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  • ENTRETIEN | Junior Haussin se livre sur le rejet de soi

    Après La plume noire de l’encrier et Banane malaxée, Junior Haussin, qu’est-ce qui vous a conduit à écrire Je suis Nègre mais les Noirs ne m’aiment pas ? Est-ce un sujet qui vous habitait depuis longtemps ou est-il né d’une observation particulière de notre société ?

    JE SUIS NEGRE MAIS LES NOIRS NE M’AIMENT PAS est le résultat d’une simple observation de nos mœurs. Quand on est écrivain, on est avant tout un habitant du monde qui nous habite également ; et l’on ne saurait seulement puiser dans son imagination pour penser une histoire, il faut aussi observer sa société pour décrire les choses. Et le roman que vous découvrez aujourd’hui est le résultat d’une pure observation de nos rapports avec notre coloration de peau. Je me suis posé cette question : comment des personnes noires, à la peau noire, vivant dans les communautés noires, en Afrique noire, sont autant complexées par le teint clair, au point de se blanchir la peau, faire le Djansang, comme on le dit vulgairement au Cameroun ? C’est le point de départ de ce roman.

    Il faut dire que c’est un titre particulièrement fort. Qu’est-ce qui se cache concrètement derrière ces mots ?

    Derrière ces mots se cache une réalité difficile à admettre de nos jours : les personnes noires, en Afrique noire et dans les communautés noires ont pris l’habitude de se rejeter à cause du trait trop foncé de leurs peaux, comme si être noir ou trop noir de peau est un malaise. Aujourd’hui, il faut se rapprocher de ce triste spectacle pour observer qu’il n’y a qu’ en Afrique noire et dans les communautés noires que l’on assiste à une classification du genre de teint : teint clair, teint noir, teint chocolat ,teint chocolat au lait. Et cette classification, parfois conditionnée par certaines faveurs sociales éphémères, conduit à lui donner un nom : la négrofolie ou la doctrine de la classe des noirs teintés appelé le négrofolisme.

    Asakya et Mabanckou sont au cœur de cette histoire. Toutes deux sont confrontées au regard porté sur leur teint, mais leurs trajectoires prennent des directions différentes. Pourquoi était-il important pour vous de raconter cette réalité à travers des personnages plutôt que de porter directement un discours sur le blanchiment de la peau ?

    Il m’aurait fallu suffisamment de documentation scientifique et même médicale, pour directement aborder la question du blanchiment de la peau dans un essai. De plus, le roman est le canal dans lequel je me sens le plus à l’aise, et traiter de ce sujet en mettant en scène des personnages était pour moi un moyen de m’adresser directement à chacun de nous. Comme si chaque personne est un cri commun contre le blanchiment de la peau en Afrique noire dans les communautés noires.

    JE SUIS NEGRE MAIS LES NOIRS NE M’AIMENT PAS raconte la manière dont ASAKYA et de MABANCKOU se donnent de l’amour ou de la haine. Dans votre roman, le « Djansang » est bien plus qu’une pratique esthétique, il est presque une voie vers une vie meilleure, une manière de gagner en considération et d’accéder à une certaine reconnaissance sociale. Pourquoi cette dimension vous semblait-elle essentielle à montrer ? Je précise à nos lecteurs que le « Djansang » est un néologisme camerounais qui signifie « produit pour le blanchiment de la peau ». Faire le Djansang signifie donc utiliser des produits pour blanchir la peau.

    La réponse se trouve dans votre question et je l’ai souligné précédemment : la doctrine de la classe des noirs teintés appelée negrofolisme insiste sur ce fait. Car, voyez-vous, la société actuelle, celle où des femmes font du djansang, répond très souvent à un besoin économique et social plutôt que culturel et identitaire. Cela dit, si on se décape la peau, c’est pour plaire à autrui, obtenir des faveurs professionnels et cadeaux. Des conséquences d’une séduction bien orchestrée par le mécanisme du décapage. Et les hommes ne sont pas à exempts : eux aussi convoitent la mode et le désir d’être plus séduisants et avenants ; ils espèrent que se blanchir la peau sera un atout pour plaire et collectionner les femmes d’un certain âge. On verra alors qu’en Afrique noire, dans les communautés noires, quand on est noir foncé, on est insulté et même humilié ; quand on est clair de peau, on est célébré et apprécié. On dira à l’un le « noiro » ou « négro » et à l’autre le « white » ou le « blanc », touchant cette fois-ci à l’estime de soi, à l’identité africaine. Il faut le rappeler, ce roman ne pointe pas le doigt accusateur sur ces hommes et femmes naturellement clairs de peau mais sur ces hommes et femmes qui sont à la quête du blanchiment de la peau.

    Asakya connaît les conséquences d’une histoire de Djansang qui tourne mal. Qu’avez-vous voulu dire à travers son parcours ? Est-ce avant tout une mise en garde contre les dangers du blanchiment de la peau ou une manière de montrer les blessures plus profondes provoquées par le rejet de soi ?

    Avec le personnage ASAKYA, on a voulu mettre en garde nos frères et sœurs sur les conséquences de la dépigmentation ou du blanchiment de la peau et sur les fausses promesses que garantit le djansang quand on est assoiffé de réussite et de biens matériels. On a voulu que notre société se saisisse de ce problème comme une question de santé mentale qui est aujourd’hui une situation de malaise social à ne pas prendre à la légère, car certaines blessures de l’enfance ne guérissent pas et sont souvent, aussi, à l’origine de ce choix de décoloration. Un enfant qui a grandi en subissant les injures sur la couleur foncée de sa peau, en accumulant des humiliations a tendance, une fois adulte, à fuir cette réalité en optant pour le décapage. Toutefois, MABANCKOU a su tenir tête à ceux qui ont essayé de briser son estime de soi ; ce qui n’a pas été le cas d’ASAKYA qui a choisi de fuir sa réalité pour vivre une vie d’influenceuse.

    Effectivement, Mabanckou porte une autre réponse au regard des autres : l’acceptation de soi. Comment avez-vous construit ce personnage et quelle place occupe-t-il dans votre réflexion sur l’identité noire ?

    MABANCKOU est la réponse la plus efficace face au rejet du teint noir dans les communautés noire en Afrique noire. J’ai voulu à travers ce personnage faire valoir l’acceptation de soi dans une société où medias, cinéma, panneaux publicitaires et choix esthétiques se tournent prioritairement vers l’éclat de la peau, vers l’éclaircissement du teint pour plaire uniquement. Cette acceptation de soi que démontre MABANCKOU tout au long de ce roman est une valorisation de l’identité noire et africaine. Aussi, c’est avec ce personnage que nous nous sommes posés certaines questions : un noir à la peau noire est-il Africain ? À quel moment, aujourd’hui, peut-on se qualifier de noir même si on a une peau noire ? Qui est véritablement Africain aujourd’hui ? Ne sommes-nous pas en train de mettre en place des outils qui nous aideront à devenir de véritables Africains au-delà du teint ?

    Dans votre roman et vous l’avez déjà souligné, le teint clair est associé à la beauté, à la réussite et même à l’ascension sociale. Comment expliquez-vous que la couleur de peau puisse encore peser aussi fortement sur la manière dont une personne est regardée, désirée ou considérée dans certaines sociétés africaines ?

    Voyez-vous, on ne saurait parler de ce problème de dépigmentation sans faire allusion aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. L’e-réputation est aujourd’hui un enjeu social à comprendre au même titre que notre réputation dans la vie réelle. Pour répondre à votre question, je dirais qu’avoir un teint clair est un besoin vital aujourd’hui pour beaucoup d’entre nous. D’ailleurs, nos smartphones nous proposent des filtres pour apporter de meilleures perfections à notre peau. Dans le roman nous parlons d’un monde imaginaire qui s’appelle FILTRELAND, et en lisant ce roman, vos abonnés en sauront davantage. Précédemment, je vous ai parlé de ces faits qui favorisent cette course incontrôlée vers le teint clair. La télévision, le cinéma, la mode et la publicité sont des outils utilisés en ce moment pour modifier et même influencer notre comportement en la matière. Dans le cinéma, par exemple, on apprend à nos jeunes sœurs et jeunes frères qu’une femme qui a réussi sa vie, est une femme au teint clair, aux faux ongles et aux mèches brésiliennes. Au même moment, on décrit la femme africaine pauvre par un teint noir avec des nattes sur la tête et tout son naturel, vivant dans un petit village perché au bout de l’Afrique. Les défilés de mode et la publicité aujourd’hui et leurs campagnes en ligne… Toutes les photos sont retouchées et éclaircies. Dans ce roman nous répondons suffisamment à cette question. Je ne peux qu’inviter vos abonnés à lire JE SUIS NEGRE MAIS LES NOIRS NE M’AIMENT PAS, pour en savoir davantage.

    Et nous rappelons qu’il ne coûte que 10.000 FCFA. Vous décrivez un imaginaire dans lequel le teint clair ouvre symboliquement les portes d’un « pays de rêve », habité par des gens heureux. D’où vient, selon vous, cette fascination pour la blancheur ? Est-elle le prolongement d’une histoire ancienne ou prend-elle aujourd’hui de nouvelles formes ?

    Ecoutez, il ne faut pas que l’on mente sur l’histoire ou que l’on fasse semblant de ne pas connaitre l’histoire. Dans ce roman, nous revenons sur une dame au nom de « SITA MADAME », son histoire est assez intéressante pour en faire un livre… pourquoi pas, car elle nous montre l’une des sources certaines de cette volonté qu’ont nos frères et sœurs à se blanchir la peau. Le livre vous en dira davantage. En effet, la recherche effrénée du teint clair existe depuis les indépendances. On était un noir évolué lorsqu’on avait été chez le blanc ou qu’on savait parler français. À ce jour, le phonème a trouvé un terrain suffisamment fertile avec les NTIC et le commerce en ligne. Je dirai simplement que le paraître domine nos mentalités actuelles. Grace à ce roman nous parvenons à comprendre que le racisme, le collorisme sont réinventés au sein des communautés noires en Afrique noire. Le pays imaginaire FILTRELAND vous en dira davantage. Lisez-le !

