Auteur/autrice : ACOLITT

  • Les 5 questions posées à Line KAMITE, auteure camerounaise

    Bonjour, Line Kamite et meilleurs vœux pour cette année. Nous vous laissons vous présenter brièvement à nos abonné.es.s.

    Bonjour à vous ! Je suis Line Kamite. Je suis une amoureuse des belles lettres. Pour moi, l’écriture est un guérisseur de l’âme, et la lecture, une nourriture. Je suis une romancière et une poète en herbe. je me bas pour une cause que je trouve juste : celle de donner la parole aux enfants pour qu’ensemble (parents et enfants) nous puissions décider de leur avenir.

    Ma passion perdue est votre premier livre. D’après vous, pourquoi devrait-il être lu ?


    Ma Passion Perdue n’est pas seulement un livre pour moi. Ma passion perdue représente l’espoir d’un demain meilleur, d’une société meilleure, car rien de grand ne s’est construit dans ce monde sans passion.

    Aujourd’hui, nous avons des images animées sur un écran, nous nous déplaçons du rez de chaussée au dixième étage d’un immeuble en un claquement de doigt. Avez-vous déjà imaginé un seul instant ce que serait nos vies si l’on avait privé le célèbre théoricien Albert Einstein de sa passion ? Son esprit se trouve dans les plus grandes technologies qui nous entourent aujourd’hui.


    Ma passion perdue, c’est l’espoir de voir des parents qui écoutent la petite voix qui gronde dans le cœur de leur enfant. Ma passion perdue, c’est l’espoir de voir un enfant épanoui, des parents responsables, des réseaux sociaux utiles, c’est l’amour.


    Vous trouverez Ma passion perdue au prix de 5000 FCFA


    A Douala au +237 690 99 92 41 /+237 650 88 93 97 (livraison possible)


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    Livraison possible dans d’autres villes du Cameroun.


    Disponible aussi sur Amazon

    Quel a été votre procédé d’écriture ?


    Pour avoir une histoire solide et mieux traiter les différents thèmes abordés dans mon roman, j’ai été témoin des cas de forçat professionnel; j’ai fait des investigations auprès des services sociaux, des conseillères d’orientation et un centre de rééducation pour mineurs.

    Le but ici était de toucher du doigt la vérité. En outre, ces investigations m’ont permis de comprendre que les services sociaux au Cameroun ne suivent pas leurs cas (plaintes de violences ou autres) de près. Ces informations m’ont ainsi permis de rendre mon héroïne un peu plus forte dans son combat et son processus de délivrance.

    Plusieurs jeunes auteur.es.s se plaignent de la difficulté à trouver un éditeur. Comment s’est passée l’étape éditoriale pour Ma passion perdue ?


    Trouver un éditeur n’est pas un problème au Cameroun actuellement avec la prolifération des maisons d’édition dans les différentes villes. Le plus dur est de trouver l’éditeur idéal.

    L’éditeur idéal pour moi c’est celui-là qui pourra vous proposer un contrat modéré (en frais), faire du bon travail (fond et forme) et qui vous accompagnera, après l’édition, dans la promotion et la commercialisation de vos livres.

    En ce qui me concerne, le processus éditorial n’a pas rencontré d’embûche jusqu’à la parution du livre. Toutefois, étant nouvelle dans ce domaine, les difficultés de distribution et de commercialisation sont de plus en plus grandes.


    Vous gagnez un voyage littéraire et vous pouvez y aller avec deux acteur.es.s du livre (peu importe la nationalité), avec qui iriez-vous ?


    J’irai avec Pauline Ongono et Ernestine Mbakou car pour elle, le livre n’est pas seulement un amas de feuilles refermant des informations, il est encore plus sacré que ça. Elles se battent jour après jour pour donner un avenir aux livres à travers des activités et la mise sur pied des agences et associations.

    Line KAMITE, merci pour votre participation.

    Line Litt’

  • Il a été lu – Dans le ventre du Congo de l’écrivain congolais Blaise NDALA

    Né à Lusanga dans l’ex Zaïre le 24 juin 1972, Blaise Ndala obtient une bourse de la coopération belge qui lui permet de poursuivre ses études de droit en Belgique où il s’installe en 2003. En 2007, c’est le Canada qui l’accueille d’abord comme enseignant de langue et ensuite comme fonctionnaire fédéral. Le juriste est également collaborateur au magazine littéraire de Radio-Canada « Plus on est fou, plus on lit ! » et blogueur au Huffington France depuis 2012. Il est chroniqueur aux « Matins d’ici » sur Ici Radio-Canada Première.

    Son premier roman, J’irai danser sur la tombe de Senghor (vainqueur du Prix du livre d’Ottawa 2015 et finaliste de quatre autres prix dont le Trillium) paraît en 2014 aux éditions L’Interligne. Le second est publié en 2017 chez Mémoire d’encrier et a pour titre Sans capote ni kalachnikov. Il a lui aussi remporté le Prix Combat des livres de Radio-Canada en 2019. En 2021, Dans le ventre du Congo est publié en Afrique aux Éditions Vallesse. Ce dernier roman qui nous intéresse est vainqueur des Prix Ivoire, Kourouma et sélectionné pour le Prix des 5 continents.

