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  • « La lumière des ancêtres » : le regard de Laetitia

    Une nuit d’insomnie, un homme fatigué ouvre une Bible. Il ne cherche pas à déclencher une révolution spirituelle. Il cherche simplement le sommeil. Pourtant, quelques pages suffisent à faire basculer cette nuit ordinaire dans une aventure intérieure où la foi, la raison, la conscience et la mémoire familiale vont se mesurer les unes aux autres.

    C’est ainsi que s’ouvre La lumière des ancêtres de Pierre NANTIA, récit de 130 pages qui a paru aux Editions KADEÏ à Yaoundé, en juillet 2026.
    Dès les premières pages, La lumière des ancêtres installe son paradoxe. La Bible, longtemps présentée au narrateur comme « le livre absolu » et « la vérité incontestable », devient précisément l’objet d’une lecture inquiète et scrutatrice (p. 20). Et ce déplacement constitue le véritable moteur de ce livre. Il ne s’agit pas de raconter une conversion ou une apostasie, mais de mettre une
    conscience devant ses propres contradictions. La question pourrait se formuler ainsi : que reste-til de la foi lorsque celle-ci accepte de passer par l’épreuve du doute ?


    Le premier chapitre, « Par une nuit d’insomnie », est représenté par un corps épuisé, des douleurs aux jambes, qui rappellent une fragilité physique ancienne, mais l’esprit refuse de s’abandonner au sommeil (p. 19). La Bible saisie presque au hasard devient alors un miroir. À mesure que la lecture avance, les récits bibliques familiers changent de relief. Les épisodes de la Genèse, le déluge, Sodome et Gomorrhe, puis surtout l’histoire de Job ne sont plus
    seulement considérés comme des récits fondateurs : ils sont soumis à la question morale.


    C’est avec Job que le malaise devient véritablement dramatique. Entre les pages 30 et 36, Pierre NANTIA s’attarde sur le fameux pari entre Dieu et le Diable. Job est présenté comme un homme intègre, prospère, attaché à Dieu. Pourtant, pour démontrer sa fidélité, il est dépouillé de ses biens, privé de ses enfants et finalement atteint dans sa chair (pp. 30-34). La restauration finale de sa
    fortune et la naissance de nouveaux enfants ne suffisent pas à effacer la question essentielle : une souffrance infligée à un innocent peut-elle être justifiée par une récompense ultérieure ? Pierre
    NANTIA ne cherche pas à neutraliser le choc de son récit par des explications théologiques. Il préfère le laisser produire son effet moral. Le lecteur est ainsi placé devant une tension que le narrateur refuse de résoudre trop facilement : peut-on déclarer injuste un acte lorsqu’il est commis par un homme et le considérer mystérieusement juste lorsqu’il est attribué à Dieu ? Cette démarche est annoncée dès l’avant-propos. Pierre NANTIA précise que sa quête ne consiste pas à « déboulonner le divin », mais à le libérer de certains récits qu’il juge incompatibles avec l’idée d’un Dieu infiniment bon et juste (pp. 13-14).
    La nuance est importante.

    La lumière des ancêtres n’est pas construit comme un réquisitoire contre la croyance ; il s’agit plutôt d’une fiction de confrontation, dans laquelle la foi héritée est mise à
    l’épreuve de la conscience. C’est précisément ce qui conduit au deuxième chapitre, « Rencontre avec l’archange ». À partir de la page 39, la réalité bascule dans le fantastique. Le narrateur se retrouve dans un univers céleste étrange, privé momentanément de son handicap physique, avant de rencontrer l’archange Michel, qui n’est pas seulement un personnage surnaturel, mais l’incarnation d’une autorité qui exige l’obéissance et suspecte la pensée critique. Il reproche au narrateur de confondre « liberté de pensée » et « erreur » et lui demande de renoncer à son
    raisonnement (p. 50). Le dialogue prend alors une dimension qui dépasse la religion. Derrière l’affrontement entre l’ange et l’homme se dessine une question politique et sociale : que devient
    la liberté lorsqu’une autorité prétend détenir seule la vérité ?
    La force de cette construction tient au fait que l’archange n’est pas présenté comme une simple
    entité. Il argumente, accuse, questionne et défend un ordre. Le narrateur, de son côté, n’est pas davantage transformé en héros infaillible. Il demeure un homme traversé par ses hésitations, ses
    colères et ses contradictions.

    Tout ceci explique également le rôle central de Maa Yoho’o et Maa Magni. La grand-mère et la mère de l’auteur, qui ne sont pas de simples figures affectives placées en arrière-plan, mais qui constituent le véritable socle éthique du récit. Dans l’avant-propos, leur enseignement est résumé par des principes élémentaires : détester le mensonge, le vol, la malhonnêteté et la duperie (p. 15). Leur autorité ne vient ni d’un diplôme théologique ni d’une position institutionnelle. Elle vient du travail, du sacrifice, de la transmission et d’une morale
    vécue. Par conséquent, La lumière des ancêtres n’est pas une lumière opposée au divin. Elle représente plutôt une autre source de discernement : celle de la mémoire familiale, de l’expérience et de la conscience morale.

