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  • Coriane Sama ou l’éducation citoyenne comme acte de transformation sociale


    Coriane Sama défend une vision profondément éducative de la culture. Fondatrice des Ateliers Patriotes Citoyens, elle revient sur son parcours, les défis de la transmission dans une société hyperconnectée et son ambition de former, dès le bas âge, une génération plus responsable, consciente et engagée pour le Cameroun et l’Afrique.


    Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place.


    Votre parcours mêle droit public, entrepreneuriat social, médiation du livre et engagement citoyen. À quel moment avez-vous compris que la culture pouvait devenir un véritable outil de transformation sociale au Cameroun

    J’ai étudié à l’Université de Yaoundé II-Soa, où j’ai été pendant plusieurs années chargée des affaires culturelles dans ma cité universitaire. À cette période, j’ai observé quelque chose de très fort : malgré les différences sociales, culturelles ou même la dizaines de nationalités, les moments où les étudiants se retrouvaient réellement unis étaient souvent les activités culturelles. C’est là que j’ai compris que la culture dépasse le divertissement : elle crée du lien, transmet des valeurs et construit une identité collective. Plus tard, en devenant auteure et médiatrice du livre, j’ai réalisé que toute civilisation se construit aussi par les récits qu’elle produit et transmet. Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place. Notre engagement dans la distribution numérique des œuvres camerounaises et africaines nous a ensuite naturellement conduits vers l’éducation citoyenne, la lecture et l’écriture chez les plus jeunes. Patriote dans l’ame, c’est finalement sur le terrain de la citoyenneté que tout s’est rejoint. Parce que nous croyons profondément à une chose : former le citoyen commence dès le bas âge.

    Les Ateliers Patriotes Citoyens revendiquent une approche où littérature, civisme et action de terrain se croisent. Comment parvenez-vous à transformer des concepts souvent théoriques — citoyenneté, morale civique, responsabilité collective — en expériences concrètes pour les jeunes ?

    D’abord, il faut savoir que c’est un cadre d’apprentissage en dehors du cadre scolaire. Les enfants n’ont absolument pas l’impression d’être en cours ou la pression des devoirs. À travers des séances de coaching et mentoring, des acteurs de la société civile les entretiennent et transmettent l’engagement, la responsabilité et l’amour de la patrie. Toute chose qui, associée aux enseignements des parents et de l’école, nourri d’avantage leur créativité. C’est avec leurs langages, et leurs yeux d’enfants finalement, qu’ils racontent la citoyenneté, devenant ainsi les auteurs et Ambassadeurs des valeurs essentielles.

    Vous le savez, ce qui sort de nous, est en nous et le reste. Nos enfants sont très éveillés, ils voient et comprennent tout. Le moindre commentaire. Le moindre fait social. Et leur esprit traite c’est informations sans contrôle. C’est là tout l’intérêt des Ateliers Patriotes Citoyens, qui canalisent et re- contextualisent.

    Le FOJIF 2026 vous a décerné un Prix de l’Innovation Sociale. Selon vous, qu’est-ce qui distingue réellement une initiative sociale innovante d’un simple projet associatif de sensibilisation ?

    Ce qui distingue une initiative sociale innovante, ce n’est pas seulement l’intention de sensibiliser, mais sa capacité à produire un véritable impact collectif, mesurable et durable. D’ailleurs, l’impact social faisait partie des critères majeurs d’évaluation du FOJIF 2026. Pendant le concours, plusieurs participants ont affirmé connaître déjà Les Ateliers Patriotes Citoyens ou avoir été touchés par nos campagnes, alors même qu’ils découvraient ma personne pour la première fois. Cela montre que le programme existe au-delà de son initiatrice.

    Les Ateliers Patriotes Citoyens ne se limitent donc pas à une action associative ponctuelle. C’est un programme national d’éducation civique et morale qui mobilise parents, formateurs, institutions, administrations et société civile autour d’un objectif commun : contribuer à construire une citoyenneté plus responsable, plus pudique et plus engagée.

    Vous affirmez vouloir « former les citoyens dès le bas âge ». Dans un contexte marqué par les crises de valeurs, quelles sont aujourd’hui les urgences éducatives et morales que les institutions culturelles ne peuvent plus ignorer ?

