Étiquette : Échanges littéraires

  • LES CHOSES INTERDITES de Aristide OLAMA : L’IMPASSION D’UNE SŒUR

    En 2020, Les choses interdites paraît aux éditions Proximité. C’est un roman qui vient mettre en scène Emilie Ateba et son David Mveng, deux adolescents qui tombent fou amoureux l’un de l’autre, avant de réaliser, trois ans plus tard, après les obsèques de Philippe Ateba, un riche homme d’affaires commun à leurs deux mères, qu’ils sont frère et sœur. Vivant désormais dans la même maison, sous le regard alarmé de Martine, la mère d’Emilie, veuve de Philippe Ateba et désormais belle-mère de l’héritier David Mveng, ils vont faire face à cet amour sous un nouvel angle qui à chaque fois les tiendra au bord de l’inimaginable.
    168 pages d’intrigue proposées par Aristide OLAMA, au cœur d’une société où les choses, même parmi les plus graves, sont considérées avec légèreté.

    Le choix de l’obsession

    C’est alors que le club de lecture « 15 Pages par Jour », fondé par Pauline ONGONO de ACOLITT, décide d’explorer l’univers de ces personnages installés dans leur imposante villa de Yaoundé. Le thème « ETRE OBSEDE.E » en sort tout de suite, élu pour conduire la rencontre du samedi 04 septembre 2025 qui se tient à la bibliothèque La Maison des Savoirs, sise au Dépôt de sable d’Etoudi, à Yaoundé.

    Prévu pour démarrer à 14h, la forte pluie qui s’abat sur la capitale politique du Cameroun repousse le début des échanges à 15h, avec la présence exceptionnelle de l’écrivain Aristide OLAMA en personne qui a tenu à participer au retour de lecture de ce groupe composé d’auteurs, de critiques et de passionnés de lettres.

    La responsabilité de la famille dans l’inceste

    Menés par le critique littéraire Ray NDEBI, les débats s’ouvrent avec l’éducation des enfants et c’est Célestine BELLA qui pointe du doigt, en premier, le manque de fermeté de Martine, la mère d’Emilie, qui aurait dû protéger sa fille, surtout quand elle s’est rendu compte que le mot inceste ne semblait rien dire à la jeune adulte entêtée et obnubilée par l’amour. Elle est suivie dans ce sens par M-T. Ekassi qui renforce son point en indiquant la désunion dans la famille, source d’absence de communication et aussi d’assise pour rappeler ouverte aux fautifs leur tort.
    Ray demande alors aux autres d’apprécier les dispositions prises par l’auteur pour encadrer son sujet. « Trouvez-vous pertinent que la famille soit aussi désolidarisée pour parler de l’inceste ? » Erine Tchouala regrette qu’il n’y ait personne pour pouvoir taper du poing sur la table ; selon elle, l’auteur aurait dû proposer un personnage pour remettre de l’ordre dans cette maison et éviter l’abomination.

    La crainte du regard des autres

    A la question de savoir si l’attitude de Martine Ngo Honla, la veuve, est crédible et illustre une réaction naturelle possible dans la « vraie » vie, Pauline répond par l’affirmative en précisant la peur du qu’en-dire-t-on ; ce que Audrey Bertille MBARGA et Célestine soutiennent donnant des exemples dans leur environnement, des familles qu’elles connaissent qui font passer sous silence ces choses interdites.
    Le modérateur va alors interroger l’intérêt du livre. Ce roman n’est-il pas uniquement destiné aux familles nanties où le nom est à préserver à tout prix ? Les familles pauvres ont-elles le même souci de discrétion ? Selon Pauline, toutes les classes sociales sont concernées par cette attitude, bien que chez les démunies c’est surtout face à la rumeur, même avérée, que l’indifférence s’installe. « Tout le quartier sait, mais chacun se mêle de ses affaires », conclut-elle, approuvée par Bertille et Danielle TAMEN qui arrive au bout d’une heure, retardée par l’orage.

    Le silence criminel

    Et si Philippe avait présenté David, le fils de l’adultère, à sa femme ? Voilà la question qui a particulièrement intéressé Danielle ; elle s’est même rendue à un autre moment : et s’il n’y avait tout simplement pas eu infidélité ? Selon elle, l’infidélité doit être évitée. Seulement, la plume l’a écrite et il faut l’assumer.
    Cet autre point est salué dans l’intrigue, car bien des incestes surviennent entre des enfants qui ignorent tout de l’existence de certains frères et sœurs ; et c’est quand la catastrophe est consommée que les diverses familles s’en rendent compte. Cette fois aussi, le roman est considéré comme une alerte. L’éducation des enfants doit être ouverte et des sujets comme l’inceste doivent être abordés, puisque plusieurs cas entre frères et sœurs qui connaissent déjà leurs liens de sang, sont répertoriés à travers le monde ; quand l’inceste n’y est pas consentant, il est consenti.
    Plusieurs lecteurs regrettent toujours que ni le notaire, ni l’amant de Martine, ni l’oncle Ngul Mam (le personnage préféré de Ray dans ce roman)… personne n’ait reçu de l’auteur la poigne nécessaire pour faire entendre sa voix. Les silence des morts, Philippe et la mère de David, étant trop lourds. La voix de Gertrude, la collègue de Martine, trop lointaine. Celles de Yann, amant d’Emilie, et Claire et Falone, amantes de David, trop faibles.

    L’amour contre le sang

    Le personnage qui cristallise toutes les émotions, c’est Emilie. Un feu d’amour et d’orgueil lui brûle les entrailles. Si David présente quelquefois des réticences, une morale quoique fébrile, sa sœur défie toutes les lois de la vertu. Ray pose alors cette question : « Emilie avait-elle les moyens de combattre cet amour ? »
    Après un temps de silence, Bertille, à qui il est demandé de se mettre dans la peau de la jeune femme obsédée par son frère, tient sa réponse en trois mots : « C’est impossible ! ». Et la question de la classe sociale est à nouveau posée par Ray. N’est-ce pas plus difficile pour les bourgeois de s’arrêter ? M-T et Célestine ne le pensent pas, car Emilie aurait dû s’arrêter à l’évocation du lien de sang. « La crainte de Dieu est-elle aussi présente chez les riches que chez les pauvres ? », suggère Ray, prenant l’exemple de David, de famille pauvre à la base, qui va chercher de l’aide auprès de Dieu, tandis qu’Emilie n’a d’yeux et de cœur que pour son frère. Le silence plane toujours, et la faute revient à Martine, sa mère, qui aurait dû l’éloigner ou s’éloigner avec elle. Si l’on ne peut pas conseiller un cœur amoureux, peut-on seulement aviser un cœur obsédé ? « Home is where heart is », a simplement rappelé Ray, pour conclure cette longue partie qui a fait un détour par la Bible, l’aristocratie, la psychologie et autres.

    La plume de l’auteur

    « Instructive et fluide » ont dit les participants ; « comme un fleuve » a reconnu Pauline. Et cette idée d’isoler les personnages, les privant de toute aide possible, n’a servi qu’à démontrer combien, en définitive, chacun doit faire ses choix selon ses pulsions et les assumer.
    Invité à prendre la parole après avoir suivi en silence et avec intérêt les deux heures d’échanges, Aristide OLAMA a tout d’abord salué la qualité des lectures faites et l’intéressante implication des lecteurs dans le roman ; un tel investissement pour se retrouver au cœur de l’histoire pour en tirer le cru, il l’a trouvé remarquable.
    Aristide approfondit les connaissances en donnant la source de son écriture de ce texte : le constat d’une banalisation de tout, et surtout des choses interdites.

    Tant de choses ont été relevées et partagées au sujet de ce roman qui, à la fin, remporte la note de 8/10. Tout en exhortant les éditeurs, une fois de plus, à encore plus de professionnalisme, nous reconnaissons les efforts qu’ils fournissent déjà pour publier des œuvres littéraires dans un contexte qui n’est pas très prompt au soutien du Livre. Avec un peu plus de pensée pour le Livre de Qualité, ils y seront sans peine.
    Les choses interdites, c’est se permettre de s’interdire.

  • LA REVANCHE DE L’AMANTE DE ANNE RACHEL ABOYOYO A. : PRÉSENTATION AU PUBLIC, Acte 1

    La Librairie des Peuples Noirs a vibré, ce vendredi 26 septembre à 15h, au rythme des mots et des voix lors de la dédicace du recueil La revanche de l’amante de la poétesse Anne Rachel Aboyoyo. Placée sous la modération du journaliste retraité de la CRTV, Lazard ETOUNDI, la cérémonie a rassemblé éditeurs, universitaires, passionnés de littérature, amis et famille de l’autrice.


