Étiquette : Promotion littéraire

  • Dr Komi EZIN et le FILAB, Ed.4 : parce la littérature peut contribuer à construire la paix


    À la tête du FILAB, Dr Komi Ezin défend une vision de la littérature comme espace de dialogue, de transmission et de compréhension de l’autre. Pour sa quatrième édition, le festival place ainsi la médiation culturelle et la promotion de la paix au cœur de sa démarche.


    Dr Komi EZIN, nous vous laissons le soin de vous présenter à nos lecteurs.

    Je suis Dr Komi EZIN, écrivain-poète, nouvelliste, essayiste et romancier, mais également acteur et promoteur culturel. Je suis le Commissaire Général et fondateur du Festival International du Livre et des Arts Assimilés du Bénin (FILAB).
    Mon parcours est profondément lié à la littérature, à la culture, à la communication et à la transmission. Je m’intéresse particulièrement aux questions de développement culturel, de lecture, d’écriture, de médiation culturelle et de promotion de la paix.
    À travers le FILAB, j’ai voulu créer un espace qui dépasse la simple célébration du livre : un espace de rencontre entre écrivains, éditeurs, libraires, bibliothécaires, enseignants, chercheurs,
    artistes, jeunes talents et surtout les publics.
    Le FILAB est pour moi un outil de rencontre, de découverte, de transmission et de rayonnement
    culturel, au service du Bénin et de l’Afrique.

    Trois éditions après sa création, qu’est-ce que le FILAB a réellement changé dans le paysage culturel béninois ?

    Le FILAB a contribué à installer un nouveau rendez-vous littéraire et culturel dans le paysage béninois. Son ambition n’a jamais été de créer simplement un événement supplémentaire, mais de contribuer à rapprocher le livre des populations.
    Au fil des éditions, nous avons créé des occasions de rencontres entre les auteurs et leurs lecteurs, favorisé les échanges entre professionnels du livre et donné une place importante aux jeunes, aux élèves et aux étudiants.
    Nous avons également voulu sortir d’une conception restrictive du festival littéraire. Le FILAB associe littérature, arts, patrimoine, langues, expression orale, slam, contes, ateliers, concours et médiation culturelle.
    L’objectif est de faire du livre un vecteur de connaissance, de dialogue et de cohésion sociale.

    Pourquoi était-il nécessaire de consacrer cette 4ᵉ édition au lien entre littérature, médiation culturelle et paix ?

      Le thème de cette quatrième édition — « Littérature, médiation culturelle et promotion de la paix » — répond à une conviction : la littérature ne doit pas être enfermée dans les bibliothèques ou dans les cercles spécialisés.Le livre permet de comprendre l’autre, de découvrir d’autres réalités et de dialoguer avec des cultures différentes. La médiation culturelle permet justement de créer des passerelles entre les œuvres, les artistes et les publics. Dans un monde où les incompréhensions, les fractures sociales et les tensions peuvent fragiliser le vivre-ensemble, la culture peut contribuer à restaurer le dialogue.Nous voulons donc interroger le rôle de l’écrivain, de l’artiste, du médiateur culturel et de tous les acteurs du livre dans la construction d’une société où la différence devient une richesse plutôt qu’un facteur de division.

      La littérature béninoise dispose-t-elle, selon vous, de la visibilité qu’elle mérite au-delà des frontières nationales ?

      La littérature béninoise possède une richesse considérable et des auteurs de grande qualité. Mais la question de sa visibilité internationale demeure un véritable enjeu. Nous devons renforcer les mécanismes qui permettent à nos écrivains d’être davantage connus, lus, traduits, diffusés et invités sur les grandes scènes littéraires internationales. C’est aussi l’une des raisons d’être du FILAB : créer des rencontres internationales, accueillir des écrivains de différents pays et permettre à la littérature béninoise de dialoguer avec les autres littératures africaines et mondiales. Notre ambition est de faire du Bénin non seulement une terre de création littéraire, mais également une plateforme de circulation des œuvres et des idées.

      Quels sont aujourd’hui les freins majeurs au développement du livre et de la lecture au Bénin ?

      Les défis sont multiples : l’accès au livre, son coût, la faiblesse de certains réseaux de diffusion, l’insuffisance des habitudes de lecture, la visibilité des auteurs et des maisons d’édition, mais également la nécessité de renforcer les bibliothèques et les espaces de lecture. Il faut aussi travailler sur les publics. Si nous voulons une véritable culture du livre, il faut commencer très tôt, notamment auprès des enfants et des jeunes. C’est pourquoi le FILAB accorde une place importante aux établissements scolaires, aux bibliothèques, aux ateliers, aux concours et aux actions de proximité.

      Nous devons également considérer le livre comme une véritable industrie culturelle, avec toute la chaîne de valeur qui l’accompagne : auteur, éditeur, imprimeur, diffuseur, libraire, bibliothécaire, lecteur et autres professionnels.

      Quelle ambition nourrissez-vous pour les auteurs béninois à travers le FILAB ?

      Notre ambition est de contribuer à leur donner davantage de visibilité et d’opportunités de rencontre avec les lecteurs, les professionnels et les acteurs culturels venus d’ailleurs.
      Nous voulons que le FILAB soit une porte ouverte sur l’Afrique et sur le monde.
      Un auteur ne doit pas seulement écrire et publier. Il doit pouvoir rencontrer son public, présenter
      son œuvre, participer à des débats, développer des collaborations et accéder à de nouveaux espaces de diffusion.
      Nous souhaitons également encourager les jeunes auteurs et leur permettre de comprendre que
      l’écriture peut être à la fois une vocation, un moyen d’expression, un outil de transmission et un
      véritable métier.


      La Grande Dictée Nationale a rassemblé des dizaines de participants. Assiste-t-on à un
      retour du goût des mots soignés ?

      Je pense que la mobilisation autour de la Grande Dictée Nationale révèle surtout qu’il existe un réel intérêt pour la langue lorsqu’on sait la présenter de manière attractive.
      La langue est notre premier outil de communication et de transmission. Maîtriser les mots, l’orthographe et la syntaxe, ce n’est pas simplement réussir un exercice scolaire : c’est aussi apprendre à mieux penser et à mieux communiquer.
      Avec cette initiative, nous avons voulu transformer la langue française en un espace de jeu, de défi, d’apprentissage et de rassemblement. Et nous souhaitons aller plus loin en donnant également une place aux langues nationales, parce que la valorisation de notre patrimoine linguistique fait partie intégrante de notre identité culturelle.

      En choisissant le Sénégal comme pays invité d’honneur, quel dialogue littéraire et culturel souhaitez-vous ouvrir ?

      Le choix du Sénégal comme pays invité d’honneur répond à notre volonté de renforcer les échanges entre les grandes traditions littéraires africaines.
      Le Sénégal possède une histoire littéraire et intellectuelle particulièrement riche. À travers cette présence, nous souhaitons créer un dialogue autour de la littérature sénégalaise, d’hier à aujourd’hui, mais aussi réfléchir à ce que nos deux pays et, plus largement, nos différentes cultures africaines peuvent partager. Il ne s’agit pas seulement d’inviter une délégation. Il s’agit de construire des passerelles durables entre écrivains, universitaires, éditeurs, lecteurs, artistes et institutions culturelles.
      Le FILAB doit être un lieu où les littératures africaines se rencontrent, se découvrent et se reconnaissent mutuellement.

      Quelle place les langues nationales doivent-elles occuper dans l’avenir de la littérature béninoise ?

      Elles doivent occuper une place importante. Nos langues nationales portent notre mémoire, nos imaginaires, nos traditions, nos valeurs et une partie essentielle de notre patrimoine immatériel.
      Il ne s’agit pas d’opposer les langues nationales au français ou aux autres langues internationales. Il faut plutôt construire une complémentarité.
      Nous devons encourager la création littéraire dans nos langues, la traduction, l’édition, la recherche et surtout la transmission aux jeunes générations.
      Une littérature qui dialogue avec ses langues et ses cultures est une littérature qui contribue à préserver et à renouveler son patrimoine.

      Entre concours, ateliers et rencontres, comment le FILAB compte-t-il faire émerger la nouvelle génération d’écrivains et de créateurs ?

      Nous voulons donner aux jeunes des espaces pour expérimenter, créer et rencontrer ceux qui sont déjà engagés dans les métiers du livre et de la culture.
      Les concours littéraires permettent de détecter des talents. Les ateliers d’écriture permettent de les accompagner. Les rencontres avec les écrivains leur permettent de comprendre les réalités du
      métier.
      Le slam, les nouvelles, la Grande Dictée Nationale, les ateliers et les rencontres sont donc autant de portes d’entrée. Mais nous voulons surtout instaurer une culture de la transmission : les professionnels
      d’aujourd’hui doivent pouvoir transmettre leur expérience aux créateurs de demain.


      Peut-on véritablement faire du livre un instrument de paix dans des sociétés traversées par les fractures ?

      Oui, à condition de ne pas considérer le livre comme une solution magique.

      Le livre peut contribuer à la paix parce qu’il crée un espace de dialogue et permet de découvrir le
      point de vue de l’autre. Il nous apprend à écouter, à questionner, à comprendre et parfois à dépasser nos propres certitudes.
      Un roman peut nous faire vivre l’expérience d’un personnage différent de nous. Un essai peut
      nous amener à réfléchir autrement. Un poème peut toucher une sensibilité que le discours ordinaire n’atteint pas. C’est cette capacité à rapprocher les consciences que nous voulons mettre en avant au FILAB.
      La paix se construit aussi par l’éducation, la culture, le dialogue et la connaissance de l’autre.


      Qu’attendez-vous concrètement des pouvoirs publics, des partenaires privés et des acteurs culturels pour faire grandir l’industrie du livre au Bénin ?

      Nous avons besoin d’une mobilisation collective.
      Des pouvoirs publics, nous attendons la poursuite et le renforcement des politiques favorables au livre, à la lecture, aux bibliothèques, aux auteurs et aux professionnels de la chaîne du livre.
      Des partenaires privés, nous attendons qu’ils considèrent la culture comme un véritable domaine
      d’investissement, de responsabilité sociale et de visibilité.
      Les entreprises peuvent accompagner les festivals, les concours, les bibliothèques, les actions en milieu scolaire, la production éditoriale et les initiatives en faveur de la jeunesse.
      Quant aux acteurs culturels, nous devons davantage travailler en réseau, mutualiser nos expériences et construire des projets structurants.
      Le développement du livre ne peut pas reposer sur une seule institution. C’est une responsabilité collective.

      Avec Anne-Rita TOURE comme Marraine Internationale, jusqu’où souhaitez-vous porter le FILAB dans les prochaines années ?

      Nous voulons progressivement faire du FILAB un rendez-vous littéraire et culturel de référence en Afrique, tout en conservant son ancrage béninois.
      Notre ambition est d’accueillir davantage de pays, d’auteurs, d’éditeurs, de professionnels et de
      lecteurs, mais surtout de créer des collaborations durables au-delà des trois jours du festival.
      Nous voulons développer des programmes autour de la lecture, de l’écriture, de la médiation culturelle, des bibliothèques, des langues et de la transmission.

      Le FILAB doit également contribuer au rayonnement culturel du Bénin et devenir une véritable plateforme de circulation des œuvres, des créateurs et des idées. À terme, nous souhaitons que lorsqu’on parle de littérature, de rencontres culturelles et de dialogue entre les peuples en Afrique, le FILAB soit naturellement identifié comme l’un des espaces où cette dynamique se construit. Notre ambition est grande, mais elle repose sur une conviction simple : la culture rapproche les peuples, le livre transmet les savoirs et la littérature peut contribuer à construire la paix.

      Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO (Cameroun)




    1. PLUMES AFRICAINES : la nouvelle revue littéraire panafricaine par tous et pour tous

      Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’informations, de réflexions et d’initiatives autour du Livre se perdent dans le flot quotidien des débats, des publications et des échanges. Des contributions pertinentes se dispersent, des voix restent peu visibles et une partie de l’actualité littéraire finit par disparaître au fil des publications.

      C’est précisément pour répondre à cette dispersion qu’est née « 𝗣𝗟𝗨𝗠𝗘𝗦 𝗔𝗙𝗥𝗜𝗖𝗔𝗜𝗡𝗘𝗦 », une revue littéraire panafricaine interactive qui ambitionne de rassembler, structurer et valoriser ce qui fait l’actualité du Livre et de ses acteurs. Elle donnera notamment une place aux critiques, portraits, événements littéraires, contributions, fictions et réflexions sur l’évolution de la littérature.

      Initiée par 𝗦𝗘𝗚𝗨𝗜𝗠𝗔 (Sénégal) en partenariat avec 𝗔𝗖𝗢𝗟𝗜𝗧𝗧 (Cameroun) et la 𝗖𝗢.𝗡.𝗘.𝗘.𝗦. (Senegal), cette revue veut offrir une véritable plateforme de visibilité et d’expression aux écrivains, éditeurs, lecteurs, critiques et autres acteurs du Livre.

      Alors… Vous avez une idée à défendre, un livre à présenter, une expérience à partager ou une actualité littéraire à faire connaître ? Ne la laissez pas se perdre dans le fil des réseaux sociaux. Faites-la entrer dans « 𝗣𝗟𝗨𝗠𝗘𝗦 𝗔𝗙𝗥𝗜𝗖𝗔𝗜𝗡𝗘𝗦 ».

      Envoyez dès maintenant vos contributions à revueplumesafricaines@gmail.com. jusqu’au 1er octobre 2026.

      Le lancement est prévu le 15 octobre 2026 à la FILDAK, à Dakar.

      Plus d’informations ICI




    2. 05 raisons pour lire Le jour et l’abîme

      Dans « Le Jour et l’Abîme », Aristide Georges Olama nous mène dans le parcours de Joseph Alexandre Ze, un homme confronté au doute, au rejet, à la solitude et aux blessures de l’existence.
      Il ne raconte pas seulement une destinée individuelle. Il questionne notre rapport aux autres, nos divisions, notre indifférence et cette part de nous-mêmes que les épreuves révèlent.

      Au fil des pages, les choix deviennent des confrontations, les rencontres des révélations et les épreuves des occasions de comprendre que même au cœur de l’abîme, une lumière demeure possible.

      📖 POURQUOI LE LIRE ?

      Parce qu’il vous fera réfléchir, vous touchera et, peut-être, vous amènera à porter un regard différent sur votre propre chemin.

      📌 Disponible à 5 000 FCFA à la Librairie des Peuples Noirs (Yaoundé – Montée SNI) et à la Librairie CLE (Yaoundé – Capitole).

      ACOLITT communique sur vos initiatives en littérature :
      🌐 www.acolitt.com
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    3. À Bamougoum, « Autour des mots » ouvre le débat sur l’héritage, la famille et la transmission

      Le 13 août 2026 dès 10 heures, à La Route des Chefferies sise à l’entrée de la Chefferie Bamougoum (Ouest Cameroun), s’est tenue une nouvelle rencontre de « Autour des mots », une initiative portée par DG COM. Cette nouvelle édition était consacrée à l’œuvre autobiographique de Jean Grégoire KENGNE TETA, « Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié » qui a paru en mars 2026, aux Éditions KADEÏ.

      Organisée autour de l’écriture, de la lecture, de la transmission et de la mémoire, cette rencontre a offert au public un moment particulièrement dense, où la littérature s’est faite espace de dialogue sur la famille, l’héritage, la tradition et les responsabilités qui traversent les générations.

      La matinée a commencé par un moment aussi simple que profondément symbolique. Après la présentation de l’auteur par Pauline ONGONO, la note de lecture de l’écrivain Mat Issofa, Nadège et Larata, deux jeunes élèves, ont pris la parole. Elles ont émoustillé l’assistance par leurs déclamations poétiques. Parmi les mots qu’elles ont livrés à travers leurs poèmes en anglais et bilingue, une expression a particulièrement retenu l’attention : « tracer sa propre voie ». Cette formule allait devenir le fil conducteur de cette rencontre qui, au-delà du livre présenté, interrogeait précisément la possibilité pour chacun de construire son chemin tout en portant l’héritage de ceux qui l’ont précédé.

      Sous la conduite du modérateur du jour Mat Issofa, les échanges ont progressivement conduit le public au cœur de l’univers de Jean Grégoire KENGNE TETA. Il n’a pas seulement présenté un ouvrage ; il a ouvert les portes de sa mémoire et livré une partie d’un itinéraire profondément marqué par la famille, la tradition, la foi, l’éducation, la vie professionnelle et, surtout, la succession de son père.

      Dans « LE SUCCESSEUR : Yambong ou Fils sacrifié», il explique que l’écriture est née d’une nécessité : comprendre les mécanismes qui conduisent au choix d’un successeur et interroger la manière dont celui-ci peut trouver sa place au sein d’une famille complexe. Il écrit ainsi son histoire pour soumettre son expérience à l’analyse du lecteur et chercher, à travers le regard des autres, des réponses aux questions qui l’accompagnent depuis l’enfance.

      Cette dimension personnelle donne à cette autobiographie une portée qui dépasse largement le récit individuel. Elle met en tension la tradition et la modernité et interroge les transformations de la société face aux héritages familiaux et culturels. Dans sa préface, le professeur ALAKA ALAKA présente d’ailleurs l’ouvrage comme une réflexion sur les épreuves liées à la succession et comme un avertissement face aux dérives qui peuvent fragiliser les familles. Il appelle à une attitude juste, constructive et fondée sur la coexistence pacifique.

      Au cours des échanges, Jean Grégoire KENGNE TETA est revenu sur la figure de son père, TETA Michel, et sur le poids de l’héritage qui a progressivement façonné son propre destin. Dès l’enfance, il avait le sentiment d’être différent, soumis à des attentes particulières et appelé à une responsabilité qu’il ne comprenait pas encore pleinement. Son parcours scolaire et professionnel, son attachement à la terre de Mbouo, son rapport à la foi et aux traditions ainsi que les enseignements reçus de son père constituent autant d’étapes dans la construction de celui qui deviendra plus tard successeur. Le livre montre que la succession ne commence pas nécessairement au moment où un héritier est officiellement désigné : elle peut s’inscrire bien plus tôt dans l’éducation, les valeurs, les silences et les attentes familiales.

      Le moment de la désignation apparaît, dans le récit, comme un véritable basculement. Après la mort de son père, Jean Grégoire KENGNE TETA apprend qu’il a été choisi pour devenir le guide de la grande famille. L’annonce est vécue comme un choc. Lui-même décrit alors, lors de l’échange, le sentiment d’avoir été « sacrifié », tant la responsabilité qui lui est confiée dépasse la simple question de la gestion d’un patrimoine. Être successeur signifie désormais porter une histoire, maintenir des liens, arbitrer des tensions et tenter de préserver une famille composée de personnalités, de sensibilités et d’intérêts différents.

      La rencontre a également permis d’aborder les conséquences parfois dramatiques de cette succession. Jean Grégoire KENGNE TETA évoque les divisions entre héritiers, les contestations du testament, les procédures judiciaires et plusieurs années de conflit. Derrière les actes juridiques et les décisions de justice, c’est une famille qui se retrouve confrontée à ses propres fractures. L’auteur raconte cette période comme un moment douloureux, marqué par l’affrontement entre frères et sœurs, alors même que la volonté du défunt était, selon lui, de préserver l’unité familiale.

      Ces passages ont donné lieu à des échanges particulièrement intenses avec un public attentif et manifestement sensible aux réalités évoquées. Les témoignages et les interventions ont rappelé que les conflits successoraux ne sont jamais uniquement des affaires de biens. Ils touchent à l’honneur, à la mémoire, aux blessures anciennes, aux relations entre frères et sœurs et à la capacité d’une communauté familiale à continuer de vivre ensemble après la disparition de celui qui en constituait le centre.

      La poésie a également occupé une place importante dans cette matinée. Après les prestations des deux jeunes élèves, Dominique GNINTELAP a apporté une autre respiration à la rencontre à travers le slam. Sa prestation a contribué à élargir l’espace de réflexion en donnant aux mots une dimension plus sensible et plus incarnée. En clôture, Hermann NJANYOU « N’Dengass le Slameur Bantou », a livré « Mère et père », un texte qui est venu rappeler avec force que derrière les questions d’héritage, de succession et de patrimoine se trouvent d’abord des femmes et des hommes, des parents, des enfants et des histoires humaines.

      L’absence de l’atelier d’écriture de Ray NDÉBI a été déplorée, mais cela n’a pas empêché à la rencontre de conserver son caractère participatif et sa vocation de dialogue entre écrivains, lecteurs, élèves, poètes et acteurs du monde culturel présent.

      La présence des Éditions KADEÏ et de l’agence ACOLITT a par ailleurs permis de rappeler le rôle essentiel de l’édition dans la circulation des œuvres et dans la construction d’une véritable culture du livre. En accompagnant « Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié », KADEÏ contribue à faire connaître cette œuvre qui, au-delà de son caractère autobiographique, soulève des questions auxquelles de nombreuses familles peuvent se trouver confrontées.

      Au fil des discussions, une interrogation s’est imposée : que devient l’individu lorsqu’il devient le dépositaire d’un héritage qui le dépasse ? Peut-il encore être simplement lui-même lorsqu’il doit désormais porter les responsabilités familiales, sociales, professionnelles et spirituelles attachées à son statut ? Comment préserver l’héritage sans devenir prisonnier du passé ? Comment respecter la mémoire des anciens tout en construisant une voie personnelle ?

      C’est finalement autour de cette tension que la formule prononcée par les deux jeunes élèves a pris toute sa profondeur : « tracer sa propre voie ». Le parcours raconté par Jean Grégoire KENGNE TETA montre que l’héritage ne consiste pas seulement à recevoir. Il impose aussi de comprendre, de choisir, de transformer et de transmettre. L’auteur rappelle d’ailleurs, dès les premières pages de son ouvrage, qu’il est devenu héritier à travers une histoire, un lignage et un prix à payer.

      Après près de deux heures d’échanges, la rencontre s’est achevée par les remerciements, les dédicaces, le verre d’amitié, les photographies et les échanges informels entre l’auteur et le public. Mais la fin de la rencontre n’a pas mis un terme aux questions soulevées. Elle les a plutôt déposées dans les consciences.

      Cette édition de « Autour des mots » aura ainsi montré une nouvelle fois que la littérature peut être bien davantage qu’un espace de présentation d’un livre. Elle peut devenir un lieu de mémoire, de confrontation des expériences, de transmission entre les générations et, surtout, un espace où une société accepte de regarder ses propres blessures.

      Avec « Le Successeur : Yambong ou Fils sacrifié », Jean Grégoire KENGNE TETA ne raconte donc pas uniquement son histoire, il invite chacun à réfléchir à ce que nous recevons de ceux qui nous précèdent, à ce que nous choisissons d’en faire et à ce que nous laisserons, à notre tour, à ceux qui viendront après nous. Le véritable enjeu de la succession apparaît alors moins dans ce que l’on possède que dans ce que l’on parvient à préserver : la dignité, la mémoire, la solidarité et la capacité à rester humain lorsque les intérêts menacent de prendre le dessus sur les liens.

      C’est donc à dessin que « Autour des mots » porte cette vocation : écrire, partager et transmettre.

      Pauline M.N. ONGONO




    4. RTWO 2026 : des panelistes venus de 14 pays pour faire dialoguer les cultures

      À quelques jours de l’ouverture de la troisième édition de la Readers & Translators Week Online (RTWO), l’impatience grandit autour d’un rendez-vous qui s’impose progressivement comme un espace international de dialogue entre les professionnels et les passionnés du livre. Organisée par ACOLITT, cette édition, prévue du 05 au 09 août 2026, réunira 36 panelistes, 5 modérateurs et des représentants de 14 pays, illustrant la diversité des parcours, des langues et des cultures qui enrichissent aujourd’hui l’univers de la lecture, de la relecture et de la traduction.

      Issus de trois continents, les panelistes apporteront leurs expériences, leurs expertises et leurs visions sur les grands enjeux qui traversent le monde du livre. Leurs interventions nourriront les huit panels programmés autour de huit sous-thèmes, en parfaite résonance avec le thème général de cette édition : « Lire le monde, traduire la culture ». À travers leurs analyses, ils inviteront le public à réfléchir sur le rôle essentiel de la lecture dans la compréhension des sociétés, mais aussi sur la traduction comme passerelle entre les peuples, les imaginaires et les patrimoines culturels.

      Au-delà des échanges, cette rencontre offrira également un atelier virtuel consacré à la relecture et à la traduction, permettant aux participants d’approfondir leurs connaissances et de découvrir des pratiques professionnelles adaptées aux exigences actuelles du secteur. Les échanges, diffusés en direct sur les plateformes numériques d’ACOLITT, favoriseront une interaction permanente entre les intervenants et le public, faisant de la RTWO un véritable laboratoire d’idées et de partage d’expériences.

      En acceptant de prendre part à cette troisième édition, les panelistes témoignent de leur engagement en faveur de la promotion du livre et de la circulation des savoirs. Leur présence contribuera non seulement à enrichir les débats, mais aussi à créer des ponts durables entre les différents acteurs de la chaîne du livre, qu’ils soient auteurs, lecteurs, relecteurs, traducteurs, éditeurs, chercheurs ou étudiants.

      À travers cette mobilisation internationale, la RTWO confirme son ambition de devenir une plateforme incontournable de réflexion et de coopération autour des métiers du livre. ACOLITT adresse ainsi ses plus sincères remerciements à l’ensemble des panelistes pour leur disponibilité, leur générosité intellectuelle et leur volonté de partager leurs connaissances avec une communauté toujours plus nombreuse. Leur contribution sera, sans aucun doute, l’une des clés du succès de cette troisième édition, qui promet d’être riche en découvertes, en apprentissages et en rencontres.

      REVIVRE CES ÉCHANGES ICI

      Pauline M.N. ONGONO

    5. Marie Bertille Mawem, l’audace au service du livre et de la culture africaine | ENTRETIEN

      A la tête du groupe Les Fous du Livre, éditrice, promotrice culturelle, chroniqueuse et figure majeure de l’écosystème littéraire camerounais, Marie Bertille Mawem s’est imposée comme l’une des voix les plus influentes de la promotion du livre en Afrique. Dans cet entretien, elle revient sur son parcours, partage sa vision du développement de la chaîne du livre, évoque les défis du secteur et dévoile les ambitions de la 7ᵉ édition du Festival international La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026).


      Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et revenir sur les grandes étapes de votre parcours dans l’univers du livre et de la culture ?

      Dr H.C. Marie Bertille MAWEM, née le 25 juin 1984 dans la région du Centre, département du Nyong-Ékelle, dans le village Song-Mawem. Très tôt, j’ai rejoint mon père en France, où je vais passer de nombreuses années avant de revenir m’installer au Cameroun. Hôtelière et comptable de formation, j’ai déposé mes valises comme autodidacte de la littérature. Malgré le milieu opaque et très souvent fermé aux nouvelles initiatives, je me suis faite une place de choix…

      J’incarne une vision rare et audacieuse, celle d’une femme qui refuse de dissocier la passion de l’action, l’art de l’entreprise et la culture du développement économique. Ma trajectoire n’est pas un chemin, c’est un véritable manifeste. Après avoir affûté mes compétences au sein de plusieurs maisons d’édition, avec stratégie, j’ai pris une décision radicale en 2018 : quitter mon poste de Responsable commerciale et marketing des éditions Ifrikiya pour devenir l’architecte de mon propre projet.

      Cette transition n’était pas un simple changement de carrière, mais une volonté profonde de m’impliquer pleinement dans l’ensemble de la chaîne du livre, de sa création à sa promotion. De cette ambition est né le concept fédérateur « Les Fous du Livre », une initiative qui a pris son envol avec la création de l’Association Les Fous du Livre (AFL) en 2017.

      Je fonde également en 2021, ma propre maison d’édition, qui compte aujourd’hui plus d’une centaine de titres, contribuant activement à la diversification de la production littéraire en Afrique.

