Les 5 questions posées à Osvalde LEWAT, lauréate du Grand Prix Panafricain de Littérature

Bonjour, Osvalde Lewat ! Nous savons que vous êtes photographe professionnelle d’art, documentariste et désormais auteure. Des carrières prenantes. Nous sommes curieux de connaître votre discipline de vie pour allier tout ceci.

J’essaie d’articuler mes différentes vies avec rigueur et souplesse. J’ai des périodes où je procrastine et d’autres où je travaille énormément. J’ai la chance que mon travail soit ma passion, cela rend les choses moins difficiles. Je suis également entourée de personnes bienveillantes qui acceptent mon agenda exigeant et n’hésitent jamais à m’aider, à rendre les contingences de la vie auxquelles on ne peut pas toujours échapper, plus facile à gérer.

Les Aquatiques est votre dernier roman et il met en exergue l’émancipation de la femme et la lutte de plusieurs victimes d’oppression pour garder leur dignité et s’affirmer. Son contexte est le Zambuena, un pays imaginaire d’Afrique ; la cible de ce roman est donc évidente. Mais dites-nous, Osvalde Lewat, quel a été votre procédé d’écriture?

Je suis partie de la figure de Katmé qui est centrale. C’est elle le point de fixation de l’histoire. Personnage pivot, c’est autour d’elle que s’articulent les autres figures du roman. Elle est en interaction directe avec quasiment tous les personnages du roman. Il y a peu de scènes, d’échanges directs entre les autres personnages. C’est l’intériorité de Katmé qui nourrit la dynamique du texte et le met en mouvement. J’ai donc commencé par construire l’écosystème familial et social de Katmé. Ensuite, en utilisant un système de toile d’araignée ou de… cercles concentriques, j’ai établi les profils physiques et psychologiques des autres personnage. Leur vie, leur généalogie, leurs parents, leurs amours, leurs manières de se vêtir, leurs déboires, comment ils s’expriment, etc. J’ai dressé une fiche de chaque personnage, je l’ai enrichie au fur et à mesure au fil de l’écriture ; parfois je les ai écoutés aussi me dire ce qu’ils sont, ce qu’ils souhaitaient…
C’est une façon fastidieuse de procéder qui me vient sans doute du documentaire, car le travail préalable que j’effectue sur les personnages est un travail de recherche assez détaillé pour aboutir à quelque chose proche de ce qu’on appelle en télévision une bible …
J’écris tous les matins, mais dès que je me sens inspirée. Avant je buvais beaucoup de café pour écrire. Maintenant, je me fais des smoothies de légumes avant de me lancer.

Vous êtes justement avec Les Aquatiques la lauréate actuelle du Grand Prix Panafricain de Littérature. Ce prix octroie une belle récompense et une belle renommée. Osvalde LEWAT, une fois seule dans une pièce de votre maison, que représente ce prix pour vous ?

Recevoir une distinction est très agréable. Mais une fois le temps de célébration passé, j’y vois une incitation à continuer, à faire mieux. Les prix obligent. Ce serait une erreur de penser qu’on vaut mieux que les autres parce qu’un comité vous a distingué. Il y a tellement de paramètres qui nous échappent et qui entrent en compte dans l’attribution des prix que ce serait parfaitement stupide d’y voir un signe d’élection. Je crois en la vertu de l’humilité, elle empêche l’aveuglement et nourrit la volonté de s’améliorer.

Vous êtes Camerounaise, lisez-vous les œuvres produites par les Camerounais et au Cameroun ? Si oui, qu’en pensez-vous ?

Oui bien sûr, j’en lis. Je fais de belles découvertes parfois. Le secteur du livre demeure toutefois un secteur économiquement fragile qui devrait bénéficier du soutien de l’Etat. Il faudrait inciter les jeunes à lire plus, à découvrir les classiques camerounais, africains et au-delà ; on créerait ainsi un vivier de vocations.

Vous êtes en vacances au Cameroun. Vous ne pouvez partager vos plats typiquement camerounais qu’avec un.une acteur.trice du livre camerounais.e. Qui choisissez-vous et pourquoi ?

Je choisirai une libraire. C’est une résistante à mes yeux. Et une passeuse de mémoire, de culture, d’histoire. Et dans cette libraire, nous mangerons un bon sanga.

Merci, Osvalde LEWAT de nous avoir accordé votre temps.

Line Litt’

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