Catégorie : Actions sociales

  • ENTRETIEN | Junior Haussin se livre sur le rejet de soi

    Après La plume noire de l’encrier et Banane malaxée, Junior Haussin, qu’est-ce qui vous a conduit à écrire Je suis Nègre mais les Noirs ne m’aiment pas ? Est-ce un sujet qui vous habitait depuis longtemps ou est-il né d’une observation particulière de notre société ?

    JE SUIS NEGRE MAIS LES NOIRS NE M’AIMENT PAS est le résultat d’une simple observation de nos mœurs. Quand on est écrivain, on est avant tout un habitant du monde qui nous habite également ; et l’on ne saurait seulement puiser dans son imagination pour penser une histoire, il faut aussi observer sa société pour décrire les choses. Et le roman que vous découvrez aujourd’hui est le résultat d’une pure observation de nos rapports avec notre coloration de peau. Je me suis posé cette question : comment des personnes noires, à la peau noire, vivant dans les communautés noires, en Afrique noire, sont autant complexées par le teint clair, au point de se blanchir la peau, faire le Djansang, comme on le dit vulgairement au Cameroun ? C’est le point de départ de ce roman.

    Il faut dire que c’est un titre particulièrement fort. Qu’est-ce qui se cache concrètement derrière ces mots ?

    Derrière ces mots se cache une réalité difficile à admettre de nos jours : les personnes noires, en Afrique noire et dans les communautés noires ont pris l’habitude de se rejeter à cause du trait trop foncé de leurs peaux, comme si être noir ou trop noir de peau est un malaise. Aujourd’hui, il faut se rapprocher de ce triste spectacle pour observer qu’il n’y a qu’ en Afrique noire et dans les communautés noires que l’on assiste à une classification du genre de teint : teint clair, teint noir, teint chocolat ,teint chocolat au lait. Et cette classification, parfois conditionnée par certaines faveurs sociales éphémères, conduit à lui donner un nom : la négrofolie ou la doctrine de la classe des noirs teintés appelé le négrofolisme.

    Asakya et Mabanckou sont au cœur de cette histoire. Toutes deux sont confrontées au regard porté sur leur teint, mais leurs trajectoires prennent des directions différentes. Pourquoi était-il important pour vous de raconter cette réalité à travers des personnages plutôt que de porter directement un discours sur le blanchiment de la peau ?

    Il m’aurait fallu suffisamment de documentation scientifique et même médicale, pour directement aborder la question du blanchiment de la peau dans un essai. De plus, le roman est le canal dans lequel je me sens le plus à l’aise, et traiter de ce sujet en mettant en scène des personnages était pour moi un moyen de m’adresser directement à chacun de nous. Comme si chaque personne est un cri commun contre le blanchiment de la peau en Afrique noire dans les communautés noires.

    JE SUIS NEGRE MAIS LES NOIRS NE M’AIMENT PAS raconte la manière dont ASAKYA et de MABANCKOU se donnent de l’amour ou de la haine. Dans votre roman, le « Djansang » est bien plus qu’une pratique esthétique, il est presque une voie vers une vie meilleure, une manière de gagner en considération et d’accéder à une certaine reconnaissance sociale. Pourquoi cette dimension vous semblait-elle essentielle à montrer ? Je précise à nos lecteurs que le « Djansang » est un néologisme camerounais qui signifie « produit pour le blanchiment de la peau ». Faire le Djansang signifie donc utiliser des produits pour blanchir la peau.

    La réponse se trouve dans votre question et je l’ai souligné précédemment : la doctrine de la classe des noirs teintés appelée negrofolisme insiste sur ce fait. Car, voyez-vous, la société actuelle, celle où des femmes font du djansang, répond très souvent à un besoin économique et social plutôt que culturel et identitaire. Cela dit, si on se décape la peau, c’est pour plaire à autrui, obtenir des faveurs professionnels et cadeaux. Des conséquences d’une séduction bien orchestrée par le mécanisme du décapage. Et les hommes ne sont pas à exempts : eux aussi convoitent la mode et le désir d’être plus séduisants et avenants ; ils espèrent que se blanchir la peau sera un atout pour plaire et collectionner les femmes d’un certain âge. On verra alors qu’en Afrique noire, dans les communautés noires, quand on est noir foncé, on est insulté et même humilié ; quand on est clair de peau, on est célébré et apprécié. On dira à l’un le « noiro » ou « négro » et à l’autre le « white » ou le « blanc », touchant cette fois-ci à l’estime de soi, à l’identité africaine. Il faut le rappeler, ce roman ne pointe pas le doigt accusateur sur ces hommes et femmes naturellement clairs de peau mais sur ces hommes et femmes qui sont à la quête du blanchiment de la peau.

    Asakya connaît les conséquences d’une histoire de Djansang qui tourne mal. Qu’avez-vous voulu dire à travers son parcours ? Est-ce avant tout une mise en garde contre les dangers du blanchiment de la peau ou une manière de montrer les blessures plus profondes provoquées par le rejet de soi ?

    Avec le personnage ASAKYA, on a voulu mettre en garde nos frères et sœurs sur les conséquences de la dépigmentation ou du blanchiment de la peau et sur les fausses promesses que garantit le djansang quand on est assoiffé de réussite et de biens matériels. On a voulu que notre société se saisisse de ce problème comme une question de santé mentale qui est aujourd’hui une situation de malaise social à ne pas prendre à la légère, car certaines blessures de l’enfance ne guérissent pas et sont souvent, aussi, à l’origine de ce choix de décoloration. Un enfant qui a grandi en subissant les injures sur la couleur foncée de sa peau, en accumulant des humiliations a tendance, une fois adulte, à fuir cette réalité en optant pour le décapage. Toutefois, MABANCKOU a su tenir tête à ceux qui ont essayé de briser son estime de soi ; ce qui n’a pas été le cas d’ASAKYA qui a choisi de fuir sa réalité pour vivre une vie d’influenceuse.

    Effectivement, Mabanckou porte une autre réponse au regard des autres : l’acceptation de soi. Comment avez-vous construit ce personnage et quelle place occupe-t-il dans votre réflexion sur l’identité noire ?

    MABANCKOU est la réponse la plus efficace face au rejet du teint noir dans les communautés noire en Afrique noire. J’ai voulu à travers ce personnage faire valoir l’acceptation de soi dans une société où medias, cinéma, panneaux publicitaires et choix esthétiques se tournent prioritairement vers l’éclat de la peau, vers l’éclaircissement du teint pour plaire uniquement. Cette acceptation de soi que démontre MABANCKOU tout au long de ce roman est une valorisation de l’identité noire et africaine. Aussi, c’est avec ce personnage que nous nous sommes posés certaines questions : un noir à la peau noire est-il Africain ? À quel moment, aujourd’hui, peut-on se qualifier de noir même si on a une peau noire ? Qui est véritablement Africain aujourd’hui ? Ne sommes-nous pas en train de mettre en place des outils qui nous aideront à devenir de véritables Africains au-delà du teint ?

    Dans votre roman et vous l’avez déjà souligné, le teint clair est associé à la beauté, à la réussite et même à l’ascension sociale. Comment expliquez-vous que la couleur de peau puisse encore peser aussi fortement sur la manière dont une personne est regardée, désirée ou considérée dans certaines sociétés africaines ?

    Voyez-vous, on ne saurait parler de ce problème de dépigmentation sans faire allusion aux nouvelles technologies de l’information et de la communication. L’e-réputation est aujourd’hui un enjeu social à comprendre au même titre que notre réputation dans la vie réelle. Pour répondre à votre question, je dirais qu’avoir un teint clair est un besoin vital aujourd’hui pour beaucoup d’entre nous. D’ailleurs, nos smartphones nous proposent des filtres pour apporter de meilleures perfections à notre peau. Dans le roman nous parlons d’un monde imaginaire qui s’appelle FILTRELAND, et en lisant ce roman, vos abonnés en sauront davantage. Précédemment, je vous ai parlé de ces faits qui favorisent cette course incontrôlée vers le teint clair. La télévision, le cinéma, la mode et la publicité sont des outils utilisés en ce moment pour modifier et même influencer notre comportement en la matière. Dans le cinéma, par exemple, on apprend à nos jeunes sœurs et jeunes frères qu’une femme qui a réussi sa vie, est une femme au teint clair, aux faux ongles et aux mèches brésiliennes. Au même moment, on décrit la femme africaine pauvre par un teint noir avec des nattes sur la tête et tout son naturel, vivant dans un petit village perché au bout de l’Afrique. Les défilés de mode et la publicité aujourd’hui et leurs campagnes en ligne… Toutes les photos sont retouchées et éclaircies. Dans ce roman nous répondons suffisamment à cette question. Je ne peux qu’inviter vos abonnés à lire JE SUIS NEGRE MAIS LES NOIRS NE M’AIMENT PAS, pour en savoir davantage.

    Et nous rappelons qu’il ne coûte que 10.000 FCFA. Vous décrivez un imaginaire dans lequel le teint clair ouvre symboliquement les portes d’un « pays de rêve », habité par des gens heureux. D’où vient, selon vous, cette fascination pour la blancheur ? Est-elle le prolongement d’une histoire ancienne ou prend-elle aujourd’hui de nouvelles formes ?