      Ce dynamisme a créé le Festival international la Semaine des Fous du Livre en 2018, un événement qui, en plusieurs éditions, s’est imposé comme un rendez-vous culturel majeur au Cameroun, attirant chaque année de nombreux pays et témoignant de son rayonnement continental et international.

      Forte de cette expérience, je mets également ma plume et ma voix au service de l’information en tant que Chroniqueuse TV depuis huit ans dans la chaîne de télévision camerounaise Vision 4, pour la rubrique Chroniques Poétiques de l’émission AFRO CAFE, et consultante permanente au Poste National de la CRTV, le dimanche à 8h30 à l’émission intitulée In the family, en famille, depuis neuf ans.

      Le 21 décembre 2021, je suis nommée Coordinatrice Nationale du Pôle des Arts Littéraires du Cameroun au Ministère des Arts et de la Culture. Une nomination qui vise à accompagner la vision gouvernementale dans le processus de structuration du secteur des Arts et de la Culture au Cameroun.

      En octobre 2024, je reçois le Prix FILAB de la Meilleure Corporation Culturelle au Benin. Le 11 août 2025, je suis élue Première Vice-Présidente du Groupement Patronal Entreprises et Territoires (GREN TERRITOIRES), je franchis ainsi un nouveau cap, devenant un pont stratégique entre le monde de l’art, l’économie réelle et le développement des territoires. Le 15 décembre 2025, je reçois le Prix d’Excellence Culturelle de la Chaire UNESCO ACCES-TIC en reconnaissance à ma contribution au rayonnement de la Culture Camerounaise. Le 2 avril 2026, une consécration majeure vient couronner mon parcours, je dirai une distinction prestigieuse, de l’École Supérieure des Métiers des Arts et de la Culture du Benin : le Doctorat Honoris Causa, pour mes contributions exceptionnelles au développement durable, tant sur les plans social, culturel qu’économique. Une distinction qui reconnaît l’impact profond de mon engagement et la portée transformative de mon action. Le 28 mai 2026 à Libreville, je remporte le Prix FILIGA du Promoteur Littéraire Africain 2026, en reconnaissance à mes travaux et mon engagement au rayonnement de la littérature et de la culture à travers le monde.

      Visionnaire, stratège et ambassadrice de la culture, je suis la preuve vivante que l’on peut être à la fois une artiste accomplie et une femme d’affaires influente. Je promeus activement l’égalité des droits entre hommes et femmes au Cameroun à travers une littérature inclusive qui met en lumière les voix féminines, les activités littéraires que j’organise pour des femmes sous-scolarisées, et des programmes d’alphabétisation qui permettent aux femmes de révéler leur potentiel, de gagner en autonomie et de contribuer pleinement à la société.

      Mon parcours, jalonné de distinctions nationales et internationales, n’est pas seulement une source d’inspiration ; il démontre que la culture, loin d’être un luxe, est le moteur d’un futur qui se construit avec audace et engagement.


      Quelles rencontres, expériences ou lectures ont le plus influencé votre engagement en faveur de la promotion de la lecture et des arts littéraires ?

      Black Boy de Richard Wright, car il se rapproche d’une histoire réelle ; Les Fourberies de Scapin (Molière), Le Cimetière des Bacheliers (François Nkeme), Séverin Cécil Abéga (Les Bimanes), Francis Bebey (Le Fils d’Agatha Moudio), Machiavel (Comment Devenir un Fin Stratège), et bien d’autres.


      En tant que femme évoluant dans le secteur culturel, quels ont été les principaux défis auxquels vous avez été confrontée et comment les avez-vous surmontés ?

      S’imposer dans l’univers culturel en général et dans celui du livre en particulier, sans les codes ni les parcours académiques traditionnels, relève souvent d’un véritable acte de foi. En autodidacte, il a fallu conquérir ma légitimité, apprendre sur le terrain et faire entendre une vision nouvelle face aux résistances du milieu. Trouver les ressources nécessaires pour donner corps à cette ambition et déployer une politique éditoriale innovante a constitué un combat quotidien. À cela se sont ajoutées les exigences d’un secteur concurrentiel où chaque avancée se gagne avec persévérance. Et en tant que femme, il m’a aussi fallu briser des plafonds invisibles, transformer les préjugés en force et faire de ma détermination ma plus belle signature.


      Effectivement, vous êtes à la tête de plusieurs initiatives culturelles. Quelle vision guide aujourd’hui votre action en faveur du développement du livre au Cameroun et en Afrique ?

      Le livre au Cameroun est un Géant en devenir : conscient de ses fragilités, mais riche de promesses et d’opportunités pour ceux qui osent le réinventer. Portée par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, je pense qu’il faut repenser la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.


      Les Éditions Les Fous du Livre occupent une place avérée dans l’écosystème littéraire. Quelle est la mission de cette maison d’édition et quel bilan en faites-vous depuis sa création ?

      Les Éditions Les Fous du Livre sont nées d’une conviction profonde ; celle qu’un nouvel essor du livre est possible au Cameroun. Portées par une vision audacieuse et tournée vers l’innovation, elles œuvrent à repenser toute la chaîne du livre afin de la rendre plus accessible, plus dynamique et plus proche des réalités de notre époque.

      Notre ambition est de faciliter la publication des auteurs, d’insuffler une nouvelle politique éditoriale et d’inventer de nouvelles manières de concevoir, diffuser, distribuer et commercialiser le livre. À travers un modèle économique innovant et inclusif, nous voulons faire du livre un véritable levier de transformation culturelle, sociale et économique. Nous comptons aujourd’hui plus de 100 titres publiés, nous sommes donc en bonne voie pour atteindre nos objectifs.


      Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels font face les auteurs, éditeurs et autres acteurs de la chaîne du livre au Cameroun ?

      Les defis sont nombreux, mais entre autre, je dirais : le coût élevé de production , les difficultés de diffusions, les droits d’auteurs, le manque des bibliothèques, l’absence de structuration réelle du secteur du livre.


      Votre engagement a été salué par plusieurs prix et distinctions, comme indiqué à l’entame de cet échange. Quelle importance accordez-vous à ces reconnaissances et quel impact ont-elles sur votre parcours ?

      La reconnaissance est le premier salaire de tout travail. Je suis profondément honorée que mon travail soit reconnu et valorisé. Cette reconnaissance me pousse à travailler encore plus, de mieux tracer mon profil de carrière… Aussi, elle donne plus de légitimité à mon travail et au métier que j’ai choisi de faire.


      Parmi les nombreuses initiatives que vous avez portées, quelles sont celles dont vous êtes la plus fière et pourquoi ?

      La création des Fous du Livre dans toutes ses composantes. Parce que ce concept contribue activement à la promotion de la lecture, de l’écriture et de la culture au sein de la communauté littéraire. Il offre aux jeunes et aux passionnés du livre des espaces d’apprentissage, d’expression et d’épanouissement. Grâce à ces initiatives, de nombreux talents littéraires sont révélés et accompagnés. Les Fous du Livre participent au rayonnement de la littérature africaine et camerounaise. Leur engagement constant en faveur de l’éducation et du savoir en fait un véritable acteur du développement culturel.


      Parlant d’engagement, le Festival International la Semaine des Fous du Livre est devenu un rendez-vous majeur de la vie culturelle. Quel regard portez-vous sur son évolution depuis sa création ?

      Depuis sa création, le Festival International la Semaine des Fous du Livre a connu une évolution remarquable, passant d’une initiative ambitieuse à un rendez-vous culturel incontournable. Chaque édition a gagné en envergure, en qualité et en diversité des activités proposées. Le festival a su rassembler des acteurs du livre de différents horizons et renforcer la promotion de la littérature auprès de tous les publics. Son impact sur la valorisation de la littérature est de plus en plus visible. Aujourd’hui, il s’impose comme une véritable plateforme de dialogue, de découverte et de rayonnement culturel.


      Que réserve la prochaine édition du Festival des Fous du Livre aux participants, aux professionnels du livre et au grand public ?

      La 7ᵉ édition du Festival International La Semaine des Fous du Livre (FESTIFOUS 2026) promet quatre jours riches en découvertes, en rencontres et en opportunités pour tous les acteurs de la chaîne du livre. Pour les participants et le grand public, le festival proposera une grande foire-exposition du livre, des conférences-débats, des tables rondes, des animations culturelles, des concours littéraires, des journées dédiées aux pays invités ainsi que des rencontres avec des auteurs, éditeurs et professionnels du secteur. Les visiteurs pourront également prendre part à des masterclass en écriture, art oratoire, slam et technologies créatives. Pour les professionnels du livre, le FESTIFOUS offrira de véritables espaces d’exposition et de promotion, des rendez-vous d’affaires (B2B et B2C), des opportunités de réseautage, une forte visibilité médiatique et numérique, ainsi que des cadres de réflexion sur les enjeux du développement de l’industrie du livre en Afrique. La literature inclusive, élément nouveau de cette édition, occupera une place de choix.

      Enfin, cette édition se veut une plateforme de valorisation des talents, de création de partenariats et de diffusion du savoir, réunissant tous les maillons de la chaîne du livre, institutions, entreprises et startups autour d’une même ambition : faire du livre un puissant levier de développement culturel et économique.


      Le concours Miss Fous du Livre suscite un intérêt croissant. Quelle est la philosophie de cette initiative et quelle contribution apporte-t-elle à la promotion de la lecture auprès des jeunes ?

