64e journée mondiale du Théâtre : Théâtre, entre drame et tragédie, par Ray NDÉBI

Il y a 64 ans, l’International Theatre Institute (ITI) décidait du 27 mars comme de la journée durant laquelle le théâtre serait célébré à travers le monde. Un message international est alors écrit par une figure forte de ce genre, singulier et si commun à la routine d’une société, sans autre forme dissimulation que l’expression simple de ce qui se joue sur la scène des hommes, traduit et diffusé dans une bonne cinquantaine de langues.


Si le tout premier message a été écrit en 1962 par le célèbre Jean Cocteau, cette année, l’Afrique sera représentée par Wérê Wérê Liking, la fondatrice du village artistique Ki Yi M’bock à Abidjan. Et le message, comme les fois précédentes, sera centré sur Le théâtre et la culture de la paix. Dans le même temps, le Président du Conseil Régional Africain, Vangdar Dorsuma depuis N’djamena, a délivré un message rappelant combien le théâtre contribue au développement de la personne, à l’éveil des consciences et surtout à la promotion du vivre-ensemble.
Ce qui continue de souligner l’engagement de la Littérature pour une société agréable et solidaire.

QUELQUES CÉLÉBRATIONS AUJOURD’HUI

L’ITI a annoncé, pour cette année, que la célébration principale de la Journée Mondiale du Théâtre verra sa célébration principale du 27 au 30 mars à Rio de Janeiro, au Brésil. Des tables rondes, des ateliers, des échanges sur l’héritage artistique, le patrimoine culturel, les opportunités d’emploi dans l’univers du théâtre et l’importance des collaborations internationales dans le développement des sociétés, sont prévus, avec des artistes et spectacles venus de tous les continents.
Parallèlement, à travers le monde, le théâtre va connaître cette effervescence qui donnera encore plus de couleurs et de vie aux planches, et l’Afrique aura ses propres réalités à exposer dans son contexte qui ne manque pas de sujets et d’intérêts.


Tunis Théâtres du Monde, Tunisie
Théatre en Folie, Cameroun
Association Avant/Scène, Cameroun
Acte Sept, Mali
CLAC, Cameroun (29 mars)
Et bien d’autres…

RÉALITÉS QUOTIDIENNES

Le théâtre, s’il est grandement célébré ce jour (27 mars), connaît une courbe plutôt décroissante en termes d’intérêt autant du grand public que des professionnels de ce genre aux multiples scènes. Il n’est pourtant pas possible de lire un roman, un poème, une nouvelle, un conte, un récit sans y vivre le théâtre qui les soutient. Fondu dans les autres genres, il trouve une place essentielle ; c’est quand il est exprimé dans son individualité qu’il ne rencontre pas l’épanouissement qu’on lui dirait naturel, inné.


Du côté des lecteurs sur le continent africain, il est courant d’entendre dire qu’on ne lit pas le théâtre, c’est ennuyeux ; il faut plutôt le vivre pour en savourer l’expression authentique. On ne va que très rarement dans une bibliothèque pour solliciter une pièce de théâtre écrite ; il faudrait que l’ouvrage soit au programme scolaire pour voir les élèves et étudiants s’en procurer dans des libraires. La lecture quant à elle n’est pas garantie.


Parmi les auteurs, les dramaturges sont ceux que l’on rencontre le moins, et ce genre voit de moins en moins de passionnés s’y intéresser ; les éditeurs contribuent à accroître l’hésitation dans la perspective de cette écriture, puisque le marché n’est pas réceptif. On rencontre de moins en moins de pièces de théâtre dans les bibliothèques domestiques, à cause d’une importante insuffisance de communication et de promotion dans ce sens.


Les promoteurs littéraires, surtout ceux spécialisés dans le théâtre, ne rencontrent pas suffisamment le public, et n’aident pas à déconstruire la marginalité établie et transmise de génération en génération ; il semble même que le théâtre lui-même en est arrivé à l’intégrer comme une composante majeure de son état. Les ateliers, les cafés littéraires, les échanges critiques, les concours et les Prix littéraires intègrent peu le théâtre, quand bien même ce sont des initiatives d’ordre général. Il faut un prix réservé au théâtre pour qu’on rencontre le théâtre, tout comme il faut cette journée pour qu’on se rappelle son existence.


