
Publié en 2022 aux éditions MAB à Yaoundé, Sharma ou la reine d’ébène s’impose comme un recueil profondément lyrique, à la croisée de la déclaration amoureuse et de l’hommage identitaire. À travers plus de cinquante poèmes, l’auteur célèbre la femme centrafricaine dans toute sa beauté, sa dignité et sa force morale.
Une femme, un pays, une identité
Dès l’ouverture du recueil avec « La Beauté Centrafricaine », le ton est donné. Le poète élargit son chant bien au-delà d’une seule femme pour embrasser toute une nation :
Femme zandé
Femme gbaya
Femme nzakara
Femme yakoma, (p.1)
Par cette énumération des identités ethniques, Sharma devient un symbole. Elle incarne la diversité et l’unité du cœur de l’Afrique. L’auteur insiste sur la résilience féminine :
Celle qui se sacrifie pour l’avenir de ses enfants (p.1)
La femme y est présentée comme pilier social, socle familial et moteur d’espérance.
Sharma, muse et lumière
Sharma est aussi l’aimée, la muse, la lumière intime du poète. Dans « Sharma La Lune », l’amour se teinte d’images célestes :
Sharma allume des étoiles dans mes yeux
Elle est plus belle et apaisante que le coucher du soleil (p.3)
Cette comparaison cosmique traduit une admiration sans limite. Plus loin, dans « Ma Prunelle », l’auteur magnifie sa beauté intérieure :
Ta beauté intérieure naturelle brillera à jamais pour
Nourrir mon âme. (p.5)
Loin d’un simple éloge physique, le poète célèbre une beauté spirituelle et éternelle.
L’amour écrit à l’encre du cœur.
Le poème « Stylo d’amour » résume peut-être le mieux l’essence du recueil. L’écriture devient acte amoureux :
Le texte révèle une poésie instinctive, spontanée, où l’émotion prime sur l’ornement stylistique. La sincérité est la principale force du livre.
Passion et sensualité assumées
L’ouvrage ne se limite pas à l’amour idéalisé. Il explore aussi la sensualité avec franchise. Dans « Sharma la reine du soir », le désir s’exprime sans détour :
Mes baisers t’envahissent toute entière désormais ma reine
Et je te déguste comme la rosée du matin (p.27)
Cette dimension charnelle cohabite avec une vision presque sacrée de l’union amoureuse. Dans « Le roi et sa reine d’ébène », l’amour devient fusion, alliance, destin partagé.
Ces deux cœurs qu’il a pris jadis
N’en font plus qu’un maintenant (p.19)

Entre douleur et renaissance
Le recueil explore également la souffrance de l’absence et de la rupture. Dans « Ma dulcinée », la vulnérabilité masculine est assumée, presque revendiquée :
Pourquoi es-tu partie ? Je n’ai plus de compagnie (p.14)
Sharma, c’est la déesse de la fidélité retrouvée. Dans « Elle incarne la fidélité » :
Je ne pensais pas
Que parmi toutes celles-là, il y a une qui incarne
La fidélité (p.24)
L’amour devient réparation et guérison morale. Une guérison qui aboutit à la vie. Un moment fort du recueil : « Amour d’un père », où l’amour donne naissance. La relation dépasse la passion pour devenir famille, transmission et avenir.
Enfin tu es un papa, mon roi, c’est le cri de ton bébé (p.23)
Une poésie de sincérité
Si l’écriture d’Averroes Achour Korondo reste simple, parfois répétitive, elle est portée par une authenticité indéniable. Les multiples « Je t’aime », notamment dans « Sharma la joie », traduisent une ferveur presque adolescente, mais profondément assumée :
Je t’aime, je t’aime
Et je suis tellement fou de toi (p.18)
Sharma ou la reine d’ébène apparaît ainsi comme une déclaration d’amour totale à une femme, à une culture, à une nation. Un recueil qui, au-delà de la romance, pose un regard valorisant sur la femme africaine et rappelle que l’amour peut être à la fois passion, combat et renaissance.
Pauline M.N. ONGONO, présidente et directrice de ACOLITT, analyste littéraire

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