      Le concours Miss FESTIFOUS est bien plus qu’un concours de beauté. Il s’agit d’une initiative éducative, culturelle et citoyenne conçue pour faire des jeunes femmes de véritables ambassadrices du livre, de la lecture et des valeurs positives. Sa philosophie repose sur une conviction simple : la beauté prend tout son sens lorsqu’elle est accompagnée de l’intelligence, de la culture et de l’engagement social.

      À travers ce concours, Les Fous du Livre souhaitent valoriser des jeunes femmes capables d’inspirer leur génération par leur amour de la lecture, leur maîtrise de l’expression écrite et leur engagement en faveur du changement social. L’édition 2026 s’articule autour du thème : « Non à la dépravation des mœurs », invitant les candidates à produire un texte original, afin de démontrer leur réflexion, leur créativité et leur capacité à défendre des valeurs essentielles à la société.

      Le concours met ainsi l’écriture et la lecture au cœur du processus de sélection. Pour les jeunes, Miss FESTIFOUS constitue une formidable porte d’entrée vers l’univers du livre. En encourageant la rédaction de textes, la découverte d’auteurs, la prise de parole en public et la réflexion critique, l’initiative contribue à développer le goût de la lecture, tout en renforçant la confiance en soi, le leadership et la culture générale des participantes. Au-delà de la compétition, Miss FESTIFOUS crée une communauté de jeunes lectrices engagées qui deviennent des modèles auprès de leurs pairs. Elles participent ainsi à la promotion du livre, à la sensibilisation sur les enjeux sociaux et à la construction d’une jeunesse plus instruite, plus responsable et plus consciente de son rôle dans la société.

      En somme, Miss FESTIFOUS est une célébration de la beauté, de l’intelligence et de la culture, au service de la promotion de la lecture et de l’épanouissement de la jeune fille africaine en général et camerounaise en particulier.


      Quel message souhaitez-vous adresser aux lecteurs, aux auteurs, aux éditeurs et à tous ceux qui œuvrent pour la valorisation du livre et de la culture africaine ?

      J’invite tous les amoureux du livre à poursuivre leur engagement en faveur de la lecture et de la culture africaine. Chaque lecteur, auteur, éditeur ou acteur culturel contribue à préserver et transmettre notre patrimoine intellectuel. Ensemble, faisons du livre un outil d’éducation, d’émancipation et de transformation sociale. Continuons à raconter nos histoires, à valoriser nos talents et à inspirer les générations futures. L’avenir de l’Afrique s’écrit aussi dans ses livres. Le livre étant par excellence le meilleur outil de transmission des valeurs, mais aussi le lieu où l’on consigne nos us et coutumes.

      Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




    6. Rive noire Littérature : à Paris, les voix africaines et diasporiques en dialogue

      Le 27 juin 2026, le Centre Oudiné, dans le 13ᵉ arrondissement de Paris, accueillera la deuxième édition de Rive noire Littérature, une journée entièrement consacrée aux écritures africaines, afrodescendantes et diasporiques. Organisé par Chez Gangoueus, cet événement gratuit sur inscription réunira écrivains, critiques, journalistes culturels, animateurs et lecteurs autour de tables rondes, de lectures publiques, de séances de dédicaces et d’entretiens diffusés en direct.

      Dès 10 heures, la programmation proposera un vaste parcours à travers les mémoires, les migrations, les héritages culturels et les recompositions identitaires. La première rencontre, consacrée aux voix réunionnaises, réunira Estelle Coppolani et Raozy Pellerin autour des récits de filiation, des héritages marrons et des défis de l’intégration en métropole.

      Les questions migratoires irrigueront également plusieurs échanges. Les écrivains Touhfat Mouhtare et Jocelyn Danga exploreront les trajectoires d’intégration et les obstacles administratifs rencontrés par les élites afrodescendantes en France. Plus tard dans la journée, Eve Guerra et Romuald Gadegbeku interrogeront la mémoire des parents immigrés, l’exil et les silences qui traversent les histoires familiales.

      La littérature comme espace de réparation et de mise en lumière des blessures sociales sera au cœur des échanges entre Landry Sossoumihen et Gaston-Paul Effa, qui aborderont les conséquences des violences faites aux enfants et les traumatismes hérités des contextes sociaux et politiques.

      Le dialogue entre le continent africain et ses diasporas se poursuivra avec l’historien Amzat Boukari-Yabara et l’écrivain haïtien Philomé Robert, invités à revisiter les liens historiques, intellectuels et affectifs entre Ayiti et l’Afrique. La rencontre consacrée aux regards américains sur Paris réunira quant à elle les auteurs Jake Lamar et Eddy L. Harris autour de l’héritage de Richard Wright et de Chester Himes, interrogeant la manière dont l’expérience parisienne transforme le regard porté sur l’Amérique.

      La dernière table ronde, modérée par le lauréat du Prix Goncourt 2021, Mohamed Mbougar Sarr, réunira Jean-Michel Devésa, Annie Ferret et C. Souboré Dali autour des représentations du corps, des violences contemporaines et de la capacité de la littérature à « autopsier » le réel.

      En parallèle de ces rencontres, plusieurs auteurs majeurs des lettres africaines et diasporiques participeront à des lectures, des entretiens et des séances de dédicaces, parmi lesquels Hemley Boum, Diadié Dembélé, Fanta Dramé, Christian Éboulé, Charline Effah, Lucy Mushita, Johary Ravaloson, Sami Tchak ou encore Christine E. Tsalla.

      À travers cette programmation ambitieuse, Rive noire Littérature confirme sa volonté de créer des passerelles entre les territoires, les langues, les générations et les imaginaires. En outre, le dialogue sur les expériences de l’exil, les mémoires coloniales, les héritages familiaux et les nouvelles formes de création, fait de cet événement un contributeur qui renouvelle le regard porté sur les littératures africaines contemporaines et leurs diasporas.

      Nous le vivons et pouvons faire le constat que des voix demeurent encore marginalisées dans les circuits traditionnels de diffusion. Des initiatives comme Rive noire Littérature participent activement à remédier à cet état des choses, dans un contexte plus ouvert et plus inclusif. Elles rappellent surtout que la littérature demeure un puissant espace de compréhension collective, capable de mettre autour de la table les histoires individuelles avec les grandes questions de notre temps.

      Pauline M.N. ONGONO


      Enregistrement à la troisième édition de la Readers and Translators Week Online (RTWO) ICI

    7. Coriane Sama ou l’éducation citoyenne comme acte de transformation sociale


      Coriane Sama défend une vision profondément éducative de la culture. Fondatrice des Ateliers Patriotes Citoyens, elle revient sur son parcours, les défis de la transmission dans une société hyperconnectée et son ambition de former, dès le bas âge, une génération plus responsable, consciente et engagée pour le Cameroun et l’Afrique.


      Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place.


      Votre parcours mêle droit public, entrepreneuriat social, médiation du livre et engagement citoyen. À quel moment avez-vous compris que la culture pouvait devenir un véritable outil de transformation sociale au Cameroun

      J’ai étudié à l’Université de Yaoundé II-Soa, où j’ai été pendant plusieurs années chargée des affaires culturelles dans ma cité universitaire. À cette période, j’ai observé quelque chose de très fort : malgré les différences sociales, culturelles ou même la dizaines de nationalités, les moments où les étudiants se retrouvaient réellement unis étaient souvent les activités culturelles. C’est là que j’ai compris que la culture dépasse le divertissement : elle crée du lien, transmet des valeurs et construit une identité collective. Plus tard, en devenant auteure et médiatrice du livre, j’ai réalisé que toute civilisation se construit aussi par les récits qu’elle produit et transmet. Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place. Notre engagement dans la distribution numérique des œuvres camerounaises et africaines nous a ensuite naturellement conduits vers l’éducation citoyenne, la lecture et l’écriture chez les plus jeunes. Patriote dans l’ame, c’est finalement sur le terrain de la citoyenneté que tout s’est rejoint. Parce que nous croyons profondément à une chose : former le citoyen commence dès le bas âge.

      Les Ateliers Patriotes Citoyens revendiquent une approche où littérature, civisme et action de terrain se croisent. Comment parvenez-vous à transformer des concepts souvent théoriques — citoyenneté, morale civique, responsabilité collective — en expériences concrètes pour les jeunes ?

      D’abord, il faut savoir que c’est un cadre d’apprentissage en dehors du cadre scolaire. Les enfants n’ont absolument pas l’impression d’être en cours ou la pression des devoirs. À travers des séances de coaching et mentoring, des acteurs de la société civile les entretiennent et transmettent l’engagement, la responsabilité et l’amour de la patrie. Toute chose qui, associée aux enseignements des parents et de l’école, nourri d’avantage leur créativité. C’est avec leurs langages, et leurs yeux d’enfants finalement, qu’ils racontent la citoyenneté, devenant ainsi les auteurs et Ambassadeurs des valeurs essentielles.

      Vous le savez, ce qui sort de nous, est en nous et le reste. Nos enfants sont très éveillés, ils voient et comprennent tout. Le moindre commentaire. Le moindre fait social. Et leur esprit traite c’est informations sans contrôle. C’est là tout l’intérêt des Ateliers Patriotes Citoyens, qui canalisent et re- contextualisent.

      Le FOJIF 2026 vous a décerné un Prix de l’Innovation Sociale. Selon vous, qu’est-ce qui distingue réellement une initiative sociale innovante d’un simple projet associatif de sensibilisation ?