    L’impact des contenus sur les enfants est aujourd’hui immense. Lorsque l’impudicité, l’alcool ou les stupéfiants deviennent banalisés, répétés et constamment visibles, ils finissent par paraître normaux aux yeux des plus jeunes. Même lorsqu’on pense dénoncer certaines dérives, leur omniprésence crée une forme d’habituation collective. L’une des grandes urgences éducatives est donc de rééquilibrer les récits : parler davantage de responsabilité, de dignité, de discipline, de patriotisme et d’engagement citoyen avec la même intensité que les dérives occupent l’espace public et numérique. Je le dis souvent : le mal triomphe aussi lorsque les personnes de bien cessent de transmettre, d’encadrer et de parler.

    Vos projets touchent à la fois les espaces physiques et le numérique, avec plus de huit millions de personnes atteintes selon vos données. Comment préserver la profondeur du message citoyen dans un environnement digital dominé par l’instantanéité et le divertissement ?

    Eh bien, par la même instantanéité. Nous pensons justement que le message citoyen doit apprendre à utiliser les codes du digital sans perdre sa profondeur. Cela passe par la réactivité, l’adaptation du ton et une communication capable de parler aux jeunes avec leurs propres usages. En parcourant les plateformes des Ateliers Patriotes Citoyens, vous verrez que nous abordons les faits d’actualité sous un angle éducatif et préventif, avec une vraie réactivité.

    L’énergie souvent utilisée pour propager les buzz peut aussi servir à propager des valeurs, des réflexions et des prises de conscience.

    Par exemple, lorsque le Cameroun était marqué par les infanticides et féminicides, nous avons choisi d’aller au-delà du simple partage d’images choquantes. Nous avons organisé des webinaires citoyens pour libérer la parole des parents et des professionnels, sensibiliser et transmettre des outils de prévention. Nous croyons profondément que le digital peut être un espace d’éducation, d’engagement et de transmission, pas uniquement de divertissement.

    En tant que médiatrice du livre et promotrice culturelle, observez-vous une évolution du rapport des jeunes Camerounais à la lecture ? Confirmez-vous que la littérature a encore le pouvoir de façonner des consciences dans une société hyperconnectée ?

    Oui, sans hésitation ! Les enfants mis en contact avec l’univers littéraire s’y déploient comme des poissons dans l’eau. Et je ne le dis pas uniquement dans le cadre des Ateliers Patriotes Citoyens. Des maisons d’éditions telles que Éclosion ou Adinkra jeunesse, concentrent l’essentiel de leur production aux jeunes et enfants. Et ces derniers en redemandent. Lors du FOJIF, justement, le stand des Éditions LUPPEPO etait pris d’assaut par les enfants. Dans notre cas, se sont les participants de la première édition qui ont eux-mêmes rédigé le Livre TOUS CITOYENS, la bande dessinée de la citoyenneté éditée par NMI EDUCATION. Alors, oui, le pouvoir de la LITTÉRATURE est intemporel et incontestable.

    Il suffit de montrer la voix à nos petits. Le « Stand de la Citoyenneté » et les programmes d’éducation civique proposés aux enfants traduisent une volonté de réinventer la transmission.

    Pensez-vous que les politiques publiques accordent suffisamment de place à la culture comme levier d’éducation nationale ?

    Je pense que la culture et les acteurs culturels doivent continuer de faire leur part. Continuer de s’investir dans la transmission. C’est un sacerdoce. Il est souvent ingrat, mais tellement primordial. C’est cette hyperactivité seule, qui peut influencer ou attirer davantage l’attention des pouvoirs publiques. Si tout le monde continu d’entendre par « Culture », divertissement, il sera difficile d’en faire un pilier d’éducation. Les Arts littéraires devraient être au premier rang de l’Éducation collective et pour cela, nous, les acteurs, devons occuper l’espace. C’est en cours, il y a plus d’événements, plus d’initiatives. Le plaidoyer se poursuit.

    Votre communication publique associe souvent esthétique, élégance visuelle et discours engagé. Pour vous, l’image et la mise en scène sont-elles devenues des instruments stratégiques de mobilisation culturelle et citoyenne ?

    Marketing is everything !

    En tant que formatrice en Marketing et communication, disons que le branding s’impose comme une sorte de déformation professionnelle. Avant de vous lire ou de vous écouter, on vous voit, vous. On voit votre contenu.

    Sur le visuel de sensibilisation, avant de lire « FORMER LE CITOYEN DÈS LE BAS ÂGE », on voit d’abord la couleur et la police du texte ; on voit qu’il est en GRAS. Le cerveau retient que c’est important, c’est prioritaire.

    Une image d’enfant à côté informe déjà que l’affiche parle d’enfants, avant même de lire « inscriptions ouvertes ». Chaque détail compte, surtout lorsqu’on a pour objectif d’encadrer trois fois plus d’enfants (120, pour être exacte).

