
« Mon enfant, ma vie » est un essai de la psychologue Rosine YEMELE qui a paru en 2021 aux éditions Éclosion. Il compte 110 pages regroupées en treize chapitres organisés en deux parties.
L’éducation de l’enfant est une tâche pas du tout facile. S’y pencher tel que l’a fait notre auteure est un acte à saluer.
Les transformations de la société africaine, confrontée au quotidien au modèle de vie occidentale, rend la chose encore plus complexe. Le parent-éducateur est donc confus, désemparé et trouve dans les textes comme celui de notre auteure une sorte de boite à outils pour ce travail à plein temps qu’est l’education de l’enfant.
Dans ce texte facile à lire parce qu’écrit avec des termes précis et concis, l’auteure présente dans le préambule qui précède les 13 chapitres, la méthodologie utilisée pour la rédaction de cet essai. Celle-ci va de la collecte des données auprès de parents dans différents fora pour cerner la « problématique de la perception » qu’ils ont de leurs progénitures. Ceci amène le lecteur au plat de resistance qui commence avec la première partie du livre qui s’intitule : « QU’EST-CE QU’UN ENFANT ? ».
Dans les dix chapitres que compte cette partie, l’auteure donne les clés permettant de comprendre ce qu’est effectivement un enfant. De façon plus précise, elle renseigne le lecteur sur comment pense, communique, agit, réagit et apprend un enfant. Il est également aborder la question sur comment l’entretenir, sur les besoins, les difficultés, les désirs de l’enfant et ce qu’on peut attendre de lui. À cette partie très dense succède la seconde qui comporte quant à elle trois chapitres: « COMMENT EDUQUER SON ENFANT PACIFIQUEMENT ».
Comme l’annonce ce titre, l’auteure propose ici quelques astuces et conseils pour mener à bien cette tâche.
Aujourd’hui, l’éducation des enfants est un domaine très prisé avec l’évolution des sciences sociales. La société moderne est de plus en plus complexe et les enfants doivent être préparés à affronter les défis de demain.
Le parent- éducateur, face à ce challenge, est partagé entre espoir et incertitude. Pour pallier cette situation, la psychologue Rosine YEMELE, à travers son livre « Mon Enfant, Ma vie » propose des astuces.
Au-dela de l’aspect structurel du livre, il nous apparait d’entrée de jeu que l’auteure essaye d’exposer, selon les disciplines, les concepts centraux qui permettent de définir et surtout de saisir ce qu’est « UN ENFANT ». Une chose pas tout à fait facile. Selon Rosine Yemele, « l’enfant est un être humain à part entière, de petite taille, qui a besoin de son entourage, avec qui il faut cohabiter, échanger. C’est également un être à former, à éduquer, à enseigner ; pas parce qu’il est ignorant de tout, mais parce qu’il a besoin de soutien intellectuel. » (p.19-20). L’auteure estime que l’enfant aurait une certaine « maturité cognitive » généralement imperceptible par les parents qui pourraient facilement influencer son ‘’Devenir’’ : d’où la nécessité de comprendre son « raisonnement », qui varie selon les tranches d’âges. « De 0-à 2 ans, l’enfant fonctionne selon le principe du ‘’Ça’’, ses désirs seraient des ordres. De 2-3 ans, c’est le ‘’Moi’’, il commence à prendre conscience de son individualité, il comprend qu’il est LUI et sa mère est ELLE. De 3-5 ans, le ‘’Surmoi’’, il intègre les règles et normes de fonctionnement de son environnement. De 5-8 ans, l’enfant est plus ouvert, il s’exprime et écoute. Enfin de 8-10 ans, il est capable de tenir un raisonnement logique et faire un choix ». (p.23-32).

