Le mercredi 03 juin 2026, la salle du GECAM à Douala-Bonanjo a servi de cadre à la présentation officielle et à la séance de dédicace de Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié, premier ouvrage de Jean Grégoire KENGNE TETA, publié en mai 2026 par les Éditions KADEÏ.
Cette rencontre littéraire, qui a réuni un public composé de personnalités du monde académique, de professionnels, d’acteurs culturels, de proches de l’auteur et de passionnés de lecture, a permis de mettre en lumière une œuvre autobiographique de 132 pages consacrée aux enjeux de la succession familiale, du leadership communautaire et de la transmission des valeurs.
Tout au long de la cérémonie, les différents intervenants ont souligné la pertinence des réflexions développées dans l’ouvrage. Préfacier du livre, le Pr Alaka Alaka a mis en exergue la portée sociale et culturelle du texte, tandis que Joseph Tchindjo a proposé une lecture analytique mettant en relief la richesse des thématiques abordées. La rencontre, animée avec professionnalisme par Clarence Yongo, a également été marquée par la participation du Père André Marie Kengne, dont l’intervention a apporté un éclairage humain et spirituel sur les questions de responsabilité, de transmission et de cohésion familiale.
À travers Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié, Jean Grégoire KENGNE TETA livre un témoignage sincère inspiré de son propre vécu. L’auteur y aborde des problématiques qui touchent de nombreuses familles africaines confrontées à la gestion de l’héritage et à la désignation d’un successeur après la disparition d’un chef de famille.
L’ouvrage s’articule autour de plusieurs thèmes majeurs : la tradition et l’héritage, qui interrogent la transmission des valeurs et des coutumes ; la modernité et ses défis, qui confrontent les aspirations individuelles aux exigences sociales ; l’identité et le destin, au cœur de la quête personnelle de l’auteur ; la famille et le sacrifice, qui rappellent les responsabilités liées à la préservation de l’unité familiale ; ainsi que les épreuves et la résilience, qui montrent comment les difficultés peuvent devenir des opportunités de reconstruction et de croissance.
Au-delà de son caractère autobiographique, ce livre ouvre une réflexion plus large sur les mécanismes de succession, les tensions qu’ils peuvent engendrer et les voies possibles pour bâtir des relations familiales plus harmonieuses. Les échanges avec le public ont d’ailleurs démontré l’intérêt suscité par ces questions, tant elles résonnent avec les réalités contemporaines de nombreuses communautés.
La présentation officielle s’est achevée par une séance de dédicace chaleureuse au cours de laquelle l’auteur a pu rencontrer ses lecteurs, échanger avec eux et partager les motivations qui l’ont conduit à écrire cet ouvrage.
Avec cette publication, les Éditions KADEÏ confirment leur engagement en faveur de la promotion d’une littérature porteuse de réflexion, de mémoire et de dialogue. Quant à Jean Grégoire KENGNE TETA, il signe avec Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié une œuvre qui s’impose déjà comme une contribution significative aux débats sur l’héritage, la responsabilité et l’avenir des familles africaines.
Le vendredi 19 juin 2026, la Préfecture de Bandjoun a servi de cadre à la cérémonie de présentation-dédicace de l’ouvrage Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié, une autobiographie signée de l’auteur camerounais Jean Grégoire KENGNE TETA, préfacée par le Pr Alaka Alaka et publiée par les Éditions Kadeï. Cet événement littéraire a réuni un public diversifié composé de responsables administratifs, d’acteurs culturels, d’amoureux du livre, d’universitaires, de journalistes et de nombreux invités venus témoigner leur soutien à l’auteur.
Dès 15h30, les participants ont commencé à prendre place dans une ambiance conviviale et empreinte de solennité. L’arrivée successive des autorités administratives, notamment celle de Mme le Délégué départemental des Arts et de la Culture du Koung-Khi, de M. le Sous-préfet de Pété-Bandjoun et de M. le Préfet du Koung-Khi, a donné à cette rencontre littéraire un caractère institutionnel fort, traduisant l’intérêt croissant des pouvoirs publics du département pour la promotion du livre et de la culture.
Placée sous la modération du journaliste Walter Bertrand, la cérémonie a officiellement débuté à 16 heures. Après l’exécution de l’hymne national du Cameroun, les différents intervenants ont tour à tour pris la parole, pour mettre en lumière les enjeux et la portée de cette œuvre qui aborde avec sensibilité les questions de succession familiale, de transmission des valeurs et des défis liés à la conciliation entre tradition et modernité.
La note de lecture présentée par M. Gervais Fokam, connu sous le nom de Ta Tadie Kouokam, a permis au public de découvrir les grandes lignes de l’ouvrage. À travers une analyse approfondie, il a souligné la richesse du récit, inspiré de faits réels, ainsi que sa capacité à susciter la réflexion sur les responsabilités liées à l’héritage et sur les sacrifices parfois nécessaires à la préservation de l’équilibre familial.
Très attendu par l’assistance, l’auteur a partagé avec émotion les motivations qui l’ont conduit à écrire Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié. Il a expliqué sa volonté de transmettre une expérience de vie marquante tout en invitant les lecteurs à porter un regard critique sur les réalités de la succession familiale en Afrique. Son témoignage sincère a suscité de nombreuses réactions et donné lieu à un échange riche avec le public, lors de la séance de questions-réponses.
La cérémonie s’est achevée par une séance de dédicaces au cours de laquelle les participants ont pu acquérir l’ouvrage et échanger directement avec l’auteur. Proposé au prix de 10.000 FCFA, « LE SUCCESSEUR : Yambong ou Fils sacrifié » a suscité un vif intérêt auprès des futurs lecteurs, séduits par la profondeur des thèmes abordés et la dimension humaine du récit.
Au-delà de la simple présentation d’un ouvrage, cette rencontre a constitué un véritable espace de réflexion sur les valeurs familiales, la transmission, la foi et la cohésion sociale. Elle confirme également le dynamisme du paysage littéraire camerounais et l’engagement des Éditions Kadeï en faveur de la promotion de la lecture et de la valorisation des auteurs africains.
Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié s’articule autour de plusieurs thématiques majeures qui ont été largement mises en lumière au cours des échanges. À travers le prisme de la tradition et de l’héritage, Jean Grégoire Kengne Teta interroge les valeurs ancestrales, les coutumes et les mécanismes de transmission qui structurent encore de nombreuses familles africaines. L’auteur aborde également les défis de la modernité, en mettant en scène les aspirations personnelles, les exigences du monde professionnel et les choix de vie auxquels sont confrontées les nouvelles générations. Entre fidélité aux racines et désir d’émancipation, le récit explore la quête d’identité d’un homme partagé entre son héritage familial et son destin individuel. La question du sacrifice, omniprésente dans l’œuvre, révèle les renoncements et les responsabilités que peut imposer le devoir familial, tout en soulignant la force des liens affectifs. Bien plus, cette autobiographie met en évidence la capacité de résilience face aux épreuves, aux injustices et aux blessures de la vie, en ouvrant une réflexion profonde sur le pardon, la reconstruction de soi et la nécessité de préserver la cohésion sociale.
Dans Le Génie et l’Antégénie, Marius KENNE livre une pensée radicale, traversée par la philosophie, la spiritualité et une critique sans concession des sociétés contemporaines. Entre introspection, dénonciation des discours victimaires et réflexion sur la modernité africaine, cet auteur camerounais revendique une parole de vérité, quitte à déranger. Dans cet entretien dense et frontal, il revient sur son rapport à l’écriture, son héritage nietzschéen et le rôle de l’intellectuel africain aujourd’hui.
La dégénérescence commence lorsque les principes survivent davantage dans le langage que dans les comportements.
Dans Le Génie et l’Antégénie, vous opposez deux forces presque métaphysiques : la création et ce qui l’entrave. Comment définiriez-vous aujourd’hui « l’Antégénie » dans le contexte africain contemporain ?
Je ne crois pas qu’il faille définir l’Antégénie en fonction d’un contexte particulier, qu’il soit africain ou autre. L’Antégénie a une portée universelle. Ce qui varie, ce n’est pas sa définition, mais ses formes d’expression selon les sociétés, les époques et les domaines. Il est la force derrière la décadence et la dégénérescence des valeurs dans le monde. Dans le contexte africain contemporain, il se manifeste dans presque tous les domaines de la vie : la politique, l’éducation, la culture, le sport ou encore les rapports sociaux. Prenons l’exemple du patriotisme. Beaucoup l’assimilent, aujourd’hui, à une simple déclaration d’attachement au pays, à l’affichage d’un symbole ou au soutien d’une équipe nationale. Le patriotisme de paroles, ou si l’on préfère le patriotisme proclamé, est presque toujours un semblant de patriotisme. Le véritable amour de la patrie — la terre de nos pères — se mesure dans les actes et loin des regards, dans le sens du devoir, dans le sacrifice silencieux et dans la volonté de construire quelque chose qui dépasse l’intérêt personnel. Dans le cas d’espèce, il faut voir sa main dans cet écart croissant entre les valeurs affichées et les réalités vécues. Les mots demeurent, mais leur substance s’efface peu à peu. La dégénérescence commence souvent de cette manière, discrètement, lorsque les principes survivent davantage dans le langage que dans les comportements.
Vous affirmez ne pas aimer écrire, mais avoir été « contraint par l’Esprit ». Cette idée donne à votre œuvre une dimension presque prophétique. Écrire relève-t-il chez vous d’une nécessité philosophique, spirituelle ou psychologique ?
Sur le plan personnel, aucune de ces trois nécessités. Écrire relève chez moi plus d’une nécessité physiologique qu’autre chose. Le cœur de ma doctrine, de ma pensée ou de ma philosophie, si j’ose dire, reste le corps. J’ai longtemps refusé d’écrire alors que pour mes proches, cela semblait être une évidence. Pourquoi parlé-je de physiologie ? Pour comprendre le contexte qui entoure la naissance de cet ouvrage ainsi que des deux autres qui seront publiés très prochainement, il faudrait peut-être songer à me considérer comme cette femme qui ne découvre qu’elle est enceinte qu’au moment où elle perd les eaux. Et c’est uniquement après avoir mis au monde le premier bébé, que l’on découvre qu’il y a un deuxième, puis un troisième. La production de mes œuvres relève d’une nécessité physiologique, tout simplement parce qu’on ne peut pas garder une grossesse indéfiniment. Suis-je un prophète ? Je ne le sais pas ; seul le temps le dira. Et ce n’est certainement pas mon souhait d’être celui qui prêche dans le désert, celui qui crie dans des oreilles bouchées. Ce dont je suis sûr, en revanche, c’est d’avoir mes accès à un monde supérieur, d’avoir eu accès à une connaissance et d’avoir été contraint de la mettre sur papier.
Votre découverte de Nietzsche semble avoir été une secousse existentielle plus qu’une influence intellectuelle. Qu’avez-vous trouvé chez lui que ni l’école, ni la politique, ni la religion ne vous avaient donné ?
Dès l’âge de 14 ans, je prends conscience que nous vivons dans un tissu de mensonges et que la vie sociale n’est ni plus ni moins qu’un vaste théâtre d’hypocrisie. Comment je l’ai su ? Par la nature de mon être. Même si je l’ignorais à cette époque, je sais aujourd’hui que je suis un être de type contemplatif. Je ne suis pas un homme d’action. De mémoire, j’ai toujours préféré observer en spectateur plutôt qu’agir sans avoir compris ; observer en silence plutôt que prendre la parole. Tout homme qui pratique cela, consciemment ou inconsciemment, finit par voir au-delà de ce qu’il est donné aux hommes de voir. Chez Nietzsche, j’ai trouvé la vérité, ce qui suppose que ce que l’école, la politique et la religion m’avaient donné jusque-là n’était que mensonge.Je me rappelle très bien ce jour. C’était au détour d’une réflexion dans un podcast sur YouTube. J’entendis de la bouche du podcasteur : « Suis tes meilleurs ou tes plus mauvais penchants, et avant tout, va à ta perte. » Je ne me souviens plus de quel podcast il s’agissait, mais je n’oublierai jamais ma réaction : « Haha ! Au moins, il y en a un qui dit la vérité. » Le monde venait de s’arrêter, mon destin venait de basculer. Voilà, résumé, l’histoire de ma rencontre avec Nietzsche.
Dans votre livre, vous abordez à la fois la femme, l’État moderne, le capitalisme, l’immigration et la conscience raciale. Refusez-vous les frontières traditionnelles entre philosophie, sociologie et critique politique ?
L’intellectualité et la spiritualité, prises dans leurs sens propres et nobles, représentent une seule et même réalité : l’expression de la connaissance primordiale. Cette connaissance, lorsqu’elle est divisée — non sans travestissement, comme c’est souvent le cas — donne naissance aux disciplines et aux spécialités. Originellement, il n’existe pas de frontières naturelles ou traditionnelles entre la philosophie, la sociologie ou la critique politique. Il s’agit simplement de différentes applications d’une seule et même connaissance.Pour s’en convaincre, il suffit de mener une étude historique des grandes figures du savoir. Plus on remonte dans l’histoire, plus la pluridisciplinarité des grands savants saute aux yeux. Newton était à la fois mathématicien, physicien, philosophe, astronome, théologien et même alchimiste. Galilée était mathématicien, astronome, physicien et géomètre ; Pythagore, mathématicien et philosophe. Plus près de nous, Cheikh Anta Diop fut historien, anthropologue, physicien, chimiste et bien davantage encore. L’hyperspécialisation a fini par faire croire aux hommes qu’il existerait des frontières naturelles entre les disciplines. Pourtant, c’est la philosophie au sens noble du terme — c’est-à-dire la sagesse — qui fournit au politicien, au physicien, au chimiste ou encore à l’informaticien cette conscience sans laquelle ils pourraient détruire le monde : par les guerres, les armes nucléaires, les virus développés dans des laboratoires ou encore l’intelligence artificielle.Tout savant qui n’est pas philosophe — c’est-à-dire sage — devrait, à tout le moins, prêter l’oreille aux philosophes. À défaut, il finit tôt ou tard par sombrer dans une forme de folie. Donald Trump en est, selon moi, un exemple frappant, et c’est le monde entier — y compris les Américains eux-mêmes — qui en paie aujourd’hui le prix.
Vous écrivez : « Ses livres m’ont brisé, mais ils m’ont révélé à moi-même. »
Faut-il nécessairement traverser une forme de destruction intérieure pour accéder à une pensée authentique ?
Sans aucun doute. Les hommes, par leur constitution physique, sont tous différents les uns des autres. De ce fait, leurs besoins le sont également. Dans un monde idéal, chaque individu recevrait une éducation personnalisée, adaptée à ses caractéristiques physiques et à ses dispositions mentales. Hélas, ce monde n’existe pas. Nous recevons tous, pour des raisons pratiques et budgétaires, une éducation commune et sortons de l’école « sculptés » et « désindividualisés », formés pour jouer un rôle qui n’est pas le nôtre et servir des intérêts autres que les nôtres.Fort de ce que je viens de dire, vous conviendrez avec moi que, pour accéder à son essence, à son véritable « moi », pour utiliser le terme consacré, la destruction de ce qu’on a fait de nous, de ce que nous croyons être, constitue une condition non négociable. C’est tout le sens de la parabole du Christ lorsqu’il dit que « personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; autrement, le vin nouveau fait rompre les outres, il se répand, et les outres sont perdues ». Le « brisement » est d’ailleurs un terme familier chez les chrétiens. Il désigne un processus divin, mais douloureux, de transformation par lequel l’homme doit passer pour que le Christ, à travers la connaissance, se révèle à lui. Tout cela est parfaitement résumé dans l’expression « renouvellement de l’intelligence » employée par l’apôtre Paul. L’ensemble de mon œuvre suit exactement ce même schéma : mes deux premiers livres écrits — même s’ils ne seront pas publiés dans leur ordre de rédaction — sont essentiellement des livres de déconstruction, tandis que le troisième est un livre de construction. Il n’est jamais bon de construire sur de mauvaises fondations ; tôt ou tard, tout l’édifice finit par s’effondrer.
Le chapitre L’Afrique, victime avant tout d’elle-même risque de susciter de vives réactions. Cherchez-vous à provoquer les consciences africaines ou à rompre avec certains discours victimaires devenus dominants ?
Il faut absolument rompre avec ces discours victimaires. La colonisation a-t-elle fait du mal à l’Afrique et aux Africains ? A-t-elle appauvri le continent ? Était-elle un crime ? La réponse à toutes ces questions est oui. Devons-nous demander des réparations ? Non. Personne ne nous remboursera, pour la simple raison qu’entre les hommes, les États et les peuples, il existe en permanence un rapport de force.Comment imaginer une seule seconde que la France puisse rembourser les fameux « soixante milliards » représentant la rançon d’indépendance qu’ont dû payer les Haïtiens, alors même que son système de retraite affichait un déficit de 5 à 6 milliards d’euros en 2025 et devrait se creuser davantage ? Et nous n’avons évoqué ici que le cas d’Haïti.Nous avons certes été victimes de cette horreur qu’est la colonisation, mais il est plus que temps de guérir de ces discours victimaires qui sont, en réalité, des excuses pour ne pas se libérer. Pour en guérir, il suffit d’étudier l’histoire et de comprendre que nous ne sommes ni les premiers ni les seuls à avoir été colonisés. Taïwan et la Corée furent des colonies japonaises sous l’ère Meiji ; l’Inde et certaines parties de la Chine furent placées sous domination britannique. La vérité est que nous sommes dans le déni. En 1980, seuls la Guinée-Bissau et l’Ouganda avaient, en Afrique, un PIB par habitant inférieur à celui de la Chine. Je n’ose même pas comparer aujourd’hui les PIB par habitant de nos pays à celui de la Chine. Si la Chine s’est développée, c’est parce qu’elle a refusé de s’enfermer dans le piège de la victimisation et du déni. Elle a pris son destin en main.
Votre réflexion sur les rapports hommes-femmes dans l’Afrique moderne intervient dans un contexte mondial de redéfinition des identités et des rôles sociaux. Pensez-vous que l’Afrique vive cette mutation différemment de l’Occident
Sur cette question, l’Afrique ne vit pas de mutation profonde. Elle ne connaît heureusement pas de redéfinition généralisée des identités et des rôles sociaux. Il existe certes quelques individus assoiffés de gloire et en quête de notoriété à qui l’Occident et les idéologues des mouvements LGBTQX donnent une large visibilité. Par leur médiatisation et leur « hypervisibilisation » sur les réseaux sociaux — relayées et soutenues par ces communautés à travers le monde —, on cherche à faire croire aux Africains que cette redéfinition toucherait également leurs sociétés. Or, cela reste très éloigné des réalités locales.En revanche, sur la question des droits des femmes sur le continent, il existe un véritable combat à mener, et ce combat ne saurait être le seul apanage des femmes.
Vous semblez profondément critique à l’égard de la modernité, tout en étant vous-même un produit de la mondialisation intellectuelle. Comment habitez-vous cette contradiction ?
Je ne suis en aucun cas le produit de la mondialisation intellectuelle. Au contraire, je combats tout au long de mon ouvrage l’idée d’une universalisation des idées et des vérités. Là où vous avez raison, c’est lorsque vous dites que je suis un moderne. Et, en tant que moderne, je suis un décadent. Mon combat, et plus spécifiquement ma critique de la modernité, est avant tout une critique de moi-même, de ma propre décadence. Dans la dernière partie de l’ouvrage, j’écris clairement : « À quelques exceptions près, je n’ai parlé que de moi dans ce livre. » Mon corps est certes le terrain d’affrontement entre deux forces qui me dépassent, mais j’en ai fait quelque chose. Et c’est là tout mon mérite. Nous employons le terme « modernité » sans jamais nous intéresser à ce qu’il signifie réellement. Il n’est ni plus ni moins que le fruit de la modernisation des cultures et traditions occidentales, fruit ensuite accepté et consommé par le continent africain. En réalité, il n’existe pas une seule modernité, mais des modernités. La modernité japonaise serait, si l’on me suit, le produit de la modernisation des cultures et traditions japonaises. Il en va de même pour la Chine, l’Arabie saoudite, etc.Vous remarquerez que, chez nous, « moderne » est devenu synonyme d’« occidental ». Nous ne serons d’authentiques modernes que lorsque nous nous engagerons dans le processus de modernisation de nos propres traditions et cultures. Peut-être alors cette modernité conquise trouvera-t-elle grâce à mes yeux.
Votre parcours traverse Mbouda, Maroua, l’enseignement, puis l’Allemagne. Quel regard un intellectuel africain expatrié porte-t-il aujourd’hui sur le continent que ceux qui n’en sont jamais partis ne peuvent peut-être pas percevoir ?