    Derrière la reconnaissance institutionnelle et médiatique, quels obstacles invisibles rencontre une femme qui porte des projets culturels et éducatifs d’envergure au Cameroun et dans l’espace panafricain ?

    Le simple fait d’être une femme en lui seul, souvent, se présente comme un obstacle. Être une « jeune » femme encore plus ! On vous demande ouvertement si vous n’avez pas un commerce pour vous occuper, si vous souhaitez être Influenceuse ou si vous voulez « prendre un verre » !

    Nous avons l’honneur de porter un programme Citoyen et d’y être profondément attaché. Le combat est plus important et touche chacun de nous. Je dois cependant avouer que le soutien des parents qui, aujourd’hui, sont nos premiers partenaires, est une force vitale pour ce programme. La femme qui le porte est parée !

    À l’aube de la deuxième édition des Vacances Civisme, quelle trace souhaitez-vous laisser dans la mémoire collective : celle d’une promotrice culturelle, d’une éducatrice citoyenne ou d’une bâtisseuse d’une nouvelle conscience africaine ?

    Sincèrement, tous ces profils correspondent à mon engagement. Mais au dela tout, retenez de moi, une jeune femme qui a cessé de voir le monde avec les mêmes yeux depuis qu’elle est devenue maman ; une aînée qui souhaite accompagner ses cadets dans leurs propres construction ; une Patriote, qui reconnaît son « sang camerounais » et souhaite transmettre cette amour.

    La société c’est nous ! Pour quelle soit meilleure, même un tout petit peu, nous devons tous faire un effort personnel avant d’attendre des autres. J’espère contribuer à changer l’image qu’on a des jeunes et qu’ils ont d’eux-mêmes. Avec les équipes, nous ne comptons pas arrêter de travailler.

    Vos programmes « Vacances Patriotes & Citoyennes » ciblent des enfants et adolescents de 7 à 19 ans. Comment adapter un même projet pédagogique à des réalités psychologiques, sociales et générationnelles aussi différentes ?

    Nous adaptons le programme par tranches d’âge, avec des contenus, méthodes et niveaux d’encadrement différents. Les plus jeunes travaillent les bases du civisme et du comportement, tandis que les adolescents abordent leadership, responsabilité et expression citoyenne. Tous évoluent autour d’un socle commun : morale, patriotisme, discipline et construction d’une citoyenneté responsable.

    À travers Les Ateliers Pratiques, le coaching civique, les activités sportives et l’éducation morale, vous semblez défendre une conception globale de la formation citoyenne. Pensez-vous que l’école classique camerounaise laisse aujourd’hui suffisamment de place à l’apprentissage du vivre-ensemble et de l’engagement civique ?

    Nous ne prétendons pas réinventer l’éducation citoyenne ; nous venons l’accompagner et l’adapter aux réalités actuelles. L’école camerounaise transmet déjà des valeurs importantes, mais les mutations sociales, numériques et comportementales imposent des approches plus pratiques, interactives et proches du vécu des jeunes, pour renforcer durablement le vivre-ensemble et l’engagement civique.

    Les images de vos campagnes mettent en avant des enfants souriants, une esthétique patriotique forte et un discours d’utilité sociale. Dans quelle mesure la communication visuelle est-elle devenue, pour vous, un prolongement du projet éducatif et citoyen porté par Les Ateliers Patriotes Citoyens ?

    Je suis ravie que vous évoquiez l’esthétique, parce qu’elle traduit avant tout une réalité humaine. Les sourires que nous montrons sont sincères, les enfants vivent réellement ces moments avec enthousiasme. Oui, nous assumons une esthétique patriotique forte, parce qu’il y a aussi de la beauté dans les valeurs, dans l’engagement et dans l’amour de la patrie. Mais le visuel n’est jamais là pour masquer les dérives ou les difficultés de notre société. Au contraire, nos campagnes cherchent à sensibiliser, prévenir et transmettre, avec des codes adaptés à l’univers des enfants et des jeunes. Le visuel attire, mais seul le fond fidélise et transforme durablement.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO


  • Les mots parlants de Diane-Annie TJOMB : quand la couverture devient parole poétique

    La couverture du recueil de poèmes Les mots parlants de Diane-Annie TJOMB se présente comme une véritable œuvre de sens, où l’image précède et annonce la puissance du verbe poétique. Bien plus qu’un simple habillage visuel, elle agit comme un texte silencieux qui prépare le lecteur à l’univers intérieur de l’auteure.


