Bonjour, Emadange ! Nous vous laissons décliner vos casquettes.
Je suis Emmanuel Yada à l`état civil et « Emadange » c’est mon nom de plume. Raconteur, poète et slameur, j’ai à mon actif plusieurs textes oraux disponibles sur YouTube, et mon tout premier récit, Maurelle et Flora, publié en fin 2020. En bref, je suis passionné des lettres et étudiant en cycle de master à l’université de Buea au Cameroun.
Poète, slameur, auteur d’un récit… Que représentent l’écriture et les Mots pour vous ?
Pochette d’un clip d’Emadange, le slameur
L'écriture… L’écriture est ma compagne, celle-là qui m’épargne de commettre un certain nombre de bêtises… Figurez-vous, lorsque je suis en colère, la chose qui m'apaise le mieux, c’est l'écriture; c’est elle qui sait me toucher. Ce que j’écris à ce moment-là n'a pas besoin d’être propre ou beau, tout ce qui compte, c`est me libérer le cœur, le débarrasser de cette gangrène-là, de cette colère qui l’empoisonne. Les mots, l’écriture, la poésie, le racontage… tous soignent mes maux et m’aident à dire tout ce que de vive voix, je n’oserai proférer.
Le récit Maurelle et Flora est une réédition de Amour versus réalité, et il parait en 2020. Quelle est votre analyse de l’édition en Afrique ?
Oui, Maurelle et Flora est une réédition de Amour versus réalité. Je ne sais pas si j’ai un mot à dire, je n'en connais pas beaucoup. En ce qui concerne l'édition en Afrique, japprécie beaucoup le travail abattu par des maisons d’édition sénégalaises. De celles que je connais, la production est impeccable… Quant aux éditeurs camerounais, mon expérience n’a pas été bonne. Oui, il y a quelque part de l’engagement, mais jusqu’ici, je peux décrier un manque de communication, d’abord avec leurs auteurs et ensuite avec le public. Il n’est pas agréable que des éditeurs jettent des fleurs aux auteurs au début de l’édition et qu’après la parution du livre, tout tombe aux oubliettes. Il existe des éditeurs au Cameroun qui ne se donnent pas à fond dans ce que je peux appeler le marketing et la valorisation des auteurs. Ils ne sont que des commerçants en fait.
Plusieurs se plaignent du fait que les livres ne se lisent pas. En tant qu’auteur, qu’en pensez-vous et quelles initiatives prenez-vous pour »recruter » des lecteurs pour vos productions ?
Les livres ne se lisent peut- être pas assez mais les textes se lisent sur Wattpad et sur Facebook entre autres. Nous comptons de nombreux lecteurs assoiffés sur la page Facebook d’Ernestine Nadia et sur celles de bien d’autres auteurs… Nous sommes à une ère technologique où tout – ou presque – se passe et passe sur les réseaux sociaux. Plusieurs lecteurs attendent le livre sur leurs smartphones, d’où le problème d’accessibilité du livre pour tous à revoir.
Dans la région où je vis, on compte très peu de bibliothèques; on a plutôt des archives, sans exagérer! il n’y a pas du neuf et on compte environ 90% de littérature française, langue que plusieurs ne consomment pas.
Avant de « recruter » des lecteurs, il faudrait que les promoteurs du livre, les éditeurs y compris, soient en symbiose avec les médias et les bibliothèques. Pour sortir du placard, le livre doit être promu comme les oeuvres musicales. Le livre est un produit qui a besoin de publicité, tout comme la brosse à dents, par exemple ! En tant qu’auteur, je me rapproche des lecteurs afin de susciter en eux l`envie de lire, en publiant quelques fois des extraits de textes pour capter leur attention…
Quels conseils donnez-vous aux auteurs en herbe ?
Je Nous conseille d’écrire, écrire, écrire et écrire encore et encore sur ce qui nous ressemble; écrire pour peindre nos différentes sociétés. Et surtout, beaucoup lire, découvrir les autres. Sans oublier : «Practice makes perfect».
Emadange, merci de nous avoir accordé votre temps.
Linelitt’
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Acolitt assure la relecture / correction de vos tapuscrits | La communication sur vos œuvres littéraires, évènements et entreprises de littérature | La traduction de vos textes littéraires. Contacts: acolitt_communicationlitteraire@outlook.com
BALIMA Lazare est un auteur burkinabè et promoteur culturel. Évoluant dans le domaine du théâtre et du cinéma, il est aussi le Président de l’Association Des Alliés du Livre (ADAL).
Quel regard posez-vous sur la littérature au Burkina Faso et en Afrique en général.
Personnellement, je pense que la littérature africaine et particulièrement au Burkina Faso est en train de prendre son envol. On constate de plus en plus la naissance de jeunes auteurs avec des plumes très déterminées et porteuses de messages de construction, de libération de formation.
L’association Des Alliés du Livre (ADAL) est une association de promotion de la lecture, de l’écriture, du livre en général. Quelles en sont les principales activités ?