    Le roman s’ouvre sur la narration de Tshala Nyota Moelo, qui parle à sa nièce, Ndoyi, depuis sa tombe, loin de sa terre, dans le sol de la Belgique qui lui est inconnu. En effet, pendant que le Congo-belge est en pleine bataille pour l’indépendance, la jeune et belle princesse Tshala, élève à l’école Sainte-Marie-de-la-Miséricorde fait une rencontre qui bouleverse entièrement sa vie. Elle tombe éperdument amoureuse de l’administrateur de district René Comhaire. Tous deux vont vivre au gré des passions qui consument leurs cœurs jusqu’à ce que la meilleure amie de Tshala à qui elle raconte toutes ses escapades amoureuses décide, probablement emportée par la jalousie, d’exposer à toute la classe l’idylle entre la princesse et le colon. Face à cette trahison, la jeune Tshala, fille du roi Kena Kwete III et farouche opposant au dominateur blanc, entre dans une colère meurtrière. Elle qui était promise à un autre prince pour consolider les liens entre les différents royaumes a la vie sauve grâce à sa tante Mengi qui va lui permettre de fuir sa terre :


    Vite, je te dis ! Emprunte à l’épervier ses ailes ou à la biche ses sabots, mais cours plus vite que le vent, tu m’entends ? Je ne devrais pas être celle qui organise ta fuite du royaume kuba afin de te soustraire à la punition que le roi est en droit de t’infliger pour ce que tu as fait à ton peuple – je ne le sais que trop bien. Mais j’ai décidé ce soir de bâillonner la servante du souverain pour faire parler la mère qui a porté pendant neuf saisons de pluie une fille qui te ressemble (DVC, 96).


    C’est ainsi qu’elle se retrouve dans la résidence de son amoureux qui, sentant le danger venir, a confié la princesse à son ami Mark De Groof. Pendant ce temps, une grande exposition universelle, Expo 58, se prépare en Belgique. Il se trouve que René Comhaire a fait le mauvais choix. Celui qu’il considère comme son ami lui en veut particulièrement. Le pseudo ami va violer la princesse avant de l’envoyer en Belgique, dans la délégation des indigènes qui ont été choisis pour être exposés dans un stand dénommé le village congolais, pendant le grand événement Expo 58. Malheureusement, Tshala mourra dans des conditions assez tristes. Quarante-cinq années après, sa nièce Nyota va se rendre dans le pays de Léopold II avec deux objectifs. Le premier, retrouver cette tante dont l’histoire lui a été racontée et, le second, poursuivre ses études. Le roman s’achève sur le compte rendu de la princesse Nyota à son grand père qui a su résister au temps, malgré sa santé fragile, dans l’espoir d’avoir des nouvelles de cette princesse jadis bannie.

    Lire Dans le ventre du Congo, c’est aller à la redécouverte du Congo-belge sous le joug colonial. De prime abord, le lecteur pourrait se décourager s’il se limite à l’analyse de la première de couverture, où le titre et l’image le situent dans le contexte de la colonisation, thème développé pendant des décennies par les plus éminents écrivains de la race noire. Au contraire, le lecteur est émerveillé par la nouvelle approche de la thématique coloniale proposée par Blaise Ndala.

    Son roman se démarque de celui des autres dénonciateurs de la colonisation par son choix d’en présenter une autre réalité. L’histoire amoureuse de la princesse Tshala et Comhaire vient assurer au lecteur que la race et la couleur de la peau ne sauraient être un obstacle pour un amour authentique, mais plutôt un partage d’expériences culturelles dont chaque partie doit pouvoir apprendre pour s’enrichir. L’autre singularité du romancier est qu’il oscille dans son récit entre deux époques : la période coloniale et postcoloniale. Il est important pour le lecteur de remarquer ici qu’en juxtaposant ces deux moments, le romancier met l’emphase sur les conséquences irréversibles de la première sur la seconde. L’hybridité tant du colon que du colonisé est un fait indéniable que les peuples devraient assumer pour projeter leur futur universaliste, débarrassé de tout préjugé.

    Blaise Ndala est donc, de par son parcours, le prototype du citoyen universel qu’il prône dans son roman. En effet, parti de son Congo Kinshasa pour la Belgique, il entraine avec lui une partie de son identité africaine. Après son séjour dans la capitale européenne, son voyage initiatique l’amène au Canada, pays dont il est aujourd’hui citoyen.


    Ce roman est donc une jonction entre deux périodes cruciales, qui convainc l’auteur sur la nécessité pour les Africains à revenir aux sources des valeurs africaines. Le but est de permettre aux jeunes de redécouvrir leur passé et eux-mêmes, afin d’apporter leur contribution dans ce monde hybride :


    Il me fallait, il me faut apprendre et peut-être un jour enseigner l’histoire qui remonte à plus loin que notre aïeul Woto le Preux Souverain, qui embrasse aussi l’épopée des rois du kongo avec dans leur sillage Kimpa Vita que d’aucuns continuent d’appeler Jeanne d’Arc noire […] Je ressentais et je ressens ce besoin de fouiner dans la mémoire broussailleuse d’un monde où le mystère côtoie l’évidence, ce que mon parcours scolaire, de même que les quelques manuels d’histoire que j’ai lus au gré de ma curiosité ne m’ont guère permis de cerner. (DVC, 363-364).