    Au centre, un visage féminin fragmenté incarne l’âme humaine, à la fois vulnérable et créatrice. Cette fissure symbolique suggère que la parole poétique naît souvent de la blessure, de l’intime et de l’indicible.

    Le cœur lumineux, offert par des mains ouvertes, renvoie à l’origine profonde des mots : un lieu d’émotion, de vérité et de don. La poésie apparaît ainsi comme une nécessité vitale, un souffle intérieur qui cherche à se dire.

    Autour de cette figure centrale, les éléments naturels : savane, arbres, ciel ouvert, inscrivent l’œuvre dans un espace à la fois africain et universel, évoquant la mémoire, l’enracinement et la transmission ; tandis que l’oiseau blanc, la colombe, qui s’élève au-dessus de la scène, vient apporter l’inspiration, la paix et l’élévation spirituelle. Et l’ensemble crée un dialogue entre la terre et le ciel, entre le vécu et le sacré.

    La palette de couleurs chaudes et contrastées accentue l’intensité émotionnelle de la couverture. Le fond neutre, lui, met en valeur l’illustration centrale.

    Le titre, LES MOTS PARLANTS, affirmé en rouge, annonce une poésie vivante, engagée, porteuse de sens, où chaque mot semble animé d’une voix propre.

    Le visuel de Les mots parlants fonctionne comme un seuil poétique : elle promet un recueillement profond, introspectif et lumineux, où la parole devient un acte de vérité. Avant même la lecture, l’image parle déjà et invite le lecteur à écouter.

    Pauline M.N. ONGONO


    Les mots parlants est un recueil de poèmes qui a paru aux Éditions KADEÏ en janvier 2026. Il coûte 5.000 FCFA. Il est disponible au Cameroun : à Yaoundé (Librairie des peuples noirs), à Douala, et peut être expédié partout. Il est aussi disponible en lecture payante sur www.appteere.com

    Contact : editionskadei@gmail.com ou +237 690195126


  • HOW I MET BOOKS  |  Maxwell NDZENGUE, poète camerounais

    Je me souviens de ce jour comme une date d’anniversaire !

    A ma tendre enfance, tout ce qui m’intéressait étaient les vêtements de Noël et les beignets aux sorties des messes. Je ne portais aucun intérêt pour le livre. Je trouvais le livre parfois trop volumineux et parfois très fatidique. Bien que mon père avait un endroit où il rangeait ses livres, dans une armoire au salon ; mon regard ne se posa jamais à cet endroit.


    Mon tout premier contact avec le livre était en classe de 6ème Bilingue, où « literature Awareness » était une matière de base. C’est ainsi que je me suis plongé dans la lecture de The Youngest King of Hunters de Jephtah Sotabinda. La lecture de cette œuvre m’a permis de côtoyer peu à peu le monde littéraire, car je pouvais désormais voyager sans me déplacer. A cette époque, je n’étais pas fan de voyages routiers car je souffrais, selon les médecins, du « mal de la voiture ». C’est alors que je commençai à devenir l’ami des personnages, connaitre leur vie, leur émotion, leur quotidien.


    Mon appétit pour le livre commençait déjà à se faire ressentir à l’adolescence. Je me suis lancé dans la lecture des histoires romantiques, comme True love waits de Pochi Tamba, Betrodal without Libation de Bole Butake, La fille d’Ebène d’Emmanuel Afane Ze, qui me mettaient la puce à l’oreille, et d’où je puisais mon inspiration pour parler aux plus belles filles de la classe. Tout à coup, la mini bibliothèque de mon père devint pour moi une île où je côtoyais mes amis les livres.


    Le déclic, c’est quand je me suis intéressé aux livres poétiques. Directement je me suis lâché dans les bras de Paroles de Jacques Prévert, et Alcools de Guy de Maupassant, ce qui a réveillé un talent qui sommeillait en moi : celui d’écrire des poèmes. J’ai commencé à écrire des poèmes pour ma muse, ensuite pour les fléaux qui écorchent la société. En lisant des livres, j’ai commencé aussi à écrire. Depuis lors je n’ai pas cessé de lire et écrire. Merci au livre qui m’a permis de me sentir libre.




