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  • D-LIVRE… Sabine MENGUE, auteure camerounaise


    « Ce roman porte également mes espoirs d’une aube nouvelle pour l’unité nationale au Cameroun, dans chaque pays africain et entre tous les africains. »


    Bonjour, madame et merci de vous prêter à ce jeu de questions. En tant qu’auteure, comment vous définissez-vous ?


    C’est moi qui vous remercie de me prêter votre tribune pour parler de mes livres. Pour répondre à votre question, je dirais que je suis une exploratrice de la nature humaine et une passionnée de la transmission. Je ne me donne pas de limites de genres dans mon expression littéraire.

    Vous avez flirté avec la poésie, la bande dessinée, et cette année vous avez jeté votre dévolu sur le roman. « Et les femmes se sont tues » est né. On peut distinguer sur la couverture un soleil qui se couche ou se lève, la statue de la réunification à Yaoundé, un homme âgé sur une moto enchainé au conducteur… Tellement de symboles ! Sabine MENGUE, parlez-nous de ce roman.

    Je suis heureuse que vous ayez observé certains détails de cette couverture réalisée par un jeune camerounais, Michel AMBASSA. En effet, à elle seule elle illustre les grandes lignes du roman.
    D’abord la transmission intergénérationnelle, qui est un des thèmes centraux du récit. La chaine qui lie le jeune au vieillard représente un destin commun. Le destin des jeunes africains d’aujourd’hui n’est pas indépendant du sacrifice que les plus anciens, des gens ordinaires, voire anonymes pour les historiens, mais connus de leurs famille et entourage, ont concédé. Mon espoir est que ce roman soit un prétexte pour beaucoup d’échanges dans les familles, entre les grands-parents qui sont de plus en plus délaissés aujourd’hui et leurs petits, voire arrière-petits-enfants.


    Ce roman porte également mes espoirs d’une aube nouvelle pour l’unité nationale au Cameroun, dans chaque pays africain et entre tous les africains. Au Cameroun, cette unité dont le socle est l’engagement de nos grands-parents du nord au sud, de l’est à l’ouest, devrait être précieuse pour notre génération et celle de nos enfants. Pour cela, je vous inviterai à lire le discours de la renaissance de Ange, celle par qui l’histoire a commencé.

    La femme qui domine le paysage a en même temps le poing levé et une main sur la bouche, car j’ai un rêve : celui que la femme africaine reprenne la parole pour réclamer l’avènement des lendemains meilleurs pour tous les enfants du continent.
    La moto symbolise le temps qui s’accélère, l’histoire qui avance et que l’on ne peut pas arrêter.

    Comment avez-vous procédé pour l’écrire, ce roman somme toute historique ? Êtes-vous allée sur le terrain pour avoir des idées, par exemple ?

    J’ai commencé l’écriture de ce roman en 2019. Tout part de l’histoire de mon grand-père qui a été prisonnier à Mantum, arrêté lors des manifestations contre les résultats des élections législatives du Cameroun Fédéral en avril 1964. Aussi, il y a en partie des faits réels récoltés auprès de ma famille, ma maman, mes oncles et tantes… Ils m’ont transmis des informations précieuses sur le contexte des années 60, la vie courante, ce que les gens buvaient, quels types de musiques ils écoutaient, comment était la ville, l’habitat à Yaoundé, la vie dans les quartiers, etc. Ensuite, je me suis basée sur des ouvrages d’histoire et des travaux de recherche universitaires. J’ai enfin consulté des historiens qui ont pu me donner certaines informations basées sur leurs propres souvenirs. En tout cas, le lecteur pourra se référer à la fin de l’ouvrage pour voir les sources.


    Enfin, en 2022, lors d’un voyage au Cameroun, j’ai fait une tentative de consultation des Archives Nationales du Cameroun et celles de la prison de Mantoum où était incarcéré mon grand-père. Ma tentative n’a pas abouti, mais je ne désespère pas de pouvoir un jour y accéder.

    Et les femmes se sont tues veut, à travers une histoire d’amour, une histoire de famille et une histoire politique, susciter le désir chez les jeunes et les moins jeunes d’aller chercher, lire l’Histoire, raconter et se laisser raconter l’histoire des hommes ordinaires, pour se poser la question de leur propre engagement en tant que citoyen.

    Il faut préciser que ce livre parait en autoédition… Quelles sont les difficultés d’une autoéditée et aussi ses avantages ?

    Je ne peux pas en parler de manière exhaustive ni pour tous les auteurs autoédités, mais je peux revenir sur mon expérience. Ce qui a guidé mon choix ce sont les lecteurs. Je souhaitais toucher en premier lieu les lecteurs qui vivent en Afrique et au Cameroun en particulier. Or, les maisons d’édition basées en France, où je vis actuellement, n’atteignent pas facilement ce public. Je voulais également me soustraire aux aléas temporels d’une maison d’édition. Si vous en trouvez une qui accepte d’éditer votre texte : soit elle vous presse de sortir un livre à telle date, soit elle prend beaucoup de temps pour vous publier. Et cela peut vous refroidir dans votre processus d’écriture.
    En revanche, l’autoédition requiert une grande exigence. Mon but était d’arriver à un livre aussi professionnel que celui d’une bonne maison d’édition. Mais tout repose sur vous après avoir écrit votre roman ; toutes les charges et démarches vous incombent : la conception, les coûts de relecture, de la couverture, de l’impression, du référencement de l’ouvrage, de la communication, de la distribution, etc. J’ai aimé réaliser une grande partie de ce travail, mais il est primordial de se faire accompagner par des professionnels à certaines étapes, comme des agents littéraires et d’autres, pour que justement le livre rencontre le lecteur.

    Quelles sont vos prochaines actualités ?

    Parallèlement à la sortie de Et les femmes se sont tues, j’ai également publié un recueil de textes poétiques, Posie Berry. Il fera sa propre vie, car je n’en fais pas tellement la publicité. C’est un recueil qui rassemble des textes assez engagés, qui questionnent l’évolution technologique et les relations sociales, la vie des jeunes, nos racines… D’autres surprises arrivent en 2024.
    Mais avant tout, j’espère venir au Cameroun en 2024 pour rencontrer les lecteurs de Et les femmes se sont tues.


    Propos recueillis par Linelitt’



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    En collaboration avec Ghosts Universe, ACOLITT tiendra un atelier d’écriture ce dimanche. Il se tiendra en ligne et sera accessible le jour dit, dès 15h,  par le lien suivant : https://meet.google.com/ibe-qcuv-scv



  • Il a été lu… Quand les racines chantent de Danielle EYANGO, auteure camerounaise

    La lecture du roman nous plonge dans un univers, où nostalgie , tristesse, solitude et mélancolie s'entremêlent. Jasmine mène une vie qui danse au rythme de la malédiction que subissent les femmes de sa lignée depuis son aïeul Nyake Rokia. Sa mère voit en elle une forme de rédemption et désire faire d'elle ce qu'elle n'a pas pu être : une femme au foyer. Les rétrospectives de Jasmine font naître et mourir sur les pages, au fil des lectures, une larme. Entre les blessures cachées de sa mère, le traumatisme dû à la violence et l'abandon de son père, elle ne mène pas une vie de tout repos.

