité de découvrir les coulisses de la rédaction, les différentes étapes de production d’un quotidien ainsi que les métiers qui concourent à la fabrication de l’information. Cette immersion permettra également de mieux comprendre les exigences du journalisme professionnel à une époque où l’information circule à une vitesse inédite.

    Le mardi 7 juillet constituera sans doute le temps fort intellectuel de cette célébration. La journée débutera par un atelier d’écriture journalistique réservé à une trentaine d’étudiants issus des écoles et instituts de formation en journalisme. Encadrés par des journalistes et des professionnels reconnus, les participants bénéficieront d’un partage d’expériences portant sur les techniques rédactionnelles, l’éthique, la recherche de l’information et les exigences du métier.

    Par la suite, une conférence-débat réunira plusieurs personnalités du monde universitaire et des médias, notamment les professeurs Emmanuel Mbede, Viviane Ondoua Biwole et Baba Wame, ainsi qu’Alain Blaise Batongue, sous la modération du Dr Carole Yemelong. Les échanges porteront sur le thème général : « 30 ans de Mutations : les défis des contenus, de la gouvernance économique et de la digitalisation ». Les intervenants analyseront les transformations profondes qui touchent aujourd’hui les médias, tout en proposant des pistes de réflexion pour assurer leur pérennité.

    Les festivités s’achèveront le mercredi 8 juillet avec la parution d’une édition spéciale du journal retraçant trois décennies d’engagement au service de l’information, avant une soirée de gala.

    Au-delà de la célébration de cet anniversaire, cette semaine commémorative soulève une interrogation essentielle : quel avenir pour la presse écrite à l’ère du numérique ? En effet, le développement des réseaux sociaux, des plateformes numériques et des médias en ligne a profondément transformé les habitudes de consommation de l’information. Désormais, le public recherche l’immédiateté, la gratuité et l’accessibilité permanente, obligeant les journaux traditionnels à repenser leurs modèles économiques et éditoriaux.

    Pour autant, annoncer la disparition de la presse papier serait sans doute prématuré. Malgré la baisse des ventes observée dans plusieurs pays, le journal imprimé conserve des atouts que le numérique ne remplace pas entièrement. Il demeure un support privilégié pour l’analyse approfondie, la vérification rigoureuse des faits et la conservation de la mémoire collective. En outre, la crédibilité associée aux titres historiques constitue un capital précieux dans un contexte marqué par la prolifération des fausses informations.

    Toutefois, la survie de la presse papier dépendra de sa capacité à se réinventer. L’avenir réside probablement dans la complémentarité entre le support imprimé et les plateformes numériques. Les entreprises de presse sont ainsi appelées à diversifier leurs contenus, développer des offres digitales performantes, renforcer les abonnements en ligne et créer des expériences éditoriales innovantes tout en préservant les valeurs fondamentales du journalisme : la rigueur, l’indépendance et la responsabilité.

    En célébrant ses trente années d’existence, Mutations ne se contente donc pas de regarder le chemin parcouru. Le quotidien ouvre également un espace de réflexion sur les défis qui attendent les médias africains et rappelle qu’une presse forte, crédible et indépendante demeure un pilier indispensable de la démocratie, du débat public et du développement. Cette célébration apparaît ainsi comme un rendez-vous majeur pour tous ceux qui croient encore à la force de l’information de qualité, quel que soit le support par lequel elle est diffusée.

    Pauline M.N. ONGONO




  • Marie Bertille Mawem, l’audace au service du livre et de la culture africaine | ENTRETIEN

    A la tête du groupe Les Fous du Livre, éditrice, promotrice culturelle, chroniqueuse et figure majeure de l’écosystème littéraire camerounais, Marie Bertille Mawem s’est imposée comme l’une des voix les plus influentes de la promotion du livre en Afrique. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, partage sa vision du développement de la chaîne du livre, évoque les défis du secteur et dévoile les ambitions de la 7ᵉ édition du Festival international La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026).


    Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et revenir sur les grandes étapes de votre parcours dans l’univers du livre et de la culture ?

