
Bonjour, Marel Fleuri et merci d’avoir accepté de participer à ce jeu de questions. Vous êtes auteur, homme de loi, très engagé dans l’écriture et diverses activités littéraires dans votre continent et dans d’autres.
L’écriture est souvent un voyage qui commence dans l’enfance. Pouvez-vous nous parler de votre premier rapport aux mots, aux histoires ? Y a-t-il un livre, un conteur ou une anecdote fondatrice qui a éveillé en vous le désir d’écrire ?
Écrire, à mon avis, relève de l’innéisme ; c’est quelque chose d’inné, avant qu’un événement ne vienne déclencher la flamme… Puis, on se met à écrire. On se lance en littérature. Pour ce qui me concerne, j’ai été habitué d’abord à lire par mon père, qui était enseignant. Donc, je lisais ses documents dès l’école primaire et au collège. C’est au Lycée que je me lance dans l’écriture. J’écrivais des poèmes, imitant les grands poètes de la littérature congolaise, africaine et française… Je voulais leur ressembler et donc faire comme eux. C’est en cherchant à me détacher d’eux que naissait progressivement l’inspiration. J’ecrivais sous l’œil attentif de mes professeurs, des amis et un oncle paternel qui consacrait beaucoup son temps à m’apporter sa critique littéraire. Il enseignait à l’université. Enfin, pour reprendre les mots de Nicolas BOILEAU : « Avant d’écrire, il faut lire. » Je suis moi-même un lecteur.
Votre parcours personnel et professionnel (en dehors de la littérature) influence-t-il votre écriture ? De quelle manière ?
L’ecrivain est celui qui dépeint la société ; celui qui décrit le monde autour de lui. Rien n’est imaginaire si ce n’est de la fiction littéraire. J’admets que ma plume, outre mes lectures, recherches et découvertes, est le reflet de mon parcours personnel (milieu social) et professionnel, que j’exprime par des figures de style. J’écris suite à un ressenti, à une réaction, à une découverte… pour que l’inspiration cadre avec l’existentielle.
Comment définiriez-vous votre « laboratoire » d’écriture ? Avez-vous des rituels, des conditions particulières (lieu, heure, supports) pour écrire ?
Tout dépend du moment où l’inspiration arrive. L’inspiration peut arriver soudainement ou progressivement, pendant la sieste, en mangeant, en me promenant, en privé, en famille… Il m’est arrivé d’écrire en plein vol. Ma plume est naturelle et n’obéit à aucune condition préalable.
Votre livre « FRAGMENTS DE VERS DANS LE CIEL » a été salué lors d’un appel à textes de la maison d’édition La perle noire. D’où est venue l’étincelle initiale de ces textes ?
Je dois rappeler que c’est juste la profondeur de l’inspiration qui est le socle de ma plume. Sur la forme, je suis partisan du Classicisme. J’apprecie un poème quand il y a la rime, l’assonance, la versification… Au début de ma plume, j’écrivais des

poèmes en vers libres, mais en admirant le style classique, j’ai rectifié ces vers et les ai transformés en poèmes classiques. Dans le fond, je vise toujours un message à travers mes écrits. Je n’écris pas pour écrire. J’ecris pour porter un message et je m’adresse à mon époque. Pour rappel, quelques poèmes de ce recueil, je les ai rédigés en plein dans le ciel notamment « Climaticide ». Il s’agissait, avec ce poème, d’attirer l’attention du monde actuel, des dirigeants actuels, pour agir en faveur du climat, de la protection de l’environnement, afin d’épargner les générations futures des fléaux que nous provoquons à cause de nos comportements climaticides. Outre cette thématique, j’ai aussi mis l’accent sur l’ « Afritude ». c’est un concept de l’engagement, de la détermination, de la mise en valeur de soi en tant qu’Africain. C’est un appel à dépasser la Négritude, qui longtemps à incarner la réclamation de l’identité des « Noirs». Avec l’Afritude, travaillons, écrivons… sans faire du bruit mais avec un impact pour la valorisation de notre identité. Notre respect ne viendra pas des autres, mais de nous-mêmes, de la façon dont nous la concevons, de la façon dont nous nous faisons respecter… au lieu de crier dans les tribunes du monde.
Sans être exhaustif, je pense que cette profondeur a su toucher le comité d’organisation du Prix Littéraire La Perle Noire, qui a salué mon œuvre, son contenu et sa qualité. D’ailleurs, si je ne me trompe pas, le mot « Climaticide » va rejoindre le dictionnaire français de 2026. c’est une victoire pour toute la littérature africaine d’expression française et un signe qu’elle est au service des peuples francophones confrontés à des défis climatiques d’envergure.
Vous écrivez en français. Comment travaillez-vous la langue, le rythme de vos phrases ? Pensez-vous à incorporer des sonorités, des expressions ou une musicalité issues du congolais ?
Je fais partie des auteurs africains d’expression française. Ce qui veut dire qu’à la base, il y a la langue du terroir, sonorités, expressions et musicalité que l’on retrouve forcement. Les lieux indiqués dans certains extraits sont des lieux qui existent, à l’instar de Nji-Nji, qui est l’appellation traditionnelle de la ville de Pointe-Noire ; pareille pour Foa, qui est l’ancienne appellation de la ville de Brazzaville. Vous retrouverez des noms comme Issapa, qui est une zone ayant appartenu à mes ancêtres paternels, ou la Ndeko, qui est une rivière qui mène au village de mes parents maternels. Si cela est rendu peu visible en poésie, dans les prochaines parutions, tel le projet de Nouvelles qui sera intitulé « Contes et Anecdotes de chez moi », la Congolité trouvera toute sa place, toute sa couleur.
« LES TROMPETTES », votre premier recueil de poèmes, se ancre profondément dans l’histoire et la réalité sociale. Comment abordez-vous la responsabilité (ou la liberté) de l’écrivain face à cet héritage souvent lourd et complexe ?
L’ecrivain est un acteur social de haut rang. On vient à l’écriture pour perpétuer cette responsabilité, hériter de nos prédécesseurs. On ne se contente pas de dénoncer les vices et les travers mais aussi de construire l’harmonie, de susciter la foi en un avenir meilleur, de rappeler à chaque génération sa part de contribution attendue par notre société, pour qu’elle soit meilleure. Tout se perd si dans une société, les écrivains ne font pas leur travail : la conscientisation du peuple, le rappel à l’élite dirigeante, le rôle de la jeunesse dans la résolution des fléaux qui la persécute… C’est cette responsabilité que je porte à travers ma plume ; et elle se ressent à travers mon recueil de poèmes « LES TROMPETTES ou POEMES DE LA PREMIERE FEUILLE ».

Il vise à décrire, dépeindre, denoncer, rappeler, détendre, attirer une certaine attention dont chaque poème sous-tend une thématique donnée : le travail, la haine, la jalousie, la dépravation des mœurs, le rôle des jeunes dans une société. Redépeindre l’Afrique comme une terre de valeurs et non une terre de malheur… Cette responsabilité consiste, pour moi, à m’adresser à ceux de mon temps ainsi qu’à notre postérité, afin qu’ils savent que la littérature est une arme constructive quand on la remplit d’œuvres de qualité.
La littérature africaine, et congolaise en particulier, connaît un dynamisme extraordinaire. Comment vivez-vous cet « être-auteur » congolais aujourd’hui, sur la scène locale et internationale ? Nous rappelons d’ailleurs que « FRAGMENTS DE VERS DANS LE CIEL » a paru en France le 14 septembre dernier.
Je dois rappeler que le monde littéraire d’aujourd’hui est en mutation. Celle-ci est due au déclin de la place du livre comme instrument d’acculturation et l’avènement des nouvelles technologies. Ce qui exige des auteurs plus d’originalité dans leurs œuvres pour attirer l’attention, susciter l’intérêt… L’ « être-auteur » congolais se retrouve donc face à cette réalité. Mais, au regard des distinctions enregistrées par les auteurs congolais tant au pays qu’à l’étranger, l’ « être-auteur » congolais se porte mieux et se montre résilient sur la scène locale et internationale. Pour ce qui est de « FRAGMENTS DE VERS DANS LE CIEL », le recueil est déjà disponible en ligne ; l’éditeur se charge de la mise en vente sous différentes plates-formes.
Quels sont les auteurs congolais (classiques ou contemporains) ou africains qui vous ont marqué, influencé, ou que vous admirez tout simplement et que vous aimeriez recommander ?
Je suis admirateur de tous mes prédécesseurs et je leur rends hommage. Certains, tels TCHICAYA-DE-BOEMPIRE, Jean MALONGA…, je les ai honorés dans lun de mes poèmes qui paraîtra prochainement. Plusieurs parmi eux m’ont marqué et je m’inspire d’eux Henri LOPES, TATI LOUTARD, Guy MENGA, TCHICAYA-U-TSAM’SI, Henri DJOMBO, Sony Labou TANSI, Emmanuel DONGALA… je vous les recommande avec plaisir.

Au-delà du récit, quelle est, selon vous, la fonction de la littérature ? Que peut-elle apporter, guérir ou provoquer dans une société comme la société congolaise ?
La littérature est une arme multifonctionelle. Elle est constituée d’écrits qui vise à humaniser l’homme, à nourrir son cerveau de savoir. Elle éduque, elle conseille. Elle est le refuge des âmes transgressées par les injustices sociales et un moyen pour eux de se faire entendre ou d’etre défendues. Il en va de même pour la société congolaise dont la jeunesse en a grandement besoin, face aux multiples ravages déshumanisants des réseaux sociaux. On doit non seulement écrire mais aussi susciter l’intérêt de la lecture chez le public. La littérature a un rôle important à jouer au sein de la société congolaise. Elle doit rappeler aux uns l’impérieuse nécessité de l’unité nationale après de moments de perturbations connues, la paix sociale dans une société à dominance jeune où ils doivent être des acteurs clés pour le développement du pays… La littérature doit être comme une table à manger, un feu de cuisine ou un puits d’eau autour duquel chacun vient se servir, se réchauffer, s’abreuver et garder une part pour les autres. Elle doit jouer ce rôle de formation d’un esprit patriotique, culturel, travailleur, engagé… et d’information sur les dangers présents et futurs afin que nous ne soyons pas ceux et celles qui vont causer à notre postérité, un tas de malheurs. D’où mon appel contre les attitudes climaticides, le respect des aînés par les jeunes…
Être le lauréat d’un concours d’écriture influence-t-il votre perception de votre carrière d’écrivain ? Change-t-il quelque chose à votre regard sur votre propre travail, ou à la manière dont vous envisagez la suite de votre parcours d’écrivain ?
Sans détour, être lauréat n’est pas qu’un simple honneur. C’est une grande responsabilité. Par conséquent, cela influence votre manière de travailler, car il faudra toujours garder la barre haute et continuer à inscrire son nom dans l’histoire et honorer son pays. A partir de là, les choses deviennent très sérieuses. Votre manière de travailler change et vous portez grande attention à tout ce que vous écrivez ainsi qu’à tout ce que vous dites. En plus d’être lauréat au Prix La Perle Noire 2025, j’ai été sélectionné dans la catégorie Poésie, pour figurer dans l’anthologie de poésie africaine et afro-descendante, Sénégal NJAAY, 2025 (la parution est envisagée pour bientôt).
Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Pouvez-vous nous donner un aperçu de vos prochains projets littéraires ?
Ma plume est abondante. Je travaille sur des genres variés : poétique, narratif (roman, nouvelles, contes…) et théâtrale. Je dispose d’environs cinq (05) projets de recueils de poèmes, de sept (07) projets de romans, de deux (02) projets de nouvelles, de deux (02) projets de contes et d’un (01) projet d’une pièce théâtrale ; sans mentionner les projets en cours d’écriture. Je ne publie pas aussitôt après écriture. Je prends le temps de me relire et de faire l’autocritique. J’apprends à me référer à d’autres plumes, à me conformer aux règles en vigueur afin d’éviter de tomber dans la dark-romance. Par exemple, la plupart des poèmes qui constitue le recueil « LES TROMPETTES » sont mes œuvres du Lycée. C’est à l’Université que j’ai rédigé la plupart des projets de romans. Je ne suis pas pressé de publier. Je dois jauger de la qualité de mon œuvre avant de le confier à un éditeur. Je profite de cette occasion pour remercier les éditeurs avec lesquels j’ai déjà travaillé pour leur rigueur et leur assistance. Avec votre permission, je cite : les éditions ReCréation, Les éditions La Perle Noire, Les éditions Le Lys Bleu.
Quels conseils ou quel message d’encouragement auriez-vous aimé recevoir lorsque vous avez écrit votre première ligne et que vous adresseriez aux jeunes plumes congolaises ?
Pour rappel, j’ai commencé à écrire parce que je ressentais l’envie d’écrire, de passer un message, de traduire ce qui m’arrivait en tête. C’est ainsi que j’ai beaucoup rédigé de l’Université à ce jour. Malgré les deboires avec certains éditeurs au départ, jusqu’à ce que je travaille avec les éditions ReCréation, ma peine était d’avoir des ouvres mais de manquer d’éditeurs qui accepte de m’accompagner. Ça a été difficile à digérer. Le conseil qui me convenait et que je partage avec les jeunes plumes, c’est d’écrire et ne pas se lasser ; et de se rapprocher des aînés pour pallier certaines difficultés que nous, écrivains, traversons : trouver, à ses débuts, un éditeur. Autre chose, il y a le coté vente : le livre est « commerciable » mais pas commercial. Autrement dit, le livre est à vendre mais ne rend pas riche. Votre travail s’arrête à la parution de l’œuvre, le reste c’est le travail de l’éditeur. Toutefois, le résultat de la qualité de votre œuvre va jouer de beaucoup. Prenons donc suffisamment le temps de bien soigner nos œuvres, pour résister à la rouille que les réseaux sociaux veulent imposer aux auteurs. La plus grande joie pour tout auteur est : d’une part, la parution de son œuvre ; d’autre part, la distinction qu’il en recevra.

Si vous deviez sauver un seul livre de votre bibliothèque (en dehors des vôtres !), lequel serait-il et pourquoi ?
Cette question est difficile, extrêmement difficile ! Je respecte tous mes aînés, confrères et consœurs écrivains… alors, ne sauvons que le livre contenant les « 42 lois du Maat », en raison des valeurs morales qu’il contient, lesquelles notre époque peut bien s’en référer et s’en servir car constructives par essence.
Propos recueillis par P.O.































