Catégorie : Coaching littéraire

  • Agnès DEBIAGE : entre vision, transmission et action

    Agnès DEBIAGE s’est construite au fil d’un parcours professionnel consacré au développement, à la transmission et aux métiers du livre. Consultante internationale, formatrice, coach et experte des industries du livre, elle intervient aujourd’hui auprès de professionnels et d’organisations qui œuvrent dans le secteur culturel, avec une attention particulière portée à l’Afrique.

    Son parcours de formation commence à l’Institut Européen des Affaires de Paris, où elle étudie de 1984 à 1986. Quelques années plus tard, elle approfondit ses compétences dans le domaine de la formation professionnelle à l’École de la Librairie. Elle y suit notamment une formation de formateurs en 2004, puis une seconde en 2009. Cette orientation vers la transmission accompagne dès lors une part importante de son activité.

    À partir de 2020, elle complète son parcours par un Master 2 de niveau RNCP 7 en coaching consultant chez Linkup Coaching. Elle se spécialise également dans le coaching d’entreprises, notamment l’accompagnement des équipes, des dirigeants et des managers, ainsi que dans les problématiques liées au développement et à la stratégie.

    Parallèlement à cette évolution, Agnès DEBIAGE développe une expérience étendue dans l’univers éditorial. Pendant vingt-cinq ans, elle collabore notamment autour du Guide du Routard Égypte, avec un travail de terrain réalisé chaque année. Elle travaille également en freelance pour Routard.com et le magazine du Routard. Cette activité l’amène à observer les territoires, recueillir des informations, travailler sur les contenus et rester au plus près des réalités auxquelles les lecteurs sont confrontés.

    Son expérience dans les métiers du livre s’élargit progressivement à l’ensemble de la chaîne professionnelle. Elle intervient dans les domaines de l’édition, de la librairie, de la formation et de l’accompagnement des acteurs culturels. Elle s’intéresse aussi aux questions de structuration, de professionnalisation, de développement des réseaux et d’accès aux marchés.

    L’Afrique occupe une place particulière dans son activité. De ce fait, elle accompagne des professionnels du livre et participe à des programmes consacrés au renforcement des compétences, au développement professionnel et à la création de réseaux. Ses interventions l’ont par exemple conduite au Congo, où elle participe au Programme Bondeko. Dans le cadre d’une formation consacrée au coaching et à l’identité professionnelle, elle travaille avec les participantes sur leur professionnalisation, leur posture, le développement de leur réseau et la mise en œuvre de leurs projets. Cette activité s’inscrit dans une démarche plus large consacrée au développement des industries du livre en Afrique. Car Agnès DEBIAGE intervient sur des problématiques qui concernent aussi bien les professionnels de l’édition que ceux de la librairie et de la formation. Elle travaille à la mise en relation des acteurs, à la circulation des compétences et au développement de collaborations professionnelles, en Afrique comme à l’international. Son expérience auprès de l’Organisation Internationale de la Francophonie renforce cette dimension, et ces différentes expériences lui permettent de travailler à la rencontre de plusieurs univers professionnels, avec une connaissance à la fois des réalités du terrain et des enjeux liés aux échanges internationaux.

    Dans ses prises de parole, Agnès DEBIAGE revendique une communication directe. Elle explique que s’adresser avec franchise aux professionnels du livre, aux institutionnels et aux journalistes, c’est aussi une conception exigeante de l’accompagnement professionnel : identifier les difficultés, formuler les questions nécessaires et rechercher avec les personnes concernées les moyens d’avancer.

    Les rencontres professionnelles, les échanges d’expériences et les collaborations constituent une part importante de son activité, et par ceux-ci, elle contribue à rapprocher des acteurs du livre, à favoriser la circulation des projets et à créer des possibilités de coopération entre professionnels.

    Son regard sur les industries du livre africaines s’appuie sur cette expérience de terrain. Elle s’intéresse aux initiatives qui émergent, aux professionnels qui développent de nouvelles pratiques et aux projets qui cherchent à élargir les publics et les marchés du livre. Son travail consiste notamment à accompagner ces dynamiques et à renforcer les capacités de ceux qui les portent.