    De plus, la disparition de son fiancé après l’opération qu’elle a subie pour se débarrasser du signe annonciateur de la malédiction qu’elle porte : 38 fibromes, n’est pas un atout de soulagement. Durant l’expiation de son Dikindo (malédiction en duala), Jasmine est seule. Elle ressent pleinement l’absence de sa mère. Jasmine est seule. Et elle en souffre. 
      
      

    «Gling! Gling! Gling!»

    Danielle Eyango, dès la première ligne du roman, jette les dés d’une histoire rocambolesque, rythmée par l’obscurité et la musicalité. Jasmine, le personnage principal, nous amène dans le monde obscur qu’elle découvre dans l’exercice de l’expiation du Dikindo de sa lignée. Elle incarne la femme face aux périples de sa vie, face aux attentes familiales, face au regard de la société…

    Les racines de Jasmine l’appellent; elle doit rentrer à Bonendalè pour réparer le tort, le tort causé par celle dont on ne doit pas dire le nom, le tort dont on ne doit pas parler. 

    Nous suivons Jasmine dans un périple rempli de mythes de la tradition africaine des côtes camerounaises, à travers une écriture qui remet au goût du jour, le style familier à la camerounaise. Elle nous fait découvrir les us et les traditions dualas, les langues et les rythmes du terroir. 

    Jasmine est une femme qui ne manque de rien. Elle vient d’une famille qui, après moultes turpitudes, a réussi à avoir une certaine stabilité financière. Elle-même, cadre dans une entreprise de la place, est promise à René Wakam, un jeune homme fortuné, beau et très convoité. Malgré les problèmes qu’elle a dans le cadre familial, elle entrevoit son avenir avec beaucoup d’enthousiasme, jusqu’au jour où sa malédiction se révèle : son utérus a disparu


    Danielle Eyango aborde sans réserve de nombreuses thématiques étroitement liées à notre contexte socioculturel. Il s’agit entre autre de :

     – Tradition ancestrale / tradition chrétienne : «Janea, tant que nous avons en commun le même et unique but, c’est-à-dire redonner à cette enfant la féminité qui lui a été mystiquement et brutalement retirée à cause de la faute de son aïeule, nous pouvons asseoir ensemble un protocole qui satisfera à la fois la tradition et l’église.» Danielle, à travers ce discours, tenterait de prôner une forme de consensus entre des croyances qui se côtoient et s’affrontent. En effet, l’expiation du Dikindo de Jasmine est partagée entre le respect de la foi chrétienne de cette dernière à travers les prières adressées à Jésus et à la Vierge Marie, les neuvaines et le respect des traditions vu à travers ses sorties nue et tard la nuit, sa marche d’expiation vers la rivière, la danse de l’ésèwè, les neufs draps qui doivent la recouvrir dès son retour triomphal au palais…

    – Préjugés et stéréotypes : «Ces filles dualas ne mettaient pas long feu en ménage…»

    – Les mariages forcés : «(…) on appelait cela le Damea la sombo, le rapt de la fiancée… C’était monnaie courante jusqu’au milieu du XX siècle.» Quand les racines chantent est aussi un témoignage des difficultés auxquelles font face les femmes sous le joug des hommes qui les étreignent, et des blessures qu’elles pensent en silence.

    – La solitude : cette thématique incarnera Jasmine le long de son périple. Elle est seule. Sa mère qui l’aurait peut-être soulagée est absente… comme toujours. Elle ploie sous le poids du silence et du secret dont elle ne peut se départir. 


    Danielle Eyango a la musicalité et la poésie dans l’âme. Elle a d’ailleurs été propulsée avec son recueil de poésie «Le parfum de ma mère» paru en 2020. Entre la nostalgie qu’expriment les ngosso dans «Quand les racines chantent», les pas de danse et la mélodie qui rythment ce récit, on est emporté grâce à son écriture qui frise l’oralité dans le voyage que l’encre et les mots dessinent devant nos yeux.

    Lire ce roman, son enfant comme l’auteure le déclare, a été une redécouverte de la littérature, un véritable plaisir, après son recueil de poésie « Le parfum de ma mère ». Se retrouver face à un registre qui traduit au mieux notre société, nos habitudes, notre vécu, donne envie de le lire encore et encore. 

    Quand les racines chantent est une œuvre qui s’invite à notre chevet. C’est une œuvre avant-gardiste et franche, malgré la tendance de l’auteure à prendre le taureau par les cornes. Le lecteur face à la vérité peut se sentir choqué, mais peut vivre une forme d’élévation à travers l’introspection à laquelle le livre invite.

    Danick Moissen Deffo Fonkou
    Université de Dschang
    Chercheur en Afrique et mondialisation



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  • Il a été lu… Quand les racines chantent de Danielle EYANGO, auteure camerounaise

    Synopsis de l’intrigue

    Quand les racines chantent est un roman de l’écrivaine camerounaise Danielle Eyango, paru aux éditions AfricAvenir en mars 2023. C’est un roman de 298 pages découpé en trois chapitres qui raconte en français, en duala et en allemand l’histoire d’une femme de 33 ans qui s’en va subir des rites dans son village maternel, dans l’optique de récupérer son utérus qui lui a été volé mystiquement. Jasmine Yondo, c’est le nom de l’héroïne. Jasmine a les artifices nécessaires pour mener une vie épanouie (travail bien rémunérée, maison…), elle a de valeureux attributs naturels pour avoir les hommes à ses pieds (elle est belle, le teint clair, bien mise, intellectuelle et croyante) ; mais il lui manque de prouver qu’elle est véritablement une femme, car elle n’a plus d’utérus, elle ne peut pas accoucher…

    Impuissante, Jasmine ne peut malheureusement pas échapper à ce qui a été prévu pour elle dans les lois naturelles de la tribu Bonendalè. Oui ! Jasmine « paie juste le prix du sang qu’elle porte » (P.22) et ne peut se dérober à ce qui l’attend tout au long de ce roman qui a focalisé notre attention de bout en bout : Jasmine doit battre le nkumbé pendant neuf nuits. Chez les duala, le nkumbé c’est la musique de l’eau exécutée gaiement et uniquement par les femmes, quand elles se baignent dans la rivière tôt le matin… A contrario, le nkumbé de Jasmine en est un de lamentation et de rachat. C’est « le nkumbé de la Rédemption. La rédemption de toute sa lignée. La rédemption de toutes les femmes de sa famille. La rédemption de ses entrailles. Elle [doit] chanter aux ancêtres offensés, la contrition et le remords de Nyakè la rebelle… Ce nkumbé-là, elle doit le faire seule. Dépouillée de tout. Dans la nuit.  (PP. 42-43)

