Catégorie : BD

  • FESTI KITOKO BD ET LIVRE : Al’ Mata souhaite raconter l’Afrique, transmettre et faire naître des vocations

    Au-delà de la célébration de la BD et du livre, le FESTI KITOKO se veut un espace de transmission. Son ambition : faire connaître les créateurs africains, encourager les jeunes à lire et à créer, et montrer que la bande dessinée peut raconter l’histoire, les réalités et les imaginaires du continent. Un engagement que son promoteur, Al’ Mata, souhaite inscrire dans la durée.


    Al’ Mata, pouvez-vous nous parler de vous et de vos travaux ?

    Je n’aime pas trop parler de moi, je préfère laisser parler mes travaux. Je suis auteur et dessinateur de bande dessinée, engagé depuis plusieurs années dans la promotion de la BD africaine. Parmi mes travaux, je peux notamment citer la trilogie consacrée à Alphonse Madiba, dit Daudet, qui occupe une place importante dans mon parcours., néanmoins, je collabore aussi avec des éditions tels que Bayard presse,
    Hachette…

    La bande dessinée « africaine » a une histoire souvent méconnue, parfois réduite à quelques grands noms et à quelques œuvres emblématiques. Où commence réellement cette histoire, et quelles sont les grandes étapes qui ont façonné son évolution jusqu’à aujourd’hui ?

    Réduite à quelques grands noms… C’est évident, ces noms sont comme la lumière, le porte-étendard qui donne une visibilité à ce à quoi beaucoup semble ne pas vouloir prêter attention. Et derrière cette lumière, il y a toute une histoire, bien sûr, qu’il ne faudra cependant pas prendre de manière globale. Il y a des spécificités selon chaque pays, l’Afrique en comptant cinquante-quatre. Pour ce qui est de mon pays, la République démocratique du Congo, cette histoire a démarré en 1968, avec la création du magazine « Jeune pour Jeunes » dédié exclusivement à la bande dessinée. Cela a été le déclic qui a stimulé beaucoup de dessinateurs par la suite, depuis ces années-là jusqu’à la génération actuelle. Les thèmes exploités sont variés et touchent tous les domaines de la vie. Un bémol tout de même. Quand on évoque le terme « bande dessinée africaine », je me vois un peu perdu. S’agit-il de la bande dessinée réalisée par un dessinateur issu de l’Afrique ou de celle faite sur un thème qui concerne exclusivement l’Afrique ? Pour le second cas, n’importe quel dessinateur de n’importe quelle nationalité peut le faire. Pour le premier, n’importe quel dessinateur du continent peut hériter d’un scénario écrit par quelqu’un d’une nationalité autre que celle émanant de l’Afrique. Et encore, qu’est-ce qu’un dessinateur africain ? Ce terme est vide et fait d’un dessinateur présenté comme tel un apatride, l’Afrique n’étant pas un pays mais, un continent !

    Pendant longtemps, l’Afrique a été dessinée par le regard des autres, avec des représentations parfois caricaturales, folklorisantes ou profondément éloignées des réalités vécues. D’après vous, à quel moment les auteurs africains ont-ils véritablement commencé à reprendre possession de leur propre image et de leurs récits ?

    Il nous arrive de regarder dans la même direction sans forcément voir la ou les mêmes choses ou observer les mêmes détails sur un objet donné. Cela est pareil avec l’interprétation. Chacun y va selon son humeur, ses convictions ou son caractère. D’autant plus que chaque société nourrit des préjugés -exprimés ou pas – sur une autre. Dès lors, faut-il se positionner en revanchard ou en correcteur forcené pour voir bien aller les choses ? Ma réponse est non. On devra plutôt s’exprimer naturellement, selon son inspiration, en se gardant de déformer gratuitement les faits, pour une raison ou une autre. Mais, cela n’empêche pas toute fois une lecture humoristique des mêmes faits.

    La BD n’est-elle pas, au fond, un formidable outil de mémoire ? Que peut raconter une case, une planche ou un album sur l’histoire, les traumatismes, les traditions et les transformations de nos sociétés que les discours historiques ne parviennent pas toujours à transmettre ?

    Une fois encore, il est question de la thématique choisie. Pour le reste, cela dépendra de la subtilité de l’artiste pour convaincre, faire passer un message ou non.

    Entre héritage oral, littérature, cinéma, arts graphiques et cultures populaires, quelles sont aujourd’hui les principales sources d’inspiration de la bande dessinée africaine ? Et qu’est-ce qui fait sa singularité face aux grandes traditions francobelge, américaine ou japonaise ?

