
LE MOT DE L’AUTEURE
Nous rôdons tous aux abords du bonheur, à chercher l’apaisement de l’être, dans toute activité humaine. En venant à l’écriture, c’était cela mon rêve : trouver l’apaisement de l’être en soumettant le mot à l’expression des vides. Ai-je réussi ?
Ce qui est sûr, ce sont les étapes du parcours :
– 2007, Bouquet de cendre, Anthologie de la poésie camerounaise féminine d’expression française. Le livre publié par Jean Claude Awono et Marie-Rose Abomo-Maurin loge mes premiers textes publiés.

– 2011, Senteurs du crépuscule arrive ; j’ai écrit et publié mon premier livre, avec le seul espoir conscient, de vouloir réveiller les lecteurs à l’émotion, à l’attendrissement, à la compassion. Bien naïf objectif, quand on sait, avec Umberto Éco, que le texte littéraire est un insaisissable ouvert à toutes les interprétations. J’en prendrai pour mon chef, avec quelques retours de lecture.
– 2016, Les graines du silence. Je résiste à la déferlante inhumanité qui s’alerte à mon passage. Je postule la stratégie de l’altérité triomphante, je rêve de quiétude les yeux ouverts sur un monde qui proclame vertement le pugilat…

– 2022, Des vers au bout du canon, un collectif, reçoit l’écho de ce désir d’harmonie intérieure et avec le cosmos.
– 2024 , Les chansons d’Angongué, un collectif encore, dessine et répercute l’attachement à l’harmonie avec les autres.
– 2025, La revanche de l’amante, scelle le procédé de socialisation qui m’est cher, et qui se joue dans la conception du lien amoureux.
C’est un livre de la maturité conceptuelle sûrement. La revanche de l’amante fixe le cap du beau et du vrai à mon sens, et participe d’une dynamique de la déculpabilisation des protagonistes, dans la relation amoureuse. Face à un système de prédation de la vérité de l’être, lié à la super promotion du matériel sur le spirituel, ce livre est un acte de résistance (qui sera porteur dans le temps, je le pressens) face à la dérive capitaliste de la gestion du sentiment amoureux, qui jette l’opprobre sur l’ombre présumée (l’amante, c’est-à-dire la compagne officieuse). Au même moment, le livre expose l’humiliation que subit la lumière supposée (l’épouse légale) enténébrée par l’aigreur et les calculs de bas étage.

Ce que j’y propose, c’est l’observation minutieuse des splendeurs des paradoxes apparents : la passion resplendit lorsque l’absence est acceptée comme son carburant par exemple, et donc comme un don ; l’idée de la fusion repose en réalité sur l’hétérogénéité qu’impose l’exercice de la liberté (aimer suggère le partage et non l’égocentrisme au nom d’une débâcle embellie de la jalousie) ; l’idée même de l’émancipation est restructurée dans la considération de soi par rapport à soi-même et non par rapport à une finitude matérielle, axée sur le port d’un anneau ou la gestion d’un budget de famille.
Il faut donc éviter de s’attendre à lire un livre qui rentrera dans la description basique d’une guéguerre infinie de femmes à la solde d’une querelle pour avoir un homme. C’est bien au-delà, la proposition d’une conception de la relation amoureuse qui déplace les bornes de la castration des facultés naturelles de l’homme (de sexe masculin) à protéger, partager, diriger et soumettre. C’est un refus de participer à l’émasculation du mâle humain.

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