Il a été lu – Le patron des machines du Camerounais Blaise Ahnaï Bay

Il est des livres que l’on n’a pas envie de terminer tellement ils font voyager. On a juste envie de vivre à fond cette fiction, et d’oublier, le temps de ces mots, la réalité. Le patron des machines en fait partie. 177 pages que je me suis arrangée à lire en plusieurs semaines, moi qui lis d’habitude rapidement.

Le patron des machines est le troisième livre de Blaise Ahnaï Bay, un Camerounais originaire de la Vina dans l’Adamaoua. Il est professeur de lycée et a fait confiance aux Editions de Midi pour la parution de cette œuvre en 2020.

Le patron des machines, c’est douze nouvelles. Douze voyages. Une composition de divers sentiments. De la première nouvelle qui porte le titre de l’œuvre, à Panthéon des droits civiques, l’auteur nous présente diverses formes de l’Amour. Il nous rappelle que tout ce qui nous entoure demande juste à être aimé. L’être humain a depuis des décennies mis sur pied des instruments, des machines, pour entre autres améliorer le quotidien ou accroître son pouvoir ; mais, au fil des ans, on se rapproche du transhumanisme.

Cette première nouvelle annonce d’ailleurs la couleur avec ce chef d’entreprise et de famille qui décide de remplacer employés et famille par des robots : « Nous avons mis au point des machines capables de nettoyer de manière autonome. » P.15.

Le détail qui est parfois oublié est que la machine ne fait que ce que l’humain lui indique – encore qu’une faille suffit pour que vous vous coupiez les cheveux en quatre. Et la chaleur humaine dans tout ça ? Et l’amour ? Blaise Ahnaï Bay nous recommande de savoir faire la part des choses : « Même si je fais travailler des machines, je ne mettrai jamais la machine au-dessus de la valeur humaine. » P.30

La lecture fait voyager, dit-on. Et pour voyager, il faut des éléments, il faut des détails dans les textes. Balise Ahnaï Bay a une grande force du détail ! Détails sur les personnages, le contexte… Le lecteur ne peut qu’être transporté. Si le personnage a les pieds dans l’eau comme dans la nouvelle « Ne bouge pas de là« , vous les avez dans l’eau, vous aussi. S’il a froid, vous aussi. Un enfant pleure, vous pleurez aussi. Une maman célibataire prodigue des conseils, vous vous considérez comme son enfant et vous ne voulez qu’une chose, qu’elle vous caresse le crâne pour vous rassurer. Un animal a mal, vous ressentez sa douleur…

La pandémie à coronavirus, le vivre-ensemble, les conflits armés dans les pays et la place de l’enseignant, la tolérance des différences, la monoparentalité, la protection des animaux, la loyauté, les tracasseries administratives, sont autant de thèmes que Blaise Ahnaï Bay met en exergue dans ce recueil de nouvelles écrit avec une simplicité qui fait comprendre ses textes du premier coup. Pour illustrer tout ceci, il y a les machines. Qu’est-ce qu’il entend par machines ?

Les armes à feu, les véhicules, les caméras, les téléphones, et tout objet mécanique. Pour l’auteur, ces machines font croire à l’humain qu’il est au-dessus de tout, qu’il est puissant, négligeant et dédaignant très souvent son prochain. « Nous sommes plutôt censés prendre soin les uns des autres, pas nous battre les uns contre les autres, alors qu’il y a de l’oxygène et de l’espace pour tout le monde. » P.127. Pourvu que ceci soit entendu par tous.

S’il y a une chose que j’ai aussi appréciée dans chacune des nouvelles, c’est la construction des personnages et la cohérence. Le niveau de langue des personnages sied avec leurs caractéristiques. Les actions sont cohérentes et s’épousent jusqu’au dernier point.

C’est la deuxième œuvre de cet auteur que je lis, et la satisfaction est la même – j’avoue qu’elle l’est plus pour celle-ci. C’est bien dommage que la maison d’édition n’ait pas pris soin de la confiance de l’auteur. Il y a de nombreuses coquilles dans ce texte.

Des dialogues qui commencent sans tiret ou guillemets, des soucis d’espace entre les ponctuations, des fautes d’orthographe,… Ces coquilles m’ont à plusieurs reprises ramenée sur mon divan, mais heureusement, la force narrative de Blaise Ahnaï Bay ne me laissait pas là longtemps.

Malgré ces coquilles, est-ce que je vous recommande ce livre ? Oui. Les textes peuvent être retravaillés – l’auteur gagnerait à le faire d’ailleurs, pour son image et pour l’éducation de ses lecteurs – et le talent de cet auteur ne souffre d’aucune contestation. Nous apprenons plusieurs matières dans notre cursus académique mais aucune ne nous enseigne réellement l’amour du prochain. Faut-il toujours se rendre à l’église pour écouter un prêche à ce sujet ? J’espère juste que l’auteur, en sa qualité d’enseignant, fait la différence.

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