Il est 11h30 ce 04 février quand Guillaume NANA, écrivain camerounais, arrive au sein du lycée d’Anguissa, un établissement public de Yaoundé. Une heure après, après l’installation des élèves de 6e de cet établissement, le staff présent a pu lancer les festivités.
Pour sceller leur appartenance à la belle nation camerounaise, ces élèves ont chanté l’hymne national avec bravoure, comme de vaillants soldats conscients de ce qu’ils sont le fer de la nation.
Pour rappel, Guillaume NANA est l’auteur de « Grains de poussière », un recueil de nouvelles qui a été longtemps au programme scolaire camerounais, et dont les extraits de textes meublent encore les ouvrages d’enseignement de francais ; à l’exemple de celui de la classe de 6e. Par ce fait, il était question de permettre un échange entre ces élèves et l’écrivain, afin de les rapprocher un peu plus des mots et des maux qu’ils posent dans ses textes.
Vu les nombreuses activités liées à la semaine de la jeunesse, cet échange a duré une heure, mais surtout 60 minutes enrichissantes qui n’ont pas laissé, nous en sommes sûrs, ces élèves indifférents.
Bonjour, Marel Fleuri et merci d’avoir accepté de participer à ce jeu de questions. Vous êtes auteur, homme de loi, très engagé dans l’écriture et diverses activités littéraires dans votre continent et dans d’autres.
L’écriture est souvent un voyage qui commence dans l’enfance. Pouvez-vous nous parler de votre premier rapport aux mots, aux histoires ? Y a-t-il un livre, un conteur ou une anecdote fondatrice qui a éveillé en vous le désir d’écrire ?
Écrire, à mon avis, relève de l’innéisme ; c’est quelque chose d’inné, avant qu’un événement ne vienne déclencher la flamme… Puis, on se met à écrire. On se lance en littérature. Pour ce qui me concerne, j’ai été habitué d’abord à lire par mon père, qui était enseignant. Donc, je lisais ses documents dès l’école primaire et au collège. C’est au Lycée que je me lance dans l’écriture. J’écrivais des poèmes, imitant les grands poètes de la littérature congolaise, africaine et française… Je voulais leur ressembler et donc faire comme eux. C’est en cherchant à me détacher d’eux que naissait progressivement l’inspiration. J’ecrivais sous l’œil attentif de mes professeurs, des amis et un oncle paternel qui consacrait beaucoup son temps à m’apporter sa critique littéraire. Il enseignait à l’université. Enfin, pour reprendre les mots de Nicolas BOILEAU : « Avant d’écrire, il faut lire. » Je suis moi-même un lecteur.
Votre parcours personnel et professionnel (en dehors de la littérature) influence-t-il votre écriture ? De quelle manière ?
L’ecrivain est celui qui dépeint la société ; celui qui décrit le monde autour de lui. Rien n’est imaginaire si ce n’est de la fiction littéraire. J’admets que ma plume, outre mes lectures, recherches et découvertes, est le reflet de mon parcours personnel (milieu social) et professionnel, que j’exprime par des figures de style. J’écris suite à un ressenti, à une réaction, à une découverte… pour que l’inspiration cadre avec l’existentielle.
Comment définiriez-vous votre « laboratoire » d’écriture ? Avez-vous des rituels, des conditions particulières (lieu, heure, supports) pour écrire ?
Tout dépend du moment où l’inspiration arrive. L’inspiration peut arriver soudainement ou progressivement, pendant la sieste, en mangeant, en me promenant, en privé, en famille… Il m’est arrivé d’écrire en plein vol. Ma plume est naturelle et n’obéit à aucune condition préalable.
Votre livre « FRAGMENTS DE VERS DANS LE CIEL » a été salué lors d’un appel à textes de la maison d’édition La perle noire. D’où est venue l’étincelle initiale de ces textes ?
Je dois rappeler que c’est juste la profondeur de l’inspiration qui est le socle de ma plume. Sur la forme, je suis partisan du Classicisme. J’apprecie un poème quand il y a la rime, l’assonance, la versification… Au début de ma plume, j’écrivais des
poèmes en vers libres, mais en admirant le style classique, j’ai rectifié ces vers et les ai transformés en poèmes classiques. Dans le fond, je vise toujours un message à travers mes écrits. Je n’écris pas pour écrire. J’ecris pour porter un message et je m’adresse à mon époque. Pour rappel, quelques poèmes de ce recueil, je les ai rédigés en plein dans le ciel notamment « Climaticide ». Il s’agissait, avec ce poème, d’attirer l’attention du monde actuel, des dirigeants actuels, pour agir en faveur du climat, de la protection de l’environnement, afin d’épargner les générations futures des fléaux que nous provoquons à cause de nos comportements climaticides. Outre cette thématique, j’ai aussi mis l’accent sur l’ « Afritude ». c’est un concept de l’engagement, de la détermination, de la mise en valeur de soi en tant qu’Africain. C’est un appel à dépasser la Négritude, qui longtemps à incarner la réclamation de l’identité des « Noirs». Avec l’Afritude, travaillons, écrivons… sans faire du bruit mais avec un impact pour la valorisation de notre identité. Notre respect ne viendra pas des autres, mais de nous-mêmes, de la façon dont nous la concevons, de la façon dont nous nous faisons respecter… au lieu de crier dans les tribunes du monde.
Sans être exhaustif, je pense que cette profondeur a su toucher le comité d’organisation du Prix Littéraire La Perle Noire, qui a salué mon œuvre, son contenu et sa qualité. D’ailleurs, si je ne me trompe pas, le mot « Climaticide » va rejoindre le dictionnaire français de 2026. c’est une victoire pour toute la littérature africaine d’expression française et un signe qu’elle est au service des peuples francophones confrontés à des défis climatiques d’envergure.
Vous écrivez en français. Comment travaillez-vous la langue, le rythme de vos phrases ? Pensez-vous à incorporer des sonorités, des expressions ou une musicalité issues du congolais ?
Je fais partie des auteurs africains d’expression française. Ce qui veut dire qu’à la base, il y a la langue du terroir, sonorités, expressions et musicalité que l’on retrouve forcement. Les lieux indiqués dans certains extraits sont des lieux qui existent, à l’instar de Nji-Nji, qui est l’appellation traditionnelle de la ville de Pointe-Noire ; pareille pour Foa, qui est l’ancienne appellation de la ville de Brazzaville. Vous retrouverez des noms comme Issapa, qui est une zone ayant appartenu à mes ancêtres paternels, ou la Ndeko, qui est une rivière qui mène au village de mes parents maternels. Si cela est rendu peu visible en poésie, dans les prochaines parutions, tel le projet de Nouvelles qui sera intitulé « Contes et Anecdotes de chez moi », la Congolité trouvera toute sa place, toute sa couleur.
« LES TROMPETTES », votre premier recueil de poèmes, se ancre profondément dans l’histoire et la réalité sociale. Comment abordez-vous la responsabilité (ou la liberté) de l’écrivain face à cet héritage souvent lourd et complexe ?
L’ecrivain est un acteur social de haut rang. On vient à l’écriture pour perpétuer cette responsabilité, hériter de nos prédécesseurs. On ne se contente pas de dénoncer les vices et les travers mais aussi de construire l’harmonie, de susciter la foi en un avenir meilleur, de rappeler à chaque génération sa part de contribution attendue par notre société, pour qu’elle soit meilleure. Tout se perd si dans une société, les écrivains ne font pas leur travail : la conscientisation du peuple, le rappel à l’élite dirigeante, le rôle de la jeunesse dans la résolution des fléaux qui la persécute… C’est cette responsabilité que je porte à travers ma plume ; et elle se ressent à travers mon recueil de poèmes « LES TROMPETTES ou POEMES DE LA PREMIERE FEUILLE ».