    Ce qui fait le charme de ce roman est la qualité de la langue qu’utilise l’auteur. Des phrases bien élaborées et accessibles sur du papier de qualité encouragent le lecteur à ne pas se séparer du texte sans l’avoir lu dans sa totalité. Le plus grand atout du roman de Blaise Ndala réside dans son procédé narratif. Le texte est une double narration, relayée entre deux narratrices notamment Tshala et Nyota. Bien que complexe et se déroulant dans des périodes différentes, l’écrivain réussi à créer une cohérence entre les périodes coloniale et postcoloniale où chacune des deux narratrices joue le rôle qui lui incombe.

    Le fait marquant est que Tshala raconte son histoire à sa nièce depuis sa tombe. Tandis que cette dernière prend le relais pour continuer l’histoire dans le présent. On est donc au cœur de la croyance africaine où « les morts ne sont pas morts », puisqu’ils vivent dans tout ce qui nous entoure, parfois même ils vivent en nous. C’est le cas ici, vu qu’il se trouve que Nyota a les mêmes caractère et tempérament que sa tante, en plus d’avoir le même totem. On est donc dans la réincarnation du personnage (Tshala I et Tshala II) venant apaiser sa famille qui a longtemps vécu dans la souffrance et l’incertitude du fait de sa disparition brutale, au propre comme au figuré.

    La rareté des séquences descriptives révèle le talent de conteur de Blaise Ndala qui sait retenir toute l’attention du lecteur. La description apparait dans son texte comme « des pauses narratives », (expression de Karl Cogard) pour permettre au lecteur de digérer les émotions reçues.


    Par Jean-Michel EKELE, auteur camerounais, analyste littéraire, formateur en creative writing et creative reading
         

  • Les 5 questions posées à Carmen TOUDONOU, écrivaine béninoise.

    Qui est Carmen Toudonou ?

    Je fais tout plein de choses. Je suis journaliste de formation, je travaille dans la communication institutionnelle et j’écris dans presque tous les genres littéraires. Je réalise et j’écris des films, je suis enseignante-chercheuse et je suis Présidente du concours Miss Littérature Afrique. Je suis aussi propriétaire d’un blog littéraire que vous retrouverez par ce lien: http://www.lebloglitterairedecarmen.wordpress.com

    Vous êtes, effectivement, l’auteure de plusieurs livres. Si une question de vie ou de mort vous oblige à ne choisir qu’un, lequel choisirez-vous ?

    J’hésite entre mon recueil de nouvelles  »Carmen Fifonsi Aboki (CFA) » qui a retenu l’attention des jurés du Prix Ahmadou Kourouma du salon du livre de Genève en 2020 (sélection)

    et mon premier roman  »Presqu’une vie » qui continue de faire l’objet d’une grande curiosité de par le monde entier. Autrement, mon livre préféré est toujours celui qui est en cours d’écriture.

    Littérature et jeunesse. Après ces Éditions de Miss littérature Afrique, peut-on espérer un Master littérature Afrique ?

    Ah non ! Ce n’est déjà pas facile avec Miss Littérature quand vous savez combien la littérature retient peu l’attention des décideurs par ici…

    Vous êtes la patronne de la littérature en Afrique et votre premier rôle est d’instituer un seul genre littéraire. Lequel instituerez-vous et pourquoi ?

    La nouvelle sans hésiter, car c’est le genre qui, selon moi, peut introduire le public peu habitué à la lecture. Sinon, le livre jeunesse pour habituer les enfants à la lecture.

    Que pensez-vous de la littérature au Bénin ?

    Vaste question. Je vais résumer en une phrase. Beaucoup de belles intentions, quelques fulgurances, énormément de problèmes à résoudre afin d’asseoir une vraie politique du livre.

    Line litt’

  • JOURNEE INTERNATIONALE DE L’ECRIVAIN AFRICAIN : Où en est l’Afrique avec ses propres valeurs littéraires ?


    L’écriture et l’Afrique se sont unies depuis que l’humanité a vu le jour, et, le temps, à mesure qu’il défile, démontre un peu plus combien la fusion entre les deux est aussi naturelle qu’évidente… Quand l’oiseau africain déploie ses ailes, ses plumes épousent les cieux avec une telle majesté que son vol est, à l’image du soleil au zénith, la plus éclatante représentation de la Nature…
    Comment ne pas alors remarquer l’importance de son activité pour l’ensemble du globe, tant elle sait aller au cœur de l’humanité pour y puiser les ressources nécessaires à l’amélioration de la condition humaine… La plume africaine est faite de la vie, de ses peines comme de ses joies… De son histoire et de ses espoirs les plus enfouis, mais surtout de sa Passion pour que son identité reste imprimée dans la mémoire des âges…


    Et cette année, plus que jamais la mémoire universelle l’a portée vers les sommets les plus illustres de l’Art : Abdulrazak Gurnah (Prix Nobel de Littérature), Mohamed Mbougar Sarr (Prix Goncourt), Blaise Ndala (Prix Kourouma), ou encore Boubacar Boris Diop (Neustadt International Prize for Literature).

    Ces plumes dont l’encre rappelle les valeurs chères au Continent Mère, en ce qui concerne l’écriture…

    Que d’encre et de salive à chaque fois que ces récompenses ont été attribuées. Que n’a-t-on pas lu venant de l’Afrique elle-même, concernant ces illustres valeurs et leurs distinctions… Bien avant ces écrivains, d’autres déjà subissaient les mêmes rejets, comme si cela pouvait guérir d’une frustration dont on est seul responsable… Et l’Afrique se plaît à séjourner dans ces égarements…
    Alors, prenons une seconde, le temps de cette journée, la 29e depuis son établissement, pour nous interroger sur la valeur de l’écrivain africain…

    Bien avant ces écrivains, d’autres déjà subissaient les mêmes rejets, comme si cela pouvait guérir d’une frustration dont on est seul responsable… Et l’Afrique se plaît à séjourner dans ces égarements…
    Alors, prenons une seconde, le temps de cette journée, la 29e depuis son établissement, pour nous interroger sur la valeur de l’écrivain africain…


    Puisque l’Afrique sait reconnaître dans l’action de l’autre des choses peu valeureuses, pourquoi n’avons-nous pas notre propre institution capable de porter les choses comme nous les voulons…

    Quelle est la place de l’écrivain africain au sein de sa propre communauté… Devra-t-il attendre d’être reconnu par l’extérieur pour être un exemple… Est-il nécessairement contre l’Afrique quand l’extérieur le sacre… Et l’extérieur, il est si libre d’orienter sa barque selon son vent, d’accoster où il lui plaît de parader son armature et d’y inviter qui sied à son confort…


    S’il faut parler d’encre, la fluidité de celle qui coule en Afrique est incontestable et sa crédibilité ne fait aucun doute ; elle est riche au même titre que n’importe laquelle peu importe sa source, car elle s’acharne au labeur contre les saisons et leurs caprices, descend les océans les plus bas et monte les sommets les plus hauts, par les cœurs et les âmes, pour ramener de cette lueur qui en fait toujours un héritage que l’on célèbre à la bonne heure…

    Prenons cette journée, et demandons-nous ce que nous ne faisons pas contre notre patrimoine… Lui donnons-nous les outils qu’il faut à ses mains… La nouvelle scène littéraire africaine a-t-elle des repères qu’elle s’est bâtis… Que faisons-nous des initiatives locales… En rions-nous ou les aidons-nous à s’établir… Et ces autres qui entreprennent, sont-ils disposés au labeur et à la patience… Que les réponses soient honnêtes et ouvrent à notre présent la perspective d’un lendemain dont les murs porteront l’histoire indélébile de la noblesse de notre Littérature…


    Journée de l’écrivain africain… Qu’avons-nous pour la célébrer… Qu’avons-nous à célébrer… La 30e rugit déjà au loin, bientôt elle sera au cœur de la savane… En serons-nous toujours là, enchaînés à nos envies cannibales, ou alors aurons-nous enfin marqué ce pas qui fera de nous cette communauté laborieuse que pourtant nous sommes… dans le fond… Créons l’Afrique que nous rêvons ou alors taisons-nous, par respect pour nos frères et sœurs qui œuvrent, peu importe le coin qui les héberge, à offrir à l’Afrique cette valeur qu’elle se refuse… S’opposer sans rien proposer, sans se disposer au labeur, c’est aussi infertile que le désert qu’un tel esprit vient exposer…


    Excellente Journée de l’Ecrivain Africain…

    Ray NDÉBI, traducteur / auteur / agent littéraire (Ônoan) / analyste littéraire camerounais

  • Les 5 questions posées à Viviane Moluh Peyou, auteure camerounaise

    Qui est Viviane Moluh Peyou ?


    Une passionnée d’écriture, une romantique dans l’âme qui la plupart du temps voit le monde différemment de ceux qui l’entourent, car loin d’être une personne curieuse, elle est très souvent moins captivée par la face visible de l’arbre peint sur une toile qu’intriguée par ce ou celui qui peut se cacher sur la face invisible. C’est une romancière qui souhaite consacrer sa plume à la dénonciation des maux sociaux en général, et en particulier ceux touchant la condition de la femme au sein des sociétés africaines.


    Que représente la littérature, l’écriture, la lecture pour vous ?


    Un refuge. Ce sont là trois mots magiques qui pour moi se résument en un seul : évasion. Pendant la lecture comme pendant l’écriture, je suis très souvent transfigurée ; une toute autre personne transportée du lieu où elle se trouve pour un autre imaginaire, abstrait. L’esprit littéraire se vérifie facilement chez ceux qui sont capables de se substituer aux personnages des livres qu’ils tiennent en main, en se déportant sur les lieux décrits et en ressentant jusqu’aux intempéries traduites par l’auteur. Un exercice familier que je parvenais déjà à faire depuis toute petite et qui m’a valu auprès des miens le qualificatif « d’Alice au pays des merveilles ».


    À côté de cette évasion, il y a ce désir de faire entendre à travers la littérature, l’écriture et la lecture, une opinion que je pense importante. Une sorte de cri sourd qu’en réalité l’on souhaite strident. Enfin, il y a la possibilité que m’offre ce trio d’apporter ma modeste contribution aux changements inévitables auxquels le Cameroun comme l’Afrique sont appelés à se plier sous différents aspects.


    Votre nouveau roman, Les choix de l’ombre, a paru cette année. Pouvez-vous nous parler de lui, de son idée d’écriture à sa parution ?

    Le projet d’écriture du roman Les choix de l’ombre germe après que j’aie suivi le récit d’un fait divers de trop, sur une chaîne de télévision bien connue de notre pays. Ça concernait le viol d’une petite fille finalement décédée, par un membre de sa famille soit disant en fuite. Un énième cas qui avait à ce moment agi dans ma mémoire comme une coupe anormalement pleine, à la suite des horreurs lues de part et d’autre sur la toile chaque jour.


    Cependant, à l’entame de ma rédaction, alors que j’ai en tête d’orienter les projecteurs sur la victime du viol qu’est Zelda, mon clavier devenu incontrôlable finit par m’imposer une héroïne inattendue : Sonia, la sœur aînée de celle-ci. Sonia dont l’âme simple du début de l’histoire ne laisse rien entrevoir de la fougue avec laquelle elle mènera les différents combats qui lui imposeront de faire différents choix à différents moments. À ce sujet, il me souvient qu’un jour, à la question de savoir comment avançait l’écriture de ce roman, j’ai répondu à mon interlocutrice, José Meli : « Je ne sais plus où est-ce que ses personnages m’emmènent. Je n’arrive plus à les contrôler. Plus j’avance, plus ils me détournent systématiquement de l’idée initiale que j’avais ». Alors avec sagesse elle m’a dit : « Si tu sais qu’il y a une suite logique dans leurs agissements, pourquoi ne pas les suivre aveuglement ? Laisse-les te guider. Peut-être ce ne sera pas ce que tu avais prévu toi, mais il se peut aussi que le résultat final soit meilleur que ce à quoi tu pensais. C’est aussi cela l’imaginaire ».


    Il faut dire que j’ai la fâcheuse habitude d’écrire parallèlement deux ou trois romans. J’achève donc Les choix de l’ombre avant ceux commencés devant lui, il est accepté par une maison d’édition à peine deux semaines après envoi du manuscrit et arrive sur le marché du livre avant son aîné pourtant officiellement publié quelques mois auparavant. Un véritable «Veni vidi vici » !

    S’agissant des points abordés, hormis la question du viol, il y a la condition de la femme au foyer dans nos sociétés africaines ; le traitement parfois réservé à celles qui éprouvent des difficultés à enfanter ; le veuvage ; les conséquences du gain facile ; la dénonciation du trafic d’enfants et d’organes ; etc.

    Quelle est la cible de ce livre et quelle(s) stratégie(s) adoptez-vous pour le rapprocher de sa cible ?


    Je ne me risquerais pas à limiter la liste des destinataires, du moment où il s’agit d’une dénonciation. Tous les acteurs de la société sont interpellés ici. Certains, peut-être, classeront ceci dans la littérature féminine, mais il n’en demeure que nous sommes tous concernés par ce fléau qui gagne de plus en plus du terrain. Chacun à son niveau devrait pouvoir agir pour faire siffler la fin de la récréation.
    Naturellement, pour que le message porte, je compte m’adosser sur les promoteurs littéraires d’ici et d’ailleurs, qui voudront bien m’accompagner. L’achat d’un exemplaire est un bon début pour qui souhaite soutenir cette bataille contre le viol et les abus divers.

    Que pensez-vous de la jeune scène littéraire camerounaise ?


    Au regard de ce magnifique éveil qui virevolte entre promoteurs, critiques et jeunes plumes littéraires qui nous font découvrir chaque jour un savoir-faire digne de ce nom, je ne peux qu’être fière d’appartenir à cette grande famille. Il est clair qu’un avenir radieux attend chacun de ceux qui se donneront à fond pour la publication des œuvres, surtout des œuvres engagées indispensables au devenir de notre pays, de notre continent et de notre planète.

    Line Litt’

  • Il a été lu – Reconnaissance : Recueil de témoignages de Calixte Laurence

    Vous est-il déjà arrivé de lire un livre et qu’une fois terminé, tellement il vous a touché, vous voulez garder ses mots pour vous seul.e ? C’est ce qui m’arrive avec ces 92 pages.

    Le 22 octobre, l’auteure a fêté ses 25 ans. Ce livre est un cadeau qu’elle s’est offert et a voulu le partager avec nous.

    Reconnaissance marque un point d’ancrage pour l’auteure, aujourd’hui qu’elle a vingt-cinq ans.

    Reconnaissance, c’est une mise à nu de Calixte Laurence, une sincérité qui vous offre un regard nouveau sur les jeunes qui, comme elle, sont victimes de leur quart de siècle. « À 25 ans, on n’échappe pas à la pression sociale… Et pour les jeunes femmes, c’est doublement compliqué ! »

    Je ne vous en dirai pas plus. Je vous invite à partager cette émotion en commandant votre exemplaire par ce lien : http://wa.me/650676593

    Line Litt’

  • Les 5 questions posées à Jean-Paul TAGHEU

    Comment vous définissez-vous, Jean-Paul TAGHEU ?


    Je suis un être humain. Je suis un vivant humain au milieu d’autres vivants qui se sent concerné par ce que ceux-ci vivent. Mon statut de philosophe, de théologien et de religieux n’est là que pour m’aider à être plus humain et vivant, dans la coexistence avec le monde.

    VIE AGONIQUE. Pourquoi ?


    Le terme grec « agonia » se traduit par lutte, par combat. Le sens clinique ou médical de coma, de fin de vie et de mort est malheureusement plus connu et répandu que son sens originel. Une vie agonique est une vie de lutte, de combat, de bataille et d’engagement.

    Par ce titre, j’ai voulu exprimer la violence quotidienne que nous infligent la misère, la pauvreté et autres prédicaments favorisés par une mal gouvernance tous azimuts de nos Etats. Au fond, il traduit une adversité politique, économique et sociale dont on fait face au quotidien, surtout quand on vit dans un pays dit pauvre et très endetté. C’est pourquoi le premier sous-titre auquel j’avais pensé était : au quotidien des tropiques.

    Dans votre recueil de poésie, «agonie» apparaît à plusieurs reprises. On sent bien votre désir de bousculer les codes, un engagement profond du côté du pauvre et de l’opprimé. Vous reconnaissez vous comme un auteur camerounais engagé ?


    Quand on est un être humain, on est engagé et on a une responsabilité vis-à-vis de soi-même et des autres êtres humains présents dans la même existence que soi. En cela, être homme c’est, pour moi, être engagé. Mon engagement est une contribution à ce que l’humanité atteigne sa plénitude, sa stature maximum en termes de bonheur total et intégral de vie pour lequel elle a été créée. De fait, dans l’agonie politique, économique et sociale, on est engagé pour la vie et la survie. On lutte pour échapper au tombeau « forcé » de la misère et de la pauvreté, au tombeau politique, économique et social qui engloutit des milliers de personnes par jour. Pour mon propos, vie agonique est une lutte pour la justice et la paix, la vérité et l’amour en vue de la plénitude, c’est-à-dire en vue de la vie en surabondance.

    Votre engagement pour les minorités et délaissés s’est-il clairement défini avec votre plus religieux ?


    Plutôt que d’aspect, je parlerai de mon statut de religieux, c’est-à-dire de frère dominicain, frère prêcheur. Nous avons, comme tel, à la suite du Christ, un souci pour les gens d’en-bas, « les oubliés du partage », les exclus du bien commun. Dans le livre de l’Exode, Dieu dit à Moïse : « j’ai vu la misère de mon peuple… » (Ex 3, 7) Toutefois, on n’a pas besoin d’être religieux pour compatir, pour sentir l’autre dans ses souffrances, dans sa misère et sa pauvreté. Si tout être humain porte en lui la forme entière de l’humaine condition, comme l’écrivait Montaigne, tout être humain aussi devrait se sentir concerné quand cette humanité de chacun et chacune de nous se trouve menacée, persécutée, en détresse de quelque manière que ce soit.

    Lisez-vous les jeunes auteur.es.s camerounais ? On va ajouter une petite dernière, quel est votre avis sur le paysage littéraire camerounais ?


    Je suis littéraire de formation. J’ai beaucoup d’amour pour l’écriture en général et pour l’écriture africaine en particulier. Toutefois, depuis quelques années, mon statut ecclésiastique dans la société, m’a fait perdre un peu de la communion avec le monde littéraire, en ce qui concerne l’actualité des productions. Toutefois, je m’informe autant que faire se peut. Je note une grande fécondité dans les productions littéraires au Cameroun. Il y a 24 ans, quand j’étais encore étudiant, il n’y avait pas une telle fécondité. Il y a du génie et de l’audace. Les éditions Go’tham ont publié certains de ces jeunes. Je ne peux que m’en réjouir de ce que la plume africaine écrive bien notre vie et notre histoire.

    Line Litt’

  • Les appels à textes : finalité pour les participants ?

    Avez-vous, vous aussi, remarqué que les appels à textes pullulent l’espace littéraire africain ? Il ne se passe pas une semaine sans avoir un communiqué du genre sous les yeux. La poésie et la nouvelle sont très souvent à l’honneur – la longueur des textes y est sûrement pour beaucoup. C’est beau tout ça ! C’est galvanisant tout ça ! Mais je n’arrête pas de me demander quel est le réel intérêt de ces appels à textes. Les participants sortent-ils de là avec un plus ? La question me taraude encore plus l’esprit lorsque le gain est une somme d’argent. « Wow ! Qu’est-il.elle censé.e faire avec cette modique somme ? », ai-je souvent envie de crier.

    • Les appels à textes servent-ils réellement les lauréat.es.s ?
      Généralement, nous avons droit au communiqué qui annonce l’appel à textes et quelques semaines ou mois plus tard, au résultat. Et là, je reste perplexe. Quels sont les critères d’évaluation ? Pourquoi le(s) lauréat.es.s devrait(ent)-il.elle.s être fier.ères.s de ce résultat ? Qu’est-ce que les autres auraient dû faire pour être lauréat.es.s ? Etc. Oui, il y a toujours cette mention sur le jury composé d’éminentes personnalités de la littérature… Toutefois, à mon humble avis, je pense qu’il faudrait faire plus que collecter des textes, convoquer un jury et donner des résultats. Pourquoi ne pas faire passer, par exemple, ces lauréat.es.s en atelier d’écriture

    ou même en simple entretien pour leur expliquer le pourquoi de ce sacre et les axes d’amélioration ? Pareil pour les finalistes déchu.e.s. La distance entre certains promoteurs et lauréat.es.s pour établir ces ateliers? Elle n’existe plus avec internet. Ce qui devrait primer ici c’est la volonté d’apporter un plus. Si certains le font, bravo !

    • Les appels à textes sont-ils une sorte de défi ?

    S’il y a bien une chose qui règne dans le milieu littéraire – au Cameroun par exemple – c’est ce que j’appelle le « Moi aussi » : s’il l’a fait, moi aussi je peux le faire.

    Il n’est pas mauvais dans le principe, loin de là, il est juste parfois mal abordé. Nombreux lancent ces appels à textes sans avoir une réelle direction, parfois par souci de publicité. Un coup très souvent gagnant !

    • Les appels à textes sont-ils une sorte de business ?
      Lorsqu’il est demandé aux candidat.es.s de déposer une certaine somme pour voir leurs candidatures acceptées, pour qu’au final il n’y ait qu’un.e lauréat.e ; que le(la) dit.e lauréat.e gagne quelques exemplaires de son texte ou une modique somme, c’est à se demander ce qui se passe. L’éditeur n’a-t-il pas assez de moyens pour la gestion du prix du(de la) lauréat.e ? Vu qu’il ne dépensera pas la totalité de cette « cotisation » des candidat.es.s, comment utilise-t-il ceci ? Cela rentre dans sa caisse ?

    Et pourquoi ? Parce qu’il a lancé un appel à textes « participatif » ? Est-on loin d’une édition à compte d’auteur dans ce cas ?

    Au final, on revient à la question : les appels à textes servent-ils les lauréat.es.s ? Le pire est que, très souvent, après la déclamation des résultats, tout est fini. Au mieux on pense business avec une séance de dédicace et c’est tout, rendez-vous au prochain appel à textes.
    Je ne nie pas le fait qu’être lauréat.es.s soit un bon point pour le CV. Mais, pour une meilleure évolution et évaluation personnelle du potentiel, ils devraient tout au moins avoir plus d’informations sur leurs travaux. Ils devraient savoir où ils pèchent afin d’être mieux outillés. Le monde devrait les connaître : un accent sur leur valorisation ne serait pas de trop. C’est aussi ça la philanthropie en littérature.

    Chers lecteurs, chers lauréats, n’hésitez pas à me dire en commentaire ce que vous pensez des appels à textes. Votre apport est précieux.

    Line litt’

  • Les 5 questions posées à Christelle NOAH, promotrice de la maison d’édition Éclosion

    Christelle NOAH

    Qui est brièvement Christelle NOAH ?

    Bonjour et merci pour l’honneur que vous accordez à Éclosion.
    Je suis Christelle Noah, diplômée de l’ESSTIC (École Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Cmmunication) et Directeur général de la maison d’édition Eclosion. 

    Votre maison d’édition en quelques lignes ?

    Après avoir effectué plusieurs stages dans différentes maisons d’édition, je décide de créer Eclosion afin de valoriser la culture camerounaise et d’apporter ma pierre à l’édifice de l’édition au Cameroun. Depuis sa création en 2019, Eclosion a réussi à publier de nombreux auteurs à l’exemple de Joël Nana Kontchou (ancien Directeur général D’ENEO), le Pr. Faustin Mvogo, le Dr. Fridolin Nke, la journaliste Aline Fomete…

    Vous lancez le prix littéraire Òsu, quelle est sa plus-value ?

    La singularité et l’originalité de ce prix se situent déjà dans le choix de l’appellation. Vous savez, ce n’est pas courant de voir un prix littéraire dont le nom est porté par une langue locale. Òsu est un symbole de notre richesse culturelle. Au-delà de cet aspect symbolique, le prix met un fort ancrage sur la valorisation de la jeunesse ; car nous avons constaté que beaucoup de jeunes auteurs ne disposaient pas de moyens pour se faire publier.

    Les conditions de participation au prix Òsu sont simples : Il faut être de nationalité camerounaise, âgé(e) de 15 à 40 ans, payer la somme symbolique de 10.000 francs CFA comme frais d’inscription pour s’offrir l’unique opportunité de faire publier son ouvrage, remporter une somme de 200.000 mille FCFA et le tirage de 300 exemplaires de son ouvrage. Seule Eclosion peut se permette d’offrir une occasion aussi passionnante à la communauté littéraire.

    Quel est votre avis sur l’espace littéraire camerounais?
     
    Je suis vraiment satisfaite de constater que cet espace littéraire est en pleine expansion. Grâce à Eclosion et à de nombreuses autres maisons d’édition, nous avons réussi à rendre cet espace dynamique, attrayant et surtout passionnant. Les tendances sur l’inculture de la jeunesse connaissent de plus en plus un recul suscitant un espoir de renaissance pour le secteur de l’édition. Vous savez la littérature est le reflet de l’éducation dans un pays. L’émergence des grandes figures comme Djaili Amadou, Aline Fomete, Rosine Yemele ou encore Yves Alain Secke est la preuve que l’espace littéraire camerounais a fait sa mue pour se consacrer exclusivement à l’éducation de notre jeunesse.
     
    En trois mots et selon vous, quelles sont les caractéristiques d’une plume qui mérite d’être éditée ?
     
    Croyance, intérêt et pertinence. Un auteur doit croire au contenu qu’il propose aux lecteurs. Aussi, il faut que l’histoire soit intéressante pour captiver l’attention. Enfin, il y a la pertinence, car c’est elle qui est la plus-value de l’auteur et permet d’éduquer le lecteur.

    Line Litt’

  • Il a été lu – Le cancer de Carine du Congolais (RDC) Tiguy ELEBE MOTINGIYA

    Le cancer de Carine

    « Bon anniversaire, Chou cœur ! Tout de bon ! Sois béni, je t’aime ! »

    Tel fut le vœu de Carine, couchée dans un lit d’hôpital. La maladie n’avait pas eu raison de son amour pour son Tiguy, son compagnon de toujours.

    Le cancer de Carine est un récit posthume, une histoire vraie, que Tiguy Elebe Motingiya a souhaité partager avec nous. Il paraît en 2015 aux Editions L’harmattan, RDC. Les événement se déroulent entre Kinshasa où Tiguy à un boulot stable, et Bruxelles où est alitée Carine.

    Ces deux-là avaient tout pour être heureux. Ils s’étaient rencontrés en 2002 à l’Université Protestante du Congo, parce que Carine se demandait si Tiguy n’était pas un descendant de Lumumba. A l’époque, sa coupe de cheveux, avec une raie prononcée et ses lunettes – loin d’être médicales –, intriguait cette jeune femme dont on trouvait les courbes délicieuses et le sourire envoutant. Lumumba ! Bien loin du Denzel Washington auquel Tiguy croyait ressembler : « Moi qui voulais être le sosie de Denzel Washington ! Zut ! Quel terrible crêve-cœur ! » P.17. Cette confusion était le début d’une belle aventure. Ils ont multiplié les rendez-vous jusqu’à celui qui les a uni huit ans après, devant Dieu et devant les hommes. Quatre ans à peine de mariage, et tout a basculé. Le cancer, ce tueur silencieux, avait imposé sa loi.

    Lire ce récit, c’est avoir Tiguy Elebe Motingiya, enfant d’une fratrie de quinze, assis en face de nous, l’air hagard, la douleur sur chaque trait du visage, s’efforçant de ne verser aucune larme, pour Carine, pour sa famille, pour lui, pour sa foi en Dieu.

    S’il y a bien une chose qu’a l’auteur, c’est une belle force narrative. Chaque phase est présentée tel qu’on devient vraiment cette oreille à laquelle il se confie. Son usage répété des flashbacks situe le lecteur dans le contexte des évènements. Malgré les coquilles, cette force de narration garde toute son intensité. L’éditeur aurait toutefois dû faire plus attention.


    Carine croyait fermement en Dieu et avait réussi à faire naître cette foi en son époux. Un exploit, quand on sait combien ces hommes peuvent être têtus ! Même au plus mal de sa forme, elle se rendait à l’église. Si elle la trouvait bondée, elle restait dans la rue, parfois assise sur le trottoir, pour louer son Dieu. « Lorsque j’ai parfois eu l’impression qu’il était inutile de prier, Carine m’enseignait que la prière est d’abord une recommandation divine et que, ensuite, elle donne la paix et chasse l’inquiétude. » P.60.

    Carine savait que le nouveau tournant de sa santé n’était pas celui de la guérison. Tiguy aussi. Leur foi en Dieu leur a permis de traverser cette épreuve avec dignité ; rares sont les personnes de leur entourage proche au courant de son état. Avant que cela n’empire, elle sortait, toujours souriante, avec son époux et ses amies. Par sa joie de vivre, personne ne pouvait s’imaginer les souffrances qu’elle endurait à cause de la chimiothérapie. Carine souffrait d’un cancer du sein. Avoir des enfants, une chose à oublier dans ce cas-là, le développement des hormones aurait provoqué une évolution rapide de la gangrène.

    « L’irréparable vient d’arriver ! » P.55. C’est assis dans un airbus, alors qu’il s’envolait d’urgence pour Bruxelles, que Tiguy, ignorant la consigne de l’équipage sur l’extinction des appareils électroniques, va avaler, nez pincé, ces mots de son beau-père. Carine était partie, elle ne l’avait pas attendu, elle ne voulait pas qu’il vive ses derniers moments. Il avait ressenti sa présence alors qu’il était en chemin pour l’aéroport. Un léger vent l’avait enveloppé et avait fait monter son adrénaline ; il était loin de penser que c’était son dernier souffle qu’elle lui envoyait.

     »Le cancer de Carine », c’est 66 pages et six parties. Le chiffre 6, la symbolique de la féminité, la beauté, l’amour, la famille, l’esthétisme, la droiture, l’équilibre, la décence… Ces choses qu’affectionnait Carine et qui la représentaient. Tiguy Elebe Motingiya, par ce récit dramatique, désire sonner une énième alerte : le cancer doit connaître une meilleure campagne. Il est très souvent détecté lorsqu’il est déjà à un stade avancé, diminuant ainsi les chances de guérison. Si l’on ne peut pas encore déterminer avec exactitude les causes du cancer, peut-être serait-il juste d’établir des campagnes de dépistages gratuites et fréquentes à tous les niveaux de nos sociétés.
    Carine ne demandait qu’à mener une vie heureuse et s’assurait des habitudes saines. Elle est partie dans la fleur de l’âge, au mois d’octobre, en 2014. Ecrire ce livre a été pour Tiguy un moyen de remonter la pente. Trop de choses devaient s’exhumer pour qu’il guérisse, quoique partiellement, de ce chagrin.


    Tiguy Elebe Motingiya, aujourd’hui, est l’un des promoteurs littéraires qui font bouger la République Démocratique du Congo, et l’Afrique en général. Il dirige le mouvement littéraire Les Plumes Conscientes qui promeut les plumes et les acteurs autour, sans distinction de race ou de nationalité, pour une émergence plus vive de la littérature.