    L’ouvrage établit un dialogue singulier entre deux héritages : d’un côté, les récits religieux reçus comme vérités ; de l’autre, les valeurs transmises par des femmes qui, bien qu’analphabètes, ont appris à leurs enfants à distinguer le juste de l’injuste. Cette tension nourrit également la satire du troisième chapitre, « Au panthéon des veules ». La fiction quitte progressivement la seule interrogation théologique pour rejoindre le terrain politique. Les figures de Noé, Abraham, Loth ou Paul sont relues à travers les mécanismes de pouvoir, de
    courtisanerie, de soumission et d’opportunisme.

    Aux pages 110 à 113, le parallèle devient explicite : les sociétés terrestres et l’univers céleste semblent fonctionner selon des logiques comparables, récompensant parfois le zèle des courtisans et sanctionnant l’audace des justes.


    La satire est l’un des instruments les plus efficaces de l’écriture de Pierre NANTIA. Les personnages bibliques deviennent des figures de comportements contemporains. Le paradis, lui-même, est une caricature de la société organisée autour de l’allégeance. La formule « Sur terre
    comme au ciel, le système est le même » (p. 111) condense cette lecture politique du récit. Il ne
    s’en prend donc plus seulement aux incohérences perçues dans les textes religieux : il interroge la
    facilité avec laquelle les sociétés humaines sacralisent leurs propres hiérarchies.


    Le quatrième chapitre, « Le séjour des intrépides », radicalise cette confrontation. La descente vers l’enfer devient une épreuve physique et morale. Le narrateur est soumis à la douleur, mais ce sont les voix de Maa Yoho’o et de Maa Magni qui lui permettent de tenir. Leur surnom, « Moo Ngui », c’est-à-dire « petit lion », prend alors une valeur symbolique forte (pp. 87-88). L’enfant handicapé que la société aurait pu condamner à la marginalité devient, dans la fiction, celui qui refuse de courber l’échine devant une autorité qu’il juge injuste.


    L’enfance de l’auteur y est pour beaucoup dans son écriture. Son enfance à Ndaa, dans l’Ouest du
    Cameroun, son handicap apparu dès l’enfance, son parcours scolaire et universitaire, sa vocation
    d’enseignant, l’avertissement de sa grand-mère, qui lui faisait comprendre que l’abandon de l’école
    pouvait le conduire à devenir mendiant. Et la peur de cette destinée qui s’est transformée en moteur de résilience et qui constitue la trajectoire du narrateur de La lumière des ancêtres.


    Il serait toutefois réducteur de confondre intégralement l’auteur et le narrateur de La lumière des
    ancêtres
    . Le récit puise effectivement dans son expérience personnelle, mais il a su la transformer par les procédés de la fiction. Le handicap est ici une métaphore et à la fin de l’ouvrage,
    l’expression selon laquelle le narrateur aurait cessé d’être « handicapé d’esprit » pour ne rester que physiquement handicapé résume cette évolution. Le corps n’a pas changé ; le regard sur le monde,
    lui, s’est déplacé.


    La lumière des ancêtres n’est ni un essai théologique classique ni un roman fantastique au sens strict. Il emprunte au conte philosophique sa structure argumentative, au fantastique son dispositif d’irruption de l’au-delà, à la satire son goût de la caricature et au pamphlet son énergie polémique.


    L’écriture de Pierre NANTIA est volontairement orale, directe, parfois mordante. L’humour sert souvent à désamorcer la gravité des questions soulevées. Les comparaisons inattendues, les images démesurées et les scènes grotesques donnent au récit une respiration populaire.

    Pierre NANTIA ne cherche pas la neutralité, il cherche le débat. La provocation dans ce livre est pour lui une stratégie narrative : pousser les certitudes jusqu’à leur point de rupture pour obliger le lecteur à regarder autrement ce qu’il croyait connaître.
    Le réveil ne signifie pas que toutes les questions ont trouvé une réponse. Le narrateur revient dans
    le monde réel avec ses limites physiques et une société qui, elle, n’a pas miraculeusement changé. Ce qui a changé, c’est son rapport à elle. Son voyage onirique est un passage, un voyage d’initiation : il ne s’agit plus de vivre sous la peur d’un châtiment, mais de chercher la vérité dans la conscience, la dignité et la capacité de discerner.


    Aux pages 114 et 115, cette évolution s’élargit encore. La Bible est refermée, mais non rejetée. Elle pourra être relue avec des « yeux plus éclairés ». D’autres traditions religieuses sont également évoquées dans le souci d’élargir la perception du divin. La spiritualité qui se dessine alors ne se laisse plus enfermer dans une étiquette : elle se veut guidée par la conscience, le bon sens et le bien.
    La lumière des ancêtres ne cherche pas à opposer la foi à la raison, ni les ancêtres au Dieu des religions, mais demander ce que la foi peut devenir lorsqu’elle accepte de dialoguer avec la conscience, quand le doute cesse d’être nécessairement une faiblesse pour devenir une méthode de
    recherche. Dans cette perspective, les ancêtres du titre ne sont pas seulement ceux dont la mémoire accompagne le personnage, ils représentent une exigence morale antérieure aux systèmes, aux
    institutions et aux dogmes : travailler honnêtement, protéger les faibles, résister à la facilité, refuser le mensonge. La lumière qu’ils transmettent n’a rien de spectaculaire. Elle tient dans une manière de vivre.


