Les 5 questions posées à Tawfiq BELFADEL, critique littéraire algérien.


Un bon critique est avant tout un grand lecteur. En somme, faire de la critique, c’est déconstruire le livre et le reconstruire; c’est aller au-delà du résumé et du contenant (mots).


Bonjour et merci de vous prêter à notre jeu de questions.

Pouvez-vous vous présenter à nos abonnés ?

Je suis enseignant de français au cycle moyen, poète, jeune écrivain et journaliste indépendant. Je suis aussi fondateur-directeur de Lecture-Monde, magazine numérique de critique littéraire, créé en 2021. Agé de 32 ans, je vis en Algérie.

Vous êtes le récent premier lauréat du Prix NO’OCULTURES pour la critique littéraire. Sans vouloir spoiler votre critique soumise lors du concours, qu’avez-vous pensé de «Le prix du cinquième jour» de Khaoula Hosni ?

En dehors du prix et de l’esprit de compétition, c’était un grand plaisir de lire ce roman. Il est si intéressant qu’il m’a permis de faire une critique, me semble-t-il, intéressante.

C’est un roman profond par sa simplicité, attirant par son caractère double d’absurde-réaliste; c’est notamment un roman qui sort de l’ordinaire, des sentiers classiques de la majorité des romans maghrébins enfermés dans l’Histoire, les récits ethnographiques, et les histories d’amour au scénario typique. L’autre plaisir est que l’écrivaine est tunisienne et que le roman est ancré en Tunisie: notre Algérie a un rapport très spécifique, fort attachant au pays du jasmin.

Entretien avec Khaoula Hosni ici : https://linelitt.wordpress.com/2022/08/05/les-5-questions-posees-a-khaoula-hosni-auteure-tunisienne-et-finaliste-du-prix-orange-pour-la-litterature-2022/


Note de lecture, compte-rendu, critique littéraire, analyse littéraire, etc. Plusieurs s’en mêlent les pinceaux. D’après vous, que signifie faire une critique littéraire ?

La critique littéraire est différente d’un compte rendu ou d’un simple résumé. Ce n’est pas le miroir d’un livre. C’est plutôt une lecture approfondie du texte, centrée sur le contenu de celui-ci; si elle recourt aux éléments extérieurs tels que la biographie de l’auteur et le contexte socioculturel, c’est pour mieux explorer le contenu. Elle nécessite évidemment un savoir théorique et un savoir-faire qui s‘acquiert avec la pratique. Un bon critique est avant tout un grand lecteur. En somme, faire de la critique, c’est déconstruire le livre et le reconstruire; c’est aller au-delà du résumé et du contenant (mots). À mon avis, c’est explorer ce qui n’a pas été écrit-dit dans un tel livre, pas ce qui y apparaît explicitement. Et l’avenir de la littérature dépend aussi de la critique littéraire : sans critiques professionnels et médias de critique, la littérature tombe dans le déclin et vice versa. Elles s’enrichissent réciproquement.

Vous êtes aussi auteur, quel est votre rapport avec la critique ?

J’ai fait des études en littérature, ce qui m’a permis d’avoir une base théorique en critique. Mais c’est en lisant davantage de livres qu’elle est devenue pour moi une passion. Au début, je publiais mes critiques dans des journaux et revues en Algérie et ailleurs. Elles récoltaient des avis positifs, voire des éloges, ce qui a renforcé cette passion. Ensuite, et après bonne réflexion, j’ai créé mon propre espace médiatique, Lecture-Monde (ouvert aussi aux contributions), qui, lui aussi, récolte de bonnes appréciations.

Tout en faisant de la critique, je n’arrête pas de faire de la création à travers fiction et poésie. Maitriser les bases de la critique littéraire est très important, presque un devoir, pour tout auteur ; ça renforce le don et permet à l’écrivain de construire un bon récit et de tisser une belle structure. Car écrire, c’est avant tout savoir construire, voir le récit comme un système mécanique forgé d’unités interdépendantes. Le scénario, attirant ou pas, n’est qu’un prétexte. Les mots viennent après pour transcrire cette construction homogène.

Quels sont vos cinq conseils pour écrire de bonnes critiques en littérature ?

D’abord, il faut lire beaucoup et opter pour la diversité (auteurs de différentes cultures, périodes, langues…). Ensuite, il faut connaître le coté théorique (narratologie, comparatisme…) ; il n’est pas obligatoire d’être universitaire vu qu’il existe des livres de référence dans ce domaine, simples et intéressants. Par ailleurs, il faut écrire la critique et la publier ; ne pas la garder en tête uniquement ; ça permet une amélioration à long terme. Il faut également adopter un ton purement objectif ; la critique doit être constructive pas affective ; la biographie de l’auteur sert à analyser le livre pas à le juger ; la critique n’est pas une morale. Enfin, (avec sérieux et humour), il faut s’éloigner au maximum des réseaux sociaux pour lire beaucoup : ça gaspille des heures sur des contenus banals alors qu’on peut terminer un roman en deux heures.

Linelitt’ et les Arts


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Plus d’informations sur le Salon du Livre Africain pour Enfants de Yaoundé à ce lien : https://linelitt.wordpress.com/2022/09/02/salafey-ils-ont-de-la-chance-ces-enfants/


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