
Quand elle est établie en 1999, la journée mondiale de la poésie apparaît comme une occasion de célébrer la lecture, l’écriture, la publication et l’enseignement de cet art. Les mouvements poétiques à travers le monde y voient alors une forme de reconnaissance de leurs activités pour préserver et accroître la présence de ce genre dans la communauté littéraire et la société. Une telle journée sert aussi à reconnaître l’universalité de la poésie et surtout cette nature profonde qui fait d’elle l’âme de toutes les autres beautés et formes d’expressions artistiques.
Un an plus tôt, alors que la France remporte la première coupe du monde de football de son histoire, et face au Brésil de Ronaldo, portée par un Zinedine Zidane d’une virtuosité exceptionnelle sur le terrain, le Président Jacques Chirac le compare alors à un poète. Et la poésie, par-delà cette indéniable beauté dans l’être et l’attitude, dans les expressions de sagesses, dans les mouvements unifiant le corps et l’esprit, se vit aussi au quotidien dans les aubes et les crépuscules, les sourires à l’inconnu, la naissance d’une fleur, la mort d’un cygne, la Passion du Christ… Et même au cœur des tristesses les plus sombres ; ne dit-on pas des femmes duala (Littoral, Cameroun) qu’elles pleurent leurs défunts avec poésie, tant elles y abandonnent le dernier amour qu’il leur reste du moment, devenues la douleur que leur être exprime.
La poésie porte cette liberté que ne contraint aucun regard, aucune circonstance ; elle est libre par elle-même et encore plus libre quand elle ne se soucie pas des libertés. Nulle plume au fait de la poésie ne s’écrie : « Je suis poète ! », car il est cette question : Qui n’est pas poète, au fond ?
Alors…
D’OÙ VIENT-ELLE, LA POÉSIE ?
En 2015, Grand Corps Malade pense que la poésie, c’est essayer de rendre jolies des choses qui pourtant nous sont très proches et très communes (in La Poésie, c’est quoi ?, www.radiofrance.fr)
Mais est-ce l’auteur qui essaie de rendre la nature jolie ou c’est la nature qui lui révèle cette beauté qu’il vient transmettre au bout de sa plume. N’irons-nous pas plutôt vers Théo Ananissoh, écrivain togolais dont les romans se caractérisent par une description poétique remarquable du paysage ? « La nature est généreuse, c’est l’esprit qui est peu cultivé » (Perdre le corps, Gallimard).
La poésie est là bien avant l’être humain. La Nature est poésie. Tout autour de nous est investi d’une âme qui ne demande que notre attention, notre écoute, notre passion, afin de nous transmettre à nouveau cet héritage dont nous nous éloignons avec nos volontés de rendre beau ou agréable ce qui ne l’est pas. Cela n’est dû qu’à notre faible communion avec la nature, l’espace qui nous entoure, la terre qui nous porte… les objets de notre routine devenus trop communs à nos yeux et plus assez intéressants pour nos plumes. Nous n’opérons aucune chirurgie esthétique en célébrant ce qui paraissait pâle ou fade ; la poésie nous rend simplement notre gratitude, notre humanité.
Ainsi, l’on ne dira plus que des textes manquent d’âme. L’on ne prétendra plus que la poésie n’est pas faite pour être comprise, et qu’il faut absolument la présence du poète pour expliquer son écriture. Mais qui parle d’explication… Le lecteur ne demande qu’à vivre, qu’il comprenne ou pas. Qui a besoin de comprendre l’amour quand le ressentir élève bien plus qu’espéré…
COMMENT DONC CÉLÉBRER CETTE JOURNÉE ?
Il faut être libre. Authentique. Là où on se trouve. Se dire comme si l’on ne devait sa capacité à parler de soi à personne ; parce qu’on ne la doit à personne. La poésie est l’art par excellence de la liberté, puisque c’est la première expression qui vient naturellement. On n’enseigne pas les émotions, on dispose l’esprit à une discipline propre à son potentiel afin qu’il puisse les offrir avec leur intimité. Leur poésie.
Aujourd’hui, soyons libres ! Disons les poèmes de nos envies, de nos désirs, de nos frustrations, de nos espoirs, de nos inconforts, de nos folies… Ne les disons plus nègres pour nous défendre, ne les disons plus pauvres pour nous justifier, ne les disons plus libres pour nous consoler… Disons-les comme ils sont parce que nous sommes… Ne prenons aucun prétexte de diversité, d’inclusion, de tolérance, d’égalité… si ce n’est à l’égard de la nature…
Et demain, quand cette journée sera passée, quand on ne sera plus au 21 mars, quand on ne sera plus dans aucun calendrier, quand il ne restera plus de nous que des souffles errants… continuons d’être de notre naturelle éternité, puisque nous sommes éternels de Poésie. De Liberté. Que les plumes, si seules elles œuvrent, les groupes ou associations, unissent leurs élans au nom de la Poésie et explorent encore plus leurs libertés, pour une plus grande valorisation de la nature et une meilleure expression de sa poésie.
DES ACTIONS À POSER
Rien ne sera authentique si l’on s’en tient à une journée pour l’expression de la passion immense à l’endroit de la Poésie. Nous avons le devoir d’être permanents dans nos activités pour permettre à ce genre de retrouver toute la considération que le passé lui avait apportée. La nécessité d’une communauté solide et solidaire n’est plus à démontrer ; pour cela, il suffit de mener diverses action parmi lesquelles :
– Des ateliers de créativité
– Des rencontres autour des œuvres de poésie d’auteurs locaux
– Des échanges sur la qualité de la poésie
La promotion de la poésie auprès des élèves, des étudiants, des travailleurs et autres secteurs de la société (prisons, hôpitaux, centres d’accueil, orphelinats…)
– La distinction des auteurs de poésie à l’échelle locale
– Des spectacles ouverts de déclamations…
Voilà comment nous pouvons construire un plus bel héritage dès aujourd’hui.
Ray NDÉBI



































