Les 5 questions posées à Viviane Moluh Peyou, auteure camerounaise

Qui est Viviane Moluh Peyou ?


Une passionnée d’écriture, une romantique dans l’âme qui la plupart du temps voit le monde différemment de ceux qui l’entourent, car loin d’être une personne curieuse, elle est très souvent moins captivée par la face visible de l’arbre peint sur une toile qu’intriguée par ce ou celui qui peut se cacher sur la face invisible. C’est une romancière qui souhaite consacrer sa plume à la dénonciation des maux sociaux en général, et en particulier ceux touchant la condition de la femme au sein des sociétés africaines.


Que représente la littérature, l’écriture, la lecture pour vous ?


Un refuge. Ce sont là trois mots magiques qui pour moi se résument en un seul : évasion. Pendant la lecture comme pendant l’écriture, je suis très souvent transfigurée ; une toute autre personne transportée du lieu où elle se trouve pour un autre imaginaire, abstrait. L’esprit littéraire se vérifie facilement chez ceux qui sont capables de se substituer aux personnages des livres qu’ils tiennent en main, en se déportant sur les lieux décrits et en ressentant jusqu’aux intempéries traduites par l’auteur. Un exercice familier que je parvenais déjà à faire depuis toute petite et qui m’a valu auprès des miens le qualificatif « d’Alice au pays des merveilles ».


À côté de cette évasion, il y a ce désir de faire entendre à travers la littérature, l’écriture et la lecture, une opinion que je pense importante. Une sorte de cri sourd qu’en réalité l’on souhaite strident. Enfin, il y a la possibilité que m’offre ce trio d’apporter ma modeste contribution aux changements inévitables auxquels le Cameroun comme l’Afrique sont appelés à se plier sous différents aspects.


Votre nouveau roman, Les choix de l’ombre, a paru cette année. Pouvez-vous nous parler de lui, de son idée d’écriture à sa parution ?

Le projet d’écriture du roman Les choix de l’ombre germe après que j’aie suivi le récit d’un fait divers de trop, sur une chaîne de télévision bien connue de notre pays. Ça concernait le viol d’une petite fille finalement décédée, par un membre de sa famille soit disant en fuite. Un énième cas qui avait à ce moment agi dans ma mémoire comme une coupe anormalement pleine, à la suite des horreurs lues de part et d’autre sur la toile chaque jour.


Cependant, à l’entame de ma rédaction, alors que j’ai en tête d’orienter les projecteurs sur la victime du viol qu’est Zelda, mon clavier devenu incontrôlable finit par m’imposer une héroïne inattendue : Sonia, la sœur aînée de celle-ci. Sonia dont l’âme simple du début de l’histoire ne laisse rien entrevoir de la fougue avec laquelle elle mènera les différents combats qui lui imposeront de faire différents choix à différents moments. À ce sujet, il me souvient qu’un jour, à la question de savoir comment avançait l’écriture de ce roman, j’ai répondu à mon interlocutrice, José Meli : « Je ne sais plus où est-ce que ses personnages m’emmènent. Je n’arrive plus à les contrôler. Plus j’avance, plus ils me détournent systématiquement de l’idée initiale que j’avais ». Alors avec sagesse elle m’a dit : « Si tu sais qu’il y a une suite logique dans leurs agissements, pourquoi ne pas les suivre aveuglement ? Laisse-les te guider. Peut-être ce ne sera pas ce que tu avais prévu toi, mais il se peut aussi que le résultat final soit meilleur que ce à quoi tu pensais. C’est aussi cela l’imaginaire ».


Il faut dire que j’ai la fâcheuse habitude d’écrire parallèlement deux ou trois romans. J’achève donc Les choix de l’ombre avant ceux commencés devant lui, il est accepté par une maison d’édition à peine deux semaines après envoi du manuscrit et arrive sur le marché du livre avant son aîné pourtant officiellement publié quelques mois auparavant. Un véritable «Veni vidi vici » !

S’agissant des points abordés, hormis la question du viol, il y a la condition de la femme au foyer dans nos sociétés africaines ; le traitement parfois réservé à celles qui éprouvent des difficultés à enfanter ; le veuvage ; les conséquences du gain facile ; la dénonciation du trafic d’enfants et d’organes ; etc.

Quelle est la cible de ce livre et quelle(s) stratégie(s) adoptez-vous pour le rapprocher de sa cible ?


Je ne me risquerais pas à limiter la liste des destinataires, du moment où il s’agit d’une dénonciation. Tous les acteurs de la société sont interpellés ici. Certains, peut-être, classeront ceci dans la littérature féminine, mais il n’en demeure que nous sommes tous concernés par ce fléau qui gagne de plus en plus du terrain. Chacun à son niveau devrait pouvoir agir pour faire siffler la fin de la récréation.
Naturellement, pour que le message porte, je compte m’adosser sur les promoteurs littéraires d’ici et d’ailleurs, qui voudront bien m’accompagner. L’achat d’un exemplaire est un bon début pour qui souhaite soutenir cette bataille contre le viol et les abus divers.

Que pensez-vous de la jeune scène littéraire camerounaise ?


Au regard de ce magnifique éveil qui virevolte entre promoteurs, critiques et jeunes plumes littéraires qui nous font découvrir chaque jour un savoir-faire digne de ce nom, je ne peux qu’être fière d’appartenir à cette grande famille. Il est clair qu’un avenir radieux attend chacun de ceux qui se donneront à fond pour la publication des œuvres, surtout des œuvres engagées indispensables au devenir de notre pays, de notre continent et de notre planète.

Line Litt’

Commentaires

2 réponses à “Les 5 questions posées à Viviane Moluh Peyou, auteure camerounaise”

  1. Avatar de Jules njoya
    Jules njoya

    Une très grande richesse se trouve dans les romans des leçons de vie des combats. C’est une forme de panacée pour certains maux de notre société

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