  • HOW I MET BOOKS  |  Maeva GUEDJEU, étudiante à Ottawa, auteure en herbe

    Je suis Yacinthe Maeva Guedjeu, étudiante en école de Travail Social à l’Université d’Ottawa. J’ai fait des études de littérature à l’Université de Douala. Je suis passionnée de l’art depuis mon plus jeune âge. Tout ce qui émanait de la créativité m’a toujours fascinée : les douces mélodies, les peintures, le dessin, la danse, mais particulièrement la beauté des mots.

    J’ai fait la rencontre avec le livre deux fois au cours de ma vie. La première était comme une évidence. Moi, enfant, sautant d’une bande dessinée à l’autre ; je semblais être née pour cela. Jamais personne n’a vraiment questionné ce lien, ni mes parents ni moi.

    Adolescente, entre les Harlequins, les collections interminables de Barbara Cartland et mes livres au programme que je grignotais toute la journée, la lecture était devenue banale. Je lisais par habitude. C’était aussi banal que de laver la vaisselle le matin. On ne se pose pas de question. On le fait tout simplement.


    À l’Université, j’ai redécouvert les livres. Je réalisais alors qu’au-delà de la beauté des mots, le livre était un engagement envers soi-même, envers les codes du milieu littéraire et envers l’humanité. Je les voyais désormais comme des voix inspirantes et je souhaitais joindre ma voix à cette symphonie. Désormais, je disséquais les livres avec un regard chirurgical. Je souhaitais comprendre quelle formule utilisaient les grands auteurs pour produire des émotions. Plus je découvrais des choses, plus j’apprenais à être moi-même. Plus je lisais, plus je découvrais les livres qui manquaient à mon chevet. Et c’est ceux-là que je devais écrire finalement. Je me suis découverte au travers des milliers de livres. Page après page, après chaque morceau de l’expression humaine que je rencontrais, se formait ma véritable identité. Une fresque. Une immense fresque inachevée.

    Le livre a fait de moi un brouillon qui se réinvente tous les jours.




  • HOW I MET BOOKS | Ray NDÉBI, auteur, coach creative writing & reading, traducteur camerounais

    Les livres, je suis né avec. Le paquet minimum apprêté pour ma naissance comportait un livre. je le sais, parce que ma mère lisait, peu importe la situation… J’ai donc rencontré très tôt la Littérature…
    Ma mère et ses sœurs étaient des lectrices insatiables qui se racontaient leurs pages, et moi j’appréciais la qualité de leur verbe. Je les admirais, espérant dans le plus grand secret que je serais un jour à même de construire un discours aussi riche et raffiné… Notre bibliothèque avait un ordre bien particulier, dont je ne peux que me souvenir pour l’avoir consultée dans un sens puis dans l’autre. A l’entrée, les livres de cuisine de ma mère, puis ceux sur la réussite du mariage près des ouvrages de Jacques Attali et quelques essais sur la politique et l’économie du Cameroun ; plus bas, Mongo Beti et Main basse sur le Cameroun, Dikongué Pipa, Amadou Diallo et son douloureux La mort de Diallo Telli qui m’a filé des cauchemars dans l’adolescence. Il m’a fallu aller à Conakry pour guérir du Camp Boileau. D’autres livres sur Amadou Ahidjo étaient adossés au Libéralisme communautaire de Paul Biya…


    Et en face de la porte principale, dans la salle de séjour, d’autres livres, de la Littérature pure… Le coin favori de ma mère pour les romans, et de mon père pour le whisky. Ma grande passion pour les deux vient de là. A chaque fois que je me rapprochais des livres, je me rapprochais du whisky… D’un côté, la poésie classique anglaise avec la traduction de chaque texte (ainsi j’apprendrai la traduction, observant chaque lettre avec soin), et de l’autre côté le premier livre que j’aie jamais lu… Black boy de Richard Wright… revenant vers ma mère avec mes critiques de 10 ans… En comparant le contexte du roman avec Shanghaï, le quartier dans lequel j’ai grandi à Douala, je lui ai dit que même avec son bâton, ce gamin ne s’en serait jamais sorti. Elle en avait ri. Puis, j’ai rencontré Ville Cruelle de Mongo Beti. L’adolescent que j’étais n’avait pas aimé.

    Alors j’ai poursuivi vers Hemingway, Verlaine, Ousmane, St-Exupéry, Dumas, Duras, Tutuola, Soyinka, Achebe, Sartre, Kafka que j’ai aussi peu aimé, Bebey, dont ma mère m’avait particulièrement parlé sous un sourire que je ne me décris toujours pas ; et tous mes camarades métis eurent pour mère Agatha Moudio.
    Plus tard, entre 17 et 21 ans, je revins vers tous ces livres. Je les relus avec le cœur passionné de ma mère et l’âme curieuse de l’enfant que j’étais à mes premières lectures. C’est durant ces quatre années que j’ai compris ce qu’est la Littérature. Les histoires s’étaient évaporées pour laisser place à l’esprit des auteurs. Et j’ai commencé une exploration approfondie des lettres.


