
Du 20 au 26 avril 2026, nous avons organisé la deuxième édition de la Semaine du Critique Littéraire en Ligne (SECRILO).
Diffusé en direct sur nos plateformes numériques, notamment Facebook Live et LinkedIn Live, et en présentiel à La Maison des Savoirs à Yaoundé, cet événement international a réuni pendant sept jours des écrivains, critiques littéraires, enseignants-chercheurs, éditeurs, bibliothécaires, slameurs, journalistes et passionnés de littérature venus de plusieurs pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord, plus précisément du Cameroun, de la République centrafricaine, du Gabon, du Congo, du Tchad, de la Guinée, du Burkina Faso, de l’Algérie, de la Côte d’Ivoire, de la France, du Canada, du Togo, de la RDC, de la Pologne, du Bénin et du Sénégal.
À travers une série de panels thématiques, la SECRILO 2026 avait pour ambition de questionner la place et le rôle de la critique littéraire dans l’écosystème du livre, tout en favorisant la professionnalisation des pratiques critiques, le dialogue entre les différents acteurs de la chaîne du livre et la création d’espaces de réflexion adaptés aux réalités contemporaines.
Durant une semaine, les échanges ont mis en lumière les défis auxquels fait face la critique littéraire africaine et mondiale : légitimité des critiques, indépendance intellectuelle, rapports avec les écrivains et les éditeurs, rôle des lecteurs, influence des réseaux sociaux, réseaux d’influence, place des espaces de diffusion et avenir des métiers liés au livre.
PLUS PRÉCISÉMENT…

Lundi 20 avril 2026
Thème : « L’auteur(e) face au miroir critique : la critique influence-t-elle l’écriture ? »
Modérée par Kadidia Nébié (Burkina Faso), cette première rencontre a ouvert le débat sur la relation complexe entre l’auteur et le critique.
Les panelistes ont souligné à l’unanimité que la critique constitue un véritable miroir pour l’écrivain. Lorsqu’elle est rigoureuse et argumentée, elle peut contribuer à améliorer les pratiques d’écriture, à affiner les choix esthétiques et à nourrir une réflexion sur les attentes du lectorat.
Cependant, plusieurs participants ont mis en garde contre le risque d’une écriture excessivement influencée par les attentes critiques, qui pourrait freiner la créativité et uniformiser les œuvres.
Les échanges ont permis de poser une question fondamentale : comment préserver la liberté créatrice de l’auteur tout en reconnaissant l’utilité du regard critique ?

Mardi 21 avril 2026
Thème : « Critique littéraire et légitimité »
Sous la modération de Jek Lulutégui Loua (Côte d’Ivoire), ce panel a exploré les critères qui fondent la légitimité du critique littéraire.
Les intervenants ont interrogé plusieurs dimensions : la formation universitaire, l’expérience de lecture, la maîtrise des outils d’analyse, la connaissance des contextes culturels et l’éthique professionnelle. Cette discussion a permis de déconstruire l’idée selon laquelle la critique serait réservée à une élite académique.
Les panélistes ont insisté sur le fait que la légitimité ne repose pas uniquement sur les diplômes, mais également sur la rigueur intellectuelle, la capacité d’argumentation, l’honnêteté méthodologique et la constance dans le travail.
À l’ère du numérique, où chacun peut publier son avis sur une œuvre, la nécessité de distinguer opinion personnelle et critique littéraire structurée est apparue comme un enjeu majeur.

Mercredi 22 avril 2026
Thème : « Critique littéraire et bienveillance : entre diplomatie, réseaux d’influence et peur de froisser »
Animé par Ray Ndebi (Cameroun), ce panel a abordé une question sensible : la difficulté de produire une critique objective dans des milieux littéraires souvent marqués par la proximité relationnelle.
Les intervenants ont évoqué les liens d’amitié entre auteurs et critiques, les pressions exercées par certains réseaux d’influence, la crainte des représailles symboliques ou professionnelles ainsi que l’autocensure.
Les échanges ont rappelé qu’une critique bienveillante ne signifie pas une critique complaisante.
La bienveillance consiste à formuler des observations honnêtes, argumentées et respectueuses, dans une perspective constructive.
Le défi consiste donc à maintenir un équilibre entre exigence intellectuelle et respect des personnes.

Jeudi 23 avril 2026
Thème : « Littérature africaine : manque de critiques ou manque d’espaces pour la critique ? »
Sous la modération de Chad’Art (République démocratique du Congo), cette rencontre a mis en évidence l’un des principaux défis du secteur littéraire africain.
Les panélistes ont observé que de nombreux lecteurs compétents et passionnés existent sur le continent, mais qu’ils disposent de peu de tribunes pour diffuser leurs analyses.
Plusieurs obstacles ont été identifiés : l’insuffisance de revues spécialisées, la faible visibilité médiatique des œuvres littéraires, le manque de financement des initiatives critiques, la disparition progressive des suppléments culturels et la faiblesse des réseaux professionnels dédiés à la critique.
Les participants ont plaidé pour la création de nouveaux espaces d’expression, notamment numériques, afin de favoriser l’émergence d’une critique littéraire africaine plus dynamique et plus visible.

