Bonjour, madame et merci de vous livrer à ce jeu de questions. Vous êtes enseignante et auteure d’un roman depuis 2022. Comment vous qualifiez-vous en tant qu’auteure ?
C’est toujours difficile de se qualifier soi-même. Je dirais que ça part d’abord d’un besoin d’écrire, puis d’inviter le lecteur à regarder, avec mes personnages, un ensemble de petites choses qui nous entourent.
« Almoyan » est votre premier livre. C’est un roman de 139 pages et dix chapitres au cours desquels des chemins se suivent, se croisent, s’entremêlent… Au-delà de la fiction, quel est l’envers du décor de ce livre ?
L’envers du décor, c’est nous-mêmes, la manière dont nous regardons les autres, la manière dont nous nous regardons nous-mêmes, avec nos prétentions et nos faiblesses, quelques fois.
Un building au sommet infini qui semble vouloir engloutir des enfants noirs constitue l’essentiel de la première de couverture. Une manière de présenter en image les défis et les difficultés des jeunes africains à accéder aux sommets ?
Effectivement. Le roman vit /vibre au rythme de la jeunesse. Une jeunesse dynamique et optimiste, qui réussit grâce à l’empathie des uns et des autres. «Almoyan», c’est le triomphe de la solidarité. Et la jeunesse a tant à donner.
En cinq points, pourquoi lire « Almoyan » ?
– Pour lire un livre optimiste. – Pour lire un roman qui parle de nous. – Pour voir comment la fiction et la réalité se mêlent au point de nous donner l’impression de reconnaître des lieux, des personnages, des situations, etc. – Pour poser un regard sur les «enfants de la rue», et sur des lieux abandonnés ou ignorés. – Pour le plaisir de lire un roman intense et qui nous tient en haleine.
Vous avez récemment mené un échange avec trois jeunes lecteurs, à Yaoundé, autour de « Almoyan ». Au lendemain de cet échange, avez-vous l’impression que vos objectifs d’écriture les aient atteints ?
Je dirais oui, parce que leurs questions et leurs remarques ont montré que le roman est accessible, même aux jeunes lecteurs. Ils ont même dit qu’ils auraient préféré un autre titre au roman, au lieu de «Almoyan». C’est la preuve qu’ils ont trouvé ce roman intéressant.
Votre dernier mot ?
«Almoyan» est un roman qui doit être lu par tous. La jeunesse, les hommes d’affaires, les petits vendeurs de tout et de rien, les parents, les gouvernants… Tout le monde se sentira concerné. Je vous remercie.
Jusqu’au 15 novembre 2023, contribuez à la réalisation de la deuxième édition du SALAFEY!
Animés par une passion inébranlable pour l’éducation des enfants africains par le livre et la lecture-plaisir, Les librairies M’Wina for Book kids en partenariat avec les associations littéraires et entreprises Ônoan, ACOLITT, M’Wina Initiatives, GovStudio, ont lancé, il y a un an, le Salon du livre africain pour enfants de Yaoundé (SALAFEY). Il s’agissait de trois jours de rencontre, de sensibilisation, de divertissement et de planification autour des livres africains pour enfants, des familles et tous les acteurs de la chaine. Et toute l’année, ils ont exploré des pistes et des activités afin de mettre ces livres entre les mains des enfants.
Mais, comme toute jeune pousse, cette initiative a besoin d’être arrosée afin d’aller plus loin et bâtir la génération d’enfants africains que nous voulons, avec une identité culturelle positive.
Ces acteurs de la littérature croient fermement que c’est en travaillant ensemble que seront bougées les lignes de la littérature Jeunesse afrodescendante. Ils souhaitent par cette initiative mettre à disposition le maximum de livres jeunesse diversifiés et inclusifs où les enfants pourront se représenter et grandir avec une forte confiance en soi.
Ils ont besoin de vous, de votre soutien et de votre engagement pour cette mission de longue haleine.
Nous vous invitons à vous joindre à ce projet, pour créer cette société solide qui nourrit ses enfants de ses valeurs, les prépare à atteindre leur plein épanouissement et leurs ouvre les portes d’un avenir prospère.
Chacune des contributions compte pour ce projet. Chaque partage est une opportunité.
Rejoignez cette initiative jusqu’au 15 novembre prochain, pour réunir les ressources et donner des moments de joie aux enfants.
APPEL À PARTICIPATION
OPTIONS DE CONTRIBUTION
✅ Orange Money : +237698591740 (Nadine Charlotte MEKOUGOUM)
✅ Mobile Money : +237673662503 (Nadine Charlotte MEKOUGOUM)
✅ MoneyGram, WorldRemit (MEKOUGOUM Charlotte Nadine / +237698591730 / +237673662503)
Innocence coupable, recueil de sept nouvelles présentant diverses situations dévoilant l’intimité des couples chrétiens, invite à porter un regard nouveau sur ces mariages fortement ancrés dans la Bible et entendus comme des modèles de droiture dans lesquels ni les fantasmes ni les distorsions n’ont de place.
Coupable jusqu’au bout de la passion
« Pourquoi n’êtes-vous pas encore mariée, Véra ? La jeune femme répondit très naturellement : Sans doute parce que je n’ai pas encore rencontré celui qui me convient. » Quelle peut bien être la place de la convenance face aux propositions que Dieu lui-même fait à ses brebis, quand il attend d’elles qu’elles peuplent cette terre qu’il leur a confiée. L’amour ici sait être le champ de toutes les vertus sombres, et ce texte regorge de goûts et de couleurs dont on ne saurait discuter.
