
L’écriture ne représente pas seulement pour moi un travail, elle me permet de transcender la fatigue, de m’amuser et de prendre un réel plaisir dans toute cette démarche.
Bonjour, Christopher MFOULA et merci de répondre à nos questions. Vous êtes auteur depuis l’âge de 19 ans. Quel a été le déclic ?
Bonjour et merci pour cette opportunité de partager avec vous mon parcours d’écrivain. C’est un honneur pour moi d’être ici aujourd’hui.
A l’âge de 19 ans, je me suis lancé dans l'écriture de romans, un voyage qui a débuté d’une manière improbable. Un poids mélancolique, une période de remise en question et de doutes profonds ont été le point de départ de mon cheminement littéraire. En transformant mes moments de tristesse en créations poétiques, j’ai été capable de construire des univers captivants et fictifs, qui m'ont offert du réconfort et le soutien dont j’avais besoin. À cet âge, lorsque tant de questionnements sur l’identité, le devenir et les éventuelles erreurs ou traumatismes surviennent, je me suis également autorisé à rêver, à imaginer un monde où je pourrais surmonter les obstacles qui se dressent devant moi. L'écriture est devenue mon exutoire, une thérapie salutaire qui m’a permis de trouver un sens à ma souffrance, mais aussi de communiquer avec les autres. Je suis comblé de constater que mes histoires apportent du réconfort à ceux qui me lisent.
Vous êtes, à 27 ans, l’auteur de 18 romans. Je vous avoue que je suis impressionnée. C’est vrai qu’ « Impossible n’est pas Camerounais », je m’interroge tout de même sur comment vous procédez… Entre l’écriture, la relecture et tout ce qui va avant la sortie du livre, pour avoir une telle bibliographie. Il est important aussi de signaler qu’avant 2024, deux autres paraîtront.
Je m’en réjouis chaque jour, il est essentiel de rappeler que ma passion et ma détermination sont mes principaux moteurs. Le privilège d’avoir grandi avec des parents qui m’ont enseigné la valeur du travail acharné ainsi qu’une discipline de vie que je respecte scrupuleusement ne peut être sous-estimé. Il est indéniable que l’écriture est une tâche ardue, exigeante à bien des égards. Les recherches, les rédactions, les relectures, les corrections, les doutes incessants et cette redoutable période de page blanche qui peut s’étendre sur des mois, voire des années pour certains, demandent une résilience sans pareille. Je suis chanceux d'être doté d’une plume aisée et de bénéficier d’un précieux accompagnement, notamment grâce à mes beta-lecteurs qui m’accompagnent tout au long du processus rédactionnel. Leurs suggestions et leur précieuse aide dans les phases de correction me permettent de transmettre des manuscrits semi-fini aux éditeurs en toute confiance. Mais cela requiert avant tout une discipline sans faille. Souvent, j’établis comme objectif quotidien d’écrire au minimum 50 pages, dans les moments où l’inspiration est là et rayonne. Cependant, lorsqu’elle se fait plus discrète, limiter mes écrits à 20 pages maximum fait partie intégrante de mon approche.

Je suis profondément reconnaissant d’exercer un métier qui éveille en moi une passion indéfectible et qui me procure un immense plaisir. L’écriture ne représente pas seulement pour moi un travail, elle me permet de transcender la fatigue, de m’amuser et de prendre un réel plaisir dans toute cette démarche. Les neuf heures passées devant mon ordinateur chaque jour sont autant de précieux moments d’épanouissement que je chéris, sans échanger cela pour quoi que ce soit au monde.
Vous êtes un Camerounais qui vit en France, vos livres ont-ils une part du Cameroun ou de l’Afrique ? Si oui, comment écrivez-vous l’Afrique ?
Effectivement, mes livres sont fortement ancrés dans l’Afrique et plus particulièrement le Cameroun. J’attache une importance toute particulière à mettre en avant l’Afrique telle que je la perçois.
Cependant, mon véritable intérêt réside dans la dimension humaine et psychologique. À travers mes écrits, je dépeins l'Afrique en laissant transparaître les failles, les qualités, les tourments, les manquements, les forces et la richesse culturelle qui la caractérisent. Je m’efforce de présenter certains aspects de son histoire qui la rendent unique et singulière. Il est primordial pour moi de rester fidèle à mes origines et de jouer le rôle de passeur vers d’autres cultures, de construire des ponts qui unissent et connectent. En dépeignant des personnages et des sociétés tels qu’ils sont, je refuse de maquiller le monde à travers ma plume. Au contraire, je m’efforce de rendre mes romans les plus réalistes possible, même lorsque j’explore des territoires de fiction.
Mon objectif est de présenter l’Afrique dans toute sa richesse, sa beauté, sa complexité ainsi que ses imperfections, tout en accordant une attention particulière à l’aspect humain. C’est une conviction profonde pour moi, car en tant qu’Africain, je souhaite que mes livres résonnent auprès de tous, sans distinction de culture, de couleur de peau, de race ou d’origine.
« Comment cuisiner son mari », un titre qui attirera plus d’un, j’en suis sûre, paraîtra en décembre 2023. Pouvons-nous déjà avoir quelques ingrédients de cette recette ?
Ce roman représente pour moi l’apogée du captivant et du complexe dans mes écrits. Il était essentiel de mettre en lumière les femmes, tout en captivant également un public masculin.

« COMMENT CUISINER SON MARI » est un mélange subtil où l’intelligence règn’ en maître, savamment entrelacée de nuances, de sadisme et d’effronterie. S’y ajoutent une dose de sensualité, des combats acharnés menés par des femmes fortes, l’exploration de sujets difficiles et une pointe d’humour noir. Ce sont ces ingrédients qui, de la première à la dernière page, propulseront l’histoire vers des sommets de fascination.
Vous êtes, en 2021, lauréat du Prix du roman avec « Ce qui restera de nous ». Et si vous nous faisiez un zoom sur ce roman ?
« Ce qui restera de nous » narre l’histoire en apparence sereine de Lily et Alex, un jeune couple dont l’amour semblait indestructible. Pourtant, leur existence se trouve brutalement ébranlée lorsque la trahison et l’infidélité frappent à leur porte.

Au fil des pages de ce roman, nous plongerons au cœur de protagonistes écorchés, confrontés à des thèmes douloureux tels que l’infidélité au sein d’un couple, l’avortement, la peur insidieuse de l’abandon, la dépendance affective et la cruelle désillusion. Toutefois, des retournements de situation inattendus marqueront profondément les lecteurs. Le succès remarquable de ce récit était une agréable surprise pour moi.
Vos livres traitent entre autres d’amour, de suicide, de choix sexuels, de dépression, des sujets qui touchent tous les continents et toutes les couches. Christopher MFOULA, vos livres sont vendus sur Amazon, y’a-t-il des points de vente ou une possibilité de les avoir au Cameroun et en Afrique en général ?
Au Cameroun, mes romans peuvent être trouvés principalement à la librairie Saint Paul à Yaoundé, ainsi qu’à la FNAC à Douala. Pour l’instant, ma distribution n’est pas encore étendue à travers toute l’Afrique, mais mon aspiration future serait que mes livres soient accessibles dans la plupart des pays d’Afrique francophone.
Merci, Christopher MFOULA. Nous ne manquerons pas de les lire très bientôt.
Propos recueillis par P.O.
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