Étiquette : Échanges littéraires

  • Marie Bertille Mawem, l’audace au service du livre et de la culture africaine | ENTRETIEN

    A la tête du groupe Les Fous du Livre, éditrice, promotrice culturelle, chroniqueuse et figure majeure de l’écosystème littéraire camerounais, Marie Bertille Mawem s’est imposée comme l’une des voix les plus influentes de la promotion du livre en Afrique. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, partage sa vision du développement de la chaîne du livre, évoque les défis du secteur et dévoile les ambitions de la 7ᵉ édition du Festival international La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026).


    Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et revenir sur les grandes étapes de votre parcours dans l’univers du livre et de la culture ?

    Dr H.C. Marie Bertille MAWEM, née le 25 juin 1984 dans la région du Centre, département du Nyong-Ékelle, dans le village Song-Mawem. Très tôt, j’ai rejoint mon père en France, où je vais passer de nombreuses années avant de revenir m’installer au Cameroun. Hôtelière et comptable de formation, j’ai déposé mes valises comme autodidacte de la littérature. Malgré le milieu opaque et très souvent fermé aux nouvelles initiatives, je me suis faite une place de choix…

    J’incarne une vision rare et audacieuse, celle d’une femme qui refuse de dissocier la passion de l’action, l’art de l’entreprise et la culture du développement économique. Ma trajectoire n’est pas un chemin, c’est un véritable manifeste. Après avoir affûté mes compétences au sein de plusieurs maisons d’édition, avec stratégie, j’ai pris une décision radicale en 2018 : quitter mon poste de Responsable commerciale et marketing des éditions Ifrikiya pour devenir l’architecte de mon propre projet.

    Cette transition n’était pas un simple changement de carrière, mais une volonté profonde de m’impliquer pleinement dans l’ensemble de la chaîne du livre, de sa création à sa promotion. De cette ambition est né le concept fédérateur « Les Fous du Livre », une initiative qui a pris son envol avec la création de l’Association Les Fous du Livre (AFL) en 2017.

    Je fonde également en 2021, ma propre maison d’édition, qui compte aujourd’hui plus d’une centaine de titres, contribuant activement à la diversification de la production littéraire en Afrique.

    Ce dynamisme a créé le Festival international la Semaine des Fous du Livre en 2018, un événement qui, en plusieurs éditions, s’est imposé comme un rendez-vous culturel majeur au Cameroun, attirant chaque année de nombreux pays et témoignant de son rayonnement continental et international.

    Forte de cette expérience, je mets également ma plume et ma voix au service de l’information en tant que Chroniqueuse TV depuis huit ans dans la chaîne de télévision camerounaise Vision 4, pour la rubrique Chroniques Poétiques de l’émission AFRO CAFE, et consultante permanente au Poste National de la CRTV, le dimanche à 8h30 à l’émission intitulée In the family, en famille, depuis neuf ans.

    Le 21 décembre 2021, je suis nommée Coordinatrice Nationale du Pôle des Arts Littéraires du Cameroun au Ministère des Arts et de la Culture. Une nomination qui vise à accompagner la vision gouvernementale dans le processus de structuration du secteur des Arts et de la Culture au Cameroun.

    En octobre 2024, je reçois le Prix FILAB de la Meilleure Corporation Culturelle au Benin. Le 11 août 2025, je suis élue Première Vice-Présidente du Groupement Patronal Entreprises et Territoires (GREN TERRITOIRES), je franchis ainsi un nouveau cap, devenant un pont stratégique entre le monde de l’art, l’économie réelle et le développement des territoires. Le 15 décembre 2025, je reçois le Prix d’Excellence Culturelle de la Chaire UNESCO ACCES-TIC en reconnaissance à ma contribution au rayonnement de la Culture Camerounaise. Le 2 avril 2026, une consécration majeure vient couronner mon parcours, je dirai une distinction prestigieuse, de l’École Supérieure des Métiers des Arts et de la Culture du Benin : le Doctorat Honoris Causa, pour mes contributions exceptionnelles au développement durable, tant sur les plans social, culturel qu’économique. Une distinction qui reconnaît l’impact profond de mon engagement et la portée transformative de mon action. Le 28 mai 2026 à Libreville, je remporte le Prix FILIGA du Promoteur Littéraire Africain 2026, en reconnaissance à mes travaux et mon engagement au rayonnement de la littérature et de la culture à travers le monde.

    Visionnaire, stratège et ambassadrice de la culture, je suis la preuve vivante que l’on peut être à la fois une artiste accomplie et une femme d’affaires influente. Je promeus activement l’égalité des droits entre hommes et femmes au Cameroun à travers une littérature inclusive qui met en lumière les voix féminines, les activités littéraires que j’organise pour des femmes sous-scolarisées, et des programmes d’alphabétisation qui permettent aux femmes de révéler leur potentiel, de gagner en autonomie et de contribuer pleinement à la société.

    Mon parcours, jalonné de distinctions nationales et internationales, n’est pas seulement une source d’inspiration ; il démontre que la culture, loin d’être un luxe, est le moteur d’un futur qui se construit avec audace et engagement.


    Quelles rencontres, expériences ou lectures ont le plus influencé votre engagement en faveur de la promotion de la lecture et des arts littéraires ?

    Black Boy de Richard Wright, car il se rapproche d’une histoire réelle ; Les Fourberies de Scapin (Molière), Le Cimetière des Bacheliers (François Nkeme), Séverin Cécil Abéga (Les Bimanes), Francis Bebey (Le Fils d’Agatha Moudio), Machiavel (Comment Devenir un Fin Stratège), et bien d’autres.


    En tant que femme évoluant dans le secteur culturel, quels ont été les principaux défis auxquels vous avez été confrontée et comment les avez-vous surmontés ?

    S’imposer dans l’univers culturel en général et dans celui du livre en particulier, sans les codes ni les parcours académiques traditionnels, relève souvent d’un véritable acte de foi. En autodidacte, il a fallu conquérir ma légitimité, apprendre sur le terrain et faire entendre une vision nouvelle face aux résistances du milieu. Trouver les ressources nécessaires pour donner corps à cette ambition et déployer une politique éditoriale innovante a constitué un combat quotidien. À cela se sont ajoutées les exigences d’un secteur concurrentiel où chaque avancée se gagne avec persévérance. Et en tant que femme, il m’a aussi fallu briser des plafonds invisibles, transformer les préjugés en force et faire de ma détermination ma plus belle signature.


    Effectivement, vous êtes à la tête de plusieurs initiatives culturelles. Quelle vision guide aujourd’hui votre action en faveur du développement du livre au Cameroun et en Afrique ?

    Le livre au Cameroun est un Géant en devenir : conscient de ses fragilités, mais riche de promesses et d’opportunités pour ceux qui osent le réinventer. Portée par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, je pense qu’il faut repenser la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.


    Les Éditions Les Fous du Livre occupent une place avérée dans l’écosystème littéraire. Quelle est la mission de cette maison d’édition et quel bilan en faites-vous depuis sa création ?

    Les Éditions Les Fous du Livre sont nées d’une conviction profonde ; celle qu’un nouvel essor du livre est possible au Cameroun. Portées par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, elles œuvrent à repenser toute la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.

    Notre ambition est de faciliter la publication des auteurs, d’insuffler une nouvelle politique éditoriale et d’inventer de nouvelles manières de concevoir, diffuser, distribuer et commercialiser le livre. À travers un modèle économique innovant et inclusif, nous voulons faire du livre un véritable levier de transformation culturelle, sociale et économique. Nous comptons aujourd’hui plus de 100 titres publiés, nous sommes donc en bonne voie pour atteindre nos objectifs.


    Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels font face les auteurs, éditeurs et autres acteurs de la chaîne du livre au Cameroun ?

    Les defis sont nombreux, mais entre autre, je dirais : le coût élevé de production , les difficultés de diffusions, les droits d’auteurs, le manque des bibliothèques, l’absence de structuration réelle du secteur du livre.


    Votre engagement a été salué par plusieurs prix et distinctions, comme indiqué à l’entame de cet échange. Quelle importance accordez-vous à ces reconnaissances et quel impact ont-elles sur votre parcours ?

    La reconnaissance est le premier salaire de tout travail. Je suis profondément honorée que mon travail soit reconnu et valorisé. Cette reconnaissance me pousse à travailler encore plus, de mieux tracer mon profil de carrière… Aussi, elle donne plus de légitimité à mon travail et au métier que j’ai choisi de faire.


    Parmi les nombreuses initiatives que vous avez portées, quelles sont celles dont vous êtes la plus fière et pourquoi ?

    La création des Fous du Livre dans toutes ses composantes. Parce que ce concept contribue activement à la promotion de la lecture, de l’écriture et de la culture au sein de la communauté littéraire. Il offre aux jeunes et aux passionnés du livre des espaces d’apprentissage, d’expression et d’épanouissement. Grâce à ces initiatives, de nombreux talents littéraires sont révélés et accompagnés. Les Fous du Livre participent au rayonnement de la littérature africaine et camerounaise. Leur engagement constant en faveur de l’éducation et du savoir en fait un véritable acteur du développement culturel.


    Parlant d’engagement, le Festival International la Semaine des Fous du Livre est devenu un rendez-vous majeur de la vie culturelle. Quel regard portez-vous sur son évolution depuis sa création ?

    Depuis sa création, le Festival International la Semaine des Fous du Livre a connu une évolution remarquable, passant d’une initiative ambitieuse à un rendez-vous culturel incontournable. Chaque édition a gagné en envergure, en qualité et en diversité des activités proposées. Le festival a su rassembler des acteurs du livre de différents horizons et renforcer la promotion de la littérature auprès de tous les publics. Son impact sur la valorisation de la littérature est de plus en plus visible. Aujourd’hui, il s’impose comme une véritable plateforme de dialogue, de découverte et de rayonnement culturel.


    Que réserve la prochaine édition du Festival des Fous du Livre aux participants, aux professionnels du livre et au grand public ?

