Auteur/autrice : ACOLITT

  • HOW I MET BOOKS  |  Maxwell NDZENGUE, poète camerounais

    Je me souviens de ce jour comme une date d’anniversaire !

    A ma tendre enfance, tout ce qui m’intéressait étaient les vêtements de Noël et les beignets aux sorties des messes. Je ne portais aucun intérêt pour le livre. Je trouvais le livre parfois trop volumineux et parfois très fatidique. Bien que mon père avait un endroit où il rangeait ses livres, dans une armoire au salon ; mon regard ne se posa jamais à cet endroit.


    Mon tout premier contact avec le livre était en classe de 6ème Bilingue, où « literature Awareness » était une matière de base. C’est ainsi que je me suis plongé dans la lecture de The Youngest King of Hunters de Jephtah Sotabinda. La lecture de cette œuvre m’a permis de côtoyer peu à peu le monde littéraire, car je pouvais désormais voyager sans me déplacer. A cette époque, je n’étais pas fan de voyages routiers car je souffrais, selon les médecins, du « mal de la voiture ». C’est alors que je commençai à devenir l’ami des personnages, connaitre leur vie, leur émotion, leur quotidien.


    Mon appétit pour le livre commençait déjà à se faire ressentir à l’adolescence. Je me suis lancé dans la lecture des histoires romantiques, comme True love waits de Pochi Tamba, Betrodal without Libation de Bole Butake, La fille d’Ebène d’Emmanuel Afane Ze, qui me mettaient la puce à l’oreille, et d’où je puisais mon inspiration pour parler aux plus belles filles de la classe. Tout à coup, la mini bibliothèque de mon père devint pour moi une île où je côtoyais mes amis les livres.


    Le déclic, c’est quand je me suis intéressé aux livres poétiques. Directement je me suis lâché dans les bras de Paroles de Jacques Prévert, et Alcools de Guy de Maupassant, ce qui a réveillé un talent qui sommeillait en moi : celui d’écrire des poèmes. J’ai commencé à écrire des poèmes pour ma muse, ensuite pour les fléaux qui écorchent la société. En lisant des livres, j’ai commencé aussi à écrire. Depuis lors je n’ai pas cessé de lire et écrire. Merci au livre qui m’a permis de me sentir libre.




  • HOW I MET BOOKS  |  ZOBO Angeline, élève en classe de Première, série Industrie d’habillement

    Je suis ZOBO Angeline, élève en classe de Première IH à  Monatélé. Je suis une jeune passionnée de lecture. J’ai toujours été une personne ouverte aux autres et je parle très bien avec ma langue maternelle. Je suis autant passionnée de la lecture que de l’écriture. Je serai bientôt, je l’espère, l’auteure d’un roman.

    Avec le temps, ma confiance en moi a grandi grâce à la lecture et à mes écrits. Je continuerai à écrire, car chaque mot que je couche sur du papier est une étape vers la réalisation de mes rêves littéraires. Chaque page tournée est un hommage à cette petite fille qui a éveillé ma curiosité et ma passion pour la littérature.

    Aujourd’hui, en tant qu’amoureuse des mots, je me rends compte que rien n’est facile, mais la lecture, elle, est une facilité pour moi. Elle est riche d’expériences précieuses qui me conduisent vers l’accomplissement de mon rêve.




  • HOW I MET BOOKS  |  Maeva GUEDJEU, étudiante à Ottawa, auteure en herbe

    Je suis Yacinthe Maeva Guedjeu, étudiante en école de Travail Social à l’Université d’Ottawa. J’ai fait des études de littérature à l’Université de Douala. Je suis passionnée de l’art depuis mon plus jeune âge. Tout ce qui émanait de la créativité m’a toujours fascinée : les douces mélodies, les peintures, le dessin, la danse, mais particulièrement la beauté des mots.

    J’ai fait la rencontre avec le livre deux fois au cours de ma vie. La première était comme une évidence. Moi, enfant, sautant d’une bande dessinée à l’autre ; je semblais être née pour cela. Jamais personne n’a vraiment questionné ce lien, ni mes parents ni moi.

    Adolescente, entre les Harlequins, les collections interminables de Barbara Cartland et mes livres au programme que je grignotais toute la journée, la lecture était devenue banale. Je lisais par habitude. C’était aussi banal que de laver la vaisselle le matin. On ne se pose pas de question. On le fait tout simplement.


    À l’Université, j’ai redécouvert les livres. Je réalisais alors qu’au-delà de la beauté des mots, le livre était un engagement envers soi-même, envers les codes du milieu littéraire et envers l’humanité. Je les voyais désormais comme des voix inspirantes et je souhaitais joindre ma voix à cette symphonie. Désormais, je disséquais les livres avec un regard chirurgical. Je souhaitais comprendre quelle formule utilisaient les grands auteurs pour produire des émotions. Plus je découvrais des choses, plus j’apprenais à être moi-même. Plus je lisais, plus je découvrais les livres qui manquaient à mon chevet. Et c’est ceux-là que je devais écrire finalement. Je me suis découverte au travers des milliers de livres. Page après page, après chaque morceau de l’expression humaine que je rencontrais, se formait ma véritable identité. Une fresque. Une immense fresque inachevée.

    Le livre a fait de moi un brouillon qui se réinvente tous les jours.




  • HOW I MET BOOKS | Ray NDÉBI, auteur, coach creative writing & reading, traducteur camerounais

    Les livres, je suis né avec. Le paquet minimum apprêté pour ma naissance comportait un livre. je le sais, parce que ma mère lisait, peu importe la situation… J’ai donc rencontré très tôt la Littérature…
    Ma mère et ses sœurs étaient des lectrices insatiables qui se racontaient leurs pages, et moi j’appréciais la qualité de leur verbe. Je les admirais, espérant dans le plus grand secret que je serais un jour à même de construire un discours aussi riche et raffiné… Notre bibliothèque avait un ordre bien particulier, dont je ne peux que me souvenir pour l’avoir consultée dans un sens puis dans l’autre. A l’entrée, les livres de cuisine de ma mère, puis ceux sur la réussite du mariage près des ouvrages de Jacques Attali et quelques essais sur la politique et l’économie du Cameroun ; plus bas, Mongo Beti et Main basse sur le Cameroun, Dikongué Pipa, Amadou Diallo et son douloureux La mort de Diallo Telli qui m’a filé des cauchemars dans l’adolescence. Il m’a fallu aller à Conakry pour guérir du Camp Boileau. D’autres livres sur Amadou Ahidjo étaient adossés au Libéralisme communautaire de Paul Biya…


