ONOMO Hôtel à Bonanjo (Douala) a accueilli, le jeudi 28 mai 2026 à 18 heures, le deuxième épisode des CafésLittéraires, une initiative portée par la Communauté Urbaine de Douala et ONOMO Hôtel. Cette rencontre, consacrée au recueil de poèmes Les Mots Parlants de la Camerounaise Diane-Annie TJOMB – qui a paru en janvier 2026 aux Éditions KADEÏ, a réuni un public nombreux et varié.
Dès les premières minutes des échanges, une pluie abondante s’est invitée à l’événement, toutefois, les invités ont continué à arriver progressivement, témoignant de l’intérêt suscité par l’œuvre et de l’attachement du public aux rendez-vous littéraires qui enrichissent désormais la vie culturelle de Douala. Dans de nombreuses traditions africaines, la pluie est perçue comme un signe de fertilité, de prospérité et de bénédiction. Tombée au moment même où les premiers échanges débutaient, elle a été interprétée par plusieurs avis comme une manifestation bienveillante, venant bénir cette célébration de la parole, de la création et du savoir. Comme si la nature elle-même avait souhaité apporter sa contribution à cette soirée dédiée aux mots et à leur pouvoir de transformation.
Les différentes interventions, qu’il s’agisse de la modération, de la note de lecture ou de l’intermède artistique, ont contribué à mettre en lumière la richesse de l’œuvre et à susciter un dialogue fécond avec le public. Les questions, réactions et témoignages ont démontré l’intérêt porté au livre ainsi que la vitalité de la scène littéraire locale. Animée par l’écrivaine DanielleEYANGO, dans une atmosphère chaleureuse et conviviale, cette rencontre a permis d’explorer les contours de Les Mots Parlants, tout en offrant au public l’occasion d’interagir avec les différents intervenants. Ces discussions ont été enrichies par la note de lecture de l’écrivaine PamNDJEN, l’intermède slam de Kermiss Art, les analyses, les témoignages et les lectures et perspectives proposées par plusieurs, comme l’écrivain Mutt-Lon, l’écrivain Jean-PierreNoëlBATOUM…
La présence des proches de Diane-Annie TJOMB, de ses amis, ainsi que de nombreuses figures du monde du livre, Jean-CharlesLEDOT (Consul Général de France à Douala), Jean-PaulBIBOUM (Directeur Régional de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) pour le littoral… a donné à ce café littéraire une dimension humaine particulièrement forte. Entre retrouvailles, découvertes littéraires, achat des exemplaires et échanges intellectuels, les participants ont partagé un moment où la littérature est apparue comme un véritable espace de communion.
Au terme de cette soirée, une certitude s’imposait : ni la pluie ni les contraintes du quotidien ne peuvent freiner le désir de lire, d’échanger et de célébrer la culture. Bien au contraire, cette pluie tombée au début de la rencontre restera sans doute dans les mémoires comme le symbole d’une soirée placée sous le signe de la grâce, du partage et de la bénédiction.
Le Café Littéraire du 28 mai 2026 autour de Les mots parlants aura ainsi été bien plus qu’une simple rencontre autour d’un livre, mais un moment de communion entre les mots, les hommes et les promesses d’un avenir culturel toujours plus fécond. On peut aisément affirmer que l’objectif de rassemblement, de prise de conscience, de bonheur pour tous nourri par Diane-Annie TJOMB a été atteint, l’espace des deux heures, dans la salle si chaleureusement décorée de ONOMO HÔTEL.
Dans Les mots parlants, la poésie cesse d’être un simple exercice esthétique pour devenir un espace de combat, de réparation et de conscience sociale. Portée par une écriture viscérale, Diane-Annie TJOMB transforme les blessures du monde en matière littéraire et interroge, avec une intensité rare, les violences faites aux corps, aux femmes, aux enfants et à l’humanité elle-même.