La lecture étant la base de tout, l’ADAL se donne pour mission de la promouvoir en passant par la promotion de la littérature de façon générale. Et nos principales activités sont entre autres : – Le Concours de Lecture et d’Eloquence (CLE) qui est une compétition inter-établissement d’enseignement sur la lecture à travers le slam, l’art oratoire et le jeu de cracks. Toutes ces trois catégories se font à base d’un thème général inspiré d’œuvres littéraires dont la lecture est imposée aux différents compétiteurs. – La rentrée littéraire qui permet de découvrir de nouvelles œuvres et leurs auteurs à travers des conférences et d’autres domaines de la culture. Il s’agit ainsi d’offrir un cadre d’échange entre auteurs et lecteurs. – L’émission A LA BARRE réalisée en partenariat avec l’Agence de Consulting Littéraire (ACOLITT) au Cameroun. C’est une émission mensuelle qui se fait en ligne.
Il y a bien sûr d’autres activités que vous pouvez consulter sur notre page Facebook (Association des alliés du livre). D’autres seront lancées les années à venir ; nous allons les taire pour le moment afin de vous réserver une surprise.
Nous savons que la finale de la deuxième édition du CLE se tiendra ce 9 avril. Quel est l’objectif de ce concours et la finalité d’après concours pour le(s) lauréat(s) ?
Le Concours de Lecture et d’Eloquence (CLE) vise à redynamiser le goût de la lecture, orienter les jeunes dans les recherches. En effet, comme je le disais plus haut, le thème est toujours inspiré de la lecture d’œuvres littéraire de plusieurs genres. Ainsi, pour mieux réussir l’exercice, les candidats sont obligés de lire non seulement les œuvres qui leur sont imposées, mais aussi de lire d’autres œuvres traitant du même thème. Ces recherches littéraires doivent être utilisées pour des débats littéraires, composer des slams et des réponses à des questions de culture générale littéraire.
Avec le CLE, on apprend à aimer la lecture en apprenant à savoir ce que l’on peut faire avec les connaissances que nous tirons de ces lectures.
Quel est votre souhait pour l’espace littéraire africain ?
Mon plus grand souhait pour l’espace littéraire africain, c’est l’union et la solidarité des promoteurs, des auteurs et de tous les acteurs de la chaîne du livre. Mais surtout, je souhaite une réelle politique en faveur du livre de la part de nos dirigeants.
Née officiellement en 2020, ÔNOAN a su au fil des mois gagner la confiance des amoureux des lettres, et intéresser ceux qui boudaient encore la chose. C’est une équipe qui travaille au quotidien pour l’émergence de son savoir-faire, mais aussi pour que les belles-lettres asseyent encore plus leur pouvoir et leur noblesse.
Dès l’entame de cette aventure, l’association ÔNOAN a surpris l’espace littéraire avec un appel à textes pour un accompagnement de six mois, ONOAN WRITINGS saison 1. Bien que limité au Cameroun, cet appel à textes a été bien accueilli et des dizaines de candidatures ont été reçues. Malheureusement pour ces assoiffés de connaissances, seuls dix lauréats étaient attendus.
Atelier de creative writing avec les lauréats Ônoan writings
ÔNOAN s’est placée parmi les leaders pour l’accompagnement littéraire en Afrique en peu de temps. Ne vous fiez surtout pas au temps pour la juger ! Cette association regroupe des professionnels du livre de différents profils qui ont longtemps œuvré en solitaire ou dans l’ombre ; jusqu’au jour où ils ont décidé de fédérer leurs forces. Analyste littéraire, relecteur, communicateur littéraire, formateur et expert en creative writing et creative reading, traducteur littéraire, bibliothécaire sont ces quelques profils qui posent chaque jour une pierre à l’édifice de la littérature en Afrique et même au-delà.
Carole MBAZOMO, présidente et co-fondatrice Ônoan, auteureRay NDÉBI, formateur en creative writing et creative reading, traducteur, auteur, co-fondateur ÔnoanAubin Eyike, chargé des partenariats, analyste littéraireJean-Michel EKELE, formateur en creative writing, auteur, analyste littérairePauline ONGONO, chargée de communication, relectrice, bibliothécaire
Les années 2020 et 2021 ont été très mouvementées pour cette association. Si nous nous basons seulement sur sa page Facebook, au premier semestre 2021, près de quarante échanges littéraires ont été faits dans des établissements scolaires et universitaires et avec des associations littéraires en Afrique, des centaines d’auteurs y ont été mis en avant, des dizaines d’institutions et évènements littéraires ont été promues… Nous n’oublierons pas son accompagnement technique dans des projets littéraires au Cameroun et ailleurs.
La panoplie d’images à ce lien : https://www.facebook.com/OnoanLitterature/
Logo officiel Ônoan
Cette année, ÔNOAN a annoncé, au mois de janvier, la mise sur pied de sa maison des cultures. Il s’agit d’une bâtisse située dans le département de la Lékié, à Nkombibam 2. Elle accueille des résidences, des ateliers d’écriture, de lecture et de traduction ponctuels, des spectacles, et autres attractions servant à dynamiser Nkombibam 2 et ses environs. Cette maison des cultures a d’ailleurs servi de village de la CAN, au grand bonheur des populations. En outre, son académie littéraire et son agence littéraire se sont réaffirmées dans l’univers littéraire. Les amoureux des lettres peuvent désormais bénéficier, peu importe l’endroit où ils se trouvent, d’une formation de qualité à la créativité littéraire.
Vous l’avez sûrement compris, Ônoan c’est : une académie littéraire, une agence littéraire, une maison des cultures.
Maison des cultures Ônoan à Nkombibam 2 par Monatélé (Lékié, Centre-Cameroun)
Dans cette quête de transmission et d’acquisition des connaissances, les élèves ne sont pas en reste : ÔNOAN a mis sur pied les « Clubs ÔNOAN » qui se tiennent dans les établissements scolaires, sous accord du staff éducatif.
ÔNOAN répond à toutes vos questions d’ordre littéraire à l’adresse : masug@onoan.com et en message privé sur leurs pages sur les réseaux sociaux : ônoan (Facebook, Twitter, LinkedIn).
Cécile AVOUGNLANKOU, auteure et activiste littéraire béninoise
Bonjour,CécileAVOUGNLANKOU ! Nous vous laissons vous présenter.
Je suis Cécile Avougnlankou. Je suis professeur certifiée de français. J’enseigne le français dans les collèges et lycées du Bénin. Je suis la fondatrice de la page de littérature Fémicriture et du site www.femicriture.com. J’ai co-écrit plusieurs ouvrages et le dernier est «Sororité chérie». Je suis l’auteure d’une pièce de théâtre «Mes poupées noires, noires» qui sera publiée bientôt.
Pouvez-vous nous donner plus de détails sur FEMICRITURE?
FÉMICRITURE est une page de littérature. Elle s’intéresse exclusivement aux œuvres publiées par des femmes africaines et afrodescendantes. C’est un choix que nous avons opéré dans le but de donner de la visibilité aux femmes qui sont souvent peu connues, peu lues.
Les objectifs de la page FÉMICRITURE sont :
✓ Faire découvrir la littérature féminine africaine et afrodescendante, ✓ Donner de la visibilité aux écrivaines africaines et afrodescendantes ✓ Faire aimer cette écriture. Faire lire cette littérature en pleine éclosion..
Comme activités, Fémicriture propose :
✓ Des comptes rendus de lecture des livres de femmes. Fémicriture ne se contente bien sûr pas de simples comptes rendus de lecture. Elle va au-delà et propose des analyses de textes ainsi que des études des thèmes abordés par les livres. Ces études peuvent nous faire rappeler l’histoire, la politique, les traditions, … que nous proposons à nos lecteurs afin qu’ils comprennent que les livres nous disent la vie et le monde dans lequel nous vivons ; ✓ Des incitations à la lecture, en proposant des titres de livres découverts, en lisant des extraits de textes intéressants surtout dans les écoles, en copiant des extraits de textes au tableau afin de motiver les élèves à la lecture des livres au programme ;
✓ Des rencontres d’auteurs ; ✓ Des débats autour de sujets d’intérêt ; ✓ Des sensibilisations des jeunes (sur divers thèmes, les livres nous servent parfois de support…) ; ✓ Des prescriptions littéraires (les auteurs prescrivent leurs livres aux lecteurs, ces livres constituent la pharmacie de Fémicriture) ; ✓ Des présentations de livres au cours de leur lancement ; ✓ Organisation de jeux concours en s’inspirant des livres pour mieux les faire connaitre ; ✓ Les sensibilisations par les textes ; ✓ Les rencontres avec les enfants (Fémicriture dispose de livres pour enfants qu’elle va bientôt mettre à la disposition des tout petits pour les inciter à la lecture).
En plus de notre page Facebook, nous avons un site internet : https://www.femicriture.com dans lequel vous retrouverez, en plus de nos activités sur Fémicriture, de nouvelles rubriques qui vont vous enchanter.
Ce mouvement littéraire est-il confronté à des difficultés ?
Nous rencontrons quelques difficultés telles que :
✓ L’accès aux livres. A part certaines auteures dont les livres se retrouvent facilement dans nos librairies, la grande majorité (connue en occident) est absente de nos rayons.
✓ Très souvent des soucis financiers pour acheter tous les livres que je voudrais, et peu de temps pour lire autant que je le voudrais. ✓ La connexion internet chez nous est depuis peu très couteux; ce qui ralentit le travail. ✓ J’aurais aimé ne travailler qu’avec des femmes sur ce projet. Malheureusement, ce sont les hommes qui s’empressent pour travailler avec moi.
Tel que souligné plus haut, vous êtes l’une des contributrices du recueil «Sororité chérie». De quoi s’agit-ilconcrètement ?
Oui, je fais partie du magnifique projet « Sororité chérie » de la béninoise Carmen Toudonou. De quoi s’agit-il dans ce projet ? Il s’agit de sororité chérie (Rire). C’est si bien dit que je me demande si je peux mieux l’expliquer. Je vais essayer. Disons que Carmen Toudonou voudrait que les femmes parlent de femmes et de la vie qu’elles se font avec tendresse. Il est plus précisément question dans ce projet d’évoquer les rapports cordiaux qui doivent nous mener les unes vers les autres, de cette force que nous avons et que nous devons communiquer entre nous pour nous soutenir, nous tenir la main, nous accompagner sur les sentiers sinueux de la vie. En somme, c’est un projet qui nous force, nous autres femmes, à nous éveiller à la fraternité, à cette nécessité de nous regarder dans les yeux, de comprendre nos différences, de les accepter et de nous porter mutuellement.
Vous devez écrire un texte à quatre bras. Avec qui voudrez-vous l’écrire ?
C’est une question piège celle-ci. J’aurais aimé écrire un roman à quatre bras avec beaucoup d’auteurs que j’apprécie énormément. Mais comme il me faut choisir, si j’ai cette chance, j’aimerais vivement écrire un roman à quatre bras avec mon écrivaine préférée, la Sénégalaise Ken Bugul.
Cécile AVOUGNLANKOU, merci de nous avoir accordé votre temps.
Je vous remercie pour votre engagement pour le livre. Je vous dis toute ma reconnaissance pour cette opportunité que vous me donnez de faire connaitre ma page Fémicriture et le site www.femicriture.com Je profite pour faire un clin d’œil à tous nos lecteurs ainsi qu’à mes collaborateurs.
Bonjour, Osvalde Lewat ! Nous savons que vous êtes photographe professionnelle d’art, documentariste et désormais auteure. Des carrières prenantes. Nous sommes curieux de connaître votre discipline de vie pour allier tout ceci.
J’essaie d’articuler mes différentes vies avec rigueur et souplesse. J’ai des périodes où je procrastine et d’autres où je travaille énormément. J’ai la chance que mon travail soit ma passion, cela rend les choses moins difficiles. Je suis également entourée de personnes bienveillantes qui acceptent mon agenda exigeant et n’hésitent jamais à m’aider, à rendre les contingences de la vie auxquelles on ne peut pas toujours échapper, plus facile à gérer.
Les Aquatiques est votre dernier roman et il met en exergue l’émancipation de la femme et la lutte de plusieurs victimes d’oppression pour garder leur dignité et s’affirmer. Son contexte est le Zambuena, un pays imaginaire d’Afrique ; la cible de ce roman est donc évidente. Mais dites-nous, Osvalde Lewat, quel a été votre procédé d’écriture?
Je suis partie de la figure de Katmé qui est centrale. C’est elle le point de fixation de l’histoire. Personnage pivot, c’est autour d’elle que s’articulent les autres figures du roman. Elle est en interaction directe avec quasiment tous les personnages du roman. Il y a peu de scènes, d’échanges directs entre les autres personnages. C’est l’intériorité de Katmé qui nourrit la dynamique du texte et le met en mouvement. J’ai donc commencé par construire l’écosystème familial et social de Katmé. Ensuite, en utilisant un système de toile d’araignée ou de… cercles concentriques, j’ai établi les profils physiques et psychologiques des autres personnage. Leur vie, leur généalogie, leurs parents, leurs amours, leurs manières de se vêtir, leurs déboires, comment ils s’expriment, etc. J’ai dressé une fiche de chaque personnage, je l’ai enrichie au fur et à mesure au fil de l’écriture ; parfois je les ai écoutés aussi me dire ce qu’ils sont, ce qu’ils souhaitaient… C’est une façon fastidieuse de procéder qui me vient sans doute du documentaire, car le travail préalable que j’effectue sur les personnages est un travail de recherche assez détaillé pour aboutir à quelque chose proche de ce qu’on appelle en télévision une bible … J’écris tous les matins, mais dès que je me sens inspirée. Avant je buvais beaucoup de café pour écrire. Maintenant, je me fais des smoothies de légumes avant de me lancer.
Vous êtes justement avec Les Aquatiques la lauréate actuelle du Grand Prix Panafricain de Littérature. Ce prix octroie une belle récompense et une belle renommée. Osvalde LEWAT, une fois seule dans une pièce de votre maison, que représente ce prix pour vous ?
Recevoir une distinction est très agréable. Mais une fois le temps de célébration passé, j’y vois une incitation à continuer, à faire mieux. Les prix obligent. Ce serait une erreur de penser qu’on vaut mieux que les autres parce qu’un comité vous a distingué. Il y a tellement de paramètres qui nous échappent et qui entrent en compte dans l’attribution des prix que ce serait parfaitement stupide d’y voir un signe d’élection. Je crois en la vertu de l’humilité, elle empêche l’aveuglement et nourrit la volonté de s’améliorer.
Vous êtes Camerounaise, lisez-vous les œuvres produites par les Camerounais et au Cameroun ? Si oui, qu’en pensez-vous ?
Osvalde LEWAT
Oui bien sûr, j’en lis. Je fais de belles découvertes parfois. Le secteur du livre demeure toutefois un secteur économiquement fragile qui devrait bénéficier du soutien de l’Etat. Il faudrait inciter les jeunes à lire plus, à découvrir les classiques camerounais, africains et au-delà ; on créerait ainsi un vivier de vocations.
Vous êtes en vacances au Cameroun. Vous ne pouvez partager vos plats typiquement camerounais qu’avec un.une acteur.trice du livre camerounais.e. Qui choisissez-vous et pourquoi ?
Je choisirai une libraire. C’est une résistante à mes yeux. Et une passeuse de mémoire, de culture, d’histoire. Et dans cette libraire, nous mangerons un bon sanga.
Merci, Osvalde LEWAT de nous avoir accordé votre temps.
Bonjour, chère auteure ! En plus d’être actrice du livre, qui est Christine ELONG ?
Bonjour ! Christine Elong est une Camerounaise passionnée de belles-lettres. Elle est multi-casquettes. En plus d’être écrivaine, je suis un peintre autodidacte à mes heures perdues. Tout comme le dessin, ma passion pour l’écriture est née avant moi. (Rire). J’ai une certaine prédisposition à modeler tout ce qui me passe par la main. Je prends plaisir à créer des scènes, à attribuer une âme à chacun de mes personnages, à donner vie à tout ce qui m’entoure.
Votre dernier roman, «Piégée par mon sang», a paru en 2019. Quelle est sa cible et son message ?
« Piégée par mon sang » est le récit du parcours d’une maman héroïne et téméraire face à un destin intrépide, que j’ai choisi de raconter au plus grand nombre. La particularité ici est la connexion entre les différents personnages qui semblent avoir tous ou presque un destin damné. Le livre peut être destiné à tout public. Bien que le but premier soit celui de sensibiliser les jeunes en âge de se marier, en particulier ceux d’origines africaines, antillaises, maghrébines, indiennes face à ce tueur silencieux qu’est la drepanocytose. Une maladie tabou mais ô combien traumatisante qui tue nos enfants et nous laisse dans une triste impuissance.
«Piégée par mon sang» parait en autoédition. Vivant en France, quelles sont les réalités de ce type d’édition dans ce pays ?
Le monde de l’édition en général étant très complexe, l’auto-edition se présente comme une alternative pour tous ceux qui veulent se faire connaître sans passer par le canal habituel qui est celui des maisons d’édition. C’est en quelque sorte une expression de la liberté, la marche vers l’independance. Avec l’auto-edition, les règles ne sont plus dictées par les mêmes. C’est surtout l’occasion pour l’écrivain de suivre de près le processus de la création et l’evolution de son œuvre. L’auto-edition met en exergue la dualité dans la liberté de l’auteur par rapport à ses choix et celle que l’on retrouvera ensuite dans les écrits. De plus, avec la montée en puissance des réseaux sociaux, l’auto-edition devient un adversaire de taille qui pourrait rivaliser et trouver une place de choix dans le monde de l’édition. L’intérêt et l’engouement dans le monde de l’auto-edition vont grandissants grâce surtout à la prise de pouvoir des GAFA qui, virtuellement, rendent accessible tout ce qui jusque-là était caché.
En Amérique, en Afrique comme en Europe, les trappes sont désormais ouvertes à tous les écrivains connus ou pas. Aujourd’hui, il devient possible pour chacun de se lancer dans ce monde qui, il y a quelques années encore, n’accueuillait que certains privilégiés et laissait mourir incognito des grandes plumes. Pour moi, une oeuvre ne se mesure pas à la puissance de la maison d’édition qui la publie. J’invite par là tous les lecteurs à s’intéresser aux œuvres autoeditées, on y retrouve des trésors cachés.
Christine ELONG
Avez-vous une idée de comment est accueillie la «littérature camerounaise» enFrance ?
Le Cameroun est une terre de champions, une terre bénie qui tire son épingle du jeu dans presque tous les domaines, parmi lesquels la littérature. Un pays qui ne cesse de parler de lui à l’international grâce aux exploits de ses fils dispersés à travers le monde. Nous nous rappelons d’ailleurs le prix Goncourt des Lycéens remporté par Djaïli Ahmadou Amal, Camerounaise, pour ne citer qu’elle. Une grande bouffée d’oxygène qui a contribué à booster jeunes et moins jeunes amateurs de lettres. Une victoire remportée en France et saluée aussi bien par les français que par tous ses compatriotes. Enfin, dans plusieurs villes françaises sont organisés chaque année de manière suivie des rencontres qui promeuvent la littérature africaine où se retrouvent toujours une belle brochette d’auteurs camerounais; quand ce ne sont pas ceux-ci les initiateurs.
Tout compte fait, les dés sont jetés et l’intérêt est grandissant autour du livre. De plus, il y a de belles perspectives en vue.
Vous avez un projet littéraire et vous pouvez choisir un.une acteur.trice du livre africain pour vous aider à le mettre en place. Qui choisissez-vous ?
Ma préférée serait Imbolo Mbue. Je vous remercie.
Merci chère auteure. Nous vous souhaitons une Plume toujours mouillée d’encre.
En plus d’être une scientifique et une amoureuse de belles lettres, qui est Sara TIMB ?
En plus d’être une scientifique et une amoureuse des lettres, je suis doctorante à l’université de Yaoundé 1, option biotechnologies végétales ; auteure de l’œuvre « Les confidences d’une muse », finaliste pour le prix international de poésie Léopold Sédar SENGHOR 2021, U-reporter et représentante nationale de l’OJA (Organisation des Jeunes Africains) au Cameroun.
Moins de 25 ans et un aussi beau parcours ! Félicitations ! Vous êtes, effectivement, finaliste de la 8e édition du prix international de poésie Léopard Sédar Senghor. Nous vous souhaitons d’en être la lauréate. Que représente l’écriture, la poésie, pour vous ?
Pour moi, l’écriture et la poésie sont une sorte de lumière que l’on cueille. Ce sont un ponceau solide vers la transformation, la nouveauté ; un moyen d’aller vers l’autre sans faire un pas, une corde qui nous lie à ceux que l’on connaît ou que l’on ne connaît pas ; une voix : Celle des autres en nous et que l’on porte haut sur le toit du monde. En somme, l’écriture et la poésie, pour moi, sont le lieu de dire : « Assez ! Stop ! », le lieu de dire « demain.»
Vous êtes sûrement une grande lectrice des œuvres écrites par les Camerounais. Que pensez-vous de la qualité de ces œuvres en général ?
Je pense qu’en terme de qualité, il y a de quoi se vanter. Le Cameroun regorge de nombreux talents en matière de littérature, et je suis contente de savoir que dans un contexte où la lecture est une exception, il germe des auteurs à la plume exceptionnelle.
Hamidou Okaba, poète gabonais, disait dans une interview : «Il n’y a pas de poésie de la joie.» Qu’en pensez-vous ?
Je pense, dans un premier temps, qu’il a raison en ce sens que la poésie usée pour une dénonciation, un appel à la conscience collective ou à l’humanisme collectif suscite l’émoi en relatant ces choses qui déplaisent et dont on aimerait se défaire du souvenir. Mais ceci change lorsque l’on use de la poésie pour rendre un vibrant hommage aux lettres, à la nature… Je pense que cette poésie-là, est une poésie de la joie.
Sara TIMB, finaliste prix international de poésie Léopard Sedar Senghor, 8e édition.
Vous gagnez un voyage littéraire et vous pouvez y aller avec un acteur du livre africain. Qui choisissez-vous ?
Je choisirai Madame Léonora MIANO parce que, au cours du voyage, je lui demanderai quelques astuces pour une carrière d’écrivaine si épicée de succès.
Bonjour, Line Kamite et meilleurs vœux pour cette année. Nous vous laissons vous présenter brièvement à nos abonné.es.s.
Bonjour à vous ! Je suis Line Kamite. Je suis une amoureuse des belles lettres. Pour moi, l’écriture est un guérisseur de l’âme, et la lecture, une nourriture. Je suis une romancière et une poète en herbe. je me bas pour une cause que je trouve juste : celle de donner la parole aux enfants pour qu’ensemble (parents et enfants) nous puissions décider de leur avenir.
Ma passion perdue est votre premier livre. D’après vous, pourquoi devrait-il être lu ?
Ma Passion Perdue n’est pas seulement un livre pour moi. Ma passion perdue représente l’espoir d’un demain meilleur, d’une société meilleure, car rien de grand ne s’est construit dans ce monde sans passion.
Aujourd’hui, nous avons des images animées sur un écran, nous nous déplaçons du rez de chaussée au dixième étage d’un immeuble en un claquement de doigt. Avez-vous déjà imaginé un seul instant ce que serait nos vies si l’on avait privé le célèbre théoricien Albert Einstein de sa passion ? Son esprit se trouve dans les plus grandes technologies qui nous entourent aujourd’hui.
Ma passion perdue, c’est l’espoir de voir des parents qui écoutent la petite voix qui gronde dans le cœur de leur enfant. Ma passion perdue, c’est l’espoir de voir un enfant épanoui, des parents responsables, des réseaux sociaux utiles, c’est l’amour.
Vous trouverez Ma passion perdue au prix de 5000 FCFA
A Douala au +237 690 99 92 41 /+237 650 88 93 97 (livraison possible)
A Yaounde au +237 670 11 46 59 (livraison possible)
Livraison possible dans d’autres villes du Cameroun.
Disponible aussi sur Amazon
Quel a été votre procédé d’écriture?
Pour avoir une histoire solide et mieux traiter les différents thèmes abordés dans mon roman, j’ai été témoin des cas de forçat professionnel; j’ai fait des investigations auprès des services sociaux, des conseillères d’orientation et un centre de rééducation pour mineurs.
Le but ici était de toucher du doigt la vérité. En outre, ces investigations m’ont permis de comprendre que les services sociaux au Cameroun ne suivent pas leurs cas (plaintes de violences ou autres) de près. Ces informations m’ont ainsi permis de rendre mon héroïne un peu plus forte dans son combat et son processus de délivrance.
Plusieurs jeunes auteur.es.s se plaignent de la difficulté à trouver un éditeur. Comment s’est passée l’étape éditoriale pour Ma passion perdue?
Trouver un éditeur n’est pas un problème au Cameroun actuellement avec la prolifération des maisons d’édition dans les différentes villes. Le plus dur est de trouver l’éditeur idéal.
L’éditeur idéal pour moi c’est celui-là qui pourra vous proposer un contrat modéré (en frais), faire du bon travail (fond et forme) et qui vous accompagnera, après l’édition, dans la promotion et la commercialisation de vos livres.
En ce qui me concerne, le processus éditorial n’a pas rencontré d’embûche jusqu’à la parution du livre. Toutefois, étant nouvelle dans ce domaine, les difficultés de distribution et de commercialisation sont de plus en plus grandes.
Vous gagnez un voyage littéraire et vous pouvez y aller avec deux acteur.es.s du livre (peu importe la nationalité), avec qui iriez-vous ?
J’irai avec Pauline Ongono et Ernestine Mbakou car pour elle, le livre n’est pas seulement un amas de feuilles refermant des informations, il est encore plus sacré que ça. Elles se battent jour après jour pour donner un avenir aux livres à travers des activités et la mise sur pied des agences et associations.
Pour vos besoins de communication littéraire, laissez-nous un message : ongonopauline18@gmail.com
Né à Lusanga dans l’ex Zaïre le 24 juin 1972, Blaise Ndala obtient une bourse de la coopération belge qui lui permet de poursuivre ses études de droit en Belgique où il s’installe en 2003. En 2007, c’est le Canada qui l’accueille d’abord comme enseignant de langue et ensuite comme fonctionnaire fédéral. Le juriste est également collaborateur au magazine littéraire de Radio-Canada « Plus on est fou, plus on lit ! » et blogueur au Huffington France depuis 2012. Il est chroniqueur aux « Matins d’ici » sur Ici Radio-Canada Première.
BlaiseNDALA, écrivain congolais
Son premier roman, J’irai danser sur la tombe de Senghor (vainqueur du Prix du livre d’Ottawa 2015 et finaliste de quatre autres prix dont le Trillium) paraît en 2014 aux éditions L’Interligne. Le second est publié en 2017 chez Mémoire d’encrier et a pour titre Sans capote ni kalachnikov. Il a lui aussi remporté le Prix Combat des livres de Radio-Canada en 2019. En 2021, Dans le ventre du Congo est publié en Afrique aux Éditions Vallesse. Ce dernier roman qui nous intéresse est vainqueur des Prix Ivoire, Kourouma et sélectionné pour le Prix des 5 continents.
Prix Kourouma 2021 | Prix Ivoire 2021 | Sélection Prix des cinq continents
Le roman s’ouvre sur la narration de Tshala Nyota Moelo, qui parle à sa nièce, Ndoyi, depuis sa tombe, loin de sa terre, dans le sol de la Belgique qui lui est inconnu. En effet, pendant que le Congo-belge est en pleine bataille pour l’indépendance, la jeune et belle princesse Tshala, élève à l’école Sainte-Marie-de-la-Miséricorde fait une rencontre qui bouleverse entièrement sa vie. Elle tombe éperdument amoureuse de l’administrateur de district René Comhaire. Tous deux vont vivre au gré des passions qui consument leurs cœurs jusqu’à ce que la meilleure amie de Tshala à qui elle raconte toutes ses escapades amoureuses décide, probablement emportée par la jalousie, d’exposer à toute la classe l’idylle entre la princesse et le colon. Face à cette trahison, la jeune Tshala, fille du roi Kena Kwete III et farouche opposant au dominateur blanc, entre dans une colère meurtrière. Elle qui était promise à un autre prince pour consolider les liens entre les différents royaumes a la vie sauve grâce à sa tante Mengi qui va lui permettre de fuir sa terre :
Vite, je te dis ! Emprunte à l’épervier ses ailes ou à la biche ses sabots, mais cours plus vite que le vent, tu m’entends ? Je ne devrais pas être celle qui organise ta fuite du royaume kuba afin de te soustraire à la punition que le roi est en droit de t’infliger pour ce que tu as fait à ton peuple – je ne le sais que trop bien. Mais j’ai décidé ce soir de bâillonner la servante du souverain pour faire parler la mère qui a porté pendant neuf saisons de pluie une fille qui te ressemble (DVC, 96).
C’est ainsi qu’elle se retrouve dans la résidence de son amoureux qui, sentant le danger venir, a confié la princesse à son ami Mark De Groof. Pendant ce temps, une grande exposition universelle, Expo 58, se prépare en Belgique. Il se trouve que René Comhaire a fait le mauvais choix. Celui qu’il considère comme son ami lui en veut particulièrement. Le pseudo ami va violer la princesse avant de l’envoyer en Belgique, dans la délégation des indigènes qui ont été choisis pour être exposés dans un stand dénommé le village congolais, pendant le grand événement Expo 58. Malheureusement, Tshala mourra dans des conditions assez tristes. Quarante-cinq années après, sa nièce Nyota va se rendre dans le pays de Léopold II avec deux objectifs. Le premier, retrouver cette tante dont l’histoire lui a été racontée et, le second, poursuivre ses études. Le roman s’achève sur le compte rendu de la princesse Nyota à son grand père qui a su résister au temps, malgré sa santé fragile, dans l’espoir d’avoir des nouvelles de cette princesse jadis bannie.
Lire Dans le ventre du Congo, c’est aller à la redécouverte du Congo-belge sous le joug colonial. De prime abord, le lecteur pourrait se décourager s’il se limite à l’analyse de la première de couverture, où le titre et l’image le situent dans le contexte de la colonisation, thème développé pendant des décennies par les plus éminents écrivains de la race noire. Au contraire, le lecteur est émerveillé par la nouvelle approche de la thématique coloniale proposée par Blaise Ndala.
Son roman se démarque de celui des autres dénonciateurs de la colonisation par son choix d’en présenter une autre réalité. L’histoire amoureuse de la princesse Tshala et Comhaire vient assurer au lecteur que la race et la couleur de la peau ne sauraient être un obstacle pour un amour authentique, mais plutôt un partage d’expériences culturelles dont chaque partie doit pouvoir apprendre pour s’enrichir. L’autre singularité du romancier est qu’il oscille dans son récit entre deux époques : la période coloniale et postcoloniale. Il est important pour le lecteur de remarquer ici qu’en juxtaposant ces deux moments, le romancier met l’emphase sur les conséquences irréversibles de la première sur la seconde. L’hybridité tant du colon que du colonisé est un fait indéniable que les peuples devraient assumer pour projeter leur futur universaliste, débarrassé de tout préjugé.