    Ecoutez, il ne faut pas que l’on mente sur l’histoire ou que l’on fasse semblant de ne pas connaitre l’histoire. Dans ce roman, nous revenons sur une dame au nom de « SITA MADAME », son histoire est assez intéressante pour en faire un livre… pourquoi pas, car elle nous montre l’une des sources certaines de cette volonté qu’ont nos frères et sœurs à se blanchir la peau. Le livre vous en dira davantage. En effet, la recherche effrénée du teint clair existe depuis les indépendances. On était un noir évolué lorsqu’on avait été chez le blanc ou qu’on savait parler français. À ce jour, le phonème a trouvé un terrain suffisamment fertile avec les NTIC et le commerce en ligne. Je dirai simplement que le paraître domine nos mentalités actuelles. Grace à ce roman nous parvenons à comprendre que le racisme, le collorisme sont réinventés au sein des communautés noires en Afrique noire. Le pays imaginaire FILTRELAND vous en dira davantage. Lisez-le !

    Ce roman établit un lien particulièrement sensible entre l’acceptation de soi et la santé mentale. Pourquoi était-il important pour vous d’aller au-delà de la question physique pour parler aussi des conséquences psychologiques du rejet de sa propre apparence ?

    Vivre selon la validation des autres, avancer selon le regard d’autrui et n’exister que parce que les autres en ont décidé est pire que la mort. Ne pas pouvoir s’accepter soi-même tel qu’on est est un problème de santé publique qui affecte considérablement notre santé mentale. Les séquelles psychologiques et émotionnelles du rejet de soi par soi et par les autres sont énormes et il fallait que ce roman le rappelle et que l’urgence soit soulignée, pour une prise en charge des personnes obnubilées par le teint clair. Il s’agit du complexe du teint clair et ses ravages non négligeables en ce moment.

    Le blanchiment de la peau est souvent abordé sous les angles médical, sanitaire ou sociologique. Vous avez choisi de l’explorer par la fiction. Qu’est-ce que le roman vous permet de raconter sur ce phénomène que le discours journalistique ou scientifique ne pourrait peut-être pas transmettre avec la même force ?

    C’est une bonne question et même avec un essai bien écrit je ne pense pas que j’aurais suscité autant d’intérêt sur ce sujet aujourd’hui. Le phénomène est réel : le blanchiment de la peau a fait objet de plusieurs angles de traitement dans les salles de rédaction. Le Ministère de la Santé Publique au Cameroun en parle régulièrement, mais la chose continue de faire des ravages. Et nous estimons que pour dire et mieux dire ce qu’il y a à dire sur ce sujet, pour que cela ne ressemble pas à un discours de beau parleur, il faut raconter l’histoire des gens à travers un roman accessible à tous. L’outil peut voyager dans toutes les familles africaines ; pas besoin d’écran ou de connexion internet, juste le temps de lire.

    En écrivant ce livre, à qui vous adressez-vous réellement ? Aux personnes qui pratiquent le Djansang, à celles qui souffrent du regard des autres, aux familles, ou plus largement à une société qui participe parfois, consciemment ou non, à fabriquer ces complexes ?

    Ce livre est écrit pour ceux et celles qui sont encore complexé.e.s par la peau blanche et le teint clair. Ce roman est un message fort que nous adressons à ceux et celles qui ont perdu l’estime de soi à cause des railleries sur leur teint foncé et aussi un mot de compassion à ces femmes aujourd’hui victimes du décapage de la peau et qui souhaitent en guérir. Notre société a besoin de connaissances et d’information, car avec ces éléments, on aura le pouvoir de changer les choses pour sauver une belle couleur de peau qui n’est en réalité que le prolongement de notre conscience sur le monde.

    Lorsque le lecteur referme Je suis Nègre mais les Noirs ne m’aiment pas, qu’aimeriez-vous qu’il emporte avec lui ? Et après trois ouvrages, quelle place souhaitez-vous désormais occuper dans la littérature camerounaise et africaine : celle d’un écrivain qui témoigne de son époque ou celle d’un écrivain qui cherche à provoquer une prise de conscience ?

    Une fois que le lecteur a refermé JE SUIS NEGRE MAIS LES NOIRS NE M’AIMENT PAS, il doit retenir que l’Afrique ne se construit pas sur la couleur de la peau mais sur la manière que nous influençons notre milieu de vie. L’acceptation de soi est le début d’une belle action sociale. Apres trois ouvrages, je souhaite que l’on me voie comme un écrivain qui raconte son temps et qui provoque une prise de conscience.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • Hdh ou Fdf ? ou la violence conjugale mise à l’épreuve du regard des autres

    Hdh ou Fdf ? débute par une scène familière : deux hommes, Coco et Caca, discutent entre eux. Caca se met à parler des coups qu’il inflige à son épouse, comme d’une chose presque ordinaire. Pour lui, sa femme est « têtue », et les gifles sont une manière de rétablir l’ordre qu’il croit naturel. Coco, lui, refuse cette logique. La conversation tourne alors à un affrontement entre deux façons de concevoir la relation conjugale : l’une fondée sur la domination, l’autre sur le respect.

    Jean-Pierre Noël BATOUM, prêtre et auteur de plusieurs textes, a choisi d’entrer dans son sujet par le dialogue. Un choix efficace, parce qu’ainsi Caca se révèle par ses propres mots. Il n’a pas besoin d’être présenté comme un homme violent : sa façon de parler de sa femme et de justifier les coups suffit. Coco, avec sa position directe et parfois provocatrice, s’engage tout de suite à obliger Caca à vraiment regarder ce qu’il fait. Il ne se contente pas de reprocher à Caca de frapper sa femme, il pointe la contradiction de cette prétendue force : pourquoi celui qui se dit fort ne l’est-il que devant une femme ?

    L’opposition de perception entre les deux hommes porte une bonne partie de la tension de cette nouvelle de 18 pages.

    Jean-Pierre Noël BATOUM ne s’arrête pas dans cet échange entre Coco et Caca ; il élargit le problème vers un groupe plus grand. Caca ne doit plus seulement répondre de ses actes devant son épouse et Coco, ses collègues décident eux aussi de prendre leurs distances. Personne ne vient plus à sa rencontre. Les plaisanteries disparaissent, les salutations aussi. Si une chaise reste libre, Caca sait qu’elle ne lui est pas destinée. Lui qui avait l’habitude de s’intégrer dans les discussions de groupe sans avoir à y penser, est mis à l’écart comme un déchet nauséabond. Caca découvre ce que signifie être rejeté par ceux dont il attendait jusque-là reconnaissance, amitié. La solitude devient peu à peu concrète.

    Coco, son supérieur hiérarchique, prend pourtant soin de ne pas transformer cette exclusion en règlement de comptes. Il veille à ce que Caca continue de percevoir son salaire. Car même si son but est de condamner la violence et faire prendre conscience à Caca, il ne souhaite pas précipiter sa famille dans la difficulté.

    Caca est de plus en plus triste, abattu… Chez lui, il ne commande plus. L’ogre a disparu. Il est l’ombre de lui-même. Son silence contraste fortement avec le personnage des premières pages. L’homme qui occupait tout l’espace domestique par sa colère ne sait plus quoi faire de cet espace, maintenant que les autres ont cessé de se soumettre à sa présence.

    Son épouse, elle, reste attentive à ce changement. Elle s’inquiète. Elle ne se réjouit pas de voir son mari perdre son pouvoir. Même si elle souffrait de ses insultes et de ses violences, sa vie reste liée à la sienne. Une attitude contradictoire retrouvée chez plusieurs femmes qui vivent des violences conjugales au quotidien.

    Caca n’en peut plus d’être ignoré. Son rendement au travail en prend un coup. Il a peur de perdre son travail. Convoqué par Coco, c’est tout abattu qu’il dit que son travail est tout ce qu’il lui reste. Et sa femme alors ? Et ses enfants ? Que représentent-ils pour lui ? Coco, agissant comme les propriétés du fruit qui porte le même nom, apaisé tout de suite le cœur et les pensées de Caca, qui comprendra cette leçon d’isolement qui a failli le « tuer ». Et par une suite d’événements, Coco et les collègues décident de l’accepter à nouveau dans le groupe, à condition qu’il s’engage à faire partie de leur communauté de HH.

    Cette dernière partie assume davantage l’humour et le jeu autour des mots. Aux « Fdf », Coco oppose les « HH ». Derrière cette invention, Hdh ou Fdf ? propose une autre idée de la virilité. La force n’est plus celle qui contraint une femme à obéir, elle devient une affaire de responsabilité, de maîtrise de soi et de respect. En outre, La création annoncée de la « Communauté des HH » fait de cette idée une dimension collective. Les collègues décident de mettre désormais en quarantaine ceux qui violentent leurs compagnes. Le changement ne repose donc plus uniquement sur la prise de conscience individuelle de Caca : c’est désormais une règle de conduite entre hommes. Et contrairement à ce qui se vit très souvent, ici, l’entourage cesse d’être spectateur et choisit de prendre position.

