
Le conseil qu’on rabâche tout le temps à l’écrivain, c’est celui qu’il devrait laisser son œuvre parler à sa place. C’est beau… en théorie, mais difficilement applicable, surtout aujourd’hui.
Les lecteurs sont de plus en plus curieux. Ils veulent savoir qui se cache derrière les pages, et ils savent se donner à fond. Ils observent ses interventions, ses publications, ses interviews… Ils accourent à ses rencontres et prennent au sérieux ses opinions sur des sujets qui, parfois, ne concernent pas directement la littérature. Cette curiosité est juste un besoin d’établir une relation avec l’écrivain. L’époque de l’écrivain mystérieux est révolue.
Cependant, se rendre visible pour ses lecteurs ne signifie pas tout montrer. L’ecrivain devrait apprendre à distinguer ce qui appartient à son univers littéraire de ce qui relève de son intimité ou de son côté »folie ». Cette frontière peut être difficile à maintenir à l’époque des réseaux sociaux, où l’on peut passer en quelques secondes d’une présentation de livre à une confidence personnelle, d’une réflexion professionnelle à une réaction impulsive… Oui, tout ce qui est publiable n’est pas nécessairement destiné à être publié. La discrétion n’est pas un manque de modernité ; elle peut aussi être une forme de maîtrise de soi.
L’image d’un écrivain se nourrit de cohérence. Il est incohérent de défendre dans ses livres la tolérance, la dignité ou le respect tout en adoptant publiquement des comportements qui contredisent ces valeurs. De même, un écrivain qui revendique le sérieux de son travail mais néglige ses lecteurs, arrive constamment en retard à ses engagements ou traite avec mépris ceux qui l’accompagnent finit par créer une contradiction que la communication la plus chère payée ne pourra pas masquer.
Cette cohérence ne signifie pourtant pas que l’écrivain doive être irréprochable : il reste un être humain, il peut se tromper, être maladroit, connaître une période de doute, répondre trop vivement ou prendre une mauvaise décision… Ce qui importe alors, c’est sa capacité à revenir sur ce qui a été fait. En effet, dire par exemple « Je me suis trompé » impose plus de courage que de défendre obstinément une position devenue indéfendable.
L’écrivain devrait accepter que son livre ne fasse pas l’unanimité. C’est l’une des épreuves les plus difficiles, car lorsqu’un écrivain met une partie de lui dans un texte, il reste convaincu qu’il s’agit de la 8e merveille du monde, pour paraphraser viens on lit.
Une critique négative peut parfois être ressentie comme une attaque personnelle… Mais, chers écrivains, 𝐥𝐞 𝐥𝐞𝐜𝐭𝐞𝐮𝐫 𝐧’𝐚 𝐩𝐚𝐬 𝐬𝐢𝐠𝐧é u𝐧 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐚𝐭 𝐝’𝐚𝐝𝐦𝐢𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 avec vous ! Il a le droit – sans impolitesse – de ne pas aimer un personnage, de contester une idée, de trouver le style insuffisant ou de rester insensible à une histoire. Apprendre à accueillir les critiques sans immédiatement dénigrer celui qui les formule est une étape importante dans la construction de l’image de l’écrivain.
Certains auteurs cherchent tellement à correspondre à ce qu’ils pensent être l’écrivain idéal qu’ils finissent par jouer un rôle. Ils adoptent une manière de parler, une posture, une attitude… qui n’a rien à voir avec leur propre personnalité. Cela peut fonctionner des fois, mais pas tenir durablement, car cette gymnastique demande une énergie considérable.
La manière dont un écrivain parle des autres écrivains participe également à sa propre image. En effet, il est possible de défendre son travail sans rabaisser celui d’un confrère ; il est possible d’exprimer une divergence littéraire sans transformer une discussion en règlement de comptes ; il est même possible de reconnaître la qualité d’un autre auteur sans avoir l’impression de diminuer sa propre valeur… La littérature n’est pas un espace où la réussite de l’un exige nécessairement l’échec de l’autre. Et ceci s’adresse particulièrement aux auteurs émergents ou en herbe.
Lorsqu’on débute, peu importe le domaine, on peut être tenté de chercher rapidement la reconnaissance, de vouloir prouver que l’on mérite sa place et de réagir avec susceptibilité à ceux qui ne prennent pas immédiatement notre travail au sérieux. Pourtant, la carrière littéraire se construit rarement en une seule saison ! Comme dit plus haut, les lecteurs sont très observateurs, surtout ceux qui ne s’expriment – presque – jamais.
Construisez votre carrière en multipliant les rencontres, les collaborations…
Comme je le dis toujours lors de mes coachings : 𝐋𝐄 𝐋𝐄𝐂𝐓𝐄𝐔𝐑 𝐄𝐒𝐓 𝐋𝐄 𝐑𝐎𝐈 𝐃𝐄 𝐋𝐀 𝐂𝐇𝐀IN𝐄 𝐃𝐔 𝐋𝐈𝐕𝐑𝐄. Dédicacer un livre, répondre aux questions lors et après une conférence, remercier un lecteur ou un critique parce qu’il recommande votre ouvrage, prendre quelques minutes pour écouter son lecteur, prendre une photo avec lui… peut sembler insignifiant ou de routine, mais ces moments restent parfois longtemps dans la mémoire du lecteur.
Il ne faut cependant pas confondre proximité et disponibilité permanente. L’écrivain n’est pas obligé de répondre à toutes les sollicitations, de commenter tous les sujets ou de participer à toutes les polémiques pour rester visible. Il a aussi besoin de silence, de solitude et de temps pour écrire. La véritable présence publique ne se mesure pas au nombre de publications quotidiennes, elle se mesure davantage à la qualité de ce que l’on apporte lorsqu’on choisit de prendre la parole. L’image doit juste être sujette au »comment » et au »pour quoi » on décide de sortir de ces silences.
Lorsque l’enthousiasme autour de votre dernier livre sera retombé, que les affiches auront disparu, que les publications auront été repoussées par d’autres contenus, que les séances de dédicace seront terminées… Que restera-t-il de votre image ? Voici un questionnement qui devrait animer chaque ecrivain. Ce qu’il restera, ce sont vos livres, bien sûr, mais aussi la réputation construite au fil des années. Les personnes rencontrées se souviendront-elles d’un écrivain arrogant ou accessible, méprisant ou respectueux, obsédé par la reconnaissance ou réellement attaché à la littérature ?
📌 𝐀𝐂𝐎𝐋𝐈𝐓𝐓 𝐭𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐞𝐬 𝐚𝐭𝐞𝐥𝐢𝐞𝐫𝐬 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐮𝐧𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐥𝐢𝐭𝐭ér𝐚𝐢𝐫𝐞, 𝐞𝐧 𝐥𝐢𝐠𝐧𝐞 𝐞𝐭 𝐞𝐧 𝐩𝐫é𝐬𝐞𝐧𝐭𝐢𝐞𝐥.
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Pauline M.N. ONGONO
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