Il vise à décrire, dépeindre, denoncer, rappeler, détendre, attirer une certaine attention dont chaque poème sous-tend une thématique donnée : le travail, la haine, la jalousie, la dépravation des mœurs, le rôle des jeunes dans une société. Redépeindre l’Afrique comme une terre de valeurs et non une terre de malheur… Cette responsabilité consiste, pour moi, à m’adresser à ceux de mon temps ainsi qu’à notre postérité, afin qu’ils savent que la littérature est une arme constructive quand on la remplit d’œuvres de qualité.
La littérature africaine, et congolaise en particulier, connaît un dynamisme extraordinaire. Comment vivez-vous cet « être-auteur » congolais aujourd’hui, sur la scène locale et internationale ? Nous rappelons d’ailleurs que « FRAGMENTS DE VERS DANS LE CIEL » a paru en France le 14 septembre dernier.
Je dois rappeler que le monde littéraire d’aujourd’hui est en mutation. Celle-ci est due au déclin de la place du livre comme instrument d’acculturation et l’avènement des nouvelles technologies. Ce qui exige des auteurs plus d’originalité dans leurs œuvres pour attirer l’attention, susciter l’intérêt… L’ « être-auteur » congolais se retrouve donc face à cette réalité. Mais, au regard des distinctions enregistrées par les auteurs congolais tant au pays qu’à l’étranger, l’ « être-auteur » congolais se porte mieux et se montre résilient sur la scène locale et internationale. Pour ce qui est de « FRAGMENTS DE VERS DANS LE CIEL », le recueil est déjà disponible en ligne ; l’éditeur se charge de la mise en vente sous différentes plates-formes.
Quels sont les auteurs congolais (classiques ou contemporains) ou africains qui vous ont marqué, influencé, ou que vous admirez tout simplement et que vous aimeriez recommander ?
Je suis admirateur de tous mes prédécesseurs et je leur rends hommage. Certains, tels TCHICAYA-DE-BOEMPIRE, Jean MALONGA…, je les ai honorés dans lun de mes poèmes qui paraîtra prochainement. Plusieurs parmi eux m’ont marqué et je m’inspire d’eux Henri LOPES, TATI LOUTARD, Guy MENGA, TCHICAYA-U-TSAM’SI, Henri DJOMBO, Sony Labou TANSI, Emmanuel DONGALA… je vous les recommande avec plaisir.
ACOLITT pour une littérature dynamique !
Au-delà du récit, quelle est, selon vous, la fonction de la littérature ? Que peut-elle apporter, guérir ou provoquer dans une société comme la société congolaise ?
La littérature est une arme multifonctionelle. Elle est constituée d’écrits qui vise à humaniser l’homme, à nourrir son cerveau de savoir. Elle éduque, elle conseille. Elle est le refuge des âmes transgressées par les injustices sociales et un moyen pour eux de se faire entendre ou d’etre défendues. Il en va de même pour la société congolaise dont la jeunesse en a grandement besoin, face aux multiples ravages déshumanisants des réseaux sociaux. On doit non seulement écrire mais aussi susciter l’intérêt de la lecture chez le public. La littérature a un rôle important à jouer au sein de la société congolaise. Elle doit rappeler aux uns l’impérieuse nécessité de l’unité nationale après de moments de perturbations connues, la paix sociale dans une société à dominance jeune où ils doivent être des acteurs clés pour le développement du pays… La littérature doit être comme une table à manger, un feu de cuisine ou un puits d’eau autour duquel chacun vient se servir, se réchauffer, s’abreuver et garder une part pour les autres. Elle doit jouer ce rôle de formation d’un esprit patriotique, culturel, travailleur, engagé… et d’information sur les dangers présents et futurs afin que nous ne soyons pas ceux et celles qui vont causer à notre postérité, un tas de malheurs. D’où mon appel contre les attitudes climaticides, le respect des aînés par les jeunes…
Être le lauréat d’un concours d’écriture influence-t-il votre perception de votre carrière d’écrivain ? Change-t-il quelque chose à votre regard sur votre propre travail, ou à la manière dont vous envisagez la suite de votre parcours d’écrivain ?
Sans détour, être lauréat n’est pas qu’un simple honneur. C’est une grande responsabilité. Par conséquent, cela influence votre manière de travailler, car il faudra toujours garder la barre haute et continuer à inscrire son nom dans l’histoire et honorer son pays. A partir de là, les choses deviennent très sérieuses. Votre manière de travailler change et vous portez grande attention à tout ce que vous écrivez ainsi qu’à tout ce que vous dites. En plus d’être lauréat au Prix La Perle Noire 2025, j’ai été sélectionné dans la catégorie Poésie, pour figurer dans l’anthologie de poésie africaine et afro-descendante, Sénégal NJAAY, 2025 (la parution est envisagée pour bientôt).
Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Pouvez-vous nous donner un aperçu de vos prochains projets littéraires ?
Ma plume est abondante. Je travaille sur des genres variés : poétique, narratif (roman, nouvelles, contes…) et théâtrale. Je dispose d’environs cinq (05) projets de recueils de poèmes, de sept (07) projets de romans, de deux (02) projets de nouvelles, de deux (02) projets de contes et d’un (01) projet d’une pièce théâtrale ; sans mentionner les projets en cours d’écriture. Je ne publie pas aussitôt après écriture. Je prends le temps de me relire et de faire l’autocritique. J’apprends à me référer à d’autres plumes, à me conformer aux règles en vigueur afin d’éviter de tomber dans la dark-romance. Par exemple, la plupart des poèmes qui constitue le recueil « LES TROMPETTES » sont mes œuvres du Lycée. C’est à l’Université que j’ai rédigé la plupart des projets de romans. Je ne suis pas pressé de publier. Je dois jauger de la qualité de mon œuvre avant de le confier à un éditeur. Je profite de cette occasion pour remercier les éditeurs avec lesquels j’ai déjà travaillé pour leur rigueur et leur assistance. Avec votre permission, je cite : les éditions ReCréation, Les éditions La Perle Noire, Les éditions Le Lys Bleu.
Quels conseils ou quel message d’encouragement auriez-vous aimé recevoir lorsque vous avez écrit votre première ligne et que vous adresseriez aux jeunes plumes congolaises ?
Pour rappel, j’ai commencé à écrire parce que je ressentais l’envie d’écrire, de passer un message, de traduire ce qui m’arrivait en tête. C’est ainsi que j’ai beaucoup rédigé de l’Université à ce jour. Malgré les deboires avec certains éditeurs au départ, jusqu’à ce que je travaille avec les éditions ReCréation, ma peine était d’avoir des ouvres mais de manquer d’éditeurs qui accepte de m’accompagner. Ça a été difficile à digérer. Le conseil qui me convenait et que je partage avec les jeunes plumes, c’est d’écrire et ne pas se lasser ; et de se rapprocher des aînés pour pallier certaines difficultés que nous, écrivains, traversons : trouver, à ses débuts, un éditeur. Autre chose, il y a le coté vente : le livre est « commerciable » mais pas commercial. Autrement dit, le livre est à vendre mais ne rend pas riche. Votre travail s’arrête à la parution de l’œuvre, le reste c’est le travail de l’éditeur. Toutefois, le résultat de la qualité de votre œuvre va jouer de beaucoup. Prenons donc suffisamment le temps de bien soigner nos œuvres, pour résister à la rouille que les réseaux sociaux veulent imposer aux auteurs. La plus grande joie pour tout auteur est : d’une part, la parution de son œuvre ; d’autre part, la distinction qu’il en recevra.