    La rencontre s’est ouverte avec la prise de parole de François NKEME, éditeur des Éditions Proximité, qui a rappelé l’historique de la maison et son engagement en faveur des voix nouvelles et audacieuses. Le moment central fut ensuite la lecture de la note de lecture par le Dr Jean-Marie YOMBO, chef du département de français à l’École normale supérieure de Bertoua.


    Dans son analyse, le Dr Yombo a mis en évidence la force et la cohérence d’un recueil profondément ancré dans la réalité sociale. Selon lui, La revanche de l’amante explore la condition féminine africaine à travers la figure d’une « amante » revendicatrice, qui s’affirme contre la domination patriarcale et les illusions d’une libération superficielle véhiculée par certaines idéologies contemporaines. Le critique a souligné le désir féminin au cœur de l’œuvre, ainsi que le rôle du langage poétique comme instrument de résistance et d’affirmation. L’écriture d’Anne Rachel se distingue ainsi par sa simplicité et sa lisibilité, en rupture avec les courants d’avant-garde, tout en restant dense et percutante.

    Le recueil aborde des thèmes essentiels tels que l’amour, la sexualité, la virilité et la restauration de la femme par la présence de l’homme viril, offrant une réflexion nuancée sur les relations hommes-femmes et le rôle complémentaire de chacun. Sa poésie, à la fois lapidaire et syncopée, invite à une relecture attentive, faisant du langage un espace d’émancipation et de créativité.


    Après cette analyse critique, la poétesse a partagé son expérience d’écriture et sa vision de la poésie comme espace de vérité et de liberté. Un échange nourri avec le public a permis d’approfondir les thématiques abordées, avant de laisser place à la traditionnelle séance de dédicaces. La rencontre s’est achevée dans une atmosphère chaleureuse, marquée par un moment de convivialité offert par l’autrice, scellant ainsi la fraternité des mots par celle du partage.


    Avec La revanche de l’amante, Anne Rachel ABOYOYO A. signe une œuvre poétique à la fois intime et universelle, ouvrant une voie singulière dans la littérature féminine africaine contemporaine.

    Catherine Laure MONGONO, étudiante en Master (Univ. Yaoundé 1, département de français)




  • SALON DU PROMOTEUR LITTÉRAIRE ONLINE – Édition 2 : APPEL À PANELISTES

    Après la première édition (retrouvez tous les échanges sur la chaîne Youtube ACOLITT) qui a été témoin de votre engouement, nous vous invitons à poursuivre l’aventure avec la deuxième édition. Toute la chaîne du livre et ses métiers connexes peuvent y participer.

    Promoteurs Littéraires, auteurs de tous les genres, éditeurs, journalistes, Promoteurs de festivals, bibliothécaires /médiathécaires, relecteurs, lecteurs, promoteurs de prix littéraires, libraires universitaires, blogueurs, concepteurs de jeux, agents littéraires, BDéistes, etc. sans distinction… tenez-vous prêts ! Du 24 au 30 novembre 2025, le Salon du Promoteur Littéraire Online (SAPLO) 2 sera littérairement vôtre, sous le thème général : Je pense donc je livre…

    S’ENREGISTRER ICI ou SCANNER LE QR CODE JUSQU’AU 15 OCTOBRE 2025

    ACOLITT, pour une littérature dynamique !




  • « Journal d’une jeunesse gaspillée ».Tome 1, de Himins au 15 Pages Par Jour Bookclub

    Prendre son temps, Avoir tout son temps, Faire ses propres erreurs, Être encore jeune… Que d’expressions communes au discours quotidien des parents et surtout des jeunes, quand il s’agit d’expérience. Et, comme dans bien des cas, c’est avec des « Si j’avais su » qu’on va pleurer sur ses échecs. Parfois, il est déjà bien tard. Pourtant on est encore jeune.


    Autour du thème « ETRE CONSCIENT.E », les membres du club de lecture 15 Pages par Jour se sont donné rendez-vous le 06 septembre 2025, à la bibliothèque de La Maison des Savoirs, au quartier Etoudi à Yaoundé, pour plonger dans ce texte autobiographique écrit depuis des souvenirs de l’auteur Himins, du temps où il était encore étudiant à l’université de Buéa, dans le Sud-Ouest du Cameroun.


    C’est sous la forme de notes de cette période de six longues années, entre alcool, sexe et fête, pour obtenir une Licence qui normalement ne lui aurait pris que trois ans, que le jeune étudiant va écrire la plus douloureuse expérience de sa jeunesse. Décidé à nourrir et consommer ses folles envies de mondanités, il va se livrer à divers petits boulots pour financer ses activités nocturnes, loin des amphis et des cours que sa « jeunesse » lui interdit de suivre assidument. « Tu as le temps de te rattraper », lui répète une voix intérieure. Il va donc affronter diverses situations, entre les conseils de ses parents qu’il n’écoute pas et la luxure qu’il embrasse sans modération, et expérimenter le bord de l’abîme. L’idée du suicide ne le quitte plus.

    UNE EXPÉRIENCE GLOBALE DE JEUNESSE

    Selon les membres du 15 Pages Par Jour, la jeunesse dans l’univers de l’écriture a poussé notre l’auteur à produire un livre court qui aurait pu avoir un volume quatre ou cinq fois plus important, car le journal a la particularité d’exprimer une intimité  authentique fondée sur des détails étendus des émotions de chaque évènement  ; avec cette forme d’écriture, il est interdit de se mentir ou de s’interdire sa propre réalité. S’il est écrit pour soi, le journal ne change pas de forme quand il doit être publié, rappelle-t-on durant les échanges.
    Pour se défendre, Himins, qui a fait le déplacement depuis Douala pour vivre ce moment qu’il dit « salutaire pour sa plume », a parlé des premiers lecteurs de son manuscrit, notamment des parents, qui lui auraient signifié être peu à l’aise avec le contenu cru que présentait la manuscrit premier. Influencé, il aurait alors dilué son propos et se serait limité à la simple narration de surface, sans donner plus de détails. Et c’est justement ce que tous les membres de du club de lecture ont soulevé : « Il manque à ce livre l’expérience des scènes, des contextes et des personnages. », l’a soulevé Pauline ONGONO, rappelant à l’auteur combien le lecteur reste sur sa faim face à certaines situations dans son texte.

    UNE CIBLE TOUCHÉE

    Laura, la benjamine du club et nouvellement bachelière, a partagé son épanouissement face à cette lecture qu’elle a partagée avec sa mère. Elle soutient, tout comme Bertille Audrey qui s’est reconnue dans les lignes de Himins, que le livre présente la réalité de nos universités ainsi que les zones de perdition qui ouvrent grand les bras aux jeunes qui vont faire l’expérience des études supérieures au Cameroun. Laura se dit alors mieux préparée à affronter cet univers nouveau qu’elle va intégrer dès cette année.
    Pour Célestine, poétesse elle-même déjà passée par la case « Auteur du jour » du Club, la question de l’éducation est à nouveau à considérer, et dans sa totalité, parce que les parents aussi doivent tenir leur rôle sans lâcher, tandis que les enfants doivent faire preuve de respect en écoutant et pratiquant les conseils. Pour elle, même si la cible dit se reconnaître, elle n’entend pas pour autant changer d’attitude, puisqu’elle voit les réseaux sociaux et autres cercles d’influenceurs et influenceuses séduire et détourner des jeunes plus enclins à suivre l’instinct pour le gain, parfois seulement de like ou de followers, que l’intelligence pour leurs études ou d’autres activités vertueuses et constructives. « Les parents doivent rester vigilants, mais les enfants aussi doivent savoir écouter ceux qui sont passés par là avant eux. », insiste-t-elle. Que les jeunes veuillent tout et tout de suite ne peut que contribuer à gaspiller ce temps dont ils peuvent se servir pour se construire avant le moment des regrets.

    Et la question des détails est encore revenue, puisque l’auteur a plus mis l’accent sur la détresse d’un jeune qui échoue, que sur celle des parents qui eux aussi souffrent de voir leurs espoirs se ruiner dans la débauche et l’immaturité.

