Les 5 questions posées à Michel SALTAIRE, auteur camerounais


Bonjour, cher auteur ! Nous vous laissons vous présenter.

Je suis un Camerounais né dans la region de l’ouest avant l’indépendance. J’ai fait mes études primaires à Njombé puis à Kékem. J’entre en classe de 6è au CES de Bafang qui plus tard deviendra le Lycée de Bafang. C’est dans ce Lycée que j’obtiens mon BACC A4 en 1980. Après un an de manutention au Port de Douala, et quelques années d’enseignement de français au Collège Herbert de Souza et au CETIC de Ndoungué, j’entre à l’ENS de Yaoundé par voie de concours en 1985. Après un stage linguistique à Edimbourg où je reviens avec un TEFL Diploma, j’obtiens, en 1988, une Licence Bilingue et mon DIPES I . En 1991, j’obtiens mon DiPES II et je suis affecté comme Professeur d’anglais au Lycée Bilingue de Ngaoundéré. Depuis le CM2, j’ai choisi d’écrire pour conscientiser les classes gouvernantes et dominantes sur la précarité, la misère et l’extrême pauvreté des masses paysannes ; car dans ma naïveté de jeune adolescent, je croyais qu’elles ignoraient ces situations sociales. Et je me suis dit : “ Un maçon, pour bâtir une maison, a besoin d’une truelle et d’un niveau d’eau. Et moi, pour écrire, il me faut des mots pour m’exprimer”. Et dès lors, le livre devint pour moi un compagnon inseparable.


Vous êtes l’auteur de plusieurs livres dont le dernier paru aux Éditions Proximité :  »L’honneur dans les larmes et le sang ». Que représente l’écriture pour vous en 2022 ?

L’Écriture, de prime abord, est un choix. Un choix noble qui devrait être exalté, valorisé et permanemment motivé. Mais chez nous en Afrique, écrire est une “connerie”. Je rapporte-là les propos d’un milliardaire de Ngaoundéré. Voilà la triste position des hommes riches de chez nous. Ils méprisent les Lettres et les hommes de Lettres. À cause d’une telle philosophie à l’égard de la littérature, les Blancs nous ont copieusement insultés en disant : “Si vous voulez cacher quelque chose aux Nègres, mettez cela dans un livre”. Et les Nègres s’en fichent et s’en contrefichent. Bigre! Sommes-nous dans la même planète terre ! C’est difficile vraiment de l’affirmer !
Pour certains aussi, on écrit pour devenir riche ou pour arroser de fleurs les leadeurs afin qu’ils vous positionnent dans la société ! De tels auteurs méritent d’être pendus ! A mon humble avis, on devient auteur par vocation, par amour pour la vie, le peuple brimé ou marginalisé, par amour pour la liberté pour tous, par amour pour la justice, la paix, la sécurité, la prospérité nationale, le respect des droits individuels et collectifs, l’amour de la patrie, et pour une éducation bien pensée qui s’ouvre à la vie. En fin de compte, écrire, c’est enrichir autrui; et lire, c’est s’enrichir, c’est voyager, c’est découvrir les autres et leur univers.


Parlez-nous brièvement de L’honneur dans les larmes et le sang. Où pouvons-nous l’acheter ?

L’HONNEUR DANS LES LARMES ET LE SANG publié chez Les Éditions Proximité à Yaoundé, en février 2022, est un recueil qui regroupe des poèmes de l’univers enfantin, érotique, social, politique, etc. Cette œuvre éclectique s’adresse à toutes les sensibilités et met en scène les actions et les aventures de la vie humaine. C’est un texte percutant qui, contrairement aux préjugés actuels sur la Poésie, se lit aisément, et projette comme sur un écran de télé les grandes préoccupations et les grandes interrogations de la vie camerounaise et contemporaine. Mais aussi ses espérances !

Vous pouvez l’avoir à 10 euros, frais d’envoi par poste  non compris (un vrai cadeau ; le livre s’étend sur 138 pages) à l’adresse suivante : Leutcha Tchatchou Michèle Picarde, +49 163 2490079, Aachen, Allemagne. Pour ceux qui sont à Yaoundé, cette œuvre est disponible à La librairie des peuples noirs, montée SNI. À Ngaoundéré, on peut l’avoir soit chez l’auteur qui répond au numéro + 237 696634491 (qui est aussi son WhatsApp), ou à La Maison du livre du Carrefour Tissu à 3000 FCFA. Ceux qui sont hors de de la ville de Ngaoundéré, peuvent l’avoir à 6000 FCFA, frais d’envoi par Poste ou Tout autre Messagerie compris. C’est vraiment un texte limpide, un vrai miroir projetant devant nos yeux la société camerounaise et africaine, et qui mérite d’être lu par les hommes, les femmes, et surtout les jeunes et les enfants de notre époque.
 
Voici un cout extrait :
 
« UN INGÉNIEUR  RETRAITÉ »
 
Laboure bien tes pores
Pour en tirer de l’or
Fais la chasse aux papillons
Pour monter tes avions
Va dresser ton château
Sur l’aile d’un corbeau
Au centre d’un cerceau
Va bâtir ton métro
Au foyer du désert
Va guérir tes misères
Va cueillir dans la fleur
Le nectar du bonheur
Rêve ! rêve de nouveau
Tout peut être bien beau
 
Yaoundé 21 septembre 1987

Que pensez-vous de la scène littéraire africaine actuelle ?

Aujourd’hui, grâce au foisonnement des établissements scolaires et même des établissements universitaires, une masse considérable de jeunes filles et de jeunes garçons ont acquis une formation éducative de qualité ! Ceci a poussé beaucoup parmi eux à témoigner. C’est pourquoi la scène litéraire africaine a connu, depuis quelques décennies, un développement extraordinaire. Des prix littéraires prestigieux ont été décernés aux écrivains camerounais et aux écrivains des autres pays africains. C’est un signe assez parlant de l’avenir prospère de la littérature camerounaise et africaine. Nous déplorons seulement le manque d’engouement du grand public pour la lecture, et le fait que l’écriture africaine est motivée de l’extérieur. Le Cameroun devrait avoir un statut noble et appreciable pour ses hommes de lettres : les opérateurs économiques doivent encourager le développement des lettres par dons financiers ou par l’organisation des concours littéraires. Les auteurs eux-mêmes devraient être solidaires et donner l’exemple d’un corps organisé, uni et engagé.

Quels conseils donnez-vous aux jeunes auteurs (es) ?

A nos jeunes auteurs, je dis qu’écrire est une vocation, un sacrifice et un sacerdoce. Écrire est aussi un art. Dany Laferrière de l’Académie Française a dit: “Pour écrire il faut avoir de bonne fesse’’. J’ajouterai ceci : pour être un vrai écrivain, il faut avoir une vision du monde et un style pour exprimer cette vision du monde. Dès que cela est fait, il faut rechercher par intuition les outils nécessaires à votre travail dans la lecture des grands auteurs, dans la sage pénétration de son entourage ou de sa société. Il faudra ensuite apprendre à écrire correctement ; ensuite, il faut embellir son écriture comme le proposait déjà Boileau : » De figures sans nombre égayez votre ouvrage”; et enfin, il faut inventer sa proper écriture, son style propre ; un style aux accents fermes et puissants, à la beauté envoûtante. Je parle beaucoup plus de la Poésie ici ! Car la Lyre de nos jours présente des textes évanescents, prosaïques, sans aucune connection avec les réalités ambiantes ; des textes aux vers souvent fades et monotones qui ôtent au lecteur tout désir de lire. Tout ceci est sans doute lié à la précocité des textes publiés, au mercantilisme de certains éditeurs, et au manque de grands lecteurs dans nos maisons d’édition et dans notre entourage. Que les jeunes auteurs soient patients, et qu’ils mettent en avant l’Art et non l’argent et la gloire.


Linelitt

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