    Dr H.C. Marie Bertille MAWEM, née le 25 juin 1984 dans la région du Centre, département du Nyong-Ékelle, dans le village Song-Mawem. Très tôt, j’ai rejoint mon père en France, où je vais passer de nombreuses années avant de revenir m’installer au Cameroun. Hôtelière et comptable de formation, j’ai déposé mes valises comme autodidacte de la littérature. Malgré le milieu opaque et très souvent fermé aux nouvelles initiatives, je me suis faite une place de choix…

    J’incarne une vision rare et audacieuse, celle d’une femme qui refuse de dissocier la passion de l’action, l’art de l’entreprise et la culture du développement économique. Ma trajectoire n’est pas un chemin, c’est un véritable manifeste. Après avoir affûté mes compétences au sein de plusieurs maisons d’édition, avec stratégie, j’ai pris une décision radicale en 2018 : quitter mon poste de Responsable commerciale et marketing des éditions Ifrikiya pour devenir l’architecte de mon propre projet.

    Cette transition n’était pas un simple changement de carrière, mais une volonté profonde de m’impliquer pleinement dans l’ensemble de la chaîne du livre, de sa création à sa promotion. De cette ambition est né le concept fédérateur « Les Fous du Livre », une initiative qui a pris son envol avec la création de l’Association Les Fous du Livre (AFL) en 2017.

    Je fonde également en 2021, ma propre maison d’édition, qui compte aujourd’hui plus d’une centaine de titres, contribuant activement à la diversification de la production littéraire en Afrique.

    Ce dynamisme a créé le Festival international la Semaine des Fous du Livre en 2018, un événement qui, en plusieurs éditions, s’est imposé comme un rendez-vous culturel majeur au Cameroun, attirant chaque année de nombreux pays et témoignant de son rayonnement continental et international.

    Forte de cette expérience, je mets également ma plume et ma voix au service de l’information en tant que Chroniqueuse TV depuis huit ans dans la chaîne de télévision camerounaise Vision 4, pour la rubrique Chroniques Poétiques de l’émission AFRO CAFE, et consultante permanente au Poste National de la CRTV, le dimanche à 8h30 à l’émission intitulée In the family, en famille, depuis neuf ans.

    Le 21 décembre 2021, je suis nommée Coordinatrice Nationale du Pôle des Arts Littéraires du Cameroun au Ministère des Arts et de la Culture. Une nomination qui vise à accompagner la vision gouvernementale dans le processus de structuration du secteur des Arts et de la Culture au Cameroun.

    En octobre 2024, je reçois le Prix FILAB de la Meilleure Corporation Culturelle au Benin. Le 11 août 2025, je suis élue Première Vice-Présidente du Groupement Patronal Entreprises et Territoires (GREN TERRITOIRES), je franchis ainsi un nouveau cap, devenant un pont stratégique entre le monde de l’art, l’économie réelle et le développement des territoires. Le 15 décembre 2025, je reçois le Prix d’Excellence Culturelle de la Chaire UNESCO ACCES-TIC en reconnaissance à ma contribution au rayonnement de la Culture Camerounaise. Le 2 avril 2026, une consécration majeure vient couronner mon parcours, je dirai une distinction prestigieuse, de l’École Supérieure des Métiers des Arts et de la Culture du Benin : le Doctorat Honoris Causa, pour mes contributions exceptionnelles au développement durable, tant sur les plans social, culturel qu’économique. Une distinction qui reconnaît l’impact profond de mon engagement et la portée transformative de mon action. Le 28 mai 2026 à Libreville, je remporte le Prix FILIGA du Promoteur Littéraire Africain 2026, en reconnaissance à mes travaux et mon engagement au rayonnement de la littérature et de la culture à travers le monde.

    Visionnaire, stratège et ambassadrice de la culture, je suis la preuve vivante que l’on peut être à la fois une artiste accomplie et une femme d’affaires influente. Je promeus activement l’égalité des droits entre hommes et femmes au Cameroun à travers une littérature inclusive qui met en lumière les voix féminines, les activités littéraires que j’organise pour des femmes sous-scolarisées, et des programmes d’alphabétisation qui permettent aux femmes de révéler leur potentiel, de gagner en autonomie et de contribuer pleinement à la société.

