Catégorie : Femme africaine

  • Marie Bertille Mawem, l’audace au service du livre et de la culture africaine | ENTRETIEN

    A la tête du groupe Les Fous du Livre, éditrice, promotrice culturelle, chroniqueuse et figure majeure de l’écosystème littéraire camerounais, Marie Bertille Mawem s’est imposée comme l’une des voix les plus influentes de la promotion du livre en Afrique. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, partage sa vision du développement de la chaîne du livre, évoque les défis du secteur et dévoile les ambitions de la 7ᵉ édition du Festival international La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026).


    Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et revenir sur les grandes étapes de votre parcours dans l’univers du livre et de la culture ?

    Dr H.C. Marie Bertille MAWEM, née le 25 juin 1984 dans la région du Centre, département du Nyong-Ékelle, dans le village Song-Mawem. Très tôt, j’ai rejoint mon père en France, où je vais passer de nombreuses années avant de revenir m’installer au Cameroun. Hôtelière et comptable de formation, j’ai déposé mes valises comme autodidacte de la littérature. Malgré le milieu opaque et très souvent fermé aux nouvelles initiatives, je me suis faite une place de choix…

    J’incarne une vision rare et audacieuse, celle d’une femme qui refuse de dissocier la passion de l’action, l’art de l’entreprise et la culture du développement économique. Ma trajectoire n’est pas un chemin, c’est un véritable manifeste. Après avoir affûté mes compétences au sein de plusieurs maisons d’édition, avec stratégie, j’ai pris une décision radicale en 2018 : quitter mon poste de Responsable commerciale et marketing des éditions Ifrikiya pour devenir l’architecte de mon propre projet.

    Cette transition n’était pas un simple changement de carrière, mais une volonté profonde de m’impliquer pleinement dans l’ensemble de la chaîne du livre, de sa création à sa promotion. De cette ambition est né le concept fédérateur « Les Fous du Livre », une initiative qui a pris son envol avec la création de l’Association Les Fous du Livre (AFL) en 2017.

    Je fonde également en 2021, ma propre maison d’édition, qui compte aujourd’hui plus d’une centaine de titres, contribuant activement à la diversification de la production littéraire en Afrique.

    Ce dynamisme a créé le Festival international la Semaine des Fous du Livre en 2018, un événement qui, en plusieurs éditions, s’est imposé comme un rendez-vous culturel majeur au Cameroun, attirant chaque année de nombreux pays et témoignant de son rayonnement continental et international.

    Forte de cette expérience, je mets également ma plume et ma voix au service de l’information en tant que Chroniqueuse TV depuis huit ans dans la chaîne de télévision camerounaise Vision 4, pour la rubrique Chroniques Poétiques de l’émission AFRO CAFE, et consultante permanente au Poste National de la CRTV, le dimanche à 8h30 à l’émission intitulée In the family, en famille, depuis neuf ans.

    Le 21 décembre 2021, je suis nommée Coordinatrice Nationale du Pôle des Arts Littéraires du Cameroun au Ministère des Arts et de la Culture. Une nomination qui vise à accompagner la vision gouvernementale dans le processus de structuration du secteur des Arts et de la Culture au Cameroun.

    En octobre 2024, je reçois le Prix FILAB de la Meilleure Corporation Culturelle au Benin. Le 11 août 2025, je suis élue Première Vice-Présidente du Groupement Patronal Entreprises et Territoires (GREN TERRITOIRES), je franchis ainsi un nouveau cap, devenant un pont stratégique entre le monde de l’art, l’économie réelle et le développement des territoires. Le 15 décembre 2025, je reçois le Prix d’Excellence Culturelle de la Chaire UNESCO ACCES-TIC en reconnaissance à ma contribution au rayonnement de la Culture Camerounaise. Le 2 avril 2026, une consécration majeure vient couronner mon parcours, je dirai une distinction prestigieuse, de l’École Supérieure des Métiers des Arts et de la Culture du Benin : le Doctorat Honoris Causa, pour mes contributions exceptionnelles au développement durable, tant sur les plans social, culturel qu’économique. Une distinction qui reconnaît l’impact profond de mon engagement et la portée transformative de mon action. Le 28 mai 2026 à Libreville, je remporte le Prix FILIGA du Promoteur Littéraire Africain 2026, en reconnaissance à mes travaux et mon engagement au rayonnement de la littérature et de la culture à travers le monde.

    Visionnaire, stratège et ambassadrice de la culture, je suis la preuve vivante que l’on peut être à la fois une artiste accomplie et une femme d’affaires influente. Je promeus activement l’égalité des droits entre hommes et femmes au Cameroun à travers une littérature inclusive qui met en lumière les voix féminines, les activités littéraires que j’organise pour des femmes sous-scolarisées, et des programmes d’alphabétisation qui permettent aux femmes de révéler leur potentiel, de gagner en autonomie et de contribuer pleinement à la société.

    Mon parcours, jalonné de distinctions nationales et internationales, n’est pas seulement une source d’inspiration ; il démontre que la culture, loin d’être un luxe, est le moteur d’un futur qui se construit avec audace et engagement.


    Quelles rencontres, expériences ou lectures ont le plus influencé votre engagement en faveur de la promotion de la lecture et des arts littéraires ?

    Black Boy de Richard Wright, car il se rapproche d’une histoire réelle ; Les Fourberies de Scapin (Molière), Le Cimetière des Bacheliers (François Nkeme), Séverin Cécil Abéga (Les Bimanes), Francis Bebey (Le Fils d’Agatha Moudio), Machiavel (Comment Devenir un Fin Stratège), et bien d’autres.


    En tant que femme évoluant dans le secteur culturel, quels ont été les principaux défis auxquels vous avez été confrontée et comment les avez-vous surmontés ?

    S’imposer dans l’univers culturel en général et dans celui du livre en particulier, sans les codes ni les parcours académiques traditionnels, relève souvent d’un véritable acte de foi. En autodidacte, il a fallu conquérir ma légitimité, apprendre sur le terrain et faire entendre une vision nouvelle face aux résistances du milieu. Trouver les ressources nécessaires pour donner corps à cette ambition et déployer une politique éditoriale innovante a constitué un combat quotidien. À cela se sont ajoutées les exigences d’un secteur concurrentiel où chaque avancée se gagne avec persévérance. Et en tant que femme, il m’a aussi fallu briser des plafonds invisibles, transformer les préjugés en force et faire de ma détermination ma plus belle signature.


    Effectivement, vous êtes à la tête de plusieurs initiatives culturelles. Quelle vision guide aujourd’hui votre action en faveur du développement du livre au Cameroun et en Afrique ?

    Le livre au Cameroun est un Géant en devenir : conscient de ses fragilités, mais riche de promesses et d’opportunités pour ceux qui osent le réinventer. Portée par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, je pense qu’il faut repenser la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.


    Les Éditions Les Fous du Livre occupent une place avérée dans l’écosystème littéraire. Quelle est la mission de cette maison d’édition et quel bilan en faites-vous depuis sa création ?

    Les Éditions Les Fous du Livre sont nées d’une conviction profonde ; celle qu’un nouvel essor du livre est possible au Cameroun. Portées par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, elles œuvrent à repenser toute la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.

    Notre ambition est de faciliter la publication des auteurs, d’insuffler une nouvelle politique éditoriale et d’inventer de nouvelles manières de concevoir, diffuser, distribuer et commercialiser le livre. À travers un modèle économique innovant et inclusif, nous voulons faire du livre un véritable levier de transformation culturelle, sociale et économique. Nous comptons aujourd’hui plus de 100 titres publiés, nous sommes donc en bonne voie pour atteindre nos objectifs.


    Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels font face les auteurs, éditeurs et autres acteurs de la chaîne du livre au Cameroun ?