    La différence, c’est en chacun de nous, dans sa manière de voir les choses. Un Européen qui débarque en Afrique verra, à sa façon, ce que nous vivons et banalisons au quotidien et inversement. Cette lecture est influencée naturellement par la culture de base d’un chacun.

    La bande dessinée africaine souffre encore d’un paradoxe : elle regorge de talents, mais peine parfois à trouver des éditeurs, des financements, des réseaux de diffusion et surtout un lectorat suffisamment large. Pourquoi cette difficulté persiste-t-elle ?

    Il y a plusieurs pistes à explorer pour répondre à cette question. Un gros travail de lobbying en amont, une organisation efficace qui appelle un gros budget, un calendrier strict et évidemment, des hommes derrière tout ceci. Des hommes bien « musclés ». Editeurs, financements, réseaux de diffusion, etc. demande des bras musclés, avec des personnes armées de beaucoup de volonté et de détermination. Des personnes qui y croient, comme pour relever un défi, atteindre un ou des objectifs et pérenniser la chose. Ce qui ne fait pas défaut dans le paysage. Mais, il faut faire le premier pas.

    À l’heure du numérique, des réseaux sociaux, du webtoon, de l’intelligence artificielle et de la consommation accélérée des images, la bande dessinée traditionnelle est-elle menacée ou, au contraire, en train de trouver de nouveaux territoires pour se réinventer ?

    Le webtoon, l’intelligence artificielle, etc. sont autant de créneaux qui fonctionnent selon leurs spécificités et je ne pense pas que l’un puisse empiéter sur les autres. Au contraire, ils vont cohabiter et subsister, chacun restant sur sa bande. Et encore, ce ne sont pas tous les artistes qui sont appelés à verser dans cette nouvelle façon de faire. Cela dépendra du feeling d’un chacun.

    Aujourd’hui, les jeunes auteurs africains dessinent-ils encore l’Afrique telle qu’ils la voient, ou commencent-ils à inventer des futurs africains – science-fiction, fantasy, dystopies, récits fantastiques – capables de sortir des représentations habituelles du continent ?

    Ici, il s’agit une fois encore du feeling, tout le monde ne devant pas forcément faire la même chose.

    Dans quelle mesure la circulation internationale des œuvres et des créateurs peut-elle contribuer à faire sortir la BD africaine de la marginalité, sans pour autant la contraindre à répondre aux attentes esthétiques ou commerciales des marchés étrangers ?

    Selon moi, le secret réside dans la réalisation des oeuvres originales, qui ne souffrent d’aucun complexe par rapport à ce qui existe déjà de part le monde. Bien entendu, la qualité doit suivre sur tous les plans : graphique, scénaristique et même de la présentation du produit.

    Et justement, pour le mois de septembre, vous organisez la troisième édition du FESTI KITOKO BD et LIVRE. Qu’est-ce qui a changé depuis les premières éditions ? Quels enseignements en avez-vous tirés et quelle histoire souhaitez-vous désormais inscrire dans la durée ?

    Lors de la première et de la deuxième édition, le festival s’appelait simplement « Festi Kitoko BD ». Pour cette troisième édition, nous avons ajouté le Livre, d’où le nouveau nom « Festi Kitoko BD et Livre ». L’idée est de créer un véritable dialogue entre la bande dessinée et la littérature, en réunissant dessinateurs, scénaristes et écrivains autour d’une même passion : raconter des histoires. Les premières éditions nous ont appris qu’il fallait davantage créer des rencontres entre les créateurs et le public, mais aussi entre les différents acteurs du livre. Pour la suite, nous souhaitons inscrire le festival dans la durée et en faire un rendez-vous culturel où les histoires, les auteurs et les talents africains et d’ailleurs peuvent continuer à se rencontrer et à se transmettre.

    Pourquoi était-il important de créer un festival consacré à la BD et au livre, et particulièrement de lui donner une dimension qui permette de faire dialoguer auteurs, lecteurs, illustrateurs, éditeurs et professionnels du secteur ?

    Créer un festival consacré à la bande dessinée et au livre était important parce que la BD est à la fois un art, un moyen d’expression et un formidable outil de transmission. Elle permet de raconter des histoires, de faire réfléchir, de divertir, mais aussi de faire découvrir des cultures et des réalités parfois peu représentées.
    Nous voulions surtout créer un espace où les différents acteurs du livre puissent se rencontrer. Un auteur ne doit pas être isolé dans son travail : il a besoin de rencontrer ses lecteurs, d’échanger avec d’autres créateurs, de dialoguer avec les éditeurs et de comprendre les réalités du secteur. De la même manière, le lecteur doit pouvoir découvrir les coulisses de la création et échanger directement avec ceux qui fabriquent les livres qu’il lit.

