
Comment vous définissez-vous, Jean-Paul TAGHEU ?
Je suis un être humain. Je suis un vivant humain au milieu d’autres vivants qui se sent concerné par ce que ceux-ci vivent. Mon statut de philosophe, de théologien et de religieux n’est là que pour m’aider à être plus humain et vivant, dans la coexistence avec le monde.
VIE AGONIQUE. Pourquoi ?
Le terme grec « agonia » se traduit par lutte, par combat. Le sens clinique ou médical de coma, de fin de vie et de mort est malheureusement plus connu et répandu que son sens originel. Une vie agonique est une vie de lutte, de combat, de bataille et d’engagement.

Par ce titre, j’ai voulu exprimer la violence quotidienne que nous infligent la misère, la pauvreté et autres prédicaments favorisés par une mal gouvernance tous azimuts de nos Etats. Au fond, il traduit une adversité politique, économique et sociale dont on fait face au quotidien, surtout quand on vit dans un pays dit pauvre et très endetté. C’est pourquoi le premier sous-titre auquel j’avais pensé était : au quotidien des tropiques.
Dans votre recueil de poésie, «agonie» apparaît à plusieurs reprises. On sent bien votre désir de bousculer les codes, un engagement profond du côté du pauvre et de l’opprimé. Vous reconnaissez vous comme un auteur camerounais engagé ?
Quand on est un être humain, on est engagé et on a une responsabilité vis-à-vis de soi-même et des autres êtres humains présents dans la même existence que soi. En cela, être homme c’est, pour moi, être engagé. Mon engagement est une contribution à ce que l’humanité atteigne sa plénitude, sa stature maximum en termes de bonheur total et intégral de vie pour lequel elle a été créée. De fait, dans l’agonie politique, économique et sociale, on est engagé pour la vie et la survie. On lutte pour échapper au tombeau « forcé » de la misère et de la pauvreté, au tombeau politique, économique et social qui engloutit des milliers de personnes par jour. Pour mon propos, vie agonique est une lutte pour la justice et la paix, la vérité et l’amour en vue de la plénitude, c’est-à-dire en vue de la vie en surabondance.
Votre engagement pour les minorités et délaissés s’est-il clairement défini avec votre plus religieux ?
Plutôt que d’aspect, je parlerai de mon statut de religieux, c’est-à-dire de frère dominicain, frère prêcheur. Nous avons, comme tel, à la suite du Christ, un souci pour les gens d’en-bas, « les oubliés du partage », les exclus du bien commun. Dans le livre de l’Exode, Dieu dit à Moïse : « j’ai vu la misère de mon peuple… » (Ex 3, 7) Toutefois, on n’a pas besoin d’être religieux pour compatir, pour sentir l’autre dans ses souffrances, dans sa misère et sa pauvreté. Si tout être humain porte en lui la forme entière de l’humaine condition, comme l’écrivait Montaigne, tout être humain aussi devrait se sentir concerné quand cette humanité de chacun et chacune de nous se trouve menacée, persécutée, en détresse de quelque manière que ce soit.
Lisez-vous les jeunes auteur.es.s camerounais ? On va ajouter une petite dernière, quel est votre avis sur le paysage littéraire camerounais ?
Je suis littéraire de formation. J’ai beaucoup d’amour pour l’écriture en général et pour l’écriture africaine en particulier. Toutefois, depuis quelques années, mon statut ecclésiastique dans la société, m’a fait perdre un peu de la communion avec le monde littéraire, en ce qui concerne l’actualité des productions. Toutefois, je m’informe autant que faire se peut. Je note une grande fécondité dans les productions littéraires au Cameroun. Il y a 24 ans, quand j’étais encore étudiant, il n’y avait pas une telle fécondité. Il y a du génie et de l’audace. Les éditions Go’tham ont publié certains de ces jeunes. Je ne peux que m’en réjouir de ce que la plume africaine écrive bien notre vie et notre histoire.

Line Litt’
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