    QUESTION DE SANTÉ MENTALE

    L’expérience de Himins a poussé certaines personnes de l’assistance à reconsidérer leurs positions quant à ce sujet  ; l’auteur, alors qu’il se voit rattrapé par l’âge et notamment la barbe blanche qui lui envahit le visage, s’est retrouvé au bord du suicide, quand il a « ouvert les yeux » pour réaliser qu’il avait gâché ses ressources et n’avait plus rien de solide sur quoi tenir pour envisager le futur rêvé. A l’image de la couverture du livre qui le montre au crépuscule, Himins ne se posé plus la question du suicide ; il sait que désormais c’est une question de temps. Il trouvera bientôt le courage de sauter dans le vide.
    De plus en plus de jeunes font face à cette situation, pour avoir considéré qu’ils étaient trop jeunes pour se prendre au sérieux. Encore une fois, la question du contenu de ce livre, quant aux détails saillants manquants, a fait dire à l’assistance que le texte n’est pas assez fourni pour des jeunes de cette époque, pleine de tentations faciles à adopter, pour paraphraser Audrey O., Amina et Erine. Surtout une époque où tout va vite, et 24 heures semblent ne plus suffire à s’épanouir dans une journée.

    VERS UNE PLUME PLUS ÉPANOUIE

    Venu de Douala pour en apprendre un peu mieux sur son écriture auprès des professionnels de la Littérature, Himins a pris ses notes et promis de considérer son inspiration autrement. Il a compris le sens de la critique et s’est ouvert à ces remarques que beaucoup redoutent ou rejettent même quand elles sont fondées et nécessaires.
    Conforté aussi dans son approche, il saura désormais comment tenir son journal pour offrir le meilleur de son expérience et contribuer effectivement à faire évoluer la condition de l’étudiant dans le milieu actuel dont l’écosystème est des plus redoutables.
    « Si tu veux que le lecteur te reçoive, il faut que tu t’ouvres. », a affirmé Ray NDÉBI, pour conclure les cent-vingt minutes d’échange. La rencontre a été différente des précédentes, celle-ci un peu plus orientée vers la critique, car l’importance du sujet et la proposition de l’auteur ont saisi ses lecteurs, qui ont tenu à lui apporter de leur expertise.

    Le livre, Journal d’une jeunesse gaspillée, a obtenu la note de 07/10 car, malgré les insuffisances relevées, le potentiel réel de la plume, quant à son apport dans le rétablissement des valeurs nobles dans l’esprit des jeunes, est évident. Il ne lui reste donc plus qu’à rejoindre les cimes qui constituent son ambition. D’autant plus que le tome 2 est déjà en circulation et que « Himins » signifie « Vient de Dieu ».




  • D-LIVRE – Entretien avec Axel AVERROES KORONDO, écrivain, philosophe et politologue centrafricain

    J’adore quand on me critique, quand on critique mes écrits ! Cela me donne encore plus de force pour écrire.

    Pouvez-vous vous présenter brièvement à nos abonnés ?

    Je me nomme Axel Presnel Averroès Korondo, écrivain centrafricain, chercheur en philosophie, analyste politique et spécialiste de l’éducation.


    Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire, et comment avez-vous trouvé votre voix entre la philosophie, la politique et la littérature ?

    Qu’est-ce qui me pousse à écrire ? Quelle belle question ! Premièrement, écrire est pour moi une passion, une essence qui anime mon âme. Deuxièmement, je peux dire que je suis né pour réfléchir à tout ce qui touche à la survie humaine. Enfin, tant que l’Afrique ne connaîtra pas la paix, tant que la justice sera au détriment du prolétariat, tant que la liberté des peuples sera bafouée, je ne cesserai jamais de m’exprimer. C’est ce qui me pousse à exprimer mes pensées afin d’éveiller la conscience africaine. Comment ai-je trouvé ma voie entre la philosophie, la politique et la littérature ? Une question qui résume toute ma vie et mon être. Pour commencer, la philosophie est l’essence même de ma vie, ce qui me pousse à réfléchir. Dès mon plus jeune âge, j’interrogeais mes parents sur tout ce que je voyais. J’avais ce désir de rechercher la vérité et de la connaître. Soudain, le désir de devenir philosophe, chercheur de la cause première, est né en moi. De la philosophie, je me suis retrouvé dans le domaine de la politique, qui semble être un héritage familial. Je viens d’une famille totalement politisée. Mon père était un grand homme politique, membre du plus grand parti politique de la République centrafricaine et candidat malheureux aux élections législatives. En fin de compte, je dirais que j’ai trouvé ma voie en combinant la philosophie et la politique, et les deux avec la littérature. Rien n’est plus difficile pour moi ! En tant que philosophe, j’utilise la philosophie pour analyser l’action politique.


    Vos écrits mêlent effectivement analyse politique et réflexion philosophique. Il est donc aisé pour vous d’articuler ces deux dimensions dans votre travail…

    Je n’éprouve effectivement aucune difficulté à articuler ces deux dimensions. Premièrement, il est important de comprendre que la réflexion philosophique est une approche dont l’objectif est d’identifier les problèmes de société, puis de formuler une réponse critique et, enfin, de trouver une solution. L’analyse politique, quant à elle, est une approche qui se concentre sur les actions de l’État, le pouvoir et le comportement des acteurs politiques. Cependant, pour l’analyse politique, il est impératif de recourir à la réflexion philosophique. Car la réflexion philosophique implique la raison. Cela signifie simplement que j’articule bien et harmonieusement ces deux dimensions. À mon avis, la réflexion philosophique constitue l’essence même de toute analyse politique.


    Quels auteurs, penseurs ou courants intellectuels ont le plus influencé votre pensée ?

    Je suis influencé par trois grands courants philosophiques : le courant spiritualiste avec Platon, saint Augustin et Bergson ; le courant rationaliste avec Descartes, Spinoza et Hegel ; et le courant humaniste avec Montaigne, Auguste Comte et Emmanuel Kant. Outre ces courants partisans, je suis également influencé par Averroès, Adams Smith, Jean-Jacques Rousseau, John Luck et Thomas Hobbes.


    Votre travail interrogeant très souvent les structures du pouvoir. Comment définiriez-vous votre rapport à la politique : observateur, critique, ou engagé ?

    Je ne suis pas un observateur ! Tous mes écrits expriment qui je suis et ce que je deviendrai. Je critique toutes les politiques néfastes qui détruisent les classes sociales. À travers mes écrits, j’invite la société africaine à une prise de conscience positive et, en particulier, les dirigeants africains à prendre conscience de leurs devoirs et obligations. Je suis donc un acteur engagé qui critique pour contribuer à l’émancipation de la société.


    On revient donc au fait que la philosophie doive nécessairement s’engager dans le débat politique.

    Je le répète sans cesse : philosophie et politique sont indissociables. Car la philosophie est une quête de vérité guidée par une interrogation sur la société, l’homme et son rapport à la nature. La politique, quant à elle, étudie les actions de l’État, le pouvoir, son équilibre, ses relations internes et ses rapports avec autrui. Je dirais donc que la philosophie doit nécessairement s’engager dans le débat politique et ne peut jamais s’en distancier. Le débat politique a nécessairement besoin de la philosophie pour une analyse politique logique et cohérente. Car la philosophie offre des méthodes de réflexion qui favorisent une analyse du politique.

    Dans vos analyses et vos livres, vous abordez des thèmes comme la démocratie, la justice ou la liberté. Quel est, selon vous, le plus grand défi politique de notre époque ?

    Le plus grand défi politique de notre époque est le respect de la démocratie. Car le développement exige une paix durable. Et lorsque la démocratie est respectée, la paix est garantie.


    Votre réflexion philosophique semble ancrée dans des enjeux contemporains. Comment conciliez-vous la profondeur théorique et l’accessibilité pour un public non spécialisé ?

    Mes réflexions philosophiques sont ancrées dans des problématiques contemporaines. Avant de m’exprimer dans mes écrits, je m’efforce de comprendre mon public, mes lecteurs. Parfois, je parviens à écrire dans un langage approprié et accessible à tous. Cette méthode me permet de concilier profondeur théorique et accessibilité pour un public profane. C’est pourquoi j’inclus souvent une explication en introduction afin de faciliter la compréhension de mes écrits.


    La notion de « vérité » est souvent contestée aujourd’hui. Comment analysez-vous la crise des discours dans nos sociétés modernes ?