    La 7ᵉ édition du Festival International La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026) promet quatre jours riches en découvertes, en rencontres et en opportunités pour tous les acteurs de la chaîne du livre. Pour les participants et le grand public, le festival proposera une grande foire-exposition du livre, des conférences-débats, des tables rondes, des animations culturelles, des concours littéraires, des journées dédiées aux pays invités ainsi que des rencontres avec des auteurs, éditeurs et professionnels du secteur. Les visiteurs pourront également prendre part à des masterclass en écriture, art oratoire, slam et technologies créatives. Pour les professionnels du livre, le FESTIFOUS offrira de véritables espaces d’exposition et de promotion, des rendez-vous d’affaires (B2B et B2C), des opportunités de réseautage, une forte visibilité médiatique et numérique, ainsi que des cadres de réflexion sur les enjeux du développement de l’industrie du livre en Afrique. La literature inclusive, élément nouveau de cette édition, occupera une place de choix.

    Enfin, cette édition se veut une plateforme de valorisation des talents, de création de partenariats et de diffusion du savoir, réunissant tous les maillons de la chaîne du livre, institutions, entreprises et startups autour d’une même ambition : faire du livre un puissant levier de développement culturel et économique.


    Le concours Miss Fous du Livre suscite un intérêt croissant. Quelle est la philosophie de cette initiative et quelle contribution apporte-t-elle à la promotion de la lecture auprès des jeunes ?

    Le concours Miss FESTIFOUS est bien plus qu’un concours de beauté. Il s’agit d’une initiative éducative, culturelle et citoyenne conçue pour faire des jeunes femmes de véritables ambassadrices du livre, de la lecture et des valeurs positives. Sa philosophie repose sur une conviction simple : la beauté prend tout son sens lorsqu’elle est accompagnée de l’intelligence, de la culture et de l’engagement social.

    À travers ce concours, Les Fous du Livre souhaitent valoriser des jeunes femmes capables d’inspirer leur génération par leur amour de la lecture, leur maîtrise de l’expression écrite et leur engagement en faveur du changement social. L’édition 2026 s’articule autour du thème : « Non à la dépravation des mœurs », invitant les candidates à produire un texte original, afin de démontrer leur réflexion, leur créativité et leur capacité à défendre des valeurs essentielles à la société.

    Le concours met ainsi l’écriture et la lecture au cœur du processus de sélection. Pour les jeunes, Miss FESTIFOUS constitue une formidable porte d’entrée vers l’univers du livre. En encourageant la rédaction de textes, la découverte d’auteurs, la prise de parole en public et la réflexion critique, l’initiative contribue à développer le goût de la lecture, tout en renforçant la confiance en soi, le leadership et la culture générale des participantes. Au-delà de la compétition, Miss FESTIFOUS crée une communauté de jeunes lectrices engagées qui deviennent des modèles auprès de leurs pairs. Elles participent ainsi à la promotion du livre, à la sensibilisation sur les enjeux sociaux et à la construction d’une jeunesse plus instruite, plus responsable et plus consciente de son rôle dans la société.

    En somme, Miss FESTIFOUS est une célébration de la beauté, de l’intelligence et de la culture, au service de la promotion de la lecture et de l’épanouissement de la jeune fille africaine en général et camerounaise en particulier.


    Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs, aux auteurs, aux éditeurs et à tous ceux qui œuvrent pour la valorisation du livre et de la culture africaine ?

    J’invite tous les amoureux du livre à poursuivre leur engagement en faveur de la lecture et de la culture africaine. Chaque lecteur, auteur, éditeur ou acteur culturel contribue à préserver et transmettre notre patrimoine intellectuel. Ensemble, faisons du livre un outil d’éducation, d’émancipation et de transformation sociale. Continuons à raconter nos histoires, à valoriser nos talents et à inspirer les générations futures. L’avenir de l’Afrique s’écrit aussi dans ses livres. Le livre étant par excellence le meilleur outil de transmission des valeurs, mais aussi le lieu où l’on consigne nos us et coutumes.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • Les mots parlants de Diane-Annie TJOMB : retour sur la séance du 15 Pages Par Jour Bookclub

    Le samedi 20 juin 2026, le club de lecture 15 Pages Par Jour a tenu sa rencontre mensuelle à La Maison des Savoirs, bibliothèque sise à Yaoundé, au quartier Étoudi. Animés par Ray NDEBI, les échanges ont débuté à 15h et, pendant près de deux heures, ont vu s’ouvrir des portes insoupçonnées du recueil de poésie paru aux Éditions KADEÏ en janvier 2026, Les mots parlants, proposé par son auteure Diane-Annie TJOMB pour une lecture critique ouverte. Au bout du jour, alors qu’une grosse pluie s’abat sur la capitale du Cameroun, une idée commune a germé dans chaque esprit, et c’est ce qui va constituer ce retour de lecture.

    À cette rencontre étaient présents les membres réguliers du club de lecture, ainsi que l’écrivaine Pierrette NDZIE, grande passionnée de lecture, qui a contribué avec ses perspectives de cet ouvrage, à construire une lecture plus approfondie de la plume du jour.

    DIANE-ANNIE TJOMB, L’ENGAGEMENT HUMAIN

    Quand une plume se déploie sous le coup de la révolte, il est attendu d’elle un engagement traditionnel ; aller en guerre contre un état des lieux ou pour une cause toujours donnée noble. Hors de ce registre, les auteurs sont surtout dits de gare ou de distraction. Avec Diane-Annie TJOMB, nous découvrons, sous cette nouvelle plume (c’est son troisième livre, après deux romans, Liaa et TUBA B.), une identité d’écriture singulière. Nous allons essayer de la présenter en quelques points :

    Prendre les devants

    JE, ainsi se tient la plume de l’auteure ici, pour dire au monde que chaque pas qu’elle marque est assuré, assumé. Elle ne laisse donc planer l’ombre d’aucun doute quant à la démarche prise au long des trente-sept poèmes offerts dans ce recueil à la fois public et intime. C’est à ce titre qu’elle ouvre son appel avec le texte Oser, dans lequel elle utilise “nous” ce « je » pluriel par lequel elle indique au lecteur « je suis parce que nous sommes ». Le même ton vient conclure le recueil, pour dire « nous commençons ensemble, nous poursuivons ensemble » ; et la tragédie de Mbanga Pongo, portant ce dernier élan, symbole de cet ensemble dans la reconstruction des bonheurs.

    À travers les lignes, parfois vers parfois proses, Diane-Annie TJOMB se lève, comme dans Debout !, et passe à l’action. « Debout je me tiendrai pour te montrer…» illustre bien ce don de soi pour que l’ensemble apprenne par la voie de la Passion plutôt que par celle du soutien. Elle invite alors chacun à se prendre en main exactement là où il se trouve ; en fonction de sa condition réelle, pas celle que l’on veut commune ou empruntée. C’est donc un JE universel qu’elle propose d’entreprendre au cœur de soi.

    Ouvrir des voies

    L’autre enseignement que nous avons retenu en confrontant nos lectures de Les mots parlants, est l’ouverture à une expérience nouvelle. La pensée de Diane-Annie TJOMB est orientée vers l’authenticité, la reconnaissance de ses propres valeurs face à ce que la tendance offre : partir. Billet d’au revoir, par exemple, renseigne pleinement sur la résilience ; mais pas une résilience qui résonne comme un refrain à la mode, mais celle-là qui reconnaît sa force dans une « forêt hostile » sur des « plages fragiles », même quand « on vit dans notre propre pays en aventurier, comme des immigrés ».

    Cette lettre à Léopoldine qui se conclut par « J’exhumerai mes rêves pour leur insuffler de la vie », et ce en allant à la conquête de ce pays qu’elle ne connaît pas assez pour aller en visiter un autre. L’auteure nous dit que l’eldorado est chez soi, il ne sert à rien de rêver d’un ailleurs qui espère nous voir renier nos racines. Et nous comprenons alors que pour aider notre pays, nous devons apprendre à le connaître.

    Prendre le courage de décliner l’indécent exposé par Mes valeurs d’abord !, malgré « le regard féroce, d’une laideur terrifiante, de la souffrance ». Hemlé vient ajouter de l’énergie pour « atteindre l’inaccessible », parce que « les chemins sinueux ne constituent pas toujours des abîmes ».

    Lire la plume de cette native de Bengbis c’est aller et oser, même « par effraction » pour commencer, car tout finit par s’arranger quand on est plusieurs.

    Préserver l’équilibre

    S’engager. Voilà ce qui nous a le plus pris du temps durant nos échanges. Certains ont dit l’auteure philosophe, d’autres psychologue. D’autres encore martyr. À la lumière des réflexions exposées, elle est simplement Humaine. Sous sa plume, on voit aussi la victime terrée dans chaque bourreau. « Ce n’est pas contre vous que le soleil brille/…/Il ne vous accuse pas, il vous inonde » ; ainsi apparaît le côté réparateur de Diane-Annie TJOMB. Comme dans L’homme qui répare les femmes, elle vient réparer l’âme du bourreau ; cette âme victime d’une oppression encore plus lourde pour elle que les souffrances que répandent ses mains.

    Quand on a parlé de Les mots parlants, l’engagement humain (autant par la personne que par l’âme) a sanctionné les discussions. Diane-Annie TJOMB se tient au cœur de la condition humaine pour laisser s’exprimer sa clairvoyance. Avec elle, la prophétie perd ses atouts d’annonces soutenues par des « Amen » de convenance, pour se faire souffle et habiter l’esprit en proie au doute. Ce qui viendra ne viendra pas par hasard ou miracle, mais parce que tu l’as choisi. Debout ! nous dit que « le bonheur est une graine qui se cultive tout au long du chemin ». Rien ne nous attend si ce n’est ce vers quoi nous choisissons de marcher. Et c’est de sa propre expérience (parlant de la plume) qu’elle puise toutes ces ressources afin que l’autre s’en inspire.