Si vous deviez sauver un seul livre de votre bibliothèque (en dehors des vôtres !), lequel serait-il et pourquoi ?
Cette question est difficile, extrêmement difficile ! Je respecte tous mes aînés, confrères et consœurs écrivains… alors, ne sauvons que le livre contenant les « 42 lois du Maat », en raison des valeurs morales qu’il contient, lesquelles notre époque peut bien s’en référer et s’en servir car constructives par essence.
La Librairie des Peuples Noirs a vibré, ce vendredi 26 septembre à 15h, au rythme des mots et des voix lors de la dédicace du recueil 𝐿𝑎 𝑟𝑒𝑣𝑎𝑛𝑐ℎ𝑒 𝑑𝑒 𝑙’𝑎𝑚𝑎𝑛𝑡𝑒 de la poétesse Anne Rachel ABOYOYO A. Placée sous la modération du journaliste retraité de la CRTV, Lazard Étoundi, la cérémonie a rassemblé éditeurs, universitaires, passionnés de littérature, amis et famille de l’autrice.
La rencontre s’est ouverte avec la prise de parole de François Nkeme, éditeur des Éditions Proximité, qui a rappelé l’historique de la maison et son engagement en faveur des voix nouvelles et audacieuses. Le moment central fut ensuite la lecture de la note de lecture par le Dr Jean-Marie Yombo, chef du département de français à l’École normale supérieure de Bertoua. Dans son analyse, le Dr Yombo a mis en évidence la force et la cohérence d’un recueil profondément ancré dans la réalité sociale. Selon lui, La revanche de l’amante explore la condition féminine africaine à travers la figure d’une « amante » revendicatrice, qui s’affirme contre la domination patriarcale et les illusions d’une libération superficielle véhiculée par certaines idéologies contemporaines. Le critique a souligné le désir féminin au cœur de l’œuvre, ainsi que le rôle du langage poétique comme instrument de résistance et d’affirmation. L’écriture d’Anne Rachel se distingue ainsi par sa simplicité et sa lisibilité, en rupture avec les courants d’avant-garde, tout en restant dense et percutante. Le recueil aborde des thèmes essentiels tels que l’amour, la sexualité, la virilité et la restauration de la femme par la présence de l’homme viril, offrant une réflexion nuancée sur les relations hommes-femmes et le rôle complémentaire de chacun. Sa poésie, à la fois lapidaire et syncopée, invite à une relecture attentive, faisant du langage un espace d’émancipation et de créativité. Après cette analyse critique, la poétesse a partagé son expérience d’écriture et sa vision de la poésie comme espace de vérité et de liberté. Un échange nourri avec le public a permis d’approfondir les thématiques abordées, avant de laisser place à la traditionnelle séance de dédicaces. La rencontre s’est achevée dans une atmosphère chaleureuse, marquée par un moment de convivialité offert par l’autrice, scellant ainsi la fraternité des mots par celle du partage.
Avec La revanche de l’amante, Anne Rachel ABOYOYO A. signe une œuvre poétique à la fois intime et universelle, ouvrant une voie singulière dans la littérature féminine africaine contemporaine.
C’est une petite fille. Elle s’appelle Edialéda. Un jour, elle se lève et n’entend plus que le silence. Sa mère la croit rebelle, puisque la petite ne répond pas quand on l’appelle. Parce qu’elle ne réagit pas quand on lui parle, on la dit irrespectueuse, têtue. Pourtant, Edialéda ne sait entendre. Elle ne peut plus entendre. Elle a perdu son ouïe. Elle est devenue sourde. Son père lui tourne le dos ; ce n’est pas le reflet de ce qu’il a toujours espéré. Une fille sourde ne lui sert plus à rien. Sa mère entreprend tout pour rappeler les sons à ses oreilles ; les prêtres, les guérisseurs traditionnels, les médecins… tout y passe. Edialéda demeure sourde. La communauté la rejette, disant que c’est une punition, un karma, le résultat de mauvais actes dans sa famille. Une malédiction. Les autres enfants se tiennent loin d’elle ; leurs parents ne veulent pas qu’ils soient contaminés, il ne faut pas qu’ils attrapent la surdité à leur tour. A l’école, la petite fille est également rejetée ; il n’existe pas de dispositif adéquat pour prendre en charge des personne comme elle. Quand les voix et les sons ne lui parviennent plus, rien d’autre ne vient. Tout s’éteint, y compris l’estime d’une communauté qui la considérait comme une perle, une lumière. L’amour de sa mère n’est pas suffisamment riche d’argent pour lui obtenir de vrais soins, un dispositif auditif pour lui permettre de réintégrer la société. Tout s’arrête jusqu’à la naissance de sa fille Amide. La lecture vous en dira plus…
DÉROULEMENTDE LA RENCONTRE
Le samedi 08 novembre 2025, il est 15h00 à Yaoundé quand, après une lourde pluie, la rencontre prévue pour 14h00 peut enfin débuter sous la modération de Ray NDEBI. Comme d’habitude, la bibliothèque de La Maison des Savoirs accueille la rencontre. Pour ouvrir les échanges, il émet le malaise qui l’a submergé tout au long de la lecture, parlant de la perte accentuée d’humanité constatée dans nos sociétés. « Des Edialéda, nous en avons à tous les carrefours et sur tous les trottoirs, victimes de mille formes d’indifférences », dit-il.
Les échanges se sont portés en majorité sur l’amour, la beauté, la solidarité et l’humanité. La société telle que présentée par Pacélie EDIMA est toujours d’actualité, avec une marginalisation préoccupante. Mais, en commençant par les femmes du club de lecture 15 PAGES PAR JOUR, à la question de savoir si la future maman s’attend à un enfant handicapé, la réponse a été des plus honnêtes : « Toutes les femmes rêvent d’un enfant bien portant et jouissant de toutes ses facultés et capacités ». Du côté des hommes aussi, les attentes semblent identiques. Ce qui nous offre un contexte familial dans lequel on n’est pas préparé au handicap, surtout quand l’enfant est né comme on l’a rêvé.
Le comportement de la famille et des communautés paraît se justifier ; mais il y apparaît surtout de l’ignorance et un manque de sensibilisation. Le handicap demeure alors mal accepté et encore plus mal vécu. Selon Raphaël et Pauline, la société aime « avec les yeux » ; ce que soutient Erine en regrettant que les gens considèrent les autres en fonction des canons de beauté préétablis.
La question de la préparation au handicap a occupé une grande partie des échanges ; car le roman de Pacélie EDIMA montre combien les malheurs d’Edialéda auraient pu être allégés si son entourage avait su ce que le handicap représente, loin de tous les préjugés qui ont poussé la petite, à un moment, à se résoudre à la mendicité dans la rue, parmi d’autres personnes présentant des déficiences physiques. Plusieurs solutions ont alors été évoquées, parmi lesquelles l’introduction de l’apprentissage de la langue des signes et du braille dans les programmes scolaires, à la place de l’allemand et de l’espagnol. « Si cela se réalise, nous aurons une société plus inclusive et plus ouverte. Surtout, chacun sera préparé à cette éventualité qui peut survenir à la naissance ou au cours de la vie », conclura Ray NDEBI quand l’idée est émise. Des expériences personnelles vont meubler la rencontre ; BertilleAudrey, Danielle, Khamila, Amina et Michel ont partagé des vues enrichissantes.