Blaise Ndala est donc, de par son parcours, le prototype du citoyen universel qu’il prône dans son roman. En effet, parti de son Congo Kinshasa pour la Belgique, il entraine avec lui une partie de son identité africaine. Après son séjour dans la capitale européenne, son voyage initiatique l’amène au Canada, pays dont il est aujourd’hui citoyen.
Dans le ventre du Congo, une autre vision de la colonisation et la postcolonisation
Ce roman est donc une jonction entre deux périodes cruciales, qui convainc l’auteur sur la nécessité pour les Africains à revenir aux sources des valeurs africaines. Le but est de permettre aux jeunes de redécouvrir leur passé et eux-mêmes, afin d’apporter leur contribution dans ce monde hybride :
Il me fallait, il me faut apprendre et peut-être un jour enseigner l’histoire qui remonte à plus loin que notre aïeul Woto le Preux Souverain, qui embrasse aussi l’épopée des rois du kongo avec dans leur sillage Kimpa Vita que d’aucuns continuent d’appeler Jeanne d’Arc noire […] Je ressentais et je ressens ce besoin de fouiner dans la mémoire broussailleuse d’un monde où le mystère côtoie l’évidence, ce que mon parcours scolaire, de même que les quelques manuels d’histoire que j’ai lus au gré de ma curiosité ne m’ont guère permis de cerner. (DVC, 363-364).
Ce qui fait le charme de ce roman est la qualité de la langue qu’utilise l’auteur. Des phrases bien élaborées et accessibles sur du papier de qualité encouragent le lecteur à ne pas se séparer du texte sans l’avoir lu dans sa totalité. Le plus grand atout du roman de Blaise Ndala réside dans son procédé narratif. Le texte est une double narration, relayée entre deux narratrices notamment Tshala et Nyota. Bien que complexe et se déroulant dans des périodes différentes, l’écrivain réussi à créer une cohérence entre les périodes coloniale et postcoloniale où chacune des deux narratrices joue le rôle qui lui incombe.
Le fait marquant est que Tshala raconte son histoire à sa nièce depuis sa tombe. Tandis que cette dernière prend le relais pour continuer l’histoire dans le présent. On est donc au cœur de la croyance africaine où « les morts ne sont pas morts », puisqu’ils vivent dans tout ce qui nous entoure, parfois même ils vivent en nous. C’est le cas ici, vu qu’il se trouve que Nyota a les mêmes caractère et tempérament que sa tante, en plus d’avoir le même totem. On est donc dans la réincarnation du personnage (Tshala I et Tshala II) venant apaiser sa famille qui a longtemps vécu dans la souffrance et l’incertitude du fait de sa disparition brutale, au propre comme au figuré.
La rareté des séquences descriptives révèle le talent de conteur de Blaise Ndala qui sait retenir toute l’attention du lecteur. La description apparait dans son texte comme « des pauses narratives », (expression de Karl Cogard) pour permettre au lecteur de digérer les émotions reçues.
Par Jean-Michel EKELE, auteur camerounais, analyste littéraire, formateur en creative writing et creative reading
Je fais tout plein de choses. Je suis journaliste de formation, je travaille dans la communication institutionnelle et j’écris dans presque tous les genres littéraires. Je réalise et j’écris des films, je suis enseignante-chercheuse et je suis Présidente du concours Miss Littérature Afrique. Je suis aussi propriétaire d’un blog littéraire que vous retrouverez par ce lien: http://www.lebloglitterairedecarmen.wordpress.com
Vous êtes, effectivement, l’auteure de plusieurs livres. Si une question de vie ou de mort vous oblige à ne choisir qu’un, lequel choisirez-vous ?
J’hésite entre mon recueil de nouvelles »Carmen Fifonsi Aboki (CFA) » qui a retenu l’attention des jurés du Prix Ahmadou Kourouma du salon du livre de Genève en 2020 (sélection)
et mon premier roman »Presqu’une vie » qui continue de faire l’objet d’une grande curiosité de par le monde entier. Autrement, mon livre préféré est toujours celui qui est en cours d’écriture.
Littérature et jeunesse. Après ces Éditions de Miss littérature Afrique, peut-on espérer un Master littérature Afrique ?
Ah non ! Ce n’est déjà pas facile avec Miss Littérature quand vous savez combien la littérature retient peu l’attention des décideurs par ici…
Vous êtes la patronne de la littérature en Afrique et votre premier rôle est d’instituer un seul genre littéraire. Lequel instituerez-vous et pourquoi ?
La nouvelle sans hésiter, car c’est le genre qui, selon moi, peut introduire le public peu habitué à la lecture. Sinon, le livre jeunesse pour habituer les enfants à la lecture.
Que pensez-vous de la littérature au Bénin ?
Vaste question. Je vais résumer en une phrase. Beaucoup de belles intentions, quelques fulgurances, énormément de problèmes à résoudre afin d’asseoir une vraie politique du livre.