    Mon parcours, jalonné de distinctions nationales et internationales, n’est pas seulement une source d’inspiration ; il démontre que la culture, loin d’être un luxe, est le moteur d’un futur qui se construit avec audace et engagement.


    Quelles rencontres, expériences ou lectures ont le plus influencé votre engagement en faveur de la promotion de la lecture et des arts littéraires ?

    Black Boy de Richard Wright, car il se rapproche d’une histoire réelle ; Les Fourberies de Scapin (Molière), Le Cimetière des Bacheliers (François Nkeme), Séverin Cécil Abéga (Les Bimanes), Francis Bebey (Le Fils d’Agatha Moudio), Machiavel (Comment Devenir un Fin Stratège), et bien d’autres.


    En tant que femme évoluant dans le secteur culturel, quels ont été les principaux défis auxquels vous avez été confrontée et comment les avez-vous surmontés ?

    S’imposer dans l’univers culturel en général et dans celui du livre en particulier, sans les codes ni les parcours académiques traditionnels, relève souvent d’un véritable acte de foi. En autodidacte, il a fallu conquérir ma légitimité, apprendre sur le terrain et faire entendre une vision nouvelle face aux résistances du milieu. Trouver les ressources nécessaires pour donner corps à cette ambition et déployer une politique éditoriale innovante a constitué un combat quotidien. À cela se sont ajoutées les exigences d’un secteur concurrentiel où chaque avancée se gagne avec persévérance. Et en tant que femme, il m’a aussi fallu briser des plafonds invisibles, transformer les préjugés en force et faire de ma détermination ma plus belle signature.


    Effectivement, vous êtes à la tête de plusieurs initiatives culturelles. Quelle vision guide aujourd’hui votre action en faveur du développement du livre au Cameroun et en Afrique ?

    Le livre au Cameroun est un Géant en devenir : conscient de ses fragilités, mais riche de promesses et d’opportunités pour ceux qui osent le réinventer. Portée par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, je pense qu’il faut repenser la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.


    Les Éditions Les Fous du Livre occupent une place avérée dans l’écosystème littéraire. Quelle est la mission de cette maison d’édition et quel bilan en faites-vous depuis sa création ?

    Les Éditions Les Fous du Livre sont nées d’une conviction profonde ; celle qu’un nouvel essor du livre est possible au Cameroun. Portées par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, elles œuvrent à repenser toute la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.

    Notre ambition est de faciliter la publication des auteurs, d’insuffler une nouvelle politique éditoriale et d’inventer de nouvelles manières de concevoir, diffuser, distribuer et commercialiser le livre. À travers un modèle économique innovant et inclusif, nous voulons faire du livre un véritable levier de transformation culturelle, sociale et économique. Nous comptons aujourd’hui plus de 100 titres publiés, nous sommes donc en bonne voie pour atteindre nos objectifs.


    Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels font face les auteurs, éditeurs et autres acteurs de la chaîne du livre au Cameroun ?

    Les defis sont nombreux, mais entre autre, je dirais : le coût élevé de production , les difficultés de diffusions, les droits d’auteurs, le manque des bibliothèques, l’absence de structuration réelle du secteur du livre.


    Votre engagement a été salué par plusieurs prix et distinctions, comme indiqué à l’entame de cet échange. Quelle importance accordez-vous à ces reconnaissances et quel impact ont-elles sur votre parcours ?

    La reconnaissance est le premier salaire de tout travail. Je suis profondément honorée que mon travail soit reconnu et valorisé. Cette reconnaissance me pousse à travailler encore plus, de mieux tracer mon profil de carrière… Aussi, elle donne plus de légitimité à mon travail et au métier que j’ai choisi de faire.


    Parmi les nombreuses initiatives que vous avez portées, quelles sont celles dont vous êtes la plus fière et pourquoi ?