    La vérité est ce que nous recherchons tous au quotidien. C’est pourquoi rien ne nous empêchera de la rechercher tout au long de notre vie. Mais il est regrettable que nos sociétés actuelles soient fragilisées par des crises du discours. Cette crise du discours est causée par un profond manque de recherche de la vérité. En réalité, lorsque nous recherchons la vérité, c’est ainsi que nous sommes appelés à nous exprimer, à formuler des propositions susceptibles de contribuer à la construction de la société, etc.

    La philosophie peut-elle encore jouer un rôle face à la montée des populismes et des idéologies extrêmes ?

    Je vous le dis, et même si vous invitez un autre écrivain, il vous le dira : la philosophie a un rôle éternel dans la société. Face à la montée fulgurante du populisme et des idéologies extrêmes, je suis convaincu que la philosophie servira d’arme pour bloquer l’essor de cette doctrine instrumentalisant le peuple. N’oublions pas que le populisme et les idéologies extrêmes n’ont d’autre but que d’instrumentaliser le peuple en critiquant le pouvoir en place. Pour les contrer, nous avons besoin d’une raison cohérente pour démontrer au peuple ce que recherchent le populisme et les idéologies extrêmes et quelles sont leurs ambitions.


    On peut donc conclure que la construction de vos livres part d’une idée politique, d’une question philosophique et d’une intuition littéraire ?

    Mes livres s’inspirent toujours des réalités de mes sociétés. Chaque jour, je suis invité à réfléchir aux maux qui affligent notre société. Tous mes livres puisent leurs sources dans des faits réels, parfois même négatifs. Il m’est souvent difficile de mêler imaginaire et réalité dans mes livres. Je dirais donc que mes livres sont construits sur la réalité pure.


    Vos ouvrages et prises de position suscitent parfois des débats polémiques. Comment vivez-vous les critiques et les controverses ?

    Je suis un homme direct, honnête, responsable et cohérent. Je ne recule jamais devant la critique et la controverse. Quelles que soient les critiques ou les controverses, je garde la tête haute et réponds à tous mes détracteurs. J’adore quand on me critique, quand on critique mes écrits ! Cela me donne encore plus de force pour écrire. J’aime le débat lorsqu’il vient de mes lecteurs. C’est pourquoi je reste calme face aux critiques et aux controverses. Je dis souvent : je pense, donc je suis ! Mais je dis ce que je suis et ce que je pense !

    Avez-vous quand même le sentiment que vos idées sont mieux comprises aujourd’hui qu’à vos débuts à l’écriture ?

    C’est une question de perfection littéraire ! Quand j’ai commencé à écrire, mes idées étaient mal comprises ! Certains lecteurs ne me prenaient pas au sérieux, d’autres pensaient que je plaisantais. Mais aujourd’hui, on croit en mon écriture et on me suit partout dans le monde.


    Sur quels projets travaillez-vous actuellement ? Un nouveau livre ou autre initiative littéraire en préparation ?

    Un bon écrivain ne reste jamais sans projet. Sa plume doit toujours être fluide. Je répondrais donc que je travaille actuellement sur trois nouveaux manuscrits : deux essais politiques et un roman. J’ai également d’autres projets littéraires que vous découvrirez au fur et à mesure.


    Y a-t-il une question philosophique ou politique que vous aimeriez explorer mais que vous n’avez pas encore abordée ?

    Je suis un chercheur et un penseur insatisfait ! Pour ce faire, je creuse comme une foreuse. Jour après jour, la scène politique africaine nous offre de nouveaux sujets de réflexion. Je me rapproche donc progressivement de ce que la société africaine m’offre sur la scène politique. Mais la question philosophique que je dois aborder dans mon prochain essai est la suivante : comment entrer en contact avec l’âme de nos parents et comment les ressusciter ? J’emmènerai mes lecteurs dans un voyage au cœur de la spiritualité africaine.


    Quel conseil donneriez-vous à un jeune penseur qui souhaite mêler philosophie, politique et écriture ? Ou tout simplement un jeune qui veut écrire, peu importe le sujet.

    L’amour de l’écriture est l’essence même de la plume. Quiconque souhaite approfondir ses connaissances littéraires doit aimer l’écriture, la lecture et la critique. Un jeune qui souhaite se consacrer à la philosophie, à la politique ou à l’écriture doit connaître et comprendre la philosophie et la politique, et écrire quotidiennement.

    Merci pour vos réponses.


    Propos recueillis par Pauline ONGONO

  • D-LIVRE – Entretien avec Célestine BELLA AWONO, auteure camerounaise

    Traiter de la thématique de l’homme dans ses composantes était une façon pour moi d’attirer l’attention de la base et du sommet de la société, pour que chacun agisse pour l’humanisation de la cité.

    Bonjour, Célestine BELLA AWONO ! Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de ce qui vous a poussée à devenir écrivaine ?

    Merci à vous pour l’honneur que vous me faites.
    Du cycle primaire que j’ai essentiellement fait dans le département de l’océan jusqu’au supérieur (principalement à l’université de Yaoundé 1) en passant par le cycle secondaire fait au lycée d’Ekekom et de Nkol-eton, j’ai toujours eu la grâce d’être comptée parmi ceux là qui se démarquent positivement malgré les eaux troubles de la vie. Parce qu’il faut dire que c’était loin d’être un long fleuve tranquille. Néanmoins, je suis parvenue, selon les moyens mis à ma disposition, grâce à ce background, à devenir professeure adjoint des Écoles Normales et experte en management et montage des projets. Durant tout ce parcours (scolaire, académique et professionnel), j’ai observé, entendu et vécu des choses comme toute personne d’ailleurs, qui m’ont poussée au questionnement. Fille d’enseignant que je suis, j’ai été très tôt en contact avec des livres de tout genre. Tout ceci, mêlé à ma passion de vouloir créer par l’art, est certainement ce qui m’a poussée vers l’écriture.

    Quelles sont vos principales influences littéraires, africaines ou internationales ?

    Les littéraires qui m’ont influencée sont nombreux. Mais les littéraires africains qui ont influencé d’une manière ou d’une autre mes écrits sont principalement EZA BOTO, le professeur NJOH MOUELLE, André BRINK, Patrick SEGAL, Michel QUOIST…

    Votre écriture s’inscrit-elle dans une tradition littéraire africaine particulière ? Si oui, laquelle ?

    Les traditions littéraires africaines telles que les contes, les proverbes… sont pleines de sagesse et de leçons. Mon écriture, je pourrais dire qu’elle puise un peu dans toutes ces traditions, pour en faire un cocktail littéraire dosé, émouvant, parfois sucré-salé.

    Comment décririez-vous le rôle de la culture africaine dans votre écriture ?

    Disons d’ors et déjà que la culture africaine est très riche, diverse et variée ; donc ne peut qu’être un creuset pour celui qui voudrait s’en inspirer pour des réalisations multiformes. Par conséquent, dans mes écrits, il est évident qu’elle joue un rôle de source, dans la mesure où je m’y appuie pour des analyses, et des lectures de l’individu et de ses actions dans ses interactions avec son semblable dans son milieu de vie, qui a ses réalités propres. Dans ma plume, la culture africaine joue également un rôle de mémoire. Toujours se rappeler de là où on vient, pour mieux avancer.

    Pouvez-vous nous expliquer le choix du thème central de Écoute !, votre dernier recueil de poèmes ?

    L’homme est l’être essentiel de la vie. C’est d’ailleurs à lui que revient la gestion de ce monde dont sa vie en dépend. Je pense donc qu’il est important et même urgent d’investir véritablement en lui pour redonner à la famille, la société, aux relations, aux services, à la science… leur humanité qui se meurt sous nos yeux ouverts mais endormis par le venin de l’ego et de l’intérêt exacerbés. Traiter de la thématique de l’homme dans ses composantes était une façon pour moi d’attirer l’attention de la base et du sommet de la société, pour que chacun agisse pour l’humanisation de la cité.

    Votre idée d’écriture de ce recueil est-elle inspirée de personnes réelles ou de traditions orales africaines ?

    Oui, dans une certaine mesure, les personnes réelles ont fait naître cette idée d’écriture et parfois des personnes héritières des traditions orales africaines. Ma pensée s’en va vers mes parents et grands-parents à qui je souhaite un doux repos.

    Comment abordez-vous la question de la langue dans vos œuvres ? Écrivez-vous en français, dans une langue africaine, ou mélangez-vous les deux ?