    Le jeu de mots autour du nom « Caca » est d’un grand humour dans cette histoire qui aurait facilement pu devenir uniquement tragique. L’auteur a sûrement pensé que les violences subies par sa femme l’étaient déjà assez. Toutefois, le rire des personnages ne fait pas disparaître ce qui vient d’être vécu : c’est juste un accompagnement pour une intégration saine de Caca dans le groupe des HH.

    On le dit trop peu, mais avant même les questions de mariage ou d’autorité, il faut reconnaître en la femme un être humain digne de respect. Entre le Fdf et le HH, il ne s’agit pas seulement de choisir une étiquette. Il s’agit de choisir entre être celui qui cherche à dominer ou être celui qui accepte de reconnaître à l’autre sa dignité.

    Hdh ou Fdf ? se lit sous un langage accessible, des dialogues vivants et une situation qui permet à l’auteur d’aborder les violences faites aux femmes sans transformer la nouvelle en discours théorique. L’humour, les expressions familières et les jeux de mots donnent à ce texte une tonalité qui correspond à son propos et qui, surtout, permet à plusieurs personnes de s’identifier.

    La construction du personnage de Caca est captivante. Au début, il croit que son autorité lui donne des droits sur sa femme. À mesure que son entourage lui retire son soutien, cette certitude se fissure. Il découvre que la violence qui lui semblait être une preuve de force l’a finalement isolé de ceux dont il avait besoin. Il se brise. Et dans cette nouvelle, la prise de conscience passe moins par un discours que par l’expérience du rejet, du silence et de la solitude. La violence conjugale n’y est pas une affaire enfermée entre quatre murs, entre les familles, avec un « shut ! » comme credo.

    Avec cette nouvelle, Jean-Pierre Noël BATOUM prouve que les amis, les collègues, le cercle masculin ont aussi une part dans ce qui se joue dans les foyers où règne la violence. Car fermer les yeux et se dire qu’un cri de femme ne nous concerne pas permet à la violence de grandir. Il est crucial que chaque cercle autour de tous ces « Caca » leur rappelle qu’il n’y a pas d’espace dans les codes de lois pour un article qui légitime la violence.

    A travers l’expérience de Caca, chaque homme devrait réapprendre quelque chose de très simple : vivre avec une femme ne signifie pas avoir du pouvoir sur elle. Le respect n’est pas une concession faite au conjoint ; il est le point de départ de toute relation qui prétend durer. En ceci, on a l’impression de recevoir les conseils non plus de l’écrivain, mais du prêtre. En effet, il ne surprend pas avec les solutions, il construit une idée qui permet à l’humain de comprendre pourquoi il est accusé, d’accepter sa faute et de choisir délibérément et consciemment de suivre désormais le bon chemin.

    Toutefois, nous aurions bien voulu voir Caca se repentir auprès de sa famille… Hélas, il s’agit d’une nouvelle, à nous d’être des écriveurs de suite.

    « Hdh », « Fdf », « HH »… Ces abréviations vous intriguent-elles ? Téléchargez GRATUITEMENT Hdh ou Fdf ? ICI.

    Vous pourrez apporter vos observations et vos avis sur cette nouvelle, en commentaire et/ou sur Jean-Pierre Noël BATOUM ou via le 00237 699571765

    L’auteur est disponible pour des échanges via tous les canaux, autour de Hdh ou Fdf ? et sur les violences conjugales.

    Pauline M.N. ONGONO




  • PORTRAIT | L’orchidée MOULENGUI : une architecte de la médiation littéraire

    Aucun enfant ne devrait voir ses rêves limités par son lieu de naissance ou son environnement social. (L’orchidée MOULENGUI)

    Blogueuse, chroniqueuse, booktubeuse, promotrice littéraire et médiatrice culturelle, la Gabonaise L’Orchidée Moulengui évolue à la croisée de plusieurs métiers qu’elle considère comme les différentes expressions d’une même mission : rapprocher les livres des lecteurs.

    Refusant de sacrifier la qualité à la vitesse imposée par les réseaux sociaux, elle construit une ligne éditoriale exigeante, portée par le désir de valoriser les auteurs africains, de susciter la réflexion et de faire du livre un espace permanent de dialogue et de découverte.

    Fondatrice du club de lecture Le Rendez-Vous des Mots et membre du Club Lyre, elle multiplie les initiatives qui favorisent les échanges autour des œuvres et développent l’esprit critique. Pour elle, un club de lecture est bien plus qu’un lieu de rencontre : c’est un laboratoire d’idées où les lecteurs apprennent à débattre, à écouter et à construire un regard éclairé sur la société. Cette même vision guide La Librairie du Mapane, créée en 2019 afin de rapprocher les livres des populations, notamment dans les quartiers où l’accès à la culture demeure limité. À travers cette initiative, elle affirme avec force qu’aucun enfant ne devrait voir ses rêves limités par son lieu de naissance ou son environnement social.

    Collaboratrice de plusieurs ouvrages collectifs et accompagnatrice d’auteurs, L’Orchidée MOULENGUI met son expertise au service de celles et ceux qui souhaitent construire un parcours littéraire durable. Elle encourage les jeunes écrivains à faire de la lecture leur première école, à privilégier l’exigence, la patience et la qualité plutôt que la précipitation. Son engagement dépasse ainsi la simple promotion des livres : il participe à la structuration d’un véritable écosystème littéraire fondé sur la collaboration entre auteurs, éditeurs, bibliothécaires, libraires, médias culturels et lecteurs.

    L’année 2024 marque une étape importante dans son parcours avec l’obtention du prix de Femme Blogueuse de l’Année aux Digiewomen Awards et du Prix d’Encouragement en littérature au Salon International Féminin du Livre et des Arts du Gabon. En 2026, elle est Prix du Promoteur Littéraire Africain au FILIGA (Gabon). Ces distinctions saluent une action constante en faveur de la lecture et de la médiation culturelle. Aujourd’hui, ambassadrice des Digiewomen Awards et du Meeting International du Livre et des Arts Associés (MILA), elle contribue à faire circuler les œuvres, les idées et les talents africains au-delà des frontières, convaincue que la diplomatie culturelle constitue un puissant levier de rayonnement pour le continent.

    À travers ses chroniques généreusement publiées sur ses pages Mon univers livresque, ses rencontres littéraires, ses projets culturels et son engagement quotidien, L’Orchidée MOULENGUI est clairement une courroie des cultures. Elle défend une littérature à la fois accessible et exigeante, capable d’accueillir chaque lecteur sans jamais sous-estimer son intelligence. Plus qu’une promotrice du livre, elle fait de la lecture un véritable art de vivre, une école de liberté et un chemin d’émancipation individuelle et collective.

    L’Orchidée MOULENGUI fait partie de ces femmes qui ont transformé leur passion en vocation. Sa devise, « Je lis donc je suis », ne relève pas d’un simple slogan : elle résume un parcours où la lecture est devenue une manière d’habiter le monde, de comprendre les autres et de contribuer à l’élévation des consciences. Convaincue que le livre est un puissant outil de liberté, de connaissance et de transformation sociale, elle consacre son énergie à faire rayonner la littérature africaine et à transmettre le goût de lire au plus grand nombre.

    Pauline M.N. ONGONO




  • Charles Kamdem : le bâtisseur d’une bibliothèque au service du savoir et de l’innovation

    Depuis près de trois décennies, il fait du livre un moteur de développement humain… Dans le paysage culturel camerounais, rares sont les personnalités qui auront autant contribué à rapprocher le livre des populations que Charles KAMDEM POEGHELA .

    Bibliothécaire de profession, né le 22 juillet 1978, il est le fondateur et le directeur du Centre de Lecture et d’Animation Culturelle (CLAC) de Yaoundé. Il s’est donné pour mission de faire de la lecture un puissant levier d’éducation, d’émancipation et de développement. Depuis la création du CLAC en 2007, son engagement n’a cessé de se renforcer, faisant de cette bibliothèque un véritable carrefour du savoir, de la culture et de l’innovation.

    Installé à Mimboman-Liberté, le Centre de Lecture et d’Animation Culturelle de Yaoundé est bien plus qu’une bibliothèque. C’est un espace où se rencontrent élèves, étudiants, enseignants, chercheurs, écrivains et passionnés de lecture. On y organise divers ateliers, des rencontres littéraires, des conférences, des activités éducatives, des formations ainsi que des animations destinées à éveiller le goût de la lecture dès le plus jeune âge.

    Au fil des années, le CLAC est devenu une référence nationale en matière de promotion de la lecture publique. Il accueille quotidiennement un public varié qui y trouve un environnement propice à l’apprentissage, à la créativité et au partage des connaissances.

    Convaincu que les bibliothèques doivent évoluer avec leur époque, Charles KAMDEM a très tôt intégré les outils numériques dans ses services. L’expérimentation de la plateforme Khan Academy, par exemple, au sein du CLAC, a permis à de nombreux jeunes de bénéficier d’un accompagnement pédagogique en mathématiques et en sciences, démontrant qu’une bibliothèque peut être à la fois un lieu de lecture et un espace d’innovation éducative.