Les mots parlants se veut un livre qui dérange au point de modifier notre regard sur le monde. Ce recueil poétique, troisième livre de Diane-Annie TJOMB qui a paru aux Éditions KADEÏ en janvier 2026, ne cherche ni l’élégance froide ni le confort du lecteur ; il choisit la secousse. Dès les premières pages, les mots deviennent des témoins à charge contre une société qui banalise l’horreur, maquille les violences et apprend trop souvent à se taire plutôt qu’à regarder en face ses propres fractures.
Chez l’auteure, la poésie naît d’une nécessité presque organique. Chaque texte est lié à une histoire vécue, à une scène observée ou à une douleur absorbée comme une éponge humaine recueillant les drames de son temps. Ce rapport profondément émotionnel à l’écriture explique l’intensité qui traverse le recueil. Loin d’une poésie abstraite ou décorative, Diane-Annie TJOMB écrit avec les nerfs, avec les insomnies, avec cette impossibilité de détourner les yeux lorsque l’humain se dégrade. Elle confie d’ailleurs que certains sujets la poursuivaient jusque dans ses nuits, au point que l’écriture devienne une forme d’urgence psychique.
C’est peut-être là que réside la puissance la plus troublante de Les mots parlants : le livre révèle combien la littérature peut être un mécanisme de survie mentale. Dans une époque saturée d’images violentes et d’informations brutales, l’écriture agit chez elle comme une thérapie par les mots. L’auteure affirme avec justesse que ce qui n’est pas extériorisé par les mots finit par se transformer en maux. Cette phrase éclaire tout le recueil. La poésie devient alors un espace de décharge émotionnelle, mais aussi de reconstruction intérieure. Elle permet de transformer la colère en parole, la blessure en conscience, l’impuissance en engagement.
L’un des fils rouges les plus marquants du livre reste la dénonciation des violences sexuelles faites aux mineurs. Diane-Annie Tjomb ne contourne jamais le sujet. Elle le regarde avec une lucidité douloureuse et refuse l’euphémisme. Dans une société où le viol des enfants demeure encore entouré de silence, de honte ou de relativisme culturel, sa poésie agit comme une sirène morale. Elle ne parle pas seulement en écrivaine ; elle parle en citoyenne révoltée face à la déshumanisation progressive des consciences. Derrière ses textes se dessine une interrogation profondément psychologique : comment une société peut-elle produire des individus capables de sexualiser l’innocence d’un nourrisson ? Cette question, qu’elle pose avec une colère assumée, dépasse la littérature pour toucher au dysfonctionnement moral de notre époque.
La colère, justement, irrigue plusieurs poèmes du recueil. Mais ce n’est pas une colère aveugle ; c’est une colère éthique. Une colère née du spectacle quotidien de la brutalité humaine, de l’exploitation des plus vulnérables, du cynisme social et de l’effondrement progressif des repères. Dans le champ psychologique, cette indignation peut être comprise comme une réaction saine face à la normalisation de la violence. Lorsque l’horreur devient ordinaire, l’absence de colère devient parfois plus inquiétante que la colère elle-même. Diane-Annie TJOMB refuse cette anesthésie collective. Ses poèmes rappellent que s’indigner demeure encore une preuve d’humanité.
Diane-Annie TJOMB
Le corps féminin occupe également une place centrale dans son œuvre. À travers des textes comme Je ne suis pas une jupe ou À la lycéenne, l’auteure déconstruit le regard social posé sur les femmes, particulièrement sur les jeunes filles. Elle écrit avec la mémoire de celle qu’elle a été, mais aussi avec la conscience adulte de celle qui comprend désormais les mécanismes de domination symbolique. Son écriture révèle combien les violences faites aux femmes ne sont pas seulement physiques : elles sont aussi psychologiques, culturelles et langagières. Réduire la femme à un corps, c’est déjà lui retirer une part de son humanité. Cette objectification permanente produit des conséquences profondes sur l’estime de soi, la confiance et la construction identitaire des jeunes filles. En appelant celles-ci à défendre leur dignité humaine, Diane-Annie TJOMB propose une littérature qui répare autant qu’elle alerte.
