Auteur/autrice : ACOLITT

  • Les 5 questions posées à Giraud MBARGA, auteur camerounais

    Qui est Giraud MBARGA ?

    En me réveillant, la mission c’est : A.L.I. Ce sigle qui se répète sans cesse, dans mes pensées, chaque matin, chaque jour, sans cesse : A.L.I, A.L.I, A.L.I … C’est une alarme qui me rappelle d’abord que je vis pour A (améliorer le quotidien de tous ceux que je rencontre. Ces personnes doivent se dire et clamer « lire du Giraud MBARGA a changé ma vie. Grâce à sa plume, je vois la vie différemment, je la vois en mieux ».) ; cette alarme me rappelle ensuite que je me bats pour L (laisser mes empreintes dans les cœurs et les esprits. Autrement dit, je dois imprimer mes messages, mes émotions, mais surtout ma singularité dans sa complexité au plus profond des humains ; enfin, ladite alarme me rappelle que je me prive pour I (Inspirer le monde entier. C’est-à-dire donner à des personnes de tous les coins du monde, peu importe la couleur, la tribu ou la langue, des raisons d’y croire. La démarche finale étant de faire naître des vocations et même des plagiats dans les subconscients d’horizons divers.)

    Je suis un écrivain déterminé, qu’on qualifie parfois d’engagé, qui surtout aime les mots pour narrer les maux et pas que, à travers le mélange discours terre-à-terre / exposé subliminal. Aussi, j’embrasse fièrement mes origines en les mariant publiquement à d’autres cultures, d’où l’usage décomplexé du camfranglais, aux côtés de certaines expressions prises dans des langues officielles ou non.

    Vous êtes l’auteur de Inspection de trop, un recueil de poésie écrit en prose et en vers et qui a paru chez Edilivre. Giraud MBARGA, pourquoi ce livre ?

    Il était indispensable de laisser exploser ce que j’avais pendant des années conçu et fabriqué. Il était venu le moment d’imposer ma façon atypique d’écrire, sans m’embrigader dans les geôles de la poésie classique. J’avais des choses à partager et je l’ai fait sans me soucier de savoir si c’est ainsi que faisaient les autres ou si c’était poétiquement correct. Inspection de trop se situe entre l’introspection et l’inspection. C’est une analyse du moi, d’autrui, pour pousser le « nous » à sortir de la léthargie, en bref, à agir. En d’autres termes, j’ai savamment écrit pour encourager les lecteurs à ne plus être de simples spectateurs mais des acteurs.

    En tant que jeune auteur camerounais, quelles observations faites-vous de l’espace littéraire camerounais ?

    Nombreux sont les passionnés qui essaient à leur manière de vulgariser la littérature et d’universaliser les travaux de bons nombres d’auteurs camerounais, souvent bénévolement. C’est grandement louable et hautement encourageant. A côté, Le principal frein que je déplore est la mystification existante pour se faire éditer, jumelée à la légèreté technico-graphique appliquée sur la majorité des réalisations littéraires disponibles. C’est ce principal paradoxe qui me chagrine. Au Cameroun, il y a de bonnes choses qui sont faites, mais demeurent à parfaire.

    Edilivre, un choix ou le choix ?

    C’était un choix parmi d’autres. Ils ont été francs dans leur proposition, j’ai respecté, ça m’a intéressé. Satisfait, oui, parce que mon art n’a pas été tronqué. J’ai pu librement m’exprimer. Chaque ligne, soigneusement élaborée, a pu atteindre sa cible en conservant toute sa vigueur, sa vitalité et sa virtuosité.

    Quels jeunes auteurs lisez-vous et recommandez-vous aux lecteurs africains ?

    Il est vrai que je lis un peu de tous les siècles et de tous les continents… Et j’aime beaucoup le fait que l’écriture évolue tout en restant éternelle dans sa façon de transmettre des émotions. C’est difficile de choisir juste quelques auteurs de la jeune garde et de les recommander… Toutefois, je recommande, sans hésiter, BIDJO Edward Nelson et Cyrille SOFEU.


    Concernant BIDJO, il a une belle façon d’être sûr de lui et de sa plume, à travers ses expressions recherchées, notamment quand il parle de l’art de séduire. Cyrille SOFEU quant à lui, est un passionné qui se livre complètement dans chacune de ses phrases, sa candeur évidente apaise.

    LineLitt

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  • Il a été lu : Colorant Félix de Destin AKPO


    ✓ BREF APERÇU DE L’OUVRAGE


    «Colorant Félix» est une œuvre d’orfèvre cousue de trente palabres étalées sur 247 pages. Tout se passe sous le gros arbre à palabres de Kpétékpa autour de l’eau-de-vie (Sodabi). L’amour débridé pour cette boisson alcoolisée même s’il conduisait dans l’ébriété ne noyait cependant pas le bon sens de ses habitués. Sous le fameux arbre à palabres, de belles histoires comme celles des obsèques de Mickael Jackson se racontaient et se commentaient à belles dents. Un jeune étudiant en médecine envoyé pour ses études en ville annonce, au cercle des sages du village, l’irruption d’un certain Colorant Félix. Cette nouvelle a constitué le chou-gras des discussions sous l’arbre à palabres où d’ailleurs, les femmes étaient dorénavant acceptées. Des conjectures et hypothèses fusaient tous azimuts autour de l’origine animale (Atoké) et chinoise de Colorant Félix qui fait une cascade de morts. On agitait aussi des idées autour de l’infrangible remède africain qui a pu prémunir le continent de l’hécatombe annoncée. La panacée africaine est constituée d’ingrédients exhumés du fond du terroir africain. Subséquemment, la sagesse du vieux Somahuhwevidotomè vient relever d’un cran la stature des discussions sous l’arbre à palabres. Il fit de lumineuses réflexions sur la parole (xo) et la vie (Gbe) en lien avec d’épineuses questions qui s’imposent par leur actualité. Dans un style soutenu, jaloux garant de l’oralité propre aux cultures africaines, l’auteur – qui a de la verve à revendre – a pu faire de son œuvre le miroir de tout un univers culturel.


    ✓ UNE INÉDITE EXPRESSION DE LA RICHESSE CULTURELLE AFRICAINE


    «Colorant Félix» est l’expression de l’immense richesse linguistique, proverbiale, onomastique enfouie dans les cultures africaines.
    Si la langue est l’âme d’un peuple, il convient de la prendre au sérieux dans toute entreprise d’investigation et d’expression de la culture de ce peuple. Nos langues locales taxées d’antan de dialectes ou de pseudo-langues n’ont pas eu honte de sortir de leur repaire pour combler l’incomplétude du français et son incapacité à exprimer certaines réalités africaines. Ecrit en plusieurs langues, ce roman montre comment nos langues (qu’elles soient locales ou étrangères) peuvent cohabiter, s’enrichir et se compléter.


    Ensuite, le roman foisonne de proverbes, de dictons, d’aphorismes qui sont une vivante expression du fond culturel africain en général et béninois en particulier. Quelques exemples :
    « Ne pas savoir rire de la vie est mortel. Ne pas choisir de se moquer de l’existence, c’est creuser sa tombe à petits coups. Notre longévité est fille de notre bonne humeur que nous cultivons chaque jour » (p. 38).
    « Dans la vie, de deux maux, nous choisissons toujours le moindre » (p. 38).
    « Le cochon qui a été témoin du sort de son frère sur la braise est plus prudent que le serpent » (p. 75).
    « La solitude tue plus vite que la mort » (p. 79).
    « Ce n’est pas toujours le plus intelligent qui réussit dans la vie, mais le plus souple et le plus ouvert à la vie et à ses injonctions »
    « Il faut s’affirmer et résister au rouleau compresseur de la pensée unique » (p. 137).


    Choisis à dessein, les noms des personnages dégagent un symbolisme et tracent une feuille de route qui s’harmonise avec l’existence de ceux qui les portent. Le lecteur pourra faire une herméneutique des noms comme Alikpa, Emouvi-Lekosto, Somahuhwéviɖotↄmé, etc.

    UNE RICHESSE INSOUPÇONNÉE DANS LA SAGESSE AFRICAINE

    Le cas du vieux Somahuhwevidotomè est plus que jamais illustratif de la sagesse dont nos ancêtres africains étaient détenteurs et dont il nous incombe aujourd’hui d’assurer le bon aloi. La figure de ce sage de Kpétékpa contraste avec celle d’un « intellectuel moderne » qui ne doit ce qu’il est qu’à son passage par l’école des Blancs.

    Il existe en Afrique, des personnes qui n’ont jamais mis pied à l’école, et qui sont d’une perspicacité et d’une érudition insoupçonnées. Ce sont des « intellectuels communautaires ».


    Somahuhwéviɖotↄmé, le vieux sage, montre, en effet, que la parole n’est l’égal de personne (xo ma yin mè dé gbè) puisqu’elle préexiste à l’homme : « La parole nous précède et est toujours plus puissante que notre imagination et notre capacité d’abstraction » (p. 130). Aussi faut-il souligner que cette parole engendre l’homme, même s’il revient à l’homme de l’engendrer. L’homme est ainsi à la fois, produit et père de la parole : « Et chaque fois qu’elle donne à l’homme de l’engendrer, elle l’engendre aussi, cet homme » (p. 130).


    Dans un même mouvement, Somahuhwéviɖotↄmé aborde la vie sous un angle assez riche et intéressant à partir des entités Gbɛ (vie), Gbɛtↄ (homme) et Gbɛɖotↄ (Dieu créateur). Il montre que le Gbɛ en tant que vie n’est pas à séparer avec le Gbɛ en tant que monde. « La démolition de la nature qui nous environne et nous fait, va de pair avec la destruction de la nature humaine » (p.132). Le Gbɛtↄ a reçu du Gbɛɖotↄ l’ordre de dominer la terre ; ce qui fait de lui le père du monde (Gbɛtↄ). Mais dans le même temps, il doit soumission à cette terre. Car, comme le dit Somahuhwéviɖotↄmé, « par le fait qu’en agissant sur la terre il en tire sa pitance, il en devient le fils » (p. 132). Si cette sagesse africaine avait été bien comprise, notre monde ne connaîtrait pas tous ces problèmes écologiques qui, de plus en plus, le détruisent. Si l’homme avait compris cette sagesse africaine, il ne porterait atteinte à aucune vie ; parce qu’il n’en est pas l’auteur (Gbɛɖotↄ) mais simplement le père gardien (Gbɛtↄ). A ce propos, Somahuhwéviɖotↄmé fait un triste constat : « La vie était sacrée. Aujourd’hui, elle est moins qu’une marchandise » (p. 134).

    UNE DOUCE SATIRE
     
    «Colorant Félix» aborde des thématiques assez graves et délicates dans une diatribe empreinte d’humour. Ce faisant, l’auteur s’attèle à corriger certaines aspérités et irrégularités qui se remarquent en société. D’un sens de l’humour dont il est le seul à avoir la magie, l’auteur a su, du fond de ses réalités culturelles, travailler à corriger les mœurs en riant (Castigat mores ridendo).


