Catégorie : Poésie

  • D-LIVRE : ENTRETIEN AVEC Anne Rachel ABOYOYO A., écrivaine camerounaise

    Je cherche surtout le cœur de l’homme. J’espère donc avoir la capacité de suggérer de fortes émotions. Que ce soit par le vers libre, par le free verse, par le haïku ou par des laisses, j’espère parler au cœur de l’homme.


    Quand et comment avez-vous découvert votre vocation pour la poésie ?

    Ma vocation pour la poésie découle de ma volonté de me coudre à moi-même, j’avais alors quinze ans et j’étais sujette à une sensibilité un tout petit peu regardée de travers par mon entourage. J’écrivais des textes narratifs et épistolaires surtout, au début. Et la lecture des poèmes a été déterminante; j’avais le sentiment en les lisant et en les écrivant, qu’ils exprimaient mieux ce que j’avais à dire et surtout, ce que je pensais.


    Y a-t-il un poète, une poétesse ou un livre qui a marqué vos débuts ?

    J’ai eu une attirance particulière pour les poèmes de Joseph Rabéarivelo et Jacques Rabémanandjara. Puis, j’ai lu avidement L’anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française de L.S.Senghor ; pour ne plus jamais lâcher la poésie jusqu’à présent.


    Comment définiriez-vous votre propre voix poétique ? A-t-elle évolué au fil du temps ?

    La voix poétique se réfère à la personnalité poétique. Il est difficile d’être à la fenêtre et de se regarder passer dans la rue. Je sais seulement qu’il y a de grandes structures antithétiques dans mes textes.

    Comment naît un poème chez vous ? ( une image, une émotion, une idée ?)

    Les poèmes naissent de tout chez moi : un regard, un sourire, une attitude, un coup de vent ou de blues, une colère, une image… tout.

    Travaillez-vous par inspiration spontanée ou par réécriture minutieuse ?

    Les deux. Je suis saisie de la même manière par la montée de la fulgurance (inspiration toujours nourrie par l’observation), que par le travail de tissage des mots.

    Avez-vous des rituels d’écriture (un lieu, un moment de la journée, des outils préférés) ?

    J’écris comme je vis. Ma vie est à la fois respect et mise à distance vis-à-vis des rituels.

    Vos poèmes explorent souvent l’abstrait, l’union, la communion. Pourquoi ces sujets vous touchent-ils ?

    Je pose sur la société extrêmement marchande, mercantile et superficielle actuelle, un regard d’une certaine condescendance, mêlée de compassion. Et les sujets qui me passionnent visent justement le réinvestissement de cette société par les valeurs immatérielles et la profondeur. Un peu messianique , la noble prétention (sourire).


    Quelle structure poétique préférez-vous ?

    Je cherche surtout le cœur de l’homme. J’espère donc avoir la capacité de suggérer de fortes émotions. Que ce soit par le vers libre, par le free verse, par le haïku ou par des laisses, j’espère parler au cœur de l’homme.


    Tenez-vous à la musicalité des mots, au rythme où à la ponctuation (ou son absence) ?

    Je tiens plus au charme du mot qu’à sa musique, et je ne me limite ni à l’un ni à l’autre. Ma préférence la plus marquée est celle de la ponctuation. Je tiens à être lisible pour tous.

    Comment voyez-vous l’évolution de la poésie francophone/internationale actuelle ?

    Pour parler d’évolution, il faut définir l’étape de l’aboutissement final, clairement. Or cela me semble une mauvaise prétention pour moi. Ce que je sais c’est que les vastes mouvements des peuples (diversité culturelle) et l’engagement sociopolitique qui en découle en termes de paix ou de guerre, sont un gisement où puise le poème francophone pour s’énoncer (il n’y qu’à lire, par exemple, Nous l’éternité de Christophe Pinau-Thierry, ou L’or n’a jamais été un métal de Josué Guébo, pour s’en convaincre). Les brassages sont à l’origine du bondissement du nombre d’anthologies. Les grands rassemblements sportifs aussi… À l’assaut du ciel, par exemple, est un recueil collectif de textes rassemblés par Julie Gaucher et Valentin Deudon, sur les jeux olympiques et paralympiques.Tout cela s’ecrit dans une diversité formelle notoire, où les structures anciennes jouxtent de nouveaux arrangements (slam-poésie, poésie de rue, textes miniaturisés pour les réseaux sociaux, etc.). Et je sais que c’est bien au-delà de ce que je perçois.


    Y a-t-il des poétesses contemporaines que vous admirez ou qui vous influencent ?

    Il y a des poètes contemporains que je respecte. Je peux citer Fernando d’Alméida, Ananda Dévi, Yvette Balana. Je ne m’enferme pas dans les questions de genre.

    Quels regards portez-vous sur les interprétations que les lecteur.ices font de vos poèmes ?

    Le texte littéraire (mes poèmes en sont un) est ouvert à toute interprétation. J’écoute les interprétations avec délectation, mais sans commentaire.

    La performance orale (lectures, slam) fait-elle partie de vos pratiques ?

    Je suis en train de travailler avec quelques grands performeurs sur la mise en texte orale de mes poèmes. On verra ce que cela produira.

    Un retour de lecteur.ice ne vous a-t-il particulièrement pas marqué depuis « Les graines du silence » ou votre récente parution « La revanche de l’amante » ?

    J’évite les commentaires sur les interprétations de mes textes… jusqu’ici (sourire).


    Parlez-nous de « La revanche de l’amante». Quel est son pourquoi, son pour quoi, son comment, et vos attentes.


    La revanche de l’amante est un texte né d’un haro sur le simulacre dans la conception de l’amour, l’embastillement de la liberté et l’émasculation des humains de sexe masculin. L’objectif est de participer à la déculpabilisation pour favoriser des relations amoureuses et maritales épanouissantes. Le mode opératoire est le démantèlement du mensonge qui les organise et l’attente est la lecture du texte par le plus grand nombre.

    Selon votre expérience, quel conseil donneriez-vous à une personne qui débute en poésie ?

    À un débutant en poésie, je conseille de lire au moins 300 recueils de poèmes, de s’exercer à l’observation minutieuse de tout et d’écrire sur un seul sujet à la fois.

    Travaillez-vous déjà sur un nouveau projet ? Si oui, pouvez-vous nous en dire quelques mots?

    « La revanche de l’amante » vient de paraître. Le livre doit faire son chemin d’abord.

    Quel rôle jouent les plateformes numériques dans la diffusion de vos textes ?

    Le digital est un mode de communication. Avec ses modalités et ses pratiques. Je le traite avec les mêmes égards que les médias classiques.

    Vous avez contribué dans plusieurs recueils. Parlez-nous de ces différentes collaborations. Comment nourrissent-elles votre écriture ?

    J’ai déjà publié dans trois anthologies dont deux étaient thématiques. Ce que je garde de ces expériences, c’est la chaleur de la proximité des pairs et le travail de conciliation des différences. C’est enrichissant.

    Comment conciliez-vous poésie et militantisme ?

    Poésie et militantisme ! Ce sont les critiques qui recensent les éléments critiques des parcours. Je les écouterai à ce sujet (sourire).

  • VIENT DE PARAITRE : La revanche de l’amante, recueil de poèmes d’Anne Rachel ABOYOYO A., auteure camerounaise

    « Épouse-moi, épouse-la.
    Nous avons l’humanité à naître
    Et sa souffrance à curer.
    Elle est ma sœur, ma compagne,
    Une partie de moi qui t’appelle des
    profondeurs de l’indit,
    Une absence de toi comblée dans le
    rire féroce et câlin
    Qu’elle entonne après une nuit
    d’amour,
    Une absence de toi lavée par le
    jaillissement du partage.
    Épouse-la, épouse-moi.
    Pour former la farandole ouverte
    Des bergeronnettes sur les seuils de
    l’infini.
    Si tu m’épouses, tu l’épouses.
    Si tu l’épouses, tu m’épouses,
    Impossible autrement. », P.11

    A PROPOS DE L’AUTEURE :

    Anne Rachel ABOYOYO A. est l’auteure de « Senteur du crépuscule » (2011), « Les graines du silence » (2016) et a participé à la rédaction de plusieurs anthologies.

  • BIOLITT : Bienvenu Juvénal ROUHEDA YASSARA, auteur centrafricain

    Bienvenu Juvénal ROUHEDA YASSARA est né le 12 mai 2003 à Bangui en République Centrafricaine. Il a fait ses études maternelles, primaires, secondaires et universitaires en Centrafrique, où il poursuit un Master en Relations Internationales à l’Université de Bangui. Il devient auteur en 2023.


    Ses distinctions littéraires

    – En mars 2023, il est finaliste au concours de rédaction dans le cadre de l’initiative « Jeunesse, Paix et Cohésion sociale », catégorie Poésie, organisé par le Centre Catholique Universitaire à Bangui.

    – Toujours en mars 2023, il est lauréat du prix « Poème en Etoile » organisé par les Editions Oubangui et l’Alliance Française à Bangui, lors de la journée Internationale de la Francophonie.

    – En 2024, il est finaliste du Prix Littéraire International CODJO RODRIGUE ABEL ASSAVEDO, catégorie poésie,
    avec le manuscrit « Sur l’Océan de la Négritude », au Bénin.

    Coach Juvénal…

    Entre juin 2021 et mars 2024, il a animé, à plusieurs reprises, des ateliers d’écriture de slam et poésie à l’Alliance Française de Bangui, dans certains établissements scolaires de Bangui et sous des plateformes sénégalaises de slam et de littérature.

    En 2025, il reçoit une reconnaissance de l’Ambassade des États-Unis à Bangui suite à son engagement dans une formation en vue d’un concours d’art oratoire auprès d’une trentaine de jeunes issus de divers horizons à Bangui, ainsi que sa participation active en tant que membre du jury pour ledit concours, aux côtés du personnel de l’Ambassade.

    Ses livres

    Mon éclat sous un soleil noir, Edilivre, 2023 (poésie)

    La légende d’un peuple meurtri, L’Harmattan, Paris, 2024 (poésie)

    Des mots d’amour pour les merveilles de Centrafrique, Collectif, L’Harmattan, Paris, 2024 (poésie)

    Les cicatrices du lendemain, Les Impliqués Editeur, Paris, en instance de publication (poésie)

    Et plusieurs projets artistiques en cours d’exécution.

    Ses articles


    La Jeunesse en Crise, chronique (article presse), Ndjoni Sango, N°405, avril 2024


    L’alerte sur la Jeunesse Centrafricaine, chronique (article Presse), Ndjoni Sango, N°410, avril 2024

    Quand l’Etat abandonne la littérature Centrafricaine à son triste sort, article de presse paru dans plusieurs presses écrites entre fin Juin et début Juillet 2024.

    Au secours des enfants de la rue dans la ville de Bangui, article de presse paru dans plusieurs presses écrites au mois de septembre 2024.

    Contacter l’auteur…

    7è Arrondissement, Bangui, République Centrafricaine
    B.P. : 1450, Bangui Centrafrique.
    Tel : +236 72 41 31 59 / 75 24 32 21
    Whatsapp : +236 72 41 31 59
    E-mail : bienvenurouheda@gmail.com




    Espace PUB’

  • BIOLITT : Manssouri Essaid, poète marocain


    Né le 4 janvier 1991 à Souk Elkhmis dades, La vallée de dades, sud-est Maroc, Manssouri Essaid est un poète berbère engagé, qui vit sa bohème entre les champs et les montagnes, c’est un berger des mots et aussi des maux.
    Dans ses poèmes, on trouve souvent cette liberté qui s’envole tel un pigeon en exprimant sa passion d’une manière poétique et pleine d’esthétique.
    Élève du lycée Sidi Bouyhya Souk Elkhmis dades, il a eu son bac en 2012, option sciences expérimentales, licence en études française à l’Université kadi Ayyad Marrakech 2019 après deux années d’une rupture d’études suites à un accident où il était fracturé au niveau de son genou (la rotule)…
    Retour à son village où il fait des cours de soutien aux élèves primaires, lycée, collège.
    Manssouri Essaid a écrit ses poèmes dans plusieurs magazines littéraires et journaux et sites par exemple :

    Anthologie « Même vieux vivons mieux « 
    Deuxième anthologie  » 100 poètes pour l’union du Grand Maghreb. »
    La troisième anthologie ÉLÉGIES DES SEMEURS D’AFRIQUE .
    Publié dans une magazine canadienne :Coeur de plume .
    Receuil d’un bord à l’autre de la rose méditerranéenne co-écrit avec la poétesse française Marine Rose.
    Il est nommé :
    Commissaire Maroc escuela international the arte of America
    Ambassadeur de Fakan Slam Maroc
    Il a obtenu son prix Simon Bolivar


  • CONCOURS ASSIMBA’A POÉSIE 2023 – Le clap de fin

    Les trois lauréats ont reçu leurs attestations et prix, samedi dernier, à Yaoundé et à Dschang, en présentiel et via un canal numérique.

    📌 POUR RAPPEL, Pauline ONGONO est la marraine de ce concours et ACOLITT offre aux lauréats :

    • Premier prix (Nadine NKENGUE – Yaoundé) : un an de communication littéraire digitale sur ses initiatives en littérature et quatre ateliers d’écriture en ligne. Attestation remise des mains de Ray Ndébi et Pauline Ongono de l’équipe ACOLITT.
    • Deuxième prix (Marcel H. JOUMESSI ACHOUNTSA – Dschang) : six (06) mois de communication littéraire digitale sur ses initiatives en littérature et trois (03) ateliers d’écriture en ligne.
    • Troisième prix (Abdel MFOSSI KAM – Dschang) : trois (03) mois de communication littéraire digitale sur ses initiatives en littérature et deux (02) ateliers d’écriture en ligne.

    ACOLITT, pour une littérature dynamique !


  • Dédicace de Les fleurs du bien d’Alain 5 Ba’aba, auteur camerounais

    13 décembre 2023… DE 16H À 19H À LA Bibliolibrairie de la Cene Littéraire

    « Les fleurs du bien » de Alain 5 Ba’aba, une opposition à « Les fleurs du mal » de Charles Baudelaire ou une antiphrase ?
    Voilà une préoccupation qui a animé plus d’un lors de la cérémonie de présentation du recueil de poèmes de Alain ABANDA « Alain 5 Ba’aba » paru aux Éditions Ifrikiya

    C’EST QUOI « LES FLEURS DU BIEN » ?

    C’est un questionnement sur son Moi, sur ce qui nous entoure, sur le bien et le mal, sur le vécu, sur ce que notre âme absorbe, stocke ou rejette…
    C’est un met que l’auteur a concocté pendant près de cinq (05) années, pour espérer servir une pièce unique…
    C’est une invitation à l’acceptation de soi, de l’autre et de ce que la vie peut donner de mieux…
    C’est une répartition en livres et chants :

    • Livre premier : Le livre des épines
      Chant I : Douleur et perfidie (onze poèmes)
      Chant II : Endurances, espoir et symphonies de la patience (neuf poèmes)
    • Livre second : Le livre des cimes !
      Chant I : Éloges et Offrandes (six poèmes)
      Chant II : Devant la face de Dieu (quatre poèmes)

    Pour clore le jeu de questions, un intermède sous fond de la harpe de la slameuse Free-T a permis de découvrir Minette, une jeune dame reconnaissante du bien-être que lui a apporté ce livre, et qui a tenu à déclamer pour nous. Moment intense que l’assistance a eu du mal à quitter.

    Trois heures de vie terrestre ont été utilisées à bon escient… Il ne reste plus qu’à l’équipe Acolitt de souhaiter un parfum éternel à « Les fleurs du bien » ; à prier les lecteurs de vivre avec l’auteur leurs expériences de lecture, critiques, analyses…

    Notre présidente, Pauline Ongono, était sur les lieux et n’a pas manqué d’apprécier les contours de la cérémonie et les rencontres – comme celle avec le Pr Assana Brahim de l’ Université de Ngaoundéré (qui a reporté son voyage pour assister à ce moment), faites.

    🙏 Merci infiniment à Pierrette Odile pour sa patience et son bel accueil à la Bibliolibrairie de La CENE littéraire
    Merci à madame Agnès NDA ZOA pour son support inconditionnel…

    Bon vent, Alain 5 Ba’aba !


    💥💥 ACOLITT communique sur vos initiatives en littérature.
    Nous contacter :

    6 90 19 51 26 / acolitterature@gmail.com


  • BIOLITT : Sarah Florence EGYPTE, auteure camerounaise

    Sarah Florence Egypte est née le 21 février 2008 à Yaoundé au Cameroun. Elle découvre très vite l’univers des lettres et des livres grâce à son père qui est écrivain et éditeur. Sa passion pour la lecture se développe très rapidement et l’essentiel de ses loisirs consiste à lire des livres partout présents dans sa chambre, des plus simples aux plus hardis parfois, des moins volumineux aux plus épais.

    Elève en classe de 4e au moment où elle a écrit les textes contenus dans son recueil de poésie, Premiers pas, paru aux Éditions Ifrikiya , elle a su intégrer et faire sienne les valeurs morales, spirituelles et autres rigueurs qui sont de mise dans l’établissement confessionnel qu’elle fréquente, et présentes également dans ses lectures et sa merveilleuse intégration dans sa famille.

    Après l’obtention de son BEPC en juin 2023, elle poursuit allègrement ses études en classe littéraire.

    📌 Premiers pas est disponible :

    • à la Librairie des Peuples Noirs (Yaoundé – montée SNI)
    • aux Éditions IFRIKIYA (Yaoundé – Nkolbisson),
    • à la Librairie des savoirs (Ngaoundéré)
    • à la Librairie Djabbama (Maroua)

    💰 3000 FCFA (version grand public) / 5000 FCFA (version cartonnée)


  • Il a été lu… Les chansons d’Angongué

    RÉHABILITATION DE LA BEAUTÉ DU SIMPLE ET CARTOGRAPHIE DE L’AMITIÉ.

    La nomenclature générale de l’écriture des temps actuels met en scène les écrits de vie et de guerres de toutes sortes, qui consacrent l’ego et les tendances hégémoniques multiples. Je peux me permettre d’appeler cela l’écriture du complexe et je me refuse d’en citer les auteurs (aujourd’hui nous nous focalisons sur les auteurs du jour). Ma lecture du recueil de poèmes collectif Les chansons d’Angongué a été saisie par l’inscription, presqu’aux antipodes du tableau sculptural sus-mentionné, de la communication poétique sur la réhabilitation de la beauté du simple et la cartographie de l’amitié. Ce sera, il me semble, le leg perpétuel de Anne cillon Perri, mis en valeur par sa co-présence à Ele Memvouta, dans le texte qui nous rassemble ici en ce moment. Trois stations dessinent l’itinéraire sémantique du recueil à mon avis : un procès de la modernité, une inscription de l’enracinement-détachement et un manichéisme ontologique vitalisant.

    I- Du procès de la modernité.

    L’unité sémantique d’ensemble du texte se construit autour du voyage. Elle donne l’impression d’un appareillage à la modernité, simplement admise ici comme l’actuel, ou comme phénomène de mode. Mais c’est pour en montrer un pan de construction inactuel. Le voyage est doublement endogène. Il désacralise la ville comme haut lieu de l’épanouissement, et consacre le bourg – le village – espace de rencontre avec soi et soit même et avec les autres. Le texte dit: « Nous sommes venus/ Rincer nos âmes polluées par la ville/ Et coudre nos corps sur la tranquillité/ Qui ourle la calebasse que tendent les ancêtres » ; « Ce soir les tam-tams/ les tambours/ en forêt/ sur les bordures/ de la verdure toussent leur dictature/ contre la vénalité taillée sur la modernité ». PP42, 44. La ville est ici image de la désintégration, de la claustration jusqu’à la castration de l’être.

    Conséquemment, le poème souffle un vent de (re)connexion au minéral et de (re)trouvaille(s) de soi et de(s) l’autre(s), tant le texte proclame la terre native et l’essentialité de la fraternité, sans faux semblant! Angongué est une terre de surgissement du bonheur, un lieu mythique d’aspiration à la joie, une carte postale offerte au monde. C’est le lien qui résiste au péremptoire de l’individualisme : « En cette contrée de douceurs sauvages,/ Le murmure du fleuve se fait ordalie/ De l’appel à l’attouchement./ La Lobo énonce la mystique du métissage./ Ville et campagne/ Roche-bijoux et pique-nique de béatitude/ Ont choisi de s’accoupler. » P100. Les sens sont appelés au banquet. La vue, le toucher, le goût se font porte d’entrée dans l’essentiel, loin de l’hyperactivité et du caractère cérébral qu’impose la vie citadine. Ici ce n’est plus je pense donc je suis; c’est je sens donc je suis; donc je vis !

    Et pour incruster cet être-au-monde renouvelé, les poèmes de Les chansons d’Angongué disent le dépit de l’ici (la ville) et le désir du là-bas (l’ailleurs qu’est Angongué le village), en transmutant le support du poème de la page à l’espace géographique concret. Désormais Angongué est un poème apéritif : « Angongué,/ À la simple évocation de ton nom (…)/ Mon corps s’emplit de sensations (…)/ Et mon cœur danse la transe [des] émotions. » P117, une métaphore du dépaysement merveilleux : « Et comme une irrépressible pulsion,/ Seule s’ouvrait la soupape, L’équerre des vents/ Je pris la route de l’évasion/ Le long de la sente ferrugineuse d’Angongué/ Dessus sa cuirasse, palpitait le pouls du rêve.» P29. C’est un exotisme de la fascination pour le terroir qui se dessine ainsi, avec pour horizon probable une idée de fixation ontologique.

    II- De l’enracinement et du détachement.

    La (re)considération du lieu natal, dans le recueil de poèmes Les chansons d’Angongué se configure en trois mouvements. Le pouvoir de suggestion du lieu ombilical dont la stature relève de la fécondité : Angongué est source, les lecteurs et les actants dans le texte s’y «  sont trémoussés/ Frappant la terre séculaire/ De pur nectar patrimonial ». P110 ; Angongué est cathartique, « Angongué a posé sur mon âme en peine ses langes/ Dans les contreforts de ses arbres/ Je me suis vautré tel un enfant éperdu/ Puisant dans sa main, l’eau sombre de la Lobo ». Angongué est leg et héritage : « Je suis inséminé par toutes les fécondités du large/ toutes les germinations ont pris possession de mon corps » ; « Angongué a donné une main ferme à Guientsing/ Et le pays retrouve le chemin perdu des étoiles/ Je suis maintenu à hauteur incorruptible de l’héritage » PP 59-60. Les textes inspirés de l’ouvrage dans le méridionale comme lieu foetale poétisent les instabilités nombreuses que sont la fragilité de l’être ( son insoutenable légèreté pour emprunter à Milan Kundera la belle formulation), l’instabilité émotionnelle qui l’entraîne au mal de vivre et au vague à l’âme et le tragique qui ballote entre les innombrables inadéquations à lui-même, à la société et au divin.

    D’où le recours des poèmes à une spiritualité, aux figures tutélaires incantées et à la liturgie jubilatoire. Les célébrants dans le texte tissent des passerelles humaines à l’aide de la musique, de la danse, pour conjurer le mal et assiéger l’immortalité : « Il est temps de puiser sa portion de l’éternité/(…) Je brise le cœur de pierre/ Que l’engeance malsaine s’évertue/À substituer à ton cœur en d’or », PP50-51. Le tam-tam et les tambours jonchent les prises de paroles d’auteurs le long du texte.

    En même temps que se fait l’enracinement dans le limon patrimonial, le vent du large se détache de chaque prise de parole, à une discontinuité féconde du lien entre les actants dans le texte, pour dire l’imprenable solitude de l’être. C’est une solitude nécessaire au renouvellement des voeux et à l’attachement métaphysique, pour atteindre la totalité si cher au caractère intégral de l’homme: « Je fantasme l’éternité/ près du brasier de mes ancêtres angonguéens/ Là où l’imaginaire conjoint le plausible et l’impossible/ Par le féerique alliage des utopies » P74. Le poète reste ainsi acquis à la bipolarité essentielle pour habiter le monde avec Hölderin, de façon poétique: « À l’intersection du visible et de l’invisible/ Du clair et de l’obscur du sacré et du profane/ Du mythe et de la réalité/[parce qu’] il y a un espace trouble qu’habite le poète », nécessairement tragique pour qu’enracinement et détachement deviennent éléments structurants du beau et du simple.

    lll- Du substrat d’un manichéisme (re)vitalisant.

    En lisant Les chansons d’Angongué, il est difficile de passer outre les éléments oppositionnels, en surface, que sont le jour et la nuit. En y appliquant une lecture déconstructiviste, on peut lire une survalorisation de l’élément le moins attractif de cette binarité: la nuit. Tandis que le jour écrase les paysages humains, « le soleil était à son zénith/ Le vent des sylves n’en était/ Que plus intense et l’injure/ plus blessante ». P34, « la nuit luit de l’inoui/ Et brille de la mutité des galets » P17, c’est-à-dire que la nuit est lieu de visitation de la mémoire torturé de l’être et en même temps le lieu de l’épandage du don.

    Cette dualité de la nuit noire et blanche, c’est-à-dire sans ou avec astre, s’ouvre sur la blessure (la balafre) de l’être : « j’habite le chemin de sa mémoire/ Et toute la clarté ésotérique de ses nuances/ La nuit agite le silence sous l’arbre/ D’une diaspora vaguement occulte/ Il y a dans cette foule un je ne sais quoi de moi » P87. La nuit, les poèmes exhortent à s’ouvrir à elle, pour éviter un nombrilisme malsain : « Entendre, pressentir seulement de loin,/ La nuit du chaos,/ Vibration de la chose innombrable./ S’ouvrir de partout,/ Au double acte de pénétration et de résistance » P22. Parce que la nuit est propice à la rencontre de l’essentiel et du vrai de soi, sa « mythologie » P49 est semaille de la créativité, gage de l’immortalité de l’être.

    C’est la raison pour laquelle ses contours s’aplanissent sous les plumes en présence, en une splendeur vespérale propice à une joute vivifiante : « Il fallait le faire [affronter la nuit] pour redonner/ Au palmier la splendeur vespérale de ses causeries/ Avec la lune avant que/ N’arrive l’horizon avec/ Sa toile dentelée de suie ». Le manichéisme duel s’effrite ainsi pour laisser place au soir, au lieu de (re)conciliation de soi avec soi-même et avec les autres, musique en fond sonore, amitié en bandoulière et paix intérieure acquise : « Ce soir les tam-tams/ les tambours d’Angongué/ réconcilient l’homme avec lui-même/ tracent la trajectoire nouvelle indélébile/ le regard vierge/ devant structurer désormais l’avenir », P45. C’est l’unique passerelle de l’amitié.

    Dr. Anne Rachel ABOYOYO ABOYOYO


  • BIOLITT : Jean-Claude AWONO, écrivain, promoteur culturel et éditeur camerounais

    Jean-Claude Awono est professeur de lettres formé à l’École Normale Supérieure de Yaoundé, après une licence en Lettres Modernes Françaises obtenue à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Yaoundé I. Sa passion pour la poésie lui ouvre de nombreux chemins dans le champ de la culture et de la littérature.
    Il a été directeur de collection aux Éditions CLE à Yaoundé et depuis 2011, directeur des Éditions IFRIKIYA.


    Avec des amis, il avait créé, bien avant, La Ronde des Poètes du Cameroun qui lui a servi de rampe de lancement de sa carrière littéraire. Dans le cadre de cette association, il s’est créé Le Centre culturel Francis Bebey à Yaoundé, l’Observatoire Camerounais de la Culture, Le Prix de la poésie rondine, le Festival international de Poésie des Sept Collines de Yaoundé, les Éditions de la Ronde qui deviendront, en 2007, une collection des Éditions IFRIKIYA.


    Son expérience comme éditeur et poète l’a conduit dans divers pays d’Europe (France, Suisse, Allemagne, Espagne), d’Asie (Chine), d’Amérique (Canada) et d’Afrique (Sénégal, Tchad, Maroc, Côte d’Ivoire…).

    Médaillé du mérite camerounais et Chevalier de l’ordre de la valeur, il a eu à ce jour trois principales distinctions : le Prix international de poésie de Bretagne-Réunie (2011), le Prix international de poésie David Diop décerné par l’Association des Ecrivains du Sénégal (2019) et le Prix international de Poésie Fernando d’Alméida décerné par la ville de Trois-Rivières au Québec (2020).

    Il a plusieurs fois assuré le rôle de membre du jury de divers prix et concours littéraires et tient de manière assurée des consultations en matière littéraire.


    Son ouvrage poétique A hauteur de sang a été inscrit cette année (2024) dans les programmes scolaires du Cameroun.


    Jean-Claude AWONO est chef traditionnel dans le Mbam et Inoubou, un département de la région du Centre au Cameroun.







  • BIOLITT… Nicole Bouquet MBALLA, auteure camerounaise

    Nicole Bouquet Mballa est née  en Allemagne  de parents  camerounais.  Après des études en Sciences et techniques de la communication et de journalisme en France et au Japon, elle collabore à Forbes Magazine, Daily Yomiuri Japan  et  au magazine panafricain Amina dont elle sera la correspondante en Asie, en Californie et au Congo. Membre de l’association panafricaine des journalistes, elle est également critique littéraire et préfacière.

    Elle est l’auteure de deux recueils de poèmes : Les Etoiles Une à Une ; L’Etoile est ma demeure, qui lui a valu en 2023, le Prix Tchicaya U’TAMSI de poésie ;  et d’un roman, Les calebasses brisées publié aux Editions L’harmattan, prix Tchikounda  2016. Elle a également collaboré à deux ouvrages collectifs.

    Titulaire d’un MBA de l’école de commerce de Paris, elle travaille comme Directrice commerciale dans une entreprise.