    Si nous devons énumérer tous les points qui présentent Les mots parlants de Diane-Annie TJOMB, un grand volume devra être nécessaire, tant sa plume permet des voyages et des explorations multiples au sein de chaque poème, de chaque vers. L’aspect humain, psychologique, lui confère un statut particulier en ce qui concerne l’engagement ; si parfois ses positions sont fortes comme au bout de Sonette, nous savourons l’équilibre qu’elle tient entre le bien et le mal, le bourreau et la victime… Dans une terre où « on traverse la vie sans vivre », seule la résilience permet d’éviter l’âbime, et pour cela, il faut apprendre à se connaître, s’assumer et s’exprimer.

    A la fin de la séance, dehors il pleuvait des cordes, dans la salle, il pleuvait des 9/10, des 8/10, donnant une note générale de 8,75/10 à Les mots parlants.




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  • SECRILO 2026 : une semaine de réflexion intense sur les enjeux contemporains de la critique littéraire africaine

    Du 20 au 26 avril 2026, nous avons organisé la deuxième édition de la Semaine du Critique Littéraire en Ligne (SECRILO).

    Diffusé en direct sur nos plateformes numériques, notamment Facebook Live et LinkedIn Live, et en présentiel à La Maison des Savoirs à Yaoundé, cet événement international a réuni pendant sept jours des écrivains, critiques littéraires, enseignants-chercheurs, éditeurs, bibliothécaires, slameurs, journalistes et passionnés de littérature venus de plusieurs pays d’Afrique, d’Europe et d’Amérique du Nord, plus précisément du Cameroun, de la République centrafricaine, du Gabon, du Congo, du Tchad, de la Guinée, du Burkina Faso, de l’Algérie, de la Côte d’Ivoire, de la France, du Canada, du Togo, de la RDC, de la Pologne, du Bénin et du Sénégal.

    À travers une série de panels thématiques, la SECRILO 2026 avait pour ambition de questionner la place et le rôle de la critique littéraire dans l’écosystème du livre, tout en favorisant la professionnalisation des pratiques critiques, le dialogue entre les différents acteurs de la chaîne du livre et la création d’espaces de réflexion adaptés aux réalités contemporaines.

    Durant une semaine, les échanges ont mis en lumière les défis auxquels fait face la critique littéraire africaine et mondiale : légitimité des critiques, indépendance intellectuelle, rapports avec les écrivains et les éditeurs, rôle des lecteurs, influence des réseaux sociaux, réseaux d’influence, place des espaces de diffusion et avenir des métiers liés au livre.

    PLUS PRÉCISÉMENT…

    Lundi 20 avril 2026

    Thème : « L’auteur(e) face au miroir critique : la critique influence-t-elle l’écriture ? »

    Modérée par Kadidia Nébié (Burkina Faso), cette première rencontre a ouvert le débat sur la relation complexe entre l’auteur et le critique.

    Les panelistes ont souligné à l’unanimité que la critique constitue un véritable miroir pour l’écrivain. Lorsqu’elle est rigoureuse et argumentée, elle peut contribuer à améliorer les pratiques d’écriture, à affiner les choix esthétiques et à nourrir une réflexion sur les attentes du lectorat.

    Cependant, plusieurs participants ont mis en garde contre le risque d’une écriture excessivement influencée par les attentes critiques, qui pourrait freiner la créativité et uniformiser les œuvres.

    Les échanges ont permis de poser une question fondamentale : comment préserver la liberté créatrice de l’auteur tout en reconnaissant l’utilité du regard critique ?

    Mardi 21 avril 2026

    Thème : « Critique littéraire et légitimité »

    Sous la modération de Jek Lulutégui Loua (Côte d’Ivoire), ce panel a exploré les critères qui fondent la légitimité du critique littéraire.

    Les intervenants ont interrogé plusieurs dimensions : la formation universitaire, l’expérience de lecture, la maîtrise des outils d’analyse, la connaissance des contextes culturels et l’éthique professionnelle. Cette discussion a permis de déconstruire l’idée selon laquelle la critique serait réservée à une élite académique.

    Les panélistes ont insisté sur le fait que la légitimité ne repose pas uniquement sur les diplômes, mais également sur la rigueur intellectuelle, la capacité d’argumentation, l’honnêteté méthodologique et la constance dans le travail.

    À l’ère du numérique, où chacun peut publier son avis sur une œuvre, la nécessité de distinguer opinion personnelle et critique littéraire structurée est apparue comme un enjeu majeur.

    Mercredi 22 avril 2026

    Thème : « Critique littéraire et bienveillance : entre diplomatie, réseaux d’influence et peur de froisser »

    Animé par Ray Ndebi (Cameroun), ce panel a abordé une question sensible : la difficulté de produire une critique objective dans des milieux littéraires souvent marqués par la proximité relationnelle.

    Les intervenants ont évoqué les liens d’amitié entre auteurs et critiques, les pressions exercées par certains réseaux d’influence, la crainte des représailles symboliques ou professionnelles ainsi que l’autocensure.

    Les échanges ont rappelé qu’une critique bienveillante ne signifie pas une critique complaisante.

    La bienveillance consiste à formuler des observations honnêtes, argumentées et respectueuses, dans une perspective constructive.

    Le défi consiste donc à maintenir un équilibre entre exigence intellectuelle et respect des personnes.

    Jeudi 23 avril 2026

    Thème : « Littérature africaine : manque de critiques ou manque d’espaces pour la critique ? »

    Sous la modération de Chad’Art (République démocratique du Congo), cette rencontre a mis en évidence l’un des principaux défis du secteur littéraire africain.

    Les panélistes ont observé que de nombreux lecteurs compétents et passionnés existent sur le continent, mais qu’ils disposent de peu de tribunes pour diffuser leurs analyses.

    Plusieurs obstacles ont été identifiés : l’insuffisance de revues spécialisées, la faible visibilité médiatique des œuvres littéraires, le manque de financement des initiatives critiques, la disparition progressive des suppléments culturels et la faiblesse des réseaux professionnels dédiés à la critique.

    Les participants ont plaidé pour la création de nouveaux espaces d’expression, notamment numériques, afin de favoriser l’émergence d’une critique littéraire africaine plus dynamique et plus visible.

    Vendredi 24 avril 2026

    Thème : « Lecteur ou critique littéraire ? Le prix de la limite »

    Modéré par Ray Ndebi (Cameroun), ce panel a interrogé la frontière entre la lecture ordinaire et l’exercice professionnel de la critique.

    Les intervenants ont rappelé que tout critique est avant tout un lecteur, mais que tous les lecteurs ne deviennent pas nécessairement critiques.

    La critique suppose une méthodologie d’analyse, des références théoriques, une capacité à contextualiser les œuvres et une argumentation rigoureuse.

    Les discussions ont également porté sur la responsabilité sociale du critique, dont les prises de position peuvent influencer la réception d’une œuvre, la carrière d’un auteur ou les choix éditoriaux.

    Le panel a conclu sur la nécessité de valoriser la formation continue des critiques afin de renforcer la qualité des analyses produites.

    Samedi 25 avril 2026

    Thème : « Faut-il absolument être écrivain pour proposer une critique littéraire ? »

    Animé par Enock Guidjime (Bénin), ce débat a permis de déconstruire un préjugé largement répandu.

    Les intervenants ont défendu l’idée selon laquelle l’exercice de la critique ne dépend pas du statut d’écrivain, mais de la compétence analytique.

    La critique repose avant tout sur la culture littéraire, la capacité d’interprétation, la connaissance des genres et des courants ainsi que la maîtrise des outils d’analyse.

    Les échanges ont démontré que les bibliothécaires, enseignants, journalistes culturels, lecteurs avertis ou chercheurs peuvent produire des critiques pertinentes sans nécessairement être auteurs eux-mêmes.

    L’essentiel demeure la qualité du regard porté sur l’œuvre.

    Samedi 25 avril 2026 – Panel spécial en présentiel à Yaoundé

    Thème : « La critique littéraire : entre influence culturelle et rivalité avec les écrivains »

    Organisé à la Maison des Savoirs, à Yaoundé (Etoudi – Dépôt de sable), ce panel spécial, modéré par Régine N. Ekodo (Cameroun), a permis d’approfondir les relations parfois complexes entre écrivains et critiques.

    Les participants ont analysé le rôle du critique comme médiateur culturel, capable d’orienter les débats intellectuels et d’influencer les dynamiques de réception des œuvres.

    Toutefois, les échanges ont également révélé les tensions qui peuvent naître lorsque les auteurs perçoivent certaines critiques comme des attaques personnelles.

    Les intervenants ont insisté sur la nécessité de développer une culture du débat intellectuel, fondée sur l’argumentation et le respect mutuel.

    Ils ont rappelé que critique et création littéraire ne doivent pas être considérées comme des activités concurrentes, mais comme des pratiques complémentaires au service du développement du livre et de la pensée.

    Dimanche 26 avril 2026

    Thème : « Critique littéraire et édition : indépendance ou union nécessaire ? »

    La clôture de cette deuxième édition, modérée par Fatoumata Cissé (Sénégal/Côte d’Ivoire), a porté sur les relations entre critiques littéraires et maisons d’édition.

    Les intervenants ont examiné les enjeux liés à l’indépendance du jugement critique dans un contexte où les frontières entre promotion éditoriale et analyse critique tendent parfois à s’estomper.

    Plusieurs questions ont été soulevées : un critique peut-il conserver son objectivité lorsqu’il collabore avec des éditeurs ? Comment éviter les conflits d’intérêts ? Quels mécanismes mettre en place pour garantir l’éthique professionnelle ?

    Le panel a conclu qu’une collaboration entre éditeurs et critiques est nécessaire pour dynamiser l’écosystème du livre, à condition que l’indépendance intellectuelle et la transparence demeurent des principes non négociables.

    Un atelier d’écriture pour prolonger la réflexion

    Au-delà des échanges théoriques et des débats d’idées, la deuxième édition de la SECRILO a proposé une activité pratique destinée aux auteurs, lecteurs et passionnés de littérature.

    Le dimanche 26 avril 2026, de 18 h 00 à 19 h 30 (heure du Cameroun), un atelier gratuit d’écriture créative a été animé par Ray Ndebi, coach en creative writing, autour du thème : « La liberté de créativité ».

    Cette session a permis aux participants d’explorer les mécanismes de la création littéraire et de réfléchir aux liens étroits entre liberté artistique et réception critique.