Mais Les mots parlants ne se limite pas au désespoir. Au milieu des ténèbres, le livre cherche obstinément des figures de lumière. L’auteure cite notamment l’exemple de Denis Mukwege, symbole d’une humanité qui refuse de capituler devant la barbarie. Cette coexistence entre l’horreur et l’espérance donne au recueil sa profondeur émotionnelle. Diane-Annie TJOMB ne croit pas naïvement en l’homme ; elle choisit de croire en ceux qui réparent l’homme. C’est une nuance essentielle. Son optimisme n’est pas une innocence, mais une résistance.
Cette tension entre douleur et espérance traverse aussi sa conception de l’amitié, de la loyauté et des relations humaines. Après avoir connu des amitiés superficielles, elle revendique désormais des liens rares mais authentiques. Cette exigence relationnelle révèle une conscience aiguë des blessures affectives modernes. Dans des sociétés où les relations deviennent parfois performatives et utilitaires, son écriture défend une éthique de la sincérité. Psychologiquement, cette quête d’authenticité apparaît comme une manière de préserver son équilibre intérieur face aux violences émotionnelles du monde contemporain.
La spiritualité occupe enfin une place discrète mais fondamentale dans son processus créatif. L’écriture est présentée comme une mission, presque un sacerdoce. Cette dimension spirituelle donne au recueil une profondeur particulière : écrire ne consiste plus seulement à produire des textes, mais à servir une fonction morale et humaine. Chez Diane-Annie TJOMB, la poésie devient prière, méditation, transmission et responsabilité. Elle écrit pour instruire, encourager, compatir et relever. Cette posture rappelle le rôle ancien des écrivains africains engagés, pour qui la littérature ne pouvait être dissociée de la communauté et du destin collectif.
Le parcours de l’auteure explique également la richesse de son regard. Communication, audiovisuel, paramédecine, littérature : toutes ces expériences se croisent dans son écriture. La journaliste enquête, la soignante tente de réparer, et la poète transforme le réel en parole vive. Cette hybridité donne à ses textes une intensité presque documentaire, sans jamais sacrifier la dimension poétique.
Avec Les mots parlants, Diane-Annie TJOMB rappelle que la poésie peut encore être un acte social majeur. Dans un monde où les consciences s’usent vite, où les tragédies deviennent des statistiques et où les émotions se consument dans le flux numérique, elle redonne aux mots leur fonction première : réveiller. Son livre ne demande pas seulement à être lu ; il demande à être entendu.
À travers Les mots parlants qui a paru chez KADEÏ, l’auteure camerounaise Diane-Annie TJOMB livre une poésie de feu et de chair, où chaque vers résonne comme un cri, une dénonciation ou une prière. Dans cet entretien, elle revient sur la genèse d’un recueil profondément engagé, né d’une nécessité intérieure face aux violences, aux injustices et aux silences complices qui traversent nos sociétés. Entre colère « saine », quête de sens et foi en l’humain, sa plume se fait à la fois arme, refuge et espace de réparation, portant haut la voix des invisibles et invitant chacun à une prise de conscience essentielle.
La poésie est une mission, pas un loisir.
Les mots parlants rassemble des poèmes très engagés. Qu’est-ce qui a déclenché l’écriture de ce recueil ?
La poésie, pour moi, est un lieu d’expression de mes états d’âme. Chaque poème que l’on retrouve dans ce recueil est relié à une histoire vécue, ou à une capture de vie qui m’a bouleversée, soit par l’éclat de sa beauté, soit pour la plupart, malheureusement, par son horrible laideur.
Pourquoi avoir choisi ce titre, Les mots parlants ?
Je souhaitais, en choisissant ce titre, donner la parole aux mots, pour qu’ils parlent sans ambages, des scènes de vie, ou des sujets dont on parle avec tact et pudeur. En parcourant ce recueil, vous remarquerez que certains mots sont verts. Le but était de choquer pour interpeller.
À quel moment avez-vous senti que ces textes formaient un ensemble cohérent destiné à devenir un livre ?