    Nos langues nationales sont de très belles langues. Il suffit d’entendre les chansons composées en ewondo, en bassa’a, en duala… Et les laisser mourir à petit feu est une cruauté envers les peuples camerounais et africains. Car la langue porte et transporte la substance de la culture d’un peuple. Fort heureusement, l’État, qui a très vite compris ce grand mal, a introduit de façon pédagogique l’enseignement de nos langues nationales dans le système éducatif à travers les nouveaux curricula. Et pour moi, c’est important que chacun parle et même écrive sa langue. J’introduis dans mes textes, comme dans mon dernier recueil de poèmes, quelques mots en langue nationale. Ainsi, ce léger mélange laisse transparaître l’amour que j’ai pour nos langues. Toutefois, dans d’autres cadres, j’écris uniquement en langue nationale ou en français, sans aucun mélange.

    Quels défis rencontrez-vous en tant qu’auteure africain dans le paysage littéraire actuel ?

    Parmi tant d’autres, je parlerai particulièrement du défi de la communication et de la visibilité. Il n’y a pas beaucoup de plateformes et d’espaces offerts aux auteurs surtout en herbe pour s’exprimer et se révéler. Quand ceux-ci existent, ils ne sont pas toujours gratuits, ce qui complique encore les choses chez ces auteurs qui ont déjà la peine à écouler leurs stocks de livres dans une société où les individus perdent l’amour du livre et de sa lecture.

    Pensez-vous que la littérature africaine est suffisamment représentée et valorisée sur la scène internationale ?

    Suffisamment représentée et valorisée sur la scène internationale, oui. Mais on peut faire mieux. Toutefois, je souhaiterais que cette représentativité et cette valorisation soient davantage fortes prioritairement en Afrique, pour un réveil et un éveil de la conscience collective, surtout en la jeunesse, dans l’optique de l’informer et de la former, pour une pensée et un agir à relever et à élever l’Afrique.

    Comment voyez-vous l’évolution de la littérature africaine contemporaine ?

    Je la vois fulgurante si celle-ci est davantage soutenue, valorisée, encadrée et accompagnée d’abord par l’État et les organismes privés.

    Votre écriture vise-t-elle une dimension politique ou sociale ? Si oui, comment ?

    Je pense que, lorsqu’on couche sur du papier sa pensée, sa vision, son analyse, c’est pour que celle-ci soit vue et lue par tous les acteurs des paysages politique et social. Ceux-ci, avec tous les outils d’évaluation mis à leur disposition, pourront leur être utiles dans un domaine ou un autre .

    Quel message souhaitez-vous donc transmettre à travers tous ces conseils dans « Écoute ! » ?

    Le message de revenir à l’homme. Nous devons investir d’abord en l’Homme dans toutes ses dimensions : âme, esprit et corps, afin que ses pensées, ses paroles et ses actions vis-à-vis de son semblable et de son environnement soient positives.

    Quel est votre processus d’écriture ? Avez-vous des rituels ou des habitudes particulières ?

    (Rire) Pas vraiment ! J’écris comme ça me vient. Je peux écrire de jour ou de nuit. Parfois même dans un bus… Quand j’ai du fil dans mes idées et la possibilité, j’écris. Mais bien évidemment, je vais toujours revoir le texte pour y mettre de l’ordre ou même tout changer. Mais avant toute soumission formelle d’un texte à un concours ou à une maison d’édition, je me fais toujours lire par un tiers.

    Un conseil pour les jeunes auteurs africains qui souhaitent se lancer dans l’écriture ?

    Briser les barrières de la peur et se lancer. Avec le temps, se faire accompagner. Se préparer à rencontrer les montagnes et les collines. Mais qu’ils sachent et surtout gardent en esprit qu’il y a des plaines verdoyantes qui les attendent.

    Sur quel projet littéraire travaillez-vous actuellement ?

    J’ai commencé un roman il y a des mois. Mais j’ai dû mettre une pause pour des raisons de santé. Je souhaite le reprendre très bientôt et l’achever.




  • Être sain(e) dans le roman  »Libre, toute l’histoire » de Bibiche KOUND

    Chaque mois, 15 Pages Par Jour, le club de lecture de ACOLITT, tient une rencontre autour d’un livre afin d’en découvrir les contours, évaluer l’impact direct sur le lecteur et aussi envisager des perspectives pour une meilleure promotion de la Littérature.
    Le samedi 09 août 2025 a couvert un nouvel échange, un autre partage d’expériences de lecture. Cette fois, la discussion s’est tenue sur la santé mentale, avec pour contexte d’exploration le roman Libre, toute l’histoire, de l’auteure camerounaise Bibiche KOUND, paru chez ECLOSION à Yaoundé et acheté par les membres du club. La bibliothèque La Maison Des Savoirs a, comme bien souvent, abrité cette rencontre qui a ouvert la réflexion sur l’état réel de la psychologie individuelle et l’éducation dans les familles.

    ANALYSE DE L’ŒUVRE


    Les huit participants du jour (Ray, Pauline, Audrey, Célestine, Erine, Amina, Audrey B., Laura) ont dans un premier temps exposé leurs diverses émotions au bout de la lecture de ce roman qui met en scène Muna, une adolescente qui va grandir en faisant du silence son cocon, tant elle souffre de violences répétées de la part d’un père qu’elle aime pourtant plus que tout au monde, de viols, de manque d’affection… et plus tard, elle réussira même à rater un mariage qui avait l’air idyllique, inébranlable.


    Amina a avoué être allée d’un choc à un autre, car elle ne comprenait pas comment le fruit de l’amour pouvait être une violence qui frôle la haine de son propre enfant. « Muna est battue sans savoir pourquoi », dit-elle encore retournée par sa lecture. Pour Audrey, Erine, Audrey B. et Laura, le roman comporte plusieurs non-dits, des éléments qui auraient permis de se situer un peu mieux au niveau des motivations du chef de famille qui ne bat que les femmes de la maison : sa femme et ses filles. Pour ces lecteurs, un silence lourd continue de les entourer après la lecture, comme si l’auteure avait écrit un roman pour se taire plutôt que pour s’exprimer. Quant à Célestine, Pauline et Ray, parents depuis de longues années, ils ont livré des retours sur l’éducation et surtout l’échec du rôle de la mère de Muna, cette femme qui aurait pu se lever comme Betty Mahmoody, l’auteure de Jamais sans ma fille, 1987, et se battre pour sa fille.


    L’écriture accessible permet de ne pas se détacher du texte, ont reconnu les lecteurs du jour. Bibiche KOUND n’a pas cherché à écrire comme l’aurait fait l’auteur artiste conscient d’être artiste ; elle a juste laissé un mal-être intégrer son encre et remplir naturellement ses pages. Selon Pauline, la présidente d’ACOLITT, il aurait fallu un peu plus de courage à l’auteure pour aller cœur de son expression ; mais, comme l’ont soulevé Ray et Célestine, peut-être le fond de l’histoire est encore plus perturbant.

    A l’unanimité, les lecteurs ont conclu que le livres d’expériences personnelles peuvent aboutir à ce résultat si l’auteur ne se livre pas à fond, et surtout si l’histoire est toujours en cours dans la vie réelle. Cependant, le relève encore Pauline, il a d’abord fallu évacuer un trop-plein, cette boule qui empêchait l’auteure de respirer à pleins poumons, pour effectivement entamer le chantier de la Liberté.

    REPENSER L’ÉDUCATION DANS LES FAMILLES


    Ray, comme toujours modérateur de ces échanges littéraires, a soulevé la question de l’attention face à l’autorité. « Les parents ne regardent pas leurs enfants dans les yeux pour les comprendre. Ils n’observent pas l’attitude de leurs enfants, préférant s’en tenir à l’autorité qui est la leur pour asseoir leur influence », a-t-il introduit quand l’éducation est mentionnée. Ainsi, le père de Muna n’est pas conscient de l’amour infini que lui porte sa fille ; et il l’est encore moins de la douleur qu’il lui inflige, des dégâts qu’il cause dans sa vie.
    Chaque membre a alors le relais en évoquant des situations personnelles, présentes ou passées. Il ressort donc que Muna n’a pas été protégée par sa famille, d’abord parce que l’histoire de celle-ci demeure dans le brouillard. La question qui revient et ne trouve pas de réponse est : Qu’est-il arrivé à cet homme pour qu’il s’en prenne aussi violemment aux femmes de sa maison ? Les lecteurs auraient aimé en savoir plus sur cet homme et sa femme ; car la barbarie qu’il leur fait subir, n’étant égale qu’à la passivité de cette mère qui ne réagit pas sous les coups, ne trouve pas une explication claire. Ceci a donné lieu à plusieurs appréciations. Célestine pense qu’il a subi lui-même ce type de violence, « Et peut-être de sa mère », renchérit Pauline, raison pour laquelle il ne s’en prend qu’aux femmes. Audrey B., Audrey et Erine se demandent s’il n’a pas reçu comme éducation de soumettre la femme au prix le plus fort pour elle. Des pistes de réflexion s’ouvrent, faisant intervenir des expériences réelles dans la société. Et toutes aboutissent au silence de Libre, toute l’histoire sur le passé de cette famille.