    En définitive, «Colorant Félix», se dérobant de la tradition du classicisme romanesque, s’impose par son originalité. L’œuvre vient creuser les sillons d’une « manière africaine d’écrire le roman ». Il recèle l’imparable richesse et l’insoupçonnée résilience d’une culture africaine qui, secouée par l’impétuosité d’un modernisme mordant, fut vouée à l’hégémonie et finalement jetée aux orties. Et tout ceci, avec un sens d’humour contagieux.

    Sans prétention aucune, «Colorant Félix» ne mériterait-il pas d’être érigé en paradigme romanesque africain ? Ne serait-ce pas là, peut-être, le destin qu’impose Destin à son chef-d’œuvre ?

    Modeste HEDJI, Saint Paul de Djimè pour LineLitt

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  • Les 5 questions posées à Béatrice MENDO, auteure camerounaise

    Bonjour, Béatrice MENDO. Nous vous laissons vous présenter à nos abonné.e.s.

    J’aime souvent à dire que je suis « une fonctionnaire fantasque ». En fait, je suis un un fonctionnaire (de l’administration des finances) à l’imagination débordante, qui écrit beaucoup. Après des études de philologie romane, de sciences politiques, de communication et de sciences sociales, il me semble que l’univers des choses que je peux concevoir et écrire s’est profondément dilaté. La conséquence en est que je suis un auteur aux écrits multiples et variés, qui vont de la nouvelle au roman policier, en passant par le haïku et les contes.

    Vous êtes, effectivement, une auteure camerounaise et votre dernier livre, L’argent n’a pas d’oreilles, a paru en 2020. Il s’agit d’un livre destiné aux enfants. Béatrice Mendo, pourquoi les enfants devraient-ils le lire ?

    Ce recueil de contes n’est pas seulement destiné aux enfants, mais aussi à tout adulte qui a gardé son âme d’enfant. Il y a des contes accessibles pour les enfants, mais aussi d’autres un peu philosophiques destinés à des entendements plus mâtures. Pourquoi est-ce que les enfants devraient le lire ? Parce qu’ils apprendront beaucoup de choses tout en profitant d’une lecture agréable.

    Ces contes donnent des leçons de vie, d’une manière ludique et efficace. Les conséquences de la paresse, de la gourmandise, de la vanité, de la convoitise, de la méchanceté, etc. sont présentées aux enfants dans des récits émaillés d’humour et soutenus par des illustrations belles et évocatrices à souhait.

    Lorsque vous écrivez, vous posez les mots comme ils viennent ou alors vous avez un procédé d’écriture particulier ? Surtout qu’on sait qu’écrire pour les enfants n’est pas aussi aisé qu’on le pense.


    Je commence par la moralité, la petite sentence finale qui peut être un dicton populaire ou un adage de mon cru, c’est le point central qui doit édifier les enfants. A partir de cet adage, de cette pensée formulée ou reformulée, qu’on retrouve à la fin de chaque conte, par exemple « l’argent n’a pas d’oreilles, il ne répond pas quand on l’appelle », je tisse une histoire que justifie et légitime ma conclusion. Vous comprenez donc qu’une seule moralité peut susciter des histoires différentes, mais qui toutes la mettent en exergue.

    Ce n’est pas facile d’écrire pour les enfants, il faut savoir les captiver par des récits faciles à lire et suffisamment imagés pour capter et captiver leurs jeunes imaginations qui peuvent déjà être débordantes, elles aussi.

    Parlant de littérature jeunesse, quelle analyse faites-vous de ce secteur au Cameroun ?


    On constate des ébullitions naissantes dans le secteur. Les imaginations et initiatives chauffent, bientôt, je l’espère, la marmite va bouillir et le secteur pourra servir des plats appétissants aux lecteurs du Cameroun et du monde entier. Il faut déjà saluer le travail effectué par les Editions Adinkra dont la promotrice est la dynamique Armelle Touko, qui sont en train de se positionner comme un acteur majeur de la littérature pour enfants, et qui proposent des contenus afrocentrés, qui valorisent nos cultures. Dans la collection de contes en ligne que proposent les Editions Adinkra, on peut lire mon conte « La princesse grenouille ». Pour une somme modique, des parents s’inscrivent sur la plateforme élaborée à cet effet et ont accès à une variété de récits qu’ils peuvent offrir, voire les raconter eux-mêmes à leur enfants. C’est pour ça que je pense que si ce secteur est efficacement soutenu, les nombreux lecteurs pourront se régaler de magnifiques récits.

    Qui dit mois d’avril dit, entre autres, Journée du livre et du droit d’auteur. Béatrice MENDO, si cette célébration vous est confiée, quel.le.s sont les dix jeunes acteurs (actrices) du livre en Afrique que vous choisirez pour vous accompagner dans cette tâche et pourquoi ?

    10, c’est beaucoup, et nous touchons là un aspect qui révèle certaines faiblesses du secteur : la communication. Il y a une multitude d’initiatives, qui évoluent en parallèle alors qu’elles gagneraient beaucoup à se croiser en vue de mutualiser leurs efforts. Les Editions Adinkra avec lesquelles je travaille n’hésitent pas à collaborer avec différents acteurs, ce qui me permet de citer encore des noms, Nadine Mekougoum, promotrice des librairies M’wina spécialisées dans le livre africain pour enfants. Le projet Harambee Africa dont l’objectif entre autres est de promouvoir le livre et la lecture notamment chez les enfants défavorisés. David Wanedam avec « Lire au Sahel » qui a mis sur pied un projet intéressant, le projet Moota Andal avec sa médiathèque mobile. Voilà, pour moi, les initiatives camerounaises dont je peux parler, il y a bien sûr des projets tout aussi intéressants en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Gabon et au Tchad, de même que dans les deux Congo. Pour finir, je trouve des espaces de rencontre comme « Le salon du livre pour enfants » particulièrement prometteurs; ils gagneraient à bénéficier de soutiens substantiels de la part des pouvoirs publics.

