Les 5 questions posées à Moïse EDIMON, bibliothécaire et promoteur culturel congolais (RDC)

Bonjour, Moïse EDIMON ! Nous vous prions de vous présenter à nos abonné.e.s.

Je suis Moïse EDIMON, animateur culturel congolais à la base, très impliqué dans la sphère littéraire congolaise. Je suis également panafricaniste militant pour la promotion et l’appropriation de notre histoire ainsi que la mise en place d’un système d’enseignement scolaire en langues nationales dans toute l’étendue de la RDC. Je suis l’initiateur de plusieurs projets d’animation littéraire parmi lesquels le Club de lecture de la Tshangu.

Vous êtes, effectivement, bibliothécaire et un promoteur très actif de la littérature en RDC. Quel a été le déclic ?

La Bibliothéconomie et la promotion de la lecture sont des branches qui ont toujours habité mon esprit. J’ai adoré le livre dès mon jeune âge; la lecture n’a jamais été une corvée pour moi. A la vérité, la chose qui a développé cette intimité avec les livres, c’était la peur de parler avec les ami.e.s à l’école – ils se moquaient de moi… Pour la petite histoire, je fais partie de ces personnes qui parlent sous la langue. Il m’arrive donc de zézayer. Et avec l’immaturité de l’âge à cet époque, à l’école primaire, mes camarades de classe ne cessaient de se moquer de moi, et moi, je ne savais pas maitriser ces provocations. Du coup, celles-ci ont produit en moi une solitude, mais une solitude fructueuse ( rires ) qui m’a permis d’être culturellement construit.

Vous avez récemment mis sur pied un club de lecture, le Club de lecture de la Tshangu. Quels sont ses objectifs et les modalités d’adhésion et de participation ?

Le club de lecture de la Tshangu est une organisation culturelle libre d’accès. Il suffit d’avoir la volonté de partager notre vision qui est de ne consommer et de ne promouvoir que la littérature congolaise.


Les objectifs de notre Club de lecture sont les suivants:
– Proposer la lecture aux habitants du district de la Tshangu, un coin de Kinshasa qui est miné par la barbarie et l’illettrisme.


– Combattre l’aliénation en n’exploitant que les livres congolais qui valorisent notre culture d’une manière ou d’une autre, tout en accordant toujours aux membres du club la liberté de discuter en langue nationale : le lingala.


– Susciter le goût de la lecture dans chaque ménage du district de la Tshangu en faisant en sorte que le livre ne soit plus regardé comme le propre des gens d’une certaine classe sociale, mais plutôt comme une simple denrée de l’esprit qu’il importe à tout le monde de consommer.

– Imposer la Tshangu comme étant un district de référence de la littérature congolaise.


Un beau projet ! Nous vous souhaitons le meilleur. Que pensez-vous des prix littéraires ?

À la base, un prix littéraire devrait justifier le fort potentiel d’un.e laureat.e. Toutefois, depuis que je suis dans le champ littéraire international ou national, je ne cesse de douter de la légitimité de ces prix. Pour moi, très peu les méritent…


Et l’édition alors ? Quel constat général faites-vous de l’édition en Afrique, en RDC ?

L’édition en Afrique et particulièrement en Rdc connait un foisonnement intéressant, il y a pas mal de jeunes auteurs qui paraissent à gauche et à droite; ce qui rassure la présence perpétuelle de notre écriture. Les regrets que je peux étaler ici sont : le fait que plusieurs maisons d’édition africaines n’ont pas encore comme priorité de parler de l’histoire de l’Afrique, de nos valeurs culturelles, de promouvoir nos langues et nos héros ; des grands noms comme de Ndona Beatrice Kimpavita, Nelson Mandela, Simon Kimbangu, etc. souffrent d’une crise de renom puisque ne faisant pas l’objet de plusieurs ouvrages qui pourraient servir dans nos écoles. S’il y a deux ou trois institutions qui bercent et promeuvent l’aliénation culturelle en Afrique, les maisons d’édition en font partie, car la majorité des livres ont toujours une connotation occidentale à la Molière, Maupasant, Voltaire, etc.

Linelitt’

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