    LA QUESTION DE LA SANTÉ MENTALE


    La santé mentale arrive donc naturellement sur la table. Et il ressort que Muna n’est pas la seule personne à plaindre. Il se conclut même qu’elle est moins à plaindre que son père qui doit être en proie à des démons surpuissants qui n’entendent pas le lâcher jusqu’à ce qu’il la brise.
    Les visages multiples qu’il présente prouvent combien il a cessé lui aussi d’être libre dans son esprit. A l’intérieur il est tyran, tandis que le reste de la société le voit comme un modèle. Son jeu entre visage de haine et visage d’amour ne fait qu’accroître son besoin de martyriser les femmes de sa maison. Il a besoin de cette énergie, malgré lui, pour gérer ses personnalités. La question de la santé mentale chez les hommes, sauf s’ils sont officiellement déclarés fous au regard des incohérences évidentes dans leurs attitudes, n’est presque jamais abordée. Ce serait même une offense. Voilà pourquoi, comme dans la société, c’est Muna qui doit se faire aider. C’est sa mère qui doit se faire aider. Ce sont ses sœurs qui doivent se faire aider. Pour ce qui concerne l’homme, « c’est sa nature, la femme doit juste supporter » ; cela ne traduit-il pas à suffisance un réel problème dans la société.


    « Nous sommes tous malades », a affirmé Célestine. Qui ne l’est pas dans ce roman de Bibiche KOUND ? En observant les diverses attitudes, incluant les violeurs, il est conclu que la santé mentale de chacun est affectée. Et pour essayer de répondre à la question du rétablissement de chacun dans sa liberté humaine, les lecteurs du club de lecture 15 Pages Par Jour ont pointé du doigt l’éducation dans les familles. Enseignante de profession, Célestine, l’auteure du recueil de poèmes Ecoute !, a rappelé que les parents ont bien souvent démissionné de leurs fonctions, laissant l’éducation à l’école et aux enfants eux-mêmes.
    Des choses simples comme « Je t’aime » « Tu peux le faire » « Tu es beau/belle » « Tu es une perle » peuvent éviter bien des dégâts. Mais la notion de récompense a disparu, ou plutôt on offre des cadeaux comme des coups. Sans raison. L’enfant qui ne comprend pas ce qui lui arrive, comme Muna, est vulnérable dans une société où l’on croise plus de prédateurs que de samaritains. Et le pire arrive toujours. Et très souvent dans le cocon le plus protecteur : la famille.

    Au bout de la séance de travail, l’on comprend le silence destructeur dans lequel les victimes comme Muna s’enferment. La voix devient la première issue vers la reconstruction de soi. C’est ainsi que Bibiche KOUND se fait aujourd’hui conférencière avertie, nourrie par le besoin de liberté qui ne sera jamais pour elle un acquis, mais une démarche que l’on observe durant toute sa vie.
    Entre émotions vives et espoirs certains, les lecteurs se sont quittés plus de deux heures après le début de la rencontre, satisfaits d’avoir passé un autre moment de qualité. Le livre a reçu la note générale de 6,5/10, car s’il permet de se poser de fortes questions sur l’éducation dans les familles et la santé mentale, il lui manque encore plus de courage pour véritablement sortir du silence. Mais peut-être est-ce au lecteur, psychologue recherché, qu’il faut ce courage pour le sortir du silence.


    La prochaine séance se tiendra le 06 septembre 2025 à 12h. Le Tome 1 de Journal d’une jeunesse gaspillée, ouvrage autobiographique dont dix (10) exemplaires ont été offerts au 15 Pages par Jour Bookclub par l’auteur Himins, sera à l’honneur.


    Ce club de lecture vous intéresse ? Vous souhaitez offrir une dizaine de livres ? Notre contact : acolitterature@gmail.com

  • D-LIVRE : Entretien avec Serges NGOUNGA, écrivain camerounais, président de l’Amicale des Auteurs Camerounais de la Diaspora (AMACAD)

    Quand nous sommes enracinés dans nos valeurs, fiers de notre histoire, solides dans nos convictions, alors nous pouvons nous ouvrir aux autres avec sérénité, confiance et puissance.

    Merci d’avoir accepté de répondre à ce questionnaire. Vous êtes l’auteur de plusieurs livres dont trois s’inscrivent dans une perspective traditionaliste, défendant des valeurs, une vision de l’homme ou une esthétique enracinée dans la tradition. Nous souhaitons mieux comprendre votre démarche intellectuelle et créative dans l’écriture de « Le NGOUN expliqué à mon fils… et présenté au monde », « Du temporel à l’intemporel », « Les racines du bien, ou la parenthèse enchantée »…

    Comment définiriez-vous le « traditionalisme » dans vos œuvres ? Est-ce une fidélité à des principes intemporels, un rejet de la modernité, ou autre chose ?

    Je commencerai par dire que le traditionalisme en général désigne une somme de valeurs et coutumes du passé, des temps anciens, qui a été transmise par une tradition écrite ou orale, et qu’on peut considérer comme intemporelle, c’est-à dire immuable. Dans mes œuvres, le traditionalisme est une manière de me saisir du présent, comme trait d’union entre le passé et le futur. L’écrivain est un passeur de relais. Oui, je suis fidèle à certains principes intemporels qui gouvernent aussi bien l’humanité entière que les individus et les sociétés que nous constituons. Cela ne peut pas être un rejet de la modernité, car toute tradition s’enrichit des faits modernes, qui la pénètre, la bouscule et une partie de cette modernité épouse la tradition d’origine et la consolide. Je ne serai pas un auteur qui voudrait opposer la modernité à la tradition.

    Quels penseurs, écrivains ou artistes du passé vous inspirent le plus, et pourquoi ?

    Il y a plusieurs auteurs, penseurs et artistes qui m’inspirent, pas que ceux du passé. Disons pour parler des temps anciens, les philosophes grecs Marc Aurèle, Sénèque, Socrate m’inspirent autant que certains auteurs français tels que Voltaire, Jean-Paul Sartre, et bien d’autres… sans oublier certains auteurs africains tel que Senghor, Mongo Beti, Amadou Hampâté Bâ. Ces auteurs m’inspirent le plus car d’une certaine manière, leurs écrits décrivent aussi bien la complexité du monde qui les entouraient et ils donnent quelques clés pour trouver son proche chemin, avec conviction et liberté.

    Selon vous, quelles sont les principales erreurs ou illusions de la modernité ?

    Je pourrai citer deux erreurs majeures :

    La première, la modernité a souvent l’illusion de créer quelque chose de nouveau, et lorsqu’on creuse, on se rend compte souvent qu’au fond, on a refait uniquement la surface extérieure de quelque chose qui existait déjà.

    La seconde erreur, c’est de penser que ce qui relève de la modernité, doit s’imposer à tout le monde, de la même manière. Or, l’humain ne peut pas être contraint à tout type de modernité ; ce serait nier sa capacité à réfléchir, et sa liberté intrinsèque d’exercer un choix libre et conscient sur ce qui se présente à lui, moderne ou non.

    La tradition doit-elle être préservée telle quelle, ou réinterprétée pour rester vivante ?

    Comprenons-nous bien, la tradition, au sens d’un ensemble de pratiques transmises de siècle en siècle, de génération en génération ne peut intrinsèquement pas être préservée telle quelle. Pourquoi ? parce que chaque génération prend un peu du passé, y ajoute des éléments du présent sans oublier sa propre vision du futur. Ce qui veut dire que chaque époque, chaque période possède sa part de tradition. Oui, ce qui est essentiel et indispensable dans une tradition doit être préservée. Prenons l’exemple de la poésie. La tradition poétique a mis en place des codes d’écriture, des vers, des alexandrins, etc. Aujourd’hui, cette tradition poétique a ses inconditionnels, mais à nos jours, ce qui est resté de cette tradition, c’est le sens des rimes, du rythme des vers, la tonalité des strophes, et non plus l’obligation de faire des alexandrins de dix ou douze pieds. En clair, une tradition, pour rester vivante dans une époque donnée, doit s’habiller des vêtements de cette époque pour rester encore plus puissante. Pourrai-je parler de trahi-modernité ?