    Au fil des années, son parcours a été distingué par plusieurs reconnaissances, parmi lesquelles le titre de Chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres et celui de Chevalier de l’Ordre du Mérite.




  • ATELIER : Comment faire connaître son livre à l’international par Khadydja NDOYE

    Khadydja Ndoye est auteure, conférencière et Responsable du développement international chez Mosaïque Interculturelle (Canada), où elle développe des projets culturels, littéraires et interculturels entre le Canada, l’Afrique, l’Amérique latine et d’autres régions du monde.

    Passionnée par la littérature, la transmission culturelle et l’innovation, elle accompagne les auteurs et les organisations culturelles dans le développement de projets permettant de faire circuler les œuvres et de créer de nouvelles rencontres avec les publics.

    Son parcours d’auteure témoigne d’une forte dimension internationale avec un livre vendu à plus de 86.000 exemplaires en Amérique latine. Elle est également l’auteure d’un ouvrage consacré à la neurodiversité, qu’elle a présenté dans le cadre d’une tournée internationale dans quinze (15) pays.


    À travers ses expériences dans différents contextes culturels et littéraires, Khadydja NDOYE s’intéresse particulièrement aux nouvelles façons de faire connaître les auteurs, développer leur visibilité et rejoindre de nouveaux lecteurs. Elle est actuellement en tournée pour son troisième livre : La légende du collier perdu.

    Dans ses ateliers, elle propose une approche pratique et accessible, notamment autour de l’utilisation de l’intelligence artificielle comme outil de visibilité, de communication et de développement pour les auteurs, tout en valorisant leur identité, leur créativité et leur voix.

    SES LIVRES :

    • Le Monde de Sabbih
    • La Belle Malédiction d’être Neurodivergent.e
    • La Légende du collier perdu

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  • LA FAMILIARITÉ N’ENGENDRE PAS LE MÉPRIS…

    J’ai récemment suivi une intervention de Danielle WAFO, l’épouse du Révérend Pasteur Raoul WAFO, sur les dangers de la familiarité dans la vie spirituelle. Son propos m’a immédiatement fait penser à une autre forme de familiarité, moins souvent interrogée : celle qui s’installe dans l’univers du livre et qui, à force d’être banalisée, finit parfois par fragiliser le professionnalisme.

    En effet, dans le milieu littéraire, se connaître est – presque – une nécessité. Un auteur a besoin d’un éditeur, l’éditeur d’un réseau de diffusion, le libraire d’ouvrages et de visibilité, le journaliste d’interlocuteurs disponibles, le critique d’une production à observer et les organisateurs de rencontres de partenaires fiables… La proximité est donc inévitable. Elle peut même être précieuse quant au besoin de créer de la confiance, de faciliter les échanges et de permettre de construire des collaborations qui dépassent le simple cadre professionnel. Toutefois, cette proximité devient problématique lorsqu’elle finit par modifier les règles du jeu.

    Dans certains cas, connaître quelqu’un semble suffire pour obtenir davantage d’indulgence : un manuscrit confié à un éditeur sans véritable accompagnement, une communication promise à un auteur puis abandonnée, une invitation à une rencontre littéraire confirmée à la dernière minute, un livre envoyé sans retour, une interview repoussée plusieurs fois ou une prestation qui tarde à être réglée… Des situations pas toujours perçues comme de véritables manquements parce qu’elles concernent des personnes qui se connaissent.
    Pourtant, le travail reste le travail.
    Cela peut, à la longue, paraître banal, mais ça peut aussi devenir un subtil passe-droit.

    L’une des choses qui permet ce passe-droit, c’est que la familiarité empêche très souvent la franchise. Très facilement, on hésite à dire à un auteur que son texte n’est pas encore abouti ; on n’ose pas rappeler à un partenaire qu’il n’a pas respecté son engagement ; on préfère  préserver une relation plutôt que de poser une exigence légitime. Mais à quoi sert une relation professionnelle si elle interdit toute vérité et la culture de l’à-peu-près ?  »Bienveillance » et  »Démission » ne sont pas obligés d’être en couple.