    À travers des échanges interactifs, des exercices pratiques et des conseils méthodologiques, l’atelier a abordé plusieurs problématiques essentielles : comment construire une voix d’auteur singulière ? Comment préserver son authenticité face aux attentes du public, des éditeurs et des critiques ? Comment faire de la critique un levier d’amélioration plutôt qu’un frein à la créativité ?

    Les participants ont été invités à expérimenter différentes approches narratives et à interroger leurs propres processus créatifs.

    En proposant cet atelier, la SECRILO 2026 a démontré que la critique littéraire et la création ne s’opposent pas. Bien au contraire, elles entretiennent un dialogue fécond qui contribue à l’émergence d’œuvres plus abouties et à l’enrichissement du paysage littéraire africain.

    Des partenaires mobilisés pour la SECRILO 2026

    La réussite de la deuxième édition de la SECRILO repose également sur l’engagement de plusieurs partenaires institutionnels, associatifs et culturels qui œuvrent quotidiennement pour la valorisation du livre, de la lecture et de la création littéraire.

    Par leur accompagnement, leur expertise et leur engagement, ces structures ont contribué à renforcer la visibilité de l’événement et à favoriser la mise en réseau des différents acteurs de la chaîne du livre.

    Les partenaires de la SECRILO 2026 sont :

    Une reconnaissance spéciale pour l’engagement des participants

    Au terme de cette deuxième édition de la SECRILO, ACOLITT a tenu à saluer l’implication de ses followers dans la réussite de l’événement.

    Après analyse des interactions et des contributions enregistrées sur les différentes plateformes de diffusion, la maison d’édition ShanaProd, dirigée par Natacha Odonnat, a été désignée comme meilleure contributrice de la SECRILO 2026.

    Cette distinction récompense l’engagement constant de la structure dans la promotion des activités de la Semaine du Critique Littéraire en Ligne, ainsi que sa participation active aux échanges et à la visibilité des différents panels.

    En guise de reconnaissance, ACOLITT a offert à ShanaProd un atelier d’écriture destiné à cinq personnes mandatées par la maison d’édition, ainsi qu’un accompagnement en communication autour de deux ouvrages de son catalogue, chaque livre bénéficiant d’une campagne de promotion d’une durée de deux semaines.

    Par cette initiative, ACOLITT réaffirme sa volonté de valoriser l’engagement de ses partenaires et d’encourager les acteurs du livre qui contribuent activement au rayonnement de la littérature africaine et à la diffusion de la pensée critique.


    Au terme d’une semaine riche en échanges et en enseignements, la deuxième édition de la SECRILO – et la SECRILO en général – s’impose comme une initiative majeure dans le paysage littéraire africain.

    La diversité des intervenants, la pertinence des thématiques abordées et la qualité des débats ont permis de mettre en lumière les nombreux défis auxquels est confrontée la critique littéraire contemporaine.

    Dans un contexte marqué par la multiplication des plateformes numériques et l’évolution des pratiques de lecture, la critique littéraire demeure un outil indispensable de médiation culturelle. Elle permet non seulement d’éclairer les œuvres, mais aussi de stimuler la réflexion, d’encourager l’exigence intellectuelle et de nourrir le dialogue entre auteurs, éditeurs et lecteurs.

    Toutefois, pour remplir pleinement sa mission, la critique doit préserver son indépendance, renforcer son ancrage méthodologique et se doter d’espaces d’expression adaptés aux réalités contemporaines.

    La critique littéraire ne doit ni être perçue comme une entreprise de dénigrement, ni être réduite à un simple exercice promotionnel. Elle constitue avant tout un espace de dialogue, d’analyse et de transmission des savoirs.

    Dans les contextes africains, où les initiatives dédiées à la réflexion critique restent encore insuffisantes, il apparaît essentiel de multiplier les plateformes d’échange, de former de nouvelles générations de critiques et de favoriser la création de réseaux transnationaux capables de faire rayonner les littératures du continent.

    En réunissant écrivains, critiques, chercheurs, éditeurs, lecteurs et passionnés de littérature autour de problématiques communes, la SECRILO 2026 a démontré que la critique littéraire, lorsqu’elle est rigoureuse, constructive et ouverte à la pluralité des regards, constitue un levier essentiel pour le développement des industries culturelles et le rayonnement des littératures africaines.

    Cette deuxième édition aura ainsi contribué à renforcer les passerelles entre création, lecture et analyse critique, tout en rappelant qu’une littérature vivante a besoin d’une critique libre, exigeante et responsable.

    Pauline M.N. ONGONO




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  • Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié : une présentation officielle réussie au GECAM de Douala

    Le mercredi 03 juin 2026, la salle du GECAM à Douala-Bonanjo a servi de cadre à la présentation officielle et à la séance de dédicace de Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié, premier ouvrage de Jean Grégoire KENGNE TETA, publié en mai 2026 par les Éditions KADEÏ.

    Cette rencontre littéraire, qui a réuni un public composé de personnalités du monde académique, de professionnels, d’acteurs culturels, de proches de l’auteur et de passionnés de lecture, a permis de mettre en lumière une œuvre autobiographique de 132 pages consacrée aux enjeux de la succession familiale, du leadership communautaire et de la transmission des valeurs.

    Tout au long de la cérémonie, les différents intervenants ont souligné la pertinence des réflexions développées dans l’ouvrage. Préfacier du livre, le Pr Alaka Alaka a mis en exergue la portée sociale et culturelle du texte, tandis que Joseph Tchindjo a proposé une lecture analytique mettant en relief la richesse des thématiques abordées. La rencontre, animée avec professionnalisme par Clarence Yongo, a également été marquée par la participation du Père André Marie Kengne, dont l’intervention a apporté un éclairage humain et spirituel sur les questions de responsabilité, de transmission et de cohésion familiale.

    À travers Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié, Jean Grégoire KENGNE TETA livre un témoignage sincère inspiré de son propre vécu. L’auteur y aborde des problématiques qui touchent de nombreuses familles africaines confrontées à la gestion de l’héritage et à la désignation d’un successeur après la disparition d’un chef de famille.

    L’ouvrage s’articule autour de plusieurs thèmes majeurs : la tradition et l’héritage, qui interrogent la transmission des valeurs et des coutumes ; la modernité et ses défis, qui confrontent les aspirations individuelles aux exigences sociales ; l’identité et le destin, au cœur de la quête personnelle de l’auteur ; la famille et le sacrifice, qui rappellent les responsabilités liées à la préservation de l’unité familiale ; ainsi que les épreuves et la résilience, qui montrent comment les difficultés peuvent devenir des opportunités de reconstruction et de croissance.

    Au-delà de son caractère autobiographique, ce livre ouvre une réflexion plus large sur les mécanismes de succession, les tensions qu’ils peuvent engendrer et les voies possibles pour bâtir des relations familiales plus harmonieuses. Les échanges avec le public ont d’ailleurs démontré l’intérêt suscité par ces questions, tant elles résonnent avec les réalités contemporaines de nombreuses communautés.

    La présentation officielle s’est achevée par une séance de dédicace chaleureuse au cours de laquelle l’auteur a pu rencontrer ses lecteurs, échanger avec eux et partager les motivations qui l’ont conduit à écrire cet ouvrage.

    Avec cette publication, les Éditions KADEÏ confirment leur engagement en faveur de la promotion d’une littérature porteuse de réflexion, de mémoire et de dialogue. Quant à Jean Grégoire KENGNE TETA, il signe avec Le Successeur : Yambong ou Fils Sacrifié une œuvre qui s’impose déjà comme une contribution significative aux débats sur l’héritage, la responsabilité et l’avenir des familles africaines.

    Pauline M.N. ONGONO

  • Héritage, sacrifice et quête d’identité : « Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié » captive les lecteurs à Bandjoun

    Le vendredi 19 juin 2026, la Préfecture de Bandjoun a servi de cadre à la cérémonie de présentation-dédicace de l’ouvrage Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié, une autobiographie signée de l’auteur camerounais Jean Grégoire KENGNE TETA, préfacée par le Pr Alaka Alaka et publiée par les Éditions Kadeï. Cet événement littéraire a réuni un public diversifié composé de responsables administratifs, d’acteurs culturels, d’amoureux du livre, d’universitaires, de journalistes et de nombreux invités venus témoigner leur soutien à l’auteur.

    Dès 15h30, les participants ont commencé à prendre place dans une ambiance conviviale et empreinte de solennité. L’arrivée successive des autorités administratives, notamment celle de Mme le Délégué départemental des Arts et de la Culture du Koung-Khi, de M. le Sous-préfet de Pété-Bandjoun et de M. le Préfet du Koung-Khi, a donné à cette rencontre littéraire un caractère institutionnel fort, traduisant l’intérêt croissant des pouvoirs publics du département pour la promotion du livre et de la culture.

    Placée sous la modération du journaliste Walter Bertrand, la cérémonie a officiellement débuté à 16 heures. Après l’exécution de l’hymne national du Cameroun, les différents intervenants ont tour à tour pris la parole, pour mettre en lumière les enjeux et la portée de cette œuvre qui aborde avec sensibilité les questions de succession familiale, de transmission des valeurs et des défis liés à la conciliation entre tradition et modernité.

    La note de lecture présentée par M. Gervais Fokam, connu sous le nom de Ta Tadie Kouokam, a permis au public de découvrir les grandes lignes de l’ouvrage. À travers une analyse approfondie, il a souligné la richesse du récit, inspiré de faits réels, ainsi que sa capacité à susciter la réflexion sur les responsabilités liées à l’héritage et sur les sacrifices parfois nécessaires à la préservation de l’équilibre familial.

    Très attendu par l’assistance, l’auteur a partagé avec émotion les motivations qui l’ont conduit à écrire Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié. Il a expliqué sa volonté de transmettre une expérience de vie marquante tout en invitant les lecteurs à porter un regard critique sur les réalités de la succession familiale en Afrique. Son témoignage sincère a suscité de nombreuses réactions et donné lieu à un échange riche avec le public, lors de la séance de questions-réponses.