    Ce roman établit un lien particulièrement sensible entre l’acceptation de soi et la santé mentale. Pourquoi était-il important pour vous d’aller au-delà de la question physique pour parler aussi des conséquences psychologiques du rejet de sa propre apparence ?

    Vivre selon la validation des autres, avancer selon le regard d’autrui et n’exister que parce que les autres en ont décidé est pire que la mort. Ne pas pouvoir s’accepter soi-même tel qu’on est est un problème de santé publique qui affecte considérablement notre santé mentale. Les séquelles psychologiques et émotionnelles du rejet de soi par soi et par les autres sont énormes et il fallait que ce roman le rappelle et que l’urgence soit soulignée, pour une prise en charge des personnes obnubilées par le teint clair. Il s’agit du complexe du teint clair et ses ravages non négligeables en ce moment.

    Le blanchiment de la peau est souvent abordé sous les angles médical, sanitaire ou sociologique. Vous avez choisi de l’explorer par la fiction. Qu’est-ce que le roman vous permet de raconter sur ce phénomène que le discours journalistique ou scientifique ne pourrait peut-être pas transmettre avec la même force ?

    C’est une bonne question et même avec un essai bien écrit je ne pense pas que j’aurais suscité autant d’intérêt sur ce sujet aujourd’hui. Le phénomène est réel : le blanchiment de la peau a fait objet de plusieurs angles de traitement dans les salles de rédaction. Le Ministère de la Santé Publique au Cameroun en parle régulièrement, mais la chose continue de faire des ravages. Et nous estimons que pour dire et mieux dire ce qu’il y a à dire sur ce sujet, pour que cela ne ressemble pas à un discours de beau parleur, il faut raconter l’histoire des gens à travers un roman accessible à tous. L’outil peut voyager dans toutes les familles africaines ; pas besoin d’écran ou de connexion internet, juste le temps de lire.

    En écrivant ce livre, à qui vous adressez-vous réellement ? Aux personnes qui pratiquent le Djansang, à celles qui souffrent du regard des autres, aux familles, ou plus largement à une société qui participe parfois, consciemment ou non, à fabriquer ces complexes ?

    Ce livre est écrit pour ceux et celles qui sont encore complexé.e.s par la peau blanche et le teint clair. Ce roman est un message fort que nous adressons à ceux et celles qui ont perdu l’estime de soi à cause des railleries sur leur teint foncé et aussi un mot de compassion à ces femmes aujourd’hui victimes du décapage de la peau et qui souhaitent en guérir. Notre société a besoin de connaissances et d’information, car avec ces éléments, on aura le pouvoir de changer les choses pour sauver une belle couleur de peau qui n’est en réalité que le prolongement de notre conscience sur le monde.

    Lorsque le lecteur referme Je suis Nègre mais les Noirs ne m’aiment pas, qu’aimeriez-vous qu’il emporte avec lui ? Et après trois ouvrages, quelle place souhaitez-vous désormais occuper dans la littérature camerounaise et africaine : celle d’un écrivain qui témoigne de son époque ou celle d’un écrivain qui cherche à provoquer une prise de conscience ?

    Une fois que le lecteur a refermé JE SUIS NEGRE MAIS LES NOIRS NE M’AIMENT PAS, il doit retenir que l’Afrique ne se construit pas sur la couleur de la peau mais sur la manière que nous influençons notre milieu de vie. L’acceptation de soi est le début d’une belle action sociale. Apres trois ouvrages, je souhaite que l’on me voie comme un écrivain qui raconte son temps et qui provoque une prise de conscience.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • Assomo Ngono Ela : le mvet comme héritage, le destin comme mémoire

    Et si certaines vies étaient trop précieuses pour être laissées au silence ? À travers Les Cordes du destin : Entre vie, suspicions et talent d’Assomo Ngono Ela, le Dr Eric Nelson EFA ressuscite le parcours d’une artiste dont le nom reste attaché au mvet et à la culture Ekang. Présenté le 31 juillet 2026 à Yaoundé, au siège de la Commission nationale pour l’UNESCO au Cameroun, ce livre a surtout ouvert une conversation sur ce que nous choisissons de retenir de notre histoire et sur ce que nous acceptons de transmettre. Assomo Ngono Ela demeure une artiste, une voix, un talent, mais surtout une mémoire vivante d’un univers culturel dont la transmission ne peut être laissée au hasard.

    Placée sous le parrainage du Dr Christophe FOE NDI et modérée par Pauline M.N. ONGONO, le panel a réuni notamment le Secrétaire général de la Commission nationale pour l’UNESCO, l’éditeur D&L et, bien sûr, le Dr Eric Nelson EFANGONO. Pourtant, derrière les prises de parole et les échanges officiels, c’est une histoire profondément humaine qui s’est progressivement imposée. Une prise de parole du critique littéraire Ray NDÉBI a aussi soulevé le besoin d’évolution de l’instrument sans renier sa souche.

    Le Dr Eric Nelson EFA ne prétend pas livrer une biographie au sens strict. Son ouvrage relève de la fiction, mais s’enracine dans des faits réels de la vie d’Assomo Ngono Ela. Ce choix lui permet de donner chair à une trajectoire, de restituer des émotions et d’interroger les zones d’ombre d’un destin artistique sans réduire cette icône à son seul statut d’interprète. Car Assomo n’est pas seulement celle qui joue du mvet. Elle est celle qui porte quelque chose : une mémoire, une culture, une manière de raconter le monde.

    Son parcours révèle aussi une évolution importante de la pratique du mvet. La tradition se transforme, les instruments se rencontrent et les formations s’élargissent, associant notamment le mvet aux tambours et aux tam-tams. Dans cette évolution, Assomo Ngongo Ela apparaît comme une artiste capable de faire vivre l’héritage sans le figer. C’est peut-être pour cette raison que la question du patrimoine culturel immatériel s’est imposée avec autant de force au cours de la cérémonie… Le Dr Christophe Foe Ndi a d’ailleurs rappelé la nécessité de protéger ces savoirs qui ne se trouvent pas toujours dans les musées ou les archives, mais dans les gestes, les voix, les pratiques et les récits transmis de génération en génération. Le destin d’Assomo Ngono Ela est une parfaite illustration de cette fragilité. En effet, un savoir peut être immense et pourtant disparaître si personne ne prend le temps de le recevoir.

    Dans le livre, cette idée prend un visage à travers Bidja, un jeune garçon qu’Assomo Ngono Ela initie au mvet. Entre eux, il n’est pas seulement question d’apprentissage musical. Elle lui enseigne une façon d’écouter, de sentir et de comprendre. Pour elle, avant de jouer, il faut apprendre à entendre ; avant de chercher la performance, il faut comprendre le silence. Assomo Ngongo Ela transmet à Bidja ce qu’elle a elle-même reçu. Elle devient à son tour le maillon d’une chaîne qui la dépasse et qui est vouée à continuer. Sans conteste, le mvet n’est pas un simple instrument : il est une mémoire qui circule d’une génération à l’autre.

    Le parcours de l’artiste raconte également l’élargissement progressif de son horizon. Partie de son environnement d’origine, Assomo Ngono Ela finit par porter sa musique vers des publics éloignés. À Dakar, sa voix, son mvet et les percussions de sa troupe trouvent une écoute attentive. Ce qui était né dans un cadre culturel précis franchit ainsi les frontières et rencontre d’autres sensibilités. Cette trajectoire est la preuve qu’une culture n’est pas condamnée à rester enfermée dans son lieu d’origine pour rester authentique. Elle doit voyager, se faire entendre ailleurs, tout en continuant à être elle-même.

    La cérémonie du 31 juillet 2026, date qui met justement en exergue la femme africaine, ne pouvait d’ailleurs rester étrangère à la musique type à l’honneur. La prestation de Scienty Ekoro est venue prolonger le propos par le son, comme pour rappeler que certaines histoires se racontent mieux lorsqu’elles sont aussi entendues.

    Après les interventions, le public a échangé avec l’auteur. Les questions ont permis de revenir sur le personnage d’Assomo Ngono Ela, sur les choix narratifs et sur les enjeux de transmission soulevés par le livre. La séance de dédicace sous une dimension plus personnelle, a cédé la place quelques minutes plus tard au cocktail, qui a prolongé les échanges dans une atmosphère aussi chaleureuse que les notes du mvet.

    Au-delà de la cérémonie, Les Cordes du destin pose finalement une question qui dépasse le seul parcours d’Assomo Ngono Ela : que restera-t-il de nos héritages si nous ne prenons pas le temps de les raconter ? En écrivant Les cordes du destin : entre vie, Suspicions et talent d’Assomo Ngono Ela, le Dr Eric Nelson EFANGONO permet que l’histoire d’Assomo Ngono Ela ne se perde pas. Il fait entendre un instrument pour que sa voix continue de résonner ; il met en scène une transmission pour rappeler que la culture ne survit pas uniquement grâce à ceux qui la possèdent, mais grâce à ceux qui acceptent de la recevoir.

    Assomo Ngono Ela est désormais un trait d’union entre hier et demain. Et peut-être est-ce là le véritable sens de son destin : avoir compris que le plus bel héritage n’est pas celui que l’on garde, mais celui que l’on transmet.

    Il est disponible auprès de l’auteur et de l’éditeur.

    Pauline M.N. ONGONO




  • FESTI KITOKO BD ET LIVRE : Al’ Mata souhaite raconter l’Afrique, transmettre et faire naître des vocations

    Au-delà de la célébration de la BD et du livre, le FESTI KITOKO se veut un espace de transmission. Son ambition : faire connaître les créateurs africains, encourager les jeunes à lire et à créer, et montrer que la bande dessinée peut raconter l’histoire, les réalités et les imaginaires du continent. Un engagement que son promoteur, Al’ Mata, souhaite inscrire dans la durée.


    Al’ Mata, pouvez-vous nous parler de vous et de vos travaux ?