Mais cette arithmétique semble trop simpliste pour appréhender l’intellect d’un être dynamique, évolutif, à notre humble avis.
Dans les chapitres 3 et 4, elle mentionne le fait que l’adulte traite l’enfant sans aucune considération pour sa personnalité. D’après elle, ceci est causé par l’incompréhension de ses besoins surtout quand celui-ci s’exprime par des : « cris, pleurs, gestes, balbutiements, formulations des phrases » (p.35-38). De plus, le parent néglige également de prendre en compte « des attitudes comme tout mettre dans la bouche, sucer une partie du corps ou reproduire ce qu’il ne sait pas mauvais, que le parent trouve déplacé » (p.41-44). Il faut souligner que Rosine Yemele mentionne avec force le fait que le processus d’apprentissage chez l’enfant qui commence dès le sein de sa mère se poursuit tout au long de son évolution, ainsi que le besoin permanent de se sentir « aimé » de ses parents, le prépare à affronter les conflits. Chaque enfant a un rôle à jouer. Le monde des adultes est construit sans enfant, égoïstement, sans une véritable attention à leur être propre. Pourtant, l’enfant et l’adulte n’ont pas les mêmes besoins, ne vivent pas au même rythme. De ce fait, leur coexistence est parfois difficile. Ce qui sera traité en deuxième partie.
La deuxième partie que nous trouvons déséquilibrée structurellement par rapport à la première se consacre à ce que l’auteure appelle l’éducation pacifique. C’est le lieu de proposer quelques préalables pour que le processus de ladite éducation soit harmonieux. Tout d’abord, Rosine YÉMÉLÉ suggère que le parent doit se connaitre (qualités, défauts, tempérament), et faire preuve d’une maitrise de soi. Ensuite, il est impératif pour lui de connaitre son enfant, ses traits de caractère, ses besoins, et surtout de l’aimer. Ceci doit se faire si possible avec l’apport des conseils et observations d’un spécialiste du comportement. Elle propose également la tenue d’un emploi de temps spécialisé, pour un meilleur suivi. Et enfin, elle rappelle ce qu’est un parent : quelqu’un qui doit éduquer, former, accompagner un enfant dans sa vie, tout en évitant d’être froid ou rigide.

Le premier rôle attribué à un parent est sans aucun doute l’éducation de son enfant. Cette éducation a en effet pour but de développer les qualités de l’homme qu’il est appelé a être. Dès lors, la première nécessité qui s’impose dans ce processus est avant tout de connaitre la personne à éduquer. L’éducateur est en réalité celui qui aide l’enfant à atteindre la maturité psychique afin qu’il puisse assimiler correctement les valeurs universelles et s’intégrer dans la société.
« Mon enfant, ma vie » propose une approche pacifique pour canaliser, orienter et rehausser les qualités positives de l’enfant. Pour réussir cette mission, le parent doit mettre de côté le « fouet » et la « colère », car l’enfant est un être social en devenir.
Il est aussi important de prendre en compte le fait que dans la culture originelle africaine, l’enfant appartient à toute la société (expérience du passage de main à main) et non plus seulement à ses parents biologiques. Très tôt, confronté à cette diversité d’acteurs à sa charge, il est préparé psychologiquement à une vie tumultueuse.

En lisant l’ouvrage, nous sommes malheureusement restés sur notre faim à plus d’un titre. En considérant le titre, tout lecteur non averti pourrait croire que cet essai offre une vision générale sur des cas pratiques des expériences de plusieurs ménages selon leur statut social, zone géographique ou encore selon leur aire culturelle. Force est de constater que l’essayiste a surtout développé son travail en se basant sur sa simple expérience personnelle et quelques notes générales sur la psychologie du développement de l’enfant. Elle n’a pas pris en compte la diversité et la complexite des situations qui peuvent caracteriser l’enfant. Car, comment étudier l’enfant, sans le situer à l’intérieur de sa culture, de son univers particulier où prédominent telle forme de pensée, tel climat affectif, tel niveau technique, tel mode d’affirmation de soi, tel type de langage ? Devrait-t-on en déduire que l’enfant de Nguelemedounga, de Bamena, d’Ebom-Zout ou de Bastos, d’Etoudi, d’Etoug-ébé ou encore celui en situation de handicap moteur, sensoriel, mental, cognitif, psychique… doivent avoir la même éducation ?
Evoluant dans un contexte multiculturel comme le nôtre, n’aurait-il pas été d’un meilleur apport de passer par le miroir de cette richesse pour mieux observer la question de l’enfant et son éducation, afin de proposer des conduites réalistes à tenir pour réussir cette éducation de manière « pacifique » ?
Au-delà de toutes ces remarques, « Mon enfant, ma vie » est un appel à l’autorité bienveillante, qui demande aux parents de faire plus d’efforts, de remettre en question leur mode de fonctionnement dans le but de s’adapter convenablement aux besoins de leur enfant. Une autorité qui se voudrait cohérente, ferme et souple; qui répondrait aux besoins de l’enfant en lui transmettant des règles claires. Ainsi, l’enfant comprendra ce qui lui est permis ou interdit. Et comprendra que la règle n’est pas une contrainte, mais une protection.
Arielle DNOUTCHEU,
Bibliothécaire jeunesse
Espace PUB’
















