Lorsque en faisant le décompte, j’ai réalisé que je m’étais exprimée dans une vingtaine de textes, et sur des sujets différents, j’ai su que c’était le moment de publier mes réflexions. Je ne recherchais pas tant la cohérence, mais la pertinence et la valeur que ces textes pourraient apporter dans l’érection d’une société plus saine et équilibrée.
La note de l’auteure présente l’écriture comme un outil de lutte. Contre quoi écriviez-vous en priorité ?
Contre l’exécrable. Les sujets qui traitent des viols sur mineurs constituent la principale raison d’être de ce recueil de poèmes. Je ne pouvais plus me taire face à cet odieux phénomène qui gagne les mœurs, et qui s’intensifie au fil du temps. Protéger les enfants des prédateurs sexuels, est un combat qui nous concerne tous.
Justement, vos poèmes abordent des sujets sensibles : migration, violences sexuelles, condition féminine, hypocrisie sociale, gouvernance, environnement. Est-ce un choix délibéré ou une nécessité intérieure ?
Aborder tous ces sujets était une mission. Ne pas en parler m’aurait dévitalisée. J’ai parfois résisté à la pression d’écrire sur certains sujets, mais je ne savais plus comment convaincre le sommeil de revenir habiter mes nuits, jusqu’à ce que je cède. C’est pour cette raison que je parle de Mission, et non pas de plaisir ou de loisir.
Diane-Annie TJOMB, auteure camerounaise
Plusieurs textes donnent l’impression d’un cri, parfois même d’une colère assumée (Saine colère !, Aucune vitrine ne doit exposer l’horreur). Quelle place la colère occupe-t-elle dans votre écriture ?
Certains jours, j’étais consumée par une colère « saine » en écrivant. Cette colère interroge l’ingéniosité qu’ont les êtres humains à développer des vices, et à se servir des plus vulnérables pour leur phase expérimentale. Sinon, dites-moi comment peut-on nourrir des pensées érotiques vis à vis d’un nourrisson !
Vous êtes donc convaincue que la poésie peut réellement sensibiliser, voire provoquer un changement social ?
Je pense que se taire nous rend complice. À force d’en parler, de sensibiliser, d’exposer, d’éduquer… certains paradigmes mentaux confortablement installés cèderont.
Y a-t-il un thème qui vous a été particulièrement difficile à aborder émotionnellement ?
C’était très bouleversant pour moi d’aborder des sujets où la vie des uns est mise en péril par l’avidité et la stupidité des autres. Mee référant à « Saine colère », je trouve que c’est absurde d’ôter la vie à un albinos, pour des rituels, dans l’espoir d’être installé à une haute fonction.
Des poèmes comme « Je ne suis pas une jupe », « À la lycéenne » ou « La douzaine à peine » interrogent le regard porté sur le corps féminin. Écriviez-vous en tant que femme ou en tant que citoyenne ?
Dans ces poèmes, c’est la jeune fille que j’ai été, qui expose ses frustrations, et prépare celles qui passeront par cette spirale, à mieux s’outiller pour se défendre. C’est également la femme que je suis, qui porte un message visant à tordre le cou aux perceptions qui présentent la femme comme « le corps privé de tête ». De ce point de vue, mon engagement est à la fois personnel et citoyen.
Quel message souhaitez-vous transmettre aux jeunes filles qui liront ce recueil ?
À toutes les jeunes filles qui me liront, défendez votre dignité humaine. Ne faites jamais pour plaire, et ne paraissez jamais pour être. Soyez ambitieuses, pas déraisonnées. Chaque palier à franchir pour arriver au sommet est nécessaire, car ils permettent de renforcer notre confiance en soi, d’acquérir de l’expérience, et de gagner en maturité.
La poésie est alors pour vous un espace de réparation pour les blessures liées au genre et aux discriminations ?
Je perçois la poésie comme un espace de réparation des blessures de tout genre. Une thérapie par les mots est parfois nécessaire. Tout ce que l’on n’arrive pas à extérioriser par des mots, se manifestera plus tard par des maux qu’on devra soigner.