    Il existe un autre danger, plus structurel encore : celui du favoritisme. Les réseaux occupant une place importante dans la vie, la proximité peut progressivement déterminer qui est invité, publié, recommandé, interviewé ou mis en avant. Les mêmes visages circulent alors d’un événement à l’autre, d’une tribune à l’autre, tandis que des voix nouvelles peinent à trouver leur place.
    Le problème n’est pas qu’un réseau existe ou propulse… Aucun milieu professionnel ne fonctionne sans réseaux. Le problème apparaît lorsque le réseau devient plus déterminant que le talent, la qualité du travail ou le sérieux professionnel. Parce qu’à terme, cette logique réduit la diversité des voix et donne parfois le sentiment que, dans le monde du livre, il faut d’abord connaître les bonnes personnes avant de pouvoir être véritablement considéré. Pourtant, la littérature devrait précisément être l’un des espaces où l’on apprend à regarder au-delà des appartenances.

    Il ne faudrait cependant pas tomber dans l’excès inverse. Le monde du livre n’a pas vocation à devenir un univers froid où chaque relation serait réduite à un contrat et chaque échange à une procédure, NON. Les amitiés littéraires ont leur importance, c’est clair. L’enjeu n’est donc pas de supprimer la familiarité, mais de lui assigner une juste place.
    On peut être ami avec un auteur et lui demander de retravailler son manuscrit ; on peut connaître un éditeur et exiger qu’un engagement soit respecté ; on peut entretenir de bonnes relations avec un libraire et lui demander le règlement d’une facture ; on peut apprécier un journaliste tout en acceptant qu’il pose des questions difficiles… La vraie proximité n’a pas besoin de complaisance pour survivre. Au contraire, elle devrait permettre davantage de sincérité, davantage de respect et davantage d’exigence. Parce que lorsqu’on connaît réellement quelqu’un, on devrait être capable de considérer son travail avec suffisamment de sérieux pour ne pas le traiter avec désinvolture. La familiarité avec les personnes ne devrait jamais entraîner la familiarité avec le travail.

    Derrière chaque initiative littéraire, il se cache des sacrifices de divers ordres, des formations, des objectifs. Une prestation qui se tient en une heure porte, parfois, une longue expérience. Respecter cette expérience n’est ne signifie pas créer de la distance entre les personnes : c’est une question de conscience professionnelle. L’un des  véritables défi du monde du livre aujourd’hui n’est pas de choisir entre l’humain et le professionnalisme, mais de comprendre enfin que l’un ne devrait jamais servir d’excuse à l’abandon de l’autre.

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  • Les coachings chez ACOLITT

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  • Scène littéraire : l’IA ou la concubine à renier absolument…

    L’intelligence artificielle s’est invitée dans le quotidien des acteurs du livre, tel un virus invisible même sous la lunette du plus performant des microscopes. Elle est là et ne cesse de susciter des réactions contrastées : d’un côté, elle est présentée comme une révolution capable d’alléger la création et d’améliorer la productivité ; de l’autre, elle est regardée avec suspicion, parfois même avec hostilité, surtout par ceux qui n’ont jamais cherché à la connaître. On aura rarement vu une technologie autant utilisée et autant critiquée. Une  »xénøphobie » qui fait d’elle la mal-aimée du secteur littéraire.

    Ce contraste n’est pourtant pas en adéquation avec la place grandissante qu’occupe l’IA dans la chaîne du livre. En effet, plusieurs auteurs affirment l’utiliser lors de leurs recherches documentaires, pour la correction linguistique, les reformulations stylistiques et la structuration des idées. Plusieurs maisons d’édition l’utilisent dans l’analyse des manuscrits, la conception graphique, la communication – pour celles qui communiquent . Les lecteurs, les traducteurs et les autres ne sont pas en reste. Il est donc difficile d’ignorer que l’intelligence artificielle est déjà devenue un acteur à part entière de la scène littéraire. D’accord ou pas ?