    Organiser un festival culturel est aussi une aventure faite d’obstacles : financement, mobilisation du public, visibilité, logistique, disponibilité des auteurs, pérennité du projet… Quelles sont les difficultés les plus ardues à surmonter pour le FESTI KITOKO, celles dont le public ne soupçonne généralement pas l’existence ?

    La difficulté principale reste le financement. Organiser un festival demande beaucoup de moyens, alors que les ressources restent limitées. Il faut aussi mobiliser les auteurs, assurer leur déplacement et leur hébergement, communiquer suffisamment et gérer toute la logistique. Le public voit surtout le résultat final, mais derrière deux jours de festival, il y a des mois de travail et beaucoup de sacrifice.

    Cette troisième édition, prévue les 25 et 26 septembre 2026 à la Maison de la Vie Associative et Citoyenne de Grenoble, annonce des tables rondes, une exposition et des dédicaces. Qu’attendez-vous précisément de cette édition que les précédentes n’ont pas encore permis d’accomplir ?

    J’aimerais que cette troisième édition franchisse un nouveau cap en matière de visibilité et de participation. Nous voulons toucher davantage de lecteurs, notamment les jeunes, mais aussi renforcer les échanges entre créateurs africains et européens. J’espère également que cette édition permettra de donner au FESTI KITOKO une véritable place dans le paysage culturel grenoblois.

    Au-delà de la célébration de la bande dessinée, quel rôle le FESTI KITOKO veut-il jouer dans la transmission : transmettre le goût de lire, susciter des vocations, faire connaître les créateurs africains, créer des passerelles entre les générations et les cultures ?

    Le FESTI KITOKO veut être un espace de transmission et de rencontre. Nous voulons donner aux jeunes le goût de lire et de créer, faire découvrir les auteurs africains et montrer que la BD est aussi un formidable outil pour raconter notre histoire et nos réalités. C’est également une manière de créer un dialogue entre les générations et les cultures.

    Si vous deviez demander à un jeune qui rêve aujourd’hui de devenir auteur de BD de ne pas renoncer malgré les difficultés du métier, que lui diriez-vous ? Et que faudrait-il changer, collectivement, pour que son talent ne soit pas condamné à rester dans les marges ?

    Je lui dirais de croire en son talent et surtout de ne pas abandonner. Les difficultés font partie du parcours, mais il faut continuer à apprendre, à créer et à montrer son travail. Collectivement, nous devons créer davantage de structures d’accompagnement, de formations, de festivals et surtout de véritables débouchés pour permettre aux jeunes auteurs de vivre de leur art.

    Au moment où s’ouvre cette troisième édition, quelle trace aimeriez-vous que le FESTI KITOKO laisse dans l’histoire de la bande dessinée africaine ?

    J’aimerais que le FESTI KITOKO soit retenu comme un festival qui a contribué à faire connaître et reconnaître les talents africains. Mais surtout, qu’il ait participé à créer des vocations et à montrer que la bande dessinée africaine a toute sa place dans le paysage culturel international.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • Coriane Sama ou l’éducation citoyenne comme acte de transformation sociale


    Coriane Sama défend une vision profondément éducative de la culture. Fondatrice des Ateliers Patriotes Citoyens, elle revient sur son parcours, les défis de la transmission dans une société hyperconnectée et son ambition de former, dès le bas âge, une génération plus responsable, consciente et engagée pour le Cameroun et l’Afrique.


    Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place.


    Votre parcours mêle droit public, entrepreneuriat social, médiation du livre et engagement citoyen. À quel moment avez-vous compris que la culture pouvait devenir un véritable outil de transformation sociale au Cameroun

    J’ai étudié à l’Université de Yaoundé II-Soa, où j’ai été pendant plusieurs années chargée des affaires culturelles dans ma cité universitaire. À cette période, j’ai observé quelque chose de très fort : malgré les différences sociales, culturelles ou même la dizaines de nationalités, les moments où les étudiants se retrouvaient réellement unis étaient souvent les activités culturelles. C’est là que j’ai compris que la culture dépasse le divertissement : elle crée du lien, transmet des valeurs et construit une identité collective. Plus tard, en devenant auteure et médiatrice du livre, j’ai réalisé que toute civilisation se construit aussi par les récits qu’elle produit et transmet. Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place. Notre engagement dans la distribution numérique des œuvres camerounaises et africaines nous a ensuite naturellement conduits vers l’éducation citoyenne, la lecture et l’écriture chez les plus jeunes. Patriote dans l’ame, c’est finalement sur le terrain de la citoyenneté que tout s’est rejoint. Parce que nous croyons profondément à une chose : former le citoyen commence dès le bas âge.