L’homme apparaît souvent comme « déshumanisé », mais aussi capable du meilleur (L’homme qui répare les femmes). Êtes-vous pessimiste ou profondément croyante en l’humanité ?
Je voue une profonde admiration à celles et ceux qui se battent pour rendre à l’Homme sa dignité humaine. En dépit de toutes les atrocités causées par des humains, je reste optimiste, grâce aux actions des personnes qui se démarquent.
Plusieurs poèmes célèbrent l’amitié, la loyauté, la transmission. Ces valeurs sont-elles au centre de votre vie personnelle ?
J’ai le privilège d’être bien entourée aujourd’hui. Les valeurs que je promeus sont au cœur de ma vie. Sur le plan relationnel, j’attire ce que je suis, et ça me garde cohérente et équilibrée.
Dans « Qui est réellement un ami ? », vous semblez poser des exigences très fortes à l’amitié. L’écriture vous permet-elle de fixer vos limites ?
Pour avoir été victime plusieurs fois des amitiés frivoles et superficielles, je préfère décrire qui je suis comme amie, et ce que je trouve rédhibitoire en amitié. À ce jour, mon cercle d’amis est restreint, mais riche en loyauté, en sincérité, et en authenticité.
La foi traverse discrètement mais profondément le recueil (Sacré ingénieur, Convictions, Hemlé). Quelle est la place de la spiritualité dans votre processus créatif ?
J’entretiens une relation privilégiée avec mon Créateur. Chaque fois que je tiens ma plume, c’est avec la ferme conviction de remplir l’une des missions qu’il m’a assignée. Écrire devient donc un sacerdoce où j’offre ce que j’ai de plus cher, pour instruire, encourager, compatir, relever. Chaque texte que je produis dévoile une partie de mon humanité.
Pensez-vous que l’écriture peut être une forme de prière ou de méditation ?
Je pense que si l’écriture est une forme d’expression, elle pourrait être une forme de prière et de méditation pour certains, car elle libère celui qui écrit et instruit celui qui lit.
Écrire est donc pour vous un moyen de vous comprendre ou de vous rapprocher d’un sens supérieur ?
Écrire est un moyen de partager avec les autres, les choses que j’ai comprises, et d’interroger celles que je ne comprends pas. Pour chercher à me comprendre, je préfère m’isoler, et passer mes actes au crible de ma conscience.
Votre poésie est directe, imagée, parfois narrative. Comment définiriez-vous votre style ?
Je dirai que j’ai opté pour un style libre, et c’est fait à dessein. Je suis libre de m’exprimer dans tous les styles, libre d’introduire des rimes ou pas. L’essentiel étant de laisser parler les mots.
Écrivez-vous avec une musicalité précise en tête ou laissez-vous le rythme venir naturellement ?
La plupart du temps, je laisse le rythme des mots venir naturellement. Quelquefois, cela crée une musicalité, qui au départ n’était pas visée. C’est l’effet surprise qui vient sublimer le texte.
Votre parcours mêle communication, audiovisuel et littérature. En quoi ces expériences nourrissent-elles votre écriture poétique ?
Ces différents parcours, sans oublier la para médecine, sont des expériences cumulées qui ont forcément eu une influence sur l’écrivain que je suis aujourd’hui . Je suis riche de tout ce que j’ai été, et cela a une forte répercussion dans mon écriture : on retrouve la journaliste qui investigue pour comprendre, l’assistante en cabinet médical qui cherche à prendre soin des autres, la littéraire qui écrit pour matérialiser son engagement.
Après deux romans et ce recueil de poésie, que vous apporte la poésie que les autres genres ne vous offrent pas ?
La poésie me dévoile. Dans les autres genres, je me sers des personnages pour faire passer mes opinions. Dans la poésie, j’incarne mes opinions
Le Prix Francis Bebey obtenu en 2024 a-t-il changé votre rapport à votre statut d’écrivaine ?
Je me suis toujours répétée que l’on n’écrit pas pour gagner des prix, jusqu’à ce que je découvre avec le prix Francis Bebey, quelle crédibilité les prix nous confèrent. Aujourd’hui, partout où je suis invitée, mon nom est suivi de mon prix, et ça suscite de l’intérêt.