    Linelitt

  • Les 5 questions posées à Emadange, auteur camerounais.

    Bonjour, Emadange ! Nous vous laissons décliner vos casquettes.

    Je suis Emmanuel Yada à l`état civil et « Emadange » c’est mon nom de plume. Raconteur, poète et slameur, j’ai à mon actif plusieurs textes oraux disponibles sur YouTube, et mon tout premier récit, Maurelle et Flora, publié en fin 2020. En bref, je suis passionné des lettres et étudiant en cycle de master à l’université de Buea au Cameroun.

    Poète, slameur, auteur d’un récit… Que représentent l’écriture et les Mots pour vous ?

    L'écriture… L’écriture est ma compagne, celle-là qui m’épargne de commettre un certain nombre de bêtises… Figurez-vous, lorsque je suis en colère, la chose qui m'apaise le mieux, c’est l'écriture; c’est elle qui sait me toucher. Ce que j’écris à ce moment-là n'a pas besoin d’être propre ou beau, tout ce qui compte, c`est me libérer le cœur, le débarrasser de cette gangrène-là, de cette colère qui l’empoisonne.
    Les mots, l’écriture, la poésie, le racontage… tous soignent mes maux et m’aident à dire tout ce que de vive voix, je n’oserai proférer.

    Le récit Maurelle et Flora est une réédition de Amour versus réalité, et il parait en 2020. Quelle est votre analyse de l’édition en Afrique ?


    Oui, Maurelle et Flora est une réédition de Amour versus réalité. Je ne sais pas si j’ai un mot à dire, je n'en connais pas beaucoup. En ce qui concerne l'édition en Afrique, japprécie beaucoup le travail abattu par des maisons d’édition sénégalaises. De celles que je connais, la production est impeccable… Quant aux éditeurs camerounais, mon expérience n’a pas été bonne. Oui, il y a quelque part de l’engagement, mais jusqu’ici, je peux décrier un manque de communication, d’abord avec leurs auteurs et ensuite avec le public. Il n’est pas agréable que des éditeurs jettent des fleurs aux auteurs au début de l’édition et qu’après la parution du livre, tout tombe aux oubliettes. Il existe des éditeurs au Cameroun qui ne se donnent pas à fond dans ce que je peux appeler le marketing et la valorisation des auteurs. Ils ne sont que des commerçants en fait.

    Plusieurs se plaignent du fait que les livres ne se lisent pas. En tant qu’auteur, qu’en pensez-vous et quelles initiatives prenez-vous pour  »recruter » des lecteurs pour vos productions ?

    Les livres ne se lisent peut- être pas assez mais les textes se lisent sur Wattpad et sur Facebook entre autres. Nous comptons de nombreux lecteurs assoiffés sur la page Facebook d’Ernestine Nadia et sur celles de bien d’autres auteurs… Nous sommes à une ère technologique où tout – ou presque – se passe et passe sur les réseaux sociaux. Plusieurs lecteurs attendent le livre sur leurs smartphones, d’où le problème d’accessibilité du livre pour tous à revoir.

    Suivez Emadange ici https://www.facebook.com/emadangeyeb/

    Dans la région où je vis, on compte très peu de bibliothèques; on a plutôt des archives, sans exagérer! il n’y a pas du neuf et on compte environ 90% de littérature française, langue que plusieurs ne consomment pas.

    Avant de « recruter » des lecteurs, il faudrait que les promoteurs du livre, les éditeurs y compris, soient en symbiose avec les médias et les bibliothèques. Pour sortir du placard, le livre doit être promu comme les oeuvres musicales. Le livre est un produit qui a besoin de publicité, tout comme la brosse à dents, par exemple !
    En tant qu’auteur, je me rapproche des lecteurs afin de susciter en eux l`envie de lire, en publiant quelques fois des extraits de textes pour capter leur attention…

    Quels conseils donnez-vous aux auteurs en herbe ?

    Je Nous conseille d’écrire, écrire, écrire et écrire encore et encore sur ce qui nous ressemble; écrire pour peindre nos différentes sociétés. Et surtout, beaucoup lire, découvrir les autres. Sans oublier : «Practice makes perfect».

    Emadange, merci de nous avoir accordé votre temps.

    Linelitt’

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  • Les 5 questions posées à BALIMA Lazare, auteur et promoteur littéraire burkinabè

    Qui est Balima Lazare ?

    BALIMA Lazare est un auteur burkinabè et promoteur culturel. Évoluant dans le domaine du théâtre et du cinéma, il est aussi le Président de l’Association Des Alliés du Livre (ADAL).

    Quel regard posez-vous sur la littérature au Burkina Faso et en Afrique en général.

    Personnellement, je pense que la littérature africaine et particulièrement au Burkina Faso est en train de prendre son envol. On constate de plus en plus la naissance de jeunes auteurs avec des plumes très déterminées et porteuses de messages de construction, de libération de formation.


    L’association Des Alliés du Livre (ADAL) est une association de promotion de la lecture, de l’écriture, du livre en général. Quelles en sont les principales activités ?