    Je n’aime pas trop parler de moi, je préfère laisser parler mes travaux. Je suis auteur et dessinateur de bande dessinée, engagé depuis plusieurs années dans la promotion de la BD africaine. Parmi mes travaux, je peux notamment citer la trilogie consacrée à Alphonse Madiba, dit Daudet, qui occupe une place importante dans mon parcours., néanmoins, je collabore aussi avec des éditions tels que Bayard presse,
    Hachette…

    La bande dessinée « africaine » a une histoire souvent méconnue, parfois réduite à quelques grands noms et à quelques œuvres emblématiques. Où commence réellement cette histoire, et quelles sont les grandes étapes qui ont façonné son évolution jusqu’à aujourd’hui ?

    Réduite à quelques grands noms… C’est évident, ces noms sont comme la lumière, le porte-étendard qui donne une visibilité à ce à quoi beaucoup semble ne pas vouloir prêter attention. Et derrière cette lumière, il y a toute une histoire, bien sûr, qu’il ne faudra cependant pas prendre de manière globale. Il y a des spécificités selon chaque pays, l’Afrique en comptant cinquante-quatre. Pour ce qui est de mon pays, la République démocratique du Congo, cette histoire a démarré en 1968, avec la création du magazine « Jeune pour Jeunes » dédié exclusivement à la bande dessinée. Cela a été le déclic qui a stimulé beaucoup de dessinateurs par la suite, depuis ces années-là jusqu’à la génération actuelle. Les thèmes exploités sont variés et touchent tous les domaines de la vie. Un bémol tout de même. Quand on évoque le terme « bande dessinée africaine », je me vois un peu perdu. S’agit-il de la bande dessinée réalisée par un dessinateur issu de l’Afrique ou de celle faite sur un thème qui concerne exclusivement l’Afrique ? Pour le second cas, n’importe quel dessinateur de n’importe quelle nationalité peut le faire. Pour le premier, n’importe quel dessinateur du continent peut hériter d’un scénario écrit par quelqu’un d’une nationalité autre que celle émanant de l’Afrique. Et encore, qu’est-ce qu’un dessinateur africain ? Ce terme est vide et fait d’un dessinateur présenté comme tel un apatride, l’Afrique n’étant pas un pays mais, un continent !

    Pendant longtemps, l’Afrique a été dessinée par le regard des autres, avec des représentations parfois caricaturales, folklorisantes ou profondément éloignées des réalités vécues. D’après vous, à quel moment les auteurs africains ont-ils véritablement commencé à reprendre possession de leur propre image et de leurs récits ?

    Il nous arrive de regarder dans la même direction sans forcément voir la ou les mêmes choses ou observer les mêmes détails sur un objet donné. Cela est pareil avec l’interprétation. Chacun y va selon son humeur, ses convictions ou son caractère. D’autant plus que chaque société nourrit des préjugés -exprimés ou pas – sur une autre. Dès lors, faut-il se positionner en revanchard ou en correcteur forcené pour voir bien aller les choses ? Ma réponse est non. On devra plutôt s’exprimer naturellement, selon son inspiration, en se gardant de déformer gratuitement les faits, pour une raison ou une autre. Mais, cela n’empêche pas toute fois une lecture humoristique des mêmes faits.

    La BD n’est-elle pas, au fond, un formidable outil de mémoire ? Que peut raconter une case, une planche ou un album sur l’histoire, les traumatismes, les traditions et les transformations de nos sociétés que les discours historiques ne parviennent pas toujours à transmettre ?

    Une fois encore, il est question de la thématique choisie. Pour le reste, cela dépendra de la subtilité de l’artiste pour convaincre, faire passer un message ou non.

    Entre héritage oral, littérature, cinéma, arts graphiques et cultures populaires, quelles sont aujourd’hui les principales sources d’inspiration de la bande dessinée africaine ? Et qu’est-ce qui fait sa singularité face aux grandes traditions francobelge, américaine ou japonaise ?

    La différence, c’est en chacun de nous, dans sa manière de voir les choses. Un Européen qui débarque en Afrique verra, à sa façon, ce que nous vivons et banalisons au quotidien et inversement. Cette lecture est influencée naturellement par la culture de base d’un chacun.

    La bande dessinée africaine souffre encore d’un paradoxe : elle regorge de talents, mais peine parfois à trouver des éditeurs, des financements, des réseaux de diffusion et surtout un lectorat suffisamment large. Pourquoi cette difficulté persiste-t-elle ?

    Il y a plusieurs pistes à explorer pour répondre à cette question. Un gros travail de lobbying en amont, une organisation efficace qui appelle un gros budget, un calendrier strict et évidemment, des hommes derrière tout ceci. Des hommes bien « musclés ». Editeurs, financements, réseaux de diffusion, etc. demande des bras musclés, avec des personnes armées de beaucoup de volonté et de détermination. Des personnes qui y croient, comme pour relever un défi, atteindre un ou des objectifs et pérenniser la chose. Ce qui ne fait pas défaut dans le paysage. Mais, il faut faire le premier pas.

    À l’heure du numérique, des réseaux sociaux, du webtoon, de l’intelligence artificielle et de la consommation accélérée des images, la bande dessinée traditionnelle est-elle menacée ou, au contraire, en train de trouver de nouveaux territoires pour se réinventer ?

    Le webtoon, l’intelligence artificielle, etc. sont autant de créneaux qui fonctionnent selon leurs spécificités et je ne pense pas que l’un puisse empiéter sur les autres. Au contraire, ils vont cohabiter et subsister, chacun restant sur sa bande. Et encore, ce ne sont pas tous les artistes qui sont appelés à verser dans cette nouvelle façon de faire. Cela dépendra du feeling d’un chacun.

    Aujourd’hui, les jeunes auteurs africains dessinent-ils encore l’Afrique telle qu’ils la voient, ou commencent-ils à inventer des futurs africains – science-fiction, fantasy, dystopies, récits fantastiques – capables de sortir des représentations habituelles du continent ?

    Ici, il s’agit une fois encore du feeling, tout le monde ne devant pas forcément faire la même chose.

    Dans quelle mesure la circulation internationale des œuvres et des créateurs peut-elle contribuer à faire sortir la BD africaine de la marginalité, sans pour autant la contraindre à répondre aux attentes esthétiques ou commerciales des marchés étrangers ?

    Selon moi, le secret réside dans la réalisation des oeuvres originales, qui ne souffrent d’aucun complexe par rapport à ce qui existe déjà de part le monde. Bien entendu, la qualité doit suivre sur tous les plans : graphique, scénaristique et même de la présentation du produit.

    Et justement, pour le mois de septembre, vous organisez la troisième édition du FESTI KITOKO BD et LIVRE. Qu’est-ce qui a changé depuis les premières éditions ? Quels enseignements en avez-vous tirés et quelle histoire souhaitez-vous désormais inscrire dans la durée ?

    Lors de la première et de la deuxième édition, le festival s’appelait simplement « Festi Kitoko BD ». Pour cette troisième édition, nous avons ajouté le Livre, d’où le nouveau nom « Festi Kitoko BD et Livre ». L’idée est de créer un véritable dialogue entre la bande dessinée et la littérature, en réunissant dessinateurs, scénaristes et écrivains autour d’une même passion : raconter des histoires. Les premières éditions nous ont appris qu’il fallait davantage créer des rencontres entre les créateurs et le public, mais aussi entre les différents acteurs du livre. Pour la suite, nous souhaitons inscrire le festival dans la durée et en faire un rendez-vous culturel où les histoires, les auteurs et les talents africains et d’ailleurs peuvent continuer à se rencontrer et à se transmettre.

    Pourquoi était-il important de créer un festival consacré à la BD et au livre, et particulièrement de lui donner une dimension qui permette de faire dialoguer auteurs, lecteurs, illustrateurs, éditeurs et professionnels du secteur ?

    Créer un festival consacré à la bande dessinée et au livre était important parce que la BD est à la fois un art, un moyen d’expression et un formidable outil de transmission. Elle permet de raconter des histoires, de faire réfléchir, de divertir, mais aussi de faire découvrir des cultures et des réalités parfois peu représentées.
    Nous voulions surtout créer un espace où les différents acteurs du livre puissent se rencontrer. Un auteur ne doit pas être isolé dans son travail : il a besoin de rencontrer ses lecteurs, d’échanger avec d’autres créateurs, de dialoguer avec les éditeurs et de comprendre les réalités du secteur. De la même manière, le lecteur doit pouvoir découvrir les coulisses de la création et échanger directement avec ceux qui fabriquent les livres qu’il lit.

    Organiser un festival culturel est aussi une aventure faite d’obstacles : financement, mobilisation du public, visibilité, logistique, disponibilité des auteurs, pérennité du projet… Quelles sont les difficultés les plus ardues à surmonter pour le FESTI KITOKO, celles dont le public ne soupçonne généralement pas l’existence ?

    La difficulté principale reste le financement. Organiser un festival demande beaucoup de moyens, alors que les ressources restent limitées. Il faut aussi mobiliser les auteurs, assurer leur déplacement et leur hébergement, communiquer suffisamment et gérer toute la logistique. Le public voit surtout le résultat final, mais derrière deux jours de festival, il y a des mois de travail et beaucoup de sacrifice.

    Cette troisième édition, prévue les 25 et 26 septembre 2026 à la Maison de la Vie Associative et Citoyenne de Grenoble, annonce des tables rondes, une exposition et des dédicaces. Qu’attendez-vous précisément de cette édition que les précédentes n’ont pas encore permis d’accomplir ?

    J’aimerais que cette troisième édition franchisse un nouveau cap en matière de visibilité et de participation. Nous voulons toucher davantage de lecteurs, notamment les jeunes, mais aussi renforcer les échanges entre créateurs africains et européens. J’espère également que cette édition permettra de donner au FESTI KITOKO une véritable place dans le paysage culturel grenoblois.

    Au-delà de la célébration de la bande dessinée, quel rôle le FESTI KITOKO veut-il jouer dans la transmission : transmettre le goût de lire, susciter des vocations, faire connaître les créateurs africains, créer des passerelles entre les générations et les cultures ?