    Mais il est toujours un livre que je refuse de lire. Le tout dernier que ma mère avait abandonné à son chevet, peu avant sa mort… Voyage au bout de la nuit de Céline. Elle ne l’a pas terminé, alors je ne le commencerai pas.


    Avoir été allaité et bercé entre deux pages, c’est ce qu’il pouvait m’arriver de plus magique. J’ai reçu des livres leur plus belle intimité… le secret de l’encre. Aujourd’hui je suis toujours cet enfant qui porte le cœur de sa mère.




  • HOW I MET BOOKS : Angélique LEROY, poétesse française

    « Enfant timide, j’ai appris à sortir les mots des lignes, à les vivre. »

    Je suis née avec des troubles Dys. Ce sont des difficultés d’apprentissages pour l’acquisition du langage, de la lecture, de l’écriture, du calcul, de la planification… Je les cumule tous avec d’autres neuroatypies. J’ai dû apprendre à être persévérante en oubliant que cela générerait plus de fatigue.

    J’ai adoré lire les livres de Babar. Les mots étaient liés à des images. C’est un jeu qui consiste à deviner le mot mais aussi à décrire l’image entière en face qui reprend cette banque d’images. Babar était installé sur le canapé à raconter des histoires. Ce qui exprime l’envie de se poser et de découvrir. Qui n’a pas rêvé d’entrer dans le livre comme dans le film d’une histoire sans fin ?

    J’ai adoré aller à la bibliothèque. Sentir cette odeur particulière, découvrir les nouveautés, écouter les contes. D’ailleurs, je rêve d’en avoir une gigantesque.

    Puis, j’ai été sélectionnée à l’école pour faire du théâtre. Enfant timide, j’ai appris à sortir les mots des lignes, à les vivre. Je me souviens de mon rôle de « Mère louve » dans la comédie musicale « Le livre de la jungle » joué en CM2. Et puis on chantait aussi, comme « Kumbaya my love ». Oui le Gospel, le chant poétique qui vous prend par les tripes.


    J’ai adoré les livres de la collection « Bibliothèque rose » et « verte ». Je les regrette d’ailleurs, car il y avait des illustrations et j’aimais la texture vieillit du papier.

    Au collège, j’ai participé à un concours de poésie où j’ai déclamé « la Cigale et la Fourmi » de Jean de la Fontaine. Cela m’a plongé davantage à poursuivre le théâtre.

    J’ai adoré lire des livres à l’eau de rose comme ceux de science-fiction. C’était aussi la mode des chairs de poule.

    Et puis en 2020, je me suis mise à écrire sur mes plaies listes de musique. Play : jouer, plaisir, et blessures. Le langage des oiseaux a sifflé mon inspiration pour devenir du slam, rap, théâtre, poétique art thérapeutique. Tout ce que j’ai appris en mix média, même dans l’imagerie des mots, est devenue mon abécédaire.

    Je suis devenue la Marianne Joconde, dramaturge de ma vie. Je compose, je mixe. Je m’inspire de références et je vais plus loin.

    Il y a le passé, le présent, et le futur. Je navigue entre nostalgies et ma vision du monde. Je défends la culture pour tous avec un aspect art thérapeutique. Quand je lis, je dois vivre l’histoire visuellement, auditivement et de façon kinesthésique. Tout passe en sl’âme. Je me nourris chaque jour de l’intelligence collective.

    Je tiens à l’édition du livre en papier, avec des illustrations, des couleurs, des textures, tout ce qui donne envie de lire et de vibrer. Je vais reprendre mes études en licence Art et Spectacles pour nourrir davantage mon expérience de vie avec les livres. Ainsi je deviendrai une artiste et art thérapeute accomplie, car je rêve de monter mes spectacles de type « Muppets Show ». D’ailleurs, les personnages de la rue sésame (Sesame Street) avec Bart et Ernest sont d’excellent vecteur d’apprentissage qui donne le goût d’apprendre et de s’en souvenir. Car aujourd’hui, avec persévérance, j’ai pu débloquer de nombreux freins d’apprentissage. Je suis née dys, je mourrai dys, mais j’ai su comment m’en servir et en faire une force.

    J’ai écris mes recueils sans tricher sur ma personnalité ni mon schéma de pensée neuroatypique. Je suis authentique et livresque.




  • HOW I MET BOOKS : Djaïli Amadou Amal, Goncourt des lycéens 2020, nous raconte.

    « Je franchissais le mur de la paroisse catholique pour lire… »

    Ma mère et moi étions allées en visite chez l’une de ses amies. J’avais huit ans. Cette tantine avait une fille avec laquelle j’aimais jouer. Ce jour-là, à peine arrivée, j’ai vu un livre qui traînait dans un coin. Au lieu de jouer avec mon amie, je me suis jetée sur le livre. Moi qui n’étais habituée qu’à mes livres de classe, ma joie était débordante.


    De retour à la maison, je ne redescendais pas de mon nuage. Je cherchais à savoir où je pouvais trouver des livres dans une ville qui n’avait pas de bibliothèque. Une camarade de classe m’informa que la paroisse catholique en avait une.
    Je voulais y aller pour lire. Mais je suis musulmane. Mon père est Imam. Comment aurais-je pu justifier mon entrée dans cette paroisse, si mes oncles assis en face de la paroisse venaient à m’apercevoir ? Voilà une équation à plusieurs inconnues qu’il fallait résoudre.


    Je me rendis vite compte que le mur arrière de la paroisse était ma seule solution pour atteindre mon trésor. Près du mur, un arbre dépassait. J’étais frêle, mais me sous-estimer était une mauvaise idée. Je grimpai sur l’arbre, atteignis le haut du mur et me voilà dans la cour arrière de la paroisse. J’entrai dans la paroisse, puis dans la bibliothèque, après avoir répondu aux questions du prêtre visiblement étonné de me voir là. Je sentais bien les regards curieux sur moi, qu’importe, mon trésor m’appelait. Je franchissais ainsi ce mur chaque fois que j’avais l’occasion de m’échapper de la maison.


    Un soir, de retour à la maison, mon père m’attendait avec les branches du Nimier, signe que j’avais commis une faute et qu’il entendait me corriger pour cela. Il me demanda d’un ton très calme :


    – Amal, qu’est-ce que tu vas chercher à la paroisse catholique ?


    La tête baissée et prête pour l’orage, je répondis :


    – Papa, je pars à la paroisse pour lire les livres à la bibliothèque.


    Je levai légèrement la tête, pour voir venir la tempête. Il me demanda toujours aussi calme :

    – Quels types de livres ?

    Je commençai à lui réciter les titres de tous les livres que j’avais déjà lus. Mon père parut impressionné, bluffé.

    – Et pourquoi tu escalades le mur ? me coupa-t-il.


    – Parce que je suis musulmane. Je ne voulais pas qu’on me voie entrer dans la paroisse.


    Mon père soupira et secoua la tête. Il se leva lourdement et me lança :


    – Tu es trop bête ! La prochaine fois, entre par le portail.




    Espace PUB’

  • L’ECRITURE : UN AMAS DE CODES (?)

    L’entre-deux mondes, le point de rencontre le plus bas entre l’auteur et l’univers ; où les yeux sont aussi inutiles que les mains qui cherchent des formes auxquelles s’accrocher ; où les voix sont tues et seul le langage des souffles est libéré ; où ce sont les ombres qui dessinent la lumière… Ce point est le silence entre l’inspiration et l’expiration, le trou noir entre la pensée et l’action, ce qui vient à l’auteur et ce qu’il écrit…

    Cet univers est le cœur du point zéro entre moins l’infini et plus l’infini ; c’est une porte qui, à la lecture comme à l’écriture, ne s’ouvre qu’un temps encore plus bref que le clin d’œil… De là vient une expression qui donne à la matière une dimension qui fait dire de certains textes qu’ils sont hermétiques, dangereux même ; on en est même venu à craindre certains écrivains pour leur vision des choses. Il est vrai que beaucoup, réunis en cercles particuliers, définissent des moyens de communication propres à leurs perspectives ; ceux-là peuvent se reconnaître à travers le monde à la seule lecture d’un texte, puisqu’ils décryptent aisément le message disposé dans un langage qui échappe au lecteur non-initié (à leur signes et symboles, ou à cette pratique si spéciale).