Comment souhaitez-vous que le lecteur referme Les mots parlants : apaisé, bouleversé, questionné, autres ?
Je voudrais que chaque lecteur referme « LES MOTS PARLANTS » bouleversé par ce qu’il a lu, et apaisé de savoir qu’il y a des Denis MUKWEGE dans toutes les sphères sociales.
Y a-t-il un poème qui vous ressemble le plus dans ce recueil ?
Je pourrais m’identifier dans plusieurs poèmes de ce recueil, mais encore plus dans « Immortel », parce que : Je rêve d’une vie d’étoile Mais pas celle des étoiles qui s’étalent sur la toile Celle d’un astre lumineux qui chasse les ténèbres Qui s’infiltre partout où la nuit célèbre.
Vous avez débuté le concept « LES ESCAPADES LITTÉRAIRES DE DIANE-ANNIE TJOMB ». Dites-nous en plus.
« LES ESCAPADES LITTÉRAIRES DE DIANE-ANNIE TJOMB » est un concept qui porte la vision d’amener la littérature en milieu scolaire, comme ce fut le cas à Bengbis et à Bana ; dans la rue ; et dans d’autres milieux que vous découvrirez bientôt. C’est un concept qui promeut une littérature mobile, accessible à toutes les couches sociales.
Quel est votre mot pour la jeune génération littéraire africaine ?
Je dirai à la jeune génération littéraire africaine, que les lecteurs ne cherchent pas des textes parfaits, mais des textes qui révèlent notre singularité. Les lecteurs veulent s’identifier à nous à travers nos émotions. Offrons leur des textes cohérents et crédibles, qui découlent de notre authenticité.
La couverture du recueil de poèmes Les mots parlants de Diane-Annie TJOMB se présente comme une véritable œuvre de sens, où l’image précède et annonce la puissance du verbe poétique. Bien plus qu’un simple habillage visuel, elle agit comme un texte silencieux qui prépare le lecteur à l’univers intérieur de l’auteure.
Au centre, un visage féminin fragmenté incarne l’âme humaine, à la fois vulnérable et créatrice. Cette fissure symbolique suggère que la parole poétique naît souvent de la blessure, de l’intime et de l’indicible.
Le cœur lumineux, offert par des mains ouvertes, renvoie à l’origine profonde des mots : un lieu d’émotion, de vérité et de don. La poésie apparaît ainsi comme une nécessité vitale, un souffle intérieur qui cherche à se dire.
Autour de cette figure centrale, les éléments naturels : savane, arbres, ciel ouvert, inscrivent l’œuvre dans un espace à la fois africain et universel, évoquant la mémoire, l’enracinement et la transmission ; tandis que l’oiseau blanc, la colombe, qui s’élève au-dessus de la scène, vient apporter l’inspiration, la paix et l’élévation spirituelle. Et l’ensemble crée un dialogue entre la terre et le ciel, entre le vécu et le sacré.
La palette de couleurs chaudes et contrastées accentue l’intensité émotionnelle de la couverture. Le fond neutre, lui, met en valeur l’illustration centrale.
Le titre, LES MOTS PARLANTS, affirmé en rouge, annonce une poésie vivante, engagée, porteuse de sens, où chaque mot semble animé d’une voix propre.
Le visuel de Les mots parlants fonctionne comme un seuil poétique : elle promet un recueillement profond, introspectif et lumineux, où la parole devient un acte de vérité. Avant même la lecture, l’image parle déjà et invite le lecteur à écouter.
Pauline M.N. ONGONO
Les mots parlants est un recueil de poèmes qui a paru aux Éditions KADEÏ en janvier 2026. Il coûte 5.000 FCFA. Il est disponible au Cameroun :à Yaoundé (Librairie des peuples noirs), à Douala, et peut être expédié partout. Il est aussi disponible en lecture payante sur www.appteere.com
Contact : editionskadei@gmail.com ou +237 690195126