Vendredi 24 avril 2026
Thème : « Lecteur ou critique littéraire ? Le prix de la limite »
Modéré par Ray Ndebi (Cameroun), ce panel a interrogé la frontière entre la lecture ordinaire et l’exercice professionnel de la critique.
Les intervenants ont rappelé que tout critique est avant tout un lecteur, mais que tous les lecteurs ne deviennent pas nécessairement critiques.
La critique suppose une méthodologie d’analyse, des références théoriques, une capacité à contextualiser les œuvres et une argumentation rigoureuse.
Les discussions ont également porté sur la responsabilité sociale du critique, dont les prises de position peuvent influencer la réception d’une œuvre, la carrière d’un auteur ou les choix éditoriaux.
Le panel a conclu sur la nécessité de valoriser la formation continue des critiques afin de renforcer la qualité des analyses produites.

Samedi 25 avril 2026
Thème : « Faut-il absolument être écrivain pour proposer une critique littéraire ? »
Animé par Enock Guidjime (Bénin), ce débat a permis de déconstruire un préjugé largement répandu.
Les intervenants ont défendu l’idée selon laquelle l’exercice de la critique ne dépend pas du statut d’écrivain, mais de la compétence analytique.
La critique repose avant tout sur la culture littéraire, la capacité d’interprétation, la connaissance des genres et des courants ainsi que la maîtrise des outils d’analyse.
Les échanges ont démontré que les bibliothécaires, enseignants, journalistes culturels, lecteurs avertis ou chercheurs peuvent produire des critiques pertinentes sans nécessairement être auteurs eux-mêmes.
L’essentiel demeure la qualité du regard porté sur l’œuvre.

Samedi 25 avril 2026 – Panel spécial en présentiel à Yaoundé
Thème : « La critique littéraire : entre influence culturelle et rivalité avec les écrivains »
Organisé à la Maison des Savoirs, à Yaoundé (Etoudi – Dépôt de sable), ce panel spécial, modéré par Régine N. Ekodo (Cameroun), a permis d’approfondir les relations parfois complexes entre écrivains et critiques.
Les participants ont analysé le rôle du critique comme médiateur culturel, capable d’orienter les débats intellectuels et d’influencer les dynamiques de réception des œuvres.
Toutefois, les échanges ont également révélé les tensions qui peuvent naître lorsque les auteurs perçoivent certaines critiques comme des attaques personnelles.
Les intervenants ont insisté sur la nécessité de développer une culture du débat intellectuel, fondée sur l’argumentation et le respect mutuel.
Ils ont rappelé que critique et création littéraire ne doivent pas être considérées comme des activités concurrentes, mais comme des pratiques complémentaires au service du développement du livre et de la pensée.

Dimanche 26 avril 2026
Thème : « Critique littéraire et édition : indépendance ou union nécessaire ? »
La clôture de cette deuxième édition, modérée par Fatoumata Cissé (Sénégal/Côte d’Ivoire), a porté sur les relations entre critiques littéraires et maisons d’édition.
Les intervenants ont examiné les enjeux liés à l’indépendance du jugement critique dans un contexte où les frontières entre promotion éditoriale et analyse critique tendent parfois à s’estomper.
Plusieurs questions ont été soulevées : un critique peut-il conserver son objectivité lorsqu’il collabore avec des éditeurs ? Comment éviter les conflits d’intérêts ? Quels mécanismes mettre en place pour garantir l’éthique professionnelle ?
Le panel a conclu qu’une collaboration entre éditeurs et critiques est nécessaire pour dynamiser l’écosystème du livre, à condition que l’indépendance intellectuelle et la transparence demeurent des principes non négociables.