    Nous ne nous posons aujourd’hui qu’une question : qu’est-ce qui rend des codes crédibles ? Cher auteur, autant être fixé tout de suite : l’écriture avec des codes ne fait pas recruter dans une société secrète. Elle ne rend pas plus fort qu’un auteur qui n’en use pas. Plusieurs plumes sont certaines d’écrire dans un langage incompréhensible, mais peu (de la poésie surtout) réalisent qu’elles n’y sont pas. Alors, essayons de comprendre cette dimension que l’on veut si complexe.
    Commençons par ce que le code n’est pas :

    📍 La complexité de la métaphore : l’auteur doit s’assurer que ce qu’il écrit est déjà compréhensible de lui-même ; il ne faut pas attendre du lecteur qu’il comprenne ce qui dépasse l’auteur… Quand on commence son explication par « j’ai/l’auteur a voulu dire que », on n’y est pas…

    📍 Une image isolée dans un texte : c’est l’ensemble qui donne de la validité à ce que l’on perçoit ; c’est le contexte qui produit ses symboles, pas la préférence de celui qui écrit…

    📍 Un mot : pour réaliser une clé, il faut composer un ensemble ; la formulation (disposition) d’une phrase proportionnellement au contexte et à l’idée générale, fait évoluer la lecture vers d’autres cieux où s’explique aisément ce qui est proposé…

    📍 Une création détachée de l’auteur : comme on lit beaucoup, comme on reproduit aussi, bien malgré soi, parce que cela est déjà inscrit comme acquis ; il devient alors facile de se mesurer à son écrivain préféré en utilisant exactement ses formulations sans son contexte et son âme…

    📍 Une barrière à la compréhension élémentaire d’un texte : si le fil ne peut pas être suivi, le texte est tout simplement à reprendre…

    📍 La prétention de l’avoir écrit : bien trop souvent, on est certain que tout est hermétique, pourtant il n’en est rien…

    Rappelons ensuite que le code est une relation personnelle, très intime entre l’auteur et la nature ; c’est ce qui lui confère la grande simplicité de sa présentation. Les clés sont des objets simples composés avec des particules simples, elles sont faites pour des portes simples derrière lesquelles se trouvent des choses encore plus simples.

    Ceci nous porte enfin vers une question très simple : pourquoi s’encombrer de « codes »… En laissant l’écriture être, non seulement elle n’égare ni le lecteur ni l’auteur lui-même, mais elle se présente naturellement. L’auteur est assis tout seul dans son coin et se bat comme un démon pour rendre son texte incompréhensible, pourtant il n’a rien à masquer ; la seule chose qu’il gagne, c’est de perdre (dans tous les sens du verbe) des lecteurs, et se consoler d’être au-dessus des autres, puisqu’il dit être le seul à se comprendre (s’il y parvient).
    Quant à celui qui veut décrypter un texte, il n’a pas à se torturer cervelle pour essayer de comprendre une pièce du puzzle ; en mettant toutes les pièces sur la table, avec patience et calme, il finit par rejoindre la pensée de l’auteur… Rien n’est à chercher en dehors du contexte…
    Mais avant, il faut vérifier deux choses :

    📍📍 On est bien face à un code ; pas la peine de voir un ciel bleu dans un ciel gris quand il ne demande qu’à rester gris ce pauvre ciel…

    📍📍 On a intérêt à déchiffrer ce code ; la vie est très courte ; pourquoi la ruiner avec les simples caprices d’un auteur sans trésor…

    Les codes les plus grands et les plus vrais sont ouverts… C’est pourquoi on ne les trouve pas… L’idée de leur présence aveugle celui qui entreprend de les chercher. Un petit conseil très utile : lisez et écrivez comme cela se présente… Là est la clé.

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  • BIOLITT : Marina BOUASSA, journaliste et communicatrice gabonaise

    Journaliste-présentatrice du groupe Gabon télévision, la chaîne nationale du Gabon, Marina BOUASSA s’investit dans la promotion du livre depuis plusieurs années à travers la diffusion des émissions littéraires telles que « Autour du livre » proposée sur la chaîne d’information Gabon 24 en 2017, et depuis près 4 ans, sur Gabon culture, elle présente l’émission « Le livre de l’auteur », une émission récupérée par la chaîne nationale Gabon 1ère.

    Depuis février 2024, elle est en détachement au cabinet du Ministre du Commerce des PME-PMI chargé des activités génératrices de revenus en qualité de Conseiller en communication.

    Marina BOUASSA est une amoureuse des lettres depuis le banc de l’école, elle a suivi un parcours scolaire et universitaire littéraire. Elle est détentrice d’un bac A1, d’une licence ES lettre et d’un niveau Master 2 en littératures africaines.


    Un rendez-vous du mois d’octobre 2024