    Le FESTI KITOKO veut être un espace de transmission et de rencontre. Nous voulons donner aux jeunes le goût de lire et de créer, faire découvrir les auteurs africains et montrer que la BD est aussi un formidable outil pour raconter notre histoire et nos réalités. C’est également une manière de créer un dialogue entre les générations et les cultures.

    Si vous deviez demander à un jeune qui rêve aujourd’hui de devenir auteur de BD de ne pas renoncer malgré les difficultés du métier, que lui diriez-vous ? Et que faudrait-il changer, collectivement, pour que son talent ne soit pas condamné à rester dans les marges ?

    Je lui dirais de croire en son talent et surtout de ne pas abandonner. Les difficultés font partie du parcours, mais il faut continuer à apprendre, à créer et à montrer son travail. Collectivement, nous devons créer davantage de structures d’accompagnement, de formations, de festivals et surtout de véritables débouchés pour permettre aux jeunes auteurs de vivre de leur art.

    Au moment où s’ouvre cette troisième édition, quelle trace aimeriez-vous que le FESTI KITOKO laisse dans l’histoire de la bande dessinée africaine ?

    J’aimerais que le FESTI KITOKO soit retenu comme un festival qui a contribué à faire connaître et reconnaître les talents africains. Mais surtout, qu’il ait participé à créer des vocations et à montrer que la bande dessinée africaine a toute sa place dans le paysage culturel international.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • Café littéraire à Mbouo-Bandjoun | Quand la famille découvre son successeur autour du feu

    Le vendredi 14 août 2026, à Mbouo-Bandjoun, dans la case familiale, autour du feu, Jean Grégoire KENGNE TETA a retrouvé les siens pour un moment littéraire, familial et profondément intime consacré à son livre Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié.

    Plus que le centre des échanges, cette autobiographie qui a paru en mars dernier aux Éditions KADEÏ est devenue le miroir d’une histoire familiale faite de mémoire, de responsabilités, de silences et de transmissions.

    Le choix du cadre donnait à la rencontre une dimension particulière : loin des salles et des cérémonies protocolaires ou pleines de livres, la parole a retrouvé sa place dans la case familiale traditionnelle, près du feu, là où les générations se retrouvent et où la mémoire se transmet.

    Le feu en était le premier symbole. Ses flammes éclairaient les visages tandis que ses braises rappelaient que la mémoire ne disparaît jamais complètement. Même lorsque la flamme baisse, la braise conserve la chaleur du feu et peut en faire naître un autre. Ainsi se transmet la tradition : une génération reçoit, préserve et transmet à son tour.

    À cette symbolique s’est ajoutée celle de l’épi de maïs. Chaque grain est distinct, mais tous appartiennent au même épi. Il évoque ainsi la famille, où chacun possède son parcours tout en restant lié à une histoire commune. Un rappel que ce qui est reçu n’est pas destiné à être gardé pour soi : il doit nourrir et servir aux générations suivantes. Les plus jeunes ont ainsi reçu bien plus qu’un récit. À travers les paroles des plus âgés et l’histoire racontée par l’auteur, ils découvraient, avec fascination, une part de leur héritage familial.

    Jean Grégoire KENGNE TETA, le successeur dont il est question dans le livre, montre que cette responsabilité ne commence pas au moment de la désignation. Elle se construit dès l’enfance, dans l’éducation, les attentes du père et la conscience progressive d’appartenir à une histoire qui le dépasse. Une responsabilité qui peut être à la fois un devoir et un poids. Et sa famille, l’auteur dira : « Ce sera par vos choix que je serai un Yambong (privilégié) ou un sacrifié. »

    La question des biens occupe également une place importante dans le récit. Après la disparition de TETA Michel, le père de l’auteur, les désaccords autour du testament et du partage du patrimoine provoquent des tensions entre frères et sœurs, jusqu’à entraîner un long conflit judiciaire. L’auteur rappelle ainsi qu’un héritage matériel peut devenir une source de division lorsqu’il n’est pas accompagné du dialogue et de la volonté de préserver l’unité familiale.

    C’est l’une des grandes leçons de Le Successeur : transmettre ne consiste pas seulement à léguer des biens. Il faut aussi transmettre une histoire, des valeurs, une mémoire et le sens de la responsabilité.

    Le moment, modéré par l’écrivain et enseignant Mat Issofa a connu la présence de Mme le délégué des arts et de la culture du Koung-Khi. Les prestations de N’Dengass le slameur bantou et de Dominique GNINTELAP ont donné une dimension poétique aux thèmes de la filiation, de la mémoire et de la transmission. Et tout ceci sous la houlette des Éditions KADEÏ, de DG COM et de l’ACOLITT.

    Autour du feu, les proches de Jean Grégoire KENGNE TETA ont découvert une dimension plus intime de l’homme qu’ils connaissaient. Derrière le professionnel, le père, le frère et l’homme de famille apparaissait celui qui PORTE une responsabilité héritée de plusieurs générations. L’émotion était d’autant plus forte que certaines réalités évoquées dans le livre ne sont pas toujours exprimées dans les conversations familiales. La littérature leur donnait des mots sous leurs maux internes.

    Cette rencontre atypique aura ainsi montré qu’une tradition ne survit que si elle est transmise. Les anciens déposent leur mémoire entre les mains des plus jeunes, comme on confie des braises à celui qui devra entretenir le feu. Et lorsque la soirée s’est achevée, le feu pouvait s’éteindre. Mais la mémoire, elle, avait trouvé de nouveaux gardiens.

    Pauline M.N. ONGONO




  • À Bamougoum, « Autour des mots » ouvre le débat sur l’héritage, la famille et la transmission

    Le 13 août 2026 dès 10 heures, à La Route des Chefferies sise à l’entrée de la Chefferie Bamougoum (Ouest Cameroun), s’est tenue une nouvelle rencontre de « Autour des mots », une initiative portée par DG COM. Cette nouvelle édition était consacrée à l’œuvre autobiographique de Jean Grégoire KENGNE TETA, « Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié » qui a paru en mars 2026, aux Éditions KADEÏ.

    Organisée autour de l’écriture, de la lecture, de la transmission et de la mémoire, cette rencontre a offert au public un moment particulièrement dense, où la littérature s’est faite espace de dialogue sur la famille, l’héritage, la tradition et les responsabilités qui traversent les générations.

    La matinée a commencé par un moment aussi simple que profondément symbolique. Après la présentation de l’auteur par Pauline ONGONO, la note de lecture de l’écrivain Mat Issofa, Nadège et Larata, deux jeunes élèves, ont pris la parole. Elles ont émoustillé l’assistance par leurs déclamations poétiques. Parmi les mots qu’elles ont livrés à travers leurs poèmes en anglais et bilingue, une expression a particulièrement retenu l’attention : « tracer sa propre voie ». Cette formule allait devenir le fil conducteur de cette rencontre qui, au-delà du livre présenté, interrogeait précisément la possibilité pour chacun de construire son chemin tout en portant l’héritage de ceux qui l’ont précédé.

    Sous la conduite du modérateur du jour Mat Issofa, les échanges ont progressivement conduit le public au cœur de l’univers de Jean Grégoire KENGNE TETA. Il n’a pas seulement présenté un ouvrage ; il a ouvert les portes de sa mémoire et livré une partie d’un itinéraire profondément marqué par la famille, la tradition, la foi, l’éducation, la vie professionnelle et, surtout, la succession de son père.

    Dans « LE SUCCESSEUR : Yambong ou Fils sacrifié», il explique que l’écriture est née d’une nécessité : comprendre les mécanismes qui conduisent au choix d’un successeur et interroger la manière dont celui-ci peut trouver sa place au sein d’une famille complexe. Il écrit ainsi son histoire pour soumettre son expérience à l’analyse du lecteur et chercher, à travers le regard des autres, des réponses aux questions qui l’accompagnent depuis l’enfance.

    Cette dimension personnelle donne à cette autobiographie une portée qui dépasse largement le récit individuel. Elle met en tension la tradition et la modernité et interroge les transformations de la société face aux héritages familiaux et culturels. Dans sa préface, le professeur ALAKA ALAKA présente d’ailleurs l’ouvrage comme une réflexion sur les épreuves liées à la succession et comme un avertissement face aux dérives qui peuvent fragiliser les familles. Il appelle à une attitude juste, constructive et fondée sur la coexistence pacifique.

    Au cours des échanges, Jean Grégoire KENGNE TETA est revenu sur la figure de son père, TETA Michel, et sur le poids de l’héritage qui a progressivement façonné son propre destin. Dès l’enfance, il avait le sentiment d’être différent, soumis à des attentes particulières et appelé à une responsabilité qu’il ne comprenait pas encore pleinement. Son parcours scolaire et professionnel, son attachement à la terre de Mbouo, son rapport à la foi et aux traditions ainsi que les enseignements reçus de son père constituent autant d’étapes dans la construction de celui qui deviendra plus tard successeur. Le livre montre que la succession ne commence pas nécessairement au moment où un héritier est officiellement désigné : elle peut s’inscrire bien plus tôt dans l’éducation, les valeurs, les silences et les attentes familiales.

    Le moment de la désignation apparaît, dans le récit, comme un véritable basculement. Après la mort de son père, Jean Grégoire KENGNE TETA apprend qu’il a été choisi pour devenir le guide de la grande famille. L’annonce est vécue comme un choc. Lui-même décrit alors, lors de l’échange, le sentiment d’avoir été « sacrifié », tant la responsabilité qui lui est confiée dépasse la simple question de la gestion d’un patrimoine. Être successeur signifie désormais porter une histoire, maintenir des liens, arbitrer des tensions et tenter de préserver une famille composée de personnalités, de sensibilités et d’intérêts différents.

    La rencontre a également permis d’aborder les conséquences parfois dramatiques de cette succession. Jean Grégoire KENGNE TETA évoque les divisions entre héritiers, les contestations du testament, les procédures judiciaires et plusieurs années de conflit. Derrière les actes juridiques et les décisions de justice, c’est une famille qui se retrouve confrontée à ses propres fractures. L’auteur raconte cette période comme un moment douloureux, marqué par l’affrontement entre frères et sœurs, alors même que la volonté du défunt était, selon lui, de préserver l’unité familiale.

