Les mots parlants de Diane-Annie TJOMB : retour sur la séance du 15 Pages Par Jour Bookclub

Le samedi 20 juin 2026, le club de lecture 15 Pages Par Jour a tenu sa rencontre mensuelle à La Maison des Savoirs, bibliothèque sise à Yaoundé, au quartier Étoudi. Animés par Ray NDEBI, les échanges ont débuté à 15h et, pendant près de deux heures, ont vu s’ouvrir des portes insoupçonnées du recueil de poésie paru aux Éditions KADEÏ en janvier 2026, Les mots parlants, proposé par son auteure Diane-Annie TJOMB pour une lecture critique ouverte. Au bout du jour, alors qu’une grosse pluie s’abat sur la capitale du Cameroun, une idée commune a germé dans chaque esprit, et c’est ce qui va constituer ce retour de lecture.

À cette rencontre étaient présents les membres réguliers du club de lecture, ainsi que l’écrivaine Pierrette NDZIE, grande passionnée de lecture, qui a contribué avec ses perspectives de cet ouvrage, à construire une lecture plus approfondie de la plume du jour.

DIANE-ANNIE TJOMB, L’ENGAGEMENT HUMAIN

Quand une plume se déploie sous le coup de la révolte, il est attendu d’elle un engagement traditionnel ; aller en guerre contre un état des lieux ou pour une cause toujours donnée noble. Hors de ce registre, les auteurs sont surtout dits de gare ou de distraction. Avec Diane-Annie TJOMB, nous découvrons, sous cette nouvelle plume (c’est son troisième livre, après deux romans, Liaa et TUBA B.), une identité d’écriture singulière. Nous allons essayer de la présenter en quelques points :

Prendre les devants

JE, ainsi se tient la plume de l’auteure ici, pour dire au monde que chaque pas qu’elle marque est assuré, assumé. Elle ne laisse donc planer l’ombre d’aucun doute quant à la démarche prise au long des trente-sept poèmes offerts dans ce recueil à la fois public et intime. C’est à ce titre qu’elle ouvre son appel avec le texte Oser, dans lequel elle utilise “nous” ce « je » pluriel par lequel elle indique au lecteur « je suis parce que nous sommes ». Le même ton vient conclure le recueil, pour dire « nous commençons ensemble, nous poursuivons ensemble » ; et la tragédie de Mbanga Pongo, portant ce dernier élan, symbole de cet ensemble dans la reconstruction des bonheurs.

À travers les lignes, parfois vers parfois proses, Diane-Annie TJOMB se lève, comme dans Debout !, et passe à l’action. « Debout je me tiendrai pour te montrer…» illustre bien ce don de soi pour que l’ensemble apprenne par la voie de la Passion plutôt que par celle du soutien. Elle invite alors chacun à se prendre en main exactement là où il se trouve ; en fonction de sa condition réelle, pas celle que l’on veut commune ou empruntée. C’est donc un JE universel qu’elle propose d’entreprendre au cœur de soi.

Ouvrir des voies

L’autre enseignement que nous avons retenu en confrontant nos lectures de Les mots parlants, est l’ouverture à une expérience nouvelle. La pensée de Diane-Annie TJOMB est orientée vers l’authenticité, la reconnaissance de ses propres valeurs face à ce que la tendance offre : partir. Billet d’au revoir, par exemple, renseigne pleinement sur la résilience ; mais pas une résilience qui résonne comme un refrain à la mode, mais celle-là qui reconnaît sa force dans une « forêt hostile » sur des « plages fragiles », même quand « on vit dans notre propre pays en aventurier, comme des immigrés ».

Cette lettre à Léopoldine qui se conclut par « J’exhumerai mes rêves pour leur insuffler de la vie », et ce en allant à la conquête de ce pays qu’elle ne connaît pas assez pour aller en visiter un autre. L’auteure nous dit que l’eldorado est chez soi, il ne sert à rien de rêver d’un ailleurs qui espère nous voir renier nos racines. Et nous comprenons alors que pour aider notre pays, nous devons apprendre à le connaître.

Prendre le courage de décliner l’indécent exposé par Mes valeurs d’abord !, malgré « le regard féroce, d’une laideur terrifiante, de la souffrance ». Hemlé vient ajouter de l’énergie pour « atteindre l’inaccessible », parce que « les chemins sinueux ne constituent pas toujours des abîmes ».

Lire la plume de cette native de Bengbis c’est aller et oser, même « par effraction » pour commencer, car tout finit par s’arranger quand on est plusieurs.

Préserver l’équilibre

S’engager. Voilà ce qui nous a le plus pris du temps durant nos échanges. Certains ont dit l’auteure philosophe, d’autres psychologue. D’autres encore martyr. À la lumière des réflexions exposées, elle est simplement Humaine. Sous sa plume, on voit aussi la victime terrée dans chaque bourreau. « Ce n’est pas contre vous que le soleil brille/…/Il ne vous accuse pas, il vous inonde » ; ainsi apparaît le côté réparateur de Diane-Annie TJOMB. Comme dans L’homme qui répare les femmes, elle vient réparer l’âme du bourreau ; cette âme victime d’une oppression encore plus lourde pour elle que les souffrances que répandent ses mains.

Quand on a parlé de Les mots parlants, l’engagement humain (autant par la personne que par l’âme) a sanctionné les discussions. Diane-Annie TJOMB se tient au cœur de la condition humaine pour laisser s’exprimer sa clairvoyance. Avec elle, la prophétie perd ses atouts d’annonces soutenues par des « Amen » de convenance, pour se faire souffle et habiter l’esprit en proie au doute. Ce qui viendra ne viendra pas par hasard ou miracle, mais parce que tu l’as choisi. Debout ! nous dit que « le bonheur est une graine qui se cultive tout au long du chemin ». Rien ne nous attend si ce n’est ce vers quoi nous choisissons de marcher. Et c’est de sa propre expérience (parlant de la plume) qu’elle puise toutes ces ressources afin que l’autre s’en inspire.

Si nous devons énumérer tous les points qui présentent Les mots parlants de Diane-Annie TJOMB, un grand volume devra être nécessaire, tant sa plume permet des voyages et des explorations multiples au sein de chaque poème, de chaque vers. L’aspect humain, psychologique, lui confère un statut particulier en ce qui concerne l’engagement ; si parfois ses positions sont fortes comme au bout de Sonette, nous savourons l’équilibre qu’elle tient entre le bien et le mal, le bourreau et la victime… Dans une terre où « on traverse la vie sans vivre », seule la résilience permet d’éviter l’âbime, et pour cela, il faut apprendre à se connaître, s’assumer et s’exprimer.

A la fin de la séance, dehors il pleuvait des cordes, dans la salle, il pleuvait des 9/10, des 8/10, donnant une note générale de 8,75/10 à Les mots parlants.




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