Les espaces dédiés au théâtre sont encore plus rares, et ceux dont on entend parler ne sont localisés en majorité que par ceux qui les tiennent. Ce sont surtout des espaces ouverts à tout type de rencontres scéniques, comme les centres et foyers culturels, les instituts occidentaux qui prêtent souvent leurs cadres. Et parfois, le coût de location, surtout pour les espaces locaux, est lui seul une raison suffisante de se tourner vers un autre genre littéraire un peu moins demandant financièrement. Quand il s’agit de représentation. Parfois, l’âge et la renommée excluent bien des passionnés.

DES VOIES VERS UN RETOUR EN GRÂCE


Les auteurs de pièces de théâtre sont pourtant présents, mais il faut être quasiment initié en Littérature pour les reconnaître lors des rencontres autour du Livre. romanciers, poètes et autres sont quant à eux plus fréquents et moins mal lotis. Des éléments simples sont donc à considérer, car les réalités diffèrent en fonction des contextes ; certains pays en Afrique voient tout de même leur théâtre bénéficier d’une certaine attention de leur public.


Il apparaît donc nécessaire de :
Populariser le théâtre.
Par exemple, auprès des jeunes, dans les écoles et les centres d’accueil qu’ils fréquentent, proposer des activités régulières dont ils sont les acteurs ; car ils ne comprendront et n’accepteront que ce qu’ils vivront, ce que leur expérience aura savouré.


Préparer les auteurs par des ateliers.
La méconnaissance de ce qu’est le théâtre est aussi l’une des plus grandes source d’hésitation chez le public. Si en s’intéressant à ce genre, il est plus facile de se tourner vers les œuvres des anciens, c’est parce que les conditions ne sont que peu remplies par les jeunes ou nouveaux auteurs. Comme pour les autres genres, la lecture n’est pas facile dans la plupart des cas. Le théâtre ne reçoit que peu de tolérance à cause de sa nature. On veut le voir ; donc s’il faut le lire, il doit rejoindre l’excellence.


– Considérer les candidatures des dramaturges.
Si les romans sont plus sollicités, c’est aussi parce qu’ils reçoivent une attention supérieure. Bien que certains auteurs excellent dans d’autres genres, il est attendu d’eux aujourd’hui le roman qui les consacrera. En accordant un grand intérêt au théâtre, notamment chez les auteurs accessibles à la jeunesse, des auteurs qu’elle pourra prendre pour modèle, il est bien plus facile de susciter leur adhésion. Le théâtre souffre grandement de l’indifférence, devenue naturelle, des promoteurs. Encourager des personnes comme Grimo, Germain Djel, Alain 5 Ba’aba, Essomo Sadrack, Hervé Keedi et bien d’autres au Cameroun ; leurs efforts pour faire vivre cet art, avec des moyens précaires, sont à saluer.


– Créer des espaces réservés au théâtre et à son apprentissage.
C’est aussi là un réel challenge. Où est le théâtre ? Cette question, posée à cent personnes, ne voit même pas cinq y répondre ici. Tant qu’il ne devient pas une habitude aux yeux, il restera dans ses épaisses ombres. Ses principaux acteurs non plus ne présentent pas un visage qui est reconnu au quotidien. Les associations existent-elles ? Quelles sont leurs activités ? Des lieux sont-ils indiqués ? Souvent, il faut être dans le secret, à croire que le théâtre est un genre interdit au grand jour.


Pour cette journée, que le théâtre soit le visage des ambitions qu’on lui prête. Ne nous limitons pas à des spectacles qui attendront d’autres grandes journées ; allons au cœur des difficultés à faire rayonner le théâtre dans nos sociétés. Que les échanges soient faits sur la base de l’ouverture, et non sur d’autres interminables sessions qui ne voient intervenir que des personnes, spécialistes peut-être, mais qui ne vivent pas la réalité du théâtre aujourd’hui.


Que revienne le théâtre !




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