    Cette volonté de moderniser les bibliothèques s’appuie également sur une solide formation professionnelle. Grâce à des stages et des échanges internationaux, notamment à la Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Pompidou à Paris, à ESSTIC et à l’ENSSIB de Lyon, il a enrichi son expertise et adapté au contexte camerounais des pratiques innovantes de médiation culturelle.


    L’une des initiatives les plus remarquables portées par Charles KAMDEM est, sans doute, le Street CLAC, une bibliothèque mobile imaginée pour aller vers les populations qui n’ont pas toujours la possibilité de fréquenter une bibliothèque.

    Depuis dix ans, ce projet sillonne les quartiers de Yaoundé avec une ambition simple mais forte : apporter les livres là où se trouvent les lecteurs. Places publiques, établissements scolaires, espaces communautaires et quartiers populaires deviennent ainsi, le temps d’une journée, des lieux de lecture, de découverte et d’échanges. Des centaines d’enfants et de jeunes ont pu, grâce au Street CLAC, découvrir le plaisir de lire, participer à des animations autour du livre et accéder gratuitement à des ouvrages adaptés à leurs âges.

    À l’heure où le Street CLAC célèbre son dixième anniversaire, cette initiative demeure un symbole fort de l’accès à la culture pour tous. Elle illustre une conviction profonde : ce ne sont pas seulement les lecteurs qui doivent aller vers les bibliothèques, mais aussi les bibliothèques qui doivent aller à la rencontre des lecteurs.

    Malgré son impact reconnu, le Street CLAC fait aujourd’hui face à d’importants défis matériels et financiers. Pour poursuivre ses tournées et relancer pleinement ses activités hors les murs, la bibliothèque mobile a besoin du soutien de partenaires publics et privés, d’entreprises, d’organisations culturelles, de fondations et de mécènes sensibles aux enjeux de l’éducation et de la lecture.

    Un appui permettrait notamment de renforcer les moyens logistiques du projet, de renouveler les collections, de développer davantage d’animations dans les quartiers et d’atteindre un nombre encore plus important de bénéficiaires. Soutenir le Street CLAC, c’est investir dans l’éducation, favoriser l’accès au savoir et contribuer à la formation des citoyens de demain.

    CLIQUEZ ICI POUR APPORTER VOTRE AIDE

    Aujourd’hui, Charles KAMDEM demeure l’une des figures incontournables de la lecture publique au Cameroun. Son parcours et ses distinctions au fil des ans pour saluer sa bravoure dans le domaine des bibliothèques (prix EIFL, prix FESTIFOUS, prix SIILY…) montrent qu’une bibliothèque peut être bien plus qu’un lieu de conservation des livres : elle peut devenir un espace d’inclusion, de dialogue, d’innovation et d’espérance.

    À travers le CLAC et le Street CLAC, il continue de porter une vision ambitieuse de la culture, fondée sur la proximité, le partage et l’égalité des chances. Son action rappelle qu’un livre peut changer une vie, et qu’une bibliothèque qui sort de ses murs constitue aussi un appel à la mobilisation, pour rapprocher les livres des lecteurs et faire de la lecture un véritable outil de développement social et humain.

    Pauline M.N. ONGONO




  • Coriane Sama ou l’éducation citoyenne comme acte de transformation sociale


    Coriane Sama défend une vision profondément éducative de la culture. Fondatrice des Ateliers Patriotes Citoyens, elle revient sur son parcours, les défis de la transmission dans une société hyperconnectée et son ambition de former, dès le bas âge, une génération plus responsable, consciente et engagée pour le Cameroun et l’Afrique.


    Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place.


    Votre parcours mêle droit public, entrepreneuriat social, médiation du livre et engagement citoyen. À quel moment avez-vous compris que la culture pouvait devenir un véritable outil de transformation sociale au Cameroun

    J’ai étudié à l’Université de Yaoundé II-Soa, où j’ai été pendant plusieurs années chargée des affaires culturelles dans ma cité universitaire. À cette période, j’ai observé quelque chose de très fort : malgré les différences sociales, culturelles ou même la dizaines de nationalités, les moments où les étudiants se retrouvaient réellement unis étaient souvent les activités culturelles. C’est là que j’ai compris que la culture dépasse le divertissement : elle crée du lien, transmet des valeurs et construit une identité collective. Plus tard, en devenant auteure et médiatrice du livre, j’ai réalisé que toute civilisation se construit aussi par les récits qu’elle produit et transmet. Lorsqu’un peuple ne raconte plus lui-même son histoire, d’autres finissent par le faire à sa place. Notre engagement dans la distribution numérique des œuvres camerounaises et africaines nous a ensuite naturellement conduits vers l’éducation citoyenne, la lecture et l’écriture chez les plus jeunes. Patriote dans l’ame, c’est finalement sur le terrain de la citoyenneté que tout s’est rejoint. Parce que nous croyons profondément à une chose : former le citoyen commence dès le bas âge.

    Les Ateliers Patriotes Citoyens revendiquent une approche où littérature, civisme et action de terrain se croisent. Comment parvenez-vous à transformer des concepts souvent théoriques — citoyenneté, morale civique, responsabilité collective — en expériences concrètes pour les jeunes ?

    D’abord, il faut savoir que c’est un cadre d’apprentissage en dehors du cadre scolaire. Les enfants n’ont absolument pas l’impression d’être en cours ou la pression des devoirs. À travers des séances de coaching et mentoring, des acteurs de la société civile les entretiennent et transmettent l’engagement, la responsabilité et l’amour de la patrie. Toute chose qui, associée aux enseignements des parents et de l’école, nourri d’avantage leur créativité. C’est avec leurs langages, et leurs yeux d’enfants finalement, qu’ils racontent la citoyenneté, devenant ainsi les auteurs et Ambassadeurs des valeurs essentielles.

    Vous le savez, ce qui sort de nous, est en nous et le reste. Nos enfants sont très éveillés, ils voient et comprennent tout. Le moindre commentaire. Le moindre fait social. Et leur esprit traite c’est informations sans contrôle. C’est là tout l’intérêt des Ateliers Patriotes Citoyens, qui canalisent et re- contextualisent.

    Le FOJIF 2026 vous a décerné un Prix de l’Innovation Sociale. Selon vous, qu’est-ce qui distingue réellement une initiative sociale innovante d’un simple projet associatif de sensibilisation ?

    Ce qui distingue une initiative sociale innovante, ce n’est pas seulement l’intention de sensibiliser, mais sa capacité à produire un véritable impact collectif, mesurable et durable. D’ailleurs, l’impact social faisait partie des critères majeurs d’évaluation du FOJIF 2026. Pendant le concours, plusieurs participants ont affirmé connaître déjà Les Ateliers Patriotes Citoyens ou avoir été touchés par nos campagnes, alors même qu’ils découvraient ma personne pour la première fois. Cela montre que le programme existe au-delà de son initiatrice.

    Les Ateliers Patriotes Citoyens ne se limitent donc pas à une action associative ponctuelle. C’est un programme national d’éducation civique et morale qui mobilise parents, formateurs, institutions, administrations et société civile autour d’un objectif commun : contribuer à construire une citoyenneté plus responsable, plus pudique et plus engagée.

    Vous affirmez vouloir « former les citoyens dès le bas âge ». Dans un contexte marqué par les crises de valeurs, quelles sont aujourd’hui les urgences éducatives et morales que les institutions culturelles ne peuvent plus ignorer ?

    L’impact des contenus sur les enfants est aujourd’hui immense. Lorsque l’impudicité, l’alcool ou les stupéfiants deviennent banalisés, répétés et constamment visibles, ils finissent par paraître normaux aux yeux des plus jeunes. Même lorsqu’on pense dénoncer certaines dérives, leur omniprésence crée une forme d’habituation collective. L’une des grandes urgences éducatives est donc de rééquilibrer les récits : parler davantage de responsabilité, de dignité, de discipline, de patriotisme et d’engagement citoyen avec la même intensité que les dérives occupent l’espace public et numérique. Je le dis souvent : le mal triomphe aussi lorsque les personnes de bien cessent de transmettre, d’encadrer et de parler.

    Vos projets touchent à la fois les espaces physiques et le numérique, avec plus de huit millions de personnes atteintes selon vos données. Comment préserver la profondeur du message citoyen dans un environnement digital dominé par l’instantanéité et le divertissement ?

    Eh bien, par la même instantanéité. Nous pensons justement que le message citoyen doit apprendre à utiliser les codes du digital sans perdre sa profondeur. Cela passe par la réactivité, l’adaptation du ton et une communication capable de parler aux jeunes avec leurs propres usages. En parcourant les plateformes des Ateliers Patriotes Citoyens, vous verrez que nous abordons les faits d’actualité sous un angle éducatif et préventif, avec une vraie réactivité.

    L’énergie souvent utilisée pour propager les buzz peut aussi servir à propager des valeurs, des réflexions et des prises de conscience.

    Par exemple, lorsque le Cameroun était marqué par les infanticides et féminicides, nous avons choisi d’aller au-delà du simple partage d’images choquantes. Nous avons organisé des webinaires citoyens pour libérer la parole des parents et des professionnels, sensibiliser et transmettre des outils de prévention. Nous croyons profondément que le digital peut être un espace d’éducation, d’engagement et de transmission, pas uniquement de divertissement.