Un atelier d’écriture pour prolonger la réflexion
Au-delà des échanges théoriques et des débats d’idées, la deuxième édition de la SECRILO a proposé une activité pratique destinée aux auteurs, lecteurs et passionnés de littérature.
Le dimanche 26 avril 2026, de 18 h 00 à 19 h 30 (heure du Cameroun), un atelier gratuit d’écriture créative a été animé par Ray Ndebi, coach en creative writing, autour du thème : « La liberté de créativité ».
Cette session a permis aux participants d’explorer les mécanismes de la création littéraire et de réfléchir aux liens étroits entre liberté artistique et réception critique.
À travers des échanges interactifs, des exercices pratiques et des conseils méthodologiques, l’atelier a abordé plusieurs problématiques essentielles : comment construire une voix d’auteur singulière ? Comment préserver son authenticité face aux attentes du public, des éditeurs et des critiques ? Comment faire de la critique un levier d’amélioration plutôt qu’un frein à la créativité ?
Les participants ont été invités à expérimenter différentes approches narratives et à interroger leurs propres processus créatifs.
En proposant cet atelier, la SECRILO 2026 a démontré que la critique littéraire et la création ne s’opposent pas. Bien au contraire, elles entretiennent un dialogue fécond qui contribue à l’émergence d’œuvres plus abouties et à l’enrichissement du paysage littéraire africain.

Des partenaires mobilisés pour la SECRILO 2026
La réussite de la deuxième édition de la SECRILO repose également sur l’engagement de plusieurs partenaires institutionnels, associatifs et culturels qui œuvrent quotidiennement pour la valorisation du livre, de la lecture et de la création littéraire.
Par leur accompagnement, leur expertise et leur engagement, ces structures ont contribué à renforcer la visibilité de l’événement et à favoriser la mise en réseau des différents acteurs de la chaîne du livre.
Les partenaires de la SECRILO 2026 sont :
- AJEC
- LADIKA
- La Maison des Savoirs
- Le Livre du Livre
- AECI
- Ô-Livre
- Union des Écrivaines Africaines
- KITABU
- Éditions KADEÏ
- Ghosts Universe
- Talwith

Une reconnaissance spéciale pour l’engagement des participants
Au terme de cette deuxième édition de la SECRILO, ACOLITT a tenu à saluer l’implication de ses followers dans la réussite de l’événement.
Après analyse des interactions et des contributions enregistrées sur les différentes plateformes de diffusion, la maison d’édition ShanaProd, dirigée par Natacha Odonnat, a été désignée comme meilleure contributrice de la SECRILO 2026.
Cette distinction récompense l’engagement constant de la structure dans la promotion des activités de la Semaine du Critique Littéraire en Ligne, ainsi que sa participation active aux échanges et à la visibilité des différents panels.
En guise de reconnaissance, ACOLITT a offert à ShanaProd un atelier d’écriture destiné à cinq personnes mandatées par la maison d’édition, ainsi qu’un accompagnement en communication autour de deux ouvrages de son catalogue, chaque livre bénéficiant d’une campagne de promotion d’une durée de deux semaines.
Par cette initiative, ACOLITT réaffirme sa volonté de valoriser l’engagement de ses partenaires et d’encourager les acteurs du livre qui contribuent activement au rayonnement de la littérature africaine et à la diffusion de la pensée critique.


Au terme d’une semaine riche en échanges et en enseignements, la deuxième édition de la SECRILO – et la SECRILO en général – s’impose comme une initiative majeure dans le paysage littéraire africain.
La diversité des intervenants, la pertinence des thématiques abordées et la qualité des débats ont permis de mettre en lumière les nombreux défis auxquels est confrontée la critique littéraire contemporaine.
Dans un contexte marqué par la multiplication des plateformes numériques et l’évolution des pratiques de lecture, la critique littéraire demeure un outil indispensable de médiation culturelle. Elle permet non seulement d’éclairer les œuvres, mais aussi de stimuler la réflexion, d’encourager l’exigence intellectuelle et de nourrir le dialogue entre auteurs, éditeurs et lecteurs.
Toutefois, pour remplir pleinement sa mission, la critique doit préserver son indépendance, renforcer son ancrage méthodologique et se doter d’espaces d’expression adaptés aux réalités contemporaines.
La critique littéraire ne doit ni être perçue comme une entreprise de dénigrement, ni être réduite à un simple exercice promotionnel. Elle constitue avant tout un espace de dialogue, d’analyse et de transmission des savoirs.
Dans les contextes africains, où les initiatives dédiées à la réflexion critique restent encore insuffisantes, il apparaît essentiel de multiplier les plateformes d’échange, de former de nouvelles générations de critiques et de favoriser la création de réseaux transnationaux capables de faire rayonner les littératures du continent.
En réunissant écrivains, critiques, chercheurs, éditeurs, lecteurs et passionnés de littérature autour de problématiques communes, la SECRILO 2026 a démontré que la critique littéraire, lorsqu’elle est rigoureuse, constructive et ouverte à la pluralité des regards, constitue un levier essentiel pour le développement des industries culturelles et le rayonnement des littératures africaines.

Cette deuxième édition aura ainsi contribué à renforcer les passerelles entre création, lecture et analyse critique, tout en rappelant qu’une littérature vivante a besoin d’une critique libre, exigeante et responsable.
Pauline M.N. ONGONO

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