Et la liste est loin d’être exhaustive. Je suis né à Kumbo et j’ai grandi entre Santa et Mbengwi, dans la région du Nord-Ouest. J’ai effectué mes études primaires à Babadjou, dans la région de l’Ouest, bien que nous vivions alors dans la ville frontalière de Santa. J’ai également exercé dans deux localités de la région du Sud. À l’âge de 23 ans, j’avais déjà parcouru toutes les régions du Cameroun. D’emblée, il faut savoir que je ne suis pas un intellectuel au sens commun du terme. Pris dans son sens noble, peut-être. Mais je ne m’en revendique pas. Pour répondre à votre question, je vois avant tout un continent qui refuse obstinément d’être le maître de son propre destin. Et à cela, il est très bien aidé par les puissances étrangères, qui ont un intérêt évident à ce qu’il demeure pauvre. C’est d’ailleurs de bonne guerre. Dans les relations internationales ou interétatiques, les faibles seront toujours exploités par plus forts qu’eux, jusqu’à ce qu’ils deviennent eux-mêmes suffisamment puissants pour mettre fin à leur exploitation et à leur appauvrissement. Je vois surtout un continent qui continue de se chercher un maître extérieur alors qu’il devrait travailler à devenir son propre maître. Hier, ce maître était l’Occident ; puis vinrent la Chine, la Russie et l’Inde ; demain, ce seront peut-être les monarchies du Golfe ou certains pays d’Afrique du Nord. Il faut comprendre que nous avons subi une forme de génocide culturel et que l’école nous a appris non pas à défendre nos intérêts, mais ceux des pays qui nous appauvrissent. Elle nous a appris à aimer l’autre plus que nous-mêmes, plus que nos propres pays. Or, on défend difficilement ce que l’on n’aime pas. Le continent africain navigue aujourd’hui entre le déni et l’invective, l’hypocrisie et le ressentiment, le populisme et la victimisation, les discours anticolonialistes et le besoin permanent de prouver je ne sais quoi aux Blancs. Nos vies seraient infiniment plus simples et plus heureuses si nous acceptions simplement d’être nous-mêmes, sans vouloir devenir autre chose que ce que nous sommes, sans attendre notre salut de l’extérieur.
Trois ouvrages écrits en moins d’un an : s’agit-il d’une urgence intellectuelle, d’une crise existentielle ou d’un projet de pensée mûri depuis longtemps dans le silence ?
Non, rien de tout cela. D’emblée, il faut préciser que je n’ai vu venir aucun de mes trois livres. Je ne sais pas exactement quand je les ai conçus, probablement tout au long de ma vie, au gré de mon parcours, de mes expériences, de mes erreurs, de mes amours et de toutes ces choses, belles ou douloureuses, que la vie m’a contraint à traverser. Il n’y avait chez moi aucune urgence, si ce n’est celle de refermer cette parenthèse d’écriture le plus rapidement possible et de passer à autre chose. D’ailleurs, je termine mon troisième livre en affirmant clairement que je n’écrirai probablement plus jamais. C’est, en tout cas, un souhait, une prière. J’espère n’avoir plus à concevoir de l’Esprit. Mais Lui n’en a cure.
Votre livre connaît une lumière rare pour un ouvrage autoédité de philosophie africaine.
Cela révèle-t-il, selon vous, une soif nouvelle de pensée critique chez les jeunes lecteurs africains ?
Il existe, en tout cas, un fossé immense entre le discours des intellectuels africains et les réalités que subissent aujourd’hui les jeunes Africains. Cette jeunesse a depuis longtemps cessé d’écouter une élite intellectuelle culturellement corrompue, totalement assujettie aux pouvoirs politiques et qui s’évertue à employer de grands mots pour donner l’illusion de l’intellectualité. Les oreilles de cette jeunesse ont, pour ainsi dire, besoin de nouvelles voix : des voix au fait de son vécu, de ses souffrances et de ses frustrations. La jeunesse africaine est lasse des discours d’espoir et d’espérance. Du plus profond d’elle-même, elle n’en veut plus. Les jeunes Africains ont surtout compris que des slogans tels que « la jeunesse est le fer de lance de la nation », « l’Afrique est le continent de l’avenir » ou encore « travaillez dur et vous accomplirez vos rêves » — comme si elle ne travaillait déjà pas assez dur — ne sont souvent que des somnifères administrés afin qu’ils restent « tranquilles ».À ces intellectuels qui ont manifestement trahi leur vocation, nous ne pouvons que rappeler ces propos de Mongo Beti, qui conviennent à notre époque plus qu’à toute autre : « La vocation de l’écrivain n’est pas de bénir le monde tel qu’il est, mais de mettre la société mal à l’aise, de lui fournir cette mauvaise conscience dont elle a besoin pour progresser. Il faut provoquer l’indignation, source de vie et de liberté. » On peut aisément en conclure que cette soif nouvelle de pensée critique chez les jeunes Africains n’est rien d’autre qu’une soif de vérité et de progrès.
Entre philosophie, introspection et critique civilisationnelle, votre œuvre semble vouloir réhabiliter la figure du penseur africain radical. Quel rôle attribuez-vous aujourd’hui à l’intellectuel africain : expliquer le monde, le dénoncer ou le transformer ?
On peut classer les intellectuels africains contemporains en deux groupes. Le premier est constitué d’hommes et de femmes qui tiennent un discours de vérité, mais qui sont hélas invisibilisés — nouvelle forme de censure. Le deuxième est composé de personnes culturellement corrompues et totalement assujetties, d’une manière ou d’une autre, aux pouvoirs politiques et à la pensée occidentale. Ceux de nos intellectuels les plus en vue — je parle de ceux à qui l’on accorde une place sur la scène internationale — sont certes talentueux, mais ils sont avant tout issus du moule occidental. Ils demeurent, dans tous les cas, des productions de l’Occident. L’intellectuel ou le penseur africain a pour mission de dire la vérité, rien de plus. Si les hommes jugent son discours radical, c’est tout simplement parce qu’ils se sont accoutumés à une certaine forme de complaisance et de tolérance à leur égard. Dire la vérité aux hommes leur évite de faire de mauvais choix ; or, lorsque ces mauvais choix se multiplient, on finit inéluctablement dans ce que j’appelle, dans le livre, des « situations infiniment regrettables ». Bien évidemment, le discours de vérité peut, selon la nature et l’éducation de celui qui le porte, prendre la forme de la dénonciation, de l’explication du monde ou encore de sa transformation.
Pouvez-vous rappeler à nos lecteurs comment ils peuvent avoir Le Génie et l’Antégenie ?
Le livre est disponible à la librairie des Peuples noirs ainsi qu’à la librairie Saint-Paul, à Yaoundé. À Douala, il peut être acheter via la librairie en ligne Toli Bookshop. Il est également disponible sur Amazon pour les lecteurs vivant en diaspora.
Dans son recueil « Le silence des hommes », l’écrivain camerounais Jean-Pierre Noël Batoum explore avec courage et subtilité la face cachée de la masculinité africaine : ses silences, ses blessures et ses violences. Ancré dans la sagesse des Ancêtres et attentif aux bouleversements du monde contemporain, il invite hommes et femmes à renouer avec un dialogue perdu. Rencontre avec un auteur qui refuse les euphémismes.
Le silence serait le signe distinctif de la masculinité africaine.
Quelles préoccupations intellectuelles et sociales vous ont conduit à écrire Le silence des hommes ? Et comment situez-vous ce recueil dans le paysage littéraire camerounais et africain actuel, marqué par une recomposition autour des questions de genre et de société ?
En 2024, une véritable épidémie de féminicides défraie l’actualité du Cameroun. Au même moment, sur les réseaux sociaux – vraiment pas le lieu indiqué pour la réflexion, un conflit ouvert oppose les féministes à la plume acérée aux hommes qui se réclament Bantu, adeptes d’une vision traditionnelle de la relation homme-femme. J’ai alors le désir profond de comprendre l’origine de la violence masculine. En prenant appui sur les savoirs de ma tradition et sur des entretiens permanents avec les Mbombog (Patriarches) et autres Anciens, je constate que les hommes éprouvent des difficultés particulières à s’adapter à la vie citadine. Ils cachent alors leur désarroi derrière le silence, et leur inadaptation, derrière la violence. Sans m’appuyer sur des publications précises sur le sujet, je constate néanmoins une polarisation des relations humaines autour du genre. D’abord, le terme est consommé à toutes les sauces, avec cette impression qu’il sert à désigner exclusivement la femme. Ainsi, dans l’espace public, on efface clairement – mais sans doute inconsciemment – l’existence et la différence des sexes. Ce refus de la différence installe la relation homme-femme d’abord dans la confusion, puis dans le conflit. Le féminisme africain apparaît rageur et violent, en réponse à la violence du masculinisme. Ce dernier a le sentiment de subir une castration symbolique et se fige dans un silence malsain qui finit par exploser dans la violence. Le dialogue se révèle plus que jamais nécessaire. Et je ne serais pas étonné que mon œuvre coïncide avec cette recomposition autour du genre dont vous parlez.
Votre ouvrage met en lumière la pluralité des voix masculines, souvent réduites au silence. Comment avez-vous conceptualisé cette pluralité dans l’écriture ; et aussi, quelle est, selon vous, la spécificité des masculinités africaines dans leur rapport au silence, à la souffrance et à la visibilité sociale ?
La pluralité des voix masculines tient à la variété des trajectoires de vie des différents personnages de l’ouvrage. Et je ne pense pas que ces voix soient réduites au silence. On constate au contraire que les personnages masculins parlent avec facilité des sujets légers, mais que leur parole se fait rare dès lors qu’il s’agit des sujets brûlants. Ils finissent par se murer dans un silence violent. Et malgré la diversité des trajectoires, force est de constater une similitude d’attitude – à quelques exceptions près – dans la relation homme-femme. On dirait les enfants d’un même père. Le silence serait le signe distinctif de la masculinité africaine : gage de force, d’inflexibilité face aux problèmes de famille et de société. Mais il est aisé d’imaginer quelles souffrances se cachent derrière un tel silence.
Vous articulez fortement les récits autour de lieux précis (hangars, marchés, studios conjugaux). Quelle fonction dramaturgique attribuez-vous à l’espace dans la construction des identités masculines ? Peut-on dire que l’espace devient un langage du genre dans votre œuvre ?
Une identité ne se saisit pas d’abord dans un concept, mais dans le concret de l’existence quotidienne. Et cette existence est toujours inscrite dans un espace, qui devient le lieu de notre expression. Les personnages masculins de notre œuvre n’échappent pas à cette réalité. Mieux encore, chaque espace — hangar, foyer, restaurant — devient à la fois un lieu d’expression de l’identité masculine et un lieu de sa construction, tant il est vrai que l’identité humaine est dynamique. L’homme du chapalo s’exprime d’une manière particulière, comme si ce lieu lui soufflait ses mots et ses gestes. Le langage scabreux, le geste lubrique semblent inspirés par cet espace vivant. Chaque espace est un utérus qui porte une vie masculine, qui la façonne et lui donne forme.
Mieux que l’homme, la femme africaine s’est adaptée plus aisément à la société moderne…
Le silence que vous décrivez est à la fois imposé et intériorisé. Comment la littérature peut-elle contribuer à briser ce silence et à ouvrir un espace de parole pour les hommes ? Votre recueil montre que la virilité peut être une prison. Comment vos personnages illustrent-ils cette tension entre norme sociale et vécu intime ?