    La création des Fous du Livre dans toutes ses composantes. Parce que ce concept contribue activement à la promotion de la lecture, de l’écriture et de la culture au sein de la communauté littéraire. Il offre aux jeunes et aux passionnés du livre des espaces d’apprentissage, d’expression et d’épanouissement. Grâce à ces initiatives, de nombreux talents littéraires sont révélés et accompagnés. Les Fous du Livre participent au rayonnement de la littérature africaine et camerounaise. Leur engagement constant en faveur de l’éducation et du savoir en fait un véritable acteur du développement culturel.


    Parlant d’engagement, le Festival International la Semaine des Fous du Livre est devenu un rendez-vous majeur de la vie culturelle. Quel regard portez-vous sur son évolution depuis sa création ?

    Depuis sa création, le Festival International la Semaine des Fous du Livre a connu une évolution remarquable, passant d’une initiative ambitieuse à un rendez-vous culturel incontournable. Chaque édition a gagné en envergure, en qualité et en diversité des activités proposées. Le festival a su rassembler des acteurs du livre de différents horizons et renforcer la promotion de la littérature auprès de tous les publics. Son impact sur la valorisation de la littérature est de plus en plus visible. Aujourd’hui, il s’impose comme une véritable plateforme de dialogue, de découverte et de rayonnement culturel.


    Que réserve la prochaine édition du Festival des Fous du Livre aux participants, aux professionnels du livre et au grand public ?

    La 7ᵉ édition du Festival International La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026) promet quatre jours riches en découvertes, en rencontres et en opportunités pour tous les acteurs de la chaîne du livre. Pour les participants et le grand public, le festival proposera une grande foire-exposition du livre, des conférences-débats, des tables rondes, des animations culturelles, des concours littéraires, des journées dédiées aux pays invités ainsi que des rencontres avec des auteurs, éditeurs et professionnels du secteur. Les visiteurs pourront également prendre part à des masterclass en écriture, art oratoire, slam et technologies créatives. Pour les professionnels du livre, le FESTIFOUS offrira de véritables espaces d’exposition et de promotion, des rendez-vous d’affaires (B2B et B2C), des opportunités de réseautage, une forte visibilité médiatique et numérique, ainsi que des cadres de réflexion sur les enjeux du développement de l’industrie du livre en Afrique. La literature inclusive, élément nouveau de cette édition, occupera une place de choix.

    Enfin, cette édition se veut une plateforme de valorisation des talents, de création de partenariats et de diffusion du savoir, réunissant tous les maillons de la chaîne du livre, institutions, entreprises et startups autour d’une même ambition : faire du livre un puissant levier de développement culturel et économique.


    Le concours Miss Fous du Livre suscite un intérêt croissant. Quelle est la philosophie de cette initiative et quelle contribution apporte-t-elle à la promotion de la lecture auprès des jeunes ?

    Le concours Miss FESTIFOUS est bien plus qu’un concours de beauté. Il s’agit d’une initiative éducative, culturelle et citoyenne conçue pour faire des jeunes femmes de véritables ambassadrices du livre, de la lecture et des valeurs positives. Sa philosophie repose sur une conviction simple : la beauté prend tout son sens lorsqu’elle est accompagnée de l’intelligence, de la culture et de l’engagement social.

    À travers ce concours, Les Fous du Livre souhaitent valoriser des jeunes femmes capables d’inspirer leur génération par leur amour de la lecture, leur maîtrise de l’expression écrite et leur engagement en faveur du changement social. L’édition 2026 s’articule autour du thème : « Non à la dépravation des mœurs », invitant les candidates à produire un texte original, afin de démontrer leur réflexion, leur créativité et leur capacité à défendre des valeurs essentielles à la société.

    Le concours met ainsi l’écriture et la lecture au cœur du processus de sélection. Pour les jeunes, Miss FESTIFOUS constitue une formidable porte d’entrée vers l’univers du livre. En encourageant la rédaction de textes, la découverte d’auteurs, la prise de parole en public et la réflexion critique, l’initiative contribue à développer le goût de la lecture, tout en renforçant la confiance en soi, le leadership et la culture générale des participantes. Au-delà de la compétition, Miss FESTIFOUS crée une communauté de jeunes lectrices engagées qui deviennent des modèles auprès de leurs pairs. Elles participent ainsi à la promotion du livre, à la sensibilisation sur les enjeux sociaux et à la construction d’une jeunesse plus instruite, plus responsable et plus consciente de son rôle dans la société.