    Chronologie et déroulement du nkumbé

    Il est convenu d’un protocole d’expiation entre Janéa Dooh La Mudi, représentant de la Tradition ancestrale duala, et l’abbé Martin SAMNICK, représentant de l’Eglise catholique romaine, afin d’unir leurs forces pour aider l’héroïne à retrouver sa féminité (Pages 29 et 195). Ce faisant, Danielle EYANGO met en lumière la complémentarité entre ces deux croyances que l’on tend toujours à opposer. Or, il est clair qu’en Afrique, si l’on a le choix de placer sa foi en telle religion ou telle autre, il n’en demeure pas moins que la tradition continuera d’occuper une place prépondérante. Dans ce sens, l’oracle affirme dans l’œuvre : « Notre tradition est religion, le socle même de notre spiritualité » (P.92). Plus loin dans l’œuvre, on peut s’apercevoir que les pratiques d’un côté comme dans l’autre concourent bien souvent aux mêmes fins ; et l’abbé SAMNICK de dire : « Je vous suis parfaitement, et d’ailleurs ceci n’est pas du tout étranger à l’Eglise » (P.106). En somme, l’idée défendue par l’auteure est là : il faut conjuguer avec les deux. C’est ce qu’elle a appelé : « le processus hybride d’indigénisation des rites de l’Eglise, et de christianisation des rites de Bonendalè… » (P.15).

    A ce titre, il va se passer des semaines durant lesquelles les deux parties vont assoir la stratégie de guérison de Jasmine. L’auteure a inséré cette période entre différents récits. Dans l’ordre, les discussions entre l’oracle et le prête apparaissent dans les pages suivantes : 15-19, 22-24, 29-30, 89-94, 106-111, 122-128, 185-188 et 291-297. Quarante pages au total pour comprendre le rite, le nkumbé !
    D’un côté, l’oracle explique ce qui est recommandé par la tradition ; et de l’autre, le prêtre veille à ce que rien dans le processus ne heurte la foi catholique de Jasmine.


    Quand ? Où ? Comment ?

    Le rite se fera en neuf nuits dans la rivière du village, et ceci toute nue. Jasmine doit franchir un certain nombre de barrières. Danielle EYANGO nous plonge ainsi dans un labyrinthe où il faudra garder toute sa lucidité, sa clairvoyance et son sang-froid de lecteur avisé pour ne pas se perdre.

    Pourquoi neuf nuits à la rivière toute nue ?

    La nuit représente l’obscurité dans laquelle est plongée la famille de la « maudite ».
    Le chiffre 9 est le seul chiffre qu’on peut lire à l’envers comme à l’endroit et qui signifie deux chiffres totalement opposés, comme l’ombre et la lumière. Dans la tradition des Bonendalè, il est le chiffre par excellence de Nyambè, le créateur de toute chose…
    La rivière… Il faut une eau qui coule, qui entraine au loin la malédiction.
    La nudité symbolise ici l’abaissement de la maudite devant les lois de la Tribu, les lois qu’elle a transgressées. Sa nudité signifie « ses genoux à terre »… Elle s’humilie, elle se dépouille de tout pour être pardonnée, de sorte que les Ancêtres Fondateurs et Nyambé, à l’issue des rites d’expiation et de réparation, puissent la rhabiller.


    Trois chapitres, trois nuits…


    Dans ce roman, Jasmine va exécuter les trois premières nuits de son nkumbé, le premier cycle. Ce qui laisse sous-entendre qu’il en reste six, et à l’évidence, si l’auteure garde l’équilibre, il reste également deux tomes de trois chapitres chacun.

    « Gling ! Gling ! Gling !
    (Et) il fit nuit… » (trois occurrences dans ce tome, pages 14, 94 et 205)

    La première nuit (pages 13-14, 19- 21, 24-28, 30-32, 42-53) : Jasmine est battue. On lui donne de violents coups de pieds dans le ventre. « (…) Tu penses que nous avons oublié ce que tu as fait ? La malédiction ne te quittera jamais ! ». Et elle est frappée plus fort. Affaiblie, elle évoque la prière à la Vierge Marie « (…) Maintenant et à l’heure de notre mort, amen… ». Cette prière à la Vierge Marie l’aide-t-elle ? A découvrir…

    La deuxième nuit (pages 94-95, 100-102, 103-106, 112-114, 116-122, 128-134) : Un bébé est mangé. Dans la rivière, Jasmine va subir un terrible affront.

    La troisième nuit (pages 205, 207-210, 216-218, 221-229) : Jasmine fait la rencontre d’un membre de sa famille déterminant dans son périple.

    Au fur et à mesure que les nuits se suivent, l’on a le sentiment que le rite se corse. L’auteure présente des scènes de combat à travers une gradation ascendante, à l’instar de : « l’eau de la rivière gonflait au fur et à mesure que Jasmine la battait. Elle devenait fleuve. Elle devenait mer. Elle devenait océan. Un fleuve à la fois à Bonendalè et dans un autre monde… L’eau bouillait comme une marmite au feu. Sa température grimpait à une vitesse folle ». Une image hors du commun qui met en lumière non seulement l’intensité de la lutte, mais aussi la détermination de l’héroïne à suivre son rite d’expiation et de réparation.

    Les histoires parallèles au nkumbé de Jasmine (les digressions narratives)

    Quand les racines chantent de Danielle Eyango a une narration plurielle. Les histoires s’enchaînent, se transposent, et il faut garder son cerveau en alerte pour pouvoir rattraper l’une exactement à l’endroit où elle s’est achevée. Ainsi donc, nous avons pu regrouper vingt événements dans ce Tome 1.

    L’arbre généalogique de Jasmine YONDO

    Comment Jasmine devient-elle Bonendalè alors qu’aucune femme de sa lignée n’est légitimement une enfant d’un Bonendalè ?