    Ces passages ont donné lieu à des échanges particulièrement intenses avec un public attentif et manifestement sensible aux réalités évoquées. Les témoignages et les interventions ont rappelé que les conflits successoraux ne sont jamais uniquement des affaires de biens. Ils touchent à l’honneur, à la mémoire, aux blessures anciennes, aux relations entre frères et sœurs et à la capacité d’une communauté familiale à continuer de vivre ensemble après la disparition de celui qui en constituait le centre.

    La poésie a également occupé une place importante dans cette matinée. Après les prestations des deux jeunes élèves, Dominique GNINTELAP a apporté une autre respiration à la rencontre à travers le slam. Sa prestation a contribué à élargir l’espace de réflexion en donnant aux mots une dimension plus sensible et plus incarnée. En clôture, Hermann NJANYOU « N’Dengass le Slameur Bantou », a livré « Mère et père », un texte qui est venu rappeler avec force que derrière les questions d’héritage, de succession et de patrimoine se trouvent d’abord des femmes et des hommes, des parents, des enfants et des histoires humaines.

    L’absence de l’atelier d’écriture de Ray NDÉBI a été déplorée, mais cela n’a pas empêché à la rencontre de conserver son caractère participatif et sa vocation de dialogue entre écrivains, lecteurs, élèves, poètes et acteurs du monde culturel présent.

    La présence des Éditions KADEÏ et de l’agence ACOLITT a par ailleurs permis de rappeler le rôle essentiel de l’édition dans la circulation des œuvres et dans la construction d’une véritable culture du livre. En accompagnant « Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié », KADEÏ contribue à faire connaître cette œuvre qui, au-delà de son caractère autobiographique, soulève des questions auxquelles de nombreuses familles peuvent se trouver confrontées.

    Au fil des discussions, une interrogation s’est imposée : que devient l’individu lorsqu’il devient le dépositaire d’un héritage qui le dépasse ? Peut-il encore être simplement lui-même lorsqu’il doit désormais porter les responsabilités familiales, sociales, professionnelles et spirituelles attachées à son statut ? Comment préserver l’héritage sans devenir prisonnier du passé ? Comment respecter la mémoire des anciens tout en construisant une voie personnelle ?

    C’est finalement autour de cette tension que la formule prononcée par les deux jeunes élèves a pris toute sa profondeur : « tracer sa propre voie ». Le parcours raconté par Jean Grégoire KENGNE TETA montre que l’héritage ne consiste pas seulement à recevoir. Il impose aussi de comprendre, de choisir, de transformer et de transmettre. L’auteur rappelle d’ailleurs, dès les premières pages de son ouvrage, qu’il est devenu héritier à travers une histoire, un lignage et un prix à payer.

    Après près de deux heures d’échanges, la rencontre s’est achevée par les remerciements, les dédicaces, le verre d’amitié, les photographies et les échanges informels entre l’auteur et le public. Mais la fin de la rencontre n’a pas mis un terme aux questions soulevées. Elle les a plutôt déposées dans les consciences.

    Cette édition de « Autour des mots » aura ainsi montré une nouvelle fois que la littérature peut être bien davantage qu’un espace de présentation d’un livre. Elle peut devenir un lieu de mémoire, de confrontation des expériences, de transmission entre les générations et, surtout, un espace où une société accepte de regarder ses propres blessures.

    Avec « Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié », Jean Grégoire KENGNE TETA ne raconte donc pas uniquement son histoire, il invite chacun à réfléchir à ce que nous recevons de ceux qui nous précèdent, à ce que nous choisissons d’en faire et à ce que nous laisserons, à notre tour, à ceux qui viendront après nous. Le véritable enjeu de la succession apparaît alors moins dans ce que l’on possède que dans ce que l’on parvient à préserver : la dignité, la mémoire, la solidarité et la capacité à rester humain lorsque les intérêts menacent de prendre le dessus sur les liens.

    C’est donc à dessin que « Autour des mots » porte cette vocation : écrire, partager et transmettre.

    Pauline M.N. ONGONO




  • RTWO 2026 : penser le livre pour mieux comprendre le monde

    Le livre n’est plus seulement un objet de lecture, c’est un secret de polichinelle. Il est désormais un espace de dialogue, un témoin des sociétés, un passeur de mémoire et un acteur du rapprochement entre les cultures. C’est cette vision que porte ACOLITT à travers la troisième édition de la Readers and Translators Week Online (RTWO), qui se tiendra du 05 au 09 août 2026, en direct sur Facebook et LinkedIn. Pendant cinq jours, cette rencontre virtuelle réunira quarante-un (41) acteurs sous trois continents : des professionnels du livre, des universitaires, des traducteurs, des étudiants, des auteurs, des lecteurs… autour d’une même ambition : réfléchir ensemble aux nouveaux enjeux de la littérature et de la traduction.

    Les échanges entre les peuples devenant de plus en plus intenses, les métiers du livre sont appelés à se réinventer. Les œuvres circulent plus rapidement, les langues se rencontrent davantage et les réalités culturelles s’entrecroisent. Cette évolution soulève de nombreuses questions auxquelles la RTWO entend apporter des pistes de réflexion. Comment préserver l’authenticité d’une œuvre lorsqu’elle traverse les frontières linguistiques ? Comment faire dialoguer les cultures sans effacer leurs singularités ? Quel rôle la littérature peut-elle jouer dans la construction d’un monde plus ouvert et plus solidaire ? Etc.

    À travers huit grandes thématiques autour du thème général « Lire le monde, traduire les cultures », cette édition invite les participants à dépasser les approches classiques pour envisager le livre comme un véritable acteur du développement humain. Les échanges permettront d’aborder les questions d’identité, de diversité culturelle, de médiation, d’interculturalité, de traduction, de relecture et de circulation des savoirs dans une perspective résolument tournée vers l’avenir, comme dit par Pauline ONGONO, la présidente d’ACOLITT, dans le podcast du promoteur culturel Franco-congolais Gangoueus.

    L’originalité de cette rencontre réside également dans son caractère participatif. Chaque conférence, chaque débat et chaque prise de parole contribuera à enrichir une réflexion collective sur les transformations du secteur du livre. L’objectif n’est pas seulement de transmettre des connaissances, mais aussi de créer des passerelles entre les expériences, les disciplines et les générations.

    Avec cette troisième édition de la RTWO, ACOLITT confirme son engagement en faveur d’une littérature qui dépasse les frontières, favorise la compréhension mutuelle et participe à la construction d’un dialogue interculturel durable.

    Plus qu’une semaine de formation ou de conférences, la RTWO 2026 s’annonce comme un espace d’inspiration où les idées circulent librement, où les expériences se croisent et où le livre retrouve pleinement sa vocation première : rapprocher les femmes et les hommes par la force des mots.


    Retrouvez les échanges des précédentes éditions ICI




  • ENTRETIEN | Pierre NANTIA et La lumière des ancêtres : l’audace de repenser la foi

    Dans son nouvel ouvrage, La lumière des ancêtres, Pierre NANTIA invite le lecteur à revisiter les représentations traditionnelles de Dieu, de la foi et des textes sacrés à travers une réflexion libre, critique et profondément humaniste. Sans renier la spiritualité, l’écrivain défend le droit au questionnement, plaide pour une foi fondée sur la justice et la raison, et rappelle le rôle essentiel de la littérature dans l’éveil des consciences, à travers un récit qui parle de son expérience.


    Votre livre s’ouvre par une remise en question de certaines représentations traditionnelles de Dieu. À quel moment avez-vous ressenti qu’il était devenu nécessaire d’écrire cet ouvrage ?

    La discussion autour de Dieu et de la religion m’a toujours passionné. Que ce soit avec les amis, les collègues ou les proches. Depuis ma tendre enfance, période où l’esprit est plus fertile à certaines idées, j’ai toujours été réfractaire aux idées qui ne cadrent pas avec mon entendement, et la religion sait nous en donner. Elle nous présente des vérités absolues que personne ne doit interroger. Pourquoi ? Il m’a toujours été difficile de dire « amen » à ce que je juge injuste. Cette manie de toujours accepter par conviction et non par conformisme m’a motivé à écrire. Je suis d’avis qu’une vraie foi est celle qui est non seulement juste, mais aussi logique. C’est cette conviction que j’ai voulu partager dans cet ouvrage.

    Vous affirmez ne pas écrire contre Dieu, mais contre l’image que les hommes ont parfois construite de Lui. Comment faites-vous la distinction entre foi, religion et théologie ?

    Effectivement, je n’ai aucun problème avec Dieu. Mon problème se situe au niveau de la représentation que l’on fait de lui dans les textes dits sacrés, représentation que je trouve très peu convaincante. Dieu pour moi est une entité que nous ne pouvons pas décrire si simplement sans projeter sur lui nos propres faiblesses. A force de vouloir trop bien peindre Dieu, on a fini par le dénaturer. La religion, en fait, naît du besoin légitime de l’homme d’accéder au Créateur, de communier avec lui. Certains ont codifié leurs conceptions dans des livres qu’ils disent sacrés et qui prétendent expliquer la volonté de Dieu. Le problème, comme je l’ai dit déjà est que toute description que l’on entreprend sur Dieu ne nous révèlent à la fin toujours que nos propres lacunes. C’est là que la théologie vient à la rescousse, pour polir ces imperfections et ces contradictions qui sont inévitables, afin de donner une certaine cohérence. Les descriptions que les Livres Sacrés font ne sont que le résultat de l’image que l’on s’est faite de Dieu. En fait, j’ai l’intime conviction que cet être transcendant existe et ma foi s’arrête là. Est-il infiniment bon et tout puissant ? Je laisse le soin aux autres de répondre.

    Pourquoi avoir choisi la forme d’un essai romancé et d’une confrontation onirique avec l’archange Michel plutôt qu’un essai philosophique classique ?

