
« Je franchissais le mur de la paroisse catholique pour lire… »
Ma mère et moi étions allées en visite chez l’une de ses amies. J’avais huit ans. Cette tantine avait une fille avec laquelle j’aimais jouer. Ce jour-là, à peine arrivée, j’ai vu un livre qui traînait dans un coin. Au lieu de jouer avec mon amie, je me suis jetée sur le livre. Moi qui n’étais habituée qu’à mes livres de classe, ma joie était débordante.
De retour à la maison, je ne redescendais pas de mon nuage. Je cherchais à savoir où je pouvais trouver des livres dans une ville qui n’avait pas de bibliothèque. Une camarade de classe m’informa que la paroisse catholique en avait une.
Je voulais y aller pour lire. Mais je suis musulmane. Mon père est Imam. Comment aurais-je pu justifier mon entrée dans cette paroisse, si mes oncles assis en face de la paroisse venaient à m’apercevoir ? Voilà une équation à plusieurs inconnues qu’il fallait résoudre.
Je me rendis vite compte que le mur arrière de la paroisse était ma seule solution pour atteindre mon trésor. Près du mur, un arbre dépassait. J’étais frêle, mais me sous-estimer était une mauvaise idée. Je grimpai sur l’arbre, atteignis le haut du mur et me voilà dans la cour arrière de la paroisse. J’entrai dans la paroisse, puis dans la bibliothèque, après avoir répondu aux questions du prêtre visiblement étonné de me voir là. Je sentais bien les regards curieux sur moi, qu’importe, mon trésor m’appelait. Je franchissais ainsi ce mur chaque fois que j’avais l’occasion de m’échapper de la maison.
Un soir, de retour à la maison, mon père m’attendait avec les branches du Nimier, signe que j’avais commis une faute et qu’il entendait me corriger pour cela. Il me demanda d’un ton très calme :
– Amal, qu’est-ce que tu vas chercher à la paroisse catholique ?
La tête baissée et prête pour l’orage, je répondis :
– Papa, je pars à la paroisse pour lire les livres à la bibliothèque.
Je levai légèrement la tête, pour voir venir la tempête. Il me demanda toujours aussi calme :
– Quels types de livres ?
Je commençai à lui réciter les titres de tous les livres que j’avais déjà lus. Mon père parut impressionné, bluffé.
– Et pourquoi tu escalades le mur ? me coupa-t-il.
– Parce que je suis musulmane. Je ne voulais pas qu’on me voie entrer dans la paroisse.
Mon père soupira et secoua la tête. Il se leva lourdement et me lança :
– Tu es trop bête ! La prochaine fois, entre par le portail.
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