Le silence des hommes est un poids sur leurs épaules, un héritage d’un certain type d’éducation, mais aussi d’un certain regard porté sur cette éducation aujourd’hui. Ce silence a été intériorisé — ingurgité comme une pilule amère — avant d’être rejeté comme une explosion. En effet, le silence enseigné à l’homme dans nos cultures n’est pas conçu comme une arme contre la femme que l’on dit aimer. Il est d’abord une attitude d’écoute de la sagesse traditionnelle, qui passe par les yeux et les oreilles. La bouche de l’homme ne devait s’ouvrir qu’après celle de sa femme. Et la parole de la femme, dans la tradition, n’est pas faite pour se déployer n’importe où : elle est l’antre sacré de la famille, de la communauté et de la société. Malheureusement, ce silence a été intériorisé de mauvaise grâce et déformé en un refuge, en une parole muette et invisible qui atteint l’autre sans qu’il puisse s’en défendre. C’est ici que la littérature a un rôle à jouer. Non pas dans un langage clivant ni moralisateur, mais en plongeant sa plume dans la Culture pour ramener les uns et les autres à écouter la sagesse des Anciens à sa source, dans son contexte. Cette recherche humble auprès des Ancêtres révèle le cœur du conflit : l’inadaptation. Mieux que l’homme, la femme africaine s’est adaptée plus aisément à la société moderne. L’inadaptation sociale de l’homme l’a frustré, fragilité, et au lieu de s’ouvrir, il s’enferme dans le silence pour se protéger — se coupant ainsi de la femme, qui est son alliée vitale. Voilà ce que révèlent, dans mon œuvre, le langage scabreux au chapalo, la bravade au beignetariat, le mutisme progressif dans le foyer. Ouvrir un espace de parole est une exigence intellectuelle et sociétale, pour que la virilité ne soit plus un lourd fardeau, mais une libération et un don de soi à la femme.
Vous revendiquez une langue qui ne demande pas de permission, une langue qui nomme et refuse les euphémismes. Quelle est la place de cette posture stylistique dans votre projet littéraire et pensez-vous que la langue, dans sa force et sa nudité, puisse devenir un outil critique pour déconstruire les représentations genreées ?
La langue n’est pas qu’un véhicule de la pensée. Elle est également et surtout l’expression d’une identité, d’une vision du monde, d’une présence au monde. L’écrivain africain, tout en utilisant les langues occidentales, ne peut ni ne doit ignorer la source de son être. Le refus des euphémismes vient naturellement de ce que ma pensée ne surgit pas en français, ma langue d’écriture. Elle naît de mon regard qui écoute la société multiculturelle dans laquelle je vis, puis va interroger la manière d’être exprimée en langue Basa’a, qui porte la vision du monde de mes Ancêtres, et que je reçois de façon pacifique. La langue Bassa’a m’ouvre le chemin vers cette sagesse séculaire, qui ne voit pas le monde en dualité, en opposition, encore moins en conflit. De la même fibre que l’hébreu où le couple humain est ish-isha, le Basa’a articule le noyau familial en mud-mudaa. Cette articulation n’envisage que la communion, la complémentarité, l’harmonie, liées par la communication — la parole, qu’elle soit exprimée ou muette, dans le regard. Alors oui, la langue — nos langues africaines — peut déconstruire le conflit larvé dans l’exacerbation des genres, qui est un choix d’éliminer le sexe et l’identité pour ne retenir que des attributs sexuels manipulables à volonté.
Quelle réception espérez-vous auprès des lecteurs masculins et féminins ? Comment envisagez-vous l’impact de ce livre dans les débats académiques sur le genre et la littérature africaine ?
Mon intention, en écrivant Le silence des hommes, est de contribuer à créer un espace de dialogue dans le couple, mais également dans la société. Aujourd’hui, on se parle les uns sur les autres, les uns des autres, les uns aux autres — mais il est temps de réapprendre à parler les uns avec les autres. Ce dialogue libérateur doit commencer dans l’espace intellectuel universitaire, par un regard attentif sur la production littéraire locale. Tant que l’on réfléchit à partir d’un Ailleurs étranger et étouffant, il n’y aura aucune issue pour la reconstruction de la cellule familiale en Afrique. Car le projet sociétal venu d’ailleurs est clair : diviser pour briser, affaiblir pour assujettir. Le discours sur le genre n’a pas d’autre logique : il prétend libérer, mais exacerbe les tensions dans un univers qui ne réagit plus qu’en termes de dualité et d’opposition. Le débat intellectuel que doit porter le monde universitaire gagnerait à se pencher sur les propositions de la littérature africaine contemporaine.
Envisagez-vous de prolonger cette réflexion par d’autres œuvres, peut-être en croisant davantage les voix masculines et féminines ? A partir de votre trajectoire et votre expérience, selon vous, quel rôle la littérature peut-elle jouer dans la transformation des rapports sociaux de genre en Afrique contemporaine ?
Mon écriture véhicule le regard que je pose sur la société. Mais elle est plus écoute profonde que volonté d’imposer une idée. Mes yeux écoutent d’abord, mes oreilles cherchent ensuite à voir le mal réel, puis ma bouche peut écrire le diagnostic — et peut-être même proposer un protocole de soin. Je ne serais pas sincère si je n’avouais pas que des idées trottent déjà dans ma tête. Je cherche encore, en les contemplant, quelle forme leur donner et sous quelle forme les partager. La littérature africaine contemporaine a un rôle essentiel et déterminant à jouer. Il ne consiste pas à redéfinir ou à créer du nouveau. À mon sens, vu la richesse de nos différentes cultures, l’écrivain africain contemporain a le devoir de plonger dans cette source, d’écouter, de contempler et de partager cette richesse que beaucoup en Afrique ne savent plus voir-ou qu’on exhibe comme du folklore, dans un geste suicidaire de séduction envers cet Ailleurs qui fascine d’autant plus qu’il est un mirage, puisqu’il se meurt.
Propos recueillis par Baltazar ATANGANA dit Nkul Beti, critique littéraire noahatango@yahoo.ca
Entre découverte de soi et immersion culturelle, Jean Klein, jeune volontaire français en service civique, livre un témoignage sincère sur son expérience au sein du CLIIC au Cameroun. De l’animation d’ateliers de lecture à la rencontre avec des enfants et des acteurs du livre, son parcours éclaire les enjeux de l’accès à la culture et de la solidarité internationale, tout en révélant la puissance des livres comme passerelles entre les mondes.
Avant de venir au Cameroun, je pensais que l’accès à la lecture et à la culture était limité mais quand même un peu développé.
Pouvez-vous vous présenter auprès de nos lecteurs ? Qu’est-ce qui vous a motivé à vous engager en service civique, et pourquoi avoir choisi spécifiquement le CLIIC (Centre de Lecture, d’Initiation et d’Intégration à la Culture) pour cette expérience ?
Je m’appelle Jean KLEIN, j’ai 21 ans, je suis Français originaire de Lille dans le nord de la France. Je suis étudiant en Droit à Paris et j’ai fini ma Licence l’année dernière. Cette année, j’ai rejoint l’association le CLIIC en tant que volontaire du service civique. Rejoindre une mission humanitaire était une idée qui me plaisait depuis un certain temps et je trouvais parfait de prendre une année entre ma Licence et mon Master pour réaliser une mission comme celle-ci. Je voulais réaliser quelque chose de concret dans un environnement nouveau et changer de quotidien. Ainsi je me suis tourné vers le service civique qui propose différentes missions à caractère humanitaire sur une plateforme dédiée. C’est ainsi que plusieurs offres m’ont intéressées mais quand je suis tombé sur celle du CLIIC au Cameroun, je savais que c’était vers cette mission que je voulais m’orienter. Le but de l’association résonnait avec ce qui me plaisait et le Cameroun fait partie de la région d’Afrique subsaharienne vers laquelle je souhaitais évoluer.
Avant votre arrivée, quelle perception aviez-vous de l’accès à la lecture et à la culture en Afrique, et comment cette perception a-t-elle évolué sur le terrain ?
Mes connaissances sur l’histoire de l’Afrique et de la culture des différents pays étaient assez sommaires. Je ne connaissais que l’histoire des pays sous le prisme du colonialisme. Je n’avais aucune idée de la richesse culturelle au Cameroun ni de la variété des peuples présents. Concernant la littérature, mes connaissances étaient quasi-nulles, je ne connaissais rien, pas le mouvement de la négritude, pas les grands noms africains ni les grands noms camerounais. Avant de venir au Cameroun, je pensais que l’accès à la lecture et à la culture était limité mais quand même un peu développé. Je m’attendais à ce qu’il y ait des musées dans les villes, des sites touristiques mais je ne m’étais pas posé la question pour les bibliothèques ou pour l’accès aux livres. Ma perception de cet accès à la culture et à la lecture s’est surtout développée lorsque je suis arrivé sur le terrain. J’ai ainsi pu découvrir la richesse culturelle qu’avait à offrir le Cameroun grâce aux membres du CLIIC. J’ai pu participer à des rendez-vous littéraires, assister ou organiser des séances de dédicaces, rencontre des auteurs, des poètes, de grands noms du monde littéraire camerounais et travailler sur ceux qui les ont précédés. Je me suis rendu également compte que par rapport à des pays voisins, le Cameroun manquait de moyen au niveau de la culture et donc qu’il y a à mon goût un manque de bibliothèques municipales dans les villes. Cependant, après cette première impression je me suis également rendu compte que de nombreuses écoles disposaient d’espaces dédiés aux livres. Ainsi ma perception s’est construite sur le début de ma mission et a évolué tout au long de celle-ci.
Pouvez-vous nous décrire vos principales missions au sein du CLIIC et votre rôle concret auprès des bénéficiaires ?
Au sein du CLIIC, ma mission se divise sur deux axes. Le premier est l’animation d’ateliers de lecture dans les écoles afin de sensibiliser les enfants à la lecture. Ceux-ci consistent dans la majorité des cas à faire lire une histoire aux enfants afin que ceux-ci s’entrainent à la lecture à haute voix pour gagner en aisance à l’oral et par la même occasion faire découvrir de nouvelles histoires aux plus jeunes. Dans certains cas, nous agrémentons ces ateliers de lecture avec des ateliers d’écriture et d’initiation à l’informatique. Le deuxième axe de ma mission consiste à participer à l’organisation d’évènements autour de la littérature comme des dédicaces ou un évènement littéraire organisé par nous-mêmes intitulé « Univers Littéraire ». Mon rôle au sein du CLIIC est donc surtout d’assister sur l’organisation d’évènements littéraires que nous souhaitons mettre en place. Je m’occupe également de la préparation des ateliers de lecture dans les différentes écoles auxquelles nous nous rendons. J’ai également eu la chance d’organiser, avec Benjamin MAFFRE, ancien bénévole au sein du CLIIC, une activité coordonnée à Foumban et de travailler sur un projet porté par le CLIIC nommé « Le Kontineng littéraire ».
Le slogan « Des livres pour tous, des ponts pour le monde », prend-il un sens particulier dans votre expérience personnelle ?
Dans mon parcours personnel, le livre a toujours occupé une place importante. C’est de savoir que le CLIIC travaillait à la démocratisation du livre au Cameroun qui m’a d’abord motivé à venir. Cependant, mon expérience en littérature africaine et plus particulièrement camerounaise était proche du néant. C’est durant tout mon séjour que j’ai pu découvrir des auteurs, des courants littéraires et de nombreux livres qui m’étaient inconnus jusqu’alors. Ces livres et ces auteurs, je n’aurais jamais pu les rencontrer si je n’étais pas venu au Cameroun faire ma mission de service civique. Donc je pense que le slogan « des livres pour tous, des ponts pour le monde » est particulièrement pertinent. Il existe des livres pour tout âge et pour tout public dont la variété est égale à la variété de cultures dans le monde. Découvrir ces livres d’horizons différents est la porte d’entrée vers l’interculturalité. On peut lire de la littérature étrangère depuis chez soi et découvrir une nouvelle fenêtre sur le monde. Ensuite, je trouve que le voyage et la vie au cœur des cultures est le meilleur moyen de construire des ponts entre les cultures. Les livres en sont la fondation.
Quels ont été vos premiers chocs culturels ou vos premières surprises en arrivant sur le terrain ?
L’arrivée au Cameroun a été marquée dès la descente de l’avion : un ressenti de la chaleur environnante qui frappe en premier. Pour un Français comme moi, des chaleurs estivales tout au long de l’année, c’est assez inhabituel mais assez plaisant. Plus sérieusement, la vie dans la ville de Yaoundé dans laquelle j’ai le plus évolué est ce qui a marqué le plus gros choc culturel pour moi : l’effervescence dans les rues, les taxis, les motos, les passants… L’animation autour du petit marché d’Odza, lequel ne se situe non loin de là où j’habite, est un parfait exemple de cela. Ensuite, les chocs culturels se ressentent sur la manière dont les gens se perçoivent. L’hospitalité, la familiarité, la manière dont on appelle les gens qu’on ne connait pas, tout cela est assez déstabilisant pour un Français qui vient d’arriver. Je me rappelle qu’à mes débuts, c’était toujours étonnant de voir qu’on pouvait entrer chez des gens comme ça et que ceux-ci vous servent volontiers à boire et à manger.
Travailler avec des enfants issus de milieux parfois précaires demande une grande capacité d’adaptation. Quels défis humains ou émotionnels avez-vous rencontrés ?
Mon travail au sein du CLIIC est marqué par des passages dans des zones plus défavorisées lorsque nous nous déplaçons dans les écoles dans les milieux ruraux. C’est dans ces zones que nous voyons les milieux les plus précaires. C’est sûr que découvrir ces zones auxquels nous ne sommes pas habitués en France demande une grande capacité d’adaptation et peuvent causer un choc au début. Mais je n’ai jamais eu de défis émotionnels à surmonter lorsque j’étais dans ces zones. Déjà, l’hospitalité des populations dans ces zones est tellement forte qu’on se sent à l’aise au milieu d’elles. Ensuite, partir dans une région plus pauvre fait toujours se poser des interrogations sur comment les populations plus défavorisées vivent. Ainsi, lorsqu’on pense avoir des difficultés à se demander comment on va devoir s’adapter, voir ces gens tellement joyeux et accueillants rend le fait de partager le quotidien pour une courte durée avec eux assez simple, au final. De plus, lorsqu’avec le CLIIC on mène des actions durables pour venir en aide aux enfants de ces villages, voir leur joie efface toutes les questions d’adaptation qui trainent dans notre tête.
Avez-vous une anecdote ou un moment marquant vécu avec les enfants ou les équipes du CLIIC qui illustre l’impact de votre mission ?
Ma réponse sera en deux temps. Je vais partager une anecdote sur ma vie au sein du CLIIC et une anecdote sur mon expérience personnelle au Cameroun. Premièrement, les moments les plus marquant vécus avec le CLIIC sont ceux avec les enfants qui sont les moins favorisés et auxquels on essaie de venir en aide. Ainsi, en février 2026, lorsque nous avons organisé un don de chaises et de tables dans l’école maternelle de Nkolbogo près de Sa’a, voir le sourire sur le visage des maitresses et des enfants m’a rempli de joie. Cela a été accentué par le fait que nous étions venus une première fois dans ce village en novembre 2025 et que nous avions constatés le manque de ressources scolaires. Deuxièmement, sur le plan personnel : la spontanéité et l’hospitalité des Camerounais. Ce qui me fait toujours sourire lorsque je pense à la société camerounaise, c’est leur goût partagé pour la même musique, leur capacité de boire du vin de palme toute la journée (surtout dans les villages). J’ai toujours eu la chance de rencontrer des Camerounais très accueillants et chaque rencontre sera gravée dans ma tête.
En quoi cette expérience a-t-elle transformé votre regard sur l’éducation, la solidarité internationale ou votre propre parcours de vie ?
Cette expérience m’a transformé et je m’y attendais un peu, car une expérience comme celle-ci ne peut se passer sans qu’il n’y ait aucune conséquence. Je suis fier de la manière dont elle m’a transformé. J’ai beaucoup appris sur le relationnel, l’évènementiel ; j’ai développé des compétences que je n’avais pas jusqu’à maintenant. Je suis étudiant en droit mais l’éducation est un domaine qui m’intéresse également. Avoir passé six mois au Cameroun où mon activité principale se passait avec des enfants dans des écoles a développé mon envie d’évoluer dans le milieu de l’éducation. Je suis et je reste attaché au droit mais je sais que si cela n’aboutit pas, je souhaiterai m’orienter vers les métiers de l’école, notamment dans le secondaire, et c’est grâce à cette mission de service civique que ma pensée a évolué. J’ai toujours pensé que le meilleur moyen de s’intéresser davantage à la solidarité internationale et de la faire évoluer dans notre esprit était de s’intéresser aux cultures étrangères et que le meilleur moyen pour faire cela était le voyage. Après un « voyage » de six mois, je peux confirmer que vivre au milieu des populations étrangères et vivre leur quotidien est le meilleur moyen de combattre les clichés et de construire un monde plus solidaire.
Comment percevez-vous l’impact des actions du CLIIC, notamment en matière de lecture et d’initiation au numérique, auprès des jeunes ?
Je pense que les actions du CLIIC ont du poids. Comme d’autres acteurs du livre au Cameroun, nous organisons des événements littéraires autour des plumes du Cameroun et cherchons à rapprocher le lectorat des auteurs camerounais, mais notre impact durable réside dans nos actions dans les écoles, je pense. C’est dans le regard des élèves, des professeurs et des équipes pédagogiques qu’on comprend que nos actions ont du poids. Les enfants sont toujours emplis de joie lorsqu’ils nous voient et c’est quand on leur pose des questions pour savoir s’ils aiment lire ou s’ils développent le goût de la lecture grâce à nous, qu’on se rend compte que nous ne faisons pas ça pour rien. De plus, dans les villages où les jeunes sont plus défavorisés vis-à-vis de la technologie, on se rend compte que les enfants découvrent, pour la majorité d’entre eux, le fonctionnement d’un ordinateur. Et savoir que sans nous, ils n’auraient pas accès à cela, montre que ce que nous faisons a du poids. De plus, le CLIIC a un impact fort du fait de sa versatilité. Nous nous déplaçons beaucoup, on est donc capable de toucher beaucoup de jeunes d’horizons divers. Rien que depuis le début de l’année, nous avons pu nous rendre dans quatre régions différentes du Cameroun. Cela permet d’avoir un impact à l’échelle nationale. Parallèlement, sur le plan personnel, cela me permet de beaucoup voyager dans le Cameroun et de découvrir de nouveaux endroits.
Six mois après votre arrivée au Cameroun et plus précisément au CLIIC, quel message adresseriez-vous à d’autres jeunes Français qui hésitent à s’engager en service civique à l’international, et que retenez-vous personnellement de cette aventure au sein du CLIIC ?
Après six mois passé au Cameroun en tant que volontaire du service civique, je dis à tous ceux qui souhaiteraient ou qui hésiteraient à faire une mission humanitaire à l’étranger en tant que volontaire : Vous ne devez pas hésiter, si ça vous intéresse, foncez ! Cette expérience a été riche sur tellement de niveaux… J’ai beaucoup appris sur moi-même, sur les autres, sur comment d’autres sociétés peuvent fonctionner, sur la nature humaine… J’ai fait de très belles rencontres, rencontrer des gens que je n’aurais jamais pu rencontrer ailleurs. Je repars en France des souvenirs plein la tête. Cependant, je pense qu’il faut avoir le bon état d’esprit pour mener ce genre de missions. Quitter son chez-soi et sortir de sa zone de confort n’est pas facile et il faut une grande capacité d’adaptation pour partir vivre 6 mois ou plus dans un pays qu’on ne connait pas, avec une culture à laquelle on n’est pas habitué. Avant de se dire qu’on veut mener ce genre de mission, il faut bien réfléchir à si on se sent mentalement prêt. Mais si vous pensez que ça va aller, n’hésitez pas, car c’est une superbe expérience.
La bibliothèque de du Goethe-Institut Kamerun à Bastos, à Yaoundé, a servi de cadre, vendredi 06 mars 2026, à une cérémonie de dédicace exceptionnelle autour du premier roman de l’écrivain Alain FOFACK, intitulé Entre mère et épouse : L’histoire d’un homme entre amour d’une mère combattante et déboires de couple. L’événement, organisé en collaboration avec Les Éditions Kadeï, a rassemblé un public nombreux et passionné de littérature.
Dès 17 heures, la salle s’est progressivement remplie, accueillant des dizaines de personnes venues d’horizons divers : écrivains, enseignants, étudiants, amoureux du livre, mais aussi simples curieux désireux de découvrir l’univers littéraire de l’auteur. Une forte mobilisation témoignant de l’intérêt croissant du public pour la création littéraire et les débats autour des réalités sociales abordées dans les œuvres contemporaines.
La rencontre a été marquée par un moment d’échange enrichissant entre l’auteur et le public autour de son roman, dévoilant ainsi des tensions affectives et sociales d’un homme partagé entre l’amour filial pour une mère combative et les défis de la vie conjugale. À travers cette histoire, l’auteur met en lumière des questions universelles liées aux relations familiales, aux traditions et aux transformations des dynamiques du couple dans les sociétés africaines. La modération de la rencontre a été assurée par le critique littéraire Ray NDÉBI, qui a su guider les discussions et susciter la participation active du public. La note de lecture, présentée par le passionné de lecture Cyrille ESSAGA, a permis d’éclairer les principaux axes thématiques du roman et d’en souligner la portée sociale et psychologique.
Moment particulièrement attendu de la soirée, la séance de dédicace a donné lieu à une interaction directe entre l’écrivain et ses lecteurs. Plusieurs exemplaires du livre ont été dédicacés, offrant aux participants l’occasion d’échanger personnellement avec l’auteur et de repartir avec un souvenir personnalisé de cette rencontre littéraire.
Publié par les Éditions Kadeï en novembre 2025, Entre mère et épouse s’inscrit dans une dynamique de promotion de la littérature africaine contemporaine et de valorisation des voix d’auteurs qui interrogent les réalités sociales et culturelles du continent.
Au terme de cette soirée conviviale et riche en échanges, les participants ont salué une initiative littéraire réussie, qui confirme l’importance des espaces de dialogue autour du livre et de la lecture à Yaoundé. Cette cérémonie de dédicace restera ainsi comme un moment marquant de la vie littéraire locale, illustrant la vitalité de la scène culturelle camerounaise et l’intérêt croissant du public pour les œuvres d’auteurs africains.
Bonjour, monsieur BEKOLO BEKOLO ou devrais-je dire « Pabe MONGO »… Merci de vous livrer à notre jeu de questions. Vous êtes un acteur de la scène littéraire africaine qu’on ne présente plus. Vous êtes entre autres le coordonnateur national du pôle littéraire du Cameroun et le président de l’Association Nationale des Poètes et Écrivains Camerounais (APEC), la toute première association littéraire du Cameroun. Quelles sont les missions de l’APEC à cette ère de la littérature camerounaise ?
Créée le 23 Janvier 1960, l’Association Nationale des Poètes et Ecrivains Camerounais a le même âge que l’état indépendant du Cameroun. A l’aube exaltante des indépendances, l’APEC se donnait pour mission sacrée « d’arrimer l’indépendance culturelle à l’indépendance politique ! » Pendant trente ans (1960-1990), cette prestigieuse association va fonctionner à l’unisson du pays, comme une véritable République des Lettres au sein de la République du Cameroun ! En 2017, au moment où nous en prenons les rênes, l’APEC est dans un état de dormance depuis près de 25 ans ! Nous plaçons notre mandature sous la bannière de « APEC RENAISSANCE » ! Par cette devise, nous nous arrimons directement à la Renaissance Africaine, le nouveau concept fédérateur de l’intelligentsia continentale dont nous épousons les objectifs ! Depuis lors, nous sommes attelés à faire en sorte que la littérature du Cameroun devienne l’un des plus grands fleuves qui alimentent l’océan littéraire africain ! A noter d’ailleurs que l’APEC est un membre fondateur de l’Association Panafricaine des Ecrivains (PAWA), fondée en1989 et basée à Accra au GHANA.
Des critères particuliers, en dehors d’être poète et/ou écrivain, pour être un membre de l’APEC ?
L’APEC est la maison des poètes et des écrivains camerounais. De tous les poètes et tous les écrivains : qu’ils soient publiés ou non. Il suffit d’avoir produit un manuscrit, ou d’être en train de rédiger son premier texte, ou seulement d’avoir envie d’écrire ! Les écrivains confirmés, les auteurs en herbe, ou en rêve, s’exprimant dans les langues officielles, étrangères ou camerounaises sont les membres naturels de l’APEC ! En dehors de ces membres naturels, l’APEC s’honore aussi d’avoir des membres d’honneur et des membres bienfaiteurs issus de toutes les couches de la société et œuvrant à la promotion de nos belles lettres.
L’APEC a lancé, en 2023, le Grand Prix Littéraire du Mont Cameroun (GPLMC). Cette première édition a été remportée par Djaili Amadou Amal, la diva de la littérature qu’on ne présente plus. La deuxième édition a couronné Priscillia MANJOH. Quels étaient les contours la première édition ?
En dépit des contraintes de temps, des objectifs trop nouveaux et d’une organisation plutôt complexe (trois sous-jurys et un super jury bilingue), la première édition du Grand Prix Littéraire du Mont Cameron, aura été un coup de maître. La participation record à cette première édition a mobilisé dix-neuf maisons d’édition dont 13 francophones, 04 anglophones et deux en Europe, avec un ensemble de 45 ouvrages : 7 en langues nationales, 5 en anglais, 33 en français.
Djaili Amadou Amal avec son trophée Quelques images de la première édition
Huit Prix Spéciaux escortaient le Grand Prix, tandis que de hautes personnalités du monde des Lettres recevaient des distinctions honorifiques de Dignitaires de la plume et de Dignitaires honoris causa. La réussite populaire était également au rendez-vous avec une Salle de convivialité comble et débordante. L’édition 2023 entend évidemment aller plus loin, notamment dans la communication, la mobilisation des partenariats et du sponsoring, et la promotion du second volet du Grand Prix, à savoir les distinctions honorifiques de Dignitaire de la Plume et Dignitaire honoris causa.
Au Cameroun, on compte une pléthore de prix littéraires. Le GPLMC vient-il pour corriger une imperfection ?
En effet, la scène littéraire camerounaise est vivace, surtout en matière de Prix littéraires. Vous avez des prix sur manuscrit, des prix sur un seul genre littéraire, des prix sur une langue, etc. L’approche de l’APEC n’est point corrective, mais globalisante ! Elle trouve son fondement dans notre volonté d’embrasser et de brasser l’ensemble du phénomène littéraire camerounais et de le pétrir pour en faire une institution digne de notre pays. Pour bien appréhender l’impératif de la globalisation, il faut consulter l’état actuel de notre littérature. A nos yeux, la littérature camerounaise se présente à ce jour comme un archipel d’îlots littéraires, sans passerelles entre eux et sans bordure tout autour ! Il y a la littérature camerounaise d’expression française et la littérature camerounaise d’expression anglaise, deux corpus de notre littérature, qui ne se parlent ni ne se connaissent ; encore heureux qu’ils ne se combattent ! La bibliographie de la diaspora constitue un troisième ensemble distinct, sans lien organique avec les autres. A ces trois premiers ensembles s’ajoute la germination des littératures en langues nationales qui se font déjà remarquer par leur grande vitalité.
Lancement de la deuxième édition
Le Grand Prix Littéraire du Mont Cameroun qui se veut une copie conforme du bilinguisme et du multiculturalisme national met toutes ces monades en émulation, dans tous les genres littéraires majeurs (roman, théâtre, poésie et nouvelle) et dans toutes les langues d’expression (français, anglais et les langues nationales) pour en faire une gerbe littéraire colorée et unie.
Au regard de sa structuration, le GPLMC serait donc, sans toucher au mérite de l’animation ambiante tous azimuts, une sorte de Prix des Prix ! Emporter ce Prix c’est véritablement se situer au sommet de la littérature de notre pays, et non dans une loge médiane. D’où son nom Grand Prix Littéraire du Mont Cameroun. Le Symbole du Mont Cameroun, la demeure tutélaire de EPASA MOTO, est invoqué ici pour symboliser la grandeur, l’appel au rassemblement et au respect des valeurs.
L’un des objectifs que nous voulons atteindre par ce prix, c’est de soutenir tous les genres littéraires et remettre à flots ceux qui ont tendance à disparaitre sous la pression de l’image et du numérique. Le théâtre en particulier, la nouvelle aussi. D’ici peu, ressuscités par le GPLMC, tous ces genres vont reverdir !
L’autre objectif est de contribuer au vivre ensemble camerounais en littérature par la traduction de l’ouvrage gagnant dans l’autre langue officielle. Ce qui concourt également à influencer favorablement la circulation des ouvrages.
Le GPLMC ne se contente pas de délivrer un palmarès, il suit l’auteur primé durant toute l’année. Il est alors revêtu de son bandeau glorieux qui fait office de lauriers ! Vous noterez enfin que la participation au GPLMC est gratuite. Il n’est réclamé aucun franc pour faire acte de candidature. Nous en faisons une question d’honneur et de résilience, malgré les affres de la conjoncture.
Priscillia MANJOH, la lauréate de la deuxième édition
Quelques images de la deuxième édition
Vous totalisez 53 ans de vie d’écrivain, quel regard posez-vous sur les jeunes acteurs du livre camerounais ?
53 ans de pratique littéraire ! Je rends grâce à l’Eternel pour cette merveille ! Du haut de ma tour du cinquantenaire, je suis heureux de constater que le Cameroun reste toujours la terre des génies littéraires qu’elle a toujours été. De Ferdinand OYONO, MONGO BETI à Djaili, en passant par Calixthe BEYALA, Léonora MIANO, Eugène EBODE et beaucoup beaucoup d’autres, le Cameroun maintient son firmament littérature bien étoilé. Il faut à présent qu’une institution littéraire nationale professionnelle et ambitieuse mette en valeur cette iconie de manière endogène. Telle est la raison d’être du Grand Prix Littéraire du Mont Cameroun.
Le 23 septembre 2025 aura lieu la cérémonie qui dévoilera le.la troisième lauréat.e du Grand Prix Littéraire du Mont Cameroun. A qui le tour ?
Propos recueillis par P.O.
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La deuxième édition du Salon du Promoteur Littéraire Online (SAPLO) est en cours. L’appel à panelistes est disponible ici
Il est lancé un appel à textes pour une anthologie africaine de textes sous forme de fiction. Une initiative des Editions Seguima (Sénégal), en collaboration avec Acolitt (Cameroun), dans la période allant du 12 septembre 2025 au 10 octobre 2025.
📍 JUSTIFICATION DU PROJET
L’Afrique traverse une époque cruciale de son développement. Notre continent a besoin d’une refondation sur fond de renaissance culturelle. La littérature doit y jouer un rôle de premier plan. Elle a le devoir de porter l’ultime combat pour la déconstruction de la superstructure idéologique qui a permis la domination mentale des Africains par les Occidentaux. L’Afrique doit se reconnecter à elle-même en revisitant son héritage et entamer sa renaissance. Pour cela, le livre est un enjeu majeur.
« Le canon contraint les corps, l’école fascine les âmes… », dit Cheikh Hamidou Kane dans « L’aventure ambiguë ». En effet, l’école, à travers le Livre, a formaté l’esprit de l’Africain au point de lui faire oublier ou tout au moins de renier sa culture. Il est grand temps que, par ce même Livre, les Africains renversent la vapeur en réhabilitant notre mémoire, en arrachant notre patrimoine culturel, comme le voulait Cheikh Anta Diop, pour engager la renaissance qui nous mènera à la souveraineté culturelle et globale. Pour nous, cela passe par une production littéraire de qualité qui sensibilise le citoyen sur les enjeux de l’heure et suscite le développement des intelligences africaines qu’elle égaye et distrait en même temps qu’elle éveille.
Dans l’esprit qui ressort de ces considérations, SEGUIMA innove avec l’accompagnement tout autant efficace qu’enthousiaste de l’Agence de Consulting Littéraire (ACOLLIT). A l’occasion, nous ne voulons pas confiner l’immense créativité des auteurs que vous êtes dans l’étroit corset des genres littéraires aux contours flous définis sans nous du temps où nous étions colonisés. Ce que nous recherchons, c’est à la fois l’éthique et l’esthétique sans contrainte de genre (littéraire) mais à dimensions raisonnables, pour une question d’ordre pratique, une anthologie ne pouvant être constituée que de textes courts. Nous demandons donc de beaux textes à caractère fictionnel de dimensions limitées, qui s’inscrivent dans le cadre du thème: Vision de l’Afrique : Déconstruction, Héritage et Renaissance
📌 RÈGLEMENT INTÉRIEUR
Article 1 : La participation à cet appel à textes est gratuite. Il est ouvert à tous les Africains et Afro descendants, sans distinction, qu’ils soient sur le continent ou dans la Diaspora, capables de proposer des textes d’une littérarité avérée. Les textes doivent être écrits en français (notre diversité linguistique ne nous permettant, malheureusement pas pour l’instant, de nous comprendre tous).
Article 2 : Les caractéristiques des textes à soumettre sont les suivantes :
Nombre de pages : de 5 à 10 Format A4 Fichier Word uniquement Taille de police : 12 Interligne : 1,5 Police d’écriture : Times New Roman Marges : normales Pas d’entête ni bas de page Pas de plagiat Ne pas envoyer plusieurs textes ni des textes déjà publiés ou tirés d’une intelligence artificielle. Les textes ne comporteront pas les titres ni les noms des auteurs. SEGUIMA se chargera d’attribuer un code à chaque texte, avant la transmission aux membres du jury. Le non-respect de cette consigne entrainera une disqualification.
Les textes seront envoyés à seguimaeditions@gmail.com au plus tard le 10 octobre 2025 à 23h59. Les candidats veilleront à mettre en objet « Appel à textes SEGUIMA 2025 »
Dans le corps du mail, ils renseigneront les informations suivantes :
Prénom(s) et nom(s) de l’auteur(e) à l’état civil Pseudonyme (facultatif) Nationalité de l’auteur(e) Pays de résidence de l’auteur(e) Titre du texte soumis Numéro de téléphone / WhatsApp Une photo-portrait (claire, à visage découvert et sans monde autour) Une biographie de 50 à 200 mots Une autorisation parentale signée avec nom et prénom du parent ou du tuteur légal, si l’auteur(e) a moins de 18 ans
Article 3 : Les textes doivent être sous forme d’une fiction. Cependant, il peut aborder tout domaine selon la volonté de l’auteur (amour, vie familiale, vision politico philosophique, etc.) sous réserve du respect des valeurs africaines
Article 4 : Le jury sera composé de professionnels de la littérature et de lecteurs issus de plusieurs pays d’Afrique. Nos partenaires aideront à ponctuer chaque articulation de cet appel à textes par une communication digitale et au niveau des médias sénégalais, pendant l’appel à textes et après la publication des résultats.
Article 5 : Les critères majeurs sur lesquels s’appuieront les membres du jury sont : Respect du thème Pertinence du texte Maniement de la langue Originalité du sujet ou du style Valorisation de l’Afrique Cohérence dans le texte Attractivité du texte
Article 6 : Les vingt (20) meilleurs textes choisis par le jury seront retenus pour constituer une anthologie africaine intitulée : Ces beaux textes d’Afrique !
📢 Les trois textes les mieux notés par le jury recevront des primes spéciales : 1er prix : 70.000 FCFA 2ème prix : 50.000 FCFA 3ème prix : 30.000 FCFA
Les vingt lauréats recevront chacun un diplôme de participation et cinq (05) exemplaires de l’anthologie qui sera produite par les Editions SEGUIMA et diffusée en Afrique et partout où ce sera possible.
📌 Proclamation des résultats : novembre 2025.
Pour plus d’informations : 📧 seguimaeditions@gmail.com 📞 +221 78 545 69 03
A VOS PLUMES !
ACOLITT, pour une littérature dynamique ! Nous contacter : acolitterature@gmail.com
Le prix littéraire OSÚ est une initiative de la maison d’édition Éclosion qui s’est donné pour mission de promouvoir l’écriture chez les jeunes. Pour ce faire, en février 2021, la maison d’édition a lancé ce prix littéraire et a enregistré de nombreuses candidatures pour chacune des trois (03) catégories en lice à cette première édition. Les lauréats ont été primés le 17 février 2022, lors d’une soirée organisée par Éclosion, au Djeuga Palace de Yaoundé.
ARTICLE 2 – OBJET DU PRIX LITTÉRAIRE OSÚ
Les manuscrits doivent être entièrement écrits par les candidats qui les soumettent. Le plagiat ou la soumission des écrits d’une autre personne ne sont pas autorisés. Chaque participant affirme être l’auteur de l’œuvre soumise et s’engage à respecter le règlement du prix littéraire OSÚ. Le concours est ouvert exclusivement aux Camerounais et aux Africains âgés de 15 à 55 ans ; Les manuscrits déjà présentés lors des éditions précédentes ne seront pas recevables ; Les lauréats des éditions précédentes peuvent candidater avec d’autres œuvres ; Sont soumissionnés uniquement les manuscrits qui n’ont jamais été publiés ; Date de lancement : juin 2025 ; Date limite de réception de candidature : 31 décembre 2025 à minuit.
ARTICLE 3 – INSCRIPTION
Pour s’inscrire au concours, chaque candidat doit : Remplir et déposer la fiche d’inscription avec le manuscrit sous format papier et numérique ; NB : Les candidats résidant hors de Yaoundé pourront envoyer leurs manuscrits et leurs fiches de souscription par email (editioneclosion@gmail.com). Payer les frais d’inscription qui s’élèvent à dix mille (10 000) francs CFA. Le paiement des frais d’inscription se fera soit en cash, au siège de la maison d’édition lors de l’inscription, soit par paiement mobile à l’un des contacts +237 678704086 /698031502. Avoir un manuscrit qui répond aux critères définis par la maison d’édition (cf. Article 5).
La fiche d’inscription disponible au siège de la maison d’édition sise à Yaoundé, Kondengui (route derrière Carrosel) ou sur notre site web www.editionseclosion.cm. Les inscriptions se font au siège de la maison d’édition ou en ligne après avoir payé et rempli la fiche d’inscription. La réception des manuscrits se fait à l’adresse : editioneclosion@gmail.com
ARTICLE 4 – CATÉGORIES EN COMPÉTITION
Les genres littéraires en compétition : Roman ou recueil de nouvelles ; Livre écrit en langue maternelle camerounaise ; Théâtre ; Poésie ; Livre en langue anglaise ; Bande dessinée ou livre pour enfant (illustré). Pour que votre inscription soit prise en compte, votre manuscrit doit remplir les conditions ci-après.
ARTICLE 5 – CARACTÉRISTIQUES DU MANUSCRIT
1- Contenu Pour cette édition, les organisateurs souhaitent valoriser les cultures et les valeurs africaines et surtout camerounaises. Pour ce faire, le manuscrit doit : Aborder des thématiques, les fléaux et problèmes, des histoires inspirées de nos réalités africaines ; Les noms de personnages, des villes, l’environnement… doivent s’inspirer des noms et lieux africains ; Le manuscrit peut être écrit en français, en anglais ou en langue maternelle camerounaise.
2- Format et présentation
Etre au format A4 portrait, écrit avec la police Times New Roman 12 pt, interligne 1,5 pt et justifié.
Nombre de pages du roman ou du recueil de nouvelle (100 à 200 pages), livre en langue maternelle (50 à 100 pages), bande dessinée et livres pour enfants (20 à 52 pages), poésie (50 à 100 pages) et théâtre (50 à 100 pages).
ARTICLE 6 – LES JURYS
Les jurys officiels sont composés de deux à cinq personnalités de la scène littéraire mondiale : écrivains, journalistes, universitaires, hommes de culture, etc. Ils sont chargés d’évaluer les manuscrits des participants, afin de désigner les lauréats par catégorie, et de leur décerner des récompenses. Les jurys ainsi que les membres du comité d’organisation ne peuvent en aucun cas participer au concours. Ces derniers ont le devoir de répondre à toute question relative aux critères d’évaluation des manuscrits. Les candidats s’engagent à respecter le choix établi. Les notations du jury seront établies selon les critères suivants : – Originalité : la manière de traiter le problème et l’histoire racontée – Pertinence de l’œuvre : problématique abordée. – Cohérence : une cohérence entre le titre du livre et le contenu, entre les différentes péripéties de l’histoire et thèmes traités. – Style d’écriture de l’auteur. Une fiche d’évaluation est mise à la disposition de chaque membre du jury.
ARTICLE 7 – LES PRIX
À l’issue du concours, les jurys choisiront une œuvre par catégorie. Les lauréats recevront chacun :
Un lot d’une valeur de 300.000 (trois cent mille) francs CFA (Roman, Poésie, Théâtre, livre pour enfants) ;
500.000 (cinq cent mille) francs CFA pour le livre écrit en langue maternelle ;
La signature d’un contrat d’édition avec les éditions Éclosion pour publication de l’œuvre gagnante ;
La publication et la vente de son livre. Le nombre de récompenses peut être amené à être modifié en fonction du nombre de participants : les jurys et le comité d’organisation peuvent primer jusqu’à trois lauréats par catégorie, s’il y a pertinence. Et ne primer aucun lauréat dans une catégorie si personne ne répond aux critères.
ARTICLE 8 – LES MINEURS
Les mineurs sont autorisés à participer au concours à condition de fournir une autorisation parentale pour l’inscription dûment signée par le parent ou le tuteur légal.
ARTICLE 9 – PROPRIÉTÉ INTELLECTUELLE
Les participants au concours reconnaissent avoir pris connaissance et acceptent le présent règlement. Ils autorisent expressément et à titre gratuit les éditions Éclosion à reproduire leurs noms, photos et titre du manuscrit ou extrait partiellement ou entièrement sur tous supports de communication et notamment sur le site, les réseaux sociaux de la maison d’édition ainsi que ceux de ses partenaires. Toutefois, après le concours, les candidats n’ayant pas été primés peuvent récupérer leurs manuscrits ou demander leur destruction, pour ceux qui ont déposé la mouture physique. NB : Déposez les copies de vos manuscrits, car ils ne seront restitués.
Les lauréats au prix littéraire OSÚ ont un délai de six mois (06) pour se rapprocher de la maison d’édition et prendre connaissance des modalités d’édition afin que nous puissions commencer le travail sur l’œuvre. Les couvertures des livres édités dans le cadre de ce concours porteront une mention spéciale.
ARTICLE 10 – MODIFICATION, ANNULATION
Les éditions Éclosion se réservent, à tout moment, la possibilité d’annuler ou de modifier sans préavis, si les circonstances l’exigent, sans que sa responsabilité puisse être engagée, le présent concours. Dans la mesure du possible, ces modifications ou changements feront l’objet d’une information préalable par tous moyens appropriés. En cas d’annulation, les éditions Éclosion devront faire part aux candidats et leur restituer les frais d’inscription ainsi que leurs manuscrits. En cas de désistement d’un candidat, aucune indemnisation ne sera offerte en compensation.
ARTICLE 11 – RESPECT DU RÈGLEMENT
La participation à ce concours implique le plein accord des candidats à l’acceptation du présent règlement et aux décisions concernant tout aspect de ce concours. Le non-respect du règlement entraîne l’annulation de la candidature.
La Directrice Générale des Éditions Eclosion, Christelle NOAH
« Où sommes-nous ? Qu’est-ce que je fais ici ? » C’était le premier signe de son amnésie, après cet accident qui a emporté l’amour de sa vie…
Nsili et Lenssi se revoient au hasard des choses. Nsili est médecin, elle revient d’une longue période de spécialisation en France. Une chose l’anime, faire ce travail qui, quelques années en arrière, ne lui permettait même pas d’avoir une vie descente. Rentrée de Paris, elle devient le médecin à avoir à tout prix. Comme quoi, traversez la mer et devenez automatiquement le plus compétent. Elle mène sa vie entre ses parents, son boulot, sa sœur, prise de temps en temps dans l’étau du fameux « Tu te maries quand ? » de sa mère, madame MESSINA.
Lenssi est son amour de jeunesse. A peine se sont-ils retrouvés par le hasard des choses, qu’ils se lancent dans une relation maculée de passion, d’amour, de rires… de toutes ces choses qui nourrissent les papillons dans le ventre. « (…) revoir Lenssi hier, a suscité une vive émotion en moi. », lirez-vous à la page 27. Leur mariage est alors une évidence quelques années plus tard, et de cet amour, tombera des fruits. Mais une ombre plane sur eux : Nsili n’est pas aimée de sa belle-mère et ses efforts pour se faire aimer restent vains. Le couple en fait tellement pour changer ce sentiment, que cela les mène à ce moment fatidique, ce 05 février, jour où tout a basculé… Ce jour où tous ces moments idylliques se sont effacés de la mémoire de ce personnage ; ce jour qui lui a prouvé que la vie valait d’être vécue ; ce jour qui a emporté la paix dans la vie de tous les personnages… « Vous avez une amnésie secondaire à votre accident de voiture », lui dira son psychologue au chapitre 7 qui porte d’ailleurs le titre « Amnésie », dès la page 173.
Le roman « Amnésique » est écrit sous un détail de chronologie et de lieux. Il commence à Paris en septembre 2018 et s’achève en février 2024 à Nkoteng. De sa plume, Yvette NOUGA, camerounaise et médecin épidémiologique, décrit une histoire où tout se veut rêve et beauté ; compréhension et amour ; appréhension et solution ; pleurs et rires… Paru chez Eclosion, une maison d’édition basée au Cameroun, « Amnésique » est une vague houleuse de 248 pages sous un temps intermittent de 10 chapitres et d’un épilogue. A travers cette vague, Yvette NOUGA dépeint ces choses que l’on voit tous les jours, qui passent inaperçues ou pas, mais qui s’impriment dans notre subconscient, jusqu’au jour où survient un événement qui vous fera les oublier entièrement ou pas. Elle a choisi de donner à chaque personnage la parole, pour exprimer, sans détour, ressentiment, gratitude, haine, complexe et la liste n’est pas exhaustive. La lecture de ce roman nous a permis de relever ce que nous appellerons les sept péchés sociaux de « Amnésique », ceux-là même qui portent ce roman :
Premier péché social : La non valorisation des diplômes locaux et des jeunes diplômés : Nsili subit des injustices et des salaires minables qui ne lui permettent même pas une gestion efficace des frais de transport, comme vous le lirez à la page 6. Aller en France change la donne, car « Au Cameroun, un médecin qui a un diplôme, même un simple diplôme universitaire obtenu d’une université étrangère et plus encore européenne ou américaine, a une aura décuplée face à ses pairs, de l’avis des patients. », lirez-vous à la page 7. Ou encore à la page 44 : « Nous avons un problème au Cameroun quand il s’agit d’avoir des postes de responsabilités. Etre jeune quand cela arrive, peut poser des problèmes. »
Deuxième péché social : les rapports avec la belle-famille: Dans ce roman, Yvette NOUGA dépeint les rapports belle-mère – belle-fille très souvent teintés d’hypocrisie ou de haine ouverte, mais aussi de beaucoup d’amour. Autant madame MESSINA était détestée de sa belle-mère, autant elle aimait Lenssi, son beau-fils ; et comme un mauvais héritage, Nsili a connu la même haine. Elle a bu presque jusqu’à la lie, la haine de sa belle-mère, Ma’a Seudjang, que même la naissance de son premier petit fils n’a pas réussi à adoucir : « C’est juste que je me disais que vous n’étiez pas obligés de rester ensemble parce que vous avez un enfant ! (…) Je t’ai trouvé quelqu’un qui soit à ta hauteur et qui te portera haut. », dira-t-elle à son fils, à la page 154, ne tenant pas en compte le fait qu’il était déjà marié, mariage auquel elle avait d’ailleurs décidé de ne pas assister.
Troisième péché social : Le tribalisme : Yvette NOUGA met sur le tapis le pseudo non amour entre les tribus camerounaises de l’Ouest et celles du Centre. Une pseudo haine qui a pourtant été à chaque fois la preuve d’unions solides et d’amour vrai entre mari et femme, le cas échéant, entre Lenssi et Nsili. Ce troisième péché est l’objet du rapport nocif entre Nsili et sa belle-mère. Elle est bassaa et ewondo, il est bangangté.
Au Goethe-Institut Kamerun : Pauline ONGONO, Yvette NOUGA et le Pr Chantal BONONO
Quatrième péché social : La pression familiale: « Comme toute mère, maintenant j’espère la voir mariée et maman. » Nsili n’avait pas défait ses valises à son retour de France que, déjà, sa mère nourrissait ses envies de belle-mère et grand-mère à la page 15. Elle n’est d’ailleurs pas la seule à lui mettre cette pression, tout son entourage semble voir en elle cette évidence du « tu dois déjà te marier et avoir des enfants ». Même si cet aspect est relevé avec douceur dans le roman, il n’en reste pas moins qu’il résonne comme un tambour d’Afrique dans le subconscient. Nsili n’avait pas trente ans, elle estimait avoir encore assez de temps pour réfléchir sur la situation.
Cinquième péché social : La maladie: Le roman « Amnésique », au-delà de sa connotation, est aussi le théâtre de la Covid-19 et de toutes les émotions, nouvelles habitudes et inventions médicamenteuses que cette période a connues, comme vous pourrez le lire à la page 38. Mais aussi, le souvenir de ce que la vie n’aurait peut-être plus été, cette chaleur que cette maladie aurait volée, si elle avait perduré.
Sixième péché social : L’amour : Il est vrai que lorsqu’on parle d’amour, on s’imagine toujours le beau et le bon, mais pensons-nous qu’il peut aussi être gage de conséquences désastreuses ? La lecture du livre vous montrera à quel point l’amour a gâché des vies : l’amour pour une mère, l’amour pour un fils, l’amour en trop grande quantité qui peut être agaçant des fois.
Septième péché social : L’orgueil : Voici un péché qui est commis par tous les personnages à un moment donné de leur évolution ; car s’il y a une force qu’a eu Yvette NOUGA lors de l’écriture de ce texte, c’est bien celui de l’évolution des personnages. Une qualité qui manque à plusieurs auteurs de romans.
Yvette NOUGA
Suivant « ces sept péchés sociaux », le titre de ce roman ne symbolise donc pas juste un état de perte de données cérébrales, mais une amnésie liée aux bienfaits de l’union des familles lors du mariage, au pourquoi de l’éducation locale, aux avantages multiculturels, au vivre-ensemble national (vécu pourtant hors des frontières, comme vous le lirez à la page 129).
« Amnésique », c’est aussi l’étalage de l’échec de la femme. Entre madame MESSINA qui ne comprend pas le désir de Nsili d’y aller doucement malgré tout l’amour qu’elle porte à Lenssi, Ma’a Seudjang qui refoule sa belle-fille… La femme, dans ce roman, est la cause du chaos qui va chambouler la vie des personnages.
« Amnésique », c’est une invitation à découvrir le Cameroun. Yvette NOUGA n’a pas été chiche, elle a valorisé les villes et villages du Cameroun, les rythmes, les néologismes, les prénoms à connotation camerounaise à l’exemple de « Nsili » qui signifie « question ». Vous pourrez y lire aussi : « les pleurs du Mbolé paktout-paktout » à la page 148 ; « no milk » à la page 149 ; « djoudou » à la page 103 ; et les lieux tels que Ebolowa, Nkolandom, Akoa-kass, Ekom-Nkam, Dibombé, Mont Manengoumba, Mbalmayo, Bangangté… Toutes ces choses qui témoignent de la simplicité d’écriture d’Yvette NOUGA et la facilité de lecture de ce roman.
« Amnésique », c’est aussi une somme de questions, une somme de « et si ». Et si elle ne l’avait pas aimé ? Et si elle l’avait accueillie ? Et s’ils ne s’étaient pas revus ? Et s’ils n’étaient pas issus de cultures différentes ? Et plein d’autres « et si ». Malgré sa couverture de couleur sombre, « Amnésique » est porteur d’espoir. Une sorte de Harlequin à la camerounaise qui vous transporte, vous éteint et vous fait renaitre. Il termine d’ailleurs à la page 248 avec la note : « Aujourd’hui, je débute un nouveau chapitre de ma vie ».
A cette ère où la santé mentale est de plus en plus démystifiée et concerne même ceux qui paraissent sains d’esprit, « Amnésique », premier livre de l’auteure, rentre dans le sillage des supports à utiliser pour en parler. Qu’il ait été choisi parmi les livres primés au prix littéraire OSU édition 2023 était donc judicieux.
Aussi vrai que lire des livres délivre, il suffira de dépenser 5000 FCFA, de le lire, pour être délivré. Contact : infoslitt@gmail.com