    C’est pour toutes ces raisons que La lumière des ancêtres de Pierre NANTIA mérite d’être lu. Sa
    véritable matière n’es ni le ciel ni l’enfer, mais cette zone fragile où une conscience humaine tente de rester libre face à toutes les autorités qui prétendent penser à sa place. La nuit
    d’insomnie qui ouvre le récit n’aura donc pas été une parenthèse. Elle aura constitué l’espace nécessaire à une naissance : celle d’un regard débarrassé, autant que possible, de la peur et rendu à sa responsabilité.

    Laetitia DONG Sanam




  • EXPÉRIENCE DE LECTURE | La dernière gifle de Priscylle Fokou

    « La dernière gifle » est une histoire vraie que l’autrice, Aude Priscylle TONLEU FOKOU, partage dans ce livre qui compte 86 pages. Il a paru en 2020, aux Éditions de Midi -Officiel.

    Cette histoire se passe au Cameroun, dès l’année 2003. C’est l’histoire de Ndam Raitou, une jeune femme qui ne demandait qu’à être heureuse et voir sa famille et son fiancé heureux. La vie n’était pas rose, mais il planait cette quiétude que seul l’amour des nôtres peut nous procurer.

    #Les_expériences_de_lecture_de_PaulineO

    Deux ans plus tard, son fiancé, Djitab, va être accusé injustement de vol. Seule solution pour qu’il ne croupisse en prison : Raitou doit le quitter et épouser le commandant de la brigade de la ville… Un homme dont elle avait, à maintes reprises, repousser les avances.

    Le pouvoir de l’amour, c’est quelque chose d’inexplicable. Il pousse à poser des actes qui meurtrissent notre âme tout en y laissant une jeune pousse de rose, si l’être aimé est sauf et heureux. Raitou va accepter cet échange par amour, signant le début d’un cal*vaire qui va durer 13 ans.

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    Avec une mère pauvre et malade et un cadet qui doit continuer ses études, elle est obligée de subir, dès les premières heures de son mariage, les  »joies » de la maltraitance. Elle est obligée de vivre son enf€r, d’encaisser des coups, peu importe sa condition physique. Il fallait que sa famille ne manque de rien ; il fallait que son Djitab soit toujours en sécurité et en liberté. Un contrat dans lequel elle s’en sortait perdante… L’amour !

    Très tôt, Raitou est devenue l’ombre d’elle-même et lui,  »Il devenait de plus en plus viølent, depuis qu’il avait été nommé commandant de région. » P.37. Elle recevait des cøups presque tous les soirs.

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    Il lui avait interdit de tomber enceinte ! Tomber enceinte, malgré ses viøls quotidiens, était un affront. Alors, il s’appliquait encore plus à la frapper jusqu’à ce qu’elle perde non pas un ni deux, mais sept enfants. Six grossesses dont une gémellaire, envolées sous les coups !
    Vous pouvez imaginer le désarroi de Raitou… Mais l’amour pour son frère était plus grand que les cøups : il devait continuer ses études. Secrètement, elle nourrissait l’espoir de sortir de cet enf€r, une fois son diplôme obtenu. “Je devais me remettre très rapidement, car Alioum avait réussi à son baccalauréat en 2009 et devait venir chez nous (…) Mon commandant avait décidé de lui donner un avenir prometteur, pour me séq
    uestrer davantage. Il l’inscrivit dans une grande école d’architecture où la scolarité coûtait plusieurs millions (…)” P. 40.

    Oui, elle n’avait pas le droit d’appeler son époux par son prénom… Son état psychologique ne le lui aurait peut-être pas permis, d’ailleurs.  »Sur un ton irrité et grave, comme s’adressant à un vulgaire employé, il me dit que c’était la dernière fois que je l’appelais Emmanuel. Je devais l’appeler ‘‘Mon commandant’’ et son petit déjeuner devait être servi au plus tard à 6 heures.” P.29

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    La technique que certaines femmes battues adoptent est celle de l’extrême obéissance : elles ne veulent qu’une seule chose, que cessent les cøups et toutes les autres humiliations. Raitou est passée par cette phase, elle était prête à tout pour que “son commandant” devienne son époux ou tout au moins qu’il la considère comme un être humain.
    L’inconvénient ici est que le bou
    rreau prend plus d’autorité, plus de confiance, et se considère comme le dieu de sa vic*time.  »J’étais allée le voir dans la chambre, je lui ai demandé pardon pour avoir été têtue. Je lui ai dit que j’allais devenir la femme qu’il désirait, que je ne voulais plus d’enfant, que j’allais bien prendre mes pilules, et si jamais je tombais enceinte, avant même qu’il ne s’en rende compte, j’allais me faire avørter.” P. 50.
    Les coups, eux, ne cessaient de s’abattre sur elle, comme un mauvais karma. Il ne se gênait pas de ramener ses conquêtes sur le lit conjugal, et exigeait de Raitou un service et un accueil sans faille, pour ses conquêtes et lui.

    Qu’avait-elle bien pu faire pour mériter tant de méch*anceté ? Pourquoi avait-il insisté pour l’épouser, elle, si c’était pour en faire un punching-ball ? Ses amies lui racontaient souvent leur lune de miel… Que leur racontera-t-elle ? Des questions, elle en avait plein la tête ; des réponses, aucune.

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    Lorsque l’humilité, l’amour, la peur et la patience ne suffisent plus, ces femmes resignées prennent enfin conscience. Elles ressentent ce besoin de VIVRE, elles suffoquent presque de ce désir. “Je regardais mon reflet dans ce miroir et je ne me reconnaissais pas.” P. 55

    Le pire, c’est que ce regain de conscience ne va presque jamais dans le sens d’une solution à l’amiable. Et Raitou n’en pouvait plus. Elle avait besoin de LIBERTÉ. Et comme une lionne restée trop longtemps encagée et affamée, elle n’a pas hésité à le faire après une énième viølence :  »(…) je l’ai regardé droit dans les yeux et lui ai dit que c’était la dernière gifle… et j’ai tiré sur lui.” P. 55

    “Je m’appelle Ndam Raitou, j’ai 36 ans et j’ai tu€ mon mari, le commandant de Légion Bodo Emmanuel, le 18 janvier 2018, avec son arme, vers 12h, à son retour à la maison. Cela fait de moi une meur*trière ? Oui. Mais cøupable ? Non.” P.59

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    Elle était enfin libre… Elle a posé l’arm€ et a fait du café. Ce café qui lui a été interdit durant une dizaine d’années. Elle a savouré chaque goutte, les lèvres posées délicatement sur sa tasse, le corps de son  »commandant » gi*sant non loin d’elle : “Je m’étais fait une tasse de café dont je découvrais la douceur des arômes.” P. 10. Comme quoi, la liberté n’a pas de prix !
    C’est sereine qu’elle a été conduite auprès des autorités, qu’elle a été condamnée.

    Malheureusement, une fois en prisøn, la vie lui a fait savoir qu’elle n’aurait pas dû aimer autant, qu’elle n’aurait pas dû vouloir sortir des gri*ffes de son  »commandant », qu’elle aurait dû cautionner les viøls, les avørtements, les cøups… Car, au final, ce ne sont pas ces s€vices qui l’ont le plus tørturée.
    Raitou est mørte en prisøn, le 08 février 2020, des suites de l’amour. La lecture du livre vous donnera tous les détails.

    #Les_expériences_de_lecturede_Pauline_O

    Plusieurs histoires fictives ou réelles sont chaque jour mises en exergue, mais les cas de viølences conjugales demeurent croissants. Au Cameroun, la situation est plus qu’alarmante. Les femmes m€urent, chaque jour, moralement et psychologiquement, dans des foyers auxquels elles ont cru ou encore qui leur ont été imposés, comme celui de Raitou.
    Elles søuffrent et s’éteignent longtemps avant de perdre le souffle.

    Faut-il donc rester dans le sillage de l’éternelle plainte, de l’éternelle dénonciation vaine ? Raitou méritait-elle d’être écrouée après 13 ans de tørture de divers ordres, après avoir vu ses plaintes ignorées parce que son  »commandant » était le chef de la région ? Où etait la loi et où étaient tous ces religieux ?  »La même Bible qui a dit : « Tu ne tueras point », a également dit : « Aime ton prochain comme toi-même ». P.85.

    Aude Priscylle TONLEU FOKOU a tenté, du mieux qu’elle a pu, de faire libérer Raitou. Mais le mal était là, il était au-delà de cette prison, il était dans sa chair, dans chaque cellule de son corps. Son chagrin, son tort d’avoir aimé, ne voulaient pas être libres.

    #Lesexpériences_de_lecturede_Pauline_O

    Lu d’une traite – il m’était impossible de faire autrement, vous recommanderais-je ce livre ? Vu la tournure de l’histoire, mon avis est mitigé.
    Des Raitou, on en croise tous les jours. Des familles qui posent leurs filles sur le bûcher du sacr*ifice pour la famille, on en connaît. Des Raitou qui aiment d’un amour inconditionnel, on en connaît… Je me contente de vous laisser les coordonnées, afin que vous le lisiez et preniez des résolutions pour vous, pour la gent féminine. Une chose est sûre, ces viølences doivent cesser.

    💰 3500 Fcfa
    📲 +237 690307319

    Pauline M.N. ONGONO

  • INSOUMISE : Histoire d’une femme victime de sa passion amoureuse de Bizzelle La Fortune

    « L’homme est divers et ondoyant. » S’il y a bien une chose vraie dans ce monde, c’est celle-là. Et ce n’est pas Bizzelle La Fortune qui nous dira le contraire.

    « INSOUMISE », un mot qui fait pâlir plus d’un à sa seule écoute, à sa seule pensée. Qui ose être insoumise ? Qui ose aller outre le sacro principe – surtout africain – qui voudrait que la femme soit soumise au risque d’être répudiée ? Est-ce cette insoumission qui a valu à la narratrice et auteure, Bizzelle La Fortune, d’être victime de sa passion amoureuse ?



    Son extraordinaire vie commence le jour de sa naissance, le 04 mars 1984 à l’hôpital central de Yaoundé, au Cameroun. Le nom qui lui est attribué grâce ou à cause sa position familiale fait d’elle un « arbre de paix ». Née d’un père fonctionnaire, grand de taille, toujours bien conservé, amoureux de l’éducation ; et d’une mère de taille plus petite qui avait arrêté les études après son diplôme du cycle primaire et dont les nombreux accouchements – par césarienne – avait flétri ce corps jadis ferme qui restait tout de même attirant, Bizzelle avait tout pour réussir : être heureuse et être endurcie par la vie, entre la rigueur et l’amour de ses parents, entre les déboires de la polygamie dans laquelle son père les avait plongés… Ne dit-on pas que l’éducation n’est pas uniquement celle de l’école ?

    Le père vivant à l’ouest du Cameroun depuis sa mise en retraite, après l’obtention de son diplôme du cycle primaire, Bizzelle est obligée de vivre avec lui, loin de Yaoundé, loin de sa mère, loin de ses frères et sœurs, loin des déboires familiaux qui faisaient partie de l’animation de son existence… Il fallait se familiariser au minimum qu’offrait le village : « Pas de lieu de distraction, à part le marché du village où l’on pouvait danser tard à l’occasion des célébrations comme la fête de la jeunesse le 11 février, la fête nationale le 20 mai, etc. », comme vous le lirez à la page 26. Très vite, elle s’habitue à l’environnement, car c’était « Un village calme, paisible ; où l’air est vraiment frais, pas du tout pollué. Tout était réuni pour qu’un enfant réussisse à l’école. », nous renseigne la page 27. Mais, les habitudes n’ayant pas toujours la peau dure, Bizzelle nourrissait toujours le besoin de rentrer à Yaoundé, une chose fortement désapprouvée par son père qui, deux ans plus tard, céda ; Bizzelle rentra à Yaoundé. Elle avait 15 ans.

    15 ans, l’âge des papillons dans le ventre… 15 ans, l’âge où la puberté rugit dans sa splendeur… 15ans, l’âge où tout commença pour Bizzelle.

    Rommel, l’ami de son frère devenu un enfant de la famille. Rommel, son premier flirt, son premier amour, le premier lien de dispute entre Bizzelle et sa famille. Son premier… Ils vivaient leur amour en cachette, sachant que les réactions ne seraient pas encourageantes. Et quand ils l’ont su, « Naturellement, ils m’ont aussitôt menacée de mettre un terme à cette histoire d’amour sans lendemain. », nous raconte la narratrice à la page 35. 
    « Ma fille, je t’en prie, tu es encore très jeune, tu dois d’abord penser à ton avenir (…) », la supplie sa mère à la page 36, lasse de voir sa fille mener cette idylle qui lui retourne l’estomac, qui lui fait enchainer les mauvaises notes aux examens. Hélas, le cerveau et le cœur de Bizzelle étaient parsemés de fleurs au doux parfum de Rommel. Aucun conseil, aucune menace ne pouvait lui faire quitter son Rommel, son amour. Quand l’amour nous tient, le cerveau souffre et est obligé de suivre le pas pour survivre… Rommel était colérique, arrogant, homme à faire valoir son corps sculpté auprès des autres jeunes filles, Bizzelle n’en avait cure, le parfum senteur Rommel était très fort. Aucun red flag n’aurait réussi à l’aider à trouver raison.

    En classe de Terminale, elle tombe enceinte de leur première fille, elle s’enfuit avec son Rommel, il revient demander sa main, sa famille et surtout sa mère et ses frères sont mécontents, la famille est brisée… Une succession d’événements haletante ! A la page 43, la narratrice nous dit : « (…) je pouvais rencontrer une sœur ou mon frère en route mais je ne les saluais pas, et, eux aussi, faisaient pareil. » Peu importe, tant que le parfum senteur Rommel embaumait sa vie, le reste n’avait aucune importance.
    S’accrocher à cette relation lui enlèvera sa famille, ses amis, sa dignité, sa paix… Et même Son Rommel, celui qui avait nourri les papillons dans son ventre. Le romantique et prévenant Rommel s’est transformé en un monstre froid et égoïste. Mais, en réalité, peut-être l’était-il déjà ? Peut-on changer autant envers la femme qui a tout supporté et tout abandonné pour vivre l’amour avec un grand A même bancal ? Plus de cadeau, une somme de stratagèmes pour pouvoir bénéficier de ses faveurs, des enfants à élever seule en tant qu’ingénieure du bien-être familial – je trouve trivial l’expression « femme au foyer ». Ce changement de Rommel a, heureusement, arraché de nombreuses fleurs du cerveau, pas du cœur, de Bizzelle. Il a fait naitre l’INSOUMISE.


    « Insoumise : Histoire d’une femme victime de sa passion amoureuse » est, vous l’aurez compris, un roman inspiré de faits réels. Il parait aux Editions du Schabel en 2021. Sa couverture de couleur verte, une jeune femme au teint ébène et sertie d’accessoires africains, qui regarde vers le ciel d’où une lumière éclaire son visage, témoignent de la moisson d’un amour tumultueux, de la persévérance, de la compréhension, du semblant de sérénité et de la résilience cultivées au fil des 102 pages qui constituent ce livre. Il s’agit du témoignage des conséquences du non-respect des ordres préétablis. En effet, une sagesse africaine demande de ne jamais aller contre l’avis d’un parent : si ton parent refuse que tu entretiennes une relation amoureuse avec une personne, obéis et cherche celui ou celle qu’il aimera. On ne discute pas, on s’exécute. Malheureusement, l’émancipation de la jeunesse depuis le 20e siècle la pousse à passer outre et à subir – très souvent – des conséquences à long terme. Ils oublient ou méprisent l’œil de l’Homme âgé, cette loupe qui voit le futur très antérieur. Bizzelle en a eu pour son compte.


    Bizzelle a vu son amour tomber en lambeau au fil des jours ; elle a vécu un divorce inqualifiable ; des maternités sans repos ; des insultes de son Rommel à n’en plus finir, exemple : « (…) il m’a répondu d’un ton amer que je suis bête et ignorante (…). », page 75. Elle a encaissé de nombreuses années, elle a perdu sa dignité en quémandant un amour qu’elle pensait – encore – fort. Mais l’a-t-il été un jour ? L’amour fait-il autant mal ? L’amour oblige-t-il de s’éloigner de sa souche de vie ? L’amour permet-il le mépris ? L’amour permet-il l’abandon de sa femme et de sa progéniture ? L’amour…

    Au fil des années, le cœur et le cerveau de Bizzelle ont été rasés de toutes les fleurs aux senteurs Rommel. « Nous étions devenus plus distants qu’avant, rien de ce qu’il disait ou faisait ne m’intéressait plus. », nous dit Bizzelle à la page 79. Les senteurs envolées, la réconciliation avec la famille était possible. Elle a retrouvé sa souche ; elle pouvait désormais se confier, comme elle le confirme à la page 98 : « (…) je n’informai que ma famille de la situation que je vivais. ».

    Dans ce roman, Bizzelle nous donne une autre définition de l’insoumission : il ne s’agit pas d’être têtue, il s’agit de SE PREFERER. En effet, malgré les réticences de Rommel, elle n’a pas cessé de chercher des opportunités professionnelles, de travailler, de chercher sa paix et celle de ses trois filles. Si elle n’avait pas été insoumise, sa douleur et sa misère auraient atteint le rubicond, vu qu’elle ne recevait presque plus rien de Rommel. Elle a été une victime de sa passion amoureuse, mais voudrait-elle ne l’avoir jamais été ? Regarder les trois anges qu’il lui a donnés, laisse croire qu’en tout mal, il y a du bon.

    Bizzelle, à ce jour, est une femme polyvalente avec de nombreuses casquettes. Et si elle n’avait vécu qu’une love story, ne se serait-elle pas reposée sur la poitrine de son homme, prenant une pause pour arroser les fleurs de son cœur et de son cerveau aux senteurs Rommel ?
    « Son chemin ne sera plus le mien, nous n’aurons plus à éprouver de jalousie quant à la vie de l’autre. » « (…) sachant que pour mes filles, il faut que je sois forte. », lirez-vous aux pages 98 et 99. La messe était dite.


    « Insoumise : Histoire d’une femme victime de sa passion amoureuse » est une réelle sonnette d’alarme. Il est, certes, une thérapie pour l’auteure, mais aussi un élément de prises de conscience dans les relations sentimentales et familiales. Que vaut le « NON » d’un parent ? Que devrait-on supporter au nom de l’amour ? A quel moment doit-on taper du poing sur la table ? Etc. Des Bizzelle, il en existent autour de nous. Ces femmes trop occupées à essayer de sauver les apparences d’un couple inexistant et toxique pour voir tous les signaux d’alarme.
    Des parents de Bizzelle, on en rencontre tous les jours. Déchirés par leurs propres problèmes, n’offrant que leur chair en lambeau, en guise de bouclier pour leurs enfants. Et si le père avait fait fi de son honneur patriarcal ? Et s’il avait écouté les supplications de sa femme ? Et s’il n’avait pas donné Bizelle en mariage aussi jeune et surtout à un homme dont même le meilleur ami n’en voulait pas comme beau-frère ? Etc.
    En outre, ce roman est la preuve absolue que l’on ne retient pas un homme avec un ou des enfants ; une preuve qu’il y a une différence entre intelligence et sagesse ; une preuve que l’on peut se relever de toute situation, si l’on y met une bonne d’insoumission.

    Je félicite Bizzelle La Fortune pour le courage qu’elle a eu de coucher son intimité sur papier, livrant ainsi une partie d’elle que seule sa famille gardait jalousement. Je ne manquerai pas de lui faire part des quelques questions qui me taraudent sur le plan de l’édition de ce roman.
    Soyons des insoumises et même des insoumis à travers la lecture, car lire des livres délivre.

    Ce livre est disponible auprès de Bizzelle La Fortune, au prix de 5000 FCFA.

    Par Pauline M.N. ONGONO




  • « Amnésique » d’Yvette NOUGA : D’amour et de résilience par Pauline M.N. ONGONO

    « Où sommes-nous ? Qu’est-ce que je fais ici ? » C’était le premier signe de son amnésie, après cet accident qui a emporté l’amour de sa vie…


    Nsili et Lenssi se revoient au hasard des choses. Nsili est médecin, elle revient d’une longue période de spécialisation en France. Une chose l’anime, faire ce travail qui, quelques années en arrière, ne lui permettait même pas d’avoir une vie descente. Rentrée de Paris, elle devient le médecin à avoir à tout prix. Comme quoi, traversez la mer et devenez automatiquement le plus compétent. Elle mène sa vie entre ses parents, son boulot, sa sœur, prise de temps en temps dans l’étau du fameux « Tu te maries quand ? » de sa mère, madame MESSINA.


    Lenssi est son amour de jeunesse. A peine se sont-ils retrouvés par le hasard des choses, qu’ils se lancent dans une relation maculée de passion, d’amour, de rires… de toutes ces choses qui nourrissent les papillons dans le ventre. « (…) revoir Lenssi hier, a suscité une vive émotion en moi. », lirez-vous à la page 27. Leur mariage est alors une évidence quelques années plus tard, et de cet amour, tombera des fruits. Mais une ombre plane sur eux : Nsili n’est pas aimée de sa belle-mère et ses efforts pour se faire aimer restent vains. Le couple en fait tellement pour changer ce sentiment, que cela les mène à ce moment fatidique, ce 05 février, jour où tout a basculé… Ce jour où tous ces moments idylliques se sont effacés de la mémoire de ce personnage ; ce jour qui lui a prouvé que la vie valait d’être vécue ; ce jour qui a emporté la paix dans la vie de tous les personnages… « Vous avez une amnésie secondaire à votre accident de voiture », lui dira son psychologue au chapitre 7 qui porte d’ailleurs le titre « Amnésie », dès la page 173.


    Le roman « Amnésique » est écrit sous un détail de chronologie et de lieux. Il commence à Paris en septembre 2018 et s’achève en février 2024 à Nkoteng. De sa plume, Yvette NOUGA, camerounaise et médecin épidémiologique, décrit une histoire où tout se veut rêve et beauté ; compréhension et amour ; appréhension et solution ; pleurs et rires… Paru chez Eclosion, une maison d’édition basée au Cameroun, « Amnésique » est une vague houleuse de 248 pages sous un temps intermittent de 10 chapitres et d’un épilogue.
    A travers cette vague, Yvette NOUGA dépeint ces choses que l’on voit tous les jours, qui passent inaperçues ou pas, mais qui s’impriment dans notre subconscient, jusqu’au jour où survient un événement qui vous fera les oublier entièrement ou pas. Elle a choisi de donner à chaque personnage la parole, pour exprimer, sans détour, ressentiment, gratitude, haine, complexe et la liste n’est pas exhaustive. La lecture de ce roman nous a permis de relever ce que nous appellerons les sept péchés sociaux de « Amnésique », ceux-là même qui portent ce roman :


    Premier péché social : La non valorisation des diplômes locaux et des jeunes diplômés :
    Nsili subit des injustices et des salaires minables qui ne lui permettent même pas une gestion efficace des frais de transport, comme vous le lirez à la page 6. Aller en France change la donne, car « Au Cameroun, un médecin qui a un diplôme, même un simple diplôme universitaire obtenu d’une université étrangère et plus encore européenne ou américaine, a une aura décuplée face à ses pairs, de l’avis des patients. », lirez-vous à la page 7. Ou encore à la page 44 : « Nous avons un problème au Cameroun quand il s’agit d’avoir des postes de responsabilités. Etre jeune quand cela arrive, peut poser des problèmes. »

    Deuxième péché social : les rapports avec la belle-famille :
    Dans ce roman, Yvette NOUGA dépeint les rapports belle-mère – belle-fille très souvent teintés d’hypocrisie ou de haine ouverte, mais aussi de beaucoup d’amour. Autant madame MESSINA était détestée de sa belle-mère, autant elle aimait Lenssi, son beau-fils ; et comme un mauvais héritage, Nsili a connu la même haine. Elle a bu presque jusqu’à la lie, la haine de sa belle-mère, Ma’a Seudjang, que même la naissance de son premier petit fils n’a pas réussi à adoucir : « C’est juste que je me disais que vous n’étiez pas obligés de rester ensemble parce que vous avez un enfant ! (…) Je t’ai trouvé quelqu’un qui soit à ta hauteur et qui te portera haut. », dira-t-elle à son fils, à la page 154, ne tenant pas en compte le fait qu’il était déjà marié, mariage auquel elle avait d’ailleurs décidé de ne pas assister.


    Troisième péché social : Le tribalisme :
    Yvette NOUGA met sur le tapis le pseudo non amour entre les tribus camerounaises de l’Ouest et celles du Centre. Une pseudo haine qui a pourtant été à chaque fois la preuve d’unions solides et d’amour vrai entre mari et femme, le cas échéant, entre Lenssi et Nsili. Ce troisième péché est l’objet du rapport nocif entre Nsili et sa belle-mère. Elle est bassaa et ewondo, il est bangangté.


    Quatrième péché social : La pression familiale :
    « Comme toute mère, maintenant j’espère la voir mariée et maman. » Nsili n’avait pas défait ses valises à son retour de France que, déjà, sa mère nourrissait ses envies de belle-mère et grand-mère à la page 15. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à lui mettre cette pression, tout son entourage semble voir en elle cette évidence du « tu dois déjà te marier et avoir des enfants ». Même si cet aspect est relevé avec douceur dans le roman, il n’en reste pas moins qu’il résonne comme un tambour d’Afrique dans le subconscient. Nsili n’avait pas trente ans, elle estimait avoir encore assez de temps pour réfléchir sur la situation.


    Cinquième péché social : La maladie :
    Le roman « Amnésique », au-delà de sa connotation, est aussi le théâtre de la Covid-19 et de toutes les émotions, nouvelles habitudes et inventions médicamenteuses que cette période a connues, comme vous pourrez le lire à la page 38. Mais aussi, le souvenir de ce que la vie n’aurait peut-être plus été, cette chaleur que cette maladie aurait volée, si elle avait perduré.


    Sixième péché social : L’amour :
    Il est vrai que lorsqu’on parle d’amour, on s’imagine toujours le beau et le bon, mais pensons-nous qu’il peut aussi être gage de conséquences désastreuses ? La lecture du livre vous montrera à quel point l’amour a gâché des vies : l’amour pour une mère, l’amour pour un fils, l’amour en trop grande quantité qui peut être agaçant des fois.

    Septième péché social : L’orgueil :
    Voici un péché qui est commis par tous les personnages à un moment donné de leur évolution ; car s’il y a une force qu’a eu Yvette NOUGA lors de l’écriture de ce texte, c’est bien celui de l’évolution des personnages. Une qualité qui manque à plusieurs auteurs de romans.


    Suivant « ces sept péchés sociaux », le titre de ce roman ne symbolise donc pas juste un état de perte de données cérébrales, mais une amnésie liée aux bienfaits de l’union des familles lors du mariage, au pourquoi de l’éducation locale, aux avantages multiculturels, au vivre-ensemble national (vécu pourtant hors des frontières, comme vous le lirez à la page 129).


    « Amnésique », c’est aussi l’étalage de l’échec de la femme. Entre madame MESSINA qui ne comprend pas le désir de Nsili d’y aller doucement malgré tout l’amour qu’elle porte à Lenssi, Ma’a Seudjang qui refoule sa belle-fille… La femme, dans ce roman, est la cause du chaos qui va chambouler la vie des personnages.


    « Amnésique », c’est une invitation à découvrir le Cameroun. Yvette NOUGA n’a pas été chiche, elle a valorisé les villes et villages du Cameroun, les rythmes, les néologismes, les prénoms à connotation camerounaise à l’exemple de « Nsili » qui signifie « question ». Vous pourrez y lire aussi : « les pleurs du Mbolé paktout-paktout » à la page 148 ; « no milk » à la page 149 ; « djoudou » à la page 103 ; et les lieux tels que Ebolowa, Nkolandom, Akoa-kass, Ekom-Nkam, Dibombé, Mont Manengoumba, Mbalmayo, Bangangté… Toutes ces choses qui témoignent de la simplicité d’écriture d’Yvette NOUGA et la facilité de lecture de ce roman.


    « Amnésique », c’est aussi une somme de questions, une somme de « et si ». Et si elle ne l’avait pas aimé ? Et si elle l’avait accueillie ? Et s’ils ne s’étaient pas revus ? Et s’ils n’étaient pas issus de cultures différentes ? Et plein d’autres « et si ».
    Malgré sa couverture de couleur sombre, « Amnésique » est porteur d’espoir. Une sorte de Harlequin à la camerounaise qui vous transporte, vous éteint et vous fait renaitre. Il termine d’ailleurs à la page 248 avec la note : « Aujourd’hui, je débute un nouveau chapitre de ma vie ».


    A cette ère où la santé mentale est de plus en plus démystifiée et concerne même ceux qui paraissent sains d’esprit, « Amnésique », premier livre de l’auteure, rentre dans le sillage des supports à utiliser pour en parler. Qu’il ait été choisi parmi les livres primés au prix littéraire OSU édition 2023 était donc judicieux.


    Aussi vrai que lire des livres délivre, il suffira de dépenser 5000 FCFA, de le lire, pour être délivré. Contact : infoslitt@gmail.com