    Et en face de la porte principale, dans la salle de séjour, d’autres livres, de la Littérature pure… Le coin favori de ma mère pour les romans, et de mon père pour le whisky. Ma grande passion pour les deux vient de là. A chaque fois que je me rapprochais des livres, je me rapprochais du whisky… D’un côté, la poésie classique anglaise avec la traduction de chaque texte (ainsi j’apprendrai la traduction, observant chaque lettre avec soin), et de l’autre côté le premier livre que j’aie jamais lu… Black boy de Richard Wright… revenant vers ma mère avec mes critiques de 10 ans… En comparant le contexte du roman avec Shanghaï, le quartier dans lequel j’ai grandi à Douala, je lui ai dit que même avec son bâton, ce gamin ne s’en serait jamais sorti. Elle en avait ri. Puis, j’ai rencontré Ville Cruelle de Mongo Beti. L’adolescent que j’étais n’avait pas aimé.

    Alors j’ai poursuivi vers Hemingway, Verlaine, Ousmane, St-Exupéry, Dumas, Duras, Tutuola, Soyinka, Achebe, Sartre, Kafka que j’ai aussi peu aimé, Bebey, dont ma mère m’avait particulièrement parlé sous un sourire que je ne me décris toujours pas ; et tous mes camarades métis eurent pour mère Agatha Moudio.
    Plus tard, entre 17 et 21 ans, je revins vers tous ces livres. Je les relus avec le cœur passionné de ma mère et l’âme curieuse de l’enfant que j’étais à mes premières lectures. C’est durant ces quatre années que j’ai compris ce qu’est la Littérature. Les histoires s’étaient évaporées pour laisser place à l’esprit des auteurs. Et j’ai commencé une exploration approfondie des lettres.


    Mais il est toujours un livre que je refuse de lire. Le tout dernier que ma mère avait abandonné à son chevet, peu avant sa mort… Voyage au bout de la nuit de Céline. Elle ne l’a pas terminé, alors je ne le commencerai pas.


    Avoir été allaité et bercé entre deux pages, c’est ce qu’il pouvait m’arriver de plus magique. J’ai reçu des livres leur plus belle intimité… le secret de l’encre. Aujourd’hui je suis toujours cet enfant qui porte le cœur de sa mère.




  • HOW I MET BOOKS | Nick Landel SOUOP, chroniqueur littéraire camerounais

    De la 6e en Terminale A4 espagnole et philosophique, je n’ai lu véritablement qu’une seule œuvre littéraire : La croix du Sud de Joseph Ngoué, et ce après l’examen du Baccalauréat, parce que je m’ennuyais. En classe de seconde, j’ai lu de Gaston Paul Effa, parce qu’il y avait contrôle de lecture. Je ne l’avais même pas terminé. Le misanthrope de Molière était au programme scolaire, mais je ne l’avais pas lu. Je trouvais son niveau de français très peu compréhensible. Madame Bovary, bien qu’il était au programme scolaire en classe de Première, j’ai préferé regarder le film. Une saison blanche et sèche d’André Brink, je l’ai lu partiellement, et j’ai regardé le film.


    Alors, d’où m’est venu le goût de la lecture ? Le déclic littéraire ?


    Je crois, comme l’a dit Cécile Pivot, qu’il y a un gène de la lecture. Certains enfants lisent parce qu’ils ont vu leurs parents lire. J’ai vu mon père lire et partager ses lectures avec nous. La Bible, les livres, les journaux. Alors, inconsciemment, je lisais.


    Toutefois, ce n’est qu’en 2012, après mon baccalauréat, que j’ai mon déclic littéraire.

    A l’université, j’ai rencontré des jeunes de ma génération qui lisaient abondamment et je me suis mis à lire comme eux.


    Je lisais tellement au point « d’étouffer ». Alors, je suis allée sur YouTube pour apprendre à faire des chroniques de lecture. C’est ainsi que j’ai découvert la communauté BookTube. Les BookTubeuses (Margaud Liseuse, Emilie BULLEDOP, Nine GORMAN, Moody take a book…) multiplient par sept (je n’exagère pas) ma passion pour les livres.


    Grâce aux livres, j’ai fait des rencontres formidables avec des personnes qui sont devenues des amis proches en France, en Algérie, en Tunisie et bien sûr au Cameroun. Des personnes comme Pauline ONGONO, une femme qui m’a appris à faire des chroniques de lecture sans spolier le livre. Je lui dois beaucoup.
    Alors, depuis 2013, je lis et partage mes lectures sur les réseaux sociaux surtout sur ma page Facebook : LE LECTEUR 2.0.

    Faire, Lire, Conseiller les livres, une expression que j’ai empruntée à Emilie BULLEDOP, est devenue mon slogan.

    Que vos lectures soient belles et révolutionnaires




  • HOW I MET BOOKS : NDAM BENDIA Aminatou, auteure camerounaise

    Mon milieu, ma société, mon entourage, n’avaient rien à voir avec le monde du livre, mais j’ai réussi à trouver livre…


    Les livres et moi, c’est une histoire d’amour de plus de dix ans. Étant une petite fille assez fermée au monde, ayant grandi dans une société restreinte (Bamoun-musulman), je me sentais très seule. Certains proches me trouvaient à la limite bizarre parce que j’étais toujours dans mon « coin ».

    J’étais épanouie quand je regardais les dessins animés comme Cat’s eyes, Street Fighter, Nicky Larson, Hilary, Winx, Angels… C’est grâce à eux que j’ai commencé à m’intéresser à la lecture. Je ne me contentais plus juste de regarder les dessins à la télévision, je les lisais. J’étais accro aux bandes dessinées. J’avais la possibilité de les avoir facilement et à vil prix dans au « Poteau » (boutique d’objet de seconde main). J’avais l’impression de vivre dans un autre monde quand je lisais ces BD, c’était différent de la télé.


    Au lycée, je lisais le magazine « 100% jeunes » pour avoir, dans un premier temps, les lyrics des chansons du moment. Plus tard, j’y ai découvert une autre rubrique : « Confession ». On pouvait y lire de petites histoires tragiques des jeunes. Cette narration me plaisait, sans pour autant oublier la rubrique BD drôle. J’attendais impatiemment le mercredi, pour acheter la nouvelle parution « 100% Jeunes ».