    La cérémonie s’est achevée par une séance de dédicaces au cours de laquelle les participants ont pu acquérir l’ouvrage et échanger directement avec l’auteur. Proposé au prix de 10.000 FCFA, « LE SUCCESSEUR : Yambong ou Fils sacrifié » a suscité un vif intérêt auprès des futurs lecteurs, séduits par la profondeur des thèmes abordés et la dimension humaine du récit.

    Au-delà de la simple présentation d’un ouvrage, cette rencontre a constitué un véritable espace de réflexion sur les valeurs familiales, la transmission, la foi et la cohésion sociale. Elle confirme également le dynamisme du paysage littéraire camerounais et l’engagement des Éditions Kadeï en faveur de la promotion de la lecture et de la valorisation des auteurs africains.

    Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié s’articule autour de plusieurs thématiques majeures qui ont été largement mises en lumière au cours des échanges. À travers le prisme de la tradition et de l’héritage, Jean Grégoire Kengne Teta interroge les valeurs ancestrales, les coutumes et les mécanismes de transmission qui structurent encore de nombreuses familles africaines. L’auteur aborde également les défis de la modernité, en mettant en scène les aspirations personnelles, les exigences du monde professionnel et les choix de vie auxquels sont confrontées les nouvelles générations. Entre fidélité aux racines et désir d’émancipation, le récit explore la quête d’identité d’un homme partagé entre son héritage familial et son destin individuel. La question du sacrifice, omniprésente dans l’œuvre, révèle les renoncements et les responsabilités que peut imposer le devoir familial, tout en soulignant la force des liens affectifs. Bien plus, cette autobiographie met en évidence la capacité de résilience face aux épreuves, aux injustices et aux blessures de la vie, en ouvrant une réflexion profonde sur le pardon, la reconstruction de soi et la nécessité de préserver la cohésion sociale.

    Pauline M.N. ONGONO




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  • Rive noire Littérature : à Paris, les voix africaines et diasporiques en dialogue

    Le 27 juin 2026, le Centre Oudiné, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, accueillera la deuxième édition de Rive noire Littérature, une journée entièrement consacrée aux écritures africaines, afrodescendantes et diasporiques. Organisé par Chez Gangoueus, cet événement gratuit sur inscription réunira écrivains, critiques, journalistes culturels, animateurs et lecteurs autour de tables rondes, de lectures publiques, de séances de dédicaces et d’entretiens diffusés en direct.

    Dès 10 heures, la programmation proposera un vaste parcours à travers les mémoires, les migrations, les héritages culturels et les recompositions identitaires. La première rencontre, consacrée aux voix réunionnaises, réunira Estelle Coppolani et Raozy Pellerin autour des récits de filiation, des héritages marrons et des défis de l’intégration en métropole.

    Les questions migratoires irrigueront également plusieurs échanges. Les écrivains Touhfat Mouhtare et Jocelyn Danga exploreront les trajectoires d’intégration et les obstacles administratifs rencontrés par les élites afrodescendantes en France. Plus tard dans la journée, Eve Guerra et Romuald Gadegbeku interrogeront la mémoire des parents immigrés, l’exil et les silences qui traversent les histoires familiales.

    La littérature comme espace de réparation et de mise en lumière des blessures sociales sera au cœur des échanges entre Landry Sossoumihen et Gaston-Paul Effa, qui aborderont les conséquences des violences faites aux enfants et les traumatismes hérités des contextes sociaux et politiques.

    Le dialogue entre le continent africain et ses diasporas se poursuivra avec l’historien Amzat Boukari-Yabara et l’écrivain haïtien Philomé Robert, invités à revisiter les liens historiques, intellectuels et affectifs entre Ayiti et l’Afrique. La rencontre consacrée aux regards américains sur Paris réunira quant à elle les auteurs Jake Lamar et Eddy L. Harris autour de l’héritage de Richard Wright et de Chester Himes, interrogeant la manière dont l’expérience parisienne transforme le regard porté sur l’Amérique.

    La dernière table ronde, modérée par le lauréat du Prix Goncourt 2021, Mohamed Mbougar Sarr, réunira Jean-Michel Devésa, Annie Ferret et C. Souboré Dali autour des représentations du corps, des violences contemporaines et de la capacité de la littérature à « autopsier » le réel.

    En parallèle de ces rencontres, plusieurs auteurs majeurs des lettres africaines et diasporiques participeront à des lectures, des entretiens et des séances de dédicaces, parmi lesquels Hemley Boum, Diadié Dembélé, Fanta Dramé, Christian Éboulé, Charline Effah, Lucy Mushita, Johary Ravaloson, Sami Tchak ou encore Christine E. Tsalla.

    À travers cette programmation ambitieuse, Rive noire Littérature confirme sa volonté de créer des passerelles entre les territoires, les langues, les générations et les imaginaires. En outre, le dialogue sur les expériences de l’exil, les mémoires coloniales, les héritages familiaux et les nouvelles formes de création, fait de cet événement un contributeur qui renouvelle le regard porté sur les littératures africaines contemporaines et leurs diasporas.

    Nous le vivons et pouvons faire le constat que des voix demeurent encore marginalisées dans les circuits traditionnels de diffusion. Des initiatives comme Rive noire Littérature participent activement à remédier à cet état des choses, dans un contexte plus ouvert et plus inclusif. Elles rappellent surtout que la littérature demeure un puissant espace de compréhension collective, capable de mettre autour de la table les histoires individuelles avec les grandes questions de notre temps.

    Pauline M.N. ONGONO


    Enregistrement à la troisième édition de la Readers and Translators Week Online (RTWO) ICI

  • Café littéraire autour de Les Mots Parlants : une soirée de littérature, de partage et de bénédiction

    ONOMO Hôtel à Bonanjo (Douala) a accueilli, le jeudi 28 mai 2026 à 18 heures, le deuxième épisode des Cafés Littéraires, une initiative portée par la Communauté Urbaine de Douala et ONOMO Hôtel. Cette rencontre, consacrée au recueil de poèmes Les Mots Parlants de la Camerounaise Diane-Annie TJOMB – qui a paru en janvier 2026 aux Éditions KADEÏ, a réuni un public nombreux et varié.

    Dès les premières minutes des échanges, une pluie abondante s’est invitée à l’événement, toutefois, les invités ont continué à arriver progressivement, témoignant de l’intérêt suscité par l’œuvre et de l’attachement du public aux rendez-vous littéraires qui enrichissent désormais la vie culturelle de Douala.
    Dans de nombreuses traditions africaines, la pluie est perçue comme un signe de fertilité, de prospérité et de bénédiction. Tombée au moment même où les premiers échanges débutaient, elle a été interprétée par plusieurs avis comme une manifestation bienveillante, venant bénir cette célébration de la parole, de la création et du savoir. Comme si la nature elle-même avait souhaité apporter sa contribution à cette soirée dédiée aux mots et à leur pouvoir de transformation.

    Les différentes interventions, qu’il s’agisse de la modération, de la note de lecture ou de l’intermède artistique, ont contribué à mettre en lumière la richesse de l’œuvre et à susciter un dialogue fécond avec le public. Les questions, réactions et témoignages ont démontré l’intérêt porté au livre ainsi que la vitalité de la scène littéraire locale.
    Animée par l’écrivaine Danielle EYANGO, dans une atmosphère chaleureuse et conviviale, cette rencontre a permis d’explorer les contours de Les Mots Parlants, tout en offrant au public l’occasion d’interagir avec les différents intervenants. Ces discussions ont été enrichies par la note de lecture de l’écrivaine Pam NDJEN, l’intermède slam de Kermiss Art, les analyses, les témoignages et les lectures et perspectives proposées par plusieurs, comme l’écrivain Mutt-Lon, l’écrivain Jean-Pierre Noël BATOUM

    La présence des proches de Diane-Annie TJOMB, de ses amis, ainsi que de nombreuses figures du monde du livre, Jean-Charles LEDOT (Consul Général de France à Douala), Jean-Paul BIBOUM (Directeur Régional de la Caisse Nationale de Prévoyance Sociale (CNPS) pour le littoral… a donné à ce café littéraire une dimension humaine particulièrement forte. Entre retrouvailles, découvertes littéraires, achat des exemplaires et échanges intellectuels, les participants ont partagé un moment où la littérature est apparue comme un véritable espace de communion.

    Au terme de cette soirée, une certitude s’imposait : ni la pluie ni les contraintes du quotidien ne peuvent freiner le désir de lire, d’échanger et de célébrer la culture. Bien au contraire, cette pluie tombée au début de la rencontre restera sans doute dans les mémoires comme le symbole d’une soirée placée sous le signe de la grâce, du partage et de la bénédiction.

    Le Café Littéraire du 28 mai 2026 autour de Les mots parlants aura ainsi été bien plus qu’une simple rencontre autour d’un livre, mais un moment de communion entre les mots, les hommes et les promesses d’un avenir culturel toujours plus fécond. On peut aisément affirmer que l’objectif de rassemblement, de prise de conscience, de bonheur pour tous nourri par Diane-Annie TJOMB a été atteint, l’espace des deux heures, dans la salle si chaleureusement décorée de ONOMO HÔTEL.


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    Pauline M.N. ONGONO




  • Khamila Ndayou, écrire pour sonder les réalités sociales

    Entre passion littéraire, regard sociologique et reconnaissance précoce, Khamila NDAYOU construit une œuvre nourrie par l’observation du réel et la sensibilité humaine. Lauréate de plusieurs distinctions en 2024, la jeune auteure camerounaise revient sur son rapport à l’écriture, la portée sociale de ses textes et les exigences qu’impose désormais la lumière littéraire.


    Ecrire en tant que femme se fait surtout de manière consciente.


    Chez vous, écrire semble relever à la fois d’un geste intime et d’un acte de compréhension du monde. Quand avez-vous compris que l’écriture dépasserait le simple refuge personnel ? Y a-t-il eu un moment précis où l’écriture est devenue une nécessité plutôt qu’un plaisir ?

