
A la tête du groupe Les Fous du Livre, éditrice, promotrice culturelle, chroniqueuse et figure majeure de l’écosystème littéraire camerounais, Marie Bertille Mawem s’est imposée comme l’une des voix les plus influentes de la promotion du livre en Afrique. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, partage sa vision du développement de la chaîne du livre, évoque les défis du secteur et dévoile les ambitions de la 7ᵉ édition du Festival international La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026).
Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et revenir sur les grandes étapes de votre parcours dans l’univers du livre et de la culture ?
Dr H.C. Marie Bertille MAWEM, née le 25 juin 1984 dans la région du Centre, département du Nyong-Ékelle, dans le village Song-Mawem. Très tôt, j’ai rejoint mon père en France, où je vais passer de nombreuses années avant de revenir m’installer au Cameroun. Hôtelière et comptable de formation, j’ai déposé mes valises comme autodidacte de la littérature. Malgré le milieu opaque et très souvent fermé aux nouvelles initiatives, je me suis faite une place de choix…
J’incarne une vision rare et audacieuse, celle d’une femme qui refuse de dissocier la passion de l’action, l’art de l’entreprise et la culture du développement économique. Ma trajectoire n’est pas un chemin, c’est un véritable manifeste. Après avoir affûté mes compétences au sein de plusieurs maisons d’édition, avec stratégie, j’ai pris une décision radicale en 2018 : quitter mon poste de Responsable commerciale et marketing des éditions Ifrikiya pour devenir l’architecte de mon propre projet.
Cette transition n’était pas un simple changement de carrière, mais une volonté profonde de m’impliquer pleinement dans l’ensemble de la chaîne du livre, de sa création à sa promotion. De cette ambition est né le concept fédérateur « Les Fous du Livre », une initiative qui a pris son envol avec la création de l’Association Les Fous du Livre (AFL) en 2017.

Je fonde également en 2021, ma propre maison d’édition, qui compte aujourd’hui plus d’une centaine de titres, contribuant activement à la diversification de la production littéraire en Afrique.
Ce dynamisme a créé le Festival international la Semaine des Fous du Livre en 2018, un événement qui, en plusieurs éditions, s’est imposé comme un rendez-vous culturel majeur au Cameroun, attirant chaque année de nombreux pays et témoignant de son rayonnement continental et international.
Forte de cette expérience, je mets également ma plume et ma voix au service de l’information en tant que Chroniqueuse TV depuis huit ans dans la chaîne de télévision camerounaise Vision 4, pour la rubrique Chroniques Poétiques de l’émission AFRO CAFE, et consultante permanente au Poste National de la CRTV, le dimanche à 8h30 à l’émission intitulée In the family, en famille, depuis neuf ans.