    Les Ateliers Patriotes Citoyens revendiquent une approche où littérature, civisme et action de terrain se croisent. Comment parvenez-vous à transformer des concepts souvent théoriques — citoyenneté, morale civique, responsabilité collective — en expériences concrètes pour les jeunes ?

    D’abord, il faut savoir que c’est un cadre d’apprentissage en dehors du cadre scolaire. Les enfants n’ont absolument pas l’impression d’être en cours ou la pression des devoirs. À travers des séances de coaching et mentoring, des acteurs de la société civile les entretiennent et transmettent l’engagement, la responsabilité et l’amour de la patrie. Toute chose qui, associée aux enseignements des parents et de l’école, nourri d’avantage leur créativité. C’est avec leurs langages, et leurs yeux d’enfants finalement, qu’ils racontent la citoyenneté, devenant ainsi les auteurs et Ambassadeurs des valeurs essentielles.

    Vous le savez, ce qui sort de nous, est en nous et le reste. Nos enfants sont très éveillés, ils voient et comprennent tout. Le moindre commentaire. Le moindre fait social. Et leur esprit traite c’est informations sans contrôle. C’est là tout l’intérêt des Ateliers Patriotes Citoyens, qui canalisent et re- contextualisent.

    Le FOJIF 2026 vous a décerné un Prix de l’Innovation Sociale. Selon vous, qu’est-ce qui distingue réellement une initiative sociale innovante d’un simple projet associatif de sensibilisation ?

    Ce qui distingue une initiative sociale innovante, ce n’est pas seulement l’intention de sensibiliser, mais sa capacité à produire un véritable impact collectif, mesurable et durable. D’ailleurs, l’impact social faisait partie des critères majeurs d’évaluation du FOJIF 2026. Pendant le concours, plusieurs participants ont affirmé connaître déjà Les Ateliers Patriotes Citoyens ou avoir été touchés par nos campagnes, alors même qu’ils découvraient ma personne pour la première fois. Cela montre que le programme existe au-delà de son initiatrice.

    Les Ateliers Patriotes Citoyens ne se limitent donc pas à une action associative ponctuelle. C’est un programme national d’éducation civique et morale qui mobilise parents, formateurs, institutions, administrations et société civile autour d’un objectif commun : contribuer à construire une citoyenneté plus responsable, plus pudique et plus engagée.

    Vous affirmez vouloir « former les citoyens dès le bas âge ». Dans un contexte marqué par les crises de valeurs, quelles sont aujourd’hui les urgences éducatives et morales que les institutions culturelles ne peuvent plus ignorer ?

    L’impact des contenus sur les enfants est aujourd’hui immense. Lorsque l’impudicité, l’alcool ou les stupéfiants deviennent banalisés, répétés et constamment visibles, ils finissent par paraître normaux aux yeux des plus jeunes. Même lorsqu’on pense dénoncer certaines dérives, leur omniprésence crée une forme d’habituation collective. L’une des grandes urgences éducatives est donc de rééquilibrer les récits : parler davantage de responsabilité, de dignité, de discipline, de patriotisme et d’engagement citoyen avec la même intensité que les dérives occupent l’espace public et numérique. Je le dis souvent : le mal triomphe aussi lorsque les personnes de bien cessent de transmettre, d’encadrer et de parler.

    Vos projets touchent à la fois les espaces physiques et le numérique, avec plus de huit millions de personnes atteintes selon vos données. Comment préserver la profondeur du message citoyen dans un environnement digital dominé par l’instantanéité et le divertissement ?

    Eh bien, par la même instantanéité. Nous pensons justement que le message citoyen doit apprendre à utiliser les codes du digital sans perdre sa profondeur. Cela passe par la réactivité, l’adaptation du ton et une communication capable de parler aux jeunes avec leurs propres usages. En parcourant les plateformes des Ateliers Patriotes Citoyens, vous verrez que nous abordons les faits d’actualité sous un angle éducatif et préventif, avec une vraie réactivité.

    L’énergie souvent utilisée pour propager les buzz peut aussi servir à propager des valeurs, des réflexions et des prises de conscience.