    Approche thématique dans l’œuvre

    Quand les racines chantent est un roman qui traite globalement des thèmes de la tradition et de la religion. Cependant, nous avons pu relever au fil de la lecture une pléthore d’autres sous-thèmes développés parmi lesquels :
    – La fatalité 
    – Les limites de la médecine
    – Les stéréotypes tribaux au Cameroun
    – La duplicité des chrétiens croyants
    – La mauvaise foi des hommes de Dieu 
    – Le problème d’enfants illégitimes
    – L’immigration clandestine et la captivité des Noirs en Lybie 
    – La dot d’une femme enceinte 
    – Mariage : le choix du cœur 
    – Le manichéisme de la sorcellerie africaine
    – La relation mère-fille 
    – Les violences conjugales

    Le genre romanesque

    Quand les racines chantent de Danielle Eyango présente fortement les traits d’un roman religieux.
    Il traite avec une acuité particulière la question de religion en la juxtaposant de bout en bout avec la tradition. On pourra dire que c’est un roman qui fait la propagande de la complémentarité tradition-religion. Cette complémentarité est le cœur même du rite d’expiation et de réparation de l’héroïne Jasmine, qui se développe tout au long de la narration. Pas une nuit de nkumbé ne se fait sans que la religion intervienne et vice versa.


    En tant que lecteur, nous percevons la volonté de l’auteure d’en faire un miroir sur la réalité des chrétiens d’aujourd’hui qui n’arrivent pas à se situer entre les deux croyances, ou encore d’assumer l’implication de l’une dans l’autre. On voit par exemple la mère de Jasmine qui se rend chez un marabout arborant un vêtement de l’église : « les plis de sa grosse robe blanche de conseillère paroissiale de L’Eglise Evangélique du Cameroun ». Et l’auteure de rajouter : « Il y a quelques jours, on l’avait investie en fanfare dans sa paroisse, et elle avait juré d’encadrer la jeunesse de la communauté, et de veiller à leur croissance spirituelle dans la crainte du Seigneur » (P.59). Voilà donc qui symbolise un manquement à la toute première consigne du chrétien qui vous dira, par mimétisme, le premier commandement de Dieu : « Je suis le Seigneur ton Dieu, tu n’auras pas d’autre dieu que moi ». En Afrique, les chrétiens se retrouvent très souvent pris au piège entre leur africanité et la religion moderne auxquelles ils appartiennent.
    Avec les « Racines » qui « Chantent », l’auteure nous flanque au nez l’hypocrisie de certains qui en matinée feignent de n’avoir que le « Dieu religieux », et dans l’après-midi s’en vont « ajouter quelque chose à côté pour [se] protéger » (P.60). L’auteure nous dit même que Jésus est « nonchalant » (P.64). Ah oui ! La solution est donc toute trouvée : il faut se battre soi-même, car « Dieu ne va pas descendre du ciel ?! ». Il n’y a pas assez de temps, il faut « faire vite » (P.63).
    Que va-t-il se passer ? Le Janéa et l’abbé vont-ils parvenir à sauver Jasmine ? Le Tome I laisse le lecteur avec un cœur impatient de connaitre la suite et le dénouement de cette rocambolesque intrigue…

    CLOM, lectrice à Kribi


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  • Il a été lu… Quand les racines chantent de Danielle EYANGO, auteure camerounaise

    « A la découverte de la nuit »

    « Quand les racines chantent » est la dernière production littéraire de l’écrivaine camerounaise Danielle Eyango. Ce roman de 298 pages raconte l’histoire de Jasmine Yondo.

    Qui est Jasmine Yondo ?

    C’est une femme de 33 ans. Elle est belle! De la mystérieuse et insolente beauté des femmes dualas. Elle est de Bonendalè. Elle est promise au richissime et charmant René Wakam. C’est une catholique pratiquante. La petite protégée du père Martin SAMNICK. Une femme coquette et coquine aussi. Elle a tout pour plaire. Elle a tout pour elle… Sauf son utérus.

    Où se trouve l’utérus de Jasmine ?

    L’utérus de Jasmine a été emporté dans la nuit par neuf femmes. Elles le lui ont pris, en même temps que son bonheur, en même temps que son mariage avec René.

    Mais pourquoi ?

    Jasmine est maudite, autant que l’était son aïeule, Nyake – Oups ! On ne doit pas prononcer son nom… Autant que l’a été chacune des femmes, descendantes de la mère de sa grand-mère. Mais c’était à elle de payer le prix de la réparation. Le choix était porté sur elle. Elle devait rentrer à Bonendalè pour expier la faute. Elle devait laver le Dikindo. Elle devait frapper le Nkumbè durant neuf longues nuits. C’était elle! La sikè! Elle, la fille de Nyake Rokia, était face à la malediction, aux esprits de la nuit qui lui étaient totalement hostiles, dans un village qu’elle ne connaissait pas, avec pour seul repère, le Père Martin SAMNICK.

    Danielle Eyango signe là son troisième ouvrage. Elle nous entraîne dans l’Afrique des mystères. Cette Afrique où on marche pieds nus pour respecter la terre qui nous porte. Cette Afrique où tout reste dans le sang. Les mots comme les maux coulent dans les veines, génération après génération. Elle nous emmène dans les mélodies de la vie, une particularité de la culture africaine. Les mélodies qui habillent les tristesses, le désespoir, la mort, la joie, la naissance, la renaissance…

    Danielle EYANGO écrit comme elle parle. Il y a de la poésie, de l’énergie, de la mélodie, la langue duala, la détermination, la générosité… Elle a tout donné. Elle n’a rien gardé pour elle.
    J’ai découvert la nuit. Elle m’a séduite ! J’y suis encore. Pour une troisième lecture. Ce n’est sûrement pas la dernière…
    Chut!
    Et il fit nuit…

    Maeva GUEDJEU, journaliste


    Cliquez ici pour les lieux d’achat de  »Quand les racines chantent » : https://fb.watch/jYl9mX0sTi/


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  • Il a été lu… Poùre, le mouton noir des Njoya de Viviane MOLUH PEYOU, autrice camerounaise

    Comment Poùre, la colombe, symbole de paix, se transforme-t-elle en un mouton noir, source de perturbation (…) ?

    L’œuvre dont nous avons l’honneur de présenter une note de lecture nous interpelle dès la première de couverture avec le visage d’une femme noire aux allures intrépides, arborant un foulard rouge sang, sang de la révolution ou du sacrifice dans un arrière-plan blanc de l’innocence, de la virginité ou de l’élévation spirituelle. D’entrée de jeu, moultes interrogations taraudent notre esprit en nous penchant sur ce titre évocateur, constitué d’un syntagme nominal à la structure particulière qui nous introduit dans l’univers des contrastes. Comment Poùre, la colombe, symbole de paix, se transforme-t-elle en un mouton noir, source de perturbation, venant remettre en question l’harmonie du troupeau des Njoya, vocable situant la diégèse dans un microcosme déterminé ? Ces pierres d’attentes impliquent-elles en filigrane des leurres ou des lueurs pour baliser notre parcours ? L’analyse du roman nous dévoilera certainement ces mystères à décrypter…