    Cette période est celle où mon amour pour les livres a pris une autre tournure : les romans de la collection Harlequin et les livres de contes ont gagné mon cœur. Je ne pouvais pas m’offrir un livre vendu en libraire, je me contentais des livres occidentaux du « Poteau ». Le genre m’importait peu, je voulais lire quelque chose de captivant, quelque chose qui ferait voyager mon esprit.


    Le tout premier roman que j’ai lu était Alice et la pantoufle d’hermine, roman de Caroline Quine. J’ai lu presque toute la collection des aventures d’Alice avec ses amies. Le véritable déclic est venu de cette rencontre avec ce roman et depuis ce jour, je n’ai plus quitté les livres. La lecture a été ma grande amie, ma meilleure amie tout au long de l’adolescence et ses montagnes russes.

    Le livre a donné un sens à ma vie, il m’a fait comprendre que ma différence était une qualité.




  • Entretien avec Odile Gaétane NJOPA BIVINA, auteure camerounaise

    Bonjour, chère Odile Gaétane NJOPA BIVINA et merci de vous prêter à ce jeu de questions. Nous vous laissons vous présenter à nos abonné.e.s.

    Bonjour et merci de cette belle opportunité de me présenter à vos abonnés.
    Je suis Odile Gaétane NJOPA BIVINA, jeune auteure camerounaise, née à Monatélé, dans le département de la Lékié, région du Centre du Cameroun. Je suis également originaire du Littoral, du peuple Bakoko. Trilingue en français, anglais et allemand, je me spécialise en traduction et terminologie, ce qui enrichit mes écrits.


    Mon premier roman, « Muselé(e)s, le piège des apparences », aborde des thèmes tels que l’identité et les attentes sociales, invitant à une réflexion sur les enjeux contemporains. En tant qu’entrepreneure et archiviste assermentée, je combine créativité et rigueur professionnelle, ce qui nourrit ma démarche littéraire.


    En tant que voix nouvelle de la littérature camerounaise, je cherche à partager la richesse des cultures du Centre et du Littoral, tout en poursuivant mon engagement pour la littérature et la psychanalyse littéraire, afin de connecter les peuples et les idées au-delà des frontières.
    Merci de me permettre de partager mon univers avec vous.


    Vous êtes auteure depuis 2024, qu’est-ce que ça fait d’être auteure ?

    Être auteure, c’est une expérience profondément émotive et intime. Depuis que j’ai commencé en 2024, c’est comme si chaque mot que je couche sur le papier était une partie de moi que je livre au monde. C’est un voyage à la fois solitaire et connectant. Écrire, c’est une manière de comprendre et de partager mon identité, mes origines camerounaises, et de faire entendre des voix souvent ignorées. C’est aussi une grande responsabilité, celle de toucher les autres, de faire résonner des histoires qui, je l’espère, éveilleront des émotions, des réflexions, et des échanges.

    Être auteure, c’est sentir la puissance des mots, qui ne nous appartiennent plus une fois qu’ils touchent le cœur des lecteurs. C’est aussi un engagement à porter des récits qui dépassent les frontières, à connecter les peuples, à briser les silences. C’est un défi, mais aussi une immense source de joie et de gratitude.


    Vous êtes aussi archiviste, une profession de l’ombre et la discrétion. Avez-vous eu du mal à porter cette casquette d’auteure sous les feux des projecteurs ?


    Je tiens tout d’abord à préciser que je ne suis pas simplement archiviste, mais archiviste assermentée, ayant prêté serment le 21 décembre 2023 à la Cour d’Appel du Centre. Cette distinction est primordiale pour moi, car elle reflète mon engagement envers l’intégrité, la rigueur et la préservation de la mémoire. Mais cette casquette d’archiviste n’est pas la seule que je porte. Je suis également traductrice trilingue (français, anglais, allemand), terminologue, interprète de conférences, speechwriter, conférencière et entrepreneure. Chaque casquette porte en elle un défi différent, un besoin différent d’équilibre et de gestion.


    En tant qu’archiviste, je suis habituée à évoluer dans l’ombre, à préserver et transmettre des informations sans chercher la lumière. Dans ce domaine, la discrétion et la rigueur sont essentielles, et j’ai appris à me fondre dans ce rôle, à préserver le passé pour éclairer l’avenir. Mais devenir auteure a été un tournant. C’est un passage de l’ombre à la lumière, une immersion dans la vulnérabilité.

    L’écriture m’a poussée à m’exposer, à partager des émotions et des pensées profondes, ce qui est loin de la réserve que j’entretenais dans mes autres rôles.
    Le plus grand défi a été d’embrasser cette casquette d’auteure sous les feux des projecteurs. C’est un exercice de balance entre toutes mes autres casquettes, qui, chacune, demande une certaine forme de discrétion ou de recul. Mais au fur et à mesure, j’ai appris à me saisir de cette nouvelle identité, à comprendre que chaque rôle que je porte est un maillon essentiel de ce que je suis et de ce que j’ai à partager. Mon travail d’auteure, tout comme celui de traductrice, de terminologue, ou encore d’interprète, découle d’une même passion pour les mots et leur pouvoir.


    J’ai compris que ces casquettes, bien qu’apparemment disparates, se nourrissent les unes des autres. L’archiviste conserve la mémoire, la traductrice et la terminologue jonglent avec les significations, l’interprète porte la voix des autres, et l’auteure, enfin, donne vie à ses propres histoires. Au fond, ce sont toutes ces expériences, toutes ces casquettes qui m’aident à façonner une œuvre authentique, riche et multiforme. Et si aujourd’hui je suis sous les projecteurs en tant qu’auteure, je sais qu’il n’y a pas de lumière sans ombre, et que chaque casquette que je porte, dans la discrétion ou l’exposition, fait de moi celle que je suis aujourd’hui.


    « Muselé(e)s, le piège des apparences » est ce roman par lequel la scène littéraire vous découvre. Si on vous demande de le qualifier en un seul mot, lequel sera-t-il ? Pourquoi ?