    L’essai est un genre assez savant, réservé aux experts dont je ne pense pas, malheureusement, faire partie, comme je l’aurais bien souhaité. Le roman quant à lui est un genre libre et moins contraignant. Dans un roman, on déploie toute sa liberté de décrire, mais aussi de véhiculer des réflexions que l’expert aurait faites en rédigeant un essai. C’est en fait le compromis que j’ai trouvé pour dire en tant que profane ce que l’expert ou l’intellectuel aurait fait dans un essai. Le rêve quant à lui est l’espace où l’esprit se libère, où tout ce qui est caché dans l’inconscient peut s’exprimer librement. J’ai pensé qu’il était bon que les croyants ne soient pas heurtés par l’audace que j’aurais eue en m’adressant directement à Dieu. En se dissimulant derrière le rêve, on peut dire des choses qui auraient plus heurté si elles s’étaient produites dans la réalité.

    Vu que votre texte confronte constamment la morale humaine aux récits bibliques. Pensez-vous vraiment que la conscience morale puisse parfois interroger légitimement les textes sacrés ?

    Je suis d’avis que la faculté de discerner le bien du mal est inhérente à chacun et que l’on doit tout simplement la cultiver. Si le discours religieux s’adresse à l’homme et vise à le parfaire sur le plan moral, la moindre des choses est qu’il soit lui-même moralement irréprochable. Accepter quelque chose comme bien, sans en comprendre les fondements, mène à coup sûr au fanatisme aveugle. Si le message des textes sacrés était aussi irréprochable qu’on le prétend, il ne serait pas réfractaire à la critique. Au contraire, je pense que le fait de ne jamais oser évaluer la validité de cette morale des textes sacrés, ou d’interdire leur remise en question est un aveu implicite de sa non-conformité avec les principes universaux de la morale. C’est la morale religieuse qui doit plutôt se conformer à la morale universelle pour être acceptée.

    Vous évoquez des épisodes comme le Déluge, Sodome et Gomorrhe ou encore l’histoire de Job sous un angle rarement adopté. Cherchez-vous à provoquer le lecteur ou à l’inviter à exercer son esprit critique ?

    Non, je ne cherche pas la provocation. Je cherche juste à mettre en face du lecteur les vérités que l’on nous a toujours servies, afin que lui-même en juge de la pertinence. La littérature ne peut pas se limiter au seul divertissement. Elle doit avoir d’autres objectifs. Aider à changer et améliorer le monde. Le plus grand défaut de la religion a été de faire des croyants des gens qui se mettent juste au garde-à-vous. La fameuse doctrine du « amen ». Comme Franz Kafka, qui disait fort à propos qu’il faut briser la mer gelée en nous, je pense qu’en évoquant ces épisodes, on met le croyant face à l’effroyable réalité, pour qu’il comprenne que la foi par conformisme peut nous faire cautionner des horreurs lorsqu’on n’exerce pas son esprit critique. Il faut éveiller cette conscience morale qui somnole en nous, afin que la religion cesse d’être juste l’opium qui enivre et endort le peuple.

    Dans votre livre, la question de la justice revient avec insistance. Selon vous, une foi qui interdit le questionnement peut-elle encore être une foi vivante ?

    Une foi sans justice est pour moi une aventure ambiguë qui peut devenir dangereuse. En quoi serait-il nécessaire de croire et d’adorer un Dieu infiniment bon si ses actions ne se fondaient pas sur la justice ? Avoir la foi ne signifie pas devenir la marionnette d’une idéologie injuste. La justice doit être la condition sine qua non de la foi ; sauf si l’on veut cultiver des dérives comme l’extrémisme que l’on observe chez les fanatiques.

    Vous accordez une place importante à vos mères et à l’éducation qu’elles vous ont transmise. Pourquoi cette morale familiale vous paraît-elle parfois plus convaincante que certaines interprétations religieuses ?

    J’ai grandi dans un quartier appelé « Mission catholique », habité en majorité par des chrétiens convaincus et très pratiquants. Leur vie était rythmée par l’église. Notre concession était une curiosité dans le quartier, car nous étions les seuls non pratiquants et nous n’allions pas à l’église. Mais lorsqu’on voyait l’hypocrisie de tous ces enfants de Dieu entre eux d’abord et envers nous, on en restait interloqué. Au contraire, notre mère et notre grand-mère insistaient toujours sur des valeurs telles que l’honnêteté, la justice la solidarité et d’autres encore. Ces valeurs ne nous ont apporté aucun mal. Pourquoi donc les renier ?

    Votre réflexion dépasse le cadre religieux pour toucher aux questions politiques, culturelles et africaines. Quel lien établissez-vous entre domination religieuse, domination culturelle et domination politique ?

    En fait mon livre parle beaucoup de religion. Mais la religion n’est pas le seul cadre de discussion. La religion sert d’allégorie pour dénoncer certaines autres pratiques qui s’observent dans plusieurs autres domaines de la vie. La domination religieuse, culturelle et politique usent des mêmes mécanismes pour s’établir. D’où la nécessité d’un esprit critique pour les aborder avec prudence et sûreté.

    Vous invitez les Africains à interroger les héritages religieux reçus de l’histoire. Quel rôle la littérature peut-elle jouer dans cette reconquête intellectuelle ?

    La littérature doit d’abord servir à maintenir les consciences en éveil, à poser le doigt là où le bât blesse. Le discours simple n’est que des paroles qui s’envolent. Avec les écrits, on laisse un message dont la portée ne sera pas uniquement limitée à sa prononciation. Il pourra toucher même les générations futures. Il est révoltant de voir que l’Africain accepte toujours de mettre ses propres valeurs à la poubelle parce que les autres le lui ont enseigné, et s’approprier carrément un héritage religieux qui leur a été imposé par la chicotte. La littérature doit enseigner à l’africain à puiser le bon dans ses propres valeurs avant d’utiliser celle des autres comme plus-value. Au lieu de croire qu’il deviendra le garant des valeurs qui ont été conçues par les autres et pour eux-mêmes. Il en va de même en politique et dans tous les domaines de la vie. Soyons nous-mêmes d’abord et inspirons-nous des autres pour nous améliorer.

    Certains lecteurs pourraient qualifier votre livre de blasphématoire. Comment accueillerez-vous cette critique et que leur répondriez-vous ?

    J’ai pressenti que ceux qui pensent aimer Dieu et le défendre plus que les autres trouveraient que je blasphème. C’est pour cette raison que j’ai voulu anticiper en levant l’équivoque dans mon avant-propos. Si l’on part de la définition du blasphème comme un discours insultant sur Dieu, ses élus et son livre sacré, on verrait que le doigt accusateur est mal orienté lorsqu’il est pointé sur moi. On doit plutôt le diriger sur ceux qui ont dépeint un Dieu méchant et cruel. Je ne refuse pas Dieu, au contraire, j’essaie de le défendre contre les discours des vrais blasphémateurs qui jouent aux pompiers-pyromanes. Je refuse un Dieu fabriqué par les hommes avec un portrait humain.

    Votre dialogue avec l’archange Michel est traversé par l’humour, l’ironie et parfois une forme de satire. Pourquoi avoir choisi ce registre pour aborder un sujet aussi sensible ?

    L’humour et l’ironie égaient, même dans des sujets sensibles et sérieux. Avec l’humour, on tourne les choses qu’on veut prendre au sérieux en dérision et on se moque, de façon amusante, des défauts que l’on veut présenter comme intouchables. Ce procédé vise à démystifier le Sacré et le présenter sous un nouveau jour avec tout son ridicule et ses absurdités.

    Pensez-vous que la littérature ait aujourd’hui encore le pouvoir d’ouvrir des débats que les institutions religieuses ou universitaires hésitent à engager ?

    Je ne vais pas surestimer le pouvoir de la littérature. Les esprits ont été tellement conditionnés à accepter tout ce qui se dit de Dieu, qu’il semble être une mission impossible pour les faire changer. Au moins, en littérature, on peut encore s’octroyer cette liberté de penser que les autres refusent d’employer. En cela, la littérature ouvre les débats qui peuvent continuer sur d’autres domaines.

    Votre ouvrage semble défendre une idée forte : un Dieu véritable ne devrait jamais craindre les questions sincères. Est-ce là le cœur de votre démarche ?

    Oui. La vérité ne souffre pas de la critique comme le mensonge. C’est le mensonge qui est très souvent mis à mal lorsqu’on veut le confronter aux faits. Un Dieu véritable qui veut nous témoigner de sa bonté en la codifiant dans son livre sacré ne devrait pas refuser qu’on s’interroge, pour mieux le comprendre. L’expérience a montré que ceux qui fuient ou interdisent la confrontation sont souvent ceux qui savent qu’ils cachent des choses que la confrontation risquerait de dévoiler.

    Quel type de lecteur espérez-vous toucher : le croyant convaincu, l’agnostique, le sceptique ou simplement le citoyen en quête de sens ?

    Mon livre s’adresse à tous, qu’on soit croyant ou non, agnostique ou pas, théiste, déiste ou athée. Ce qui est vrai, c’est que chacun aura son mot à dire, qu’il soit content ou pas, de la demarche que je choisis. Les uns pourront trouver – peut-être – que ce que je dis n’est pas commun mais vrai ; les autres le rejeteront en bloc au nom de l’intouchabilité du message de Dieu.

    Après La lumière des ancêtres, quelle est la prochaine interrogation que vous souhaitez porter dans votre œuvre littéraire, et quel héritage aimeriez-vous laisser à vos lecteurs ?