    Comment votre engagement traditionaliste influence-t-il votre style d’écriture ou votre approche artistique ?

    Je dirai plutôt ma vision traditionaliste et non pas engagement. Car une vision s’affine, s’aiguise avec le temps ; un engagement, c’est plutôt quelque chose de continu dans l’action. Donc, je dirai que ma vision traditionnelle étant le reflet de mon parcours, de mes rencontres, de mon essence même, elle fait partie intégrante de ma source d’inspiration. Je me nourris à la source des traditions du monde pour interroger le présent. J’interroge l’avenir à l’aune des faits passés pour mieux comprendre le présent. Mon écriture est une quête d’harmonie et de sens.

    Existe-t-il, selon vous, une « décadence » dans la littérature contemporaine ? Si oui, comment la caractériseriez-vous ?


    Je suis mal placé pour juger la décadence ou non dans la littérature contemporaine. Vous savez, chaque époque a ses travers. Chaque secteur d’activité a ses aspects décadents. Regardez la mode, il y a de tout. Certains parents peuvent trouver indécent l’habillement de certaines jeunes filles, dans un pays et ce sera l’inverse dans un autre milieu. Il y a eu par exemple au XIXè siècle dans la littérature romantique française, des auteurs tels que Victor Hugo qui avait des romans conventionnels, différents du style d’autres auteurs comme Georges Sand, qui mêlait au texte romantique des émotions contrastées de sensualité et de sexualité qui pouvaient choquer à cette époque-là.

    Quel rôle jouent la religion, la philosophie ou les mythes dans vos œuvres ?

    La religion joue très peu de rôle dans mes œuvres. Je parlerai plutôt de spiritualité, ce qui élève l’Homme au dessus de la matière. La philosophie comme amour de la sagesse est aussi une forme de spiritualité qui, dans certains de mes textes, interpelle l’humain aussi bien dans ses contradictions que dans sa recherche d’harmonie et d’équilibre avec lui-même, avec la société qui l’entoure et avec la nature qui l’environne.

    L’art doit-il être beau, ou peut-il se permettre la laideur et la subversion ?

    Pour moi, l’art doit être beau, et être au service du bon et du bien. L’art peut se permettre une certaine subversion, et cela lui confère une certaine subtilité. Pour ce qui est de la laideur, tout dépend de la sensibilité de chaque artiste-créateur. De base, toute œuvre de création se conçoit dans la beauté de l’esprit.

    Le traditionalisme implique-t-il, selon vous, une certaine vision de l’ordre social ? Laquelle ?

    Si vous prenez par exemple le traditionalisme qu’ont certains peuples à respecter les anciens, pensez-vous que cela puisse se faire sans respect de l’ordre social ? Dans la médecine ou dans le droit, pensez-vous que sans ordre social, le respect du port des tenues, la méthodologie de soutenance auront-ils un sens ?

    Comment analysez-vous les mouvements contestataires actuels (écologisme, progressisme, etc.) à la lumière de votre pensée ?

    Ce sont des formes d’expression de la liberté des Hommes. Il faut laisser les gens s’exprimer si tant est qu’ils ne cherchent pas à imposer à tous la même pensée. Je fais confiance à l’intelligence collective et au temps pour apporter plus de sérénité dans ce qui peut apparaître comme un mouvement de contestation. Ces éléments extérieurs ne viennent aucunement perturber ma vision intérieure.

    La démocratie moderne est-elle compatible avec les valeurs que vous défendez ?

    Si l’on attend par démocratie moderne, l’élection des dirigeants au suffrage universel, je dirai que ce choix ne doit pas être imposé à tous les pays de la planète de la même manière. Chaque peuple peut et doit trouver le mécanisme par lequel il veut être administré. Vu du monde occidental, les monarchies du Moyen-Orient semblent ne pas être gênants pour les populations locales. Les peuples d’Afrique, d’aujourd’hui, ne peuvent-ils pas accepter cette forme de gestion monarchique ? A méditer.

    Quelle place accordez-vous aux nations, aux peuples et à leurs héritages spécifiques ?

    Justement, un peuple s’approprie son destin, lutte pour l’affirmation de sa liberté et pose les bases de son organisation. Les nations les plus solides sont celles où les peuples ont pu forger un destin commun sur la base d’héritages où chacun se reconnaît dans le narratif collectif. L’ère Meïji a formé et forgé le destin de la nation japonaise. La conquête de l’Amérique par des Européens, avec des esclaves amenés d’Afrique, a donné autre chose de différent que ce qui préexistait avant 1492.

    Vos idées suscitent-elles des incompréhensions ou des oppositions ?

    Pour l’instant, je n’y prête pas attention. Le vin est tiré, il faut le boire. Lorsqu’une œuvre est publiée, elle est livrée aussi bien aux critiques qu’aux compliments. Les goûts et les couleurs, ça ne se discute pas. Je prends tout, je tamise si besoin et je m’assure d’être en harmonie avec moi-même.

    Pensez-vous que la culture dominante marginalise volontairement les voix traditionalistes ?

    La culture dominante, au contraire, donne du relief aux voix traditionalistes. Je le répète, aucune culture dominante, ne se fait sans la base d’éléments traditionalistes. On croit souvent que la modernité est une croissance ex nihilo. Creusez-bien et vous verrez l’essence, la quintessence des choses et des êtres. La modernité ne doit pas oublier ses fondements basés sur des faits traditionalistes…

    Quel public souhaitez-vous toucher : une tranche particulière ou la société dans son ensemble ?

    La jeunesse de 9 à 99 ans. J’écris pour mettre en lumière une partie de la vision de notre société. Par conséquent, les êtres éveillés, ceux qui sont à l’écoute du monde, peuvent me lire, y compris les jeunes dès l’âge de 9 ans.

    Vous vivez en Occident. Voyez-vous des signes d’un possible renouveau traditionaliste africain en Occident ?

    Oui, énormément. Disons que les enfants des 2ème et 3ème générations d’Africains qui sont venus en Europe pour les études ou pour le travail, ont compris qu’il leur manquait une base, des racines pour mieux assumer leurs identités plurielles. Avec ou sans l’aide de leurs parents, ils sont allés à la source et cela a créé en eux quelques bouleversements mais aussi de l’enchantement. Ainsi, ils sont mieux armés pour le rendez-vous du donner et du recevoir, cher au poète Senghor.

    Avez-vous des projets en cours (livres, conférences, collaborations) que vous souhaiteriez partager ?

    Oui, plusieurs projets se préparent pour les mois qui suivent, surtout pour le 1er semestre 2026. J’en dirai plus lorsque j’aurai choisi l’ordre de parution de ces travaux en cours de finalisation. A suivre.

    Un dernier message ou une citation qui résume votre position ?

    Soyez comme ces arbres anciens, ces majestueux baobabs d’Afrique, ces séquoias géants d’Europe, ces cèdres d’Asie, qui plongent leurs racines profondément dans le sol au fil du temps. Avec un tronc solide, à fière allure, ces arbres ont des branches qui s’étendent aux quatre coins de l’espace. Autrement dit, quand nous sommes enracinés dans nos valeurs, fiers de notre histoire, solides dans nos convictions, alors nous pouvons nous ouvrir aux autres avec sérénité, confiance et puissance. La bienveillance devient une force. L’ouverture, un choix. L’enchantement de la vie, un luxe permanent.



  • BIOLITT : Lorena Nolwen LEKEUFACK KAMAHA, Miss littérature Afrique 2025

    Née le 02 novembre 2006 à Douala au Cameroun, Lorena Nolwen LEKEUFACK KAMAHA est une jeune écrivaine en herbe. Passionnée de narration depuis sa tendre enfance, Lorena Nolwen termine à quinze ans son tout premier roman « Les Tréfonds de L’âme », qui cumule à ce jour près de trois mille vues sur Wattpad, la plateforme d’écriture mondiale.

    Elle assure pendant plus de six mois la fonction de jury du concours Lofn, une compétition littéraire non officielle organisée sur le réseau social.