      Ce qui distingue une initiative sociale innovante, ce n’est pas seulement l’intention de sensibiliser, mais sa capacité à produire un véritable impact collectif, mesurable et durable. D’ailleurs, l’impact social faisait partie des critères majeurs d’évaluation du FOJIF 2026. Pendant le concours, plusieurs participants ont affirmé connaître déjà Les Ateliers Patriotes Citoyens ou avoir été touchés par nos campagnes, alors même qu’ils découvraient ma personne pour la première fois. Cela montre que le programme existe au-delà de son initiatrice.

      Les Ateliers Patriotes Citoyens ne se limitent donc pas à une action associative ponctuelle. C’est un programme national d’éducation civique et morale qui mobilise parents, formateurs, institutions, administrations et société civile autour d’un objectif commun : contribuer à construire une citoyenneté plus responsable, plus pudique et plus engagée.

      Vous affirmez vouloir « former les citoyens dès le bas âge ». Dans un contexte marqué par les crises de valeurs, quelles sont aujourd’hui les urgences éducatives et morales que les institutions culturelles ne peuvent plus ignorer ?

      L’impact des contenus sur les enfants est aujourd’hui immense. Lorsque l’impudicité, l’alcool ou les stupéfiants deviennent banalisés, répétés et constamment visibles, ils finissent par paraître normaux aux yeux des plus jeunes. Même lorsqu’on pense dénoncer certaines dérives, leur omniprésence crée une forme d’habituation collective. L’une des grandes urgences éducatives est donc de rééquilibrer les récits : parler davantage de responsabilité, de dignité, de discipline, de patriotisme et d’engagement citoyen avec la même intensité que les dérives occupent l’espace public et numérique. Je le dis souvent : le mal triomphe aussi lorsque les personnes de bien cessent de transmettre, d’encadrer et de parler.

      Vos projets touchent à la fois les espaces physiques et le numérique, avec plus de huit millions de personnes atteintes selon vos données. Comment préserver la profondeur du message citoyen dans un environnement digital dominé par l’instantanéité et le divertissement ?

      Eh bien, par la même instantanéité. Nous pensons justement que le message citoyen doit apprendre à utiliser les codes du digital sans perdre sa profondeur. Cela passe par la réactivité, l’adaptation du ton et une communication capable de parler aux jeunes avec leurs propres usages. En parcourant les plateformes des Ateliers Patriotes Citoyens, vous verrez que nous abordons les faits d’actualité sous un angle éducatif et préventif, avec une vraie réactivité.

      L’énergie souvent utilisée pour propager les buzz peut aussi servir à propager des valeurs, des réflexions et des prises de conscience.

      Par exemple, lorsque le Cameroun était marqué par les infanticides et féminicides, nous avons choisi d’aller au-delà du simple partage d’images choquantes. Nous avons organisé des webinaires citoyens pour libérer la parole des parents et des professionnels, sensibiliser et transmettre des outils de prévention. Nous croyons profondément que le digital peut être un espace d’éducation, d’engagement et de transmission, pas uniquement de divertissement.

      En tant que médiatrice du livre et promotrice culturelle, observez-vous une évolution du rapport des jeunes Camerounais à la lecture ? Confirmez-vous que la littérature a encore le pouvoir de façonner des consciences dans une société hyperconnectée ?

      Oui, sans hésitation ! Les enfants mis en contact avec l’univers littéraire s’y déploient comme des poissons dans l’eau. Et je ne le dis pas uniquement dans le cadre des Ateliers Patriotes Citoyens. Des maisons d’éditions telles que Éclosion ou Adinkra jeunesse, concentrent l’essentiel de leur production aux jeunes et enfants. Et ces derniers en redemandent. Lors du FOJIF, justement, le stand des Éditions LUPPEPO etait pris d’assaut par les enfants. Dans notre cas, se sont les participants de la première édition qui ont eux-mêmes rédigé le Livre TOUS CITOYENS, la bande dessinée de la citoyenneté éditée par NMI EDUCATION. Alors, oui, le pouvoir de la LITTÉRATURE est intemporel et incontestable.

      Il suffit de montrer la voix à nos petits. Le « Stand de la Citoyenneté » et les programmes d’éducation civique proposés aux enfants traduisent une volonté de réinventer la transmission.

      Pensez-vous que les politiques publiques accordent suffisamment de place à la culture comme levier d’éducation nationale ?

      Je pense que la culture et les acteurs culturels doivent continuer de faire leur part. Continuer de s’investir dans la transmission. C’est un sacerdoce. Il est souvent ingrat, mais tellement primordial. C’est cette hyperactivité seule, qui peut influencer ou attirer davantage l’attention des pouvoirs publiques. Si tout le monde continu d’entendre par « Culture », divertissement, il sera difficile d’en faire un pilier d’éducation. Les Arts littéraires devraient être au premier rang de l’Éducation collective et pour cela, nous, les acteurs, devons occuper l’espace. C’est en cours, il y a plus d’événements, plus d’initiatives. Le plaidoyer se poursuit.

      Votre communication publique associe souvent esthétique, élégance visuelle et discours engagé. Pour vous, l’image et la mise en scène sont-elles devenues des instruments stratégiques de mobilisation culturelle et citoyenne ?

      Marketing is everything !

      En tant que formatrice en Marketing et communication, disons que le branding s’impose comme une sorte de déformation professionnelle. Avant de vous lire ou de vous écouter, on vous voit, vous. On voit votre contenu.

      Sur le visuel de sensibilisation, avant de lire « FORMER LE CITOYEN DÈS LE BAS ÂGE », on voit d’abord la couleur et la police du texte ; on voit qu’il est en GRAS. Le cerveau retient que c’est important, c’est prioritaire.

      Une image d’enfant à côté informe déjà que l’affiche parle d’enfants, avant même de lire « inscriptions ouvertes ». Chaque détail compte, surtout lorsqu’on a pour objectif d’encadrer trois fois plus d’enfants (120, pour être exacte).

      Derrière la reconnaissance institutionnelle et médiatique, quels obstacles invisibles rencontre une femme qui porte des projets culturels et éducatifs d’envergure au Cameroun et dans l’espace panafricain ?

      Le simple fait d’être une femme en lui seul, souvent, se présente comme un obstacle. Être une « jeune » femme encore plus ! On vous demande ouvertement si vous n’avez pas un commerce pour vous occuper, si vous souhaitez être Influenceuse ou si vous voulez « prendre un verre » !

      Nous avons l’honneur de porter un programme Citoyen et d’y être profondément attaché. Le combat est plus important et touche chacun de nous. Je dois cependant avouer que le soutien des parents qui, aujourd’hui, sont nos premiers partenaires, est une force vitale pour ce programme. La femme qui le porte est parée !

      À l’aube de la deuxième édition des Vacances Civisme, quelle trace souhaitez-vous laisser dans la mémoire collective : celle d’une promotrice culturelle, d’une éducatrice citoyenne ou d’une bâtisseuse d’une nouvelle conscience africaine ?

      Sincèrement, tous ces profils correspondent à mon engagement. Mais au dela tout, retenez de moi, une jeune femme qui a cessé de voir le monde avec les mêmes yeux depuis qu’elle est devenue maman ; une aînée qui souhaite accompagner ses cadets dans leurs propres construction ; une Patriote, qui reconnaît son « sang camerounais » et souhaite transmettre cette amour.

      La société c’est nous ! Pour quelle soit meilleure, même un tout petit peu, nous devons tous faire un effort personnel avant d’attendre des autres. J’espère contribuer à changer l’image qu’on a des jeunes et qu’ils ont d’eux-mêmes. Avec les équipes, nous ne comptons pas arrêter de travailler.

      Vos programmes « Vacances Patriotes & Citoyennes » ciblent des enfants et adolescents de 7 à 19 ans. Comment adapter un même projet pédagogique à des réalités psychologiques, sociales et générationnelles aussi différentes ?

      Nous adaptons le programme par tranches d’âge, avec des contenus, méthodes et niveaux d’encadrement différents. Les plus jeunes travaillent les bases du civisme et du comportement, tandis que les adolescents abordent leadership, responsabilité et expression citoyenne. Tous évoluent autour d’un socle commun : morale, patriotisme, discipline et construction d’une citoyenneté responsable.

      À travers Les Ateliers Pratiques, le coaching civique, les activités sportives et l’éducation morale, vous semblez défendre une conception globale de la formation citoyenne. Pensez-vous que l’école classique camerounaise laisse aujourd’hui suffisamment de place à l’apprentissage du vivre-ensemble et de l’engagement civique ?

      Nous ne prétendons pas réinventer l’éducation citoyenne ; nous venons l’accompagner et l’adapter aux réalités actuelles. L’école camerounaise transmet déjà des valeurs importantes, mais les mutations sociales, numériques et comportementales imposent des approches plus pratiques, interactives et proches du vécu des jeunes, pour renforcer durablement le vivre-ensemble et l’engagement civique.

      Les images de vos campagnes mettent en avant des enfants souriants, une esthétique patriotique forte et un discours d’utilité sociale. Dans quelle mesure la communication visuelle est-elle devenue, pour vous, un prolongement du projet éducatif et citoyen porté par Les Ateliers Patriotes Citoyens ?

      Je suis ravie que vous évoquiez l’esthétique, parce qu’elle traduit avant tout une réalité humaine. Les sourires que nous montrons sont sincères, les enfants vivent réellement ces moments avec enthousiasme. Oui, nous assumons une esthétique patriotique forte, parce qu’il y a aussi de la beauté dans les valeurs, dans l’engagement et dans l’amour de la patrie. Mais le visuel n’est jamais là pour masquer les dérives ou les difficultés de notre société. Au contraire, nos campagnes cherchent à sensibiliser, prévenir et transmettre, avec des codes adaptés à l’univers des enfants et des jeunes. Le visuel attire, mais seul le fond fidélise et transforme durablement.

      Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO


    8. ENTRETIEN : Lorena Nolwen LEKEUFACK KAMAHA : « Entre la plume et la couronne, je choisis de rester libre »


      Révélée sur Wattpad, sacrée Miss Littérature Afrique 2025 et engagée sur le terrain avec sa bibliothèque roulante, Lorena Nolwen Lekeufack Kamaha incarne une génération d’écrivain·es africain·es qui refusent le silence. Dans cet entretien, elle évoque l’écriture comme urgence, les contradictions de la visibilité, la jeunesse face au numérique et cette littérature qui, selon elle, doit transformer le réel autant que le raconter.


      Je suis l’exemple d’une vie que la littérature a changée, et c’est pour qu’elle en change d’autres que je souhaite la propager partout.


      Votre écriture semble habitée par une urgence. Écrivez-vous pour dire le monde tel qu’il est, ou tel qu’il vous inquiète ?

      Pour faire un peu des deux. Certains éléments de ce qui fait mon réel, dans ma ville, dans mon pays et plus largement mon continent, ne peuvent manquer dans mes histoires. Ce réel n’est malheureusement pas toujours tel qu’il devrait l’être, alors de temps à autre, on pointe du doigt ce que semble clocher d’après nous.


      À quel moment avez-vous compris que détourner le regard n’était plus une option pour vous ?

      Dès l’instant où j’ai su que je ne pourrais pas contenir mes idées, mes opinions, ma vision du monde. Dès le moment où j’ai découvert que l’écriture était un incroyable moyen d’exprimer ce qui nous hante, ce qui nous dérange.


      Vous avez choisi très tôt de raconter des tragédies humaines et environnementales. Pourquoi aller si jeune vers ce qui fait mal, plutôt que vers ce qui rassure ?

      Parce qu’en tant qu’artiste, on ne choisit pas à mon avis ce qui nous touche, ce vers quoi on penche naturellement. Il y a des jours où je me dis que j’aimerais écrire des histoires qui se terminent bien, où les gens sont heureux. Peut-être que je le ferai un jour, mais pour l’instant, ma plume s’incline naturellement vers ce qui est sombre, triste, parce qu’elle trouve matière à réfléchir dans l’obscurité.


      Révélée sur Wattpad, vous appartenez à une génération qui écrit d’abord en ligne. Le numérique est-il pour vous un tremplin ou un filtre ?

      Le numérique est un énorme tremplin. Il n’a pas vocation à remplacer le papier – auquel on a toujours recours – mais il offre à ma génération un espace d’expression, de liberté et de création que personne d’autre avant nous n’avait connu. Et je m’en estime chanceuse parce que sans un réseau social d’écriture, je n’aurais jamais fait de l’écriture une activité aussi régulière. Tout ne peut pas se jouer sur ce terrain-là, et il faudra tôt ou tard affronter la chaleur des pages, les visages interrogateurs de nos lecteurs. Le numérique aide beaucoup à se construire une véritable pratique de l’écriture avant de se lancer dans le grand bain de l’édition.


      Votre nouvelle, « Prémonition », vous ouvre les portes d’une reconnaissance internationale. Qu’avez-vous mis de vous-même dans ce texte que vous n’aviez jamais osé formuler ailleurs ?

      J’y ai mis toutes mes hésitations, toutes mes questions quant à deux dimensions essentielles de ma vie : Être femme et écrire. J’ai toujours craint de ne pas savoir rédiger les dialogues de mes personnages correctement. Néanmoins, « Prémonition » est constitué en grande partie de dialogues. J’ai toujours eu peur de créer un personnage écrivain, de peur de manquer de distance, pourtant le personnage principal de Prémonition est une écrivain. J’ai donc tenté d’affronter toutes mes craintes dans ce texte, de prendre des risques. Je crois que c’est ce qui a fait toute la différence.


      L’écriture vous permet-elle de dire l’indicible ou de le contourner ?

      Je répondrai qu’elle me permet de dire l’indicible avec subtilité. Le jeu que j’affectionne particulièrement et auquel je me donne souvent des mes nouvelles, est d’essayer de transposer des éléments de ma réalité, de mon quotidien, des morceaux de notre langage, des concepts de nos traditions ou de notre culture dans l’univers épuré de la littérature. C’est un exercice difficile que je ne réussis pas toujours, mais je trouve intéressant de pouvoir dans mes textes faire des clins d’œil aux gens d’ici tout en parlant la langue d’ailleurs.


      Être couronnée Miss Littérature Afrique 2025 vous place dans une position de symbole. Vous sentez-vous regardée, attendue, peut-être même enfermée dans ce rôle ?

      Je me suis sentie beaucoup regardée au début, et ces yeux curieux que je sens parfois par-dessus mes épaules ne me quitteront sans doute pas avant la fin de mon mandat. Le plus important c’est donc ce qu’on choisit d’en faire : un fardeau ou une motivation ? Je tente de profiter de cet intérêt qui m’est accordé pour mettre en valeur ce qui me tient à cœur, les projets qui m’habitent. Mais comme ce rôle n’implique pas forcément d’être écrivaine, à un moment, j’ai négligé à mon grand regret cet aspect essentiel de ma vie. L’égérie de la littérature et l’artiste ont eu du mal à cohabiter, et la couronne a parfois pesé plus fort que la plume. Parfois aussi, les deux entraient en collision. Là où la Miss devait faire bonne figure pour les caméras, l’écrivaine aurait voulu rester dans sa chambre à finir une nouvelle. Aujourd’hui, j’essaie de trouver un équilibre entre les deux. C’est un chemin difficile, mais je ne veux renoncer ni à la plume ni à la couronne.


      Comment rester libre quand on devient, malgré soi, une figure ?

      La liberté n’est jamais entière parce qu’on reste sensible aux attentes des autres, qu’elles soient réelles ou qu’on les ait seulement supposées. Mais il ne faut pas toujours voir cet attachement au public comme un inconvénient. Miss Littérature m’a surtout donné un socle de visibilité dont je ne pourrais jamais me défaire, et qui servira tout ce que j’entreprendrais dans ma vie désormais. De ce socle-ci, je n’ai pas envie de me départir, mais je saurais comment le réorienter au fur et à mesure, pour rester toujours maîtresse de mon image et de mon identité.


      Avec votre bibliothèque roulante, vous agissez concrètement sur le terrain. La littérature doit-elle, selon vous, sortir des livres pour exister pleinement ?

      Bien-sûr ! Pour des écrivains d’un autre pays, d’un autre continent, la question ne se poserait pas. Ailleurs, on peut s’accorder le luxe d’écrire et d’écrire seulement, parce que l’écosystème est déjà construit, la chaîne du livre solide. Pour nous artistes du continent par contre, il est indispensable de s’engager sur le terrain une fois la plume posée. Ce n’est pas une injonction, Dieu sait qu’être obligée ne suffit pas pour porter une initiative littéraire dans ce pays. Mais je pense que nourrir la littérature que l’on chérit tant devrait aller de soi pour tous les écrivain·es d’ici.

      On ne peut donc parler de vocation littéraire en Afrique sans engagement social ?

      Comme je l’ai expliqué plus haut, je crois que les deux sont indissociables. Aujourd’hui, je sais que je n’envisage pas la littérature autrement qu’ainsi : porter des projets littéraires le jour et écrire des récits pour nourrir cette littérature le soir.


      Vous travaillez avec des publics souvent invisibilisés. Qu’ont-ils changé dans votre manière d’écrire et de penser le monde ? Ont-ils déplacé vos certitudes ou révélé vos limites ?

      Je ne peux pas parler de publics invisibilisés d’un point de vue extérieur. Je fais partie de ces publics. Je suis née, j’ai grandi et je vis toujours dans un quartier populaire de la périphérie de Douala. Je viens d’une famille à revenus modestes. Je considère que si ma voix a pu plus ou moins émerger, c’est grâce aux livres. Je suis l’exemple d’une vie que la littérature a changé, et c’est pour qu’elle en change d’autres que je souhaite la propager partout. Et je commencerai toujours par là d’où je viens, je m’en inspirerai toujours pour scruter le monde.


      Votre parcours s’accélère, les sollicitations se multiplient. Comment protégez-vous votre voix intérieure dans ce bruit croissant autour de vous ?

      En m’éloignant à chaque fois que c’est nécessaire… Ça s’accompagne souvent de culpabilité, mais c’est nécessaire. Pour moi qui n’ai jamais été une grande fan de réseaux sociaux, et qui les ait longtemps utilisés en spectatrice silencieuse, me retrouver actrice, suivie par des gens, commentée et interviewée, le choc a été grand. Mais une fois l’enthousiasme des premiers succès passé, et avec le soutien sans faille de mes proches, j’ai appris à faire le tri, à prioriser ce qui compte d’abord pour moi, puis ce qui peut profiter aux autres. C’est parfois difficile de dire “Non”, mais ça peut nous éviter bien du stress et de la fatigue.


      Le succès peut-il devenir une forme de distraction dangereuse pour un écrivain ?