Le 21 décembre 2021, je suis nommée Coordinatrice Nationale du Pôle des Arts Littéraires du Cameroun au Ministère des Arts et de la Culture. Une nomination qui vise à accompagner la vision gouvernementale dans le processus de structuration du secteur des Arts et de la Culture au Cameroun.
En octobre 2024, je reçois le Prix FILAB de la Meilleure Corporation Culturelle au Benin. Le 11 août 2025, je suis élue Première Vice-Présidente du Groupement Patronal Entreprises et Territoires (GREN TERRITOIRES), je franchis ainsi un nouveau cap, devenant un pont stratégique entre le monde de l’art, l’économie réelle et le développement des territoires. Le 15 décembre 2025, je reçois le Prix d’Excellence Culturelle de la Chaire UNESCO ACCES-TIC en reconnaissance à ma contribution au rayonnement de la Culture Camerounaise. Le 2 avril 2026, une consécration majeure vient couronner mon parcours, je dirai une distinction prestigieuse, de l’École Supérieure des Métiers des Arts et de la Culture du Benin : le Doctorat Honoris Causa, pour mes contributions exceptionnelles au développement durable, tant sur les plans social, culturel qu’économique. Une distinction qui reconnaît l’impact profond de mon engagement et la portée transformative de mon action. Le 28 mai 2026 à Libreville, je remporte le Prix FILIGA du Promoteur Littéraire Africain 2026, en reconnaissance à mes travaux et mon engagement au rayonnement de la littérature et de la culture à travers le monde.
Visionnaire, stratège et ambassadrice de la culture, je suis la preuve vivante que l’on peut être à la fois une artiste accomplie et une femme d’affaires influente. Je promeus activement l’égalité des droits entre hommes et femmes au Cameroun à travers une littérature inclusive qui met en lumière les voix féminines, les activités littéraires que j’organise pour des femmes sous-scolarisées, et des programmes d’alphabétisation qui permettent aux femmes de révéler leur potentiel, de gagner en autonomie et de contribuer pleinement à la société.
Mon parcours, jalonné de distinctions nationales et internationales, n’est pas seulement une source d’inspiration ; il démontre que la culture, loin d’être un luxe, est le moteur d’un futur qui se construit avec audace et engagement.
Quelles rencontres, expériences ou lectures ont le plus influencé votre engagement en faveur de la promotion de la lecture et des arts littéraires ?
Black Boy de Richard Wright, car il se rapproche d’une histoire réelle ; Les Fourberies de Scapin (Molière), Le Cimetière des Bacheliers (François Nkeme), Séverin Cécil Abéga (Les Bimanes), Francis Bebey (Le Fils d’Agatha Moudio), Machiavel (Comment Devenir un Fin Stratège), et bien d’autres.
En tant que femme évoluant dans le secteur culturel, quels ont été les principaux défis auxquels vous avez été confrontée et comment les avez-vous surmontés ?
S’imposer dans l’univers culturel en général et dans celui du livre en particulier, sans les codes ni les parcours académiques traditionnels, relève souvent d’un véritable acte de foi. En autodidacte, il a fallu conquérir ma légitimité, apprendre sur le terrain et faire entendre une vision nouvelle face aux résistances du milieu. Trouver les ressources nécessaires pour donner corps à cette ambition et déployer une politique éditoriale innovante a constitué un combat quotidien. À cela se sont ajoutées les exigences d’un secteur concurrentiel où chaque avancée se gagne avec persévérance. Et en tant que femme, il m’a aussi fallu briser des plafonds invisibles, transformer les préjugés en force et faire de ma détermination ma plus belle signature.
Effectivement, vous êtes à la tête de plusieurs initiatives culturelles. Quelle vision guide aujourd’hui votre action en faveur du développement du livre au Cameroun et en Afrique ?
Le livre au Cameroun est un Géant en devenir : conscient de ses fragilités, mais riche de promesses et d’opportunités pour ceux qui osent le réinventer. Portée par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, je pense qu’il faut repenser la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.
Les Éditions Les Fous du Livre occupent une place avérée dans l’écosystème littéraire. Quelle est la mission de cette maison d’édition et quel bilan en faites-vous depuis sa création ?
Les Éditions Les Fous du Livre sont nées d’une conviction profonde ; celle qu’un nouvel essor du livre est possible au Cameroun. Portées par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, elles œuvrent à repenser toute la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.

Notre ambition est de faciliter la publication des auteurs, d’insuffler une nouvelle politique éditoriale et d’inventer de nouvelles manières de concevoir, diffuser, distribuer et commercialiser le livre. À travers un modèle économique innovant et inclusif, nous voulons faire du livre un véritable levier de transformation culturelle, sociale et économique. Nous comptons aujourd’hui plus de 100 titres publiés, nous sommes donc en bonne voie pour atteindre nos objectifs.
Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels font face les auteurs, éditeurs et autres acteurs de la chaîne du livre au Cameroun ?
Les defis sont nombreux, mais entre autre, je dirais : le coût élevé de production , les difficultés de diffusions, les droits d’auteurs, le manque des bibliothèques, l’absence de structuration réelle du secteur du livre.
Votre engagement a été salué par plusieurs prix et distinctions, comme indiqué à l’entame de cet échange. Quelle importance accordez-vous à ces reconnaissances et quel impact ont-elles sur votre parcours ?
La reconnaissance est le premier salaire de tout travail. Je suis profondément honorée que mon travail soit reconnu et valorisé. Cette reconnaissance me pousse à travailler encore plus, de mieux tracer mon profil de carrière… Aussi, elle donne plus de légitimité à mon travail et au métier que j’ai choisi de faire.


Parmi les nombreuses initiatives que vous avez portées, quelles sont celles dont vous êtes la plus fière et pourquoi ?
La création des Fous du Livre dans toutes ses composantes. Parce que ce concept contribue activement à la promotion de la lecture, de l’écriture et de la culture au sein de la communauté littéraire. Il offre aux jeunes et aux passionnés du livre des espaces d’apprentissage, d’expression et d’épanouissement. Grâce à ces initiatives, de nombreux talents littéraires sont révélés et accompagnés. Les Fous du Livre participent au rayonnement de la littérature africaine et camerounaise. Leur engagement constant en faveur de l’éducation et du savoir en fait un véritable acteur du développement culturel.
Parlant d’engagement, le Festival International la Semaine des Fous du Livre est devenu un rendez-vous majeur de la vie culturelle. Quel regard portez-vous sur son évolution depuis sa création ?
Depuis sa création, le Festival International la Semaine des Fous du Livre a connu une évolution remarquable, passant d’une initiative ambitieuse à un rendez-vous culturel incontournable. Chaque édition a gagné en envergure, en qualité et en diversité des activités proposées. Le festival a su rassembler des acteurs du livre de différents horizons et renforcer la promotion de la littérature auprès de tous les publics. Son impact sur la valorisation de la littérature est de plus en plus visible. Aujourd’hui, il s’impose comme une véritable plateforme de dialogue, de découverte et de rayonnement culturel.



Que réserve la prochaine édition du Festival des Fous du Livre aux participants, aux professionnels du livre et au grand public ?
La 7ᵉ édition du Festival International La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026) promet quatre jours riches en découvertes, en rencontres et en opportunités pour tous les acteurs de la chaîne du livre. Pour les participants et le grand public, le festival proposera une grande foire-exposition du livre, des conférences-débats, des tables rondes, des animations culturelles, des concours littéraires, des journées dédiées aux pays invités ainsi que des rencontres avec des auteurs, éditeurs et professionnels du secteur. Les visiteurs pourront également prendre part à des masterclass en écriture, art oratoire, slam et technologies créatives. Pour les professionnels du livre, le FESTIFOUS offrira de véritables espaces d’exposition et de promotion, des rendez-vous d’affaires (B2B et B2C), des opportunités de réseautage, une forte visibilité médiatique et numérique, ainsi que des cadres de réflexion sur les enjeux du développement de l’industrie du livre en Afrique. La literature inclusive, élément nouveau de cette édition, occupera une place de choix.

Enfin, cette édition se veut une plateforme de valorisation des talents, de création de partenariats et de diffusion du savoir, réunissant tous les maillons de la chaîne du livre, institutions, entreprises et startups autour d’une même ambition : faire du livre un puissant levier de développement culturel et économique.
Le concours Miss Fous du Livre suscite un intérêt croissant. Quelle est la philosophie de cette initiative et quelle contribution apporte-t-elle à la promotion de la lecture auprès des jeunes ?
Le concours Miss FESTIFOUS est bien plus qu’un concours de beauté. Il s’agit d’une initiative éducative, culturelle et citoyenne conçue pour faire des jeunes femmes de véritables ambassadrices du livre, de la lecture et des valeurs positives. Sa philosophie repose sur une conviction simple : la beauté prend tout son sens lorsqu’elle est accompagnée de l’intelligence, de la culture et de l’engagement social.

À travers ce concours, Les Fous du Livre souhaitent valoriser des jeunes femmes capables d’inspirer leur génération par leur amour de la lecture, leur maîtrise de l’expression écrite et leur engagement en faveur du changement social. L’édition 2026 s’articule autour du thème : « Non à la dépravation des mœurs », invitant les candidates à produire un texte original, afin de démontrer leur réflexion, leur créativité et leur capacité à défendre des valeurs essentielles à la société.
Le concours met ainsi l’écriture et la lecture au cœur du processus de sélection. Pour les jeunes, Miss FESTIFOUS constitue une formidable porte d’entrée vers l’univers du livre. En encourageant la rédaction de textes, la découverte d’auteurs, la prise de parole en public et la réflexion critique, l’initiative contribue à développer le goût de la lecture, tout en renforçant la confiance en soi, le leadership et la culture générale des participantes. Au-delà de la compétition, Miss FESTIFOUS crée une communauté de jeunes lectrices engagées qui deviennent des modèles auprès de leurs pairs. Elles participent ainsi à la promotion du livre, à la sensibilisation sur les enjeux sociaux et à la construction d’une jeunesse plus instruite, plus responsable et plus consciente de son rôle dans la société.
En somme, Miss FESTIFOUS est une célébration de la beauté, de l’intelligence et de la culture, au service de la promotion de la lecture et de l’épanouissement de la jeune fille africaine en général et camerounaise en particulier.
Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs, aux auteurs, aux éditeurs et à tous ceux qui œuvrent pour la valorisation du livre et de la culture africaine ?
J’invite tous les amoureux du livre à poursuivre leur engagement en faveur de la lecture et de la culture africaine. Chaque lecteur, auteur, éditeur ou acteur culturel contribue à préserver et transmettre notre patrimoine intellectuel. Ensemble, faisons du livre un outil d’éducation, d’émancipation et de transformation sociale. Continuons à raconter nos histoires, à valoriser nos talents et à inspirer les générations futures. L’avenir de l’Afrique s’écrit aussi dans ses livres. Le livre étant par excellence le meilleur outil de transmission des valeurs, mais aussi le lieu où l’on consigne nos us et coutumes.
Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO








































































