    Il me plairait bien d’écrire un prochain roman dans lequel je m’attarderai sur le rôle ou mieux les dérives comportementales de la femme africaine moderne qui me semble revendiquer beaucoup, clamer haut et fort l’égalité, et qui veut, dans la distribution des devoirs sociaux et surtout financiers, demeurer sous l’ombre de l’homme. J’ai déjà pensé à une bonne intrigue qu’il ne reste plus qu’à mûrir. J’aime m’attaquer au conformisme et poser le doigt là où personne ne veut poser. Poser les questions qui fâchent et, à la limite, énerver. Ça ne rend certainement pas célèbre auprès des lecteurs, mais c’est mon style.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • ENTRETIEN | Le monde virait au bleu : au cœur de l’univers poétique d’Ada BESSOMO

    Écrire, c’est se réinventer et réinventer le monde (Ada BESSOMO)

    Avec Le monde virait au bleu, son troisième recueil de poésie, Ada BESSOMO propose une œuvre où le bleu devient la couleur de la transformation, de l’espérance et de la paix intérieure. Dans cet entretien, le poète revient sur les symboles qui traversent son livre, l’influence de ses racines camerounaises, la place de la nature et de l’amour dans son écriture, ainsi que sa conviction profonde que la poésie demeure un espace de liberté, de résilience et de réinvention de soi.


    Le monde virait au bleu est un titre intrigant et évocateur. Que représente exactement le « bleu » dans votre univers poétique et pourquoi en avoir fait la couleur dominante de ce recueil ?

    Je tire le titre de ce troisième recueil du treizième poème avant le dernier. Relisant l’ensemble, il m’est apparu qu’il réunissait plusieurs thèmes du livre : l’amour, l’amitié, l’enfance, le souvenir, le bonheur…
    L’avant-dernier vers de ce poème, le monde virait au bleu, apparaît comme le sommet d’une rencontre entre deux êtres liés depuis leur enfance.
    Le bleu figure à cet instant la paix, l’accord parfait, les transformations obtenues grâce au temps, la persistance du Bonheur au-delà de tant d’écueils et chutes dans la vie…

    Vous expliquez que ce livre est celui de la transformation, de l’espérance et de la réinvention. Comment ces trois notions traversent-elles les différents poèmes de l’ouvrage ?

    Ce sont simplement les poèmes du recueil qui militent en faveur de cet avis. Le lecteur, que j’invite à le lire, pourra y trouver, passant par un mot, un vers, une image, une référence culturelle, matière à partager cette observation.

    Votre poésie est riche en images de la nature – la mer, les arbres, la forêt, la lune, les oiseaux, les rivières. Quelle place accordez-vous à ces éléments dans votre écriture et que disent-ils de la condition humaine ?

    Les éléments de la nature sont aussi vivants que les humains. Cette banale observation habite les hommes depuis des millénaires. Les connaissances scientifiques nous commandent désormais de penser le séjour des humains sur terre comme celui de locataires parmi tant d’autres. Porter notre attention sur ce que nous devons de la qualité de nos vies à tout ce qui vit et vibre avec nous, autour de nous, pourrait conduire à exprimer, comme je le fais dans mes textes, à montrer comment et combien la nature aide et sert à connaître les mille nuances de la condition humaine.

    L’amour occupe une place importante dans ce recueil, mais il apparaît sous des formes multiples : passion, désir, manque, séparation, tendresse. Pourquoi avoir choisi d’explorer toutes ces facettes d’un même sentiment ?

    Je parlais de mille nuances de la condition humaine, pour répondre à la question précédente. Cette disposition du monde à receler, par exemple, de très nombreuses facettes d’un sentiment, même, au sein de chaque facette, tant de moyens différents pour l’exprimer, est une source très séduisante pour rappeler et même militer pour la beauté des nuances de la vie.

    Plusieurs poèmes évoquent également la douleur, la peur, la solitude ou encore la mort, sans jamais renoncer à l’espérance. Est-ce votre manière de dire que la poésie peut transformer les blessures en force ?

    Un des aînés qui ont marqué ma vie d’enfant puis d’homme, Aimé Césaire, parle de poésie comme du lieu d’expression de ce qui est fondamental. Je vis comme une chance inouïe mon lien à la culture de mes ancêtres. Le Mvèd, Mvèr ou Mvett, art total de l’aire culturelle dont je suis natif, enseigne bien cette résilience. La vie est vouée à vaincre la mort.
    La poésie, qui est une attitude particulière de l’âme devant les expressions du monde, contient en elle de possibles recours pour plus d’optimisme, recours pour soigner tant de maux, aider à se relever de tant de chutes…

    Votre écriture laisse une grande liberté d’interprétation au lecteur. Cherchez-vous avant tout à raconter une histoire, à transmettre une émotion ou à susciter une réflexion ?

    Puisque rien ne pourrait tant mobiliser celui pour qui les mots sont un sanctuaire de libertés, que la liberté elle-même, c’est par tempérament d’abord, par souci de dialoguer avec l’ami(e) qui lit, que je souhaite lui laisser sa liberté face aux émotions nées des expériences inscrites dans mon écriture poétique.

    On retrouve dans votre poésie de nombreuses références aux paysages, aux traditions et à l’imaginaire africains. Dans quelle mesure vos origines camerounaises continuent-elles de nourrir votre inspiration, malgré l’éloignement ?

    Je fréquente au quotidien plusieurs univers culturels. Les langues que je parle m’y aident beaucoup. Je les ai toutes apprises enfant et adolescent, au Cameroun. La première que j’ai parlée est la langue beti en sa variante kolo. Ma génération a pu entendre encore des contes, aller vivre chaque année deux mois au village, voir, entendre, ressentir la terre par le prisme de l’imaginaire des aînés éloignés, eux, des influences fortes de l’Occident. Ce fut mon cas, grâce à mon grand-père maternel, dont je porte le nom. C’était un jumeau, père de triplées, environné de plantes, de pensées, de référents aujourd’hui recherchés. Recourir à un imaginaire particulier ? Je dirais que mon imaginaire est tapissé de plusieurs fils, dont ceux de ma prime langue et culture d’abord. Il m’arrive autant de l’exprimer dans ma langue natale, en offrant à cette dernière des motifs inspirés d’autres lieux.

    Vous affirmez que « écrire, c’est travailler à réinventer : soi-même et le monde autour de soi ». En quoi Le monde virait au bleu marque-t-il une nouvelle étape dans votre propre réinvention d’écrivain ?

    Il y a déjà la patine du temps sur ma modeste personne. Plutôt que le subir, il est préférable de s’en faire un allié. C’est un enseignement du jeu de calcul africain nommé Songo ou songa, pratiqué dans l’aire culturelle beti-bulu-fang. S’allier le temps qui court ouvre la voie à la prise des leçons qu’il nous donne. Vivre, aller dans la vie jour et nuit faisant transforme, propose de s’inventer, de se réinventer autant que possible. L’écriture, qui est un mode d’expression de cette vie, me paraît très bien indiquée pour cela.

    Vos textes alternent entre poèmes très courts, presque aphoristiques, et compositions plus développées. Comment choisissez-vous la forme que prend chaque poème ?

    Le fond porte la forme, c’est connu. Le but recherché est que l’idée s’exprime de manière aboutie, pour moi. Ma sensibilité seule me guide, pour dire vrai.

    Plusieurs poèmes mettent en avant les liens entre les générations, la transmission et l’enfance. Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes lecteurs à travers ce recueil ?

    Le recueil contient de nombreux vers et poèmes offerts à de jeunes lecteurs. Je penserais entre autres à ces vers : « (…) deviens, mon enfant, deviens !
    Puisses-tu ne jamais cesser de devenir. » Le bleu, celui de la transformation, au bout de l’invention, du travail à se réinventer, est aussi contenu dans ces propositions.

    Après Bémols saugrenus et Obili Blues, vous dites que Le monde virait au bleu clôt un cycle de votre parcours littéraire. Qu’est-ce qui distingue fondamentalement ce livre des précédents ?

    Les thèmes y sont approchés avec des moyens différents, un état d’esprit qui est celui du bleu, de la réflexion, d’un optimisme marqué. Au contraire de la dislocation apprivoisée du premier ou de la colère rythmée qui parcourt le deuxième recueil.

    Votre parcours mêle littérature, animation culturelle, journalisme et engagement dans la promotion des cultures. En quoi ces différentes expériences influencent-elles votre écriture poétique ?

    Tout cela rejoint l’idée que plusieurs facettes d’une même réalité peuvent s’unir. Tout ce que vous citez est centré autour de la création littéraire, poétique, artistique. Une école de la vie donc, la matière première la plus recherchée, pour moi. J’y ai rencontré, par leurs œuvres ou en personnes, de très belles opportunités de m’enrichir comme homme et poète.

    Quelle place accordez-vous au lecteur dans votre démarche ? Souhaitez-vous qu’il trouve des réponses dans vos poèmes ou, au contraire, qu’il en ressorte avec davantage de questions ?

    Je lui souhaite surtout de nourrir sa liberté individuelle, au bout de tout. D’aiguiser son sens critique.

    Si vous deviez choisir un seul poème de Le monde virait au bleu pour donner envie de découvrir l’ensemble du recueil, lequel serait-il et pourquoi ?

    Exercice vraiment ardu. Chaque poème figurant une respiration qui a permis d’en être encore à saluer les lucioles à l’occasion. Par conséquent, je prendrai le poème suivant, adressé à la jeune fille :
    « C’est sauvage insoumise, libre
    À la manière du ciel ou la terre
    Que je te vois déjà.
    Au milieu des lumières crues,
    Volontiers feuille, tige et belle pierre.
    Je te vois partout, parmi l’or et le feu. »

    Après ce livre placé sous le signe du bleu et de la réinvention, quelles nouvelles directions explorez-vous désormais ?

    Le récit, le roman, la prose poétique, écrire davantage pour les musiciens : voilà les directions dans lesquelles j’aimerais aller dans l’avenir.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • CAMEROUN | Le Silence des hommes : quand la littérature ose briser les silences

    Le 14 juillet 2026, à la salle des banquets de la Cathédrale Saint-Paul de Bonadibong à Douala, littérature, réflexion et émotion se sont donné rendez-vous autour de Le silence des hommes, le nouveau recueil de nouvelles de Jean-Pierre Noël BATOUM. Cette rencontre de présentation-dédicace, qui coïncidait avec le 62ᵉ anniversaire de l’auteur, a réuni écrivains, lecteurs, universitaires, responsables religieux et amoureux des lettres autour d’une même conviction : la littérature demeure un puissant levier pour interroger la société, éveiller les consciences et ouvrir des chemins d’espérance.

    Parce qu’il existe des mutismes qui emprisonnent, qui creusent la solitude jusqu’à épuiser les êtres, laissant derrière eux une fatigue silencieuse et des blessures invisibles, il est aussi des silences qui rapprochent, qui deviennent des lieux de partage, de réflexion et de renaissance, où chacun arrive seul, mais repart enrichi par la présence des autres. C’est cette dernière forme qui a habité cette rencontre littéraire.

    LE SILENCE DES HOMMES…

    Six nouvelles qui ouvrent un chemin initiatique vers la réalisation de la femme.

    Le Silence des hommes : une mise en scène des femmes de diverses couches sociales dans des situations où la domination de l’homme se veut écrasante…

    Le prédateur : un homme va ouvrir son passé de prédateur sexuel aux autres, et ainsi proposer d’autres voies que la chosification de la femme…

    Affaire privée : une invitation à découvrir les raisons des violences conjugales et le silence qui les entoure, surtout quand la femme en vient à être contrainte de voir le statut d’épouse sous un autre angle…

    Profession : Ménagère : Mudaa, notre personnage principal, découvre ce qu’il coûte d’être ménagère chez soi ; une femme de ménage entièrement à part…

    Blessés de guerre : ici, c’est le siège des confessions intimes ; on se tient aujourd’hui avec le poids de son passé pour envisager un futur autre…

    Héritage : le point de départ d’une nouvelle vie dans laquelle le silence n’est plus…

    LA RENCONTRE

    Il est 17h00, une fine pluie descend sur la ville ; la salle des banquets de la Cathédrale Saint-Paul de Bonadibong continue de se remplir de visages épanouis qui se reconnaissent, parfois non, mais qui se sourient avec passion. On s’installe comme on vient ; la politesse faisant office d’unique protocole. Une demi-heure plus tard, tout est disposé pour débuter une soirée mémorable.

    Constitué de Pauline M.N. ONGONO (présidente de ACOLITT, présentatrice pour l’occasion), de l’écrivain Mutt-lon (chargé de la note de lecture), de Ray NDÉBI (analyste littéraire, modérateur pour l’occasion), le panel s’est enrichi de la présence de l’auteur à l’honneur.

    PRÉSENTATION DU PANEL

    Effectivement, tel que l’a présenté Pauline M.N. ONGONO, Jean-Pierre Noël BATOUM est né un 14 juillet. Prêtre et écrivain, sa seconde casquette nous réunit autour de son troisième livre, après Yaani (recueil de poésie) et Révolution ! (poème fleuve). Cette présentation que l’auteur qualifiera une heure plus tard « d’effrayante », enchantera l’assistance nombreuse et attentive et portera jusqu’à l’introduction au recueil de nouvelles, préparée sous forme de lecture par le célèbre Mutt-lon, cet écrivain dont on ne présente plus la plume tant elle marque de son empreinte singulière l’esprit du lecteur.

    NOTE DE LECTURE

    Mutt-lon, comme à son image, y est allé avec la sobriété que le silence sait imposer. Sa lecture de Le silence des hommes suggère au lecteur un repli sur lui-même afin de mieux s’envisager dans une société qui semble fonctionner désormais par ses propres règles, une morale qu’elle a établie sur le dos de la femme, et s’y trouver une place qu’il saura occuper et faire entendre sa voix, lui aussi, pour son équilibre.

    ÉCHANGE AVEC L’AUTEUR

    Ce moment, l’auteur l’a accueilli avec décontraction, tel qu’il le confiera plus tard. Ray NDÉBI, longtemps rompu à l’exercice et analyste littéraire averti, surtout lecteur expérimenté, a fait revivre à Jean-Pierre Noël BATOUM ses nouvelles sous un jour nouveau. En abordant la révolution interne sous le chiffre 40, nombre de fois qu’apparaît le mot « silence » (ses adjectifs inclus) depuis le titre, tout le monde se retrouve à suivre le chemin de transhumance tracé par Mudaa. Avec toutes les références bibliques et littéraires autour de 40, nous convergeons vers les profondeurs d’un appel à méditer pour remplir sa mission : soigner la société depuis ses émotions.

    DÉCLAMATION DES EXTRAITS DE YAANI

    Et les émotions se sont mélangées, colorées de chaque vers des poèmes que Jean-Pierre Noël BATOUM offre dans son recueil Yaani. Dominique GNINTELAP, travailleuse au sein du patrimoine et coach de prise de parole en public, va user d’un de ses atouts majeurs, sa voix, pour émerveiller l’assistance et faire redécouvrir à l’auteur sa propre écriture. L’émotion est aussi vive que l’ovation qui suit. Le piano qui a accompagné la performance n’a pas été en reste, pour créer une ambiance féerique.

    ÉCHANGE AUTEUR – PUBLIC

    Les questions, comme il fallait s’y attendre quand il est question de la condition de la femme, affluent. Auteurs, créateurs de contenu, médecins, chefs d’entreprises, hommes d’église, passionnés de lecture et des questions humaines ne se retiennent pas. Au total, une quinzaine de questions avec des extensions que l’auteur a su gérer, pour anticiper aussi sur une éventuelle énième série de questions. Le tout dans un discours simple et précis, enrichi d’expériences diverses.

    SÉANCE DÉDICACE

    À ce moment, les questions se sont étendues ; chacun profitant de son passage devant Jean-Pierre Noël BATOUM pour glaner un développement, un éclaircissement. Et comme les savoureuses brochettes de viande qui feront descendre le nectar des dieux, les livres se sont pris sans modération. Une dédicace qui a tenu son rang : vertigineuse.

    CÉLÉBRATION ANNIVERSAIRE

    Et c’est l’instant qui a servi de feux d’artifice pour couronner la journée. Un anniversaire célébré entre cadeaux, gâteaux, chants, buffet multiple, boissons naturelles « made in Cameroun » et… l’incontournable et très attendu matango, dégusté avec immodération… Il était déjà plus de 21 heures quand nous nous sommes quittés malgré nous, mais avec toute une voie lactée dans les yeux.


    QUELQUES IMAGES

    Plus qu’une simple cérémonie de dédicace, cette rencontre s’est imposée comme un véritable espace de dialogue entre la littérature et les réalités sociales. Pendant près de quatre heures, le regard s’est véritablement tourné sur les rapports entre les femmes et les hommes, les mécanismes de domination, les violences fondées sur le genre, les silences imposés ou consentis, mais aussi les chemins possibles vers la guérison, la dignité et la reconstruction.
    Le Silence des hommes conduit progressivement le lecteur vers une compréhension plus profonde de la condition féminine et de la responsabilité collective face aux violences qui lui sont faites. Comme l’annonce la quatrième de couverture, il ne s’agit pas de céder à la fatalité, mais de réfléchir, d’agir et d’ouvrir des pistes concrètes de transformation sociale.

    Le Silence des hommes coûte 5.000 FCFA et il est disponible au +237 699571765.

    Le Livre, c’est le moyen idéal pour aller à la rencontre de soi-même par les autres, et s’épanouir plus que jamais. Et, comme l’a rappelé en fin de cérémonie Pauline M.N. ONGONO, notre communicatrice littéraire, bibliothécaire, relectrice… plusieurs fois primée sur le continent pour son travail remarquable : Lire des Livre délivre !

    D’AUTRES IMAGES ICI




  • RTWO 2026 : des panelistes venus de 14 pays pour faire dialoguer les cultures

    À quelques jours de l’ouverture de la troisième édition de la Readers & Translators Week Online (RTWO), l’impatience grandit autour d’un rendez-vous qui s’impose progressivement comme un espace international de dialogue entre les professionnels et les passionnés du livre. Organisée par ACOLITT, cette édition, prévue du 05 au 09 août 2026, réunira 36 panelistes, 5 modérateurs et des représentants de 14 pays, illustrant la diversité des parcours, des langues et des cultures qui enrichissent aujourd’hui l’univers de la lecture, de la relecture et de la traduction.

    Issus de trois continents, les panelistes apporteront leurs expériences, leurs expertises et leurs visions sur les grands enjeux qui traversent le monde du livre. Leurs interventions nourriront les huit panels programmés autour de huit sous-thèmes, en parfaite résonance avec le thème général de cette édition : « Lire le monde, traduire la culture ». À travers leurs analyses, ils inviteront le public à réfléchir sur le rôle essentiel de la lecture dans la compréhension des sociétés, mais aussi sur la traduction comme passerelle entre les peuples, les imaginaires et les patrimoines culturels.

    Au-delà des échanges, cette rencontre offrira également un atelier virtuel consacré à la relecture et à la traduction, permettant aux participants d’approfondir leurs connaissances et de découvrir des pratiques professionnelles adaptées aux exigences actuelles du secteur. Les échanges, diffusés en direct sur les plateformes numériques d’ACOLITT, favoriseront une interaction permanente entre les intervenants et le public, faisant de la RTWO un véritable laboratoire d’idées et de partage d’expériences.

    En acceptant de prendre part à cette troisième édition, les panelistes témoignent de leur engagement en faveur de la promotion du livre et de la circulation des savoirs. Leur présence contribuera non seulement à enrichir les débats, mais aussi à créer des ponts durables entre les différents acteurs de la chaîne du livre, qu’ils soient auteurs, lecteurs, relecteurs, traducteurs, éditeurs, chercheurs ou étudiants.

    À travers cette mobilisation internationale, la RTWO confirme son ambition de devenir une plateforme incontournable de réflexion et de coopération autour des métiers du livre. ACOLITT adresse ainsi ses plus sincères remerciements à l’ensemble des panelistes pour leur disponibilité, leur générosité intellectuelle et leur volonté de partager leurs connaissances avec une communauté toujours plus nombreuse. Leur contribution sera, sans aucun doute, l’une des clés du succès de cette troisième édition, qui promet d’être riche en découvertes, en apprentissages et en rencontres.

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    Pauline M.N. ONGONO