
En cette période où l’actualité ici et ailleurs fait naître moult réflexions et débats sur notre être-au-monde et que les nouvelles de la planète remettent en question nos croyances et nos certitudes, un livre intitulé Les choix de l’ombre ne peut que susciter beaucoup de curiosité.
En fait, dans cette œuvre rigoureusement structurée avec un sommaire, un prologue, un épilogue et un texte décliné en neuf chapitres, nous sommes conviés à un voyage dans le parcours aux multiples péripéties des protagonistes Caïn, Sonia, Zelda, au cœur de leur environnement familial et socio-professionnel. Nous découvrons ainsi les métamorphoses du jeune homme que son épouse ne reconnaît plus après un stage effectué en Allemagne. Avec la complicité de sa belle-mère Maggy, il viole sa protégée Zelda, pour s’assurer une progéniture que Sonia, son épouse depuis dix ans, semble incapable de lui offrir. Lorsque cette dernière découvre la cruelle vérité et la décision de son mari de prendre une deuxième épouse, elle choisit de quitter cette union douloureuse. Elle peut ainsi mieux soutenir sa petite sœur Zelda, sous le traumatisme d’une grossesse indésirée qui aboutit à la naissance de Nikos, fruit des affres de Caïn qu’elle offre à sa grande sœur comblée ainsi de toutes ces années sous le joug d’une apparente stérilité. Plus tard, la famille découvre interloquée les activités délictueuses du favori du clan appâté par le gain. Il est sauvé du pire in extremis par le docteur Kana, l’ange gardien des deux sœurs et par une simulation réussie de décès. Heureusement qu’à la fin, il retrouve le bonheur après son repentir auprès d’une autre épouse tandis que Sonia regagne l’amour avec Adrien Kana à la grande joie de sa Zelda consolée par le bonheur de sa sœur.

En outre, l’auteure utilise une intrigue à la remarquable complexité pour dresser un réquisitoire sans complaisance contre les maux qui minent notre société en l’occurrence le viol, les secrets de famille, les relations difficiles avec la belle-famille, l’égoïsme et l’égocentrisme des mères manipulatrices à l’instar de Maggy qui reçoit en plein visage cette cinglante déclaration :
« Ton égoïsme frôle la démesure. »

Viviane MOLUH PEYOU décoche également des flèches incendiaires contre l’influence nocive des marabouts, la gestion inhumaine de la polygamie, la course débridée à la promotion facile et à l’enrichissement illicite, la cupidité, les dépenses sordides lors des obsèques et toutes les traditions immorales autour de leur organisation. Elle s’insurge aussi contre la surprotection des enfants et l’avilissement de la femme.
Heureusement que cette toile obscure est irradiée pour l’exaltation du caractère sacré de la vie soutenu par l’équilibre raisonné entre le respect des traditions et l’exploitation des avancées prodigieuses de la science, de l’attachement aux valeurs à l’instar de la vérité, de l’intégrité, de la chasteté loin des plaisirs futiles.
C’est dans ce contexte que la sublimation du devoir permet de jouir d’une conscience tranquille et de focaliser la sélection du partenaire de vie sur les critères à l’aune des qualités morales et non sur les valeurs éphémères.
Dans cette perspective, elle nous exhorte sur les bienfaits du pardon, de la résilience, de la détermination ou de la gestion rigoureuse du temps et des émotions. Dans cette posture, nous serons mieux outillés pour mener le deuil des postures peu propices à notre épanouissement, capitaliser sur les cassures du chemin afin de se protéger et être différents dans la quête du bonheur personnel.

De plus Les choix de l’ombre nous entraîne sur les hauteurs des réflexions philosophiques et ontologiques :
• Concernant le combat manichéen entre le bien et le mal, les vicissitudes de la femme divorcée, le drame de la stérilité en Afrique, la stigmatisation des filles-mères ou les contours de la culpabilité.
• Nous sommes ainsi embarqués sur des ratiocinations à propos du mariage, des rites du veuvage, du statut de la femme ou de la responsabilité individuelle et collective.
En outre, la narration se situe dans un ancrage spatial aux repères précis qui nous plongent dans le terroir camerounais pour une immersion assumée dans nos us et coutumes. Nous nous identifions aisément à l’évocation des lieux aux consonances bien de chez nous comme Douala ou Kribi mais aussi à l’ouverture au monde qui nous transporte en Guinée, au Kenya, en Afrique du Sud, aux Qatar, aux Seychelles ou en Allemagne.
Au point de vue formel, l’écriture accessible de la romancière se déploie en vue d’un délicieux régal esthétique dans le mélange des registres en toute subtilité des parlers populaires aux réflexions métaphysiques servies dans un style soutenu, contraste lumineux entre des énoncés comme en P.18 : « Ne te bourre pas le crâne avec les stupidités qu’ils ne cessent de te répéter. » ou en P.87 : « Après m’avoir lavée, rincée et séchée » ou les questions rhétoriques au service de l’argumentation à l’exemple de la P.18 : « Où était le grand frère attentionné qui avait promis de toujours veiller sur son bien-être ? » ou en P.19 : « Quels conseils ne t’ai-je pas prodigués sur les pièges des hommes ? »
Cette écriture à la portée de tous débouche sur une production à l’intérêt didactique indéniable assuré par des nombreux dictons et des déclarations sentencieuses comme en P.27 : « Le linge sale se lave en famille. » ou « l’erreur est humaine. » ; P.42 : « On ne redresse pas un poisson sec au risque de la casser. » ; P.88 : « Dieu lui-même a abandonné les marmites cocottes anciennes et la pierre à écraser pour s’essayer aux cocottes minutes et aux mixeurs. » et en P.71 : « Si tu te retrouves dans la forêt, et que tu passes deux fois devant le même arbre, sache que tu es perdu. » ; Ou encore ce long extrait de D. Ives, P. 171 sur le droit d’être soi.
Puis, nous savourons les descriptions pittoresques comme en P.66 : « Deux perles brunes aux silhouettes sculptées avec soin et aux jambes interminables. » ou les images scintillantes en comparaison P.9 : « Tel un voile subissant les affres d’une tempête.» ; en métaphores P.21 : « Que l’aile qui t’a abritée puisse se retrouver à voltiger dehors sans une destination parce qu’une autre sera venue profiter du fruit de ses sacrifices» ; en allégorie en P.68 : « Ce chapitre de ma vie est achevé et dans le livre de ma vie, il y a encore de nombreuses pages blanches à remplir. Je vais m’y atteler en prenant soin cette fois de bien choisir les mots qui s’y coucheront. » ; Mais aussi des accumulations P.126 : « Ni morgue, ni discours hypocrites, ni perruques de deux mètres au vent… » Et des invectives hautes en couleur comme en P.78 pour mettre en exergue le drame de la stérilité :
« Rivière sans eau, arbre sans fruits. »
« Une pimbêche de ton espèce s’est confortablement installée chez lui tel un parasite. »
D’un autre point de vue, nous sommes séduits par la gestion originale de la trame temporelle avec ses analepses, l’onomastique significative suggérant tout un programme avec Caïn, Nanak, Njùssà, Kana ou Nji Mgbetkom qui rehausse la couleur locale de ce réaliste.
De même, nous sommes enrichis par la culture gréco-romaine de l’écrivaine qui évoque « les bras de Morphée » dès la P.8, mais aussi par son enracinement culturel avec les conteurs des rythmes Mèndou de son Noun natal ou coupé décalé de DJ Kérosène avec « le boss c’est moi », clin d’œil coquin à certains lecteurs dans l’air du temps.
Nous sommes également bercés par les envolées à la veine poétique de la P.169 : « A chaque voyage par ici, mon âme trouve la paix dans le vent, le sable, le bruit de l’eau qui va et qui vient. »

En somme, si nous déplorons le caractère vraisemblable de cette histoire qui s’achève comme dans nos rêves et la présence des coquilles qui seront certainement corrigées lors des prochaines éditions, nous relevons que ce roman est recommandable à plus d’un titre, dans la mesure où il nous garde en haleine jusqu’à la dernière ligne. De plus, il aborde avec dextérité des thèmes délicats avec les subtilités d’une bienséante maturité. Nous pouvons alors nous plonger dans une prise de conscience salutaire et une méditation en toute sincérité sur notre être-au-monde en toute responsabilité afin de produire un impact positif autour de nous. De surcroît, ce livre promeut les valeurs éthiques avec pour point d’orgue le pardon et la résilience afin de rejeter la posture d’esclave face à l’opinion des autres, prendre résolument sa destinée et son bonheur en main afin de préserver l’équilibre, la sérénité dans nos vies individuelles, dans notre microcosme et surtout notre planète dans ce contexte délétère dont nous sommes tous bien conscients.
Josée MELI AMBADIANG
Critique littéraire camerounaise
Vous trouverez Les choix de l’ombre au prix de 4000 XAF à ces lieux :
CONGO – Brazzaville, à la FNAC
SENEGAL – Thiès, à la Librairie FAMA | Dakar, à la FNAC, chez Alpha Books et chez Plumes du monde
GABON – Libreville, chez Okani Concept Store
CONGO – Kinshasa, Commune de Kasa-ubu au LAESH: Avenue Sport N°103 | Commune de Bandalungwa LAESH : Avenue Kimbondo n° 417
CAMEROUN – Librairies et web librairies FNAC | Boutiques stations-Service OLA ENERGY | KIOSQUES Messapresse | Supermarchés SAO | Supermarchés DOVV | Supermarchés SUPER U | Supermarchés SPAR | Supermarchés CARREFOUR MARKET | Livraisons : Commandez vo.tre.s livre.s et faites vous livrer par ce lien https://neartail.com/cm/chronotys
BON À SAVOIR : Pour une relecture / correction de votre manuscrit / thèse / mémoire, laissez un mail à acolitt_communicationlitteraire@outlook.com ou un SMS / message WhatsApp au +237690195126
