    Ce qui m’intrigue, c’est que bon nombre qui dénoncent l’IA, en sont également utilisateurs. Comme si elle est acceptable tant qu’elle reste invisible et non détectable, cette concubine.
    Cette réticence apparaît d’autant plus surprenante du fait que le monde de la création a toujours intégré des outils technologiques, sans remettre systématiquement en cause la légitimité de leurs utilisateurs. A l’exemple, dans le domaine du graphisme, des logiciels comme Adobe Photoshop, Canva ou d’autres outils de création assistée permettent, depuis des décennies, de modifier, d’améliorer, d’assembler ou de transformer des visuels… Pourtant, personne ne conteste la qualité de graphiste à celui qui utilise ces outils ! En outre, les logiciels de correction, de mise en page ou de traduction sont devenus, au fil du temps, des auxiliaires courants de l’écriture, sans qu’ils ne soient perçus comme des menaces pour la création, n’est-ce pas ?

    La différence avec l’intelligence artificielle semble alors ancrée dans la difficulté à définir précisément la part de contribution humaine dans le résultat final. Qu’en pensez-vous ?

    Une chose est au moins claire : utiliser une intelligence artificielle ne signifie pas nécessairement renoncer à sa créativité. Un dictionnaire écrit-il un roman à la place de l’écrivain ? Un logiciel de mise en page remplace-t-il le travail éditorial ? Non, n’est-ce pas ? Par la même, une intelligence artificielle ne devient créatrice que dans la mesure où l’être humain lui délègue entièrement le processus de conception. En d’autres termes, dans la plupart des cas, elle demeure un instrument au service d’une intention humaine.

    Toutefois, il serait tout aussi excessif d’affirmer que les œuvres produites avec l’aide de l’IA relèvent exclusivement du génie de l’utilisateur. C’est ici que naît l’un des débats les plus sensibles de notre époque : celui de la propriété intellectuelle. Peut-on revendiquer la paternité totale d’un texte ou d’un visuel généré par une intelligence artificielle ? La question mérite d’obtenir des réponses avec honnêteté.

    Lorsqu’un auteur passe plusieurs mois à construire un texte, ses personnages, son style… la notion de propriété intellectuelle paraît évidente. Mais lorsque quelques lignes d’instructions suffisent à générer instantanément un texte, une illustration ou une couverture, la situation devient plus complexe. L’utilisateur est-il l’auteur de l’œuvre ? Le concepteur de l’algorithme y contribue-t-il indirectement ? Les données infinies du système jouent-elles un rôle dans le résultat final ? Vivement des textes juridiques clairs et accessibles.

    Ce qui apparaît certain, c’est qu’il existe une différence fondamentale entre être créateur et être utilisateur d’un outil de création. Oui, une personne qui génère un visuel grâce à une intelligence artificielle ne peut pas toujours prétendre avoir réalisé l’intégralité du travail artistique. De même, celui qui publie un texte produit majoritairement par une machine devrait reconnaître l’intervention de cette technologie dans le processus. La transparence et l’honnêteté n’enlèvent rien à la valeur du résultat ; elle contribue simplement à une meilleure compréhension des responsabilités et des contributions de chacun.

    Le véritable enjeu, en mon sens, n’est donc pas de savoir si l’intelligence artificielle doit être acceptée ou rejetée, car l’histoire prouve que les innovations technologiques finissent toujours par trouver leur place dans les pratiques culturelles. Je pense que l’enjeu consiste plutôt à définir un cadre éthique permettant de distinguer l’assistance à la création, de la création elle-même. Il s’agit également de promouvoir une politique culturelle où l’utilisation de l’IA ne sera ni #honteuse ni #dissimulée, mais clairement assumée, comme une future deuxième femme.

    La littérature a traversé l’invention de l’imprimerie, l’apparition de la machine à écrire, la révolution informatique et l’avènement du numérique. Elle survivra également à l’intelligence artificielle, j’en suis plus que sûre. Pour l’instant, ce qui fait la différence, ce n’est pas la puissance de l’outil, mais la profondeur de la pensée humaine qui le guide. En effet, l’IA peut générer des mots, des phrases ou des images ; elle ne remplace ni l’expérience vécue, ni la sensibilité, ni la conscience critique qui donnent à une œuvre sa véritable valeur.