    La lecture étant la base de tout, l’ADAL se donne pour mission de la promouvoir en passant par la promotion de la littérature de façon générale. Et nos principales activités sont entre autres :
    Le Concours de Lecture et d’Eloquence (CLE) qui est une compétition inter-établissement d’enseignement sur la lecture à travers le slam, l’art oratoire et le jeu de cracks. Toutes ces trois catégories se font à base d’un thème général inspiré d’œuvres littéraires dont la lecture est imposée aux différents compétiteurs.
    La rentrée littéraire qui permet de découvrir de nouvelles œuvres et leurs auteurs à travers des conférences et d’autres domaines de la culture. Il s’agit ainsi d’offrir un cadre d’échange entre auteurs et lecteurs.
    L’émission A LA BARRE réalisée en partenariat avec l’Agence de Consulting Littéraire (ACOLITT) au Cameroun. C’est une émission mensuelle qui se fait en ligne.


    Il y a bien sûr d’autres activités que vous pouvez consulter sur notre page Facebook (Association des alliés du livre). D’autres seront lancées les années à venir ; nous allons les taire pour le moment afin de vous réserver une surprise.


    Nous savons que la finale de la deuxième édition du CLE se tiendra ce 9 avril. Quel est l’objectif de ce concours et la finalité d’après concours pour le(s) lauréat(s) ?

    Le Concours de Lecture et d’Eloquence (CLE) vise à redynamiser le goût de la lecture, orienter les jeunes dans les recherches. En effet, comme je le disais plus haut, le thème est toujours inspiré de la lecture d’œuvres littéraire de plusieurs genres. Ainsi, pour mieux réussir l’exercice, les candidats sont obligés de lire non seulement les œuvres qui leur sont imposées, mais aussi de lire d’autres œuvres traitant du même thème. Ces recherches littéraires doivent être utilisées pour des débats littéraires, composer des slams et des réponses à des questions de culture générale littéraire.

    Avec le CLE, on apprend à aimer la lecture en apprenant à savoir ce que l’on peut faire avec les connaissances que nous tirons de ces lectures.


    Quel est votre souhait pour l’espace littéraire africain ?

    Mon plus grand souhait pour l’espace littéraire africain, c’est l’union et la solidarité des promoteurs, des auteurs et de tous les acteurs de la chaîne du livre. Mais surtout, je souhaite une réelle politique en faveur du livre de la part de nos dirigeants.


    Linelitt

  • À DÉCOUVRIR : L’ASSOCIATION LITTÉRAIRE ÔNOAN

    Née officiellement en 2020, ÔNOAN a su au fil des mois gagner la confiance des amoureux des lettres, et intéresser ceux qui boudaient encore la chose. C’est une équipe qui travaille au quotidien pour l’émergence de son savoir-faire, mais aussi pour que les belles-lettres asseyent encore plus leur pouvoir et leur noblesse.

    Dès l’entame de cette aventure, l’association ÔNOAN a surpris l’espace littéraire avec un appel à textes pour un accompagnement de six mois, ONOAN WRITINGS saison 1. Bien que limité au Cameroun, cet appel à textes a été bien accueilli et des dizaines de candidatures ont été reçues. Malheureusement pour ces assoiffés de connaissances, seuls dix lauréats étaient attendus.


    ÔNOAN s’est placée parmi les leaders pour l’accompagnement littéraire en Afrique en peu de temps. Ne vous fiez surtout pas au temps pour la juger ! Cette association regroupe des professionnels du livre de différents profils qui ont longtemps œuvré en solitaire ou dans l’ombre ; jusqu’au jour où ils ont décidé de fédérer leurs forces. Analyste littéraire, relecteur, communicateur littéraire, formateur et expert en creative writing et creative reading, traducteur littéraire, bibliothécaire sont ces quelques profils qui posent chaque jour une pierre à l’édifice de la littérature en Afrique et même au-delà.

    Les années 2020 et 2021 ont été très mouvementées pour cette association. Si nous nous basons seulement sur sa page Facebook, au premier semestre 2021, près de quarante échanges littéraires ont été faits dans des établissements scolaires et universitaires et avec des associations littéraires en Afrique, des centaines d’auteurs y ont été mis en avant, des dizaines d’institutions et évènements littéraires ont été promues… Nous n’oublierons pas son accompagnement technique dans des projets littéraires au Cameroun et ailleurs.

    La panoplie d’images à ce lien : https://www.facebook.com/OnoanLitterature/

    Cette année, ÔNOAN a annoncé, au mois de janvier, la mise sur pied de sa maison des cultures. Il s’agit d’une bâtisse située dans le département de la Lékié, à Nkombibam 2. Elle accueille des résidences, des ateliers d’écriture, de lecture et de traduction ponctuels, des spectacles, et autres attractions servant à dynamiser Nkombibam 2 et ses environs. Cette maison des cultures a d’ailleurs servi de village de la CAN, au grand bonheur des populations.
    En outre, son académie littéraire et son agence littéraire se sont réaffirmées dans l’univers littéraire. Les amoureux des lettres peuvent désormais bénéficier, peu importe l’endroit où ils se trouvent, d’une formation de qualité à la créativité littéraire.

    Vous l’avez sûrement compris, Ônoan c’est : une académie littéraire, une agence littéraire, une maison des cultures.


    Dans cette quête de transmission et d’acquisition des connaissances, les élèves ne sont pas en reste : ÔNOAN a mis sur pied les « Clubs ÔNOAN » qui se tiennent dans les établissements scolaires, sous accord du staff éducatif.

    ÔNOAN répond à toutes vos questions d’ordre littéraire à l’adresse : masug@onoan.com et en message privé sur leurs pages sur les réseaux sociaux : ônoan (Facebook, Twitter, LinkedIn).

    Linelitt’

  • Les 5 questions posées à Cécile AVOUGNLANKOU, auteure et activiste littéraire béninoise

    Bonjour, Cécile AVOUGNLANKOU ! Nous vous laissons vous présenter.