    Si je devais qualifier « Muselé(e)s, le piège des apparences » en un seul mot, ce serait « réveil ». Ce roman est un appel à l’éveil des consciences, une invitation à regarder au-delà des apparences et à questionner les normes sociales, les attentes et les rôles imposés. À travers les personnages et leurs luttes, je cherche à provoquer une prise de conscience sur les défis contemporains, notamment ceux liés à l’identité, à l’injustice et à la quête de soi.


    La vie peut être injuste, nous sommes souvent confrontés à des stéréotypes et des jugements externes qui nous enferment, mais ce livre est une sorte de coup de fouet, un moyen de secouer les idées reçues et d’encourager une introspection. C’est un texte qui cherche à libérer l’esprit et à ouvrir les yeux sur la réalité des choses, tout en rappelant que nous avons tous le pouvoir de nous réinventer, de choisir notre voie et de lutter pour un monde meilleur. En ce sens, « Muselé(e)s » est bien un « réveil », car il nous pousse à nous éveiller à la vérité, à l’authenticité et à la liberté d’être soi.

    Ce roman met en exergue l’émancipation, les injustices, les inégalités, « des entraves qui jalonnent le parcours des femmes africaines » (quatrième de couverture). Nous remarquons le (e) marquant une écriture inclusive. Cela signifierait-il donc que votre roman s’adresse à toutes les gents ?


    Oui, absolument. Mon roman, « Muselé(e)s, le piège des apparences », s’adresse à tout le monde, car les violences conjugales et les injustices que j’aborde ne se limitent pas à une question de genre, ni à un seul groupe de personnes. Bien que le roman mette en lumière les entraves auxquelles les femmes africaines, et plus largement les femmes, sont confrontées, il soulève des problématiques universelles qui touchent chacun d’entre nous, peu importe le genre, l’âge ou l’origine.


    L’écriture inclusive, avec le (e) marquant la féminisation, est un choix délibéré pour souligner l’importance de la reconnaissance de toutes les identités et pour inviter à une réflexion collective sur l’égalité et la liberté. Si le roman met en exergue l’émancipation des femmes, cela ne signifie pas que les hommes ne sont pas concernés. En réalité, les violences conjugales et les inégalités ne sont pas un problème isolé des femmes, elles touchent l’ensemble de la société, dans ses multiples dimensions. Ces violences sont liées à des structures sociales et culturelles qui affectent tout le monde, et il est primordial que nous, en tant que société, nous  unissions pour les combattre.


    Ce roman est un appel à une prise de conscience collective, car l’émancipation et la lutte contre les injustices concernent tout le monde. Il ne s’agit pas seulement de libérer les femmes, mais de libérer la société entière des entraves et des stéréotypes qui maintiennent des inégalités. Chaque lecteur, qu’il soit homme, femme, peut se retrouver dans cette quête de justice et d’égalité, car les violences conjugales dépassent la seule question du genre : elles révèlent des dynamiques de pouvoir, de contrôle et de domination qui touchent toutes et tous. Le changement nécessite la participation active de tout le monde.

    Depuis sa sortie, avez-vous le sentiment de marquer le coup ? Un exemple d’avis/témoignage qui vous a le plus touchée jusqu’ici ?


    Depuis la sortie de Muselé(e)s, le piège des apparences, j’ai ressenti une émotion profonde en voyant l’impact que ce roman a eu sur mes lecteurs. C’est une expérience inédite, un mélange de gratitude et d’humilité, de voir que des histoires que j’ai mises sur papier résonnent dans la vie de ceux qui les lisent. C’est une forme de connexion humaine, une manière de partager des émotions et des réflexions qui vont bien au-delà de ce que je pensais atteindre.
    Le témoignage d’une lectrice m’a particulièrement touchée et me confirme l’importance de ce que j’ai écrit. Elle, Nelly NCHOH (Traductrice à la Cour Suprême) m’a écrit :

    « J’ai terminé ton roman et honnêtement il m’a profondément marqué.
    Ce qui m’a le plus frappé, c’est la manière dont tu as exploré les dynamiques familiales complexes, notamment l’influence toxique d’une figure extérieure sur un membre de la famille. Cette emprise insidieuse, cette manipulation subtile, est rendue avec une grande justesse.
    Le personnage du père, en particulier, est d’une grande profondeur. On ressent sa lutte intérieure, son conflit entre ses propres valeurs et l’influence néfaste qu’il subit. Tu as réussi à le dépeindre comme un être humain vulnérable, piégé dans un cycle destructeur.
    La force de la relation entre la mère et ses enfants est également très touchante. Leur solidarité, leur résilience face à l’adversité, est une véritable source d’inspiration.
    Ton écriture est fluide et immersive. J’aime comment tu as créé des atmosphères et comment tu nous fais ressentir les émotions des personnages.
    Ton roman est un témoignage poignant sur les ravages de la manipulation et de l’influence toxique, mais c’est aussi un message d’espoir et de courage. Et puis, il y a Gabriela… Ce personnage m’a particulièrement touché. J’ai l’impression qu’il y a une histoire profonde et riche à explorer. J’espère sincèrement que ton prochain roman nous permettra de plonger dans son univers.
    Je suis vraiment admirative de ton travail. Tu as écrit un livre magnifique et nécessaire.
    Avec toute mon admiration.
    Ta star Nelly »


    Ce retour m’a particulièrement émue, car il touche plusieurs aspects du roman que j’ai voulu transmettre : la complexité des dynamiques familiales, la lutte intérieure de chaque personnage, la résilience face aux épreuves. Le personnage du père, en particulier, m’a permis d’explorer des zones d’ombre de la condition humaine, et savoir qu’il a résonné de cette manière chez cette lectrice est un véritable honneur.
    Ce témoignage est un exemple poignant de l’impact que peut avoir un livre et il y en a plusieurs. Pour cela, je suis infiniment reconnaissante.

    Il est à préciser que le préfacier, c’est monsieur Philippe Camille AKOA, l’actuel directeur général du FEICOM. Pourquoi ce choix ?


    Le magistrat hors hiérarchie et directeur général du FEICOM, que vous mentionnez, est une personnalité respectée dans son domaine, mais il est avant tout un ambassadeur HeForShe ONU-FEMMES. C’est en cette qualité qu’il nous a honorés de sa préface pour « Muselé(e)s, le piège des apparences ». Son engagement en faveur de l’égalité des genres et son soutien aux initiatives de justice sociale résonnent profondément avec les thèmes que j’explore dans le roman. Son rôle en tant qu’ambassadeur HeForShe, qui prône l’inclusion et la solidarité entre les sexes pour l’élimination des discriminations, fait de lui un partenaire naturel pour cette œuvre qui parle de l’émancipation et des luttes contre les violences, notamment celles subies par les femmes.


    Quant à moi, cela fait bientôt 10 ans que je suis cadre au FEICOM, un rôle que j’assume avec passion et engagement. Mon parcours au sein de cette institution, qui œuvre pour le développement local et l’amélioration des conditions de vie des populations, a été enrichissant et m’a permis de m’investir de manière concrète dans des projets de transformation sociale. Cette expérience m’a également aidée à affiner ma compréhension des problématiques sociales, que ce soit dans le domaine de l’infrastructure ou de l’accompagnement des populations marginalisées. Elle a nourri, d’une manière ou d’une autre, ma vision du monde et l’écriture de ce roman, qui est, entre autres, une réflexion sur la justice, l’égalité et le pouvoir des voix qui se lèvent.

    La sollicitation de sa préface a donc été une démarche logique et pleine de sens, étant donné son engagement constant en faveur de l’égalité des genres et sa position de leadership. Le soutien qu’il a apporté à ce projet témoigne de l’importance de ce genre de collaboration pour faire avancer des causes universelles.


    « Muselé(e)s, le piège des apparences » fait désormais partie du catalogue des Éditions de Midi. Nous sommes d’ailleurs admiratifs de sa couverture qui, il faut le dire, est différente des productions habituelles de cette maison d’édition. Odile Gaétane NJOPA BIVINA serait-elle une auteure exigeante ? (Rires)

    (Rires) Oui, je dirais que je suis une auteure exigeante, mais c’est surtout parce que je tiens à ce que le travail soit bien fait, à ce que chaque détail, chaque aspect de l’œuvre reflète ce que j’ai voulu transmettre. Lorsque j’ai entrepris ce projet, j’avais une vision claire de ce que je voulais, y compris pour la couverture. C’est un élément fondamental d’un livre, car c’est souvent la première chose que le lecteur voit, et elle doit non seulement capter l’attention, mais aussi refléter l’essence de l’histoire.
    Je n’avais aucune hésitation à envisager de changer d’éditeur si les représentations graphiques proposées ne correspondaient pas à ce que je voulais pour mon roman.

    Cette exigence vient aussi de la volonté de faire en sorte que « Muselé(e)s, le piège des apparences » soit à la hauteur de l’impact que j’espère qu’il aura. Les Éditions de Midi ont su comprendre cette vision et m’ont permis d’avoir une couverture qui, comme vous l’avez souligné, se démarque des productions habituelles de la maison d’édition. C’est un choix réfléchi qui va au-delà de l’esthétique, c’est aussi un moyen d’exprimer, dès le premier regard, l’intensité et la profondeur des thèmes abordés dans le livre.


    Cette exigence est également un reflet de mon engagement à offrir au lecteur une œuvre qui ne soit pas seulement bien écrite, mais qui soit aussi porteuse de sens à chaque étape du processus de création, y compris au niveau visuel. J’ai donc été très impliquée, mais je suis heureuse que cette collaboration avec les Éditions de Midi ait permis de concrétiser cette vision.


    Où peut-on acheter « Muselé(e)s, le piège des apparences » ?

    « Muselé(e)s, le piège des apparences » est désormais disponible dans plusieurs points de vente, ce qui me réjouit profondément. Le FEICOM, en tant qu’institution où je travaille, est un point de vente important. Il est présent tant à la direction générale qu’au sein des dix agences régionales, ce qui permet à un large public, partout au Cameroun, d’avoir accès à l’ouvrage.
    En plus de cela, le roman est disponible aux Éditions de Midi, qui ont été un partenaire clé dans la concrétisation de ce projet, mais aussi dans plusieurs librairies des villes de Douala et Yaoundé. C’est un privilège de savoir que mon livre se retrouve dans ces espaces, car cela rend l’accès à la littérature plus large et permet à davantage de lecteurs de découvrir cette œuvre.

    Quelles sont les trois leçons importantes que vous avez apprises depuis l’idée d’écrire ce roman ?

    Depuis l’idée d’écrire ce roman, j’ai appris trois leçons essentielles :
    L’importance de l’authenticité : écrire, c’est d’abord être fidèle à soi-même et à ses convictions, même si cela signifie briser des tabous.
    La puissance des voix humaines : chaque histoire mérite d’être entendue, et l’écriture est un moyen puissant de faire entendre les silences des marginalisés.
    La persévérance face à l’adversité : le chemin de l’écriture n’est jamais facile, mais il vaut la peine d’être parcouru, car c’est dans la lutte que naissent les plus grandes œuvres.


    Proposer aux lecteurs un livre écrit entièrement avec une intelligence artificielle. Que pensez-vous de cette pratique ?

    Je suis totalement contre l’idée de proposer un livre écrit uniquement par une intelligence artificielle. Pour moi, l’écriture est une véritable œuvre de l’esprit, un acte profondément humain. C’est un moyen d’exprimer des idées, des émotions, des expériences vécues, des combats, des questionnements. L’originalité, la créativité et l’âme d’un auteur résident dans cette capacité à explorer des univers personnels et uniques.
    L’intelligence artificielle, bien qu’impressionnante par sa capacité à générer des phrases ou des récits basés sur des algorithmes, ne peut pas saisir cette profondeur, cette complexité émotionnelle qui rend une œuvre littéraire authentique. Les phrases répétitives, le manque de nuance, et l’incapacité à vraiment toucher au cœur des expériences humaines, rendent ce genre de pratique peu convaincant pour moi.

    Un livre écrit par une IA, selon moi, manque de l’essence même qui fait la richesse d’une œuvre littéraire : l’âme de son auteur.
    L’écriture doit être un dialogue entre l’auteur et le lecteur, un partage d’idées et d’émotions, un geste qui va au-delà de la simple construction de phrases. Cela ne peut être remplacé par un algorithme. Écrire, c’est faire naître des mondes, c’est bousculer les pensées, c’est transmettre des vérités personnelles et profondes. C’est pourquoi je suis convaincue que l’intelligence artificielle ne pourra jamais remplacer la plume humaine, qui est le véhicule de notre humanité, de notre sensibilité et de notre subjectivité.


    Vous avez l’opportunité de dîner avec un.e acteur.trice du livre africain. Lequel.laquelle choisiriez-vous ? Pourquoi ?