    A mon avis, le débat ne devrait pas opposer l’humain à la machine, mais inviter chacun à réfléchir aux nouvelles formes de création qui émergent à l’ère de l’intelligence artificielle. N’hésitez donc pas à suivre des formations, comme moi, à être un peu curieux et honnêtes. Le monde avance et nous nous devons d’avancer avec lui.


  • La chaîne du livre aujourd’hui : ce qu’on ne leur dit pas…

    Dans de nombreuses formations consacrées aux métiers du livre, les étudiants découvrent encore ce schéma : l’auteur écrit, l’éditeur publie, l’imprimeur produit, le distributeur achemine, le libraire vend et le lecteur lit. Au fil de leur parcours, très peu s’interrogent sur la pertinence actuelle de ce modèle, et encore moins sur l’ampleur des transformations qui ont profondément remodelé l’industrie du livre.

    La difficulté apparaît souvent lors des premiers contacts avec le terrain. Les jeunes diplômés réalisent, très souvent à leur stupéfaction, que la circulation du livre ne repose plus uniquement sur une succession d’acteurs clairement identifiés, mais sur un ensemble d’interactions permanentes entre des professionnels aux fonctions multiples et journalièrement innovantes. Pour avoir été confrontée à la chose, je peux confirmer la brutalité du choc.

    A mon avis, parler aujourd’hui de « chaîne du livre » est réducteur. L’image la plus fidèle serait désormais celle d’un CHAPELET DU LIVRE. Pourquoi ? Parce que contrairement à une chaîne linéaire, où chaque maillon dépend exclusivement du précédent, le chapelet évoque une multitude d’éléments reliés entre eux, interagissant dans plusieurs directions et participant collectivement à la vie d’une œuvre. Qu’on le veuille ou pas, le parcours d’un livre n’est plus une simple succession d’étapes ; il est devenu un réseau de connexions où chaque acteur peut influencer directement sa production, sa visibilité, sa diffusion ou sa réception.

    Cette évolution s’explique notamment par l’émergence de nouveaux métiers qui occupent aujourd’hui une place stratégique dans l’écosystème du livre. Effectivement, à côté des professions traditionnellement reconnues, se sont développées plein d’autres, généralement axées numériques.
    Par ailleurs, le #lecteur lui-même a changé de statut. Il n’est plus uniquement le destinataire final du livre. Grâce aux réseaux sociaux, aux blogs, aux plateformes de recommandation et aux espaces de discussion en ligne, il devient prescripteur, critique, ambassadeur et parfois même promoteur des œuvres qu’il apprécie. Un commentaire, une vidéo de présentation ou une recommandation sur une plateforme numérique peuvent aujourd’hui influencer la trajectoire commerciale d’un livre autant qu’une campagne publicitaire traditionnelle. Clin d’œil à L’orchidée Moulengui, Nick Landel Souop, Appelez-moi Yoyo, viens on lit et la liste n’est pas exhaustive (citez ces lecteurs actifs en commentaire, si vous le voulez).

    Malheureusement, cette réalité demeure encore insuffisamment intégrée dans de nombreux programmes de formation. En effet, les étudiants sont souvent préparés à exercer des métiers dont les contours ont évolué, sans toujours être initiés aux compétences transversales désormais recherchées : communication numérique, gestion de communauté, marketing culturel, médiation littéraire, stratégie de visibilité, entrepreneuriat éditorial ou création de contenus spécialisés… Il est superflu d’affirmer que ce décalage entretient des attentes irréalistes et nourrit des frustrations lorsqu’arrive le moment de l’insertion professionnelle.

    C’est précisément pour réduire cet écart entre l’enseignement et la réalité que les stages académiques devraient occuper une place beaucoup plus stratégique. Ils ne devraient pas être perçus comme une simple exigence administrative permettant de valider un semestre, mais comme une immersion concrète dans les défis quotidiens du secteur. Les étudiants ont besoin d’observer les mécanismes réels de production, de diffusion, de promotion et de commercialisation du livre. Ils ont besoin de comprendre comment les professionnels s’adaptent aux mutations technologiques, aux nouvelles habitudes de lecture et aux contraintes économiques qui traversent aujourd’hui toute la filière. Ceux que j’ai encadrés en savent quelque chose : avec moi, ils n’étaient pas juste des stagiaires. Ils me détestaient certains jours, d’ailleurs.