    En fait, dans son récit de huit chapitres d’inégales longueurs, variant entre 13 et 30 pages environ, Viviane Moluh Peyou nous embarque dès les premières lignes dans l’itinéraire d’une jeune fille exceptionnelle, de son mariage, à son envol vers le pays de l’Oncle Sam. Dans ce chassé-croisé significatif entre son Menké natal, son séjour à Yaoundé et le départ pour les Etats-Unis, nous découvrons le parcours exaltant d’une surdouée au caractère bien trempé qui transpire dans son leitmotiv désarmant en pages 9 et 22: «Je ne suis pas faite pour le mariage», ou dans ces termes d’une lucidité déroutante en page 10 : «Celui qui suit la foule n’ira jamais plus loin que la foule qu’il suit; par contre, celui qui marche seul, peut parfois atteindre les lieux que personne n’a jamais atteints.» Ou encore en page 28 : «Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir»,  en reprenant les dictons de la sagesse populaire. Nous sommes alors entrainés en pleine immersion dans les us et coutumes bamouns avec les indications détaillées sur le déroulement des noces ou le comportement prescrit aux différents acteurs sociaux. Nous nous délectons dans cette perspective, de ce puits intarissable de richesses culturelles sur le Noun avec l’onomastique déclinée en Poùre, Lùh, Nanji, Moa Njoya, Noùn, Mbombo Njoya, Laréni, Mbiéré, Titanji ou des pépites patrimoniales qu’une plume féminine libérée pose sur la sellette avec les mots de tous les jours, d’où fusent même le « mini-kaba-ngondo » de la page 68, d’une autre aire culturelle.

    Nous sommes, de ce fait, édifiés sur les sept jours des noces, avec le trousseau de la mariée y afférent, sur le rituel de la traversée du mets d’arachide, ou sur le sac de deux cauris accompagné de la kola bafia et du vin de raphia. C’est dans ce sillage, que nous retrouvons des déclarations sentencieuses à l’instar de «la tradition ne connait pas le divorce»,  p. 94, en p. 134 : «la place d’une femme est dans un foyer»,  ou encore en p. 42 :  «J’ai toujours considéré l’infidélité comme un problème génétique, une femme ne peut être infidèle que si sa mère à un moment donné l’a été.» 
    Son époux, Nil Moùn, doit faire des efforts surhumains pour supporter les ambitions et la détermination de sa dulcinée qui abandonne son foyer afin de poursuivre ses études d’astrophysique jusqu’à la NASA. N’aurait-elle pas annoncé les couleurs par ces mots péremptoires d’une intrépidité déroutante en p. 8 : « Nous sommes au vingt-et-unième siècle. On n’abandonne plus ses études parce qu’on convole en justes noces» et  confirmés en p. 156 : « Autant le mariage n’annule pas les études, autant les études n’annulent pas le mariage. »
    Heureusement que ses nouvelles ressources multidimensionnelles permettent à notre Amazone de disculper son mari d’une fausse accusation pour mettre tout le monde d’accord en sauvant son foyer et en offrant de nouvelles perspectives à sa famille et à tout son environnement social.

    Ce roman à l’actualité brûlante qui se focalise sur la place de la femme dans la société africaine contemporaine, à l’image de Timildo de Fadimatou Bello, décrypte l’univers intérieur d’un être tourmenté entre un destin glorieux et un parcours semé d’embûches sous l‘oppression des forces rétrogrades et d’un milieu ambiant peu propice aux carrières féminines.

    Nous pouvons alors nous régaler des thèmes qui permettent à l’auteure de célébrer les us et les coutumes de notre terroir, l’éducation de la jeune fille, l’attachement à la terre mère, les atouts de l’acceptation de la différence, la solidarité familiale, les joies de l’amour et du pardon, l’exploration des filières avant-gardistes, les mystères de la nature et des plantes ou l’ouverture au monde.
    Mais, l’occasion est aussi idoine pour décocher des coups de griffes incisifs dans un réquisitoire sans complaisance contre tous les préjugés et les discriminations sexistes, les mariages forcés, les violences conjugales, les conspirations iniques dans le milieu professionnel, les trafics de toutes sortes ou les inconsistances de la justice. En outre, dans une posture éminemment existentialiste, l’esthète nous ouvre le sanctuaire de ses méditations philosophiques et théologiques sur notre être-au-monde en mettant en exergue la responsabilité de l’homme dans la conduite de son destin malgré les obstacles du chemin.

    Nous sommes également transportés dans le monde merveilleux de contes de fées où Viviane Moluh Peyou déploie des personnages au profil de démiurge comme Nil Moùn qui accepte de soutenir sa femme dans ses rêves envers et contre tout. C’est cette toile onirique qui continue à se dévoiler dans la repentance prodigieuse de Nina et son implication remarquable dans la libération de son patron, dans la reconstruction sublime de Lùh, la réception à la Présidence de la République comme dans l’apparition du Sultan des Bamouns à l’aéroport.

    D’autre part, toutes ces problématiques se situent dans un ancrage spatio-temporel précis auquel nous nous identifions, dans le terroir camerounais à Menké, ou à Yaoundé où sont évoqués Mvolyé, la Basilique Marie Reine des Apôtres, la Faculté de l’Université de Yaoundé I, avec son Amphi 300 ou le voyage sur Douala. Par ailleurs, le style de l’écrivaine se décline dans une savoureuse délectation esthétique avec des images et des métonymies lumineuses à l’exemple de l’oxymore désignant le mariage comme une «cage dorée » en p. 10, ou dans une satire cinglante sur cette manie de ne donner raison qu’aux cheveux blancs  en p. 9 ou dans les moments éprouvants en p. 91: «Tel un train qui siffle dans la nuit noire» annonçant une longue période ténébreuse, et dans cette périphrase d’une suave mélancolie en p. 91: «Les dernières gouttes de liquide salé», pour parler des larmes.

    De plus, dans ce texte à la tonalité didactique assurée, la romancière utilise avec dextérité le texte explicatif dans le vocabulaire spécialisé de la physique pour éclairer notre lanterne et nous empêcher de nous égarer dans les dédales, de l’astrophysique, de l’exobiologie, de la géophysique ou dans les termes mystérieux de cette férue des lettres classiques qui utilise allègrement en p. 54  «Dac in altum»   ou en p. 57 «de facto», tout naturellement. C’est sur cette lancée que nous nous enrichissons des dictons, des proverbes et des déclarations pédagogiques qui foisonnent dans le récit, à l’instar de la p.28 :  «Il n’y a pas pire aveugle que celui qui ne veut pas voir», de la p.50 : «Il faut se démarquer, en ne faisant pas nécessairement ce que fait tout le monde.», et en p.97 : «La panique est mauvais guide.»