    En somme, Miss FESTIFOUS est une célébration de la beauté, de l’intelligence et de la culture, au service de la promotion de la lecture et de l’épanouissement de la jeune fille africaine en général et camerounaise en particulier.


    Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs, aux auteurs, aux éditeurs et à tous ceux qui œuvrent pour la valorisation du livre et de la culture africaine ?

    J’invite tous les amoureux du livre à poursuivre leur engagement en faveur de la lecture et de la culture africaine. Chaque lecteur, auteur, éditeur ou acteur culturel contribue à préserver et transmettre notre patrimoine intellectuel. Ensemble, faisons du livre un outil d’éducation, d’émancipation et de transformation sociale. Continuons à raconter nos histoires, à valoriser nos talents et à inspirer les générations futures. L’avenir de l’Afrique s’écrit aussi dans ses livres. Le livre étant par excellence le meilleur outil de transmission des valeurs, mais aussi le lieu où l’on consigne nos us et coutumes.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • Les mots parlants de Diane-Annie TJOMB : retour sur la séance du 15 Pages Par Jour Bookclub

    Le samedi 20 juin 2026, le club de lecture 15 Pages Par Jour a tenu sa rencontre mensuelle à La Maison des Savoirs, bibliothèque sise à Yaoundé, au quartier Étoudi. Animés par Ray NDEBI, les échanges ont débuté à 15h et, pendant près de deux heures, ont vu s’ouvrir des portes insoupçonnées du recueil de poésie paru aux Éditions KADEÏ en janvier 2026, Les mots parlants, proposé par son auteure Diane-Annie TJOMB pour une lecture critique ouverte. Au bout du jour, alors qu’une grosse pluie s’abat sur la capitale du Cameroun, une idée commune a germé dans chaque esprit, et c’est ce qui va constituer ce retour de lecture.

    À cette rencontre étaient présents les membres réguliers du club de lecture, ainsi que l’écrivaine Pierrette NDZIE, grande passionnée de lecture, qui a contribué avec ses perspectives de cet ouvrage, à construire une lecture plus approfondie de la plume du jour.

    DIANE-ANNIE TJOMB, L’ENGAGEMENT HUMAIN

    Quand une plume se déploie sous le coup de la révolte, il est attendu d’elle un engagement traditionnel ; aller en guerre contre un état des lieux ou pour une cause toujours donnée noble. Hors de ce registre, les auteurs sont surtout dits de gare ou de distraction. Avec Diane-Annie TJOMB, nous découvrons, sous cette nouvelle plume (c’est son troisième livre, après deux romans, Liaa et TUBA B.), une identité d’écriture singulière. Nous allons essayer de la présenter en quelques points :

    Prendre les devants

    JE, ainsi se tient la plume de l’auteure ici, pour dire au monde que chaque pas qu’elle marque est assuré, assumé. Elle ne laisse donc planer l’ombre d’aucun doute quant à la démarche prise au long des trente-sept poèmes offerts dans ce recueil à la fois public et intime. C’est à ce titre qu’elle ouvre son appel avec le texte Oser, dans lequel elle utilise “nous” ce « je » pluriel par lequel elle indique au lecteur « je suis parce que nous sommes ». Le même ton vient conclure le recueil, pour dire « nous commençons ensemble, nous poursuivons ensemble » ; et la tragédie de Mbanga Pongo, portant ce dernier élan, symbole de cet ensemble dans la reconstruction des bonheurs.

    À travers les lignes, parfois vers parfois proses, Diane-Annie TJOMB se lève, comme dans Debout !, et passe à l’action. « Debout je me tiendrai pour te montrer…» illustre bien ce don de soi pour que l’ensemble apprenne par la voie de la Passion plutôt que par celle du soutien. Elle invite alors chacun à se prendre en main exactement là où il se trouve ; en fonction de sa condition réelle, pas celle que l’on veut commune ou empruntée. C’est donc un JE universel qu’elle propose d’entreprendre au cœur de soi.