    Si j’avais l’opportunité de dîner avec un.e acteur.trice du livre africain, sans hésiter, je choisirais Fatou Diome. Elle est pour moi une figure emblématique de la littérature africaine contemporaine, dont l’œuvre porte une profondeur, une richesse et une humanité qui résonnent avec les réalités de notre époque.
    Fatou Diome a ce don exceptionnel de mêler engagement social et récit intime, de traiter de sujets lourds comme l’immigration, l’identité et les défis sociaux avec une légèreté apparente mais une grande justesse. Ses écrits, en particulier « Le Ventre de l’Atlantique », ou encore « Celles qui attendent », sont d’une grande beauté, porteurs d’une réflexion poignante sur le lien entre l’Afrique et l’Europe, sur la quête d’identité et la quête de soi.

    Ce qui me fascine chez elle, c’est sa capacité à faire entendre une voix puissante et authentique, sans détour, tout en restant ancrée dans la réalité de son temps. Dîner avec Fatou Diome serait un véritable échange enrichissant, non seulement sur le plan littéraire, mais aussi pour discuter de nos responsabilités en tant qu’auteurs africains, des défis que nous devons relever pour porter nos voix et celles de ceux qui, souvent, ne sont pas entendus. Elle est une source d’inspiration pour moi.

    Quels sont vos trois conseils aux auteurs en herbe ?

    Soyez authentiques : écrivez avec votre cœur et restez fidèle à vos convictions, même face aux obstacles.
    Lisez beaucoup : la lecture nourrit l’écriture. Puisez dans diverses sources pour enrichir votre imagination et votre style.
    Persévérez : l’écriture est un chemin difficile, mais ne vous découragez pas. La constance et la passion finissent toujours par payer.

    Propos recueillis par Pauline ONGONO





  • 64e journée mondiale du Théâtre : Théâtre, entre drame et tragédie, par Ray NDÉBI

    Il y a 64 ans, l’International Theatre Institute (ITI) décidait du 27 mars comme de la journée durant laquelle le théâtre serait célébré à travers le monde. Un message international est alors écrit par une figure forte de ce genre, singulier et si commun à la routine d’une société, sans autre forme dissimulation que l’expression simple de ce qui se joue sur la scène des hommes, traduit et diffusé dans une bonne cinquantaine de langues.


    Si le tout premier message a été écrit en 1962 par le célèbre Jean Cocteau, cette année, l’Afrique sera représentée par Wérê Wérê Liking, la fondatrice du village artistique Ki Yi M’bock à Abidjan. Et le message, comme les fois précédentes, sera centré sur Le théâtre et la culture de la paix. Dans le même temps, le Président du Conseil Régional Africain, Vangdar Dorsuma depuis N’djamena, a délivré un message rappelant combien le théâtre contribue au développement de la personne, à l’éveil des consciences et surtout à la promotion du vivre-ensemble.
    Ce qui continue de souligner l’engagement de la Littérature pour une société agréable et solidaire.

    QUELQUES CÉLÉBRATIONS AUJOURD’HUI

    L’ITI a annoncé, pour cette année, que la célébration principale de la Journée Mondiale du Théâtre verra sa célébration principale du 27 au 30 mars à Rio de Janeiro, au Brésil. Des tables rondes, des ateliers, des échanges sur l’héritage artistique, le patrimoine culturel, les opportunités d’emploi dans l’univers du théâtre et l’importance des collaborations internationales dans le développement des sociétés, sont prévus, avec des artistes et spectacles venus de tous les continents.
    Parallèlement, à travers le monde, le théâtre va connaître cette effervescence qui donnera encore plus de couleurs et de vie aux planches, et l’Afrique aura ses propres réalités à exposer dans son contexte qui ne manque pas de sujets et d’intérêts.


    Tunis Théâtres du Monde, Tunisie
    Théatre en Folie, Cameroun
    Association Avant/Scène, Cameroun
    Acte Sept, Mali
    CLAC, Cameroun (29 mars)
    Et bien d’autres…

    RÉALITÉS QUOTIDIENNES

    Le théâtre, s’il est grandement célébré ce jour (27 mars), connaît une courbe plutôt décroissante en termes d’intérêt autant du grand public que des professionnels de ce genre aux multiples scènes. Il n’est pourtant pas possible de lire un roman, un poème, une nouvelle, un conte, un récit sans y vivre le théâtre qui les soutient. Fondu dans les autres genres, il trouve une place essentielle ; c’est quand il est exprimé dans son individualité qu’il ne rencontre pas l’épanouissement qu’on lui dirait naturel, inné.


    Du côté des lecteurs sur le continent africain, il est courant d’entendre dire qu’on ne lit pas le théâtre, c’est ennuyeux ; il faut plutôt le vivre pour en savourer l’expression authentique. On ne va que très rarement dans une bibliothèque pour solliciter une pièce de théâtre écrite ; il faudrait que l’ouvrage soit au programme scolaire pour voir les élèves et étudiants s’en procurer dans des libraires. La lecture quant à elle n’est pas garantie.


    Parmi les auteurs, les dramaturges sont ceux que l’on rencontre le moins, et ce genre voit de moins en moins de passionnés s’y intéresser ; les éditeurs contribuent à accroître l’hésitation dans la perspective de cette écriture, puisque le marché n’est pas réceptif. On rencontre de moins en moins de pièces de théâtre dans les bibliothèques domestiques, à cause d’une importante insuffisance de communication et de promotion dans ce sens.


    Les promoteurs littéraires, surtout ceux spécialisés dans le théâtre, ne rencontrent pas suffisamment le public, et n’aident pas à déconstruire la marginalité établie et transmise de génération en génération ; il semble même que le théâtre lui-même en est arrivé à l’intégrer comme une composante majeure de son état. Les ateliers, les cafés littéraires, les échanges critiques, les concours et les Prix littéraires intègrent peu le théâtre, quand bien même ce sont des initiatives d’ordre général. Il faut un prix réservé au théâtre pour qu’on rencontre le théâtre, tout comme il faut cette journée pour qu’on se rappelle son existence.


    Les espaces dédiés au théâtre sont encore plus rares, et ceux dont on entend parler ne sont localisés en majorité que par ceux qui les tiennent. Ce sont surtout des espaces ouverts à tout type de rencontres scéniques, comme les centres et foyers culturels, les instituts occidentaux qui prêtent souvent leurs cadres. Et parfois, le coût de location, surtout pour les espaces locaux, est lui seul une raison suffisante de se tourner vers un autre genre littéraire un peu moins demandant financièrement. Quand il s’agit de représentation. Parfois, l’âge et la renommée excluent bien des passionnés.

    DES VOIES VERS UN RETOUR EN GRÂCE


    Les auteurs de pièces de théâtre sont pourtant présents, mais il faut être quasiment initié en Littérature pour les reconnaître lors des rencontres autour du Livre. romanciers, poètes et autres sont quant à eux plus fréquents et moins mal lotis. Des éléments simples sont donc à considérer, car les réalités diffèrent en fonction des contextes ; certains pays en Afrique voient tout de même leur théâtre bénéficier d’une certaine attention de leur public.


    Il apparaît donc nécessaire de :
    Populariser le théâtre.
    Par exemple, auprès des jeunes, dans les écoles et les centres d’accueil qu’ils fréquentent, proposer des activités régulières dont ils sont les acteurs ; car ils ne comprendront et n’accepteront que ce qu’ils vivront, ce que leur expérience aura savouré.


    Préparer les auteurs par des ateliers.
    La méconnaissance de ce qu’est le théâtre est aussi l’une des plus grandes source d’hésitation chez le public. Si en s’intéressant à ce genre, il est plus facile de se tourner vers les œuvres des anciens, c’est parce que les conditions ne sont que peu remplies par les jeunes ou nouveaux auteurs. Comme pour les autres genres, la lecture n’est pas facile dans la plupart des cas. Le théâtre ne reçoit que peu de tolérance à cause de sa nature. On veut le voir ; donc s’il faut le lire, il doit rejoindre l’excellence.


    – Considérer les candidatures des dramaturges.
    Si les romans sont plus sollicités, c’est aussi parce qu’ils reçoivent une attention supérieure. Bien que certains auteurs excellent dans d’autres genres, il est attendu d’eux aujourd’hui le roman qui les consacrera. En accordant un grand intérêt au théâtre, notamment chez les auteurs accessibles à la jeunesse, des auteurs qu’elle pourra prendre pour modèle, il est bien plus facile de susciter leur adhésion. Le théâtre souffre grandement de l’indifférence, devenue naturelle, des promoteurs. Encourager des personnes comme Grimo, Germain Djel, Alain 5 Ba’aba, Essomo Sadrack, Hervé Keedi et bien d’autres au Cameroun ; leurs efforts pour faire vivre cet art, avec des moyens précaires, sont à saluer.


    – Créer des espaces réservés au théâtre et à son apprentissage.
    C’est aussi là un réel challenge. Où est le théâtre ? Cette question, posée à cent personnes, ne voit même pas cinq y répondre ici. Tant qu’il ne devient pas une habitude aux yeux, il restera dans ses épaisses ombres. Ses principaux acteurs non plus ne présentent pas un visage qui est reconnu au quotidien. Les associations existent-elles ? Quelles sont leurs activités ? Des lieux sont-ils indiqués ? Souvent, il faut être dans le secret, à croire que le théâtre est un genre interdit au grand jour.


    Pour cette journée, que le théâtre soit le visage des ambitions qu’on lui prête. Ne nous limitons pas à des spectacles qui attendront d’autres grandes journées ; allons au cœur des difficultés à faire rayonner le théâtre dans nos sociétés. Que les échanges soient faits sur la base de l’ouverture, et non sur d’autres interminables sessions qui ne voient intervenir que des personnes, spécialistes peut-être, mais qui ne vivent pas la réalité du théâtre aujourd’hui.


    Que revienne le théâtre !




  • HOW I MET BOOKS : Angélique LEROY, poétesse française

    « Enfant timide, j’ai appris à sortir les mots des lignes, à les vivre. »

    Je suis née avec des troubles Dys. Ce sont des difficultés d’apprentissages pour l’acquisition du langage, de la lecture, de l’écriture, du calcul, de la planification… Je les cumule tous avec d’autres neuroatypies. J’ai dû apprendre à être persévérante en oubliant que cela générerait plus de fatigue.

    J’ai adoré lire les livres de Babar. Les mots étaient liés à des images. C’est un jeu qui consiste à deviner le mot mais aussi à décrire l’image entière en face qui reprend cette banque d’images. Babar était installé sur le canapé à raconter des histoires. Ce qui exprime l’envie de se poser et de découvrir. Qui n’a pas rêvé d’entrer dans le livre comme dans le film d’une histoire sans fin ?

    J’ai adoré aller à la bibliothèque. Sentir cette odeur particulière, découvrir les nouveautés, écouter les contes. D’ailleurs, je rêve d’en avoir une gigantesque.

    Puis, j’ai été sélectionnée à l’école pour faire du théâtre. Enfant timide, j’ai appris à sortir les mots des lignes, à les vivre. Je me souviens de mon rôle de « Mère louve » dans la comédie musicale « Le livre de la jungle » joué en CM2. Et puis on chantait aussi, comme « Kumbaya my love ». Oui le Gospel, le chant poétique qui vous prend par les tripes.


    J’ai adoré les livres de la collection « Bibliothèque rose » et « verte ». Je les regrette d’ailleurs, car il y avait des illustrations et j’aimais la texture vieillit du papier.

    Au collège, j’ai participé à un concours de poésie où j’ai déclamé « la Cigale et la Fourmi » de Jean de la Fontaine. Cela m’a plongé davantage à poursuivre le théâtre.

    J’ai adoré lire des livres à l’eau de rose comme ceux de science-fiction. C’était aussi la mode des chairs de poule.

    Et puis en 2020, je me suis mise à écrire sur mes plaies listes de musique. Play : jouer, plaisir, et blessures. Le langage des oiseaux a sifflé mon inspiration pour devenir du slam, rap, théâtre, poétique art thérapeutique. Tout ce que j’ai appris en mix média, même dans l’imagerie des mots, est devenue mon abécédaire.

    Je suis devenue la Marianne Joconde, dramaturge de ma vie. Je compose, je mixe. Je m’inspire de références et je vais plus loin.

    Il y a le passé, le présent, et le futur. Je navigue entre nostalgies et ma vision du monde. Je défends la culture pour tous avec un aspect art thérapeutique. Quand je lis, je dois vivre l’histoire visuellement, auditivement et de façon kinesthésique. Tout passe en sl’âme. Je me nourris chaque jour de l’intelligence collective.

    Je tiens à l’édition du livre en papier, avec des illustrations, des couleurs, des textures, tout ce qui donne envie de lire et de vibrer. Je vais reprendre mes études en licence Art et Spectacles pour nourrir davantage mon expérience de vie avec les livres. Ainsi je deviendrai une artiste et art thérapeute accomplie, car je rêve de monter mes spectacles de type « Muppets Show ». D’ailleurs, les personnages de la rue sésame (Sesame Street) avec Bart et Ernest sont d’excellent vecteur d’apprentissage qui donne le goût d’apprendre et de s’en souvenir. Car aujourd’hui, avec persévérance, j’ai pu débloquer de nombreux freins d’apprentissage. Je suis née dys, je mourrai dys, mais j’ai su comment m’en servir et en faire une force.

    J’ai écris mes recueils sans tricher sur ma personnalité ni mon schéma de pensée neuroatypique. Je suis authentique et livresque.




  • Entretien avec Juliette Doriane NGAH BIDJO, auteure camerounaise

    Pour Juliette Doriane NGAH BIDJO, qu’est-ce que la littérature ?

    La littérature est un miroir de l’âme humaine, un espace où se rencontrent les émotions, les idées et les expériences. C’est un outil puissant pour explorer la condition humaine, susciter la réflexion et inspirer le changement. Pour moi, c’est aussi un moyen de connexion profonde avec les autres, un dialogue intemporel à travers les mots.

    En considérant la scène littéraire globale, quelle importance revêt pour vous le besoin d’écrire ?

    Écrire est une nécessité vitale. C’est un besoin d’exprimer ce qui bouillonne en nous, de donner forme à nos pensées et à nos sentiments. Dans un monde en constante évolution, la littérature offre un espace de réflexion et de résistance, un moyen de préserver notre humanité.

    « Miroir », votre dernier livre, diriez-vous qu’il répond à des questions que vous vous posiez avant son écriture ? Pourquoi ?

    Absolument. « Miroir » est né d’une quête personnelle, d’un besoin de comprendre les dynamiques de l’identité et de l’acceptation de soi. Il a été un voyage introspectif, une manière de confronter mes propres doutes et de trouver des réponses universelles.

    Racontez-nous « Miroir », plus d’un an après sa parution.

    Plus d’un an après sa parution, « Miroir » continue de résonner en moi et chez mes lecteurs. Il est devenu un outil de dialogue, un point de départ pour des conversations profondes sur l’identité, la beauté et l’acceptation. Je suis touchée de voir comment il a aidé certains à se réconcilier avec eux-mêmes.

    Vous pouvez retrouver « Miroir » au prix de 5000 FCFA à ces lieux :
    – Editions de midi (+237 697449082)
    – Chez Andaal ( +237 6 56 96 41 28)
    – Bientôt à la bibliothèque du collège François Xavier VOGT.
    – Également disponible lors de mes séminaires et formations.(+237 695 16 83 87)

    Quel regard portez-vous sur la scène littéraire camerounaise actuelle ?

    La scène littéraire camerounaise est en pleine effervescence, riche de voix diverses et de talents prometteurs. Il y a un besoin de plus de promotion, et de moyen de faire rayonner les auteurs camerounais, mais nous possédons un potentiel énorme.

    Pouvez-vous nous parler de quelques auteurs ou personnalités du monde du livre sur le continent qui vous marquent ? Pourquoi ?

    Je suis profondément inspirée par des auteurs comme Chimamanda Ngozi Adichie, dont la plume puissante explore les complexités de l’identité et de la culture africaine. Sa capacité à transcender les frontières et à toucher les cœurs est admirable. Une autre auteure qui me passionne est Fatou Diome. Son regard aiguisé et son courage à aborder des sujets sensibles sont une source d’inspiration.

    Vous êtes aussi entrepreneure dans le secteur des médias. Quels sentiments vous laisse la promotion de la littérature en général aujourd’hui ?

    La promotion de la littérature est un défi constant, mais aussi une source d’espoir. Il est essentiel d’innover, d’utiliser les nouveaux médias et de créer des espaces de rencontre entre les auteurs et leur public.

    Que proposez-vous de nouveau pour faire rayonner la littérature sur le plan international ?

    Je crois en la force des collaborations internationales, des échanges culturels et de la traduction des œuvres. Il est important de créer des ponts entre les littératures du monde entier.

    Quelle est votre lecture de la montée en puissance des Intelligences Artificielles dans l’écriture des livres ?

    L’intelligence artificielle est un outil fascinant, mais elle ne remplacera jamais la sensibilité et la créativité humaines. La littérature est avant tout une expression de l’âme, une connexion profonde avec le lecteur.

    Vous travaillez aussi beaucoup dans la formation des jeunes à divers arts, notamment l’art de la parole. Pouvez-vous nous en dire plus ?

    La formation des jeunes est une passion. Je crois en leur potentiel créatif et en leur capacité à changer le monde. L’art de la parole est un outil puissant pour développer leur confiance en eux et leur permettre de s’exprimer avec force et authenticité.

    Quel a été le procédé d’écriture de  »Miroir » ?

    « Miroir » est né d’un processus d’écriture introspectif et intuitif. J’ai laissé mes émotions et mes réflexions me guider, en cherchant à créer un texte authentique et personnel. Dans mon procédé d’écriture, j’essayais de me mettre au-dessus des émotions et d’avoir un regard neutre pour mieux analyser les comportements.

    La femme dans la littérature au 21e siècle. Avenir de la littérature ? Qu’en pensez-vous ?

    Les femmes jouent un rôle de plus en plus important dans la littérature du 21e siècle, apportant des perspectives nouvelles et des voix puissantes. L’avenir de la littérature est entre leurs mains, et je suis optimiste quant à leur capacité à le façonner.

    Quels sont les trois (03) conseils de Juliette Doriane NGAH BIDJO aux jeunes auteurs et auteurs en herbe ?

    – Croyez en votre voix unique et n’ayez pas peur de l’exprimer.

    – Lisez beaucoup, écrivez souvent et n’abandonnez jamais votre passion.

    – Cherchez des mentors et des communautés de soutien pour vous accompagner dans votre parcours.

    Propos recueillis par Pauline ONGONO