    De même, la temporalité avec ses accélérations illustrées par la succession des actions et les pauses marquées par les portraits ou les descriptions pittoresques se distingue par ses annonces et ses amorces de haute facture. Aussi, la présentation des personnages constitue des véritables tableaux de maître comme nous pouvons le réaliser avec le portrait de Nil en p.15 : «(…) la petite colombe dut admettre que Nil était un bel homme (…). Sa peau sombre restée fraîche malgré le sommeil, sa barbe rasée de près sur une mâchoire carrée délicatement sculptée, ses larges épaules musclées et son torse plaquette, son épaisse chevelure taillée en une punk afro-américaine témoignaient combien il prenait soin de son physique. Sa belle bouche et ses larges mains viriles en rajoutaient à ce beau tableau de bellâtre. Nil avait tout d’un dieu égyptien.»

    Pour tout dire, Viviane Moluh Peyou, dans son roman qui nous garde en haleine jusqu’à la dernière page, nous sert une intrigue aux péripéties palpitantes dans un cadre enrobé de tonalité didactique et lyrique où évoluent des personnalités colorées qui facilitent l’analyse psychologique. Dans ce texte, à la satire cinglante et à l’émouvante pudeur, qui est recommandable à plus d’un titre, l’écrivaine nous replonge en pleine immersion dans l’environnement bamoun ou dans les traditions de notre terroir dans un roman écrit avec brio par les subtilités de la sensibilité féminine d’une plume libérée des lois du silence.

    Si nous déplorons la présence de quelques coquilles qui seront certainement corrigées dans les prochaines éditions, la longueur excessive du chapitre six qui transgresse les lois de l’équilibre avec les autres ou les passages qui nous confinent dans une sphère surplombée par le merveilleux, «Poùre, le mouton noir des Njoya» permet une prise de conscience salutaire pour nous lever en chœur contre les inconsistances multidimensionnelles de notre société. Nous pourrons alors, sur cette lancée, militer en faveur des valeurs éthiques propres à bâtir une société plus humaine et plus équitable. Il faut également relever que nous sommes émerveillés par la maitrise pointue de la romancière de son patrimoine culturel.

    C’est donc une invitation altruiste à l’enracinement patrimonial et un vibrant plaidoyer en faveur du respect des droits de l’Homme et spécifiquement de ceux des femmes et des libertés, de l’émancipation de la femme, dans le respect de notre identité, de la justice et de la tolérance, du combat contre toutes les formes de discriminations et de violences, de l’ouverture au monde, de l’acquisition de la science en vue du développement de l’amour, de la paix et du dialogue que notre contexte actuel appelle de tous ses vœux.


    Yaoundé, le 23 mars 2023
    Josée MELI AMBADIANG
    Critique littéraire


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    «Quand les racines chantent», le nouveau roman de l’autrice camerounaise Danielle EYANGO qui met face à face le christianisme et la tradition pure, est disponible dans divers points de vente au Cameroun et en Europe. Laissez-nous un mail à acolitterature@gmail.com, pour plus d’informations.



  • Il a été lu… La faim ne justifie pas les moyens de Joseph MBARGA, auteur camerounais


    Joseph MBARGA est un arracheur de masques. Il scrute les villes et les villages pour obtenir la matière de son œuvre. Et tel un secrétaire balzacien, il dresse le procès-verbal des scènes de vie de ses contemporains. Dans son ouvrage « La faim ne justifie pas les moyens », ed. Proximité, 2022, 60 pages, il recourt au genre de la nouvelle et propose à son lecteur un recueil de onze nouvelles à travers lesquelles, il révèle dans un registre satirique, le train-train des personnages résidant dans la ville de Tissoan Bèè et des villages environnants; personnages souvent compromis par les plaisirs de la table et très souvent désillusionnés par l’ironie du sort. Dès lors, pour comprendre comment se déploie le projet littéraire de Joseph MBARGA, abordons quelques clés thématiques de lecture, et ressortons par la suite les principaux traits caractéristiques de son style.

    LES CLÉS THEMATIQUES DE L’ŒUVRE

    Les récits qui composent ce recueil ont pour cadre spatial la ville de Tissoan Bèè et les villages environnants. Ce qui frappe à la première lecture de ce recueil c’est : l’omniprésence de la mentalité digestive, le dévoiement du service public et de la puissance publique, et l’ironie du sort qui désillusionne les habitants de Tissoan Bèè et environs.


    L’omniprésence de la mentalité digestive
    Le motif de la faim, explicitement ou implicitement, irrigue ce recueil. Dès la nouvelle liminaire, on voit bien que l’auteur perçoit l’univers de la table comme particulièrement fécond pour sa création littéraire. Ses personnages aiment bien avoir une cuillère ou bien un verre à la main. Les habitants de Tissoan bèè et environs aiment bien les plaisirs de la table, ils aiment s’enivrer de nourriture et de vin. Ces plaisirs de la table ne connaissent ni la classe sociale ni le niveau intellectuel. Au village, par exemple, dans la nouvelle « La chasse tourne au vinaigre », Zoa le braconnier dans sa conversation avec son fils Bouli explique la nécessité de savourer les plaisirs de la table. Il dit par exemple qu’ « il ne faut pas sous-estimer la capacité d’un bon bouillon à remettre les idées bien en place dans sa tête » Le bouillon censé résoudre a priori les problèmes du ventre résout aussi ceux de la tête, pp.50-51.

    Le dévoiement du service public et de la puissance publique
    Tissoan Bèè est une ville du tiers monde. C’est une capitale. Elle est dotée des institutions telles que la mairie, la sous-préfecture, l’université… Elle abrite aussi des instituions diplomatiques. Il s’agit donc probablement d’une capitale politique. Cependant, elle se caractérise par la misère et le désordre, et ressemble à plusieurs égards aux villages enclavés qui l’entourent.
    La mairie qui est chargée d’aménager la ville pour faciliter la circulation et le bien-être ne réalise pas ce qu’on attend d’elle. Sur la route, comme cela est magistralement affirmé dans « Le coquin cocorico du coa », les automobilistes mènent « un combat acharné contre la route » L’université, quant à elle, chargée d’encadrer les futurs cadres, se trouve dans un état de délabrement et de vétusté avancée comme on peut le constater dans « Coup de théâtre à l’amphi ».

    Comment fonctionnent les dirigeants et les agents publics à Tissoan Bèè ? Les dirigeants et les agents publics de Tissoan Bèè se prennent pour des citoyens extraordinaires qui doivent être servis et qui peuvent exiger par la force des services des autres citoyens. Le policier Endama ne se gêne pas pour spolier les taximen et les petits commerçants, pp.31-36.
    Ils ont oublié que les fonctions qu’ils occupent ont pour objectifs de développer et de gérer le service public afin de satisfaire l’intérêt général; que la puissance publique dont ils sont détenteurs doit être utilisée dans l’intérêt général. Ils abusent ou tentent à chaque occasion d’abuser de leur autorité.

