FONALL 2026 à Bangui : Une conférence, mille maux, dix-mille solutions

Le samedi 7 mars 2026, le paysage culturel de la République Centrafricaine a franchi un palier décisif. Dans l’enceinte du New Tech Institut à PK 4, carrefour stratégique de la modernité banguissoise, s’est tenue la première édition du Forum National sur le Livre et la Lecture (FONALL).

Dans un pays où la tradition orale a longtemps primé, ce forum, placé sous le thème « Le livre, mémoire et gage de paix pour la RCA », a agi comme un catalyseur. Écrivains, éditeurs, diplomates et acteurs de la société civile se sont réunis autour d’un constat sans appel : après des décennies de crises, la littérature n’est plus un luxe, mais le socle de la reconstruction nationale.

Un Panel d’Experts face aux Défis de la chaîne du Livre Centrafrique

Sous la modération de Grâce à Dieu NZAPAOKO, la conférence a réuni des figures de proue dont les interventions ont tracé une véritable feuille de route pour la Renaissance culturelle centrafricaine.

– Politique publique : Sortir du « Désert Documentaire » : Honoré DOUBA, poète et voix respectée des lettres centrafricaines, a posé un débat sur l’urgence d’une politique publique du livre. Rappelant que l’accès à la lecture reste encore trop centralisé dans la capitale, il a plaidé pour une décentralisation des ressources. Pour monsieur DOUBA, le livre doit cesser d’être le privilège d’une élite, pour devenir un service public, au même titre que l’éducation ou la santé, afin de structurer une véritable économie de l’édition locale capable de rivaliser avec les importations coûteuses.

– L’écriture au féminin : De l’ombre à la lumière : il s’agissait ici, pour l’écrivaine et dramaturge Alexandrine LAO de porter une réflexion profonde sur la place de la femme. Dans le sillage de pionnières comme Yvonne Ndoumbe-Kotto, le besoin de souligner que la mémoire de la RCA s’écrit désormais au féminin reste essentiel. En outre, la mise en lumière du rôle thérapeutique de l’écriture – les récits des centrafricaines souvent axés sur la résilience et la médiation sociale, constituent des archives vivantes indispensables pour panser les traumatismes collectifs.

– La révolution numérique : Pallier l’absence de bibliothèques : face à la carence structurelle en bibliothèques physiques et au coût élevé du papier, l’éditeur Landry OUOKO a présenté le numérique non pas comme une menace, mais comme une solution de rupture. En exploitant la pénétration croissante des smartphones, l’édition numérique et les plateformes de diffusion peuvent contourner les défis logistiques du transport en province. Son intervention a marqué les esprits par son pragmatisme : le livre de demain en RCA sera probablement hybride ou ne sera pas.

– Jeunesse et transmission : Forger le citoyen de demain : Euphrem MOUSSA, fort de son leadership au sein des clubs de lecture (notamment à l’Ambassade des USA), a insisté sur la transmission. Il a rappelé que sans une jeunesse lectrice, le pays risque l’amnésie. Le club de lecture devient alors une solution, un espace de débat démocratique où le savoir se transmet horizontalement, préparant une génération de citoyens critiques et informés.

Le FONALL : Un Tour de Force Fédérateur

Pourquoi cet événement est-il historique ? Parce qu’il marque le détour majeur du livre dans l’agenda culturel centrafricain. En reliant la lecture au « gage de paix », le FONALL rappelle que le dialogue interculturel passe par le texte. Comme le souligne l’adage revisité pour l’occasion : « Un peuple qui lit est un peuple qui se souvient, et un peuple qui se souvient est un peuple qui ne répète pas les erreurs du passé. »

Clôturée à 12h30, cette conférence et les solutions posées ne sont que la première pierre d’un édifice plus vaste. Le défi est désormais de transformer ces réflexions en actions concrètes : création de prix littéraires nationaux, soutien aux librairies de quartier, mise en place d’espaces de lecture, renforcement du dépôt légal… Le monde culturel centrafricain a prouvé, ce 7 mars, qu’il est prêt à reprendre la plume pour écrire son propre récit de paix.

Pauline M.N. ONGONO

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *