
Le confort de lecture est ce que garantit aussi une belle plume. Et parfois, il arrive d’être si épris d’un texte qu’on en vient à saluer tout le génie dont l’auteur aura su faire preuve durant son exercice. D’autres fois aussi, c’est le contraire qui se produit ; on se demande pourquoi un tel gâchis, tant l’auteur semble avoir si peu compris son sujet. A d’autres moments, la question de la crédibilité de la plume se pose, parce qu’au bout de la lecture de plusieurs œuvres d’un même auteur, on réalise qu’il n’a aucun style, il n’y a pas une âme qui relie ses divers textes ; ou alors on croit avoir le même texte à chaque fois (mais ceci particulièrement peut arriver ailleurs que dans le thème du jour). A des niveaux de lectures élémentaires, il peut arriver qu’on questionne aussi le niveau de langue et d’expression d’un auteur ; combien de fois a-t-on rencontré des textes de littérature s’illustrant par un nombre impressionnant de fautes et d’incohérences…
En dehors de la première appréciation, le livre ne devrait faire aucun autre effet. Il ne s’agit pas de ce qu’on aime ou n’aime pas, mais de reconnaître sa valeur dans son contexte ; un livre bien écrit, on le reconnaît même si on lui préfère un autre. Intérêt différent ne signifie en rien mauvais livre.
Pour revenir au contexte du jour, une question ne se pose très souvent pas, tout juste parce qu’on n’a pas le réflexe d’apprendre à connaître l’auteur. En regardant de près, il devient évident que certains livres ne sont pas produits dans la langue habituelle de l’auteur ; ce qui nous révèle alors que ce sont des versions traduites. Et là, la responsabilité du traducteur est plus forte que celle de l’auteur d’origine, puisque c’est lui l’auteur du livre dans la langue étrangère.
La Traduction littéraire, l’exercice le plus délicat autour d’un livre, demande :
💡 Connaître le texte ou le livre
📍 L’analyse : peu importe le nombre de pages, toujours lire intégralement un texte ou un livre avant l’exercice ; ceci permet de relever les fondements de l’écriture proposée par l’auteur…
📍 La relecture : qui irait traduire avec les incohérences, juste parce que c’est payé ainsi ; le traducteur doit toujours inclure la relecture dans son travail ; ce travail de vérification est vital pour la suite, pour mieux comprendre…
💡 Connaître les langues sollicitées
📍 Les nuances de l’expression : chaque langue a ses codes, et ses équivalences officielles quand il s’agit des expressions courantes ; il est important de les retrouver quand l’occasion se présente…
📍 Les humeurs de la langue : les langues sont vivantes et bien capricieuses ; il peut ne pas y avoir d’équivalence pour ce que l’auteur propose, c’est donc au traducteur de cerner l’idée et saisir l’intensité pour suggérer une référence… Et l’évolution des personnages, des émotions et des environnements offre une riche variété au langage…
💡 Connaître l’écriture
La créativité : si on n’a pas l’âme d’un écrivain, il vaut mieux ne pas prendre des travaux de traduction littéraire… Cette folie que savent avoir les auteurs, il faut être capable de la posséder, pas juste la comprendre… Et il faut se familiariser avec la pratique de l’écriture…
💡 Se connaître à l’égard du texte proposé
📍 Un cerveau humain complet : un logiciel, si sophistiqué soit-il, n’est qu’une infime partie du cerveau… Si d’aventure il vient au traducteur d’utiliser un logiciel pour la littérature, qu’il s’apprête à reprendre sa traduction… Une amie éditrice et traductrice m’a dit une fois : « On ne corrige pas la traduction faite par un logiciel ; on supprime le tout, et on commence à traduire. »
📍 Du temps : celui qui n’en a pas, ne peut pas être traducteur littéraire ; chacun des points qui précèdent demande beaucoup d’attention.
Notons déjà que nous n’avons pas parlé d’expérience, parce que dans la majorité des cas, c’est confondu avec l’habitude ; et on ne traduit pas de la littérature parce qu’on a l’habitude de traduire, encore moins parce qu’un diplôme dit qu’on peut le faire. On traduit surtout, parce qu’on a fait corps avec le texte autant dans la langue de départ que dans la projection du rendu. C’est en s’accordant avec le texte que le traducteur peut rendre le niveau de l’auteur tel que celui-ci est proposé. Si la traduction propose des ouvertures et des libertés suggérant que l’on puisse entreprendre certaines initiatives en dehors des mots de l’auteur, elle n’est crédible que si c’est l’âme de l’auteur, et non les préférences du traducteur, qui est rendue au lecteur.
En toute circonstance, le traducteur doit garder à l’esprit qu’il s’agit de traduction littéraire et toujours travailler dans l’optique de l’authenticité de l’expression… Traduction littéraire n’est pas traduction de soi ou de l’auteur, mais plutôt du contexte et de l’intensité proposés par l’auteur.
Et, aux chers lecteurs passionnés des ombres et du niveau d’écriture, lisez les auteurs dans leur langue d’écriture pour mieux les connaître. Il y a quelque chose dans la plume d’origine que l’on ne saurait traduire, puisque c’est unique et propre à chaque auteur. On ne peut blâmer le traducteur de ne pas l’atteindre.
Ray « The Ghost » Ndébi
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