    Les defis sont nombreux, mais entre autre, je dirais : le coût élevé de production , les difficultés de diffusions, les droits d’auteurs, le manque des bibliothèques, l’absence de structuration réelle du secteur du livre.


    Votre engagement a été salué par plusieurs prix et distinctions, comme indiqué à l’entame de cet échange. Quelle importance accordez-vous à ces reconnaissances et quel impact ont-elles sur votre parcours ?

    La reconnaissance est le premier salaire de tout travail. Je suis profondément honorée que mon travail soit reconnu et valorisé. Cette reconnaissance me pousse à travailler encore plus, de mieux tracer mon profil de carrière… Aussi, elle donne plus de légitimité à mon travail et au métier que j’ai choisi de faire.


    Parmi les nombreuses initiatives que vous avez portées, quelles sont celles dont vous êtes la plus fière et pourquoi ?

    La création des Fous du Livre dans toutes ses composantes. Parce que ce concept contribue activement à la promotion de la lecture, de l’écriture et de la culture au sein de la communauté littéraire. Il offre aux jeunes et aux passionnés du livre des espaces d’apprentissage, d’expression et d’épanouissement. Grâce à ces initiatives, de nombreux talents littéraires sont révélés et accompagnés. Les Fous du Livre participent au rayonnement de la littérature africaine et camerounaise. Leur engagement constant en faveur de l’éducation et du savoir en fait un véritable acteur du développement culturel.


    Parlant d’engagement, le Festival International la Semaine des Fous du Livre est devenu un rendez-vous majeur de la vie culturelle. Quel regard portez-vous sur son évolution depuis sa création ?

    Depuis sa création, le Festival International la Semaine des Fous du Livre a connu une évolution remarquable, passant d’une initiative ambitieuse à un rendez-vous culturel incontournable. Chaque édition a gagné en envergure, en qualité et en diversité des activités proposées. Le festival a su rassembler des acteurs du livre de différents horizons et renforcer la promotion de la littérature auprès de tous les publics. Son impact sur la valorisation de la littérature est de plus en plus visible. Aujourd’hui, il s’impose comme une véritable plateforme de dialogue, de découverte et de rayonnement culturel.


    Que réserve la prochaine édition du Festival des Fous du Livre aux participants, aux professionnels du livre et au grand public ?

    La 7ᵉ édition du Festival International La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026) promet quatre jours riches en découvertes, en rencontres et en opportunités pour tous les acteurs de la chaîne du livre. Pour les participants et le grand public, le festival proposera une grande foire-exposition du livre, des conférences-débats, des tables rondes, des animations culturelles, des concours littéraires, des journées dédiées aux pays invités ainsi que des rencontres avec des auteurs, éditeurs et professionnels du secteur. Les visiteurs pourront également prendre part à des masterclass en écriture, art oratoire, slam et technologies créatives. Pour les professionnels du livre, le FESTIFOUS offrira de véritables espaces d’exposition et de promotion, des rendez-vous d’affaires (B2B et B2C), des opportunités de réseautage, une forte visibilité médiatique et numérique, ainsi que des cadres de réflexion sur les enjeux du développement de l’industrie du livre en Afrique. La literature inclusive, élément nouveau de cette édition, occupera une place de choix.

    Enfin, cette édition se veut une plateforme de valorisation des talents, de création de partenariats et de diffusion du savoir, réunissant tous les maillons de la chaîne du livre, institutions, entreprises et startups autour d’une même ambition : faire du livre un puissant levier de développement culturel et économique.


    Le concours Miss Fous du Livre suscite un intérêt croissant. Quelle est la philosophie de cette initiative et quelle contribution apporte-t-elle à la promotion de la lecture auprès des jeunes ?

    Le concours Miss FESTIFOUS est bien plus qu’un concours de beauté. Il s’agit d’une initiative éducative, culturelle et citoyenne conçue pour faire des jeunes femmes de véritables ambassadrices du livre, de la lecture et des valeurs positives. Sa philosophie repose sur une conviction simple : la beauté prend tout son sens lorsqu’elle est accompagnée de l’intelligence, de la culture et de l’engagement social.

    À travers ce concours, Les Fous du Livre souhaitent valoriser des jeunes femmes capables d’inspirer leur génération par leur amour de la lecture, leur maîtrise de l’expression écrite et leur engagement en faveur du changement social. L’édition 2026 s’articule autour du thème : « Non à la dépravation des mœurs », invitant les candidates à produire un texte original, afin de démontrer leur réflexion, leur créativité et leur capacité à défendre des valeurs essentielles à la société.

    Le concours met ainsi l’écriture et la lecture au cœur du processus de sélection. Pour les jeunes, Miss FESTIFOUS constitue une formidable porte d’entrée vers l’univers du livre. En encourageant la rédaction de textes, la découverte d’auteurs, la prise de parole en public et la réflexion critique, l’initiative contribue à développer le goût de la lecture, tout en renforçant la confiance en soi, le leadership et la culture générale des participantes. Au-delà de la compétition, Miss FESTIFOUS crée une communauté de jeunes lectrices engagées qui deviennent des modèles auprès de leurs pairs. Elles participent ainsi à la promotion du livre, à la sensibilisation sur les enjeux sociaux et à la construction d’une jeunesse plus instruite, plus responsable et plus consciente de son rôle dans la société.

    En somme, Miss FESTIFOUS est une célébration de la beauté, de l’intelligence et de la culture, au service de la promotion de la lecture et de l’épanouissement de la jeune fille africaine en général et camerounaise en particulier.


    Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs, aux auteurs, aux éditeurs et à tous ceux qui œuvrent pour la valorisation du livre et de la culture africaine ?

    J’invite tous les amoureux du livre à poursuivre leur engagement en faveur de la lecture et de la culture africaine. Chaque lecteur, auteur, éditeur ou acteur culturel contribue à préserver et transmettre notre patrimoine intellectuel. Ensemble, faisons du livre un outil d’éducation, d’émancipation et de transformation sociale. Continuons à raconter nos histoires, à valoriser nos talents et à inspirer les générations futures. L’avenir de l’Afrique s’écrit aussi dans ses livres. Le livre étant par excellence le meilleur outil de transmission des valeurs, mais aussi le lieu où l’on consigne nos us et coutumes.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • Khamila Ndayou, écrire pour sonder les réalités sociales

    Entre passion littéraire, regard sociologique et reconnaissance précoce, Khamila NDAYOU construit une œuvre nourrie par l’observation du réel et la sensibilité humaine. Lauréate de plusieurs distinctions en 2024, la jeune auteure camerounaise revient sur son rapport à l’écriture, la portée sociale de ses textes et les exigences qu’impose désormais la lumière littéraire.


    Ecrire en tant que femme se fait surtout de manière consciente.


    Chez vous, écrire semble relever à la fois d’un geste intime et d’un acte de compréhension du monde. Quand avez-vous compris que l’écriture dépasserait le simple refuge personnel ? Y a-t-il eu un moment précis où l’écriture est devenue une nécessité plutôt qu’un plaisir ?

    Bonjour Madame Pauline et merci pour cet honneur que vous m’accordez de m’exprimer sur ce qui me passionne. Pour répondre à cette interrogation, je pense que j’écris depuis toujours ! (Rires) L’action d’écrire, je l’exerce depuis mon entrée à l’école maternelle. Pour l’écriture en tant que nécessité, je dirais que je l’ai réellement abordée quand j’étais au lycée, surtout en classe de Première littéraire, à l’âge de 17 ans. C’est l’une des classes qui a marqué mon parcours intellectuel. Nous avions comme enseignant de français, Mr Roger Nganmigni (si je me rappelle bien du nom), qui nous faisait étudier des grandes œuvres, ainsi que la profondeur de leurs écrits. Je pense que c’est à ce moment précis que j’ai commencé à comprendre que l’écriture allait au-delà de l’action de tenir un stylo ou encore au-delà des obligations que l’on nous imposait généralement à l’école.

    Votre formation en sociologie vous place au cœur des dynamiques sociales. Votre écriture est-elle une manière d’en restituer la complexité ou de la questionner autrement ? Peut-on dire que vos textes sont une forme d’enquête sensible ?

    La sociologie que j’étudie à l’Université me permet de comprendre les réalités sociales de manière différente. Même étant en cycle de recherche, en Master 2 précisément, je continue de mettre un regard très pointilleux sur ma manière d’observer certaines réalités avant de les décrire. Donc, parler de mes écrits comme « une forme d’enquête sensible », je validerai sans doute ! Etant donné que la sociologie est une science qui a trait à tout ce qui est réel et concret. Dans ce sens-là, j’aimerais tellement atteindre le niveau d’un célèbre sociologue camerounais qui est également un poète, j’ai nommé le Pr Henri TEKO TEDONGMO que je considère comme un génie, un modèle !

    L’année 2024 a marqué votre parcours avec plusieurs distinctions littéraires. Que change la reconnaissance quand on est encore en construction ? La légitimité donnée par les prix est-elle une force ou une pression supplémentaire ?

    De prime abord, c’était une surprise pour moi de recevoir d’aussi prestigieuses reconnaissances dans le monde littéraire. L’an 2024 a été mon année de gloire pour la plupart des concours comme « Encre de jeunes » ou encore le « Prix du Petit Ecrivain », où j’ai été reconnue comme Coup de cœur du jury à l’international, c’était naturel mais imprévu ! Je ne m’étais vraiment pas préparée à l’avance. Recevoir une distinction comme le prix littéraire « Dames de lettres » la même année, de surcroit en étant classée comme la toute première lauréate au Cameroun, a été un événement fantastique pour une passionnée des écrits et des livres comme moi, et aussi pour la petite fille que j’étais à l’âge 20 ans.

    Au départ, j’écrivais juste des textes pour me faire plaisir et faire plaisir à mon entourage. Mais, une reconnaissance de la part de l’illustre maison d’édition Eclosion, des célèbres institutions comme la CNPS et le Cerdotola… donnent encore plus de force et de confiance sur ce que je faisais déjà dans l’ombre. De plus, être également lauréate de ces prix donnent beaucoup de pression de la part du public, qui souhaite mieux me connaitre. Plusieurs personnes m’ont contactée pour découvrir cette fameuse nouvelle qui a battu le record en 2024, devant plusieurs écrivaines de renoms. Mais comme on le dit si bien : « Les bonnes choses prennent du temps ! » : mes œuvres sont en cours de publication. Vous aurez le temps de les découvrir, de la plus belle des manières.

    Après avoir été récompensée au concours « Dames de lettres », quelle place accordez-vous aujourd’hui à la voix féminine dans votre écriture ? Écrire en tant que femme est-il, selon vous, un positionnement conscient ou une évidence ?

    Au 21ème siècle, la place de la femme dans l’écriture n’est plus à démontrer. C’est clair ! La voix féminine a tellement fait et elle continue de faire ses preuves, et je souhaite que cela se poursuive. Ecrire en tant que femme se fait surtout de manière consciente. Honnêtement, c’est avec beaucoup d’humilité que je m’exprime ainsi, surtout quand on se lance dans l’écriture avec la présence des écrivaines de renommée comme Ayobami Adébayo, Hemley Boum, Annie Ernaux, etc.

    Entre poésie et nouvelles, votre écriture navigue entre deux formes. Laquelle vous semble la plus proche de votre vérité ? La poésie vous permet-elle d’aller là où la prose échoue, par exemple ?

    Effectivement, je navigue actuellement entre la poésie et la nouvelle. Cependant, je ne saurais faire de différences sur la finalité de ces deux formes. Parce que pour moi, la poésie et la nouvelle ont été toutes les deux mes sources de thérapie. Selon moi, la poésie et la nouvelle sont deux genres littéraires proches de la vérité. Maintenant, tout dépend de l’engagement ou de l’intention de l’écrivain quand il tient sa plume !

    Vos textes semblent habités par une attention au réel. Quelles sont les figures, les silences ou les fractures sociales qui vous inspirent le plus ? Écrivez-vous davantage à partir de ce que vous observez ou de ce que vous ressentez ?

    J’écris beaucoup plus sur ce que j’ai réellement vécu… même si j’y ajoute parfois de la fiction. Mais de manière générale, c’est à partir de mon expérience personnelle que je tire mon inspiration. J’ai toujours eu du mal à écrire quand je prends la posture d’autrui. Car, nous n’avons pas les mêmes sensibilités. Nous n’avons pas les mêmes problèmes et je ne ressens pas forcément certaines réalités avec la même intensité que les autres. Autrement dit, j’opte beaucoup plus pour « une écriture sincère ». Parmi ces figures qui m’inspirent le plus, je peux citer mon père et ma mère – Qu’Allah leur accordent longévité ! Je préfère le dire ainsi au lieu de mes « parents » (Rires). Mon père a été le premier à me motiver à concrétiser mes pensées sous forme de livre. Et il apparait comme étant une figure marquante de mes écrits. Curieusement, il y a un mystère que je n’arrive pas à décrypter. Ce mystère, c’est la présence de ma mère dans 95% de mes écrits.

    C’est-à-dire que m’engage par exemple à écrire une ou plusieurs nouvelles et, à la fin de la rédaction, je suis ébahie de constater l’omniprésence de « ma mère » parmi mes personnages principaux. Je suis toujours surprise de la force que ce personnage donne à la particularité de mes écrits. Même si elle n’est pas toujours le personnage leader ou parfait. Je pense que ma mère a également été la première raison pour laquelle j’avais tenu ma plume en classe de première.

    Vous participez activement à la vie littéraire. Que vous apportent ces espaces d’échange dans un contexte où les infrastructures culturelles restent limitées ? La scène littéraire camerounaise vous semble-t-elle en mutation ?

    Vous savez, j’ai commencé mes études à l’Ouest-Cameroun. Et de la classe de sixième en Terminale, j’ai été beaucoup plus proche des livres que des auteurs. Je lisais beaucoup, et la bibliothèque était devenue comme ma deuxième maison. A ce moment, j’étais consciente de la force des livres et de leur impact sur la vie de celui qui les lit. Malheureusement, les acteurs de la scène littéraires me semblaient inexistants, jusqu’à ce que je termine mon parcours littéraire au lycée. Et sincèrement, le seul écrivain que j’ai eu la chance de rencontrer après avoir lu ses œuvres c’est Léonard FOKOU. Ce dernier est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages publiés, notamment romans, poésie et théâtre, écrits en français comme en anglais. Et il était à l’époque mon enseignant d’anglais. Chaque fois que j’en avais l’occasion, je lui exprimais toujours mon admiration pour son travail. Plutard, après avoir obtenu mon baccalauréat, je m’installe à Yaoundé, et je fais la rencontre du grand Ray NDÉBI, qui me branche directement avec l’Association de Consulting Littéraire en abrégé « ACOLITT » ; puis je rencontre Joel Célestin BOBO, le Président du Centre de Lecture d’Initiation et d’Intégration à la Culture « CLIIC », et une grande partie de la chaine du livre, notamment la pluralité d’auteurs et d’éditeur camerounais. J’étais éblouie ! Le fait d’être en contact de ces acteurs me donnait l’opportunité d’assister aux séances de dédicaces et d’évènements littéraires, rien qu’en suivant leurs posts. J’apprenais à travers la participation à ces événements que la littérature va au-delà de qui est dit dans les livres.

    Pour moi, la scène littéraire est en mutation au Cameroun, car le changement commence toujours quelque part. Le changement n’est pas de la magie, c’est plutôt un processus de construction. Avec les efforts constants des organisations comme ACOLITT, le  CLIIC, etc., je pense que la littérature camerounaise devrait vraiment garder espoir !

    L’atelier « Encres de jeunes » des Éditions ECLOSION vous a distinguée parmi ses lauréats. Que révèle, selon vous, le travail collectif que l’on ne découvre pas dans la solitude de l’écriture ? Le regard des autres a-t-il bousculé vos certitudes d’autrice ?

    Normalement ! Faire sortir mon manuscrit et le distinguer parmi tant d’autres me redonne assez de confiance. Vous savez, en 2024 quand je me suis lancée à l’atelier « Encre de jeunes », les locaux de la CNPS étaient bondés de participants. Nous étions plus de 50 à participer, mais il fallait choisir 5 meilleurs parmi toute cette foule. Être parmi ceux-là diminue le doute que j’avais au fond de moi quand je commençais à écrire. Ce travail collectif qu’organise la maison d’édition Eclosion est une excellente initiative pour dénicher des talents. C’est aussi un moyen pour certains jeunes auteurs de se faire publier gratuitement, s’ils n’ont pas par exemple l’estime et les moyens financiers pour se rapprocher d’une maison d’édition.

    Vous affirmez vouloir faire dialoguer science et littérature. Est-ce une ambition esthétique, intellectuelle ou presque politique ? Peut-on écrire pour comprendre, mais aussi pour réparer ?

    Faire dialoguer la science et la littérature est d’abord une ambition intellectuelle, mais aussi esthétique. Personnellement, je ne suis pas très fan de la politique. Je suis très réservée quand il s’agit de prendre un discours politique en public. Si j’essaie de trouver un moyen de joindre les deux, c’est-à-dire la science et la littérature, c’est surtout dans la quête de la dynamique. J’aime bien ce qui sort de l’habitude, de ce qu’on a l’habitude d’entendre. En science, par exemple, le sociologue écrit pour comprendre les faits sociaux au lieu de les réparer. D’ailleurs, le sociologue n’écrit pas pour vous proposer une quelconque solution. Il observe, décrit et explique la réalité sociale. C’est ça !

    Votre présence sur les réseaux sociaux participe à votre visibilité. Comment éviter que l’exposition ne prenne le pas sur l’exigence littéraire ? Les réseaux sont-ils pour vous une vitrine ou un prolongement de l’écriture ?

    J’utilise les réseaux sociaux avec parcimonie. C’est de cette manière que j’évite que cette exposition ne prenne le dessus sur l’exigence littéraire ; même si être écrivaine à notre ère nécessite d’avoir une grande visibilité sur ces outils. Je préfère être parfois en retrait des réseaux sociaux et revenir quand c’est nécessaire. Par exemple, sur ma nouvelle page Facebook Khamila Ndayou officiel, je ne publie que ce qui à trait aux livres et à l’écriture. C’est ça ma ligne éditoriale.

    Être jeune, africaine, et écrire aujourd’hui : est-ce une chance, un défi, ou les deux à la fois ? Ressentez-vous une responsabilité particulière vis-à-vis de votre génération ?

    Qualifier le parcours d’écrivain comme étant une chance ne passe pas trop dans mon raisonnement. Pour celui qui a sacrifié le minimum de son temps, de son énergie et de ses distractions pour mettre en avant cette noble vocation, l’on ne peut qualifier cela de « chance ». C’est pour moi un défi d’être jeune, africaine et écrivaine. Car, je pense que nous avons beaucoup à proposer à l’écriture. C’est aussi un moyen de montrer à nos cadets qu’il est toujours possible de croire en ses rêves. La posture que j’ai à présent m’oblige inéluctablement à me responsabiliser. Je vais surement vous dire quelque chose qui va vous faire rire : la Khamila NDAYOU d’aujourd’hui ne doit plus publier ou partager n’importe quel post sur ses réseaux ; elle ne doit pas liker ou commenter n’importe quelle page ; elle doit se réserver d’écrire de vulgaires commentaires sur certaines pages ; elle doit soigner son langage et son apparence en public. Oui ! Parce que toute action que je pose aujourd’hui doit être en conformité avec l’image que le public à de moi.

    Si votre écriture devait laisser une empreinte, quelle serait-elle : éveiller, déranger, consoler, ou transmettre ? Et à qui, au fond, écrivez-vous vraiment ?

    Mon écriture vise le public en général. Si vous lisez mon manuscrit intitulé « Le masque Bafia » qui a été distingué à l’atelier d’écriture « Encre de jeunes » en 2024, vous verrez que c’est une histoire pour enfants. C’est une histoire destinée aux enfants de 6 à 12 ans. Si vous prenez également le texte qui a recu le prix littéraire « Dames de lettres » en 2024, vous verrez qu’il est d’abord destiné à la jeune fille, puis aux enseignants d’élèves, aux parents, ainsi qu’à nos institutions d’instructions nationales. De même, si vous prenez mon recueil de poèmes, vous constaterez qu’il est ouvert au public. Bref, à tout lecteur ! L’empreinte que j’aimerais surtout laisser est celle de la consolation. Plusieurs écrivains dérangent, éveillent et transmettent déjà. Mais rares sont ceux qui abordent des thématiques trop personnelles, trop sensibles et liées à la solitude de l’homme. Notre société nous pousse à cacher nos maux intérieurs. Parce que selon sa perception, ce n’est pas beau à voir ! Pourquoi ne pas donc en parler, si cela peut sauver des vies ? J’aime bien être dynamique dans tout ce que je fais.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO


  • LE 8 MARS : Fête de pagne ou de défilé ? de SOBDIBÉ KEMAYE, écrivaine tchadienne

    Depuis 1910, date à laquelle l’allemande Clara Zetkin proposa de consacrer une journée dans le monde à la cause des femmes, le 8 mars, puisque c’est cette date qui marque aujourd’hui cette cause, a connu une belle évolution. Le droit de vote, les meilleures conditions de travail, l’égalité entre les hommes et les femmes étaient les points pilotes de cette revendication. Maintenant que les femmes ont obtenu et même bien plus que ce qu’elles revendiquaient, qu’en est-il du 8 mars aujourd’hui ?

    Pour apporter des éléments de réponse à cette question, je me suis intéressée au dernier essai de la Tchadienne Sobdibé KEMAYE, paru en 2021 aux Editions TOUMAI : Le 8 mars : Fête de pagne ou de défilé ? C’est un essai de 104 pages avec 26 parties, riche d’une préface de l’auteur YANBÉ OUADJON DAMAH et d’une postface du critique littéraire tchadien TOUKMI TAO Emmanuel.

    Fête de pagne ou de défilé ?

    Peut-être devrions-nous, de prime abord, nous appesantir sur les notions de défilé et de pagne ?
    Un défilé est un symbole, un rassemblement de personnes défendant ou fêtant une même cause. Celui du 8 mars ne saurait déroger à la règle, vu sa symbolique. Il rassemble des femmes qui commémorent cette date héritée de ces ouvrières au début du 20e siècle. Le pagne « du 8 mars », lui, utilisé uniquement, ou du moins en majorité, en Afrique, est le témoin de la femme africaine… justement. En Afrique, les rassemblements heureux et malheureux, les partis politiques, les associations communautaires, et la liste n’est pas exhaustive, se donnent le droit d’avoir un « pagne d’ensemble », alors pourquoi pas un pagne pour commémorer la journée internationale des droits de la femme ?

    L’objectif de ce petit exposé autour du pagne et le défilé est simple : dissocier ces deux, à mon avis, altérerait la symbolique de cette journée en Afrique. Je me souviens encore de l’indignation des femmes il y a quelques années, empêchées de manifester comme d’habitude, à cause de la pandémie à coronavirus.

    Le 8 mars : Fête de pagne ou de défilé ? de Sobdibe KEMAYE

    Ne vous arrêtez surtout pas au titre, à la qualité du papier et aux quelques défauts d’impression pour juger ce texte ! Sobdibé KEMAYE, par cet essai, offre une véritable bible de la femme à la femme. Elle touche de nombreux pans à l’instar de la dépigmentation, les TIC dans le foyer, l’alcool et la femme, la veuve et les orphelins, le mariage polygamique, l’éducation des enfants, le respect de son conjoint, les grandes dames de ce monde, la corruption, la liberté de la femme, l’éducation de la femme même âgée, etc. Pour l’auteure, parler d’égalité entre l’homme et la femme est une hérésie (P.88) et ne signifie pas que la femme doive s’adonner à des pratiques qui l’avilissent. Son souhait est qu’au lendemain du 8 mars, les débats et les longs discours ne soient pas rangés dans des tiroirs qui ne seront rouverts que le 8 mars suivant.

    « Soyons des femmes exemplaires, malgré les manquements et insuffisances de tout bord, ainsi nos enfants prendront cela comme un exemple et deviendront des hommes responsables dans la société. » (P.17). Cette phrase peut paraître banale et friser le « déjà entendu », mais regardons un instant autour de nous et voyons à quoi se livre notre jeunesse… Loin de moi l’envie de jeter l’opprobre sur la femme uniquement ! Toutefois, Femmes, tenons-nous toujours avec poigne l’éducation de nos enfants ? Tel est l’un des cris de Sobdibé KEMAYE dans cet essai où au fil des pages, on a l’impression d’être dans une grande salle, assise aux premières loges, écoutant les conseils de l’auteure, prodigués avec une belle simplicité.

    Les femmes ont peut-être plus de droits de nos jours, mais le patriarcat demeure. Est-ce pour autant qu’elles devraient agir en incapables ? Heureusement, plusieurs femmes ont compris que leur émancipation ne se résume pas à dire « Moi aussi, je veux… », mais plutôt à se bâtir une réelle existence. « C’est vrai, nous ne sommes pas égales aux hommes (physiquement, moralement et surtout émotionnellement), (…) un MAIS arrive. Si un homme te dépasse par la force physique et émotionnelle, pourrait-il aussi absolument te dépasser sur le plan intellectuel, de la sagesse ? » (P.88). Commémorer, oui, mais afin d’apporter un plus à notre curriculum vitae de femmes, de mères, et même d’épouses.

    Pourquoi recommanderais-je ce livre ?

    Tout simplement parce que l’éducation de la jeune fille et la rééducation de la femme sont sans conteste des sujets d’actualité.
    L’auteure a voulu par ce livre dont j’ai apprécié le bon niveau langue, apporter sa pierre à l’édifice, et la date du 8 mars en titre est l’occasion de nous rappeler pourquoi toutes ces femmes se sont battues.
    Le 8 mars devrait donc être une occasion de faire des bilans annuels ; la revendication sur les droits de la femme étant désormais un défi personnel pour le réel épanouissement de la femme.

    Pauline M.N. ONGONO


  • Yaoundé : une séance de dédicace réussie pour le premier roman d’Alain Fofack


    La bibliothèque de du Goethe-Institut Kamerun à Bastos, à Yaoundé, a servi de cadre, vendredi 06 mars 2026, à une cérémonie de dédicace exceptionnelle autour du premier roman de l’écrivain Alain FOFACK, intitulé Entre mère et épouse : L’histoire d’un homme entre amour d’une mère combattante et déboires de couple. L’événement, organisé en collaboration avec Les Éditions Kadeï, a rassemblé un public nombreux et passionné de littérature.

    Dès 17 heures, la salle s’est progressivement remplie, accueillant des dizaines de personnes venues d’horizons divers : écrivains, enseignants, étudiants, amoureux du livre, mais aussi simples curieux désireux de découvrir l’univers littéraire de l’auteur. Une forte mobilisation témoignant de l’intérêt croissant du public pour la création littéraire et les débats autour des réalités sociales abordées dans les œuvres contemporaines.

    La rencontre a été marquée par un moment d’échange enrichissant entre l’auteur et le public autour de son roman, dévoilant ainsi des tensions affectives et sociales d’un homme partagé entre l’amour filial pour une mère combative et les défis de la vie conjugale. À travers cette histoire, l’auteur met en lumière des questions universelles liées aux relations familiales, aux traditions et aux transformations des dynamiques du couple dans les sociétés africaines.
    La modération de la rencontre a été assurée par le critique littéraire Ray NDÉBI, qui a su guider les discussions et susciter la participation active du public. La note de lecture, présentée par le passionné de lecture Cyrille ESSAGA, a permis d’éclairer les principaux axes thématiques du roman et d’en souligner la portée sociale et psychologique.

    Moment particulièrement attendu de la soirée, la séance de dédicace a donné lieu à une interaction directe entre l’écrivain et ses lecteurs. Plusieurs exemplaires du livre ont été dédicacés, offrant aux participants l’occasion d’échanger personnellement avec l’auteur et de repartir avec un souvenir personnalisé de cette rencontre littéraire.

    Publié par les Éditions Kadeï en novembre 2025, Entre mère et épouse s’inscrit dans une dynamique de promotion de la littérature africaine contemporaine et de valorisation des voix d’auteurs qui interrogent les réalités sociales et culturelles du continent.

    Au terme de cette soirée conviviale et riche en échanges, les participants ont salué une initiative littéraire réussie, qui confirme l’importance des espaces de dialogue autour du livre et de la lecture à Yaoundé. Cette cérémonie de dédicace restera ainsi comme un moment marquant de la vie littéraire locale, illustrant la vitalité de la scène culturelle camerounaise et l’intérêt croissant du public pour les œuvres d’auteurs africains.

    Pauline M.N. ONGONO

  • ACOLITT au Salon Africain du Livre Féminin (SALIF) édition 1

    La première édition du SALIF : Salon Africain du Livre Féminin s’est tenue à Yaoundé, du 12 au 13 décembre 2025. Pour cette entrée en matière dans la mise en valeur des femmes du Livre en Afrique, le Cameroun a réussi un véritable coup de maître, avec la participation de ce qui constitue la majorité des actrices du livre locales et de l’étranger.

    La suite et l’article de concorde-actu ICI

    QUELQUES PHOTOS

  • INSOUMISE : Histoire d’une femme victime de sa passion amoureuse de Bizzelle La Fortune

    « L’homme est divers et ondoyant. » S’il y a bien une chose vraie dans ce monde, c’est celle-là. Et ce n’est pas Bizzelle La Fortune qui nous dira le contraire.


    « INSOUMISE », un mot qui fait pâlir plus d’un à sa seule écoute, à sa seule pensée. Qui ose être insoumise ? Qui ose aller outre le sacro principe – surtout africain – qui voudrait que la femme soit soumise au risque d’être répudiée ? Est-ce cette insoumission qui a valu à la narratrice et auteure, Bizzelle La Fortune, d’être victime de l’amour, comme le titre l’indique ?



    Son extraordinaire vie commence le jour de sa naissance, le 04 mars 1984 à l’hôpital central de Yaoundé, au Cameroun. Le nom qui lui est attribué grâce ou à cause sa position familiale fait d’elle un « arbre de paix ». Née d’un père fonctionnaire, grand de taille, toujours bien conservé, amoureux de l’éducation ; et d’une mère de taille plus petite qui avait arrêté les études après son diplôme du cycle primaire et dont les nombreux accouchements – par césarienne – avait flétri ce corps jadis ferme qui restait tout de même attirant, Bizzelle avait tout pour réussir : être heureuse et être endurcie par la vie, entre la rigueur et l’amour de ses parents, entre les déboires de la polygamie dans laquelle son père les avait plongés… Ne dit-on pas que l’éducation n’est pas uniquement celle de l’école ?

    Le père vivant à l’ouest du Cameroun depuis sa mise en retraite, après l’obtention de son diplôme du cycle primaire, Bizzelle est obligée de vivre avec lui, loin de Yaoundé, loin de sa mère, loin de ses frères et sœurs, loin des déboires familiaux qui faisaient partie de l’animation de son existence… Il fallait se familiariser au minimum qu’offrait le village : « Pas de lieu de distraction, à part le marché du village où l’on pouvait danser tard à l’occasion des célébrations comme la fête de la jeunesse le 11 février, la fête nationale le 20 mai, etc. », comme vous le lirez à la page 26. Très vite, elle s’habitue à l’environnement, car c’était « Un village calme, paisible ; où l’air est vraiment frais, pas du tout pollué. Tout était réuni pour qu’un enfant réussisse à l’école. », nous renseigne la page 27. Mais, les habitudes n’ayant pas toujours la peau dure, Bizzelle nourrissait toujours le besoin de rentrer à Yaoundé, une chose fortement désapprouvée par son père qui, deux ans plus tard, céda ; Bizzelle rentra à Yaoundé. Elle avait 15 ans.

    15 ans, l’âge des papillons dans le ventre… 15 ans, l’âge où la puberté rugit dans sa splendeur… 15ans, l’âge où tout commença pour Bizzelle.

    Rommel, l’ami de son frère devenu un enfant de la famille. Rommel, son premier flirt, son premier amour, le premier lien de dispute entre Bizzelle et sa famille. Son premier… Ils vivaient leur amour en cachette, sachant que les réactions ne seraient pas encourageantes. Et quand ils l’ont su, « Naturellement, ils m’ont aussitôt menacée de mettre un terme à cette histoire d’amour sans lendemain. », nous raconte la narratrice à la page 35. 
    « Ma fille, je t’en prie, tu es encore très jeune, tu dois d’abord penser à ton avenir (…) », la supplie sa mère à la page 36, lasse de voir sa fille mener cette idylle qui lui retourne l’estomac, qui lui fait enchainer les mauvaises notes aux examens. Hélas, le cerveau et le cœur de Bizzelle étaient parsemés de fleurs au doux parfum de Rommel. Aucun conseil, aucune menace ne pouvait lui faire quitter son Rommel, son amour. Quand l’amour nous tient, le cerveau souffre et est obligé de suivre le pas pour survivre… Rommel était colérique, arrogant, homme à faire valoir son corps sculpté auprès des autres jeunes filles, Bizzelle n’en avait cure, le parfum senteur Rommel était très fort. Aucun red flag n’aurait réussi à l’aider à trouver raison.

    En classe de Terminale, elle tombe enceinte de leur première fille, elle s’enfuit avec son Rommel, il revient demander sa main, sa famille et surtout sa mère et ses frères sont mécontents, la famille est brisée… Une succession d’événements haletante ! A la page 43, la narratrice nous dit : « (…) je pouvais rencontrer une sœur ou mon frère en route mais je ne les saluais pas, et, eux aussi, faisaient pareil. » Peu importe, tant que le parfum senteur Rommel embaumait sa vie, le reste n’avait aucune importance.
    S’accrocher à cette relation lui enlèvera sa famille, ses amis, sa dignité, sa paix… Et même Son Rommel, celui qui avait nourri les papillons dans son ventre. Le romantique et prévenant Rommel s’est transformé en un monstre froid et égoïste. Mais, en réalité, peut-être l’était-il déjà ? Peut-on changer autant envers la femme qui a tout supporté et tout abandonné pour vivre l’amour avec un grand A même bancal ? Plus de cadeau, une somme de stratagèmes pour pouvoir bénéficier de ses faveurs, des enfants à élever seule en tant qu’ingénieure du bien-être familial – je trouve trivial l’expression « femme au foyer ». Ce changement de Rommel a, heureusement, arraché de nombreuses fleurs du cerveau, pas du cœur, de Bizzelle. Il a fait naitre l’INSOUMISE.


    « Insoumise : Histoire d’une femme victime de sa passion amoureuse » est, vous l’aurez compris, un roman inspiré de faits réels. Il parait aux Editions du Schabel en 2021. Sa couverture de couleur verte, une jeune femme au teint ébène et sertie d’accessoires africains, qui regarde vers le ciel d’où une lumière éclaire son visage, témoignent de la moisson d’un amour tumultueux, de la persévérance, de la compréhension, du semblant de sérénité et de la résilience cultivées au fil des 102 pages qui constituent ce livre. Il s’agit du témoignage des conséquences du non-respect des ordres préétablis. En effet, une sagesse africaine demande de ne jamais aller contre l’avis d’un parent : si ton parent refuse que tu entretiennes une relation amoureuse avec une personne, obéis et cherche celui ou celle qu’il aimera. On ne discute pas, on s’exécute. Malheureusement, l’émancipation de la jeunesse depuis le 20e siècle la pousse à passer outre et à subir – très souvent – des conséquences à long terme. Ils oublient ou méprisent l’œil de l’Homme âgé, cette loupe qui voit le futur très antérieur. Bizzelle en a eu pour son compte.


    Bizzelle a vu son amour tomber en lambeau au fil des jours ; elle a vécu un divorce inqualifiable ; des maternités sans repos ; des insultes de son Rommel à n’en plus finir, exemple : « (…) il m’a répondu d’un ton amer que je suis bête et ignorante (…). », page 75. Elle a encaissé de nombreuses années, elle a perdu sa dignité en quémandant un amour qu’elle pensait – encore – fort. Mais l’a-t-il été un jour ? L’amour fait-il autant mal ? L’amour oblige-t-il de s’éloigner de sa souche de vie ? L’amour permet-il le mépris ? L’amour permet-il l’abandon de sa femme et de sa progéniture ? L’amour…

    Au fil des années, le cœur et le cerveau de Bizzelle ont été rasés de toutes les fleurs aux senteurs Rommel. « Nous étions devenus plus distants qu’avant, rien de ce qu’il disait ou faisait ne m’intéressait plus. », nous dit Bizzelle à la page 79. Les senteurs envolées, la réconciliation avec la famille était possible. Elle a retrouvé sa souche ; elle pouvait désormais se confier, comme elle le confirme à la page 98 : « (…) je n’informai que ma famille de la situation que je vivais. ».

    Dans ce roman, Bizzelle nous donne une autre définition de l’insoumission : il ne s’agit pas d’être têtue, il s’agit de SE PREFERER. En effet, malgré les réticences de Rommel, elle n’a pas cessé de chercher des opportunités professionnelles, de travailler, de chercher sa paix et celle de ses trois filles. Si elle n’avait pas été insoumise, sa douleur et sa misère auraient atteint le rubicond, vu qu’elle ne recevait presque plus rien de Rommel. Elle a été une victime de sa passion amoureuse, mais voudrait-elle ne l’avoir jamais été ? Regarder les trois anges qu’il lui a donnés, laisse croire qu’en tout mal, il y a du bon.

    Bizzelle, à ce jour, est une femme polyvalente avec de nombreuses casquettes. Et si elle n’avait vécu qu’une love story, ne se serait-elle pas reposée sur la poitrine de son homme, prenant une pause pour arroser les fleurs de son cœur et de son cerveau aux senteurs Rommel ?
    « Son chemin ne sera plus le mien, nous n’aurons plus à éprouver de jalousie quant à la vie de l’autre. » « (…) sachant que pour mes filles, il faut que je sois forte. », lirez-vous aux pages 98 et 99. La messe était dite.


    « Insoumise : Histoire d’une femme victime de sa passion amoureuse » est une réelle sonnette d’alarme. Il est, certes, une thérapie pour l’auteure, mais aussi un élément de prises de conscience dans les relations sentimentales et familiales. Que vaut le « NON » d’un parent ? Que devrait-on supporter au nom de l’amour ? A quel moment doit-on taper du poing sur la table ? Etc. Des Bizzelle, on en rencontre tous les jours, et même sous la peau des hommes, trop occupé.e.s à essayer de sauver les apparences d’un couple inexistant et toxique pour voir tous les signaux d’alarme.
    Des parents de Bizzelle, on en rencontre tous les jours. Déchirés par leurs propres problèmes, n’offrant que leur chair en lambeau, en guise de bouclier pour leurs enfants. Et si le père avait fait fi de son honneur patriarcal ? Et s’il avait écouté les supplications de sa femme ? Et s’il ne l’avait pas donnée en mariage aussi jeune et surtout à un homme dont même le meilleur ami n’en voulait pas comme beau-frère ?
    Ce roman est la preuve absolue que l’on ne retient pas un homme avec un ou des enfants ; une preuve qu’il y a une différence entre intelligence et sagesse ; une preuve que l’on peut se relever de toute situation, si l’on y met une bonne d’insoumission.

    Je félicite Bizzelle La Fortune pour le courage qu’elle a eu de coucher son intimité sur papier, livrant ainsi une partie d’elle que seule sa famille gardait jalousement. Je ne manquerai pas de lui faire part des quelques questions qui me taraudent sur le plan de l’édition de ce roman.
    Soyons des insoumises et même des insoumis à travers la lecture, car lire des livres délivre.

    Ce livre est disponible auprès de Bizzelle La Fortune, au prix de 5000 FCFA.

    Par Pauline M.N. ONGONO




  • « Amnésique » d’Yvette NOUGA : D’amour et de résilience par Pauline M.N. ONGONO

    « Où sommes-nous ? Qu’est-ce que je fais ici ? » C’était le premier signe de son amnésie, après cet accident qui a emporté l’amour de sa vie…


    Nsili et Lenssi se revoient au hasard des choses. Nsili est médecin, elle revient d’une longue période de spécialisation en France. Une chose l’anime, faire ce travail qui, quelques années en arrière, ne lui permettait même pas d’avoir une vie descente. Rentrée de Paris, elle devient le médecin à avoir à tout prix. Comme quoi, traversez la mer et devenez automatiquement le plus compétent. Elle mène sa vie entre ses parents, son boulot, sa sœur, prise de temps en temps dans l’étau du fameux « Tu te maries quand ? » de sa mère, madame MESSINA.


    Lenssi est son amour de jeunesse. A peine se sont-ils retrouvés par le hasard des choses, qu’ils se lancent dans une relation maculée de passion, d’amour, de rires… de toutes ces choses qui nourrissent les papillons dans le ventre. « (…) revoir Lenssi hier, a suscité une vive émotion en moi. », lirez-vous à la page 27. Leur mariage est alors une évidence quelques années plus tard, et de cet amour, tombera des fruits. Mais une ombre plane sur eux : Nsili n’est pas aimée de sa belle-mère et ses efforts pour se faire aimer restent vains. Le couple en fait tellement pour changer ce sentiment, que cela les mène à ce moment fatidique, ce 05 février, jour où tout a basculé… Ce jour où tous ces moments idylliques se sont effacés de la mémoire de ce personnage ; ce jour qui lui a prouvé que la vie valait d’être vécue ; ce jour qui a emporté la paix dans la vie de tous les personnages… « Vous avez une amnésie secondaire à votre accident de voiture », lui dira son psychologue au chapitre 7 qui porte d’ailleurs le titre « Amnésie », dès la page 173.


    Le roman « Amnésique » est écrit sous un détail de chronologie et de lieux. Il commence à Paris en septembre 2018 et s’achève en février 2024 à Nkoteng. De sa plume, Yvette NOUGA, camerounaise et médecin épidémiologique, décrit une histoire où tout se veut rêve et beauté ; compréhension et amour ; appréhension et solution ; pleurs et rires… Paru chez Eclosion, une maison d’édition basée au Cameroun, « Amnésique » est une vague houleuse de 248 pages sous un temps intermittent de 10 chapitres et d’un épilogue.
    A travers cette vague, Yvette NOUGA dépeint ces choses que l’on voit tous les jours, qui passent inaperçues ou pas, mais qui s’impriment dans notre subconscient, jusqu’au jour où survient un événement qui vous fera les oublier entièrement ou pas. Elle a choisi de donner à chaque personnage la parole, pour exprimer, sans détour, ressentiment, gratitude, haine, complexe et la liste n’est pas exhaustive. La lecture de ce roman nous a permis de relever ce que nous appellerons les sept péchés sociaux de « Amnésique », ceux-là même qui portent ce roman :


    Premier péché social : La non valorisation des diplômes locaux et des jeunes diplômés :
    Nsili subit des injustices et des salaires minables qui ne lui permettent même pas une gestion efficace des frais de transport, comme vous le lirez à la page 6. Aller en France change la donne, car « Au Cameroun, un médecin qui a un diplôme, même un simple diplôme universitaire obtenu d’une université étrangère et plus encore européenne ou américaine, a une aura décuplée face à ses pairs, de l’avis des patients. », lirez-vous à la page 7. Ou encore à la page 44 : « Nous avons un problème au Cameroun quand il s’agit d’avoir des postes de responsabilités. Etre jeune quand cela arrive, peut poser des problèmes. »

    Deuxième péché social : les rapports avec la belle-famille :
    Dans ce roman, Yvette NOUGA dépeint les rapports belle-mère – belle-fille très souvent teintés d’hypocrisie ou de haine ouverte, mais aussi de beaucoup d’amour. Autant madame MESSINA était détestée de sa belle-mère, autant elle aimait Lenssi, son beau-fils ; et comme un mauvais héritage, Nsili a connu la même haine. Elle a bu presque jusqu’à la lie, la haine de sa belle-mère, Ma’a Seudjang, que même la naissance de son premier petit fils n’a pas réussi à adoucir : « C’est juste que je me disais que vous n’étiez pas obligés de rester ensemble parce que vous avez un enfant ! (…) Je t’ai trouvé quelqu’un qui soit à ta hauteur et qui te portera haut. », dira-t-elle à son fils, à la page 154, ne tenant pas en compte le fait qu’il était déjà marié, mariage auquel elle avait d’ailleurs décidé de ne pas assister.


    Troisième péché social : Le tribalisme :
    Yvette NOUGA met sur le tapis le pseudo non amour entre les tribus camerounaises de l’Ouest et celles du Centre. Une pseudo haine qui a pourtant été à chaque fois la preuve d’unions solides et d’amour vrai entre mari et femme, le cas échéant, entre Lenssi et Nsili. Ce troisième péché est l’objet du rapport nocif entre Nsili et sa belle-mère. Elle est bassaa et ewondo, il est bangangté.


    Quatrième péché social : La pression familiale :
    « Comme toute mère, maintenant j’espère la voir mariée et maman. » Nsili n’avait pas défait ses valises à son retour de France que, déjà, sa mère nourrissait ses envies de belle-mère et grand-mère à la page 15. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à lui mettre cette pression, tout son entourage semble voir en elle cette évidence du « tu dois déjà te marier et avoir des enfants ». Même si cet aspect est relevé avec douceur dans le roman, il n’en reste pas moins qu’il résonne comme un tambour d’Afrique dans le subconscient. Nsili n’avait pas trente ans, elle estimait avoir encore assez de temps pour réfléchir sur la situation.


    Cinquième péché social : La maladie :
    Le roman « Amnésique », au-delà de sa connotation, est aussi le théâtre de la Covid-19 et de toutes les émotions, nouvelles habitudes et inventions médicamenteuses que cette période a connues, comme vous pourrez le lire à la page 38. Mais aussi, le souvenir de ce que la vie n’aurait peut-être plus été, cette chaleur que cette maladie aurait volée, si elle avait perduré.


    Sixième péché social : L’amour :
    Il est vrai que lorsqu’on parle d’amour, on s’imagine toujours le beau et le bon, mais pensons-nous qu’il peut aussi être gage de conséquences désastreuses ? La lecture du livre vous montrera à quel point l’amour a gâché des vies : l’amour pour une mère, l’amour pour un fils, l’amour en trop grande quantité qui peut être agaçant des fois.