    Ouvrir des voies

    L’autre enseignement que nous avons retenu en confrontant nos lectures de Les mots parlants, est l’ouverture à une expérience nouvelle. La pensée de Diane-Annie TJOMB est orientée vers l’authenticité, la reconnaissance de ses propres valeurs face à ce que la tendance offre : partir. Billet d’au revoir, par exemple, renseigne pleinement sur la résilience ; mais pas une résilience qui résonne comme un refrain à la mode, mais celle-là qui reconnaît sa force dans une « forêt hostile » sur des « plages fragiles », même quand « on vit dans notre propre pays en aventurier, comme des immigrés ».

    Cette lettre à Léopoldine qui se conclut par « J’exhumerai mes rêves pour leur insuffler de la vie », et ce en allant à la conquête de ce pays qu’elle ne connaît pas assez pour aller en visiter un autre. L’auteure nous dit que l’eldorado est chez soi, il ne sert à rien de rêver d’un ailleurs qui espère nous voir renier nos racines. Et nous comprenons alors que pour aider notre pays, nous devons apprendre à le connaître.

    Prendre le courage de décliner l’indécent exposé par Mes valeurs d’abord !, malgré « le regard féroce, d’une laideur terrifiante, de la souffrance ». Hemlé vient ajouter de l’énergie pour « atteindre l’inaccessible », parce que « les chemins sinueux ne constituent pas toujours des abîmes ».

    Lire la plume de cette native de Bengbis c’est aller et oser, même « par effraction » pour commencer, car tout finit par s’arranger quand on est plusieurs.

    Préserver l’équilibre

    S’engager. Voilà ce qui nous a le plus pris du temps durant nos échanges. Certains ont dit l’auteure philosophe, d’autres psychologue. D’autres encore martyr. À la lumière des réflexions exposées, elle est simplement Humaine. Sous sa plume, on voit aussi la victime terrée dans chaque bourreau. « Ce n’est pas contre vous que le soleil brille/…/Il ne vous accuse pas, il vous inonde » ; ainsi apparaît le côté réparateur de Diane-Annie TJOMB. Comme dans L’homme qui répare les femmes, elle vient réparer l’âme du bourreau ; cette âme victime d’une oppression encore plus lourde pour elle que les souffrances que répandent ses mains.

    Quand on a parlé de Les mots parlants, l’engagement humain (autant par la personne que par l’âme) a sanctionné les discussions. Diane-Annie TJOMB se tient au cœur de la condition humaine pour laisser s’exprimer sa clairvoyance. Avec elle, la prophétie perd ses atouts d’annonces soutenues par des « Amen » de convenance, pour se faire souffle et habiter l’esprit en proie au doute. Ce qui viendra ne viendra pas par hasard ou miracle, mais parce que tu l’as choisi. Debout ! nous dit que « le bonheur est une graine qui se cultive tout au long du chemin ». Rien ne nous attend si ce n’est ce vers quoi nous choisissons de marcher. Et c’est de sa propre expérience (parlant de la plume) qu’elle puise toutes ces ressources afin que l’autre s’en inspire.

    Si nous devons énumérer tous les points qui présentent Les mots parlants de Diane-Annie TJOMB, un grand volume devra être nécessaire, tant sa plume permet des voyages et des explorations multiples au sein de chaque poème, de chaque vers. L’aspect humain, psychologique, lui confère un statut particulier en ce qui concerne l’engagement ; si parfois ses positions sont fortes comme au bout de Sonette, nous savourons l’équilibre qu’elle tient entre le bien et le mal, le bourreau et la victime… Dans une terre où « on traverse la vie sans vivre », seule la résilience permet d’éviter l’âbime, et pour cela, il faut apprendre à se connaître, s’assumer et s’exprimer.

    A la fin de la séance, dehors il pleuvait des cordes, dans la salle, il pleuvait des 9/10, des 8/10, donnant une note générale de 8,75/10 à Les mots parlants.




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