    Bonjour Madame Pauline et merci pour cet honneur que vous m’accordez de m’exprimer sur ce qui me passionne. Pour répondre à cette interrogation, je pense que j’écris depuis toujours ! (Rires) L’action d’écrire, je l’exerce depuis mon entrée à l’école maternelle. Pour l’écriture en tant que nécessité, je dirais que je l’ai réellement abordée quand j’étais au lycée, surtout en classe de Première littéraire, à l’âge de 17 ans. C’est l’une des classes qui a marqué mon parcours intellectuel. Nous avions comme enseignant de français, Mr Roger Nganmigni (si je me rappelle bien du nom), qui nous faisait étudier des grandes œuvres, ainsi que la profondeur de leurs écrits. Je pense que c’est à ce moment précis que j’ai commencé à comprendre que l’écriture allait au-delà de l’action de tenir un stylo ou encore au-delà des obligations que l’on nous imposait généralement à l’école.

    Votre formation en sociologie vous place au cœur des dynamiques sociales. Votre écriture est-elle une manière d’en restituer la complexité ou de la questionner autrement ? Peut-on dire que vos textes sont une forme d’enquête sensible ?

    La sociologie que j’étudie à l’Université me permet de comprendre les réalités sociales de manière différente. Même étant en cycle de recherche, en Master 2 précisément, je continue de mettre un regard très pointilleux sur ma manière d’observer certaines réalités avant de les décrire. Donc, parler de mes écrits comme « une forme d’enquête sensible », je validerai sans doute ! Etant donné que la sociologie est une science qui a trait à tout ce qui est réel et concret. Dans ce sens-là, j’aimerais tellement atteindre le niveau d’un célèbre sociologue camerounais qui est également un poète, j’ai nommé le Pr Henri TEKO TEDONGMO que je considère comme un génie, un modèle !

    L’année 2024 a marqué votre parcours avec plusieurs distinctions littéraires. Que change la reconnaissance quand on est encore en construction ? La légitimité donnée par les prix est-elle une force ou une pression supplémentaire ?

    De prime abord, c’était une surprise pour moi de recevoir d’aussi prestigieuses reconnaissances dans le monde littéraire. L’an 2024 a été mon année de gloire pour la plupart des concours comme « Encre de jeunes » ou encore le « Prix du Petit Ecrivain », où j’ai été reconnue comme Coup de cœur du jury à l’international, c’était naturel mais imprévu ! Je ne m’étais vraiment pas préparée à l’avance. Recevoir une distinction comme le prix littéraire « Dames de lettres » la même année, de surcroit en étant classée comme la toute première lauréate au Cameroun, a été un événement fantastique pour une passionnée des écrits et des livres comme moi, et aussi pour la petite fille que j’étais à l’âge 20 ans.

    Au départ, j’écrivais juste des textes pour me faire plaisir et faire plaisir à mon entourage. Mais, une reconnaissance de la part de l’illustre maison d’édition Eclosion, des célèbres institutions comme la CNPS et le Cerdotola… donnent encore plus de force et de confiance sur ce que je faisais déjà dans l’ombre. De plus, être également lauréate de ces prix donnent beaucoup de pression de la part du public, qui souhaite mieux me connaitre. Plusieurs personnes m’ont contactée pour découvrir cette fameuse nouvelle qui a battu le record en 2024, devant plusieurs écrivaines de renoms. Mais comme on le dit si bien : « Les bonnes choses prennent du temps ! » : mes œuvres sont en cours de publication. Vous aurez le temps de les découvrir, de la plus belle des manières.

    Après avoir été récompensée au concours « Dames de lettres », quelle place accordez-vous aujourd’hui à la voix féminine dans votre écriture ? Écrire en tant que femme est-il, selon vous, un positionnement conscient ou une évidence ?

    Au 21ème siècle, la place de la femme dans l’écriture n’est plus à démontrer. C’est clair ! La voix féminine a tellement fait et elle continue de faire ses preuves, et je souhaite que cela se poursuive. Ecrire en tant que femme se fait surtout de manière consciente. Honnêtement, c’est avec beaucoup d’humilité que je m’exprime ainsi, surtout quand on se lance dans l’écriture avec la présence des écrivaines de renommée comme Ayobami Adébayo, Hemley Boum, Annie Ernaux, etc.

    Entre poésie et nouvelles, votre écriture navigue entre deux formes. Laquelle vous semble la plus proche de votre vérité ? La poésie vous permet-elle d’aller là où la prose échoue, par exemple ?

    Effectivement, je navigue actuellement entre la poésie et la nouvelle. Cependant, je ne saurais faire de différences sur la finalité de ces deux formes. Parce que pour moi, la poésie et la nouvelle ont été toutes les deux mes sources de thérapie. Selon moi, la poésie et la nouvelle sont deux genres littéraires proches de la vérité. Maintenant, tout dépend de l’engagement ou de l’intention de l’écrivain quand il tient sa plume !

    Vos textes semblent habités par une attention au réel. Quelles sont les figures, les silences ou les fractures sociales qui vous inspirent le plus ? Écrivez-vous davantage à partir de ce que vous observez ou de ce que vous ressentez ?

    J’écris beaucoup plus sur ce que j’ai réellement vécu… même si j’y ajoute parfois de la fiction. Mais de manière générale, c’est à partir de mon expérience personnelle que je tire mon inspiration. J’ai toujours eu du mal à écrire quand je prends la posture d’autrui. Car, nous n’avons pas les mêmes sensibilités. Nous n’avons pas les mêmes problèmes et je ne ressens pas forcément certaines réalités avec la même intensité que les autres. Autrement dit, j’opte beaucoup plus pour « une écriture sincère ». Parmi ces figures qui m’inspirent le plus, je peux citer mon père et ma mère – Qu’Allah leur accordent longévité ! Je préfère le dire ainsi au lieu de mes « parents » (Rires). Mon père a été le premier à me motiver à concrétiser mes pensées sous forme de livre. Et il apparait comme étant une figure marquante de mes écrits. Curieusement, il y a un mystère que je n’arrive pas à décrypter. Ce mystère, c’est la présence de ma mère dans 95% de mes écrits.

    C’est-à-dire que m’engage par exemple à écrire une ou plusieurs nouvelles et, à la fin de la rédaction, je suis ébahie de constater l’omniprésence de « ma mère » parmi mes personnages principaux. Je suis toujours surprise de la force que ce personnage donne à la particularité de mes écrits. Même si elle n’est pas toujours le personnage leader ou parfait. Je pense que ma mère a également été la première raison pour laquelle j’avais tenu ma plume en classe de première.

    Vous participez activement à la vie littéraire. Que vous apportent ces espaces d’échange dans un contexte où les infrastructures culturelles restent limitées ? La scène littéraire camerounaise vous semble-t-elle en mutation ?

    Vous savez, j’ai commencé mes études à l’Ouest-Cameroun. Et de la classe de sixième en Terminale, j’ai été beaucoup plus proche des livres que des auteurs. Je lisais beaucoup, et la bibliothèque était devenue comme ma deuxième maison. A ce moment, j’étais consciente de la force des livres et de leur impact sur la vie de celui qui les lit. Malheureusement, les acteurs de la scène littéraires me semblaient inexistants, jusqu’à ce que je termine mon parcours littéraire au lycée. Et sincèrement, le seul écrivain que j’ai eu la chance de rencontrer après avoir lu ses œuvres c’est Léonard FOKOU. Ce dernier est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages publiés, notamment romans, poésie et théâtre, écrits en français comme en anglais. Et il était à l’époque mon enseignant d’anglais. Chaque fois que j’en avais l’occasion, je lui exprimais toujours mon admiration pour son travail. Plutard, après avoir obtenu mon baccalauréat, je m’installe à Yaoundé, et je fais la rencontre du grand Ray NDÉBI, qui me branche directement avec l’Association de Consulting Littéraire en abrégé « ACOLITT » ; puis je rencontre Joel Célestin BOBO, le Président du Centre de Lecture d’Initiation et d’Intégration à la Culture « CLIIC », et une grande partie de la chaine du livre, notamment la pluralité d’auteurs et d’éditeur camerounais. J’étais éblouie ! Le fait d’être en contact de ces acteurs me donnait l’opportunité d’assister aux séances de dédicaces et d’évènements littéraires, rien qu’en suivant leurs posts. J’apprenais à travers la participation à ces événements que la littérature va au-delà de qui est dit dans les livres.

    Pour moi, la scène littéraire est en mutation au Cameroun, car le changement commence toujours quelque part. Le changement n’est pas de la magie, c’est plutôt un processus de construction. Avec les efforts constants des organisations comme ACOLITT, le  CLIIC, etc., je pense que la littérature camerounaise devrait vraiment garder espoir !

    L’atelier « Encres de jeunes » des Éditions ECLOSION vous a distinguée parmi ses lauréats. Que révèle, selon vous, le travail collectif que l’on ne découvre pas dans la solitude de l’écriture ? Le regard des autres a-t-il bousculé vos certitudes d’autrice ?

    Normalement ! Faire sortir mon manuscrit et le distinguer parmi tant d’autres me redonne assez de confiance. Vous savez, en 2024 quand je me suis lancée à l’atelier « Encre de jeunes », les locaux de la CNPS étaient bondés de participants. Nous étions plus de 50 à participer, mais il fallait choisir 5 meilleurs parmi toute cette foule. Être parmi ceux-là diminue le doute que j’avais au fond de moi quand je commençais à écrire. Ce travail collectif qu’organise la maison d’édition Eclosion est une excellente initiative pour dénicher des talents. C’est aussi un moyen pour certains jeunes auteurs de se faire publier gratuitement, s’ils n’ont pas par exemple l’estime et les moyens financiers pour se rapprocher d’une maison d’édition.

    Vous affirmez vouloir faire dialoguer science et littérature. Est-ce une ambition esthétique, intellectuelle ou presque politique ? Peut-on écrire pour comprendre, mais aussi pour réparer ?