Innocence coupable, recueil de sept nouvelles présentant diverses situations dévoilant l’intimité des couples chrétiens, invite à porter un regard nouveau sur ces mariages fortement ancrés dans la Bible et entendus comme des modèles de droiture dans lesquels ni les fantasmes ni les distorsions n’ont de place. Ce texte franchit une frontière qui pousse à soupçonner l’indiscrétion d’une plume dévorée par les brûlantes flammes d’une « inspiration débridée ». Le crime de son innocence est d’être coupable de cette authenticité que chaque lecteur espère autant qu’il la redoute, tant elle est imprégnée de tous les parfums envoûtants et enivrants.
Un recueil d’une liberté passionnée
Quand Yvette Angèle Tjomb rencontre l’analyste littéraire Ray NDEBI pour lui soumettre son manuscrit, le texte a déjà la particularité de convaincre par son audace, nous confie ce dernier ; il ne fait alors aucun doute que cet ensemble de scènes conjugales où se mêlent diverses facettes de la passion, dont les sombres : violence, jalousie, adultère, humiliations, ruptures, luxure, sont exprimées sans complexe aucun ni crainte de Dieu, fondement de ces couples unis sous sa direction.
Yvette Angèle TJOMB, auteure camerounaise
Innocence coupable, paru aux éditions de midi en avril 2023 dans la collection Libertés, a particulièrement retenu l’attention de ce premier lecteur (Ray NDÉBI) à l’exigence réputée insubmersible, qui en a dit : « Il était temps que quelqu’un pousse cette porte… Il me tardait de voir ce que font ces couples quand la société ne les regarde pas »
Une écriture humaine
D’une simplicité naturelle, la plume d’Yvette Angèle Tjomb trace de son encre épaisse de détails ces émotions ordinaires qui composent la vie de tous les couples ; la foi chrétienne apparaissant comme un rappel des responsabilités à l’égard de l’intégrité de la vie. Si l’autrice reconnaît que chérir ou fouler font partie du naturel humain, de l’instinct primaire, elle accorde une place primordiale à Dieu, socle de toute expression. Il lui revient donc de démêler toutes les embrouilles que vont vivre les couples, comme Danielle et Ernest où la violence est sans mesure.
Quelle nécessité pour la société?
Là où on fait le tri entre ce qu’il est bon de dire et ce qui incommode et qu’on devrait voiler le plus longtemps possible, Innocence coupable se tient comme le livre autre, celui dont on se refuse l’inspiration surtout quand on est soi-même chrétien investi dans la prière et la foi.
Une telle lumière sur ce coin obscur indique combien la nature humaine est conditionnée par la même identité, peu importent les contextes et les conditions. Les perspectives suggérées par Yvette Angèle TJOMB au long de ses 164 pages, visent une expression de soi selon sa propre nature avec une résolution de conflits capable d’établir une sérénité avec une espérance de vie plus étendue. Un vrai guide de soi à explorer et exploiter sans modération.
Xander A.
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Les inscriptions au concours Les étoiles de l’édition camerounaise, édition 2, s’achèvent le 29 septembre 2023 à 15h30. Retrouvez le règlement intérieur ici : https://m.facebook.com/story.php?story_fbid=10230196738083059&id=1252600675&mibextid=Nif5oz
Jury de la deuxième édition de Les étoiles de l’édition camerounaise
L’on se rend bien compte qu’être chrétien ne nous dispense pas de difficultés ni de défauts.
Bonjour, madame et merci de vous prêter à ce jeu de questions. Qui est Yvette Angèle TJOMB ?
Yvette Angèle est cadre d’administration du corps des Conseillers de Jeunesse et Animation. Je suis une passionnée de sport, de danse, de la musique que j’exerce en tant qu’artiste musicienne chanteuse gospel auteur compositeur du groupe TYAAL. J’adore aussi la littérature et tout ce qui tourne autour.
Une belle vie artistique… Vous êtes l’auteure du récent recueil de nouvelles « Innocence coupable ». Le titre, deux antonymes ; l’image de couverture, un symbole de piété et un autre de « débauche ». Dites-nous en plus.
« Innocence coupable » est un titre oxymorique qui force l’attention. Il traduit tout simplement la réalité des interactions humaines et plus particulièrement celle des couples. Pour ce qui est de la première de couverture, elle est une conjugaison d’indices qui vous orientent sur le contenu du recueil. La femme ici est symbole non de débauche ni de luxure, mais d’amour et de sensualité qui sont des dons divins qu’elle exprime et vit en s’appuyant sur la croix qui elle, est symbole des principes divins.
Paru en 2023 aux Éditions de midi (Yaoundé)
Sept nouvelles et sept cas de difficultés dans les couples. Et les lire montre surtout que vivre pleinement sa chrétienté – le volet phare de ce recueil – n’empêche pas d’être violent ou d’avoir des désirs sexuels prononcés ; toutes ces choses qui sont généralement qualifiées de péjoratifs. Que signifie donc vivre pleinement sa chrétienté ?
En effet, il s’agit bien de sept nouvelles et de sept expériences différentes. Les principes véhiculés dans chacune des nouvelles, bien que bibliques, sont universels, applicables à toute religion sérieuse. L’on se rend bien compte qu’être chrétien ne nous dispense pas de difficultés ni de défauts. Par contre, vivre pleinement sa foi nous équipe pour les gérer, les surmonter et pourquoi pas nous y soustraire. Et c’est toute la différence entre l’adhésion intellectuelle à une religion et un engagement de cœur à se soumettre à Dieu. Ainsi, vivre pleinement sa foi ramène à la quête permanente d’atteindre le standard de Dieu dans tous les aspects de sa vie, notamment son caractère, ses principes de vie, sa sexualité puisque nous parlons de couple, etc.