      Assurément, surtout s’il devient l’unique motivation derrière notre écriture. Je le conseille à tous les jeunes qui viennent vers moi en souhaitant participer à des concours : dans la littérature comme dans la vie, il ne faut pas penser aux récompenses avant d’avoir envisagé l’effort. Ça nous épargne d’une pression énorme et ça nous permet de créer librement, avec l’insouciance et l’innoccence qui précèdent toutes les grandes œuvres de notre humanité.


      La jeunesse africaine écrit aujourd’hui avec une intensité nouvelle. Selon vous, cette écriture est-elle une forme de résistance, de réparation ou de réinvention ? Qu’est-ce que votre génération refuse désormais de taire ?

      Ma génération veut prendre possession de son propre récit. La jeunesse à trop longtemps été racontée du point de vue des aînés. Aujourd’hui, nous voulons nous raconter entre nous, mais aussi raconter comment nous voyons et interprétons le monde, d’une manière maladroite peut-être, mais sincère. Et ce récit, nous le construisons avec ce que nous avons à disposition, principalement des smartphones. Je pense que nos prédécesseurs, s’ils peuvent nous guider, sont assez mal placés pour nous juger. Aucune génération avant la mienne n’avait dû affronter une révolution semblable à celle des Nouvelles Technologies, avec en tête de file l’intelligence artificielle. Ma génération fait de son mieux.


      Si tout devait s’arrêter demain — les prix, les titres, la visibilité — que resterait-il de votre rapport à l’écriture ? Écririez-vous encore, même sans lecteurs ?

      Si tout s’arrêtait demain, je redeviendrai celle que j’étais hier : la petite fille qui écrivait des histoires fantaisistes, pour que maman les relise ; celle qui inventait et racontait des histoires à sa petite sœur, tard dans la nuit, en attendant le sommeil ; l’adolescente qui écrivait seule sur le gros ordinateur ronflant du salon ; celle qui écrivait et publiait des chapitres de son roman chaque semaine sur Wattpad, sans savoir qu’ils seraient lus. Si tout s’arrêtait demain, je pourrai dire que j’ai écrit dans l’anonymat, puis dans la célébrité. Et que dans les deux cas, l’écriture a fait mon bonheur comme jamais.


      Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO


    9. ENTRETIEN : Joël Célestin BOBO ou l’urgence de lire pour exister

      À travers le Centre de Lecture, d’Initiation et d’Intégration à la Culture (CLIIC), Joël Célestin Bobo œuvre pour rapprocher le livre et le numérique des populations les plus éloignées de l’accès au savoir. Entre bibliothèques itinérantes, promotion de la lecture et inclusion éducative, il défend une vision engagée de la culture comme levier d’égalité sociale et de transformation collective.


      Nous sommes convaincus que l’éducation et la culture sont des leviers importants pour le développement économique et social du Cameroun.



      Quelle a été l’étincelle fondatrice du CLIIC et quelle vision portez-vous à travers cette initiative ?

      Au CLIIC, notre motivation pour œuvrer dans la démocratisation du savoir est multiple. Tout d’abord, nous sommes convaincus que l’éducation et la culture sont des droits fondamentaux qui doivent être accessibles à tous, quels que soient l’origine sociale, le niveau de revenus ou la localisation géographique. Nous sommes également motivés par le constat que notre cher et beau pays, le Cameroun, a une très grande richesse culturelle et une jeunesse talentueuse, mais est confronté à des défis importants en matière d’accès à l’éducation et à la culture. Nous voulons contribuer à réduire ces inégalités et à offrir à tous les Camerounais, en particulier aux jeunes, les opportunités de developer leurs capacités et de réaliser leurs rêves. Enfin, nous sommes convaincus que l’éducation et la culture sont des leviers importants pour le développement économique et social du Cameroun. Notre motivation est donc de contribuer à la construction d’une société plus inclusive, plus juste et plus prospère, où chaque camerounais aura des opportunités de réaliser son potential et de contribuer au développement du pays.


      Les slogans « Des livres pour tous, des ponts pour le monde » et « L’Afrique en un clic » sont forts. Comment se traduisent-ils concrètement dans vos actions sur le terrain ?

      Voyez-vous, au CLIIC, nous faisons de l’accès au livre un pont entre les hommes et les peuples. A cet effet, notre démarche fait intervenir plusieurs hommes et femmes issus d’horizons divers et de nationalités différentes. Nous nous déployons tant en milieu rural qu’urbain. Et nous allons davantage dans des zones enclavées. Nos actions sont de véritables carrefours « du donner et du recevoir », pour emprunter les mots du Père Engelbert MVENG. Nous essayons ainsi d’impulser une chaine de solidarité universelle.

      Vous défendez la lecture comme un « passeport pour l’égalité ». En quoi le livre peut-il réellement réduire les inégalités sociales, selon vous ?

      La culture comme passeport pour l’égalité peut réduire les inégalités sociales en offrant à tous les individus, quel que soit leur milieu d’origine, un accès égal aux ressources culturelles et aux opportunités de développement personnel, favorisant ainsi la mobilité sociale et la comprehension mutuelle entre les communautés.

      Le CLIIC intervient aussi, effectivement, auprès d’enfants issus de milieux défavorisés. Quels sont les principaux défis que vous rencontrez dans ces environnements ?

      Le CLIIC fait face à des défis importants, notamment les difficultés à mobiliser les ressources financières pour soutenir ses actions, la difficulté d’accès aux villages enclaves et reculés qui nécessite des moyens logistiques importants, et la nécessité de mobiliser plus d’animateurs pour accompagner les enfants défavorisés dans leur parcours éducatif.

      Vos activités s’étendent déjà à plusieurs régions du Cameroun. Quels enseignements tirez-vous de ce déploiement ?

      Il est vraiment important de sortir le livre des rayons des bibliothèques vers le lectorat et surtout vers le lectorat jeune. Car cette promotion littéraire de proximité contribue au dynamisme et à la vitalité de notre littérature.

      Le projet de « bibliothèque mobile » – Bibliopickup est particulièrement innovant. Pouvez-vous nous en dire plus sur son ambition et son impact attendu ?

      Le projet Bibliopickup est une bibliothèque/médiathèque rurale itinérante. Il vise à permettre aux enfants de l’arrière pays et des quartiers enclavés d’avoir accès au livre et à être initiés à l’outil informatique. C’est le savoir sur quatre roues qui veut donner aux enfants à travers les livres et l’outil informatique le pouvoir de la connaissance. Nous entendons par là faire reculer l’obscurantisme et l’analphabétisme.


      Au-delà de la lecture, vous intégrez également l’initiation à l’outil informatique. Pourquoi ce choix ?

      Aujourd’hui, le monde vit connecté et connait une montée en puissance du numérique. Vous le savez mieux que moi, l’analphabète du 21ème siècle est celui qui ne sait pas utiliser l’outil informatique. Notre objectif est de donner à tous les enfants les mêmes chances.

      Quelle place accordez-vous aux partenariats institutionnels, éducatifs et communautaires dans la réussite de vos actions ?

      Les partenariats institutionnels, éducatifs et communautaires sont essentiels à la réussite de nos actions. Nous croyons que la collaboration avec les institutions publiques, les écoles, les associations et les entreprises locales est cruciale pour mobiliser les ressources et les compétences complémentaires, accroître notre visibilité et notre impact, développer des programmes adaptés au besoin des communautés et renforcer la pérennité de nos actions. Nous sommes ouverts à de partenariats qui nous permettent de partager nos expertises et nos ressources pour un impact plus grand.


      Comment mesurez-vous l’impact réel du CLIIC sur les bénéficiaires, notamment les enfants et les jeunes ?

      L’impact du CLIIC sur les enfants se mesurent sur plusieurs plans. D’abord, sur le plan académique, les activités du CLIIC permettent aux jeunes qui y participent d’améliorer leur niveau de langue. Ensuite, sur le plan du développement personnel, nos ateliers développent la confiance en soi, l’audace et la determination chez les participants. Par ailleurs, sur le plan infrastructurel, le CLIIC permet aux écoles, orphelinats et prisons d’avoir des livres pour que les lieux aient un coin bibliothèque. Enfin, par son activité itinérante à travers le pays, le CLIIC intéresse plusieurs communautés locales au livre et à la lecture. A titre d’exemple près de 11.000 camerounais de quatre regions (centre-sud-ouest-littoral) ont vibré au rythme des mots depuis le début de l’année 2026.


      Quelles sont vos perspectives à moyen et long terme pour le CLIIC, et quel message souhaitez-vous adresser aux potentiels soutiens et partenaires ?

      En termes de perspectives, nous voulons vraiment acquérir un pickup pour lancer la première phase de notre librairie sociale que nous avons baptisée « Joseph Désiré ZINGUI » – en hommage à un acteur du livre camerounais de regrettée mémoire, qui a marqué la scène littéraire camerounaise et mondiale – pour permettre aux enfants des zones les plus reculés d’avoir accès au livre.

      Par ailleurs, nous sommes en train de lancer « Yaoundétente » qui se veut un cadre qui permettra à nos jeunes de 6 à 15 ans de joindre l’utile à l’agréable. La première édition aura lieu le 23 mai 2026 au Musée National. In fine, nous invitons les institutions, les entreprises et les âmes de bonne volonté à rejoindre notre mission de démocratisation de l’éducation et la culture pour les enfants du Cameroun, surtout les plus défavorisés ! Ensemble, nous pouvons faire une différence significative dans la vie de ces jeunes et contribuer à l’émergence d’une société plus juste et plus équitable.

      Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO