
« Bon anniversaire, Chou cœur ! Tout de bon ! Sois béni, je t’aime ! »
Tel fut le vœu de Carine, couchée dans un lit d’hôpital. La maladie n’avait pas eu raison de son amour pour son Tiguy, son compagnon de toujours.
Le cancer de Carine est un récit posthume, une histoire vraie, que Tiguy Elebe Motingiya a souhaité partager avec nous. Il paraît en 2015 aux Editions L’harmattan, RDC. Les événement se déroulent entre Kinshasa où Tiguy à un boulot stable, et Bruxelles où est alitée Carine.
Ces deux-là avaient tout pour être heureux. Ils s’étaient rencontrés en 2002 à l’Université Protestante du Congo, parce que Carine se demandait si Tiguy n’était pas un descendant de Lumumba. A l’époque, sa coupe de cheveux, avec une raie prononcée et ses lunettes – loin d’être médicales –, intriguait cette jeune femme dont on trouvait les courbes délicieuses et le sourire envoutant. Lumumba ! Bien loin du Denzel Washington auquel Tiguy croyait ressembler : « Moi qui voulais être le sosie de Denzel Washington ! Zut ! Quel terrible crêve-cœur ! » P.17. Cette confusion était le début d’une belle aventure. Ils ont multiplié les rendez-vous jusqu’à celui qui les a uni huit ans après, devant Dieu et devant les hommes. Quatre ans à peine de mariage, et tout a basculé. Le cancer, ce tueur silencieux, avait imposé sa loi.
Lire ce récit, c’est avoir Tiguy Elebe Motingiya, enfant d’une fratrie de quinze, assis en face de nous, l’air hagard, la douleur sur chaque trait du visage, s’efforçant de ne verser aucune larme, pour Carine, pour sa famille, pour lui, pour sa foi en Dieu.
S’il y a bien une chose qu’a l’auteur, c’est une belle force narrative. Chaque phase est présentée tel qu’on devient vraiment cette oreille à laquelle il se confie. Son usage répété des flashbacks situe le lecteur dans le contexte des évènements. Malgré les coquilles, cette force de narration garde toute son intensité. L’éditeur aurait toutefois dû faire plus attention.
Carine croyait fermement en Dieu et avait réussi à faire naître cette foi en son époux. Un exploit, quand on sait combien ces hommes peuvent être têtus ! Même au plus mal de sa forme, elle se rendait à l’église. Si elle la trouvait bondée, elle restait dans la rue, parfois assise sur le trottoir, pour louer son Dieu. « Lorsque j’ai parfois eu l’impression qu’il était inutile de prier, Carine m’enseignait que la prière est d’abord une recommandation divine et que, ensuite, elle donne la paix et chasse l’inquiétude. » P.60.
Carine savait que le nouveau tournant de sa santé n’était pas celui de la guérison. Tiguy aussi. Leur foi en Dieu leur a permis de traverser cette épreuve avec dignité ; rares sont les personnes de leur entourage proche au courant de son état. Avant que cela n’empire, elle sortait, toujours souriante, avec son époux et ses amies. Par sa joie de vivre, personne ne pouvait s’imaginer les souffrances qu’elle endurait à cause de la chimiothérapie. Carine souffrait d’un cancer du sein. Avoir des enfants, une chose à oublier dans ce cas-là, le développement des hormones aurait provoqué une évolution rapide de la gangrène.
« L’irréparable vient d’arriver ! » P.55. C’est assis dans un airbus, alors qu’il s’envolait d’urgence pour Bruxelles, que Tiguy, ignorant la consigne de l’équipage sur l’extinction des appareils électroniques, va avaler, nez pincé, ces mots de son beau-père. Carine était partie, elle ne l’avait pas attendu, elle ne voulait pas qu’il vive ses derniers moments. Il avait ressenti sa présence alors qu’il était en chemin pour l’aéroport. Un léger vent l’avait enveloppé et avait fait monter son adrénaline ; il était loin de penser que c’était son dernier souffle qu’elle lui envoyait.
»Le cancer de Carine », c’est 66 pages et six parties. Le chiffre 6, la symbolique de la féminité, la beauté, l’amour, la famille, l’esthétisme, la droiture, l’équilibre, la décence… Ces choses qu’affectionnait Carine et qui la représentaient. Tiguy Elebe Motingiya, par ce récit dramatique, désire sonner une énième alerte : le cancer doit connaître une meilleure campagne. Il est très souvent détecté lorsqu’il est déjà à un stade avancé, diminuant ainsi les chances de guérison. Si l’on ne peut pas encore déterminer avec exactitude les causes du cancer, peut-être serait-il juste d’établir des campagnes de dépistages gratuites et fréquentes à tous les niveaux de nos sociétés.
Carine ne demandait qu’à mener une vie heureuse et s’assurait des habitudes saines. Elle est partie dans la fleur de l’âge, au mois d’octobre, en 2014. Ecrire ce livre a été pour Tiguy un moyen de remonter la pente. Trop de choses devaient s’exhumer pour qu’il guérisse, quoique partiellement, de ce chagrin.
Tiguy Elebe Motingiya, aujourd’hui, est l’un des promoteurs littéraires qui font bouger la République Démocratique du Congo, et l’Afrique en général. Il dirige le mouvement littéraire Les Plumes Conscientes qui promeut les plumes et les acteurs autour, sans distinction de race ou de nationalité, pour une émergence plus vive de la littérature.






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