    Par exemple, lorsque le Cameroun était marqué par les infanticides et féminicides, nous avons choisi d’aller au-delà du simple partage d’images choquantes. Nous avons organisé des webinaires citoyens pour libérer la parole des parents et des professionnels, sensibiliser et transmettre des outils de prévention. Nous croyons profondément que le digital peut être un espace d’éducation, d’engagement et de transmission, pas uniquement de divertissement.

    En tant que médiatrice du livre et promotrice culturelle, observez-vous une évolution du rapport des jeunes Camerounais à la lecture ? Confirmez-vous que la littérature a encore le pouvoir de façonner des consciences dans une société hyperconnectée ?

    Oui, sans hésitation ! Les enfants mis en contact avec l’univers littéraire s’y déploient comme des poissons dans l’eau. Et je ne le dis pas uniquement dans le cadre des Ateliers Patriotes Citoyens. Des maisons d’éditions telles que Éclosion ou Adinkra jeunesse, concentrent l’essentiel de leur production aux jeunes et enfants. Et ces derniers en redemandent. Lors du FOJIF, justement, le stand des Éditions LUPPEPO etait pris d’assaut par les enfants. Dans notre cas, se sont les participants de la première édition qui ont eux-mêmes rédigé le Livre TOUS CITOYENS, la bande dessinée de la citoyenneté éditée par NMI EDUCATION. Alors, oui, le pouvoir de la LITTÉRATURE est intemporel et incontestable.

    Il suffit de montrer la voix à nos petits. Le « Stand de la Citoyenneté » et les programmes d’éducation civique proposés aux enfants traduisent une volonté de réinventer la transmission.

    Pensez-vous que les politiques publiques accordent suffisamment de place à la culture comme levier d’éducation nationale ?

    Je pense que la culture et les acteurs culturels doivent continuer de faire leur part. Continuer de s’investir dans la transmission. C’est un sacerdoce. Il est souvent ingrat, mais tellement primordial. C’est cette hyperactivité seule, qui peut influencer ou attirer davantage l’attention des pouvoirs publiques. Si tout le monde continu d’entendre par « Culture », divertissement, il sera difficile d’en faire un pilier d’éducation. Les Arts littéraires devraient être au premier rang de l’Éducation collective et pour cela, nous, les acteurs, devons occuper l’espace. C’est en cours, il y a plus d’événements, plus d’initiatives. Le plaidoyer se poursuit.

    Votre communication publique associe souvent esthétique, élégance visuelle et discours engagé. Pour vous, l’image et la mise en scène sont-elles devenues des instruments stratégiques de mobilisation culturelle et citoyenne ?

    Marketing is everything !

    En tant que formatrice en Marketing et communication, disons que le branding s’impose comme une sorte de déformation professionnelle. Avant de vous lire ou de vous écouter, on vous voit, vous. On voit votre contenu.

    Sur le visuel de sensibilisation, avant de lire « FORMER LE CITOYEN DÈS LE BAS ÂGE », on voit d’abord la couleur et la police du texte ; on voit qu’il est en GRAS. Le cerveau retient que c’est important, c’est prioritaire.

    Une image d’enfant à côté informe déjà que l’affiche parle d’enfants, avant même de lire « inscriptions ouvertes ». Chaque détail compte, surtout lorsqu’on a pour objectif d’encadrer trois fois plus d’enfants (120, pour être exacte).

    Derrière la reconnaissance institutionnelle et médiatique, quels obstacles invisibles rencontre une femme qui porte des projets culturels et éducatifs d’envergure au Cameroun et dans l’espace panafricain ?

    Le simple fait d’être une femme en lui seul, souvent, se présente comme un obstacle. Être une « jeune » femme encore plus ! On vous demande ouvertement si vous n’avez pas un commerce pour vous occuper, si vous souhaitez être Influenceuse ou si vous voulez « prendre un verre » !

    Nous avons l’honneur de porter un programme Citoyen et d’y être profondément attaché. Le combat est plus important et touche chacun de nous. Je dois cependant avouer que le soutien des parents qui, aujourd’hui, sont nos premiers partenaires, est une force vitale pour ce programme. La femme qui le porte est parée !

    À l’aube de la deuxième édition des Vacances Civisme, quelle trace souhaitez-vous laisser dans la mémoire collective : celle d’une promotrice culturelle, d’une éducatrice citoyenne ou d’une bâtisseuse d’une nouvelle conscience africaine ?

    Sincèrement, tous ces profils correspondent à mon engagement. Mais au dela tout, retenez de moi, une jeune femme qui a cessé de voir le monde avec les mêmes yeux depuis qu’elle est devenue maman ; une aînée qui souhaite accompagner ses cadets dans leurs propres construction ; une Patriote, qui reconnaît son « sang camerounais » et souhaite transmettre cette amour.