    L’ironie du sort
    Le quotidien des habitants de Tissoan bèè et environs est rythmé par l’ironie du sort. C’est comme si le dieu de la fatalité se moquait fatalement d’eux en ce sens qu’un fait inattendu et désagréable vient toujours troubler une situation qu’ils croyaient ou envisageaient sous contrôle. Lorsque le recteur prépare la visite de l’ambassadeur, il n’envisage pas la sortie du serpent anaconda qui va venir tout gâcher, détériorer sa relation avec l’ambassadeur, et ruiner sa carrière administrative. De même, le jeune Kala ne s’attend pas à subir une injustice le jour de son anniversaire. Il mobilise des artifices du langage pour se tirer des embrouilles, mais son sort est en réalité déjà scellé, pp. 54-55.
    On peut tout de même faire un constat : si les artifices du langage prospèrent encore au village, espace où il y encore une certaine fascination à l’égard du savant, du sage et du rhéteur, en ville par contre, les gens semblent enragés et sont insensibles à toute forme de discours. On ne fait pas confiance aux orateurs. Peut-être parce que les populations, tout le temps, sont abusées par les politiciens. Ndimba, par exemple, voleur de sa propre nourriture et victime d’une chasse à l’homme parvient à se tirer d’affaire et à éviter le déshonneur grâce à la maîtrise du verbe et à la sensibilité des gens du village vis-à-vis du beau discours, p.42.


    LES GRANDS TRAITS DE L’ECRITURE DE L’AUTEUR

    L’auteur pense au plaisir de son lecteur. De ce fait, il s’appesantit beaucoup sur les jeux de langue, joue avec l’inattendu, et imprègne ses récits d’une atmosphère satirique.

    Les jeux sur la langue porteurs de sens
    Le recueil est traversé par le jeu sur les mots. Même les titres, qu’il s’agisse du titre du recueil ou ceux des nouvelles, on voit une volonté manifeste de l’auteur de jouer avec les mots en faisant un usage inhabituel de la langue, en recréant la langue, et partant, en renouvelant le regard que l’on porte sur le monde. Par exemple, le titre « La faim ne justifie pas les moyens » est une réécriture significative du dicton « La fin justifie les moyens ». Ces jeux sur les mots permettent de mieux communiquer sur le fond. Un autre exemple pris une fois de plus dans la nouvelle liminaire, « La faim ne justifie pas les moyens », l’atteste. L’auteur fait un jeu sur l’onomastique des personnages pour montrer à quel point les deux principaux protagonistes se ressemblent. Il va recourir à la technique de l’anagramme pour composer leurs noms « Abé » et « Eba ». Cette construction est assez révélatrice du fond exprimé dans la nouvelle, p.7.

    La technique de l’inattendu dans la composition
    Forme brève, la nouvelle se prête volontiers à des jeux de composition. Sa composition est soigneusement calculée pour produire chez le lecteur une émotion soudaine, un effet de surprise. Son dénouement (la chute) prend donc en général la forme d’un coup de théâtre.
    A la lecture des différentes nouvelles qui composent le recueil, le travail fait sur la technique de l’inattendu de l’auteur est assez captivant. D’ailleurs, c’est par la maîtrise de la technique de l’inattendu qu’il parvient à construire l’univers de fatalité qui désillusionne ses personnages. Dans « Le sous-préfet n’était pas au courant », l’inattendu stoppe net l’élan autoritaire du chef de terre. En effet, alors que le sous-préfet s’apprête à martyriser les personnes qui lui tiennent tête, il tombe sur la note de son départ en retraite, p 21.
    Dans « Coup de théâtre à l’amphi », on a le plaisir de voir comment un serpent anaconda rompt les espoirs du recteur qui attend les ordinateurs, p.24.

    Le registre satirique
    Le ton dominant dans l’ensemble des récits de ce recueil est satirique. l’auteur, par son humour et la maîtrise de la caricature, s’attaque aux vices et aux ridicules de ses personnages. Dans la Nouvelle « Qu’en pense Evou », le narrateur ridiculise Ndimba enseignant de philosophie. En effet, après avoir discouru sur la nécessité de renoncer à la mentalité digestive, Ndimba professeur de philosophie, est surpris dans la cuisine de la mère de sa promise en train de voler pour satisfaire son ventre; une nourriture qu’il venait pourtant de décliner, pp. 41-42.

    Pour résumer…

    Dans ce recueil de nouvelles, le narrateur raconte sous forme d’anecdotes la banalité de la vie de ses personnages urbains et ruraux, très souvent rythmée par des ironies du sort. Grâce au registre satirique et au travail sur la langue, l’auteur invite ses lecteurs à plus de mesure, de simplicité et d’authenticité. De la sorte, il réalise pour la nouvelle, le projet qu’Horace avait assigné à la comédie : « corriger les mœurs en riant ».


    Louis Audrey OYIE

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    Joseph MBARGA présente son recueil de nouvelles les mercredi, 22 mars à l’Institut français de Yaoundé et le 23 mars, à l’Institut français de Douala. Ce recueil coûte 2.500 FCFA et est indisponible dans plusieurs points physiques, et sur Amazon.


  • Littérature : Quand les racines chantent…


    Le livre en bref…

    Quand elle apprend que son corps ne présente plus la moindre trace d’utérus, car il a disparu d’une façon qui laisse le personnel médical perplexe, Jasmine Yondo, une juriste très courtisée voit son monde s’écrouler et sombrer dans le chaos. Avec l’aide de l’abbé Martin Samnick, elle réalise, grâce à ses méditations, que seul un retour à Bonendalè, sa terre natale, va permettre de comprendre ce qui se passe.
    Dooh la Mudi, Janéa, est un chef traditionnel respecté pour sa puissance et son bon sens. Entre l’abbé Martin et lui, naît une fraternité au bout d’une rude mise à épreuve parsemée de joutes entre les pratiques rituelles traditionnelles et les méthodes chrétiennes. Dans cet univers trouble, où la malédiction frappe une même famille de génération en génération depuis la création de Bonendalè, Jasmine se retrouve projetée dans un passé tortueux et douloureux.


    Le chemin vers le rachat de toute une lignée de femmes fortes mais oubliées du bonheur, entraîne Jasmine vers trois nuits entre les forêts où siègent les morts, les eaux porteuses d’esprits en furie et les souvenirs révélateurs d’un secret lourd et déchirant.
    Si Jasmine commence à vivre et ressentir le poids des multiples humiliations des femmes dont elle est la descendante, elle revit aussi son propre passé, ces péripéties qui ne lui ont pas laissé la moindre chance d’avoir une vie d’adulte libre et épanouie ; elle en conclut qu’elle est maudite.