Il est ensuite venu l’heure de noter le livre. C’est un moment particulier, car la Littérature reprend ses droits et pèse de tout son poids sur la critique. 06/10, voilà ce qui ressort, vu l’importance et la puissance du texte, par rapport à la qualité de sa présentation. Les lecteurs du 15 PAGES PAR JOUR ont, à l’unanimité, regretté l’absence de relecture et de montage professionnels. Si le thème et son déploiement mérite toute l’attention, l’édition quant à elle pourrait sérieusement tenir le lecteur à distance. Nous recommandons vivement une relecture-correction de l’ouvrage.
Après un appel vidéo avec l’auteure, une photo de famille et un thé d’amitié, les lecteurs du club 15 PAGES PAR JOUR sont repartis avec à cœur un regard empreint d’âme pour cette société en constante dégradation, afin que des enfants comme Amide, fille de parent handicapé, ne noie pas son enfance dans des responsabilités plus fortes que son âge ; c’était à elle de veiller sur sa mère et aussi sur ses cadets, Natacha et Legrand. Tout y est encore possible, si chacun se donne la peine de comprendre et surtout ACCEPTER.
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En 2020, Les choses interdites paraît aux éditions Proximité. C’est un roman qui vient mettre en scène Emilie Ateba et son David Mveng, deux adolescents qui tombent fou amoureux l’un de l’autre, avant de réaliser, trois ans plus tard, après les obsèques de Philippe Ateba, un riche homme d’affaires commun à leurs deux mères, qu’ils sont frère et sœur. Vivant désormais dans la même maison, sous le regard alarmé de Martine, la mère d’Emilie, veuve de Philippe Ateba et désormais belle-mère de l’héritier David Mveng, ils vont faire face à cet amour sous un nouvel angle qui à chaque fois les tiendra au bord de l’inimaginable. 168 pages d’intrigue proposées par Aristide OLAMA, au cœur d’une société où les choses, même parmi les plus graves, sont considérées avec légèreté.
Le choix de l’obsession
C’est alors que le club de lecture « 15 Pages par Jour », fondé par Pauline ONGONO de ACOLITT, décide d’explorer l’univers de ces personnages installés dans leur imposante villa de Yaoundé. Le thème « ETRE OBSEDE.E » en sort tout de suite, élu pour conduire la rencontre du samedi 04 septembre 2025 qui se tient à la bibliothèque La Maison des Savoirs, sise au Dépôt de sable d’Etoudi, à Yaoundé.
Prévu pour démarrer à 14h, la forte pluie qui s’abat sur la capitale politique du Cameroun repousse le début des échanges à 15h, avec la présence exceptionnelle de l’écrivain Aristide OLAMA en personne qui a tenu à participer au retour de lecture de ce groupe composé d’auteurs, de critiques et de passionnés de lettres.
La responsabilité de la famille dans l’inceste
Menés par le critique littéraire Ray NDEBI, les débats s’ouvrent avec l’éducation des enfants et c’est Célestine BELLA qui pointe du doigt, en premier, le manque de fermeté de Martine, la mère d’Emilie, qui aurait dû protéger sa fille, surtout quand elle s’est rendu compte que le mot inceste ne semblait rien dire à la jeune adulte entêtée et obnubilée par l’amour. Elle est suivie dans ce sens par M-T. Ekassi qui renforce son point en indiquant la désunion dans la famille, source d’absence de communication et aussi d’assise pour rappeler ouverte aux fautifs leur tort. Ray demande alors aux autres d’apprécier les dispositions prises par l’auteur pour encadrer son sujet. « Trouvez-vous pertinent que la famille soit aussi désolidarisée pour parler de l’inceste ? » Erine Tchouala regrette qu’il n’y ait personne pour pouvoir taper du poing sur la table ; selon elle, l’auteur aurait dû proposer un personnage pour remettre de l’ordre dans cette maison et éviter l’abomination.
La crainte du regard des autres
A la question de savoir si l’attitude de Martine Ngo Honla, la veuve, est crédible et illustre une réaction naturelle possible dans la « vraie » vie, Pauline répond par l’affirmative en précisant la peur du qu’en-dire-t-on ; ce que Audrey Bertille MBARGA et Célestine soutiennent donnant des exemples dans leur environnement, des familles qu’elles connaissent qui font passer sous silence ces choses interdites. Le modérateur va alors interroger l’intérêt du livre. Ce roman n’est-il pas uniquement destiné aux familles nanties où le nom est à préserver à tout prix ? Les familles pauvres ont-elles le même souci de discrétion ? Selon Pauline, toutes les classes sociales sont concernées par cette attitude, bien que chez les démunies c’est surtout face à la rumeur, même avérée, que l’indifférence s’installe. « Tout le quartier sait, mais chacun se mêle de ses affaires », conclut-elle, approuvée par Bertille et Danielle TAMEN qui arrive au bout d’une heure, retardée par l’orage.
Le silence criminel
Et si Philippe avait présenté David, le fils de l’adultère, à sa femme ? Voilà la question qui a particulièrement intéressé Danielle ; elle s’est même rendue à un autre moment : et s’il n’y avait tout simplement pas eu infidélité ? Selon elle, l’infidélité doit être évitée. Seulement, la plume l’a écrite et il faut l’assumer. Cet autre point est salué dans l’intrigue, car bien des incestes surviennent entre des enfants qui ignorent tout de l’existence de certains frères et sœurs ; et c’est quand la catastrophe est consommée que les diverses familles s’en rendent compte. Cette fois aussi, le roman est considéré comme une alerte. L’éducation des enfants doit être ouverte et des sujets comme l’inceste doivent être abordés, puisque plusieurs cas entre frères et sœurs qui connaissent déjà leurs liens de sang, sont répertoriés à travers le monde ; quand l’inceste n’y est pas consentant, il est consenti. Plusieurs lecteurs regrettent toujours que ni le notaire, ni l’amant de Martine, ni l’oncle Ngul Mam (le personnage préféré de Ray dans ce roman)… personne n’ait reçu de l’auteur la poigne nécessaire pour faire entendre sa voix. Les silence des morts, Philippe et la mère de David, étant trop lourds. La voix de Gertrude, la collègue de Martine, trop lointaine. Celles de Yann, amant d’Emilie, et Claire et Falone, amantes de David, trop faibles.
L’amour contre le sang
Le personnage qui cristallise toutes les émotions, c’est Emilie. Un feu d’amour et d’orgueil lui brûle les entrailles. Si David présente quelquefois des réticences, une morale quoique fébrile, sa sœur défie toutes les lois de la vertu. Ray pose alors cette question : « Emilie avait-elle les moyens de combattre cet amour ? » Après un temps de silence, Bertille, à qui il est demandé de se mettre dans la peau de la jeune femme obsédée par son frère, tient sa réponse en trois mots : « C’est impossible ! ». Et la question de la classe sociale est à nouveau posée par Ray. N’est-ce pas plus difficile pour les bourgeois de s’arrêter ? M-T et Célestine ne le pensent pas, car Emilie aurait dû s’arrêter à l’évocation du lien de sang. « La crainte de Dieu est-elle aussi présente chez les riches que chez les pauvres ? », suggère Ray, prenant l’exemple de David, de famille pauvre à la base, qui va chercher de l’aide auprès de Dieu, tandis qu’Emilie n’a d’yeux et de cœur que pour son frère. Le silence plane toujours, et la faute revient à Martine, sa mère, qui aurait dû l’éloigner ou s’éloigner avec elle. Si l’on ne peut pas conseiller un cœur amoureux, peut-on seulement aviser un cœur obsédé ? « Home is where heart is », a simplement rappelé Ray, pour conclure cette longue partie qui a fait un détour par la Bible, l’aristocratie, la psychologie et autres.
La plume de l’auteur
« Instructive et fluide » ont dit les participants ; « comme un fleuve » a reconnu Pauline. Et cette idée d’isoler les personnages, les privant de toute aide possible, n’a servi qu’à démontrer combien, en définitive, chacun doit faire ses choix selon ses pulsions et les assumer. Invité à prendre la parole après avoir suivi en silence et avec intérêt les deux heures d’échanges, Aristide OLAMA a tout d’abord salué la qualité des lectures faites et l’intéressante implication des lecteurs dans le roman ; un tel investissement pour se retrouver au cœur de l’histoire pour en tirer le cru, il l’a trouvé remarquable. Aristide approfondit les connaissances en donnant la source de son écriture de ce texte : le constat d’une banalisation de tout, et surtout des choses interdites.
Tant de choses ont été relevées et partagées au sujet de ce roman qui, à la fin, remporte la note de 8/10. Tout en exhortant les éditeurs, une fois de plus, à encore plus de professionnalisme, nous reconnaissons les efforts qu’ils fournissent déjà pour publier des œuvres littéraires dans un contexte qui n’est pas très prompt au soutien du Livre. Avec un peu plus de pensée pour le Livre de Qualité, ils y seront sans peine. Les choses interdites, c’est se permettre de s’interdire.
La Librairie des Peuples Noirs a vibré, ce vendredi 26 septembre à 15h, au rythme des mots et des voix lors de la dédicace du recueil La revanche de l’amante de la poétesse Anne Rachel Aboyoyo. Placée sous la modération du journaliste retraité de la CRTV, Lazard ETOUNDI, la cérémonie a rassemblé éditeurs, universitaires, passionnés de littérature, amis et famille de l’autrice.
La rencontre s’est ouverte avec la prise de parole de François NKEME, éditeur des Éditions Proximité, qui a rappelé l’historique de la maison et son engagement en faveur des voix nouvelles et audacieuses. Le moment central fut ensuite la lecture de la note de lecture par le Dr Jean-Marie YOMBO, chef du département de français à l’École normale supérieure de Bertoua.
Dans son analyse, le Dr Yombo a mis en évidence la force et la cohérence d’un recueil profondément ancré dans la réalité sociale. Selon lui, La revanche de l’amante explore la condition féminine africaine à travers la figure d’une « amante » revendicatrice, qui s’affirme contre la domination patriarcale et les illusions d’une libération superficielle véhiculée par certaines idéologies contemporaines. Le critique a souligné le désir féminin au cœur de l’œuvre, ainsi que le rôle du langage poétique comme instrument de résistance et d’affirmation. L’écriture d’Anne Rachel se distingue ainsi par sa simplicité et sa lisibilité, en rupture avec les courants d’avant-garde, tout en restant dense et percutante.
Le recueil aborde des thèmes essentiels tels que l’amour, la sexualité, la virilité et la restauration de la femme par la présence de l’homme viril, offrant une réflexion nuancée sur les relations hommes-femmes et le rôle complémentaire de chacun. Sa poésie, à la fois lapidaire et syncopée, invite à une relecture attentive, faisant du langage un espace d’émancipation et de créativité.
Après cette analyse critique, la poétesse a partagé son expérience d’écriture et sa vision de la poésie comme espace de vérité et de liberté. Un échange nourri avec le public a permis d’approfondir les thématiques abordées, avant de laisser place à la traditionnelle séance de dédicaces. La rencontre s’est achevée dans une atmosphère chaleureuse, marquée par un moment de convivialité offert par l’autrice, scellant ainsi la fraternité des mots par celle du partage.
Avec La revanche de l’amante, Anne Rachel ABOYOYO A. signe une œuvre poétique à la fois intime et universelle, ouvrant une voie singulière dans la littérature féminine africaine contemporaine.
Catherine Laure MONGONO, étudiante en Master (Univ. Yaoundé 1, département de français)
Après la première édition (retrouvez tous les échanges sur la chaîne Youtube ACOLITT) qui a été témoin de votre engouement, nous vous invitons à poursuivre l’aventure avec la deuxième édition. Toute la chaîne du livre et ses métiers connexes peuvent y participer.
Promoteurs Littéraires, auteurs de tous les genres, éditeurs, journalistes, Promoteurs de festivals, bibliothécaires /médiathécaires, relecteurs, lecteurs, promoteurs de prix littéraires, libraires universitaires, blogueurs, concepteurs de jeux, agents littéraires, BDéistes, etc. sans distinction… tenez-vous prêts ! Du 24 au 30 novembre 2025, le Salon du Promoteur Littéraire Online (SAPLO) 2 sera littérairement vôtre, sous le thème général : Je pense donc je livre…
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Prendre son temps, Avoir tout son temps, Faire ses propres erreurs, Être encore jeune… Que d’expressions communes au discours quotidien des parents et surtout des jeunes, quand il s’agit d’expérience. Et, comme dans bien des cas, c’est avec des « Si j’avais su » qu’on va pleurer sur ses échecs. Parfois, il est déjà bien tard. Pourtant on est encore jeune.
Autour du thème « ETRE CONSCIENT.E », les membres du club de lecture 15 Pages par Jour se sont donné rendez-vous le 06 septembre 2025, à la bibliothèque de La Maison des Savoirs, au quartier Etoudi à Yaoundé, pour plonger dans ce texte autobiographique écrit depuis des souvenirs de l’auteur Himins, du temps où il était encore étudiant à l’université de Buéa, dans le Sud-Ouest du Cameroun.
Himins, auteur camerounais
C’est sous la forme de notes de cette période de six longues années, entre alcool, sexe et fête, pour obtenir une Licence qui normalement ne lui aurait pris que trois ans, que le jeune étudiant va écrire la plus douloureuse expérience de sa jeunesse. Décidé à nourrir et consommer ses folles envies de mondanités, il va se livrer à divers petits boulots pour financer ses activités nocturnes, loin des amphis et des cours que sa « jeunesse » lui interdit de suivre assidument. « Tu as le temps de te rattraper », lui répète une voix intérieure. Il va donc affronter diverses situations, entre les conseils de ses parents qu’il n’écoute pas et la luxure qu’il embrasse sans modération, et expérimenter le bord de l’abîme. L’idée du suicide ne le quitte plus.
UNE EXPÉRIENCE GLOBALE DE JEUNESSE
Selon les membres du 15 Pages Par Jour, la jeunesse dans l’univers de l’écriture a poussé notre l’auteur à produire un livre court qui aurait pu avoir un volume quatre ou cinq fois plus important, car le journal a la particularité d’exprimer une intimité authentique fondée sur des détails étendus des émotions de chaque évènement ; avec cette forme d’écriture, il est interdit de se mentir ou de s’interdire sa propre réalité. S’il est écrit pour soi, le journal ne change pas de forme quand il doit être publié, rappelle-t-on durant les échanges. Pour se défendre, Himins, qui a fait le déplacement depuis Douala pour vivre ce moment qu’il dit « salutaire pour sa plume », a parlé des premiers lecteurs de son manuscrit, notamment des parents, qui lui auraient signifié être peu à l’aise avec le contenu cru que présentait la manuscrit premier. Influencé, il aurait alors dilué son propos et se serait limité à la simple narration de surface, sans donner plus de détails. Et c’est justement ce que tous les membres de du club de lecture ont soulevé : « Il manque à ce livre l’expérience des scènes, des contextes et des personnages. », l’a soulevé Pauline ONGONO, rappelant à l’auteur combien le lecteur reste sur sa faim face à certaines situations dans son texte.
UNE CIBLE TOUCHÉE
Laura, la benjamine du club et nouvellement bachelière, a partagé son épanouissement face à cette lecture qu’elle a partagée avec sa mère. Elle soutient, tout comme Bertille Audrey qui s’est reconnue dans les lignes de Himins, que le livre présente la réalité de nos universités ainsi que les zones de perdition qui ouvrent grand les bras aux jeunes qui vont faire l’expérience des études supérieures au Cameroun. Laura se dit alors mieux préparée à affronter cet univers nouveau qu’elle va intégrer dès cette année. Pour Célestine, poétesse elle-même déjà passée par la case « Auteur du jour » du Club, la question de l’éducation est à nouveau à considérer, et dans sa totalité, parce que les parents aussi doivent tenir leur rôle sans lâcher, tandis que les enfants doivent faire preuve de respect en écoutant et pratiquant les conseils. Pour elle, même si la cible dit se reconnaître, elle n’entend pas pour autant changer d’attitude, puisqu’elle voit les réseaux sociaux et autres cercles d’influenceurs et influenceuses séduire et détourner des jeunes plus enclins à suivre l’instinct pour le gain, parfois seulement de like ou de followers, que l’intelligence pour leurs études ou d’autres activités vertueuses et constructives. « Les parents doivent rester vigilants, mais les enfants aussi doivent savoir écouter ceux qui sont passés par là avant eux. », insiste-t-elle. Que les jeunes veuillent tout et tout de suite ne peut que contribuer à gaspiller ce temps dont ils peuvent se servir pour se construire avant le moment des regrets.
Et la question des détails est encore revenue, puisque l’auteur a plus mis l’accent sur la détresse d’un jeune qui échoue, que sur celle des parents qui eux aussi souffrent de voir leurs espoirs se ruiner dans la débauche et l’immaturité.
QUESTION DE SANTÉMENTALE
L’expérience de Himins a poussé certaines personnes de l’assistance à reconsidérer leurs positions quant à ce sujet ; l’auteur, alors qu’il se voit rattrapé par l’âge et notamment la barbe blanche qui lui envahit le visage, s’est retrouvé au bord du suicide, quand il a « ouvert les yeux » pour réaliser qu’il avait gâché ses ressources et n’avait plus rien de solide sur quoi tenir pour envisager le futur rêvé. A l’image de la couverture du livre qui le montre au crépuscule, Himins ne se posé plus la question du suicide ; il sait que désormais c’est une question de temps. Il trouvera bientôt le courage de sauter dans le vide. De plus en plus de jeunes font face à cette situation, pour avoir considéré qu’ils étaient trop jeunes pour se prendre au sérieux. Encore une fois, la question du contenu de ce livre, quant aux détails saillants manquants, a fait dire à l’assistance que le texte n’est pas assez fourni pour des jeunes de cette époque, pleine de tentations faciles à adopter, pour paraphraser Audrey O., Amina et Erine. Surtout une époque où tout va vite, et 24 heures semblent ne plus suffire à s’épanouir dans une journée.
VERS UNE PLUME PLUS ÉPANOUIE
Venu de Douala pour en apprendre un peu mieux sur son écriture auprès des professionnels de la Littérature, Himins a pris ses notes et promis de considérer son inspiration autrement. Il a compris le sens de la critique et s’est ouvert à ces remarques que beaucoup redoutent ou rejettent même quand elles sont fondées et nécessaires. Conforté aussi dans son approche, il saura désormais comment tenir son journal pour offrir le meilleur de son expérience et contribuer effectivement à faire évoluer la condition de l’étudiant dans le milieu actuel dont l’écosystème est des plus redoutables. « Si tu veux que le lecteur te reçoive, il faut que tu t’ouvres. », a affirmé Ray NDÉBI, pour conclure les cent-vingt minutes d’échange. La rencontre a été différente des précédentes, celle-ci un peu plus orientée vers la critique, car l’importance du sujet et la proposition de l’auteur ont saisi ses lecteurs, qui ont tenu à lui apporter de leur expertise.
Le livre, Journal d’une jeunesse gaspillée, a obtenu la note de 07/10 car, malgré les insuffisances relevées, le potentiel réel de la plume, quant à son apport dans le rétablissement des valeurs nobles dans l’esprit des jeunes, est évident. Il ne lui reste donc plus qu’à rejoindre les cimes qui constituent son ambition. D’autant plus que le tome 2 est déjà en circulation et que « Himins » signifie « Vient de Dieu ».
Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire, et comment avez-vous trouvé votre voix entre la philosophie, la politique et la littérature ?
Qu’est-ce qui me pousse à écrire ? Quelle belle question ! Premièrement, écrire est pour moi une passion, une essence qui anime mon âme. Deuxièmement, je peux dire que je suis né pour réfléchir à tout ce qui touche à la survie humaine. Enfin, tant que l’Afrique ne connaîtra pas la paix, tant que la justice sera au détriment du prolétariat, tant que la liberté des peuples sera bafouée, je ne cesserai jamais de m’exprimer. C’est ce qui me pousse à exprimer mes pensées afin d’éveiller la conscience africaine. Comment ai-je trouvé ma voie entre la philosophie, la politique et la littérature ? Une question qui résume toute ma vie et mon être. Pour commencer, la philosophie est l’essence même de ma vie, ce qui me pousse à réfléchir. Dès mon plus jeune âge, j’interrogeais mes parents sur tout ce que je voyais. J’avais ce désir de rechercher la vérité et de la connaître. Soudain, le désir de devenir philosophe, chercheur de la cause première, est né en moi. De la philosophie, je me suis retrouvé dans le domaine de la politique, qui semble être un héritage familial. Je viens d’une famille totalement politisée. Mon père était un grand homme politique, membre du plus grand parti politique de la République centrafricaine et candidat malheureux aux élections législatives. En fin de compte, je dirais que j’ai trouvé ma voie en combinant la philosophie et la politique, et les deux avec la littérature. Rien n’est plus difficile pour moi ! En tant que philosophe, j’utilise la philosophie pour analyser l’action politique.
Vos écrits mêlent effectivement analyse politique et réflexion philosophique. Il est donc aisé pour vous d’articuler ces deux dimensions dans votre travail…
Je n’éprouve effectivement aucune difficulté à articuler ces deux dimensions. Premièrement, il est important de comprendre que la réflexion philosophique est une approche dont l’objectif est d’identifier les problèmes de société, puis de formuler une réponse critique et, enfin, de trouver une solution. L’analyse politique, quant à elle, est une approche qui se concentre sur les actions de l’État, le pouvoir et le comportement des acteurs politiques. Cependant, pour l’analyse politique, il est impératif de recourir à la réflexion philosophique. Car la réflexion philosophique implique la raison. Cela signifie simplement que j’articule bien et harmonieusement ces deux dimensions. À mon avis, la réflexion philosophique constitue l’essence même de toute analyse politique.
Quels auteurs, penseurs ou courants intellectuels ont le plus influencé votre pensée ?
Je suis influencé par trois grands courants philosophiques : le courant spiritualiste avec Platon, saint Augustin et Bergson ; le courant rationaliste avec Descartes, Spinoza et Hegel ; et le courant humaniste avec Montaigne, Auguste Comte et Emmanuel Kant. Outre ces courants partisans, je suis également influencé par Averroès, Adams Smith, Jean-Jacques Rousseau, John Luck et Thomas Hobbes.
Votre travail interrogeant très souvent les structures du pouvoir. Comment définiriez-vous votre rapport à la politique : observateur, critique, ou engagé ?
Je ne suis pas un observateur ! Tous mes écrits expriment qui je suis et ce que je deviendrai. Je critique toutes les politiques néfastes qui détruisent les classes sociales. À travers mes écrits, j’invite la société africaine à une prise de conscience positive et, en particulier, les dirigeants africains à prendre conscience de leurs devoirs et obligations. Je suis donc un acteur engagé qui critique pour contribuer à l’émancipation de la société.
On revient donc au fait que la philosophie doive nécessairement s’engager dans le débat politique.
Je le répète sans cesse : philosophie et politique sont indissociables. Car la philosophie est une quête de vérité guidée par une interrogation sur la société, l’homme et son rapport à la nature. La politique, quant à elle, étudie les actions de l’État, le pouvoir, son équilibre, ses relations internes et ses rapports avec autrui. Je dirais donc que la philosophie doit nécessairement s’engager dans le débat politique et ne peut jamais s’en distancier. Le débat politique a nécessairement besoin de la philosophie pour une analyse politique logique et cohérente. Car la philosophie offre des méthodes de réflexion qui favorisent une analyse du politique.
Dans vos analyses et vos livres, vous abordez des thèmes comme la démocratie, la justice ou la liberté. Quel est, selon vous, le plus grand défi politique de notre époque ?
Le plus grand défi politique de notre époque est le respect de la démocratie. Car le développement exige une paix durable. Et lorsque la démocratie est respectée, la paix est garantie.
Votre réflexion philosophique semble ancrée dans des enjeux contemporains. Comment conciliez-vous la profondeur théorique et l’accessibilité pour un public non spécialisé ?
Mes réflexions philosophiques sont ancrées dans des problématiques contemporaines. Avant de m’exprimer dans mes écrits, je m’efforce de comprendre mon public, mes lecteurs. Parfois, je parviens à écrire dans un langage approprié et accessible à tous. Cette méthode me permet de concilier profondeur théorique et accessibilité pour un public profane. C’est pourquoi j’inclus souvent une explication en introduction afin de faciliter la compréhension de mes écrits.
La notion de « vérité » est souvent contestée aujourd’hui. Comment analysez-vous la crise des discours dans nos sociétés modernes ?
La vérité est ce que nous recherchons tous au quotidien. C’est pourquoi rien ne nous empêchera de la rechercher tout au long de notre vie. Mais il est regrettable que nos sociétés actuelles soient fragilisées par des crises du discours. Cette crise du discours est causée par un profond manque de recherche de la vérité. En réalité, lorsque nous recherchons la vérité, c’est ainsi que nous sommes appelés à nous exprimer, à formuler des propositions susceptibles de contribuer à la construction de la société, etc.
La philosophie peut-elle encore jouer un rôle face à la montée des populismes et des idéologies extrêmes ?
Je vous le dis, et même si vous invitez un autre écrivain, il vous le dira : la philosophie a un rôle éternel dans la société. Face à la montée fulgurante du populisme et des idéologies extrêmes, je suis convaincu que la philosophie servira d’arme pour bloquer l’essor de cette doctrine instrumentalisant le peuple. N’oublions pas que le populisme et les idéologies extrêmes n’ont d’autre but que d’instrumentaliser le peuple en critiquant le pouvoir en place. Pour les contrer, nous avons besoin d’une raison cohérente pour démontrer au peuple ce que recherchent le populisme et les idéologies extrêmes et quelles sont leurs ambitions.
On peut donc conclure que la construction de vos livres part d’une idée politique, d’une question philosophique et d’une intuition littéraire ?
Mes livres s’inspirent toujours des réalités de mes sociétés. Chaque jour, je suis invité à réfléchir aux maux qui affligent notre société. Tous mes livres puisent leurs sources dans des faits réels, parfois même négatifs. Il m’est souvent difficile de mêler imaginaire et réalité dans mes livres. Je dirais donc que mes livres sont construits sur la réalité pure.
Vos ouvrages et prises de position suscitent parfois des débats polémiques. Comment vivez-vous les critiques et les controverses ?
Je suis un homme direct, honnête, responsable et cohérent. Je ne recule jamais devant la critique et la controverse. Quelles que soient les critiques ou les controverses, je garde la tête haute et réponds à tous mes détracteurs. J’adore quand on me critique, quand on critique mes écrits ! Cela me donne encore plus de force pour écrire. J’aime le débat lorsqu’il vient de mes lecteurs. C’est pourquoi je reste calme face aux critiques et aux controverses. Je dis souvent : je pense, donc je suis ! Mais je dis ce que je suis et ce que je pense !
Avez-vous quand même le sentiment que vos idées sont mieux comprises aujourd’hui qu’à vos débuts à l’écriture ?
C’est une question de perfection littéraire ! Quand j’ai commencé à écrire, mes idées étaient mal comprises ! Certains lecteurs ne me prenaient pas au sérieux, d’autres pensaient que je plaisantais. Mais aujourd’hui, on croit en mon écriture et on me suit partout dans le monde.
Sur quels projets travaillez-vous actuellement ? Un nouveau livre ou autre initiative littéraire en préparation ?
Un bon écrivain ne reste jamais sans projet. Sa plume doit toujours être fluide. Je répondrais donc que je travaille actuellement sur trois nouveaux manuscrits : deux essais politiques et un roman. J’ai également d’autres projets littéraires que vous découvrirez au fur et à mesure.
Y a-t-il une question philosophique ou politique que vous aimeriez explorer mais que vous n’avez pas encore abordée ?
Je suis un chercheur et un penseur insatisfait ! Pour ce faire, je creuse comme une foreuse. Jour après jour, la scène politique africaine nous offre de nouveaux sujets de réflexion. Je me rapproche donc progressivement de ce que la société africaine m’offre sur la scène politique. Mais la question philosophique que je dois aborder dans mon prochain essai est la suivante : comment entrer en contact avec l’âme de nos parents et comment les ressusciter ? J’emmènerai mes lecteurs dans un voyage au cœur de la spiritualité africaine.
Quel conseil donneriez-vous à un jeune penseur qui souhaite mêler philosophie, politique et écriture ? Ou tout simplement un jeune qui veut écrire, peu importe le sujet.
L’amour de l’écriture est l’essence même de la plume. Quiconque souhaite approfondir ses connaissances littéraires doit aimer l’écriture, la lecture et la critique. Un jeune qui souhaite se consacrer à la philosophie, à la politique ou à l’écriture doit connaître et comprendre la philosophie et la politique, et écrire quotidiennement.
Traiter de la thématique de l’homme dans ses composantes était une façon pour moi d’attirer l’attention de la base et du sommet de la société, pour que chacun agisse pour l’humanisation de la cité.
Bonjour, Célestine BELLA AWONO !Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a poussée à devenir écrivaine ?
Merci à vous pour l’honneur que vous me faites. Du cycle primaire que j’ai essentiellement fait dans le département de l’océan jusqu’au supérieur (principalement à l’université de Yaoundé 1) en passant par le cycle secondaire fait au lycée d’Ekekom et de Nkol-eton, j’ai toujours eu la grâce d’être comptée parmi ceux là qui se démarquent positivement malgré les eaux troubles de la vie. Parce qu’il faut dire que c’était loin d’être un long fleuve tranquille. Néanmoins, je suis parvenue, selon les moyens mis à ma disposition, grâce à ce background, à devenir professeure adjoint des Écoles Normales et experte en management et montage des projets. Durant tout ce parcours (scolaire, académique et professionnel), j’ai observé, entendu et vécu des choses comme toute personne d’ailleurs, qui m’ont poussée au questionnement. Fille d’enseignant que je suis, j’ai été très tôt en contact avec des livres de tout genre. Tout ceci, mêlé à ma passion de vouloir créer par l’art, est certainement ce qui m’a poussée vers l’écriture.
Quelles sont vos principales influences littéraires, africaines ou internationales ?
Les littéraires qui m’ont influencée sont nombreux. Mais les littéraires africains qui ont influencé d’une manière ou d’une autre mes écrits sont principalement EZA BOTO, le professeur NJOH MOUELLE, André BRINK, Patrick SEGAL, Michel QUOIST…
Votre écriture s’inscrit-elle dans une tradition littéraire africaine particulière ? Si oui, laquelle ?
Les traditions littéraires africaines telles que les contes, les proverbes… sont pleines de sagesse et de leçons. Mon écriture, je pourrais dire qu’elle puise un peu dans toutes ces traditions, pour en faire un cocktail littéraire dosé, émouvant, parfois sucré-salé.
Comment décririez-vous le rôle de la culture africaine dans votre écriture ?
Disons d’ors et déjà que la culture africaine est très riche, diverse et variée ; donc ne peut qu’être un creuset pour celui qui voudrait s’en inspirer pour des réalisations multiformes. Par conséquent, dans mes écrits, il est évident qu’elle joue un rôle de source, dans la mesure où je m’y appuie pour des analyses, et des lectures de l’individu et de ses actions dans ses interactions avec son semblable dans son milieu de vie, qui a ses réalités propres. Dans ma plume, la culture africaine joue également un rôle de mémoire. Toujours se rappeler de là où on vient, pour mieux avancer.
Pouvez-vous nous expliquer le choix du thème central de Écoute !, votre dernier recueil de poèmes ?
L’homme est l’être essentiel de la vie. C’est d’ailleurs à lui que revient la gestion de ce monde dont sa vie en dépend. Je pense donc qu’il est important et même urgent d’investir véritablement en lui pour redonner à la famille, la société, aux relations, aux services, à la science… leur humanité qui se meurt sous nos yeux ouverts mais endormis par le venin de l’ego et de l’intérêt exacerbés. Traiter de la thématique de l’homme dans ses composantes était une façon pour moi d’attirer l’attention de la base et du sommet de la société, pour que chacun agisse pour l’humanisation de la cité.
Votre idée d’écriture de ce recueil est-elle inspirée de personnes réelles ou de traditions orales africaines ?
Oui, dans une certaine mesure, les personnes réelles ont fait naître cette idée d’écriture et parfois des personnes héritières des traditions orales africaines. Ma pensée s’en va vers mes parents et grands-parents à qui je souhaite un doux repos.
Comment abordez-vous la question de la langue dans vos œuvres ? Écrivez-vous en français, dans une langue africaine, ou mélangez-vous les deux ?
Nos langues nationales sont de très belles langues. Il suffit d’entendre les chansons composées en ewondo, en bassa’a, en duala… Et les laisser mourir à petit feu est une cruauté envers les peuples camerounais et africains. Car la langue porte et transporte la substance de la culture d’un peuple. Fort heureusement, l’État, qui a très vite compris ce grand mal, a introduit de façon pédagogique l’enseignement de nos langues nationales dans le système éducatif à travers les nouveaux curricula. Et pour moi, c’est important que chacun parle et même écrive sa langue. J’introduis dans mes textes, comme dans mon dernier recueil de poèmes, quelques mots en langue nationale. Ainsi, ce léger mélange laisse transparaître l’amour que j’ai pour nos langues. Toutefois, dans d’autres cadres, j’écris uniquement en langue nationale ou en français, sans aucun mélange.
Quels défis rencontrez-vous en tant qu’auteure africain dans le paysage littéraire actuel ?
Parmi tant d’autres, je parlerai particulièrement du défi de la communication et de la visibilité. Il n’y a pas beaucoup de plateformes et d’espaces offerts aux auteurs surtout en herbe pour s’exprimer et se révéler. Quand ceux-ci existent, ils ne sont pas toujours gratuits, ce qui complique encore les choses chez ces auteurs qui ont déjà la peine à écouler leurs stocks de livres dans une société où les individus perdent l’amour du livre et de sa lecture.
Pensez-vous que la littérature africaine est suffisamment représentée et valorisée sur la scène internationale ?
Suffisamment représentée et valorisée sur la scène internationale, oui. Mais on peut faire mieux. Toutefois, je souhaiterais que cette représentativité et cette valorisation soient davantage fortes prioritairement en Afrique, pour un réveil et un éveil de la conscience collective, surtout en la jeunesse, dans l’optique de l’informer et de la former, pour une pensée et un agir à relever et à élever l’Afrique.
Comment voyez-vous l’évolution de la littérature africaine contemporaine ?
Je la vois fulgurante si celle-ci est davantage soutenue, valorisée, encadrée et accompagnée d’abord par l’État et les organismes privés.
Votre écriture vise-t-elle une dimension politique ou sociale ? Si oui, comment ?
Je pense que, lorsqu’on couche sur du papier sa pensée, sa vision, son analyse, c’est pour que celle-ci soit vue et lue par tous les acteurs des paysages politique et social. Ceux-ci, avec tous les outils d’évaluation mis à leur disposition, pourront leur être utiles dans un domaine ou un autre .
Quel message souhaitez-vous donc transmettre à travers tous ces conseils dans « Écoute ! » ?
Le message de revenir à l’homme. Nous devons investir d’abord en l’Homme dans toutes ses dimensions : âme, esprit et corps, afin que ses pensées, ses paroles et ses actions vis-à-vis de son semblable et de son environnement soient positives.
Quel est votre processus d’écriture ? Avez-vous des rituels ou des habitudes particulières ?
(Rire) Pas vraiment ! J’écris comme ça me vient. Je peux écrire de jour ou de nuit. Parfois même dans un bus… Quand j’ai du fil dans mes idées et la possibilité, j’écris. Mais bien évidemment, je vais toujours revoir le texte pour y mettre de l’ordre ou même tout changer. Mais avant toute soumission formelle d’un texte à un concours ou à une maison d’édition, je me fais toujours lire par un tiers.
Un conseil pour les jeunes auteurs africains qui souhaitent se lancer dans l’écriture ?
Briser les barrières de la peur et se lancer. Avec le temps, se faire accompagner. Se préparer à rencontrer les montagnes et les collines. Mais qu’ils sachent et surtout gardent en esprit qu’il y a des plaines verdoyantes qui les attendent.
Sur quel projet littéraire travaillez-vous actuellement ?
J’ai commencé un roman il y a des mois. Mais j’ai dû mettre une pause pour des raisons de santé. Je souhaite le reprendre très bientôt et l’achever.