    La société c’est nous ! Pour quelle soit meilleure, même un tout petit peu, nous devons tous faire un effort personnel avant d’attendre des autres. J’espère contribuer à changer l’image qu’on a des jeunes et qu’ils ont d’eux-mêmes. Avec les équipes, nous ne comptons pas arrêter de travailler.

    Vos programmes « Vacances Patriotes & Citoyennes » ciblent des enfants et adolescents de 7 à 19 ans. Comment adapter un même projet pédagogique à des réalités psychologiques, sociales et générationnelles aussi différentes ?

    Nous adaptons le programme par tranches d’âge, avec des contenus, méthodes et niveaux d’encadrement différents. Les plus jeunes travaillent les bases du civisme et du comportement, tandis que les adolescents abordent leadership, responsabilité et expression citoyenne. Tous évoluent autour d’un socle commun : morale, patriotisme, discipline et construction d’une citoyenneté responsable.

    À travers Les Ateliers Pratiques, le coaching civique, les activités sportives et l’éducation morale, vous semblez défendre une conception globale de la formation citoyenne. Pensez-vous que l’école classique camerounaise laisse aujourd’hui suffisamment de place à l’apprentissage du vivre-ensemble et de l’engagement civique ?

    Nous ne prétendons pas réinventer l’éducation citoyenne ; nous venons l’accompagner et l’adapter aux réalités actuelles. L’école camerounaise transmet déjà des valeurs importantes, mais les mutations sociales, numériques et comportementales imposent des approches plus pratiques, interactives et proches du vécu des jeunes, pour renforcer durablement le vivre-ensemble et l’engagement civique.

    Les images de vos campagnes mettent en avant des enfants souriants, une esthétique patriotique forte et un discours d’utilité sociale. Dans quelle mesure la communication visuelle est-elle devenue, pour vous, un prolongement du projet éducatif et citoyen porté par Les Ateliers Patriotes Citoyens ?

    Je suis ravie que vous évoquiez l’esthétique, parce qu’elle traduit avant tout une réalité humaine. Les sourires que nous montrons sont sincères, les enfants vivent réellement ces moments avec enthousiasme. Oui, nous assumons une esthétique patriotique forte, parce qu’il y a aussi de la beauté dans les valeurs, dans l’engagement et dans l’amour de la patrie. Mais le visuel n’est jamais là pour masquer les dérives ou les difficultés de notre société. Au contraire, nos campagnes cherchent à sensibiliser, prévenir et transmettre, avec des codes adaptés à l’univers des enfants et des jeunes. Le visuel attire, mais seul le fond fidélise et transforme durablement.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO


  • Les 5 questions posées à Uriel TSOB, artiste camerounais

    11 ans et déjà auteur, illustrateur, peintre. Félicitations ! Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire  »Tout ça pour quelques bonbons » ?

    Un jour, j’ai dessiné une scène et un de mes enseignants d’arts, Mr Benoit, m’a suggeré de faire un livre. Je lui ai repondu que ce n’était pas une mauvaise idée. Et c’est comme ça que «Tout ça pour quelques bonbons» est né.

    Existe-t-il un.e auteur.e que vous admirez ?

    Eric Carle qui a écrit «The Very Hungry Caterpillar» et «Slowly, slowly, slowly said the slot». C’est un grand auteur americain. J’aime aussi bien George Orwell, un auteur anglais, qui a écrit «Animal farm».

    Que préférez-vous : lire, écrire, dessiner ? Ou les trois ?

    Je préfère dessiner parce que cela m’aide à m’exprimer. Ecrire me fait aussi du bien et me permet de transmettre des morales.

    Avez-vous d’autres projets de livres pour bientôt ?

    Oui. Je préfère garder la surprise (grand sourire).

    Quel est votre mot pour les enfants du monde entier ?

    N’abandonnez pas quand vous avez en tête de réaliser quelque chose, même si les gens ne sont pas toujours d’accord avec vous.
    Soyez aussi malins et intelligents face aux obstacles.

    Linelitt’ et les arts



    Espace PUB’

    ACOLITT est basée au Cameroun et est partisane de la littérature dynamique, pour que la littérature au Cameroun et en Afrique soit une éternelle lumière.



  • SALON DU LIVRE AFRICAIN POUR ENFANTS DE YAOUNDÉ (SALAFEY), édition 1


    Le Salon du Livre Africain pour Enfants de Yaoundé (SALAFEY) se précise de plus en plus.