    Abandonnée de tous, elle trouve refuge dans la foi et surtout grâce à l’abbé Martin Samnick qui, lui aussi, connaît des épreuves lourdes et embarrassantes au sein du clergé à cause de sa passion débordante pour la foi et l’honnêteté. C’est lui qui va intercéder auprès des gardiens de la tradition Bonendalè, afin qu’il lui soit permis de marcher sur le chemin de la rédemption et affronter à la fois ses peurs et celles de toutes les femmes qui l’ont précédée dans cette lignée.


    Les batailles se multiplient pour une guerre dont tout le monde se demande si elle verra l’issue. Et si jamais elle y parvient, l’état dans lequel elle sera semble la préoccupation du puissant Janéa et de son irréductible nouveau frère, Sango Pata, l’abbé Martin. La venue de Jasmine à Bonendalè soulève des passions parfois très noires, et les combats spirituels font rage. Il n’est plus possible de faire marche arrière et avancer devient de moins en moins évident, car la démarche entreprise par Jasmine menace un ordre établi depuis des ères que la jeune juriste défigurée et amaigrie ne soupçonne même pas.


    Les points de vue entre Janéa et Sango Pata continuent de diverger, mais sans animosité désormais, chacun découvrant l’authenticité des valeurs prônées par l’autre. Toutefois, de lourds secrets demeurent entre eux et les maintiennent en état d’alerte. Le temps ne joue pas en leur faveur, car celui de Jasmine s’amenuise au fil des épreuves.


    Aidée de son inébranlable foi, Jasmine va donner jusqu’à sa dignité pour espérer trouver des réponses à la série de malheurs qui s’est abattue sur elle, drainant d’autres encore plus lourds et intenses. La voie de sa rédemption semble ne porter aucune lumière, pourtant…


    Ray NDÉBI, analyste littéraire / coach creative writing & reading


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    ACOLITT à votre service, pour une littérature dynamique…


  • BIOLITT :  l’auteure camerounaise Danielle EYANGO ?


    Danielle Eyango est une romancière et poétesse camerounaise installée à Douala.
    Son premier ouvrage, «Kotto Bass : Comme un oiseau en plein envol», est un roman qui raconte les visites étranges que lui rend l’esprit de son oncle, le célèbre chanteur et musicien camerounais nommé Kotto Bass, alors décédé brutalement quatre ans plus tôt, la veille d’une tournée internationale.

    Paru en 2012, ce roman est le premier pas vers sa rencontre avec la plume.
    En 2020, par les éditions de Midi au Cameroun, elle offre au public «Le parfum de ma mère», un recueil de poésie illustré par des tableaux de peinture, et puisé dans la profonde Nuit dans laquelle sa Muse l’entraîne.

    Le poème dont le recueil porte le titre a été auparavant primé lors d’un concours, par la Société des Poètes et Artistes du Cameroun.
    En 2021, elle fait partie d’un collectif d’écrivaines avec le Dr. Sophie Yap, le Dr. Chantal Bonono et Sandy Nyangha qui, sous la houlette de la Ministre de la Promotion de la Femme et de la Famille, s’insurgent contre l’horrible assassinat des jeunes élèves à Kumba, une ville du Cameroun. Le recueil bilingue «Kumba ! The Innocent’s Blood/ Kumba ! Le sang des innocents» a été publié aux éditions Proximité.



    Elle a entrepris de narrer la véritable histoire de Rudolph Duala Manga Bell à travers une série littéraire dont les différents épisodes sont lus et suivis à forte audience sur sa page facebook.

    Ce mois de février (2023), son nouveau roman, «Quand les racines chantent», a paru aux Éditions AfricAvenir, une maison d’édition au Cameroun. Il sera présenté au public le 04 mars 2023 au siège de la Fondation AfricAvenir International à Douala.



    L’univers de Danielle EYANGO est marqué par la musicalité orale à la fois poétique et mélancolique, propre à la tradition du peuple Duala dont elle est issue.
    Elle travaille à la promotion de ce qu’elle a baptisé « lithérapie » dans les établissements scolaires ; dénomination octroyée au processus de guérison intérieure via la littérature. Danielle EYANGO croit fermement que la littérature peut nous sauver de nos démons intérieurs.

    Dans ses ateliers, elle travaille également à l’amélioration des conditions d’écriture et de lecture, et l’éveil des vocations littéraires chez les jeunes.
    Présidente de la Fondation Kotto Bass, créée en 2015 en hommage à son défunt oncle, Danielle Eyango met ses ressources au service des enfants handicapés, des démunis et des jeunes femmes vulnérables, ainsi que des familles démunies suite à la crise anglophone qui sévit au Cameroun.



    P.O. pour Linelitt et les arts



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  • Les 5 questions posées à Waly NDOUR, promoteur des Éditions SEGUIMA (Sénégal)

    Nous commençons l’année 2023 avec une grande figure de la littérature actuelle au Sénégal et en Afrique, monsieur Waly Ndour.

    Qui est-il ? Pourquoi a-t-il mis SEGUIMA sur pied? Ses conseils à l’endroit des jeunes éditeurs et ses propositions pour la littérature en Afrique. Un zoom sur la librairie qui porte le même nom. Et en bonus, un tour sur le dernier appel à textes. Waly NDOUR se confie à notre équipe.

    Partie 1
    Partie 2

    Partie 3
    Partie 4
    Partie 5
    Partie 6
    Partie 7


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    Linelitt et les arts


  • SALON DU LIVRE AFRICAIN POUR ENFANTS DE YAOUNDÉ (SALAFEY), édition 1


    Le Salon du Livre Africain pour Enfants de Yaoundé (SALAFEY) se précise de plus en plus.

    L’une des activités de ce salon étant la mise sur pied d’un concours, l’équipe de coachs et des encadreurs ont joint leurs bras pour la formation des candidats aux concours de dessin, lecture et écriture. Cette initiative s’est dessinée à la bibliothèque jeunesse de l’Institut Goethe du Cameroun, à Yaoundé.

    Pour immortaliser ces instants, l’équipe Linelitt’ et les arts a recueilli les sentiments des coachs et encadreurs après les ateliers avec les enfants. Disponible dans ces vidéos et à consommer sans modération.

    PARTIE 1
    PARTIE 2

    Pour rappel, le Salon du Livre Africain pour Enfants de Yaoundé (SALAFEY) se tiendra du 16 au 18 décembre 2022 de 9h à 18h, au musée national et à la Fondation Tandeng Muna. Plusieurs activités sont prévues pour meubler ces trois jours. L’accès au village du SALAFEY sera totalement gratuit.

    Parents, responsables d’établissements scolaires ou autres institutions, n’hésitez pas à vivre ces moments avec les enfants.

    Vous avez encore la possibilité d’être le sponsor d’un des prix qui seront remis ce 18 décembre 2022 aux lauréats.



    Linelitt’et les arts