    Faire dialoguer la science et la littérature est d’abord une ambition intellectuelle, mais aussi esthétique. Personnellement, je ne suis pas très fan de la politique. Je suis très réservée quand il s’agit de prendre un discours politique en public. Si j’essaie de trouver un moyen de joindre les deux, c’est-à-dire la science et la littérature, c’est surtout dans la quête de la dynamique. J’aime bien ce qui sort de l’habitude, de ce qu’on a l’habitude d’entendre. En science, par exemple, le sociologue écrit pour comprendre les faits sociaux au lieu de les réparer. D’ailleurs, le sociologue n’écrit pas pour vous proposer une quelconque solution. Il observe, décrit et explique la réalité sociale. C’est ça !

    Votre présence sur les réseaux sociaux participe à votre visibilité. Comment éviter que l’exposition ne prenne le pas sur l’exigence littéraire ? Les réseaux sont-ils pour vous une vitrine ou un prolongement de l’écriture ?

    J’utilise les réseaux sociaux avec parcimonie. C’est de cette manière que j’évite que cette exposition ne prenne le dessus sur l’exigence littéraire ; même si être écrivaine à notre ère nécessite d’avoir une grande visibilité sur ces outils. Je préfère être parfois en retrait des réseaux sociaux et revenir quand c’est nécessaire. Par exemple, sur ma nouvelle page Facebook Khamila Ndayou officiel, je ne publie que ce qui à trait aux livres et à l’écriture. C’est ça ma ligne éditoriale.

    Être jeune, africaine, et écrire aujourd’hui : est-ce une chance, un défi, ou les deux à la fois ? Ressentez-vous une responsabilité particulière vis-à-vis de votre génération ?

    Qualifier le parcours d’écrivain comme étant une chance ne passe pas trop dans mon raisonnement. Pour celui qui a sacrifié le minimum de son temps, de son énergie et de ses distractions pour mettre en avant cette noble vocation, l’on ne peut qualifier cela de « chance ». C’est pour moi un défi d’être jeune, africaine et écrivaine. Car, je pense que nous avons beaucoup à proposer à l’écriture. C’est aussi un moyen de montrer à nos cadets qu’il est toujours possible de croire en ses rêves. La posture que j’ai à présent m’oblige inéluctablement à me responsabiliser. Je vais surement vous dire quelque chose qui va vous faire rire : la Khamila NDAYOU d’aujourd’hui ne doit plus publier ou partager n’importe quel post sur ses réseaux ; elle ne doit pas liker ou commenter n’importe quelle page ; elle doit se réserver d’écrire de vulgaires commentaires sur certaines pages ; elle doit soigner son langage et son apparence en public. Oui ! Parce que toute action que je pose aujourd’hui doit être en conformité avec l’image que le public à de moi.

    Si votre écriture devait laisser une empreinte, quelle serait-elle : éveiller, déranger, consoler, ou transmettre ? Et à qui, au fond, écrivez-vous vraiment ?

    Mon écriture vise le public en général. Si vous lisez mon manuscrit intitulé « Le masque Bafia » qui a été distingué à l’atelier d’écriture « Encre de jeunes » en 2024, vous verrez que c’est une histoire pour enfants. C’est une histoire destinée aux enfants de 6 à 12 ans. Si vous prenez également le texte qui a recu le prix littéraire « Dames de lettres » en 2024, vous verrez qu’il est d’abord destiné à la jeune fille, puis aux enseignants d’élèves, aux parents, ainsi qu’à nos institutions d’instructions nationales. De même, si vous prenez mon recueil de poèmes, vous constaterez qu’il est ouvert au public. Bref, à tout lecteur ! L’empreinte que j’aimerais surtout laisser est celle de la consolation. Plusieurs écrivains dérangent, éveillent et transmettent déjà. Mais rares sont ceux qui abordent des thématiques trop personnelles, trop sensibles et liées à la solitude de l’homme. Notre société nous pousse à cacher nos maux intérieurs. Parce que selon sa perception, ce n’est pas beau à voir ! Pourquoi ne pas donc en parler, si cela peut sauver des vies ? J’aime bien être dynamique dans tout ce que je fais.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO


  • Honoré Douba ou la littérature comme combat pour la dignité africaine

    À travers cet entretien dense et engagé, le poète, éducateur et homme politique centrafricain Honoré Douba revient sur l’évolution de la littérature en Afrique centrale, la disparition progressive des patrimoines culturels et le rôle des écrivains dans les débats contemporains. Entre mémoire, transmission et résistance culturelle, il appelle la nouvelle génération à réhabiliter l’identité africaine par le livre et la parole.


    Je demande à la nouvelle génération décrivains africains de replacer lAfrique et les Africains dans leur dignité culturelle, politique, économique et sociale…


    Vous avez traversé plusieurs générations de la vie culturelle centrafricaine. Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’évolution de la littérature en Centrafrique et en Afrique centrale ?

    La littérature en Centrafrique a emboîté le pas de lAfrique centrale, après plusieurs années de l’éclosion de jeunes écrivains des deux sexes qui sont non seulement prolifiques, mais aussi qui ont marqué et marquent la vie sociale, politique, économique, scientifique et culturelle dès son émergence et son envol depuis ces deux dernières décennies.

    Pasteur, poète, homme politique, éducateur. Comment ces différentes vies ont-elles nourri votre écriture poétique ?

    Mes différentes vies ont nourri mon écriture poétique par l’observation, l’expérience… avec quelques gouttes d’imaginaire.

    Dans une époque dominée par le numérique et les réseaux sociaux, quelle place la poésie peut-elle encore occuper auprès de la jeunesse africaine ?

    Les Africains ont toujours été poètes, quon le veuille ou non. Le numérique et les réseaux sociaux, me semble-t il, offrent des supports de communication pour que la jeunesse africaine accède à la poésie, surtout par la poésie « chantée ».

    Votre œuvre accorde une place importante à la mémoire et aux traditions africaines. Pourquoi est-il essentiel, selon vous, de préserver les patrimoines culturels locaux ?

    Les patrimoines culturels locaux marquent nos identités, nos personnalités et retracent les cycles de nos vies.

    Vous avez été membre et dirigeant de plusieurs organisations littéraires et culturelles. Que manque-t-il encore pour structurer durablement le monde du livre en Centrafrique ?

    Il manque encore une effective prise en charge conséquente, un suivi permanent des acteurs du livre par le gouvernement centrafricain ; la mise en place d’infrastructures publiques (librairie, bibliothèque, médiathèque), la multiplication des centres et des clubs de lecture, d’animation littéraire et culturelle.

    En tant qu’ancien instituteur et conseiller pédagogique, comment analysez-vous, aujourdhui, la transmission de la culture et de la lecture à l’école ?

    A l’école, aujourdhui, la transmission de la culture et de la lecture n’occupe qu’une infime place dans les programmes scolaires, universitaires et de formations professionnelles, et surtout dans les emplois du temps journaliers, par rapport aux disciplines scientifiques.

    Votre recueil Mbätä Wälä, l’Arbre à palabres évoque déjà un symbole fort de dialogue africain. Que représente pour vous l’arbre à palabres dans nos sociétés contemporaines ?

    Dans nos sociétés contemporaines, l’arbre à palabres a carrément disparu, c’est pourquoi je lance un cri pour son rétablissement et sa réhabilitation dans nos us et coutumes, dans nos murs, dans nos pratiques.

    Vous avez aussi travaillé avec le groupe de rap BLACK BINO. Comment percevez-vous les liens entre poésie traditionnelle et musiques urbaines actuelles ?

    La poésie traditionnelle doit d’abord être une source d’inspiration, puis le meuble de nos musiques urbaines actuelles.

    Après un long parcours politique et syndical, pensez-vous que les intellectuels et les écrivains devraient encore plus s’engager dans le débat public ?

    Forcément, car il y a des intellectuels et des écrivains très engagés qui sont la voix des sans voix. Ils dérangent… Ça devrait se faire surtout si ces ouvrages sont admis dans les programmes et les systèmes de l’éducation et si ces thèmes font l’objet de large diffusion et de sensibilisation pour changer des mentalités.

    Vous avez consacré une partie de votre vie à répertorier et valoriser les auteurs centrafricains. Craignez-vous une disparition de la mémoire littéraire africaine ?

    Je crains effectivement cette disparition de la mémoire littéraire africaine en général, et centrafricaine en particulier – surtout qu’il n’y a plus de bibliothèques, de librairies, d’archives… parce que les guerres, les désastres naturels, mais surtout la prédominance des cultures et de la littérature occidentales ont détruit nos pays et plus particulièrement la Centrafrique, petit à petit, doucement, insidieusement.

    À 77 ans, quels rêves littéraires ou culturels souhaitez-vous encore réaliser, et quel message aimeriez-vous transmettre à la nouvelle génération d’écrivains africains ?

    Mes rêves sont d’utiliser nos cultures par notre littérature, comme arme et moyen, afin de renverser les dominations étrangères que l’Afrique et les Africains ont subies et subissent encore, pour leur vraie et pure indépendance. Je demande à la nouvelle génération d’écrivains africains de replacer l’Afrique et les Africains dans leur dignité culturelle, politique, économique et sociale, afin que nous reconquérions l’échiquier mondial. Soyons fiers d’être AFRICAINS, et pour moi, CENTRAFRICAIN. Je vous remercie.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO


  • ENTRETIEN : Joseph MBARGA ou la vertigineuse mécanique du temps et de l’espace fracturée

    Dans « Les États généraux du temps », Joseph MBARGA transforme une simple différence d’heure en une satire profonde des sociétés contemporaines. Entre absurde, ironie et réflexion philosophique, il explore les fractures du réel, les tensions identitaires et notre obsession du contrôle dans un monde où chacun revendique sa propre vérité.


    Les mots à eux seuls sont une source inépuisable d’inspiration créative.


    Dans « Les États généraux du temps », vous transformez une simple différence de cinq minutes en crise existentielle et politique. À quel moment avez-vous compris que le temps pouvait devenir un personnage littéraire à part entière

    À mon avis, si on parle de crise, elle est davantage sociale dans le texte. Tout est parti d’un lieu physique, un de nos carrefours, et croyez-moi ou non, l’heure n’était pas exactement la même sur les deux horloges de ce rond-point. Je suis repassé plusieurs fois à cet endroit et c’était le statu quo. Dans ma tête, je me demandais si un côté de la ville avait pris de l’avance sur l’autre. Cette idée a longtemps trotté dans ma tête et, au final, j’ai décidé d’en faire une nouvelle. L’ intégration d’un conflit entre certains protagonistes a été presqu’évidente au moment de l’écriture, sachant que de nos jours, les gens se disputent pour un rien. À partir de là, le temps peut effectivement devenir un personnage à part entière tellement il va obséder les parties en conflit.