Permettez que je vous propose mon bref aperçu de la couverture de « Innocence coupable ». Une pomme rouge portée à la bouche d’une femme moderne vêtue d’une robe courte rouge, qui tourne le dos à la croix. Un symbole de relâche, de déception, d’un témoignage de ras-le-bol des nombreux préceptes religieux qui ne protègent pas toujours du malheur. Derrière elle, des collines de couleur rouge : la vie, c’est une succession de hauts et de bas aussi fugaces que ces nuages de la même couleur. Une étendue rose qui symbolise peut-être la beauté primaire du mariage qui ne demande qu’à être foulée ? Et le soleil, une lumière, une main tendue, pour sortir le jadis innocent des ténèbres de la culpabilité ? Rejoignez-vous cette brève analyse de la couverture ?
Il est vrai que l’on peut lire 9 ou 6 selon le repère qu’on a. Du bon côté du chiffre, on voit une femme sensuelle savourant un plaisir qui va au-delà de la pomme qu’elle mord, avec une liberté qui lui est offerte par les principes divins sur lesquelles elle s’appuie ; symbole de confiance et d’harmonie avec le Créateur. Le soleil, un horizon d’espoirs. A ces quelques détails près, je suis d’accord avec le reste.
Yvette Angèle TJOMB, quel est votre dernier mot ?
« Innocence coupable » est un recueil riche en opportunités d’usages pour le lecteur. Il réconcilie en l’homme le corps, l’âme et l’esprit pour son équilibre et son épanouissement. Je le recommande à tous les acteurs de la promotion du bien-être des couples, à tous les consommateurs et futurs consommateurs de l’amour en couple et à tous ceux qui peuvent être exposés à un niveau d’informations considérable sur l’intimité sexuelle. Bonne lecture à tous !
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C’est sur place, en découvrant le parterre d’invités prestigieux qu’il y avait, en dehors des candidats, que j’avais compris que la DG Christelle Noah ne plaisantait pas. Elle avait mis les petits plats dans les grands. Et quelle ne fut ma joie lorsque je reçus le prix des mains du Ministre Grégoire Owona ; tout simplement inoubliable...
Bonjour, Arthur Bilounga et merci de participer à ce jeu de questions. Comment vous présentez vous ?
Bonjour à vous. De mon nom complet, je suis Bilounga Arthur Nathan, jeune Camerounais né dans la ville de Yaoundé, capitale de mon pays. Je suis un passionné de littérature depuis ma plus tendre enfance, car, entouré de personnes qui lisaient énormément. Malgré des études dans le domaine de la finance, ma plume n’a jamais été bien loin, me permettant ainsi de mieux exprimer ce que je pense du monde qui m’entoure.
Vous êtes l’auteur du roman « Bozayeur » paru aux éditions ECLOSION. De quoi s’agit-il ?
« Bozayeur » est un roman réaliste, quoique fictif, relatant les aventures du jeune BIKOÉ Junior, qui a décidé d’aller voir si l’herbe n’est pas plus verte ailleurs, au travers de l’immigration clandestine, qui doit le conduire du Cameroun pour l’Europe, avec tout ce que cela comporte comme dangers, etc. Ce roman est également un hommage à un grand ami à moi, qui a décidé d’immigrer clandestinement en Europe, et qui m’a énormément aidé dans mes recherches pour l’écrire.
Parlant de ECLOSION, vous êtes avec ce roman, le premier prix de la « catégorie roman » de la première édition du prix littéraire OSÚ qu’elle promeut. Racontez-nous votre aventure OSÚ.
A chaque fois que j’y pense, j’ai toujours l’impression qu’il s’agit d’un rêve (rires). C’est par hasard, en suivant le journal sur Canal 2 international, que je suis tombé sur l’annonce du concours littéraire OSÚ. Il ne me restait environ que deux mois avant la fin du dépôt des manuscrits. J’avais déjà une idée de quoi j’allais parler dans mon roman, et je me suis tout de suite mis au travail. Ayant ma résidence à Ngaoundéré, je profitai d’un court séjour à Yaoundé pour déposer mon manuscrit au siège de la maison d’édition Eclosion. Un petit doute persistait néanmoins quant au sérieux de ce concours (rires). C’est un soir de décembre, sur la page « Le quatrième pouvoir » sur Facebook où j’avais été tagué par un ancien camarade de l’IRIC, que je découvris avec bonheur ma nomination pour le prix. J’avais déjà complètement oublié l’autre là (rires). J’avais dû prendre une petite permission le jour J afin de venir prendre part à la remise des prix au Djeuga Palace de Yaoundé. C’est sur place, en découvrant le parterre d’invités prestigieux qu’il y avait, en dehors des candidats, que j’avais compris que la DG Christelle Noah ne plaisantait pas. Elle avait mis les petits plats dans les grands. Et quel ne fut ma joie lorsque je reçus le prix des mains du Ministre Grégoire Owona ; tout simplement inoubliable (rires).
Quel est votre regard sur la littérature Camerounaise et la littérature au Cameroun ?
Le Cameroun a toujours regorgé de grands talents sur le plan littéraire, et ce sont les œuvres de ces derniers qui ont longtemps bercé mon enfance. Grace à ces romans lus, j’avais une certaine conception du monde, au travers de ces artistes de la plume. Malheureusement, l’ère du numérique semble avoir tout chamboulé. Les jeunes ne jurent plus que par des applications sur leurs téléphones qu’ils n’utilisent pas toujours à bon escient. Les jeunes ne lisent plus, et préfèrent du tout fait sur leur écran de téléphone, de téléviseur et autre. La littérature au Cameroun va mal. J’espère qu’avec les quelques irréductibles qui restent, surtout sous l’impulsion de passionnées comme Mme Noah, la littérature camerounaise va renaître de ses cendres.
Quel est votre mot aux acteurs du livre Camerounais ?
Je leur demande de ne pas abandonner. Et j’espère qu’ils pourront recevoir dans l’avenir, une franche aide des hautes autorités, afin de permettre aux livres de retrouver leur place dans chaque foyer Camerounais.
Au moment où je décide de trouver un éditeur local, je vois, un soir, une publication sur Facebook annonçant le prix ÓSU. Me rapprochant des organisateurs, je reçois des informations satisfaisantes. Je soumets bientôt mon tapuscrit, je suis retenu parmi les concurrents. Et enfin lauréat. Euphorie…
Bonjour, William TIMMA et merci de participer à ce jeu de questions. Comment vous présentez-vous ?
Bonjour ! Merci… Je vous emprunte le nom William Timma, Camerounais, je suis passionné de littérature et adepte du beau. Le beau comme la beauté des cheveux, le beau comme la beauté des mots, le beau comme la beauté l’art, de l’âme… Le beau, surtout dans l’éthique. Tout ce qui est beau l’emporte. J’embrasse les mots dans la nuit calme et boudeuse. Le jour, je me laisse emporter par les cheveux. Je m’endors donc entre les cheveux, l’art et les mots. Estheticien-coiffeur, je suis enseignant de coiffure professionnelle. J’aime le beau…jaime les mots.
Vous êtes l’auteur du recueil de poésie »Enfance effacée » paru aux éditions ÉCLOSION. De quoi s’agit-il ?
« L’enfance effacée » est un recueil de 25 poèmes mettant en lumière les injustices que subissent les enfants. Nous parlerons des violences physiques et psychologiques, la guerre, le travail des enfants, le viol et j’en passe. « L’enfance effacée » se présente surtout comme une thérapie, une porte de sortie bien ouverte, qui arrive au secours des victimes de ces différents maux. En toute situation, on peut déposer les séquelles sur les épaules du passé, soit vivre avec les blessures du passé.
Parlant de ÉCLOSION, vous êtes, avec ce recueil, le lauréat de la «catégorie poésie» de la première édition du prix littéraire ÓSU qu’elle promeut. Racontez-nous votre aventure ÓSU.
En 2018, lorsque je décide de coucher des mots sur du papier, je suis animé par des désirs les plus fous. L’écriture pour moi étant une thérapie avant tout, je voulais à tout pris être lu. Rencontrant quelques aînés du milieu littéraire, ils feront naître d’autres désirs et pas des moindres : se faire des sous avec l’écriture en me conseillant de choisir l’autoédition si je voulais réussir le challenge. Je me prépare et m’y lance donc en 2020 avec mon premier roman « Les cris étouffés » publié sur amazon en juin de cette même année.
Sans que le temps ne passe, je me suis rendu compte des défaillances de ce choix. Les gens autour de moi manifestent aussitôt la volonté de lire ce livre. Quand je leur demande d’aller sur amazon, c’est très complexe, surtout dans un environnement où peu de personnes utilisent des portes monnaie électroniques. J’ai bien plus, compris qu’il sera difficile d’aller chercher un livre sur amazon pour l’enseigner à un enfant. Ma cible est donc loin d’être atteinte. Au moment où je décide de trouver un éditeur local, je vois, un soir, une publication sur Facebook annonçant le prix ÓSU. Me rapprochant des organisateurs, je reçois des informations satisfaisantes. Je soumets bientôt mon tapuscrit, je suis retenu parmi les concurrents. Et enfin lauréat. Euphorie…
Quel est votre regard sur la littérature camerounaise et la littérature au Cameroun ?
D’abord, la littérature camerounaise est riche et variée. Le Cameroun regorge de très grands auteurs qui feront toujours son bonheur. Notre littérature ne mourra pas de faim. Cependant, le véritable acteur du livre étant le lecteur, je pense que nous écrivons assez, tout en lisant très peu. L’auteur devrait toujours être le premier lecteur. Je pense que les auteurs camerounais doivent davantage se soutenir.
Ensuite, la littérature camerounaise serait malade. Je vais au conditionnel, parce que n’ayant pas encore lu une jeune plume ayant fait les choux gras des médias tout dernièrement. Le livre est un vecteur de changement et donc une arme que l’auteur utilise pour tuer les maux et bouger les lignes à sa manière. La littérature transcende l’espace et le temps. Il serait criminel d’imposer à un auteur une zone géographique à s’y intéressé, des thèmes à aborder ou non dans son livre. Contraindre un auteur d’édulcorer son récit, c’est voler à la littérature sa substance. Ici, loin de moi de dire que la littérature ( le roman dans ce cas) n’a pas de règles. Du moment où notre littérature ne corrompt pas les bonnes mœurs, on devrait la juger sur la forme.
Quel est votre mot aux acteurs du livre camerounais ?
Aux acteurs du livre camerounais, toute mon admiration. Merci à toutes ces personnes qui font bouger les lignes… Merci aux agences littéraires qui ne ménagent aucun effort pour que brille la littérature camerounaise de mille feux. Aux éditeurs qui mettent leur moyens en jeux, aux promoteurs qui n’ont plus de vie, aux critiques qui ne ferment pas les yeux, aux lecteurs à qui nous renouvelons notre gratitude. Merci à ACOLITT qui n’hésite d’aller fouiller les coins et recoins pour donner la parole aux auteurs qui, quelques fois, n’ont aucune issue. En deux mots ou plutôt cinq : merci aux acteurs du livre.
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La troisième édition du prix littéraire ÓSU est lancée. N’hésitez pas à tenter votre chance.
J’avais déjà évacué tout cela de mon esprit lorsque j’ai reçu l’appel d’Eclosion m’annonçant que mon roman avait été sélectionné pour la suite de l’aventure. C’était comme un rêve qui devenait réalité.
Bonjour, Jocelyne EBANGA et merci de participer à ce jeu de questions. Comment vous présenterez-vous ?
Je suis Jocelyne EBANGA, née à Elat-minkom et membre de la congrégation des Filles de Sainte Marie de la Présentation depuis 2013. Je viens d’une famille chrétienne et nombreuse.
Vous êtes l’auteure du roman «Née dans le Mboko : Fille d’une nanga » paru aux Éditions ÉCLOSION. De quoi s’agit-il ?
Le roman « Née au mboko » retrace le quotidien des enfants de la rue et dans la rue, les raisons qui les amènent à adopter ce style de vie et les difficultés auxquelles ils sont confrontés au quotidien. Par ailleurs, le roman célèbre la vie. En effet, la vie est sacrée et toute vie a de la valeur. Au-delà de la vie des enfants de la rue, le roman dénonce les fléaux comme le viol, les rites de veuvage humiliants et l’avortement.
Parlant de ÉCLOSION, vous êtes, avec ce roman, la lauréate du troisième prix dans la catégorie roman de la première édition du prix littéraire ÓSU qu’elle promeut. Racontez-nous votre aventure ÓSU.
En 2021, je suis tombée sur la rediffusion du journal de canal 2 et l’un des reportages portait sur le concours ÓSU. Le lendemain, j’ai effectué quelques recherches sur internet et j’ai copié l’adresse mail et le contact de la maison d’édition. Quelques jours après, je me suis présentée dans leurs bureaux et je me suis inscrite pour la première édition du concours. C’était au mois de novembre. J’ai attendu qu’ils me rappellent, mais en vain. J’avais déjà évacué tout cela de mon esprit lorsque j’ai reçu l’appel d’Eclosion m’annonçant que mon roman avait été sélectionné pour la suite de l’aventure. C’était comme un rêve qui devenait réalité.
Quel est votre regard sur la littérature camerounaise et la littérature au Cameroun ?
C’est une question très vaste. Je dirais que la littérature camerounaise est riche et en plein essor avec de nouveaux auteurs, des thématiques variées. Cependant, on note les difficultés d’édition, de visibilité, de lecteurs parce qu’en général, très peu d’Africains lisent, surtout les jeunes.
Quel est votre mot aux acteurs du livre camerounais ?
Les auteurs camerounais tels que DJAILI Amadou Amal, MONGO Béti, Séverin Cécile ABEGA, Engelbert MVENG, Ferdinand OYONO ont bercé ma jeunesse. Tout ce que je peux dire aux auteurs camerounais, c’est de continuer à enseigner par leurs écrits. Je souhaite aussi qu’ils soient plus nombreux à s’engager dans une littérature plus engagée.
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La troisième édition du prix littéraire ÓSU est lancée et court jusqu’au 31 décembre 2023. Ci-dessous, des informations. Pour plus d’informations, appels, WhatsApp et mails par les contacts sur les affiches.
« Mon enfant, ma vie » est un essai de la psychologue Rosine YEMELE qui a paru en 2021 aux éditions Éclosion. Il compte 110 pages regroupées en treize chapitres organisés en deux parties.
L’éducation de l’enfant est une tâche pas du tout facile. S’y pencher tel que l’a fait notre auteure est un acte à saluer.
Les transformations de la société africaine, confrontée au quotidien au modèle de vie occidentale, rend la chose encore plus complexe. Le parent-éducateur est donc confus, désemparé et trouve dans les textes comme celui de notre auteure une sorte de boite à outils pour ce travail à plein temps qu’est l’education de l’enfant.
Dans ce texte facile à lire parce qu’écrit avec des termes précis et concis, l’auteure présente dans le préambule qui précède les 13 chapitres, la méthodologie utilisée pour la rédaction de cet essai. Celle-ci va de la collecte des données auprès de parents dans différents fora pour cerner la « problématique de la perception » qu’ils ont de leurs progénitures. Ceci amène le lecteur au plat de resistance qui commence avec la première partie du livre qui s’intitule : « QU’EST-CE QU’UN ENFANT? ».
Dans les dix chapitres que compte cette partie, l’auteure donne les clés permettant de comprendre ce qu’est effectivement un enfant. De façon plus précise, elle renseigne le lecteur sur comment pense, communique, agit, réagit et apprend un enfant. Il est également aborder la question sur comment l’entretenir, sur les besoins, les difficultés, les désirs de l’enfant et ce qu’on peut attendre de lui. À cette partie très dense succède la seconde qui comporte quant à elle trois chapitres: « COMMENT EDUQUER SON ENFANT PACIFIQUEMENT ».
Comme l’annonce ce titre, l’auteure propose ici quelques astuces et conseils pour mener à bien cette tâche.
Aujourd’hui, l’éducation des enfants est un domaine très prisé avec l’évolution des sciences sociales. La société moderne est de plus en plus complexe et les enfants doivent être préparés à affronter les défis de demain.
Le parent- éducateur, face à ce challenge, est partagé entre espoir et incertitude. Pour pallier cette situation, la psychologue Rosine YEMELE, à travers son livre « Mon Enfant, Ma vie » propose des astuces. Au-dela de l’aspect structurel du livre, il nous apparait d’entrée de jeu que l’auteure essaye d’exposer, selon les disciplines, les concepts centraux qui permettent de définir et surtout de saisir ce qu’est « UN ENFANT ». Une chose pas tout à fait facile. Selon Rosine Yemele, « l’enfant est un être humain à part entière, de petite taille, qui a besoin de son entourage, avec qui il faut cohabiter, échanger. C’est également un être à former, à éduquer, à enseigner ; pas parce qu’il est ignorant de tout, mais parce qu’il a besoin de soutien intellectuel. » (p.19-20). L’auteure estime que l’enfant aurait une certaine « maturité cognitive » généralement imperceptible par les parents qui pourraient facilement influencer son ‘’Devenir’’ : d’où la nécessité de comprendre son « raisonnement », qui varie selon les tranches d’âges. « De 0-à 2 ans, l’enfant fonctionne selon le principe du ‘’Ça’’, ses désirs seraient des ordres. De 2-3 ans, c’est le ‘’Moi’’, il commence à prendre conscience de son individualité, il comprend qu’il est LUI et sa mère est ELLE. De 3-5 ans, le ‘’Surmoi’’, il intègre les règles et normes de fonctionnement de son environnement. De 5-8 ans, l’enfant est plus ouvert, il s’exprime et écoute. Enfin de 8-10 ans, il est capable de tenir un raisonnement logique et faire un choix ». (p.23-32).
Rosine YÉMÉLÉ, auteure et psychologue camerounaise
Mais cette arithmétique semble trop simpliste pour appréhender l’intellect d’un être dynamique, évolutif, à notre humble avis. Dans les chapitres 3 et 4, elle mentionne le fait que l’adulte traite l’enfant sans aucune considération pour sa personnalité. D’après elle, ceci est causé par l’incompréhension de ses besoins surtout quand celui-ci s’exprime par des : « cris, pleurs, gestes, balbutiements, formulations des phrases » (p.35-38). De plus, le parent néglige également de prendre en compte « des attitudes comme tout mettre dans la bouche, sucer une partie du corps ou reproduire ce qu’il ne sait pas mauvais, que le parent trouve déplacé » (p.41-44). Il faut souligner que Rosine Yemele mentionne avec force le fait que le processus d’apprentissage chez l’enfant qui commence dès le sein de sa mère se poursuit tout au long de son évolution, ainsi que le besoin permanent de se sentir « aimé » de ses parents, le prépare à affronter les conflits. Chaque enfant a un rôle à jouer. Le monde des adultes est construit sans enfant, égoïstement, sans une véritable attention à leur être propre. Pourtant, l’enfant et l’adulte n’ont pas les mêmes besoins, ne vivent pas au même rythme. De ce fait, leur coexistence est parfois difficile. Ce qui sera traité en deuxième partie.
La deuxième partie que nous trouvons déséquilibrée structurellement par rapport à la première se consacre à ce que l’auteure appelle l’éducation pacifique. C’est le lieu de proposer quelques préalables pour que le processus de ladite éducation soit harmonieux. Tout d’abord, Rosine YÉMÉLÉ suggère que le parent doit se connaitre (qualités, défauts, tempérament), et faire preuve d’une maitrise de soi. Ensuite, il est impératif pour lui de connaitre son enfant, ses traits de caractère, ses besoins, et surtout de l’aimer. Ceci doit se faire si possible avec l’apport des conseils et observations d’un spécialiste du comportement. Elle propose également la tenue d’un emploi de temps spécialisé, pour un meilleur suivi. Et enfin, elle rappelle ce qu’est un parent : quelqu’un qui doit éduquer, former, accompagner un enfant dans sa vie, tout en évitant d’être froid ou rigide.
»Noël en contes » organisé par la maison d’édition Éclosion
Le premier rôle attribué à un parent est sans aucun doute l’éducation de son enfant. Cette éducation a en effet pour but de développer les qualités de l’homme qu’il est appelé a être. Dès lors, la première nécessité qui s’impose dans ce processus est avant tout de connaitre la personne à éduquer. L’éducateur est en réalité celui qui aide l’enfant à atteindre la maturité psychique afin qu’il puisse assimiler correctement les valeurs universelles et s’intégrer dans la société.
« Mon enfant, ma vie » propose une approche pacifique pour canaliser, orienter et rehausser les qualités positives de l’enfant. Pour réussir cette mission, le parent doit mettre de côté le « fouet » et la « colère », car l’enfant est un être social en devenir.
Il est aussi important de prendre en compte le fait que dans la culture originelle africaine, l’enfant appartient à toute la société (expérience du passage de main à main) et non plus seulement à ses parents biologiques. Très tôt, confronté à cette diversité d’acteurs à sa charge, il est préparé psychologiquement à une vie tumultueuse.
Aprem’ du livre à l’Institut Goethe du Cameroun (à gauche, l’auteure; au milieu, Arielle DNOUTCHEU ; à droite, Sophie ENGOMÈ)
En lisant l’ouvrage, nous sommes malheureusement restés sur notre faim à plus d’un titre. En considérant le titre, tout lecteur non averti pourrait croire que cet essai offre une vision générale sur des cas pratiques des expériences de plusieurs ménages selon leur statut social, zone géographique ou encore selon leur aire culturelle. Force est de constater que l’essayiste a surtout développé son travail en se basant sur sa simple expérience personnelle et quelques notes générales sur la psychologie du développement de l’enfant. Elle n’a pas pris en compte la diversité et la complexite des situations qui peuvent caracteriser l’enfant. Car, comment étudier l’enfant, sans le situer à l’intérieur de sa culture, de son univers particulier où prédominent telle forme de pensée, tel climat affectif, tel niveau technique, tel mode d’affirmation de soi, tel type de langage ? Devrait-t-on en déduire que l’enfant de Nguelemedounga, de Bamena, d’Ebom-Zout ou de Bastos, d’Etoudi, d’Etoug-ébé ou encore celui en situation de handicap moteur, sensoriel, mental, cognitif, psychique… doivent avoir la même éducation ? Evoluant dans un contexte multiculturel comme le nôtre, n’aurait-il pas été d’un meilleur apport de passer par le miroir de cette richesse pour mieux observer la question de l’enfant et son éducation, afin de proposer des conduites réalistes à tenir pour réussir cette éducation de manière « pacifique » ? Au-delà de toutes ces remarques, « Mon enfant, ma vie » est un appel à l’autorité bienveillante, qui demande aux parents de faire plus d’efforts, de remettre en question leur mode de fonctionnement dans le but de s’adapter convenablement aux besoins de leur enfant. Une autorité qui se voudrait cohérente, ferme et souple; qui répondrait aux besoins de l’enfant en lui transmettant des règles claires. Ainsi, l’enfant comprendra ce qui lui est permis ou interdit. Et comprendra que la règle n’est pas une contrainte, mais une protection.
« Contrairement à ce qu’on peut penser, n’attendez pas qu’un quelconque gouvernement vous donne des emplois, un véhicule (…) C’est une tâche qui incombe à toute personne sérieuse et soucieuse du développement, plus encore aux personnes courages ».
Stéphanie Tchoua ne tarde pas à installer le lecteur dans son univers où se croisent courage, patience et persévérance, ces vitamines de l’esprit sans lesquels toute ambition entrepreneuriale est vouée d’office à l’échec. Les 9 chapitres de « J’apprends, j’entreprends », essai de 86 pages paru aux Editions de Midi, constituent le bréviaire à la lecture duquel s’opère une dissection de l’entreprenariat, ce plafond de verre inaccessible pour beaucoup dans un écosystème national où la fonction publique reste à date l’antre où sont forgées les réussites sociales.
Stéphanie TCHOUA
Stéphanie Tchoua apporte donc un éclairage nouveau qui aide à mieux cerner les arcanes de ce qui n’est pas qu’entreprendre, mais aussi ce pouvoir de faire ce que l’on aime tout en y tirant une marge bénéficiaire et une capacité à disposer de son temps. Dans une écriture à la limpidité avérée, Stéphanie Tchoua escorte son lecteur, une page après une autre, dans les dédales de ce tortueux labyrinthe que constitue l’entreprenariat en le munissant dès le départ des termes qui en structurent le jargon. « L’abécédaire de l’entreprenariat », le quick-off d’une lecture qui s’achève au pied de « Enseigner l’entreprenariat », le dernier chapitre d’un livre dans les pages duquel s’amoncellent des réflexions portant notamment sur le leadership et la reconversion professionnelle, thèmes des chapitres II et VI.
Elle-même opératrice économique et cheffe d’entreprises, Stéphanie Tchoua n’a pas éludé les aspérités auxquelles les femmes sont confrontées dans le secteur de l’entrepreneuriat et propose des solutions inspirées de son vécu personnel. « J’apprends, j’entreprends » n’est pas qu’un vade-mecum où sont figés les secrets que doivent s’approprier les businessmen futés et sans scrupule. C’est aussi un plaidoyer pour une prise en compte des personnes vivant avec un handicap, grandes oubliées des projets de développement et êtres radioactifs à qui les capitaux sont ostensiblement refusés.
Partisante irréductible du développement des ressources humaine, Stéphanie Tchoua réitère aux entrepreneurs autant dans son livre que sur les différentes plateformes auxquelles elle est conviée, ce message dont elle se fait la proclamatrice : « Cherchez la connaissance, n’arrêtez pas d’apprendre avant d’entreprendre ».
Joseph MBARGA est un arracheur de masques. Il scrute les villes et les villages pour obtenir la matière de son œuvre. Et tel un secrétaire balzacien, il dresse le procès-verbal des scènes de vie de ses contemporains. Dans son ouvrage « La faim ne justifie pas les moyens », ed. Proximité, 2022, 60 pages, il recourt au genre de la nouvelle et propose à son lecteur un recueil de onze nouvelles à travers lesquelles, il révèle dans un registre satirique, le train-train des personnages résidant dans la ville de Tissoan Bèè et des villages environnants; personnages souvent compromis par les plaisirs de la table et très souvent désillusionnés par l’ironie du sort. Dès lors, pour comprendre comment se déploie le projet littéraire de Joseph MBARGA, abordons quelques clés thématiques de lecture, et ressortons par la suite les principaux traits caractéristiques de son style.
LES CLÉS THEMATIQUES DE L’ŒUVRE
Les récits qui composent ce recueil ont pour cadre spatial la ville de Tissoan Bèè et les villages environnants. Ce qui frappe à la première lecture de ce recueil c’est : l’omniprésence de la mentalité digestive, le dévoiement du service public et de la puissance publique, et l’ironie du sort qui désillusionne les habitants de Tissoan Bèè et environs.
L’omniprésence de la mentalité digestive Le motif de la faim, explicitement ou implicitement, irrigue ce recueil. Dès la nouvelle liminaire, on voit bien que l’auteur perçoit l’univers de la table comme particulièrement fécond pour sa création littéraire. Ses personnages aiment bien avoir une cuillère ou bien un verre à la main. Les habitants de Tissoanbèè et environs aiment bien les plaisirs de la table, ils aiment s’enivrer de nourriture et de vin. Ces plaisirs de la table ne connaissent ni la classe sociale ni le niveau intellectuel. Au village, par exemple, dans la nouvelle « La chasse tourne au vinaigre», Zoa le braconnier dans sa conversation avec son fils Bouli explique la nécessité de savourer les plaisirs de la table. Il dit par exemple qu’ « il ne faut pas sous-estimer la capacité d’un bon bouillon à remettre les idées bien en place dans sa tête» Le bouillon censé résoudre a priori les problèmes du ventre résout aussi ceux de la tête, pp.50-51.
Le dévoiement du service public et de la puissance publique Tissoan Bèè est une ville du tiers monde. C’est une capitale. Elle est dotée des institutions telles que la mairie, la sous-préfecture, l’université… Elle abrite aussi des instituions diplomatiques. Il s’agit donc probablement d’une capitale politique. Cependant, elle se caractérise par la misère et le désordre, et ressemble à plusieurs égards aux villages enclavés qui l’entourent. La mairie qui est chargée d’aménager la ville pour faciliter la circulation et le bien-être ne réalise pas ce qu’on attend d’elle. Sur la route, comme cela est magistralement affirmé dans « Le coquin cocorico du coa », les automobilistes mènent « un combat acharné contre la route » L’université, quant à elle, chargée d’encadrer les futurs cadres, se trouve dans un état de délabrement et de vétusté avancée comme on peut le constater dans « Coup de théâtre à l’amphi ».