    À seize ans, elle publie toujours sur Wattpad un recueil de nouvelles basé sur les tragédies marquantes de l’histoire de son pays. La première nouvelle de ce recueil l’amène en demi-finale de la 39e édition du Prix du Jeune Écrivain de Langue Française.

    Fin 2023, elle remporte le Prix de la Meilleure Dissertation Philosophique du Lycée Bilingue de Ngodi-Bakoko, établissement secondaire dans lequel elle est scolarisée. L’année suivante, elle est lauréate de la 40e édition du Prix du Jeune Écrivain de Langue Française avec une nouvelle inédite : « Prémonition ».  Lorena Nolwen, parrainée par l’écrivain canadien Éric CHACOUR et conviée à la Semaine du Jeune Écrivain à Muret en France, à la fin du mois de mars 2025. Sa nouvelle paraîtra avec les onze autres textes gagnants, dans un recueil, aux Éditions Robert Laffont, en avril 2025.

    Depuis la fin d’année 2024, elle est l’ambassadrice bénévole de l’association « Un Livre, Un Trésor », qui promeut le lire et l’écrire chez les jeunes du Cameroun.

    Nolwen KAMAHA est également Miss Littérature Cameroun 2024-2026. Le 26 juillet 2025 au Bénin, elle est élue Miss Littérature Afrique.

    Actuellement, elle étudie le journalisme à l’Institut Universitaire du Golfe de Guinée.


  • D-LIVRE : ENTRETIEN AVEC Anne Rachel ABOYOYO A., écrivaine camerounaise

    Je cherche surtout le cœur de l’homme. J’espère donc avoir la capacité de suggérer de fortes émotions. Que ce soit par le vers libre, par le free verse, par le haïku ou par des laisses, j’espère parler au cœur de l’homme.


    Quand et comment avez-vous découvert votre vocation pour la poésie ?

    Ma vocation pour la poésie découle de ma volonté de me coudre à moi-même, j’avais alors quinze ans et j’étais sujette à une sensibilité un tout petit peu regardée de travers par mon entourage. J’écrivais des textes narratifs et épistolaires surtout, au début. Et la lecture des poèmes a été déterminante; j’avais le sentiment en les lisant et en les écrivant, qu’ils exprimaient mieux ce que j’avais à dire et surtout, ce que je pensais.


    Y a-t-il un poète, une poétesse ou un livre qui a marqué vos débuts ?

    J’ai eu une attirance particulière pour les poèmes de Joseph Rabéarivelo et Jacques Rabémanandjara. Puis, j’ai lu avidement L’anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française de L.S.Senghor ; pour ne plus jamais lâcher la poésie jusqu’à présent.


    Comment définiriez-vous votre propre voix poétique ? A-t-elle évolué au fil du temps ?

    La voix poétique se réfère à la personnalité poétique. Il est difficile d’être à la fenêtre et de se regarder passer dans la rue. Je sais seulement qu’il y a de grandes structures antithétiques dans mes textes.

    Comment naît un poème chez vous ? ( une image, une émotion, une idée ?)

    Les poèmes naissent de tout chez moi : un regard, un sourire, une attitude, un coup de vent ou de blues, une colère, une image… tout.

    Travaillez-vous par inspiration spontanée ou par réécriture minutieuse ?

    Les deux. Je suis saisie de la même manière par la montée de la fulgurance (inspiration toujours nourrie par l’observation), que par le travail de tissage des mots.

    Avez-vous des rituels d’écriture (un lieu, un moment de la journée, des outils préférés) ?

    J’écris comme je vis. Ma vie est à la fois respect et mise à distance vis-à-vis des rituels.

    Vos poèmes explorent souvent l’abstrait, l’union, la communion. Pourquoi ces sujets vous touchent-ils ?

    Je pose sur la société extrêmement marchande, mercantile et superficielle actuelle, un regard d’une certaine condescendance, mêlée de compassion. Et les sujets qui me passionnent visent justement le réinvestissement de cette société par les valeurs immatérielles et la profondeur. Un peu messianique , la noble prétention (sourire).


    Quelle structure poétique préférez-vous ?

    Je cherche surtout le cœur de l’homme. J’espère donc avoir la capacité de suggérer de fortes émotions. Que ce soit par le vers libre, par le free verse, par le haïku ou par des laisses, j’espère parler au cœur de l’homme.


    Tenez-vous à la musicalité des mots, au rythme où à la ponctuation (ou son absence) ?

    Je tiens plus au charme du mot qu’à sa musique, et je ne me limite ni à l’un ni à l’autre. Ma préférence la plus marquée est celle de la ponctuation. Je tiens à être lisible pour tous.

    Comment voyez-vous l’évolution de la poésie francophone/internationale actuelle ?

    Pour parler d’évolution, il faut définir l’étape de l’aboutissement final, clairement. Or cela me semble une mauvaise prétention pour moi. Ce que je sais c’est que les vastes mouvements des peuples (diversité culturelle) et l’engagement sociopolitique qui en découle en termes de paix ou de guerre, sont un gisement où puise le poème francophone pour s’énoncer (il n’y qu’à lire, par exemple, Nous l’éternité de Christophe Pinau-Thierry, ou L’or n’a jamais été un métal de Josué Guébo, pour s’en convaincre). Les brassages sont à l’origine du bondissement du nombre d’anthologies. Les grands rassemblements sportifs aussi… À l’assaut du ciel, par exemple, est un recueil collectif de textes rassemblés par Julie Gaucher et Valentin Deudon, sur les jeux olympiques et paralympiques.Tout cela s’ecrit dans une diversité formelle notoire, où les structures anciennes jouxtent de nouveaux arrangements (slam-poésie, poésie de rue, textes miniaturisés pour les réseaux sociaux, etc.). Et je sais que c’est bien au-delà de ce que je perçois.


    Y a-t-il des poétesses contemporaines que vous admirez ou qui vous influencent ?

    Il y a des poètes contemporains que je respecte. Je peux citer Fernando d’Alméida, Ananda Dévi, Yvette Balana. Je ne m’enferme pas dans les questions de genre.

    Quels regards portez-vous sur les interprétations que les lecteur.ices font de vos poèmes ?

    Le texte littéraire (mes poèmes en sont un) est ouvert à toute interprétation. J’écoute les interprétations avec délectation, mais sans commentaire.

    La performance orale (lectures, slam) fait-elle partie de vos pratiques ?

    Je suis en train de travailler avec quelques grands performeurs sur la mise en texte orale de mes poèmes. On verra ce que cela produira.

    Un retour de lecteur.ice ne vous a-t-il particulièrement pas marqué depuis « Les graines du silence » ou votre récente parution « La revanche de l’amante » ?

    J’évite les commentaires sur les interprétations de mes textes… jusqu’ici (sourire).


    Parlez-nous de « La revanche de l’amante». Quel est son pourquoi, son pour quoi, son comment, et vos attentes.


    La revanche de l’amante est un texte né d’un haro sur le simulacre dans la conception de l’amour, l’embastillement de la liberté et l’émasculation des humains de sexe masculin. L’objectif est de participer à la déculpabilisation pour favoriser des relations amoureuses et maritales épanouissantes. Le mode opératoire est le démantèlement du mensonge qui les organise et l’attente est la lecture du texte par le plus grand nombre.

    Selon votre expérience, quel conseil donneriez-vous à une personne qui débute en poésie ?

    À un débutant en poésie, je conseille de lire au moins 300 recueils de poèmes, de s’exercer à l’observation minutieuse de tout et d’écrire sur un seul sujet à la fois.

    Travaillez-vous déjà sur un nouveau projet ? Si oui, pouvez-vous nous en dire quelques mots?

    « La revanche de l’amante » vient de paraître. Le livre doit faire son chemin d’abord.

    Quel rôle jouent les plateformes numériques dans la diffusion de vos textes ?

    Le digital est un mode de communication. Avec ses modalités et ses pratiques. Je le traite avec les mêmes égards que les médias classiques.

    Vous avez contribué dans plusieurs recueils. Parlez-nous de ces différentes collaborations. Comment nourrissent-elles votre écriture ?

    J’ai déjà publié dans trois anthologies dont deux étaient thématiques. Ce que je garde de ces expériences, c’est la chaleur de la proximité des pairs et le travail de conciliation des différences. C’est enrichissant.

    Comment conciliez-vous poésie et militantisme ?

    Poésie et militantisme ! Ce sont les critiques qui recensent les éléments critiques des parcours. Je les écouterai à ce sujet (sourire).