    Votre texte donne l’impression que le désordre horaire révèle surtout une incapacité des hommes à cohabiter. Le problème est-il réellement celui du temps ou celui du pouvoir ?

    Il est frappant de constater comment, chez nous, des questions banales peuvent rapidement escalader en problèmes clivants autour desquels s’érigent des certitudes irréfragables. C’est plus cela qui, à mon avis, créent des challenges dans cette capacité à prendre en compte un point de vue différent, ou seulement à l’écouter attentivement.

    Le proviseur apparaît comme un homme rationnel plongé dans un univers absurde. Avez-vous voulu montrer les limites de la logique face aux réalités sociales et humaines.

    Le proviseur, qui est prof de physique, est effectivement un homme rationnel qui espère contourner de manière logique et scientifique tout obstacle qui se dresse sur son chemin. Cela est particulièrement vrai dans le management de l’établissement scolaire dont il a la charge. Cependant, sa rationalité ne semble pas suffisante pour s’en sortir complètement dans un environnement pour le moins kafkaïen. Il existera toujours des personnes en déphasage complet avec ce qu’il y a autour d’elles. C’est du reste le cas pour le jeune chercheur de la deuxième nouvelle qui ne discerne pas toutes les subtilités contradictoires du monde autour de lui. Mais alors, faut-il s’accommoder en tout point au monde tel qu’on le perçoit aujourd’hui ?

    Derrière l’humour et la satire, on ressent une critique profonde des sociétés contemporaines où chacun revendique sa vérité. Pensez-vous que nous vivons aujourd’hui une fragmentation collective du réel ?

    L’idée selon laquelle il n’ y a pas de vérité absolue ou alors qu’il en existe plusieurs est plus que jamais prégnante aujourd’hui. Il n’ y aurait donc plus rien à dire, aucun principe à défendre ne serait-ce que momentanément puisque tout est relatif. Les réseaux sociaux renforcent le phénomène puisque par le jeu des algorithmes et des logiques parfois obscures, on remarque que certains contenus sont promus alors que d’autres sont invisibilisés. Tout ceci contribue au renforcement de la confusion des esprits et prolonge des mécanismes qui existent déjà dans les médias mainstream ou même dans des lieux de diffusion et de promotion de la culture. Tout cela induit, voire contribue sans doute à la fragmentation des sociétés que vous évoquez. Mais dans le chaos voulu et provoqué, il reste des aspects curieux comme la volonté d’imposer certaines idées de manière coercitive, s’il le faut. N’est-ce pas là une contradiction flagrante avec « la relativité générale » ?

    Vos nouvelles mêlent physique, géographie, politique, psychologie et philosophie. Cette hybridation des savoirs était-elle nécessaire pour parler du chaos moderne ?

    Je me considère avant tout comme un storyteller, comme on dit en anglais, un raconteur d’histoires, car il y en a tellement dans notre quotidien. Mon objectif est d’abord de proposer une histoire simplement pour que le lecteur ou la lectrice passe un bon moment en compagnie d’un ou plusieurs personnages, et c’est aussi pour cette raison que mes nouvelles sont comiques. Ce côté comique s’appuie sur des situations, des personnages ou des mots qui sont le matériau principal de celui ou celle qui écrit, car les mots à eux seuls sont une source inépuisable d’inspiration créative. En plus de distraire le lecteur, j’aimerais bien lui donner une information ici ou là, sachant que moi-même j’aime ces lectures dans lesquelles j’apprends quelque chose. Cependant, les incursions dans l’un ou l’autre champ du savoir peuvent ancrer une histoire dans le réel ou consolider la création d’un univers fictionnel, et cela avant que le récit ne soit complètement happé puis englouti par l’une de ces réalités absurdes qui ne sont jamais loin (rires).

    Le conflit autour de l’heure semble parfois rappeler les tensions identitaires, idéologiques ou même électorales observées dans certaines sociétés africaines. Jusqu’où votre fiction dialogue-t-elle avec le réel ?

    Il y a sûrement là un rapport l’autre, dans le contexte de l’histoire, celui avec qui on ne partage pas la même heure est différent : avec lui, on ne peut partager la même vision du monde, il est du mauvais côté, quelles que soient les circonstances, parce qu’il n’ y a aucune raison qu’il ne perçoive pas la même réalité. Cela est valable même si l’objet de la dispute est complètement artificiel, exogène ou insignifiant. Ce qui compte, c’est de mettre en relief l’altérité et de la manipuler au besoin. Dans cette optique effectivement, le conflit de l’heure… (rires), le conflit de l’heure dans « Les États généraux du temps » est une allégorie.

    Plusieurs personnages semblent prisonniers d’un besoin maladif de contrôle : contrôler l’heure, les horaires, les comportements, les récits. Selon vous, pourquoi l’être humain supporte-t-il si difficilement l’incertitude ?

    On devrait être davantage en quête de sens. Ce n’est pas facile dans la période actuelle avec tout le brouhaha, avec l’absence de repères fiables. À défaut de valeurs solides, on se rabat sur des ersatz, des artifices érigés en modèles. De toutes parts, on répète à longueur de journée, sur les réseaux sociaux et ailleurs, des imprécations, des formules toutes faites sans la moindre nuance et sans un petit effort de réflexion – je ne dis pas de pensée. Évidemment, ces postures ne accommodent d’aucune forme d’incertitude et chacun en vient à vouloir contrôler le réel, tout le réel, à partir d’une ligne de tranchée égocentrique qui est aussi un cocon émotionnel. Maintenant, il faut plus de courage et d’audace pour remettre en question tous ces travers.

    Malgré l’absurdité ambiante, vos personnages continuent à défendre leurs positions avec une ferveur presque religieuse. Diriez-vous que le fanatisme naît souvent de détails devenus symboliques ?

    On pourrait se demander si ce n’est pas le fait de se perdre dans les détails, puis de les défendre bec et ongles, qui rend le monde absurde. Supposons qu’il faille emprunter un axe routier pour se rendre d’une ville à l’autre ; si, en laissant cette voie principale, on se retrouve en brousse et que l’on continue à s’enfoncer parce qu’on pense avoir raison, il devient impératif de chercher là où se trouve la véritable absurdité. Il y a donc ces occurrences déraisonnables et autogénérées qui contribuent à nourrir et à entretenir la grande bulle existante de l’absurdité. Et c’est vrai qu’en se mouvant dans pareil univers, on peut soit être complètement perdu, soit sombrer dans des eaux troubles. Il faut travailler à l’assainissement, d’abord au niveau personnel, puis en se démenant pour assainir autour de soi. Vous voyez, c’est comme dans l’avion où l’on recommande de mettre et de garder son masque à oxygène d’abord, avant de s’occuper d’autres personnes.

    Votre écriture alterne ironie, tension dramatique et réflexion intellectuelle. Comment trouvez-vous l’équilibre entre le plaisir du récit et la profondeur du propos.

    Beaucoup d’histoires dans les fictions de chez nous ne déploient pas vraiment de péripéties. Je mets donc un point d’honneur à avoir au moins une succession de petits événements dans le cadre de la nouvelle, et la tension dramatique permet de ne pas lâcher le ou les personnages parce qu’on se demande ce qui va leur arriver. Pour ce qui est de l’humour, je me demande si ce n’est pas un mécanisme de protection face à la réalité qui est parfois brutale dans la séquence actuelle. C’est de manière naturelle que l’ironie, avec son décalage, est présente dans mon écriture. Elle permet de transcrire de manière décalée la société et de la titiller. Et puis, l’ironie crée, je l’espère, une certaine complicité avec le lecteur. J’aimerais qu’il perçoive, au détour d’une phrase, une instance qui le fera rire et peut-être réfléchir. Car, au final, c’est au lecteur de voir comment il intègre le texte catalyseur dans sa réflexion.

    Après avoir écrit une œuvre où le temps divise autant les hommes, gardez-vous encore l’espoir qu’une société puisse retrouver une « heure commune » au sens symbolique comme humain ?

    Heureusement que nous avons une heure commune de manière globale, si cela est vraiment important ! Ce qu’il faut voir, et qui est utile, c’est pour chaque occasion, chaque contexte, comment, avec les différents récits par exemple, on écrit une histoire ou un discours épidictique qui ne remet pas en cause les différents récits, mais les agrège. Cela permet que, pour certaines occasions, seul le discours épidictique puisse prévaloir. C’est un point fondamental à intégrer. Après tout, il y a de nombreux fuseaux horaires et puis ce qu’on appelle l’heure universelle, non !?

    Vous avez choisi le format numérique gratuit pour permettre aux lecteurs de découvrir ces deux nouvelles. Pourquoi ?

    Dans l’histoire de la littérature, des auteurs publiaient souvent, épisode par épisode, leur roman avant la sortie de l’ouvrage en librairie ; et des nouvellistes faisaient paraître leurs récits courts dans des magazines avant de les rassembler dans des recueils. À son retour d’exil au Cameroun par exemple, Mongo Beti a publié dans le journal Le Messager le roman-feuilleton Mystères en vrac sur la ville, qui sortirait plus tard en imprimerie sous le titre de Trop de soleil tue l’amour.

    La souplesse du numérique nous permet aujourd’hui de garder vivante la littérature et d’être en phase avec la période actuelle. J’ai choisi de diffuser mes deux nouvelles d’abord sur internet, en téléchargement gratuit, mais le livre papier sera bientôt là. Entre-temps, nous aurons engagé des échanges fructueux avec les lecteurs, grâce notamment à ACOLITT, qui effectue un remarquable travail de promotion du livre africain.

    Pour rappel, ces nouvelles sont en téléchargement gratuit ici

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO