
Hdh ou Fdf ? débute par une scène familière : deux hommes, Coco et Caca, discutent entre eux. Caca se met à parler des coups qu’il inflige à son épouse, comme d’une chose presque ordinaire. Pour lui, sa femme est « têtue », et les gifles sont une manière de rétablir l’ordre qu’il croit naturel. Coco, lui, refuse cette logique. La conversation tourne alors à un affrontement entre deux façons de concevoir la relation conjugale : l’une fondée sur la domination, l’autre sur le respect.
Jean-Pierre Noël BATOUM, prêtre et auteur de plusieurs textes, a choisi d’entrer dans son sujet par le dialogue. Un choix efficace, parce qu’ainsi Caca se révèle par ses propres mots. Il n’a pas besoin d’être présenté comme un homme violent : sa façon de parler de sa femme et de justifier les coups suffit. Coco, avec sa position directe et parfois provocatrice, s’engage tout de suite à obliger Caca à vraiment regarder ce qu’il fait. Il ne se contente pas de reprocher à Caca de frapper sa femme, il pointe la contradiction de cette prétendue force : pourquoi celui qui se dit fort ne l’est-il que devant une femme ?

L’opposition de perception entre les deux hommes porte une bonne partie de la tension de cette nouvelle de 18 pages.
Jean-Pierre Noël BATOUM ne s’arrête pas dans cet échange entre Coco et Caca ; il élargit le problème vers un groupe plus grand. Caca ne doit plus seulement répondre de ses actes devant son épouse et Coco, ses collègues décident eux aussi de prendre leurs distances. Personne ne vient plus à sa rencontre. Les plaisanteries disparaissent, les salutations aussi. Si une chaise reste libre, Caca sait qu’elle ne lui est pas destinée. Lui qui avait l’habitude de s’intégrer dans les discussions de groupe sans avoir à y penser, est mis à l’écart comme un déchet nauséabond. Caca découvre ce que signifie être rejeté par ceux dont il attendait jusque-là reconnaissance, amitié. La solitude devient peu à peu concrète.
Coco, son supérieur hiérarchique, prend pourtant soin de ne pas transformer cette exclusion en règlement de comptes. Il veille à ce que Caca continue de percevoir son salaire. Car même si son but est de condamner la violence et faire prendre conscience à Caca, il ne souhaite pas précipiter sa famille dans la difficulté.
Caca est de plus en plus triste, abattu… Chez lui, il ne commande plus. L’ogre a disparu. Il est l’ombre de lui-même. Son silence contraste fortement avec le personnage des premières pages. L’homme qui occupait tout l’espace domestique par sa colère ne sait plus quoi faire de cet espace, maintenant que les autres ont cessé de se soumettre à sa présence.

Son épouse, elle, reste attentive à ce changement. Elle s’inquiète. Elle ne se réjouit pas de voir son mari perdre son pouvoir. Même si elle souffrait de ses insultes et de ses violences, sa vie reste liée à la sienne. Une attitude contradictoire retrouvée chez plusieurs femmes qui vivent des violences conjugales au quotidien.
Caca n’en peut plus d’être ignoré. Son rendement au travail en prend un coup. Il a peur de perdre son travail. Convoqué par Coco, c’est tout abattu qu’il dit que son travail est tout ce qu’il lui reste. Et sa femme alors ? Et ses enfants ? Que représentent-ils pour lui ? Coco, agissant comme les propriétés du fruit qui porte le même nom, apaisé tout de suite le cœur et les pensées de Caca, qui comprendra cette leçon d’isolement qui a failli le « tuer ». Et par une suite d’événements, Coco et les collègues décident de l’accepter à nouveau dans le groupe, à condition qu’il s’engage à faire partie de leur communauté de HH.
Cette dernière partie assume davantage l’humour et le jeu autour des mots. Aux « Fdf », Coco oppose les « HH ». Derrière cette invention, Hdh ou Fdf ? propose une autre idée de la virilité. La force n’est plus celle qui contraint une femme à obéir, elle devient une affaire de responsabilité, de maîtrise de soi et de respect. En outre, La création annoncée de la « Communauté des HH » fait de cette idée une dimension collective. Les collègues décident de mettre désormais en quarantaine ceux qui violentent leurs compagnes. Le changement ne repose donc plus uniquement sur la prise de conscience individuelle de Caca : c’est désormais une règle de conduite entre hommes. Et contrairement à ce qui se vit très souvent, ici, l’entourage cesse d’être spectateur et choisit de prendre position.
Le jeu de mots autour du nom « Caca » est d’un grand humour dans cette histoire qui aurait facilement pu devenir uniquement tragique. L’auteur a sûrement pensé que les violences subies par sa femme l’étaient déjà assez. Toutefois, le rire des personnages ne fait pas disparaître ce qui vient d’être vécu : c’est juste un accompagnement pour une intégration saine de Caca dans le groupe des HH.
On le dit trop peu, mais avant même les questions de mariage ou d’autorité, il faut reconnaître en la femme un être humain digne de respect. Entre le Fdf et le HH, il ne s’agit pas seulement de choisir une étiquette. Il s’agit de choisir entre être celui qui cherche à dominer ou être celui qui accepte de reconnaître à l’autre sa dignité.
Hdh ou Fdf ? se lit sous un langage accessible, des dialogues vivants et une situation qui permet à l’auteur d’aborder les violences faites aux femmes sans transformer la nouvelle en discours théorique. L’humour, les expressions familières et les jeux de mots donnent à ce texte une tonalité qui correspond à son propos et qui, surtout, permet à plusieurs personnes de s’identifier.
La construction du personnage de Caca est captivante. Au début, il croit que son autorité lui donne des droits sur sa femme. À mesure que son entourage lui retire son soutien, cette certitude se fissure. Il découvre que la violence qui lui semblait être une preuve de force l’a finalement isolé de ceux dont il avait besoin. Il se brise. Et dans cette nouvelle, la prise de conscience passe moins par un discours que par l’expérience du rejet, du silence et de la solitude. La violence conjugale n’y est pas une affaire enfermée entre quatre murs, entre les familles, avec un « shut ! » comme credo.

Avec cette nouvelle, Jean-Pierre Noël BATOUM prouve que les amis, les collègues, le cercle masculin ont aussi une part dans ce qui se joue dans les foyers où règne la violence. Car fermer les yeux et se dire qu’un cri de femme ne nous concerne pas permet à la violence de grandir. Il est crucial que chaque cercle autour de tous ces « Caca » leur rappelle qu’il n’y a pas d’espace dans les codes de lois pour un article qui légitime la violence.
A travers l’expérience de Caca, chaque homme devrait réapprendre quelque chose de très simple : vivre avec une femme ne signifie pas avoir du pouvoir sur elle. Le respect n’est pas une concession faite au conjoint ; il est le point de départ de toute relation qui prétend durer. En ceci, on a l’impression de recevoir les conseils non plus de l’écrivain, mais du prêtre. En effet, il ne surprend pas avec les solutions, il construit une idée qui permet à l’humain de comprendre pourquoi il est accusé, d’accepter sa faute et de choisir délibérément et consciemment de suivre désormais le bon chemin.
Toutefois, nous aurions bien voulu voir Caca se repentir auprès de sa famille… Hélas, il s’agit d’une nouvelle, à nous d’être des écriveurs de suite.

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Pauline M.N. ONGONO