    Accueillir un stagiaire ne devrait pas consister à lui confier uniquement des tâches secondaires ou répétitives – et encore moins être une opportunité d’acquisition de valets aptes à faire uniquement du café et autres… Bravo à Eclosion, à La Maison des Savoirs – MDS Yaoundé, au CLAC Yaoundé et à tous ces acteurs du livre qui forment véritablement les stagiaires. Personnellement, je ne cesserai de remercier le CLAC, qui m’a appris la bibliothéconomie de terrain et Christian-Williams Kakoua, pour l’animation culturelle. J’ai certes apporté des innovations au fil des ans, mais eux, ils restent cette base dans ma formation pratique, qui nourrit mon besoin de faire autrement chaque jour.

    Le secteur du livre fait face à des défis considérables, alors, former aux métiers du livre au XXIᵉ siècle ou prendre des décisions devrait exiger davantage qu’une transmission de connaissances théoriques dépassées ou une observation depuis un bureau frais à souhait. Inviter régulièrement les acteurs du livre déjà sur le terrain pour échanger avec les étudiants ; aller vers les acteurs du livre pour comprendre les réalités sur le terrain et les besoins réels… ne serait en aucun cas superflu. Plus cette réalité équilibrée d’apprentissage théorie – pratique sera intégrée tôt dans les parcours de formation, plus les futurs acteurs du secteur pourront construire leur avenir avec lucidité, confiance et ambition. Le diplôme, c’est bien. Le Savoir-faire, c’est mieux.


  • Ecrire pour gagner de l’argent ou pour être lu ?

    La littérature n’a jamais cessé d’interroger sa propre finalité. Hier encore, je suivais un débat autour de cette finalité, sur une plateforme sociale. Entre vocation artistique et nécessité économique, une question demeure au cœur des débats : l’écrivain doit-il écrire pour gagner sa vie ou avant tout pour être lu ? Même si ces deux aspirations sont souvent présentées comme opposées, elles traduisent en réalité les multiples responsabilités de l’auteur, car le livre est à la fois une œuvre de l’esprit et un bien culturel.

    Écrire ne relève pas d’un simple exercice d’inspiration. C’est un travail exigeant qui mobilise des compétences, des recherches, une réflexion constante et un investissement personnel considérable. À ce titre, il est légitime que l’écrivain bénéficie d’une rémunération à la hauteur de son engagement. Les ventes d’ouvrages, les résidences d’écriture, les conférences ou les adaptations audiovisuelles… participent à l’épanouissement dans le métier et permettent aux auteurs de poursuivre leur création dans des conditions plus favorables.

    En mon sens, lorsque la logique commerciale prend le pas sur l’ambition littéraire, le risque est de voir l’écriture se conformer aux attentes du marché. Les tendances éditoriales, les phénomènes de mode ou la recherche du succès immédiat peuvent conduire certains auteurs à privilégier des recettes éprouvées plutôt qu’une véritable recherche esthétique ou intellectuelle.

    À l’inverse, écrire pour être lu signifie rechercher une rencontre durable avec le lecteur. Une œuvre trouve son sens lorsqu’elle suscite l’émotion, nourrit la réflexion, interroge encore et encore. Les écrivains qui marquent l’histoire ne le doivent pas uniquement à leurs performances commerciales, mais à la profondeur de leur regard sur le monde et à la capacité de leurs textes à continuer de dialoguer avec les générations successives. La preuve, aujourd’hui encore, certains noms d’écrivains sont au bout des lèvres des lecteurs.

    L’essor de l’intelligence artificielle vient aujourd’hui renouveler cette réflexion. Les outils d’IA facilitent la documentation, la traduction, la révision ou l’organisation des idées et constituent des assistants précieux pour de nombreux auteurs, c’est un fait qui va en s’améliorant. Toutefois, ils ne remplacent ni l’imaginaire, ni la sensibilité, ni l’expérience humaine qui donnent naissance à une véritable œuvre littéraire. Avec les contenus générés automatiquement qui se multiplient, l’authenticité de la voix de l’écrivain devient plus que jamais un critère essentiel de crédibilité et de valeur.