    En tant que médiatrice du livre et promotrice culturelle, observez-vous une évolution du rapport des jeunes Camerounais à la lecture ? Confirmez-vous que la littérature a encore le pouvoir de façonner des consciences dans une société hyperconnectée ?

    Oui, sans hésitation ! Les enfants mis en contact avec l’univers littéraire s’y déploient comme des poissons dans l’eau. Et je ne le dis pas uniquement dans le cadre des Ateliers Patriotes Citoyens. Des maisons d’éditions telles que Éclosion ou Adinkra jeunesse, concentrent l’essentiel de leur production aux jeunes et enfants. Et ces derniers en redemandent. Lors du FOJIF, justement, le stand des Éditions LUPPEPO etait pris d’assaut par les enfants. Dans notre cas, se sont les participants de la première édition qui ont eux-mêmes rédigé le Livre TOUS CITOYENS, la bande dessinée de la citoyenneté éditée par NMI EDUCATION. Alors, oui, le pouvoir de la LITTÉRATURE est intemporel et incontestable.

    Il suffit de montrer la voix à nos petits. Le « Stand de la Citoyenneté » et les programmes d’éducation civique proposés aux enfants traduisent une volonté de réinventer la transmission.

    Pensez-vous que les politiques publiques accordent suffisamment de place à la culture comme levier d’éducation nationale ?

    Je pense que la culture et les acteurs culturels doivent continuer de faire leur part. Continuer de s’investir dans la transmission. C’est un sacerdoce. Il est souvent ingrat, mais tellement primordial. C’est cette hyperactivité seule, qui peut influencer ou attirer davantage l’attention des pouvoirs publiques. Si tout le monde continu d’entendre par « Culture », divertissement, il sera difficile d’en faire un pilier d’éducation. Les Arts littéraires devraient être au premier rang de l’Éducation collective et pour cela, nous, les acteurs, devons occuper l’espace. C’est en cours, il y a plus d’événements, plus d’initiatives. Le plaidoyer se poursuit.

    Votre communication publique associe souvent esthétique, élégance visuelle et discours engagé. Pour vous, l’image et la mise en scène sont-elles devenues des instruments stratégiques de mobilisation culturelle et citoyenne ?

    Marketing is everything !

    En tant que formatrice en Marketing et communication, disons que le branding s’impose comme une sorte de déformation professionnelle. Avant de vous lire ou de vous écouter, on vous voit, vous. On voit votre contenu.

    Sur le visuel de sensibilisation, avant de lire « FORMER LE CITOYEN DÈS LE BAS ÂGE », on voit d’abord la couleur et la police du texte ; on voit qu’il est en GRAS. Le cerveau retient que c’est important, c’est prioritaire.

    Une image d’enfant à côté informe déjà que l’affiche parle d’enfants, avant même de lire « inscriptions ouvertes ». Chaque détail compte, surtout lorsqu’on a pour objectif d’encadrer trois fois plus d’enfants (120, pour être exacte).

    Derrière la reconnaissance institutionnelle et médiatique, quels obstacles invisibles rencontre une femme qui porte des projets culturels et éducatifs d’envergure au Cameroun et dans l’espace panafricain ?

    Le simple fait d’être une femme en lui seul, souvent, se présente comme un obstacle. Être une « jeune » femme encore plus ! On vous demande ouvertement si vous n’avez pas un commerce pour vous occuper, si vous souhaitez être Influenceuse ou si vous voulez « prendre un verre » !

    Nous avons l’honneur de porter un programme Citoyen et d’y être profondément attaché. Le combat est plus important et touche chacun de nous. Je dois cependant avouer que le soutien des parents qui, aujourd’hui, sont nos premiers partenaires, est une force vitale pour ce programme. La femme qui le porte est parée !

    À l’aube de la deuxième édition des Vacances Civisme, quelle trace souhaitez-vous laisser dans la mémoire collective : celle d’une promotrice culturelle, d’une éducatrice citoyenne ou d’une bâtisseuse d’une nouvelle conscience africaine ?

    Sincèrement, tous ces profils correspondent à mon engagement. Mais au dela tout, retenez de moi, une jeune femme qui a cessé de voir le monde avec les mêmes yeux depuis qu’elle est devenue maman ; une aînée qui souhaite accompagner ses cadets dans leurs propres construction ; une Patriote, qui reconnaît son « sang camerounais » et souhaite transmettre cette amour.

    La société c’est nous ! Pour quelle soit meilleure, même un tout petit peu, nous devons tous faire un effort personnel avant d’attendre des autres. J’espère contribuer à changer l’image qu’on a des jeunes et qu’ils ont d’eux-mêmes. Avec les équipes, nous ne comptons pas arrêter de travailler.

    Vos programmes « Vacances Patriotes & Citoyennes » ciblent des enfants et adolescents de 7 à 19 ans. Comment adapter un même projet pédagogique à des réalités psychologiques, sociales et générationnelles aussi différentes ?

    Nous adaptons le programme par tranches d’âge, avec des contenus, méthodes et niveaux d’encadrement différents. Les plus jeunes travaillent les bases du civisme et du comportement, tandis que les adolescents abordent leadership, responsabilité et expression citoyenne. Tous évoluent autour d’un socle commun : morale, patriotisme, discipline et construction d’une citoyenneté responsable.

    À travers Les Ateliers Pratiques, le coaching civique, les activités sportives et l’éducation morale, vous semblez défendre une conception globale de la formation citoyenne. Pensez-vous que l’école classique camerounaise laisse aujourd’hui suffisamment de place à l’apprentissage du vivre-ensemble et de l’engagement civique ?

    Nous ne prétendons pas réinventer l’éducation citoyenne ; nous venons l’accompagner et l’adapter aux réalités actuelles. L’école camerounaise transmet déjà des valeurs importantes, mais les mutations sociales, numériques et comportementales imposent des approches plus pratiques, interactives et proches du vécu des jeunes, pour renforcer durablement le vivre-ensemble et l’engagement civique.

    Les images de vos campagnes mettent en avant des enfants souriants, une esthétique patriotique forte et un discours d’utilité sociale. Dans quelle mesure la communication visuelle est-elle devenue, pour vous, un prolongement du projet éducatif et citoyen porté par Les Ateliers Patriotes Citoyens ?

    Je suis ravie que vous évoquiez l’esthétique, parce qu’elle traduit avant tout une réalité humaine. Les sourires que nous montrons sont sincères, les enfants vivent réellement ces moments avec enthousiasme. Oui, nous assumons une esthétique patriotique forte, parce qu’il y a aussi de la beauté dans les valeurs, dans l’engagement et dans l’amour de la patrie. Mais le visuel n’est jamais là pour masquer les dérives ou les difficultés de notre société. Au contraire, nos campagnes cherchent à sensibiliser, prévenir et transmettre, avec des codes adaptés à l’univers des enfants et des jeunes. Le visuel attire, mais seul le fond fidélise et transforme durablement.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO


  • ENTRETIEN : Lorena Nolwen LEKEUFACK KAMAHA : « Entre la plume et la couronne, je choisis de rester libre »


    Révélée sur Wattpad, sacrée Miss Littérature Afrique 2025 et engagée sur le terrain avec sa bibliothèque roulante, Lorena Nolwen Lekeufack Kamaha incarne une génération d’écrivain·es africain·es qui refusent le silence. Dans cet entretien, elle évoque l’écriture comme urgence, les contradictions de la visibilité, la jeunesse face au numérique et cette littérature qui, selon elle, doit transformer le réel autant que le raconter.


    Je suis l’exemple d’une vie que la littérature a changée, et c’est pour qu’elle en change d’autres que je souhaite la propager partout.


    Votre écriture semble habitée par une urgence. Écrivez-vous pour dire le monde tel qu’il est, ou tel qu’il vous inquiète ?

    Pour faire un peu des deux. Certains éléments de ce qui fait mon réel, dans ma ville, dans mon pays et plus largement mon continent, ne peuvent manquer dans mes histoires. Ce réel n’est malheureusement pas toujours tel qu’il devrait l’être, alors de temps à autre, on pointe du doigt ce que semble clocher d’après nous.


    À quel moment avez-vous compris que détourner le regard n’était plus une option pour vous ?

    Dès l’instant où j’ai su que je ne pourrais pas contenir mes idées, mes opinions, ma vision du monde. Dès le moment où j’ai découvert que l’écriture était un incroyable moyen d’exprimer ce qui nous hante, ce qui nous dérange.


    Vous avez choisi très tôt de raconter des tragédies humaines et environnementales. Pourquoi aller si jeune vers ce qui fait mal, plutôt que vers ce qui rassure ?

    Parce qu’en tant qu’artiste, on ne choisit pas à mon avis ce qui nous touche, ce vers quoi on penche naturellement. Il y a des jours où je me dis que j’aimerais écrire des histoires qui se terminent bien, où les gens sont heureux. Peut-être que je le ferai un jour, mais pour l’instant, ma plume s’incline naturellement vers ce qui est sombre, triste, parce qu’elle trouve matière à réfléchir dans l’obscurité.


    Révélée sur Wattpad, vous appartenez à une génération qui écrit d’abord en ligne. Le numérique est-il pour vous un tremplin ou un filtre ?

    Le numérique est un énorme tremplin. Il n’a pas vocation à remplacer le papier – auquel on a toujours recours – mais il offre à ma génération un espace d’expression, de liberté et de création que personne d’autre avant nous n’avait connu. Et je m’en estime chanceuse parce que sans un réseau social d’écriture, je n’aurais jamais fait de l’écriture une activité aussi régulière. Tout ne peut pas se jouer sur ce terrain-là, et il faudra tôt ou tard affronter la chaleur des pages, les visages interrogateurs de nos lecteurs. Le numérique aide beaucoup à se construire une véritable pratique de l’écriture avant de se lancer dans le grand bain de l’édition.


    Votre nouvelle, « Prémonition », vous ouvre les portes d’une reconnaissance internationale. Qu’avez-vous mis de vous-même dans ce texte que vous n’aviez jamais osé formuler ailleurs ?

    J’y ai mis toutes mes hésitations, toutes mes questions quant à deux dimensions essentielles de ma vie : Être femme et écrire. J’ai toujours craint de ne pas savoir rédiger les dialogues de mes personnages correctement. Néanmoins, « Prémonition » est constitué en grande partie de dialogues. J’ai toujours eu peur de créer un personnage écrivain, de peur de manquer de distance, pourtant le personnage principal de Prémonition est une écrivain. J’ai donc tenté d’affronter toutes mes craintes dans ce texte, de prendre des risques. Je crois que c’est ce qui a fait toute la différence.


    L’écriture vous permet-elle de dire l’indicible ou de le contourner ?

    Je répondrai qu’elle me permet de dire l’indicible avec subtilité. Le jeu que j’affectionne particulièrement et auquel je me donne souvent des mes nouvelles, est d’essayer de transposer des éléments de ma réalité, de mon quotidien, des morceaux de notre langage, des concepts de nos traditions ou de notre culture dans l’univers épuré de la littérature. C’est un exercice difficile que je ne réussis pas toujours, mais je trouve intéressant de pouvoir dans mes textes faire des clins d’œil aux gens d’ici tout en parlant la langue d’ailleurs.


    Être couronnée Miss Littérature Afrique 2025 vous place dans une position de symbole. Vous sentez-vous regardée, attendue, peut-être même enfermée dans ce rôle ?

    Je me suis sentie beaucoup regardée au début, et ces yeux curieux que je sens parfois par-dessus mes épaules ne me quitteront sans doute pas avant la fin de mon mandat. Le plus important c’est donc ce qu’on choisit d’en faire : un fardeau ou une motivation ? Je tente de profiter de cet intérêt qui m’est accordé pour mettre en valeur ce qui me tient à cœur, les projets qui m’habitent. Mais comme ce rôle n’implique pas forcément d’être écrivaine, à un moment, j’ai négligé à mon grand regret cet aspect essentiel de ma vie. L’égérie de la littérature et l’artiste ont eu du mal à cohabiter, et la couronne a parfois pesé plus fort que la plume. Parfois aussi, les deux entraient en collision. Là où la Miss devait faire bonne figure pour les caméras, l’écrivaine aurait voulu rester dans sa chambre à finir une nouvelle. Aujourd’hui, j’essaie de trouver un équilibre entre les deux. C’est un chemin difficile, mais je ne veux renoncer ni à la plume ni à la couronne.


    Comment rester libre quand on devient, malgré soi, une figure ?

    La liberté n’est jamais entière parce qu’on reste sensible aux attentes des autres, qu’elles soient réelles ou qu’on les ait seulement supposées. Mais il ne faut pas toujours voir cet attachement au public comme un inconvénient. Miss Littérature m’a surtout donné un socle de visibilité dont je ne pourrais jamais me défaire, et qui servira tout ce que j’entreprendrais dans ma vie désormais. De ce socle-ci, je n’ai pas envie de me départir, mais je saurais comment le réorienter au fur et à mesure, pour rester toujours maîtresse de mon image et de mon identité.


    Avec votre bibliothèque roulante, vous agissez concrètement sur le terrain. La littérature doit-elle, selon vous, sortir des livres pour exister pleinement ?

    Bien-sûr ! Pour des écrivains d’un autre pays, d’un autre continent, la question ne se poserait pas. Ailleurs, on peut s’accorder le luxe d’écrire et d’écrire seulement, parce que l’écosystème est déjà construit, la chaîne du livre solide. Pour nous artistes du continent par contre, il est indispensable de s’engager sur le terrain une fois la plume posée. Ce n’est pas une injonction, Dieu sait qu’être obligée ne suffit pas pour porter une initiative littéraire dans ce pays. Mais je pense que nourrir la littérature que l’on chérit tant devrait aller de soi pour tous les écrivain·es d’ici.

    On ne peut donc parler de vocation littéraire en Afrique sans engagement social ?

    Comme je l’ai expliqué plus haut, je crois que les deux sont indissociables. Aujourd’hui, je sais que je n’envisage pas la littérature autrement qu’ainsi : porter des projets littéraires le jour et écrire des récits pour nourrir cette littérature le soir.


    Vous travaillez avec des publics souvent invisibilisés. Qu’ont-ils changé dans votre manière d’écrire et de penser le monde ? Ont-ils déplacé vos certitudes ou révélé vos limites ?

    Je ne peux pas parler de publics invisibilisés d’un point de vue extérieur. Je fais partie de ces publics. Je suis née, j’ai grandi et je vis toujours dans un quartier populaire de la périphérie de Douala. Je viens d’une famille à revenus modestes. Je considère que si ma voix a pu plus ou moins émerger, c’est grâce aux livres. Je suis l’exemple d’une vie que la littérature a changé, et c’est pour qu’elle en change d’autres que je souhaite la propager partout. Et je commencerai toujours par là d’où je viens, je m’en inspirerai toujours pour scruter le monde.


    Votre parcours s’accélère, les sollicitations se multiplient. Comment protégez-vous votre voix intérieure dans ce bruit croissant autour de vous ?

    En m’éloignant à chaque fois que c’est nécessaire… Ça s’accompagne souvent de culpabilité, mais c’est nécessaire. Pour moi qui n’ai jamais été une grande fan de réseaux sociaux, et qui les ait longtemps utilisés en spectatrice silencieuse, me retrouver actrice, suivie par des gens, commentée et interviewée, le choc a été grand. Mais une fois l’enthousiasme des premiers succès passé, et avec le soutien sans faille de mes proches, j’ai appris à faire le tri, à prioriser ce qui compte d’abord pour moi, puis ce qui peut profiter aux autres. C’est parfois difficile de dire “Non”, mais ça peut nous éviter bien du stress et de la fatigue.


    Le succès peut-il devenir une forme de distraction dangereuse pour un écrivain ?

    Assurément, surtout s’il devient l’unique motivation derrière notre écriture. Je le conseille à tous les jeunes qui viennent vers moi en souhaitant participer à des concours : dans la littérature comme dans la vie, il ne faut pas penser aux récompenses avant d’avoir envisagé l’effort. Ça nous épargne d’une pression énorme et ça nous permet de créer librement, avec l’insouciance et l’innoccence qui précèdent toutes les grandes œuvres de notre humanité.


    La jeunesse africaine écrit aujourd’hui avec une intensité nouvelle. Selon vous, cette écriture est-elle une forme de résistance, de réparation ou de réinvention ? Qu’est-ce que votre génération refuse désormais de taire ?

    Ma génération veut prendre possession de son propre récit. La jeunesse à trop longtemps été racontée du point de vue des aînés. Aujourd’hui, nous voulons nous raconter entre nous, mais aussi raconter comment nous voyons et interprétons le monde, d’une manière maladroite peut-être, mais sincère. Et ce récit, nous le construisons avec ce que nous avons à disposition, principalement des smartphones. Je pense que nos prédécesseurs, s’ils peuvent nous guider, sont assez mal placés pour nous juger. Aucune génération avant la mienne n’avait dû affronter une révolution semblable à celle des Nouvelles Technologies, avec en tête de file l’intelligence artificielle. Ma génération fait de son mieux.


    Si tout devait s’arrêter demain — les prix, les titres, la visibilité — que resterait-il de votre rapport à l’écriture ? Écririez-vous encore, même sans lecteurs ?

    Si tout s’arrêtait demain, je redeviendrai celle que j’étais hier : la petite fille qui écrivait des histoires fantaisistes, pour que maman les relise ; celle qui inventait et racontait des histoires à sa petite sœur, tard dans la nuit, en attendant le sommeil ; l’adolescente qui écrivait seule sur le gros ordinateur ronflant du salon ; celle qui écrivait et publiait des chapitres de son roman chaque semaine sur Wattpad, sans savoir qu’ils seraient lus. Si tout s’arrêtait demain, je pourrai dire que j’ai écrit dans l’anonymat, puis dans la célébrité. Et que dans les deux cas, l’écriture a fait mon bonheur comme jamais.


    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO


  • ENTRETIEN : Joël Célestin BOBO ou l’urgence de lire pour exister

    À travers le Centre de Lecture, d’Initiation et d’Intégration à la Culture (CLIIC), Joël Célestin Bobo œuvre pour rapprocher le livre et le numérique des populations les plus éloignées de l’accès au savoir. Entre bibliothèques itinérantes, promotion de la lecture et inclusion éducative, il défend une vision engagée de la culture comme levier d’égalité sociale et de transformation collective.


    Nous sommes convaincus que l’éducation et la culture sont des leviers importants pour le développement économique et social du Cameroun.



    Quelle a été l’étincelle fondatrice du CLIIC et quelle vision portez-vous à travers cette initiative ?

    Au CLIIC, notre motivation pour œuvrer dans la démocratisation du savoir est multiple. Tout d’abord, nous sommes convaincus que l’éducation et la culture sont des droits fondamentaux qui doivent être accessibles à tous, quels que soient l’origine sociale, le niveau de revenus ou la localisation géographique. Nous sommes également motivés par le constat que notre cher et beau pays, le Cameroun, a une très grande richesse culturelle et une jeunesse talentueuse, mais est confronté à des défis importants en matière d’accès à l’éducation et à la culture. Nous voulons contribuer à réduire ces inégalités et à offrir à tous les Camerounais, en particulier aux jeunes, les opportunités de developer leurs capacités et de réaliser leurs rêves. Enfin, nous sommes convaincus que l’éducation et la culture sont des leviers importants pour le développement économique et social du Cameroun. Notre motivation est donc de contribuer à la construction d’une société plus inclusive, plus juste et plus prospère, où chaque camerounais aura des opportunités de réaliser son potential et de contribuer au développement du pays.


    Les slogans « Des livres pour tous, des ponts pour le monde » et « L’Afrique en un clic » sont forts. Comment se traduisent-ils concrètement dans vos actions sur le terrain ?

    Voyez-vous, au CLIIC, nous faisons de l’accès au livre un pont entre les hommes et les peuples. A cet effet, notre démarche fait intervenir plusieurs hommes et femmes issus d’horizons divers et de nationalités différentes. Nous nous déployons tant en milieu rural qu’urbain. Et nous allons davantage dans des zones enclavées. Nos actions sont de véritables carrefours « du donner et du recevoir », pour emprunter les mots du Père Engelbert MVENG. Nous essayons ainsi d’impulser une chaine de solidarité universelle.

    Vous défendez la lecture comme un « passeport pour l’égalité ». En quoi le livre peut-il réellement réduire les inégalités sociales, selon vous ?

    La culture comme passeport pour l’égalité peut réduire les inégalités sociales en offrant à tous les individus, quel que soit leur milieu d’origine, un accès égal aux ressources culturelles et aux opportunités de développement personnel, favorisant ainsi la mobilité sociale et la comprehension mutuelle entre les communautés.

    Le CLIIC intervient aussi, effectivement, auprès d’enfants issus de milieux défavorisés. Quels sont les principaux défis que vous rencontrez dans ces environnements ?

    Le CLIIC fait face à des défis importants, notamment les difficultés à mobiliser les ressources financières pour soutenir ses actions, la difficulté d’accès aux villages enclaves et reculés qui nécessite des moyens logistiques importants, et la nécessité de mobiliser plus d’animateurs pour accompagner les enfants défavorisés dans leur parcours éducatif.

    Vos activités s’étendent déjà à plusieurs régions du Cameroun. Quels enseignements tirez-vous de ce déploiement ?

    Il est vraiment important de sortir le livre des rayons des bibliothèques vers le lectorat et surtout vers le lectorat jeune. Car cette promotion littéraire de proximité contribue au dynamisme et à la vitalité de notre littérature.

    Le projet de « bibliothèque mobile » – Bibliopickup est particulièrement innovant. Pouvez-vous nous en dire plus sur son ambition et son impact attendu ?

    Le projet Bibliopickup est une bibliothèque/médiathèque rurale itinérante. Il vise à permettre aux enfants de l’arrière pays et des quartiers enclavés d’avoir accès au livre et à être initiés à l’outil informatique. C’est le savoir sur quatre roues qui veut donner aux enfants à travers les livres et l’outil informatique le pouvoir de la connaissance. Nous entendons par là faire reculer l’obscurantisme et l’analphabétisme.


    Au-delà de la lecture, vous intégrez également l’initiation à l’outil informatique. Pourquoi ce choix ?

    Aujourd’hui, le monde vit connecté et connait une montée en puissance du numérique. Vous le savez mieux que moi, l’analphabète du 21ème siècle est celui qui ne sait pas utiliser l’outil informatique. Notre objectif est de donner à tous les enfants les mêmes chances.

    Quelle place accordez-vous aux partenariats institutionnels, éducatifs et communautaires dans la réussite de vos actions ?

    Les partenariats institutionnels, éducatifs et communautaires sont essentiels à la réussite de nos actions. Nous croyons que la collaboration avec les institutions publiques, les écoles, les associations et les entreprises locales est cruciale pour mobiliser les ressources et les compétences complémentaires, accroître notre visibilité et notre impact, développer des programmes adaptés au besoin des communautés et renforcer la pérennité de nos actions. Nous sommes ouverts à de partenariats qui nous permettent de partager nos expertises et nos ressources pour un impact plus grand.


    Comment mesurez-vous l’impact réel du CLIIC sur les bénéficiaires, notamment les enfants et les jeunes ?

    L’impact du CLIIC sur les enfants se mesurent sur plusieurs plans. D’abord, sur le plan académique, les activités du CLIIC permettent aux jeunes qui y participent d’améliorer leur niveau de langue. Ensuite, sur le plan du développement personnel, nos ateliers développent la confiance en soi, l’audace et la determination chez les participants. Par ailleurs, sur le plan infrastructurel, le CLIIC permet aux écoles, orphelinats et prisons d’avoir des livres pour que les lieux aient un coin bibliothèque. Enfin, par son activité itinérante à travers le pays, le CLIIC intéresse plusieurs communautés locales au livre et à la lecture. A titre d’exemple près de 11.000 camerounais de quatre regions (centre-sud-ouest-littoral) ont vibré au rythme des mots depuis le début de l’année 2026.


    Quelles sont vos perspectives à moyen et long terme pour le CLIIC, et quel message souhaitez-vous adresser aux potentiels soutiens et partenaires ?

    En termes de perspectives, nous voulons vraiment acquérir un pickup pour lancer la première phase de notre librairie sociale que nous avons baptisée « Joseph Désiré ZINGUI » – en hommage à un acteur du livre camerounais de regrettée mémoire, qui a marqué la scène littéraire camerounaise et mondiale – pour permettre aux enfants des zones les plus reculés d’avoir accès au livre.

    Par ailleurs, nous sommes en train de lancer « Yaoundétente » qui se veut un cadre qui permettra à nos jeunes de 6 à 15 ans de joindre l’utile à l’agréable. La première édition aura lieu le 23 mai 2026 au Musée National. In fine, nous invitons les institutions, les entreprises et les âmes de bonne volonté à rejoindre notre mission de démocratisation de l’éducation et la culture pour les enfants du Cameroun, surtout les plus défavorisés ! Ensemble, nous pouvons faire une différence significative dans la vie de ces jeunes et contribuer à l’émergence d’une société plus juste et plus équitable.

    Propos recueillis par Pauline M.N. ONGONO




  • DEVIANCES EN MILIEU SCOLAIRE de ERIC MARTIAL NGADJEU II

    C’est avec une profonde émotion et une grande fierté que j’accepte d’introduire cet ouvrage courageux et nécessaire que signe mon jeune fils et collègue Éric Martial NGADJEU II NYASSE Valders. En tant que Chef du Centre National de Formation des Formateurs et de Développement des Programmes (CNFFDP), jai eu le privilège, au fil des années, d’accompagner des milliers d’enseignants et de réfléchir aux grandes orientations de notre système éducatif. Pourtant, rarement un texte m’aura à ce point bouleversé par sa lucidité, son authenticité et son urgence.

    « Déviances en milieu scolaire » n’est pas un livre de plus sur les « problèmes de l’école ». C’est un cri lancé depuis l’atelier, depuis la salle de classe, où l’odeur de l’huile se mêle à celle de la résignation ; depuis le bureau du surveillant où l’on ne sait plus si l’on doit punir, protéger ou simplement écouter. L’auteur, enseignant électrotechnicien et syndicaliste aguerri, ne parle pas de l’école : il parle depuis l’école, avec la voix rauque de ceux qui y passent leurs journées, leurs nuits parfois, et une grande partie de leur espérance.

    Ce qui frappe d’emblée dans cet ouvrage, c’est le refus de la facilité. NGADJEU II aurait pu se contenter d’un catalogue de doléances ou d’une charge contre « les jeunes d’aujourd’hui ». Il choisit, au contraire, une démarche rigoureuse : analyser la déviance scolaire non comme une pathologie individuelle, mais comme le symptôme brutal dun système éducatif technique en souffrance profonde. Vétusté des infrastructures, absence criante de matériel didactique, précarité sociale des familles, épuisement des enseignants, déconnexion entre les programmes et le marché de l’emploi : tout est passé au crible avec une franchise qui fait parfois mal, mais qui est indispensable.

    En tant que responsable de la formation des formateurs, je mesure chaque jour l’écart qui sépare la belle théorie des textes officiels de la réalité brutale du terrain. Ce livre comble précisément cet écart. Il nous oblige à regarder en face ce que nous savons tous mais que nous préférons souvent taire : un lycée technique sans machines-outils fonctionnelles, sans consommables, sans électricité stable, ne peut pas former des techniciens compétents ; il ne peut que produire de la frustration, du désengagement, et parfois de la violence. L’auteur le démontre avec une force rare : la déviance nest pas d’abord une faute morale de l’élève ; elle est, trop souvent, une réponse rationnelle à un environnement irrationnel.

    Mais ce qui élève cet essai au rang du livre salutaire, c’est qu’il ne sarrête pas au constat. Les derniers chapitres, riches de propositions concrètes (réhabilitation matérielle, cellules d’écoute, refonte participative du règlement intérieur, éducation à la citoyenneté, stratégie nationale coordonnée), dessinent les contours dune école technique enfin digne de ce nom. Ces recommandations ne sont pas des vœux pieux : elles sont nées de l’expérience quotidienne, discutées avec les collègues, testées parfois à petite échelle, et portées par une conviction intacte : oui, l’enseignement technique camerounais peut redevenir le fer de lance du développement de notre pays.

    À l’heure où l’on parle beaucoup, et parfois à tort et à travers, de « compétences du XXIe siècle », ce livre nous ramène à l’essentiel : on ne forme pas des jeunes compétents dans des ateliers en ruine, avec des enseignants démotivés et des familles désemparées. On ne construit pas une nation industrielle sans redonner dignité, moyens et sens à ceux qui, demain, souderont, câbleront, répareront et inventeront.

    Je termine en adressant mes félicitations les plus chaleureuses à l’auteur. Ce livre est un acte de foi en l’école, un acte de courage intellectuel, et surtout un acte d’amour pour nos jeunes. Puissent les décideurs, les partenaires, les parents, les enseignants et les élèves eux-mêmes s’en emparer. Car c’est ensemble, et seulement ensemble, que nous redonnerons à l’enseignement technique camerounais la place qui lui revient : celle d’un ascenseur social puissant et d’un moteur de progrès national.

    Le Directeur du Centre National de Formation des Formateurs et de Développement des Programmes,
    Dr BELLO OUSMANOU Ahmadou


    Nombre de pages : 166

    Éditeur : Editions de Midi

    Prix : 10.000 FCFA (CEMAC) / 12000 FCFA (Afrique) / 23 euros (reste du monde)

    Il est disponible au Cameroun à la Librairie des peuples noirs (Yaoundé) ; Librairie Éditions CLE (Yaoundé) ; Librairie du savoir (Ngaoundéré) ;  Librairie professionnelle (douala)




  • 12 août 2025 : Journée Internationale de la Jeunesse : Dix Africains à l’honneur

    Approuvée le 17 décembre 1999 par la Conférence Mondiale des Ministres de la Jeunesse, la Journée Internationale de la jeunesse vise la promotion ou mieux le développement entre autres, de la conscience des jeunes en ce qui concerne le Programme d’Action Mondial pour la Jeunesse à l’horizon 2000 et au-delà.

    ACOLITT a choisi de parler de dix (10) Africains qui posent leurs pierres aux édifices Littérature et Éducation.

    • Lorena Nolwen Lekeufack Kamaha : Miss Litterature Afrique 2025 – 2026, Miss Littérature Cameroun 2025. Elle est auteure, étudiante, d’une culture littéraire remarquable, qui s’investit dans la promotion de la lecture.
    • Paterson Duplex Sikoue : il met sur pied le premier prix destiné à la filière BD au Cameroun. Il est une personne ressource auprès du MBOA BD FESTIVAL et de Waanda Stoudio, deux entités qui font vivre la bande dessinée.
    • Yémélé Rosine : auteure et psychologue du développement, elle a décidé, en 2022, de faire plus qu’un dépôt de dons dans des orphelinats : elle a mis sur pied le CHALLENGE INTER-ORPHELINATS. Pour sa 4e édition cette année, il s’est tenu à Nanga-Eboko, à Edéa et le 23 août 2025, il se tiendra à Yaoundé. Vous souhaitez donner un sou pour soutenir l’initiative ? Contact : +237 6 90 32 77 15
    • Sara Timb : auteure, poète et lauréate de plusieurs prix à travers le monde, elle ne ménage aucun effort pour vanter et vendre son potentiel. Elle est la promotrice du programme « J’écris au cameroun ». Un programme qui met en scène des élèves de plusieurs établissements scolaires à travers des ateliers, des concours…
    • Bienvenu Juvenal Rouheda : il est auteur, coach d’écriture et d’art oratoire. Il est le président de l’Association des Jeunes Ecrivains Centrafricains (AJEC)
    • Dieng Ousmane : il est auteur, slameur et poète. Sa particularité est son amour pour le bambara dans ses textes. Un amour qui l’a encouragé à mettre sur pied le Festival international Bɛka Slam Poésie – FIBS – MALI qui met en exergue les talents des filières slam et poésie avec un accent sur les langues africaines.
    • Khamila Ndayou : elle est auteure, poète, étudiante, avec plusieurs prix dans sa besace. Sa particularité est son amour pour l’éducation littéraire. Car construire, c’est aussi apprendre à le faire.
    • Bernard Bekoa, de son nom d’artiste « Bern’Artdo », est un slameur dont les ailes sont toujours prêtes à battre jusqu’aux sommets inimaginables. Depuis 2022, il égaye nos sens de ses textes, à travers le monde. Il est le promoteur d’un concours de slam et coach dans la même filière.
    • Aristide Meyo Ayolo : il est auteur, promoteur littéraire, directeur des Éditions AFRIBOOK et DP de Ô-Livre, l’un des rares magazines axés littérature en Afrique centrale.
    • Kathy Noëlle Sambah se surnomme « Une folle des langues ». A l’ère de la déculturation, elle propose un retour aux sources avec les enfants à travers son programme de vacances Camp Retour Ô Sources.

    📌 Ces dix sont un échantillon des jeunes qui osent sur le continent africain. Ils proposent des actions magnifiques et OSENT braver les difficultés que nous ne citerons plus.

    BRAVO À TOUS ! BRAVO À TOUS CEUX QUI NE SONT PAS CITÉS ICI !



    📌 Contact ACOLITT : acolitterature@gmail.com

  • Célébrer le livre autrement… A la Fondation Petit Dan et Sarah, des acteurs du livre se sont mobilisés

    POUR CACHER QUELQUE CHOSE À UN NOIR, IL FAUT LE BLA BLA BLA ET BLA…  En 2025, vous verrez encore des personnes, même des acteurs de la littérature, utiliser cette « phrase ».

    Saviez-vous que cette phrase est contenue dans un document et que ceci n’est qu’une paraphrase ? Si le Noir était si allergique au « trésor », comment a-t-il fait pour découvrir celle-ci ? Dee Lee (l’auteur de cette « phrase ») a vraisemblablement semé une graine qui, comme un baobab, a enfoui ses racines très loin… Et des habitudes contribuent à l’arroser.

    SAMEDI 26 avril 2025, NOUS AVONS FAIT NOTRE PART.

    Initiative qui alliait le Centre de Lecture, d’initiation et d’Intégration à la culture et ACOLITT, cette descente à la Fondation Petit Dan et Sarah sise à Soa (centre – Cameroun) était l’occasion de montrer que le livre peut être célébré de différentes manières ; que les enfants sont la graine à arroser pour ne plus entendre cette fameuse « phrase » dans quelques années ; que la lecture est une distraction comme toutes les autres ; etc.

    Avec pour marraine Christelle Noah des Éditions Eclosion, cette initiative a été porteuse de plusieurs projets et de beaucoup d’espoir quant aux habitudes de lecture dans ce lieu qui abrite trente-deux (32) enfants, sous la supervision de monsieur ZINGUI Joseph et sa « jumelle de nom » (pour citer ce dernier), un couple qui a tout abandonné pour se consacrer à ces enfants accueillis soit dès la naissance ou par le biais des services sociaux.
    Initiative visant principalement la mise sur pied d’un espace bibliothèque dans cette Fondation, des livres leur ont été offerts, ainsi que des documents de dessin et de coloriage.

    Parce que le livre permet aussi une belle influence, notre invité d’honneur était Albert Junior Mbog Mbog, chroniqueur.

    Rachel Octavie Malongo, Léocadie Sandrique METO, Josée Murielle SAHA PAGUEM, Michèle MBOUDOU, Mme Anne-Pierrette NDZIE (présidente de l’Association des Enseignants de Français du Cameroun), NTOLO ENAMA Marthe Carelle, Aristide Georges Olama, Roukayatou TOURE, Calixte Laurence, Diane-Annie Tjomb… Toutes ces personnes que nous avons pris plaisir à rencontrer, revoir, et à qui nous disons MERCI.

    MERCI à toutes ces personnes qui croient au livre et qui, en multipliant ce type d’initiatives, en soignant leurs productions, en parlant de leurs lectures…, défient Dee Lee et sa « phrase ».

    La Fondation Petit Dan et Sarah répond au +237  699165292