
Longtemps pratiquée avec des directives visant à n’en faire qu’une conversion de mots dans une autre langue, la traduction littéraire est aujourd’hui l’un des terrains où les valeurs et les identités se cultivent et se protègent. La fierté d’avoir son texte traduit est aujourd’hui moins importante pour un auteur, que celle de voir son expression traduite.
Au cours de plusieurs échanges avec divers auteurs, nous avons noté une certaine frustration due au résultat proposé par certains traducteurs ; l’insatisfaction continue de grandir et, de moins en moins, l’on veut voir son texte juste converti dans une autre langue. Dans un souci de récupération ou de restauration de leur identité, plusieurs auteurs et éditeurs confient leurs textes à des logiciels qui, eux aussi engendrent une nouvelle insatisfaction ; celle des lecteurs qui n’y voient en rien de la Littérature.
Il est temps de se poser les questions les plus simples.
POURQUOI FAIRE TRADUIRE UN LIVRE ?
Un livre porte une vie et des expériences d’un contexte que l’auteur propose à la lecture. Quand elle écrit, la plume offre son âme, en même temps qu’une trame, un fil, des émotions qui lui sont authentiques et puisées d’une observation patiente, le tout dans un contexte bien identifié. Le texte prend donc racine dans un milieu qui fera ses goûts et ses couleurs.
L’idée de faire traduire porte alors l’idée de faire découvrir. L’auteur tient à ce que son expression soit fidèle à sa source ; qu’elle ne soit pas interprétée ou donnée selon les exigences imposées par les autres. Il veut voir traduire sa littérature. Plusieurs traducteurs (et enseignants de traduction) trouvent que des équivalents devraient être sollicités, afin de « ne pas choquer la culture et les convictions » des autres.
Mais une traduction n’en est plus une si le texte est dénué de son essence. Les valeurs de l’auteur restent le moteur de la traduction littéraire.
ACOLITT propose des services de traduction, de révision de traduction et des ateliers de traduction

COMMENT TRADUIRE UN LIVRE ?
Les traducteurs et les enseignants de traduction gagneraient à reconsidérer plusieurs points :
– Etre bilingue, même si c’est nécessaire, ne fait pas le traducteur.
– Parler plusieurs langues et exprimer la littérature en plusieurs sont deux potentiels d’expression bien différents. Le traducteur qui est juste bilingue ne saurait rendre l’écriture de l’auteur, car il faut aussi traduire un style, une pensée, une méthode… et on peut aller encore plus loin.
– Comprendre les deux langues avec la même puissance est vital pour la traduction de l’expression d’un auteur.
Il est courant et même indiqué de choisir, par exemple, un traducteur francophone pour travailler vers le français et un traducteur anglophone pour un rendu vers l’anglais ; mais l’un ou l’autre peuvent aussi bien travailler vers les deux langues, sinon on se réduit dans bien des cas à une interprétation. Si l’on comprend approximativement ce que l’on doit traduire, on livre possiblement deux niveaux de traductions : inférieure ou supérieure ; dans les deux cas, ce n’est pas le travail de l’auteur qui est rendu, mais juste l’idée qu’on en a. On devrait donc favoriser l’approfondissement des langues, et voir par-delà les nuances que maitriseraient l’un ou l’autre.
– Le contexte intérieur du texte détermine sa traduction et non le contexte externe du commanditaire.
C’est ici que l’on perd beaucoup en matière de traduction littéraire. S’il est couru que beaucoup de choses se perdent avec la traduction, c’est tout simplement pour disposer le traducteur à l’approximation et le limiter à un travail très contestable. En réalité, très peu de choses se perdent. L’esprit littéraire doit être inculqué à tous les traducteurs, car il est le fondement de l’écriture. On n’observe pas le confort du destinataire pour traduire, mais la littérature de l’auteur.
QUI DOIT TRADUIRE UN LIVRE ?
« Un traducteur littéraire ! » Voilà la réponse que nous donnons. Et qui est un traducteur littéraire ? Tout simplement ce traducteur qui :
– comprend les points énumérés et développés plus haut ;
– lit de la littérature autant dans sa langue première que dans les autres ;
– lui-même, sans être nécessairement écrivain, s’exerce à l’écriture ;
– réalise les enjeux culturels et traditionnels ;
– est passionné et libre dans son texte et son expression.
La question de la race, de la tribu ou toute autre forme d’appartenance, n’est alors évoquée que si les point que l’on vient de citer posent un problème au traducteur. Parfois des traducteurs sont expérimentés et excellents, mais leur incapacité à intégrer les contextes des auteurs les rendent incompétents pour l’exercice. Nous recommandons alors de décliner la proposition plutôt que de livrer une traduction insuffisante, à cause de ses convictions.

La traduction littéraire est avant tout de la Littérature, et la Littérature est Culture et Valeurs ! Et rien, aucune conviction, aucune politique, aucune condition, aucun capitalisme… absolument rien, n’est au-dessus des Valeurs. La traduction littéraire est un pont entre plusieurs cultures, un pont dont le matériau est l’essence de ces cultures ; plusieurs lecteurs ont été égarés en découvrant la réalité des textes sources.
Un traducteur littéraire obéit aux valeurs d’un auteur ; c’est par ces valeurs que les terres s’exportent et se vivent, se comprennent et trouvent leur place dans ce village planétaire. C’est cette émancipation qui guérit de l’ignorance.
Traducteurs du monde entier, TRADUISEZ !
Ray « The Ghost » NDEBI, traducteur littéraire (Fr-Ang-Fr), auteur, coach littéraire






