    Je suis Cécile Avougnlankou. Je suis professeur certifiée de français. J’enseigne le français dans les collèges et lycées du Bénin. Je suis la fondatrice de la page de littérature Fémicriture et du site www.femicriture.com. J’ai co-écrit plusieurs ouvrages et le dernier est «Sororité chérie». Je suis l’auteure d’une pièce de théâtre «Mes poupées noires, noires» qui sera publiée bientôt.

    Pouvez-vous nous donner plus de détails sur FEMICRITURE ?

    FÉMICRITURE est une page de littérature. Elle s’intéresse exclusivement aux œuvres publiées par des femmes africaines et afrodescendantes. C’est un choix que nous avons opéré dans le but de donner de la visibilité aux femmes qui sont souvent peu connues, peu lues.


    Les objectifs de la page FÉMICRITURE sont :


    ✓ Faire découvrir la littérature féminine africaine et afrodescendante,
    ✓ Donner de la visibilité aux écrivaines africaines et afrodescendantes
    ✓ Faire aimer cette écriture.
    Faire lire cette littérature en pleine éclosion..

    Comme activités, Fémicriture propose :


    ✓ Des comptes rendus de lecture des livres de femmes. Fémicriture ne se contente bien sûr pas de simples comptes rendus de lecture. Elle va au-delà et propose des analyses de textes ainsi que des études des thèmes abordés par les livres. Ces études peuvent nous faire rappeler l’histoire, la politique, les traditions, … que nous proposons à nos lecteurs afin qu’ils comprennent que les livres nous disent la vie et le monde dans lequel nous vivons ;
    ✓ Des incitations à la lecture, en proposant des titres de livres découverts, en lisant des extraits de textes intéressants surtout dans les écoles, en copiant des extraits de textes au tableau afin de motiver les élèves à la lecture des livres au programme ;


    ✓ Des rencontres d’auteurs ;
    ✓ Des débats autour de sujets d’intérêt ;
    ✓ Des sensibilisations des jeunes (sur divers thèmes, les livres nous servent parfois de support…) ;
    ✓ Des prescriptions littéraires (les auteurs prescrivent leurs livres aux lecteurs, ces livres constituent la pharmacie de Fémicriture) ;
    ✓ Des présentations de livres au cours de leur lancement ;
    ✓ Organisation de jeux concours en s’inspirant des livres pour mieux les faire connaitre ;
    ✓ Les sensibilisations par les textes ;
    ✓ Les rencontres avec les enfants (Fémicriture dispose de livres pour enfants qu’elle va bientôt mettre à la disposition des tout petits pour les inciter à la lecture).


    En plus de notre page Facebook, nous avons un site internet : https://www.femicriture.com
    dans lequel vous retrouverez, en plus de nos activités sur Fémicriture, de nouvelles rubriques qui vont vous enchanter.

    Ce mouvement littéraire est-il confronté à des difficultés ?

    Nous rencontrons quelques difficultés telles que :


    ✓ L’accès aux livres. A part certaines auteures dont les livres se retrouvent facilement dans nos librairies, la grande majorité (connue en occident) est absente de nos rayons.

    ✓ Très souvent des soucis financiers pour acheter tous les livres que je voudrais, et peu de temps pour lire autant que je le voudrais.
    ✓ La connexion internet chez nous est depuis peu très couteux; ce qui ralentit le travail.
    ✓ J’aurais aimé ne travailler qu’avec des femmes sur ce projet. Malheureusement, ce sont les hommes qui s’empressent pour travailler avec moi.

    Tel que souligné plus haut, vous êtes l’une des contributrices du recueil «Sororité chérie». De quoi s’agit-il concrètement ?

    Oui, je fais partie du magnifique projet « Sororité chérie » de la béninoise Carmen Toudonou. De quoi s’agit-il dans ce projet ?
    Il s’agit de sororité chérie (Rire). C’est si bien dit que je me demande si je peux mieux l’expliquer. Je vais essayer. Disons que Carmen Toudonou voudrait que les femmes parlent de femmes et de la vie qu’elles se font avec tendresse. Il est plus précisément question dans ce projet d’évoquer les rapports cordiaux qui doivent nous mener les unes vers les autres, de cette force que nous avons et que nous devons communiquer entre nous pour nous soutenir, nous tenir la main, nous accompagner sur les sentiers sinueux de la vie. En somme, c’est un projet qui nous force, nous autres femmes, à nous éveiller à la fraternité, à cette nécessité de nous regarder dans les yeux, de comprendre nos différences, de les accepter et de nous porter mutuellement.

    Vous devez écrire un texte à quatre bras. Avec qui voudrez-vous l’écrire ?

    C’est une question piège celle-ci. J’aurais aimé écrire un roman à quatre bras avec beaucoup d’auteurs que j’apprécie énormément. Mais comme il me faut choisir, si j’ai cette chance, j’aimerais vivement écrire un roman à quatre bras avec mon écrivaine préférée, la Sénégalaise Ken Bugul.

    Cécile AVOUGNLANKOU, merci de nous avoir accordé votre temps.

    Je vous remercie pour votre engagement pour le livre. Je vous dis toute ma reconnaissance pour cette opportunité que vous me donnez de faire connaitre ma page Fémicriture et le site www.femicriture.com
    Je profite pour faire un clin d’œil à tous nos lecteurs ainsi qu’à mes collaborateurs.

    Linelitt’

  • Les 5 questions posées à Osvalde LEWAT, lauréate du Grand Prix Panafricain de Littérature

    Bonjour, Osvalde Lewat ! Nous savons que vous êtes photographe professionnelle d’art, documentariste et désormais auteure. Des carrières prenantes. Nous sommes curieux de connaître votre discipline de vie pour allier tout ceci.