    Les prix littéraires occupent également une place stratégique dans cet équilibre entre reconnaissance culturelle et réussite économique. Bien au-delà des récompenses financières qu’ils accordent, ils offrent une légitimité critique, renforcent la visibilité des auteurs et favorisent une diffusion plus large des œuvres. Ils influencent les choix des lecteurs, stimulent les ventes et contribuent à inscrire certains ouvrages dans le patrimoine littéraire. Toutefois, ils ne constituent pas une finalité en soi : la véritable consécration demeure la fidélité d’un lectorat capable de faire vivre une œuvre au-delà des distinctions.

    Opposer la rentabilité à la lecture revient sans doute à poser un faux débat, à mon avis. Une littérature vivante est celle qui parvient à concilier exigence esthétique, impact culturel et viabilité économique. L’écrivain ne devrait ni renoncer à ses convictions pour répondre exclusivement aux attentes du marché, ni ignorer les réalités qui conditionnent la diffusion de son travail. Être largement lu tout en vivant dignement de sa plume constitue moins un compromis qu’un idéal vers lequel tend toute création littéraire durable. Car si l’argent récompense le travail de l’auteur, ce sont les lecteurs qui donnent véritablement vie à son œuvre et assurent sa postérité.

    Ec𝗿𝗶𝘃𝗮𝗶𝗻𝘀, 𝗾𝘂’𝗲𝗻 𝗽𝗲𝗻𝘀𝗲𝘇-𝘃𝗼𝘂𝘀 ?


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  • L’IMAGE DE L’ECRIVAIN

    Le conseil qu’on rabâche tout le temps à l’écrivain, c’est celui qu’il devrait laisser son œuvre parler à sa place. C’est beau… en théorie, mais difficilement applicable, surtout aujourd’hui.

    Les lecteurs sont de plus en plus curieux. Ils veulent savoir qui se cache derrière les pages, et ils savent se donner à fond. Ils observent ses interventions, ses publications, ses interviews… Ils accourent à ses rencontres et prennent au sérieux ses opinions sur des sujets qui, parfois, ne concernent pas directement la littérature. Cette curiosité est juste un besoin d’établir une relation avec l’écrivain. L’époque de l’écrivain mystérieux est révolue.

    Cependant, se rendre visible pour ses lecteurs ne signifie pas tout montrer. L’ecrivain devrait apprendre à distinguer ce qui appartient à son univers littéraire de ce qui relève de son intimité ou de son côté  »folie ». Cette frontière peut être difficile à maintenir à l’époque des réseaux sociaux, où l’on peut passer en quelques secondes d’une présentation de livre à une confidence personnelle, d’une réflexion professionnelle à une réaction impulsive… Oui, tout ce qui est publiable n’est pas nécessairement destiné à être publié. La discrétion n’est pas un manque de modernité ; elle peut aussi être une forme de maîtrise de soi.

    L’image d’un écrivain se nourrit de cohérence. Il est incohérent de défendre dans ses livres la tolérance, la dignité ou le respect tout en adoptant publiquement des comportements qui contredisent ces valeurs. De même, un écrivain qui revendique le sérieux de son travail mais néglige ses lecteurs, arrive constamment en retard à ses engagements ou traite avec mépris ceux qui l’accompagnent finit par créer une contradiction que la communication la plus chère payée ne pourra pas masquer.

    Cette cohérence ne signifie pourtant pas que l’écrivain doive être irréprochable : il reste un être humain, il peut se tromper, être maladroit, connaître une période de doute, répondre trop vivement ou prendre une mauvaise décision… Ce qui importe alors, c’est sa capacité à revenir sur ce qui a été fait. En effet, dire par exemple « Je me suis trompé » impose plus de courage que de défendre obstinément une position devenue indéfendable.

    L’écrivain devrait accepter que son livre ne fasse pas l’unanimité. C’est l’une des épreuves les plus difficiles, car lorsqu’un écrivain met une partie de lui dans un texte, il reste convaincu qu’il s’agit de la 8e merveille du monde, pour paraphraser viens on lit.
    Une critique négative peut parfois être ressentie comme une attaque personnelle… Mais, chers écrivains, 𝐥𝐞 𝐥𝐞𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐧’𝐚 𝐩𝐚𝐬 𝐬𝐢𝐠𝐧é u𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐚𝐭 𝐝’𝐚𝐝𝐦𝐢𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 avec vous ! Il a le droit – sans impolitesse – de ne pas aimer un personnage, de contester une idée, de trouver le style insuffisant ou de rester insensible à une histoire. Apprendre à accueillir les critiques sans immédiatement dénigrer celui qui les formule est une étape importante dans la construction de l’image de l’écrivain.

    Certains auteurs cherchent tellement à correspondre à ce qu’ils pensent être l’écrivain idéal qu’ils finissent par jouer un rôle. Ils adoptent une manière de parler, une posture, une attitude… qui n’a rien à voir avec leur propre personnalité. Cela peut fonctionner des fois, mais pas tenir durablement, car cette gymnastique demande une énergie considérable.

    La manière dont un écrivain parle des autres écrivains participe également à sa propre image. En effet, il est possible de défendre son travail sans rabaisser celui d’un confrère ; il est possible d’exprimer une divergence littéraire sans transformer une discussion en règlement de comptes ; il est même possible de reconnaître la qualité d’un autre auteur sans avoir l’impression de diminuer sa propre valeur… La littérature n’est pas un espace où la réussite de l’un exige nécessairement l’échec de l’autre. Et ceci s’adresse particulièrement aux auteurs émergents ou en herbe.
    Lorsqu’on débute, peu importe le domaine, on peut être tenté de chercher rapidement la reconnaissance, de vouloir prouver que l’on mérite sa place et de réagir avec susceptibilité à ceux qui ne prennent pas immédiatement notre travail au sérieux. Pourtant, la carrière littéraire se construit rarement en une seule saison ! Comme dit plus haut, les lecteurs sont très observateurs, surtout ceux qui ne s’expriment – presque – jamais.
    Construisez votre carrière en multipliant les rencontres, les collaborations…

    Comme je le dis toujours lors de mes coachings : 𝐋𝐄 𝐋𝐄𝐂𝐓𝐄𝐔𝐑 𝐄𝐒𝐓 𝐋𝐄 𝐑𝐎𝐈 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐂𝐇𝐀IN𝐄 𝐃𝐔 𝐋𝐈𝐕𝐑𝐄. Dédicacer un livre, répondre aux questions lors et après une conférence, remercier un lecteur ou un critique parce qu’il recommande votre ouvrage, prendre quelques minutes pour écouter son lecteur, prendre une photo avec lui… peut sembler insignifiant ou de routine, mais ces moments restent parfois longtemps dans la mémoire du lecteur.

    Il ne faut cependant pas confondre proximité et disponibilité permanente. L’écrivain n’est pas obligé de répondre à toutes les sollicitations, de commenter tous les sujets ou de participer à toutes les polémiques pour rester visible. Il a aussi besoin de silence, de solitude et de temps pour écrire. La véritable présence publique ne se mesure pas au nombre de publications quotidiennes, elle se mesure davantage à la qualité de ce que l’on apporte lorsqu’on choisit de prendre la parole. L’image doit juste être sujette au  »comment » et au  »pour quoi » on décide de sortir de ces silences.

    Lorsque l’enthousiasme autour de votre dernier livre sera retombé, que les affiches auront disparu, que les publications auront été repoussées par d’autres contenus, que les séances de dédicace seront terminées… Que restera-t-il de votre image ? Voici un questionnement qui devrait animer chaque ecrivain. Ce qu’il restera, ce sont vos livres, bien sûr, mais aussi la réputation construite au fil des années. Les personnes rencontrées se souviendront-elles d’un écrivain arrogant ou accessible, méprisant ou respectueux, obsédé par la reconnaissance ou réellement attaché à la littérature ?

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    Pauline M.N. ONGONO