    Septième péché social : L’orgueil :
    Voici un péché qui est commis par tous les personnages à un moment donné de leur évolution ; car s’il y a une force qu’a eu Yvette NOUGA lors de l’écriture de ce texte, c’est bien celui de l’évolution des personnages. Une qualité qui manque à plusieurs auteurs de romans.


    Suivant « ces sept péchés sociaux », le titre de ce roman ne symbolise donc pas juste un état de perte de données cérébrales, mais une amnésie liée aux bienfaits de l’union des familles lors du mariage, au pourquoi de l’éducation locale, aux avantages multiculturels, au vivre-ensemble national (vécu pourtant hors des frontières, comme vous le lirez à la page 129).


    « Amnésique », c’est aussi l’étalage de l’échec de la femme. Entre madame MESSINA qui ne comprend pas le désir de Nsili d’y aller doucement malgré tout l’amour qu’elle porte à Lenssi, Ma’a Seudjang qui refoule sa belle-fille… La femme, dans ce roman, est la cause du chaos qui va chambouler la vie des personnages.


    « Amnésique », c’est une invitation à découvrir le Cameroun. Yvette NOUGA n’a pas été chiche, elle a valorisé les villes et villages du Cameroun, les rythmes, les néologismes, les prénoms à connotation camerounaise à l’exemple de « Nsili » qui signifie « question ». Vous pourrez y lire aussi : « les pleurs du Mbolé paktout-paktout » à la page 148 ; « no milk » à la page 149 ; « djoudou » à la page 103 ; et les lieux tels que Ebolowa, Nkolandom, Akoa-kass, Ekom-Nkam, Dibombé, Mont Manengoumba, Mbalmayo, Bangangté… Toutes ces choses qui témoignent de la simplicité d’écriture d’Yvette NOUGA et la facilité de lecture de ce roman.


    « Amnésique », c’est aussi une somme de questions, une somme de « et si ». Et si elle ne l’avait pas aimé ? Et si elle l’avait accueillie ? Et s’ils ne s’étaient pas revus ? Et s’ils n’étaient pas issus de cultures différentes ? Et plein d’autres « et si ».
    Malgré sa couverture de couleur sombre, « Amnésique » est porteur d’espoir. Une sorte de Harlequin à la camerounaise qui vous transporte, vous éteint et vous fait renaitre. Il termine d’ailleurs à la page 248 avec la note : « Aujourd’hui, je débute un nouveau chapitre de ma vie ».


    A cette ère où la santé mentale est de plus en plus démystifiée et concerne même ceux qui paraissent sains d’esprit, « Amnésique », premier livre de l’auteure, rentre dans le sillage des supports à utiliser pour en parler. Qu’il ait été choisi parmi les livres primés au prix littéraire OSU édition 2023 était donc judicieux.


    Aussi vrai que lire des livres délivre, il suffira de dépenser 5000 FCFA, de le lire, pour être délivré. Contact : infoslitt@gmail.com

  • 31 juillet – Journée Internationale de la Femme Africaine : La femme est un remède pour la femme

    La Journée Internationale de la Femme Africaine (JIFA) est instituée en 1962 lors de la première Conférence des Femmes Africaines à Dar es Salaam (Tanzanie), qui a conduit à la création de la PAWO, l’Organisation Panafricaine des Femmes.

    Les objectifs de cette journée sont :

    • Promouvoir, mettre en lumière les initiatives de la femme africaine pour le développement du continent
    • Célébrer les femmes africaines et les aider à réaffirmer l’engagement en faveur de leur autonomisation et de l’égalité des sexes
    • Discuter sur des sujets divers (politique, économie, culture, etc.) pour le développement de la femme en Afrique

    📌 En bref, c’est une journée pour célébrer la femme africaine et la booster encore plus.
    ACOLITT a choisi de célébrer six femmes de la littérature qui, au quotidien, posent des actions autour de la femme.

    Que ce soit chez la fille ou l’adulte, elles sont au taquet pour une jeunesse féminine intelligente. Voilà une belle proposition que fait Carmen Toudonou, écrivaine béninoise, chaque deux ans, avec le concours Miss Litterature. Un concours qui regroupent des jeunes dames de différents pays et qui fait l’éloge de la beauté intellectuelle. En outre, dans plusieurs anthologies, elles regroupent des écrits de femmes, suscitant ainsi un réseau de femmes ouvert au monde.

    Dans le groupe Facebook Ecrivaines du Cameroun, vous aurez le loisir de voir le formidable engagement de Jeanne Louise Djanga. Sortie de livres, événements autour des livres de femmes… elle n’hésite pas à en parler. Et un plus à cette initiative est la mise sur pied l’Union des écrivaines africaines par Cylia Lateb. Une belle manière de fédérer les efforts et les compétences de chacune, créant ainsi un réseau solidifié d’écrivaines africaines à travers le monde.

    Qui dit écrivaine, dit livre, dit découverte, dit chaleur humaine… Pour faire la différence sur les promotions déjà en place, Amina Seck (Sénégal) et Pulchérie Abeme Nkoghe (Gabon) ont institué des salons littéraires pour valoriser les écrits de femmes. D’aucun penseront à un féminisme de haut grade, il convient de les rassurer sur le bien fondé d’un rassemblement de femmes autour de leurs livres, discutant de techniques d’écriture, de défis lorsqu’on est femmes (épouses, mères…) et écrivaines et d’autres sujets pour développer la scène littéraire. Vous pourrez alors assister, à loisir, au Salon International Féminin du Livre et des Arts du Gabon et au Salon du livre féminin de Dakar.

    En Afrique, on déplore le manque de bibliothèques, surtout des bibliothèques avec des fonds africains. Edwige DRO l’a compris et a décidé de mettre sa pierre à l’édifice : elle a mis sur pied 1949 à Yopougon (Abidjan, Côte d’Ivoire). Il s’agit d’une bibliothèque dont le fond est constitué uniquement de livres de femmes d’Afrique et du monde noir.

    Planter la graine comme Carmen Toudonou, créer des réseaux comme Jeanne Louise DJANGA et Cylia LATEB, organiser des salons comme Amina SECK et Pulcherie ABEME, investir et s’investir pour la mise sur pied d’une bibliothèque spécialisée, autant d’actions qui valorisent la femme, ses actions et ses projets en littérature. Des actions à féliciter et à encourager.

    📢📢📢 𝐎𝐧 𝐩𝐞𝐮𝐭 𝐝𝐨𝐧𝐜 𝐥’𝐚𝐟𝐟𝐢𝐫𝐦𝐞𝐫 : 𝐥𝐚 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐮𝐧 𝐫𝐞𝐦𝐞̀𝐝𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞.

    Cette journée est aussi l’occasion pour nous de féliciter et remercier toutes ces personnes et associations qui se démarquent et qui donnent du leur pour le développement de l’Afrique ; l’autonomisation, le bien-être, l’éducation de la femme africaine. De manière non exhaustive : Djaïli Amadou Amal, Association des Femmes Entrepreneures du Cameroun, Rafdel, Andaal, Griote, L’orchidée Moulengui, LaDika, Régine Nadège Ekodo Ndjoana, Arielle Dnoutcheu, Yémélé Rosine, Armelle Touko, Nadine C. Mekougoum, Nadine Gérard, Carine Andela, Cynthia Nikeze, Christelle Noah DG, Danielle Eyango Ecrivaine et la liste est loin d’être exhaustive.

    Nous adressons spécialement nos encouragements à Rose Dede KOUEVI. Vivement une tenue saine du Salon international féminin du livre de Ouagadougou.
    Des fois, les échecs sont un carburant de bonne qualité.

    ACOLITT, pour une littérature dynamique !
    Nous contacter : acolitterature@gmail.com