    J’essaie d’articuler mes différentes vies avec rigueur et souplesse. J’ai des périodes où je procrastine et d’autres où je travaille énormément. J’ai la chance que mon travail soit ma passion, cela rend les choses moins difficiles. Je suis également entourée de personnes bienveillantes qui acceptent mon agenda exigeant et n’hésitent jamais à m’aider, à rendre les contingences de la vie auxquelles on ne peut pas toujours échapper, plus facile à gérer.

    Les Aquatiques est votre dernier roman et il met en exergue l’émancipation de la femme et la lutte de plusieurs victimes d’oppression pour garder leur dignité et s’affirmer. Son contexte est le Zambuena, un pays imaginaire d’Afrique ; la cible de ce roman est donc évidente. Mais dites-nous, Osvalde Lewat, quel a été votre procédé d’écriture?

    Je suis partie de la figure de Katmé qui est centrale. C’est elle le point de fixation de l’histoire. Personnage pivot, c’est autour d’elle que s’articulent les autres figures du roman. Elle est en interaction directe avec quasiment tous les personnages du roman. Il y a peu de scènes, d’échanges directs entre les autres personnages. C’est l’intériorité de Katmé qui nourrit la dynamique du texte et le met en mouvement. J’ai donc commencé par construire l’écosystème familial et social de Katmé. Ensuite, en utilisant un système de toile d’araignée ou de… cercles concentriques, j’ai établi les profils physiques et psychologiques des autres personnage. Leur vie, leur généalogie, leurs parents, leurs amours, leurs manières de se vêtir, leurs déboires, comment ils s’expriment, etc. J’ai dressé une fiche de chaque personnage, je l’ai enrichie au fur et à mesure au fil de l’écriture ; parfois je les ai écoutés aussi me dire ce qu’ils sont, ce qu’ils souhaitaient…
    C’est une façon fastidieuse de procéder qui me vient sans doute du documentaire, car le travail préalable que j’effectue sur les personnages est un travail de recherche assez détaillé pour aboutir à quelque chose proche de ce qu’on appelle en télévision une bible …
    J’écris tous les matins, mais dès que je me sens inspirée. Avant je buvais beaucoup de café pour écrire. Maintenant, je me fais des smoothies de légumes avant de me lancer.

    Vous êtes justement avec Les Aquatiques la lauréate actuelle du Grand Prix Panafricain de Littérature. Ce prix octroie une belle récompense et une belle renommée. Osvalde LEWAT, une fois seule dans une pièce de votre maison, que représente ce prix pour vous ?

    Recevoir une distinction est très agréable. Mais une fois le temps de célébration passé, j’y vois une incitation à continuer, à faire mieux. Les prix obligent. Ce serait une erreur de penser qu’on vaut mieux que les autres parce qu’un comité vous a distingué. Il y a tellement de paramètres qui nous échappent et qui entrent en compte dans l’attribution des prix que ce serait parfaitement stupide d’y voir un signe d’élection. Je crois en la vertu de l’humilité, elle empêche l’aveuglement et nourrit la volonté de s’améliorer.

    Vous êtes Camerounaise, lisez-vous les œuvres produites par les Camerounais et au Cameroun ? Si oui, qu’en pensez-vous ?

    Oui bien sûr, j’en lis. Je fais de belles découvertes parfois. Le secteur du livre demeure toutefois un secteur économiquement fragile qui devrait bénéficier du soutien de l’Etat. Il faudrait inciter les jeunes à lire plus, à découvrir les classiques camerounais, africains et au-delà ; on créerait ainsi un vivier de vocations.

    Vous êtes en vacances au Cameroun. Vous ne pouvez partager vos plats typiquement camerounais qu’avec un.une acteur.trice du livre camerounais.e. Qui choisissez-vous et pourquoi ?

    Je choisirai une libraire. C’est une résistante à mes yeux. Et une passeuse de mémoire, de culture, d’histoire. Et dans cette libraire, nous mangerons un bon sanga.

    Merci, Osvalde LEWAT de nous avoir accordé votre temps.

    Line Litt’

  • Les 5 questions posées à Christine ELONG, auteure camerounaise

    Bonjour, chère auteure ! En plus d’être actrice du livre, qui est Christine ELONG ?

    Bonjour ! Christine Elong est une Camerounaise passionnée de belles-lettres. Elle est multi-casquettes. En plus d’être écrivaine, je suis un peintre autodidacte à mes heures perdues. Tout comme le dessin, ma passion pour l’écriture est née avant moi. (Rire). J’ai une certaine prédisposition à modeler tout ce qui me passe par la main. Je prends plaisir à créer des scènes, à attribuer une âme à chacun de mes personnages, à donner vie à tout ce qui m’entoure.


    Votre dernier roman, «Piégée par mon sang», a paru en 2019. Quelle est sa cible et son message ?


    « Piégée par mon sang » est le récit du parcours d’une maman héroïne et téméraire face à un destin intrépide, que j’ai choisi de raconter au plus grand nombre. La particularité ici est la connexion entre les différents personnages qui semblent avoir tous ou presque un destin damné. Le livre peut être destiné à tout public. Bien que le but premier soit celui de sensibiliser les jeunes en âge de se marier, en particulier ceux d’origines africaines, antillaises, maghrébines, indiennes face à ce tueur silencieux qu’est la drepanocytose. Une maladie tabou mais ô combien traumatisante qui tue nos enfants et nous laisse dans une triste impuissance.


    «Piégée par mon sang» parait en autoédition. Vivant en France, quelles sont les réalités de ce type d’édition dans ce pays ?