    L’une des activités de ce salon étant la mise sur pied d’un concours, l’équipe de coachs et des encadreurs ont joint leurs bras pour la formation des candidats aux concours de dessin, lecture et écriture. Cette initiative s’est dessinée à la bibliothèque jeunesse de l’Institut Goethe du Cameroun, à Yaoundé.

    Pour immortaliser ces instants, l’équipe Linelitt’ et les arts a recueilli les sentiments des coachs et encadreurs après les ateliers avec les enfants. Disponible dans ces vidéos et à consommer sans modération.

    PARTIE 1
    PARTIE 2

    Pour rappel, le Salon du Livre Africain pour Enfants de Yaoundé (SALAFEY) se tiendra du 16 au 18 décembre 2022 de 9h à 18h, au musée national et à la Fondation Tandeng Muna. Plusieurs activités sont prévues pour meubler ces trois jours. L’accès au village du SALAFEY sera totalement gratuit.

    Parents, responsables d’établissements scolaires ou autres institutions, n’hésitez pas à vivre ces moments avec les enfants.

    Vous avez encore la possibilité d’être le sponsor d’un des prix qui seront remis ce 18 décembre 2022 aux lauréats.



    Linelitt’et les arts

  • Les 5 questions posées à OBYC, illustrateur et auteur de bandes dessinées camerounais.



    Bonjour. Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs?

    Bonjour à toutes et à tous. Je m’appelle OFFONO BELLA Yannick Cyrille mais mon nom de plume est OBYC, illustrateur et auteur de bandes dessinées.

    Votre domaine d’exercice est la Bande dessinée. Racontez-nous votre histoire d’amour avec cette branche des arts.

    Mon intérêt pour la bande dessinées a commerce en 2009, j’étais en classe de CM2. Déja passionné par les dessins animés à l’époque, un camarade de classe est arrivé un beau matin avec une bande dessinée réalisée par lui. Après lecture de celle-ci, je fus conquis par son travail, et le week-end qui suivit, j’entrepris la création de ma première bande dessinée dont le nom me revient encore “FRÈRE CONTRE FRÈRE”. Je l’ai dessinée jusqu’en classe de cinquième. En 2011. Malheureusement, j’ai perdu les dessins de cette bande dessinée.

    Cette même année, j’avais aussi dessiné une BD intitulée “ROBOT NUL”. Mon inspiration à cette période était principalement “DRAGON BALL”, “DRAGON BALL Z” et “DRAGON BALL GT” de Akira TORIYAMA, qui axait mes histoires plus sur le combat. Le déclic se produisit en 2013, en classe de troisième, quand la chaîne de télévision Manga diffusa pour la première fois l’anime “CODE GEASS”, réalisation du studio CLAMP.
    Après deux saisons et 50 épisodes, CODE GEASS m’a fait découvrir un autre univers, par le travail et la profondeur de son scenario, la psychologie de ses personnages si louables et attachants, des idéologies auxquelles qu’on serait prêt à defendre, car on s’y retrouve tous d’une certaine manière; le tout dans un environnement vivant et captivant mais aussi stressant, car tout pouvait y arriver en bien comme en mal. Dès lors, je me suis remis au travail, non seulement pour travailler mon dessin mais aussi mon scénario.

    En 2014, alors que j’étais en classe de seconde C, j’ai fait la rencontre de mon partenaire de dessin et grand ami ASSONNA NGUIMGO Jean René, année qui verra germé de mon esprit une histoire que j’avais alors intitulée “EURAPHONE”. Cette BD racontait l’histoire «des Hommes qui avaient reçu divers pouvoirs d’un séraphin s’étant sacrifié pour les sauver d’un démon». J’y ai travaillé jusqu’en classe de terminale en 2016 où après mon Bac, Jean René et moi avons pris la décision de créer un collectif d’auteurs : BDSTARS 237.

    En décembre 2016, je m’étais rendu pour la première fois au  »Mboa BD Festival ». J’ai montré mon travail à de grands noms de la BD au Cameroun. Je me suis fait violement refoulé. De retour chez moi, totalement déprimé, je me suis remis au travail pour parfaire mon dessin. Cette décision a été un vrai parcours du combattant, car subissant les pressions familiales.

    En 2017, mon travail sur mon dessin continua, et pour satisfaire ma famille, un accord a été  »signé » : «Peu importe l’école où vous me mettrez, peu importe la formation que je devrai faire, je vous assure que je vous apporterai le diplôme ou la certification. En échange, laissez-moi dessiner autant que je le désire.» Et c’est ainsi que j’ai intégré l’institut universitaire Siantou en cycle BTS, travaux publics. La première année, j’ai mis sur pied un projet de BD dont je suis fier encore aujourd’hui : « LES APPRENTIS DE LA MORT » issu de mon précèdent projet « EURAPHONE », et qui donna naissance aussi à mon œuvre principale « NDULU ».


    En 2019, « WA MANON » vit le jour. Elle met en scène une mythologie de mon invention. Et en 2020, les premières planches revisitées de « NDULU » virent le jour. En 2021, je commence le projet le plus ambitieux que j’ai initié, avec l’aide d’une amie dessinatrice du nom de MISREL. Il est assez long et foisonnant de personnages haut en couleur, mélangeant mythologie BETI, récit biblique et même faits historiques. C’est un projet que j’avais premièrement nommé «LE ROI ETERNEL» puis «l’EMPEREUR ETERNEL» après relecture de l’histoire.

    En 2022, après de nombreux conseils, j’ai pris la décision de segmenter mon œuvre principale «NDULU», car elle-même est assez long, et le premier de ses segments est l’histoire que je dessine actuellement. Elle a pour nom «NDULU : LA SEPTIEME PERLE», puis suivra «NDULU : LES GLORIEUX», «NDULU : LES TRESORS DE L’ESCLAVAGE» et enfin «NDULU» .

    Vous faites partie du collectif BDSTARS 237. Comment fonctionne-t-il et quelles sont vos productions à ce jour ?

    Le collectif BDSTARS 237 rassemble des auteurs avant tout passionnés par le 9e art, car sans cette passion, il nous est impossible de surmonter les obstacles auxquels nous sommes amenés à faire face. BDSTARS 237 perçoit des cotisations de ses auteurs et tout auteur qui nous présentera des projets que nous jugerons potables après étude, et dès lors, nous pourrons envisager un format physique.

    Parmi nos productions, nous pouvons citer :
    ✓ «MAGICAL WORLD» par ASSONNA NGUIMGO Jean René à 1000FCFA ;

    ✓ «ANITA» par ASSONNA NGUIMGO Jean René à 1000 FCFA; 

    ✓ «LA MARMITONE» par ASSONNA NGUIMGO Jean René à 1000 FCFA;

    ✓ «MBAK ET YEBA» par ASSONNA NGUIMGO Jean René à 1000 FCFA;

    ✓ «NDULU : LA SEPTIEME PERLE » par OBYC à 1300 FCFA;


    Quand on sait qu’illustrer un livre, et en couleur de surcroît, au Cameroun, n’est pas chose aisée, atteignez-vous vos objectifs financiers en proposant les vôtres à de tels prix?

    Il faut d’abord comprendre que la BD ne bénéficie pas de la même communication que la musique, le cinéma, la littérature ou d’autres formes d’arts, car la BD, pour certains, c’est pour les enfants; très souvent, on n’en voit pas l’intérêt. Bien sûr, certains apprécient l’initiative et sont même de grands adeptes de la BD. BDSTARS 237 a été créé avec un but premier de vulgarisation de cet art. Pour rentrer dans nos frais, nous n’hésitons pas à communiquer auprès des jeunes, des adultes et même auprès des établissements scolaires – c’est généralement ces derniers qui constituent notre clientèle vu que les prix sont abordables.

    Quelles sont pour vous les 05 caractéristiques principales d’une bonne BD ?

    Aucun travail n’est facile; encore plus celui d’un auteur, car même si l’on a une idée générale, il faudra encore la développer, choisir le contexte, des thématiques à traiter, des sujets à aborder, le genre à utiliser, la création des personnages, établir les liens avec les personnages, décrire les origines de tous les personnages passés, présents et à venir. Et connaitre tout de ses personnages jusqu’à leur avenir revient à devenir le dieu de son univers. Pour une bonne BD, l’auteur doit tenir compte de ces paramètres scénaristiques primaires. Une bonne BD c’est d’abord:

    – La qualité du scenario;
    – Les sujets et thématiques exploités;
    – La beauté et qualité du dessin (pas obligatoire), car l’art c’est avant tout la variété et la diversité, à mon humble avis;
    – La profondeur et la psychologie des personnages;
    – Et enfin, l’originalité qui est propre à chaque BD.


    Contacts et points vente : Yaoundé (Cameroun) : Terminus Mimboman (en face de l’hôtel); nouvelle route nkoabang, entrée OPEP (après Auberge lune bleue) Contacts utiles: +237698056816, +237696640922, +237650047822



    Linelitt’ et les arts