Comment fonctionnent les dirigeants et les agents publics à Tissoan Bèè ? Les dirigeants et les agents publics de Tissoan Bèè se prennent pour des citoyens extraordinaires qui doivent être servis et qui peuvent exiger par la force des services des autres citoyens. Le policier Endama ne se gêne pas pour spolier les taximen et les petits commerçants, pp.31-36. Ils ont oublié que les fonctions qu’ils occupent ont pour objectifs de développer et de gérer le service public afin de satisfaire l’intérêt général; que la puissance publique dont ils sont détenteurs doit être utilisée dans l’intérêt général. Ils abusent ou tentent à chaque occasion d’abuser de leur autorité.
Joseph MBARGA
L’ironie du sort Le quotidien des habitants de Tissoanbèè et environs est rythmé par l’ironie du sort. C’est comme si le dieu de la fatalité se moquait fatalement d’eux en ce sens qu’un fait inattendu et désagréable vient toujours troubler une situation qu’ils croyaient ou envisageaient sous contrôle. Lorsque le recteur prépare la visite de l’ambassadeur, il n’envisage pas la sortie du serpent anaconda qui va venir tout gâcher, détériorer sa relation avec l’ambassadeur, et ruiner sa carrière administrative. De même, le jeune Kala ne s’attend pas à subir une injustice le jour de son anniversaire. Il mobilise des artifices du langage pour se tirer des embrouilles, mais son sort est en réalité déjà scellé, pp. 54-55. On peut tout de même faire un constat : si les artifices du langage prospèrent encore au village, espace où il y encore une certaine fascination à l’égard du savant, du sage et du rhéteur, en ville par contre, les gens semblent enragés et sont insensibles à toute forme de discours. On ne fait pas confiance aux orateurs. Peut-être parce que les populations, tout le temps, sont abusées par les politiciens. Ndimba, par exemple, voleur de sa propre nourriture et victime d’une chasse à l’homme parvient à se tirer d’affaire et à éviter le déshonneur grâce à la maîtrise du verbe et à la sensibilité des gens du village vis-à-vis du beau discours, p.42.
LES GRANDS TRAITS DE L’ECRITURE DE L’AUTEUR
L’auteur pense au plaisir de son lecteur. De ce fait, il s’appesantit beaucoup sur les jeux de langue, joue avec l’inattendu, et imprègne ses récits d’une atmosphère satirique.
Les jeux sur la langue porteurs de sens Le recueil est traversé par le jeu sur les mots. Même les titres, qu’il s’agisse du titre du recueil ou ceux des nouvelles, on voit une volonté manifeste de l’auteur de jouer avec les mots en faisant un usage inhabituel de la langue, en recréant la langue, et partant, en renouvelant le regard que l’on porte sur le monde. Par exemple, le titre « La faim ne justifie pas les moyens » est une réécriture significative du dicton « La fin justifie les moyens ». Ces jeux sur les mots permettent de mieux communiquer sur le fond. Un autre exemple pris une fois de plus dans la nouvelle liminaire, « La faim ne justifie pas les moyens », l’atteste. L’auteur fait un jeu sur l’onomastique des personnages pour montrer à quel point les deux principaux protagonistes se ressemblent. Il va recourir à la technique de l’anagramme pour composer leurs noms « Abé » et « Eba ». Cette construction est assez révélatrice du fond exprimé dans la nouvelle, p.7.
La technique de l’inattendu dans la composition Forme brève, la nouvelle se prête volontiers à des jeux de composition. Sa composition est soigneusement calculée pour produire chez le lecteur une émotion soudaine, un effet de surprise. Son dénouement (la chute) prend donc en général la forme d’un coup de théâtre. A la lecture des différentes nouvelles qui composent le recueil, le travail fait sur la technique de l’inattendu de l’auteur est assez captivant. D’ailleurs, c’est par la maîtrise de la technique de l’inattendu qu’il parvient à construire l’univers de fatalité qui désillusionne ses personnages. Dans « Le sous-préfet n’était pas au courant », l’inattendu stoppe net l’élan autoritaire du chef de terre. En effet, alors que le sous-préfet s’apprête à martyriser les personnes qui lui tiennent tête, il tombe sur la note de son départ en retraite, p 21. Dans « Coup de théâtre à l’amphi », on a le plaisir de voir comment un serpent anaconda rompt les espoirs du recteur qui attend les ordinateurs, p.24.
Le registre satirique Le ton dominant dans l’ensemble des récits de ce recueil est satirique. l’auteur, par son humour et la maîtrise de la caricature, s’attaque aux vices et aux ridicules de ses personnages. Dans la Nouvelle « Qu’en pense Evou », le narrateur ridiculise Ndimba enseignant de philosophie. En effet, après avoir discouru sur la nécessité de renoncer à la mentalité digestive, Ndimba professeur de philosophie, est surpris dans la cuisine de la mère de sa promise en train de voler pour satisfaire son ventre; une nourriture qu’il venait pourtant de décliner, pp. 41-42.
Pour résumer…
Dans ce recueil de nouvelles, le narrateur raconte sous forme d’anecdotes la banalité de la vie de ses personnages urbains et ruraux, très souvent rythmée par des ironies du sort. Grâce au registre satirique et au travail sur la langue, l’auteur invite ses lecteurs à plus de mesure, de simplicité et d’authenticité. De la sorte, il réalise pour la nouvelle, le projet qu’Horace avait assigné à la comédie : « corriger les mœurs en riant ».
Louis Audrey OYIE
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Joseph MBARGA présente son recueil de nouvelles les mercredi, 22 mars à l’Institut français de Yaoundé et le 23 mars, à l’Institut français de Douala. Ce recueil coûte 2.500 FCFA et est indisponible dans plusieurs points physiques, et sur Amazon.