    Le monde de l’édition en général étant très complexe, l’auto-edition se présente comme une alternative pour tous ceux qui veulent se faire connaître sans passer par le canal habituel qui est celui des maisons d’édition. C’est en quelque sorte une expression de la liberté, la marche vers l’independance. Avec l’auto-edition, les règles ne sont plus dictées par les mêmes. C’est surtout l’occasion pour l’écrivain de suivre de près le processus de la création et l’evolution de son œuvre. L’auto-edition met en exergue la dualité dans la liberté de l’auteur par rapport à ses choix et celle que l’on retrouvera ensuite dans les écrits.
    De plus, avec la montée en puissance des réseaux sociaux, l’auto-edition devient un adversaire de taille qui pourrait rivaliser et trouver une place de choix dans le monde de l’édition. L’intérêt et l’engouement dans le monde de l’auto-edition vont grandissants grâce surtout à la prise de pouvoir des GAFA qui, virtuellement, rendent accessible tout ce qui jusque-là était caché.

    En Amérique, en Afrique comme en Europe, les trappes sont désormais ouvertes à tous les écrivains connus ou pas. Aujourd’hui, il devient possible pour chacun de se lancer dans ce monde qui, il y a quelques années encore, n’accueuillait que certains privilégiés et laissait mourir incognito des grandes plumes. Pour moi, une oeuvre ne se mesure pas à la puissance de la maison d’édition qui la publie. J’invite par là tous les lecteurs à s’intéresser aux œuvres autoeditées, on y retrouve des trésors cachés.


    Avez-vous une idée de comment est accueillie la «littérature camerounaise» en France ?


    Le Cameroun est une terre de champions, une terre bénie qui tire son épingle du jeu dans presque tous les domaines, parmi lesquels la littérature. Un pays qui ne cesse de parler de lui à l’international grâce aux exploits de ses fils dispersés à travers le monde. Nous nous rappelons d’ailleurs le prix Goncourt des Lycéens remporté par Djaïli Ahmadou Amal, Camerounaise, pour ne citer qu’elle. Une grande bouffée d’oxygène qui a contribué à booster jeunes et moins jeunes amateurs de lettres. Une victoire remportée en France et saluée aussi bien par les français que par tous ses compatriotes.
    Enfin, dans plusieurs villes françaises sont organisés chaque année de manière suivie des rencontres qui promeuvent la littérature africaine où se retrouvent toujours une belle brochette d’auteurs camerounais; quand ce ne sont pas ceux-ci les initiateurs.

    Tout compte fait, les dés sont jetés et l’intérêt est grandissant autour du livre. De plus, il y a de belles perspectives en vue.


    Vous avez un projet littéraire et vous pouvez choisir un.une acteur.trice du livre africain pour vous aider à le mettre en place. Qui choisissez-vous ?


    Ma préférée serait Imbolo Mbue. Je vous remercie.

    Merci chère auteure. Nous vous souhaitons une Plume toujours mouillée d’encre.

    Linelitt’

  • Les 5 questions posées à Sara Timb, auteure camerounaise

    En plus d’être une scientifique et une amoureuse de belles lettres, qui est Sara TIMB ?

    En plus d’être une scientifique et une amoureuse des lettres, je suis doctorante à l’université de Yaoundé 1, option biotechnologies végétales ; auteure de l’œuvre « Les confidences d’une muse », finaliste pour le prix international de poésie Léopold Sédar SENGHOR 2021, U-reporter et représentante nationale de l’OJA (Organisation des Jeunes Africains) au Cameroun.


    Moins de 25 ans et un aussi beau parcours ! Félicitations ! Vous êtes, effectivement, finaliste de la 8e édition du prix international de poésie Léopard Sédar Senghor. Nous vous souhaitons d’en être la lauréate. Que représente l’écriture, la poésie, pour vous ?


    Pour moi, l’écriture et la poésie sont une sorte de lumière que l’on cueille. Ce sont un ponceau solide vers la transformation, la nouveauté ; un moyen d’aller vers l’autre sans faire un pas, une corde qui nous lie à ceux que l’on connaît ou que l’on ne connaît pas ; une voix : Celle des autres en nous et que l’on porte haut sur le toit du monde. En somme, l’écriture et la poésie, pour moi, sont le lieu de dire : « Assez ! Stop ! », le lieu de dire « demain.»


    Vous êtes sûrement une grande lectrice des œuvres écrites par les Camerounais. Que pensez-vous de la qualité de ces œuvres en général ?


    Je pense qu’en terme de qualité, il y a de quoi se vanter. Le Cameroun regorge de nombreux talents en matière de littérature, et je suis contente de savoir que dans un contexte où la lecture est une exception, il germe des auteurs à la plume exceptionnelle.


    Hamidou Okaba, poète gabonais, disait dans une interview : «Il n’y a pas de poésie de la joie.» Qu’en pensez-vous ?


    Je pense, dans un premier temps, qu’il a raison en ce sens que la poésie usée pour une dénonciation, un appel à la conscience collective ou à l’humanisme collectif suscite l’émoi en relatant ces choses qui déplaisent et dont on aimerait se défaire du souvenir. Mais ceci change lorsque l’on use de la poésie pour rendre un vibrant hommage aux lettres, à la nature… Je pense que cette poésie-là, est une poésie de la joie.

    Vous gagnez un voyage littéraire et vous pouvez y aller avec un acteur du livre africain. Qui choisissez-vous ?


    Je choisirai Madame Léonora MIANO parce que, au cours du voyage, je lui demanderai quelques astuces pour une carrière d’écrivaine si épicée de succès.

    Merci et bon vent, Sara TIMB.

    Linelitt’