
Lorsqu’on pose ses pieds nus dans la mer de sable fin et chaud, sous une canicule qui enfuit les lézards les plus téméraires. Quand les arbres, dont les cimes baignent
dans la fraîcheur des nuages et la pénombre qui noircit nos pas. Quand le coq chante et l’astre du jour paraît, marquant le début de la récolte, il n’y a qu’une sphère géographique
que notre tête entrevoit : l’Afrique !
Eh oui, nous sommes dans la sphère
pittoresque de l’Africain, celui dont Davy Gaël DJOMENI a bien voulu nous présenter dans cet essai à la couverture jaune comme la sagesse et la richesse, et dont il essaie de
montrer le chemin.
Dans ce livre de 72 pages publié aux Editions Séguima au Sénégal, on part d’un titre singulier : Pour que l’Afrique décolle. Un titre-phrase qui parle pour l’œuvre, car il semble proposer une ascension, un développement pour un peuple : les
Africains.
Mais qui est l’Africain ?
L’essayiste se propose de répondre à cette question épineuse en convoquant des démarches constatative, historique et polémique.

D’une part, il décrit l’Africain, à l’introduction, comme un hybride acculturé, car celui-ci mange dans son plat et dans celui de l’Occident, renie très souvent sa culture et
préfère se comporter comme un «Blanc» – comme cela se dit communément en Afrique.
De plus, l’essai présente le brûlant passé de cette Afrique qui a souffert de l’esclavage et qui a aussi été victime de manipulations, car «l’Africain est, de façon générale, l’homme à la peau noire qui traîne une sombre histoire inondée de sang, de sueur et de crucifixion. Plus que quiconque, il a subi l’Histoire sans jamais l’écrire… » P.19. D.G. DJOMENI montre ainsi que l’Afrique est une victime de l’histoire et doit en prendre conscience.
Enfin, l’auteur met dos à dos deux types d’Africains : celui qui se contente de son strict minimum en vivant comme avant l’arrivée de la modernité; et l’autre, à la
quête de l’opulence, vivant tel que les concepts occidentaux le prônent, dans la quête de la richesse.

Au-delà de toutes ces considérations, Davy Gaël DJOMENI propose une solution Pour que l’Afrique décolle, comme le soutient le titre de l’ouvrage.
Sa vie, son séjour en Europe, lui sert d’illustration pour présenter les difficultés, mieux, les réalités de la vie dans le supposé Eldorado – comme les Africains rêveurs, restés chez eux, aperçoivent ce continent.
Dans son optimisme, l’auteur, doctorant en sciences de gestion à l’université de
Douala, passe par son combat pour se mettre au-dessus des allusions racistes dont l’Africain souffre quand il est en Occident, de l’indifférence, mais aussi, il préconise le
courage, l’humilité et le travail – puisque pour lui : « Un Noir a des capacités et des compétences autant qu’un Blanc et bien plus encore. » Cf. P.42. Son ultime conseil est
le retour de la diaspora chez soi afin de retrouver ses valeurs identitaires et développer l’entrepreneuriat qui, selon lui, est le gage d’un essor réel et équilibré du continent noir.

Plusieurs aspects rendent particulier cet ouvrage :
– Il est réduit et se lit d’une traite ; l’interligne est très ouvert et facilite la
lecture;
– Les registres de langue oscillent entre le courant et quelques fois seulement le soutenu. Le document est accessible à tous;
– L’auteur a usé des constructions syntaxiques pas trop poussées et ses idées se perçoivent et se comprennent aisément;
– Il est toutefois regrettable que les investigations, la méthodologie de l’essai et la revue de la littérature qui renforcent la pertinence d’un essai de ce calibre, ne soient pas répertoriées;
– L’œuvre humaine n’étant pas parfaite, quelques coquilles çà et là blessent le regard mais n’empêchent aucunement au lecteur de déguster cette galette littéraire qui peut être utile à tous les Africains pour comprendre le passé, travailler le présent et dominer dans le futur, dans cette quête de l’hégémonie de sa race.
Serthy AYISSI, analyste littéraire et auteur camerounais
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