FONALL 2026 : la diaspora centrafricaine mobilisée autour du livre, de la mémoire et de la paix

Les 6 et 7 mars 2026, la première édition du Forum National sur le Livre et la Lecture (FONALL) a rassemblé plusieurs acteurs majeurs du monde du livre et de la création culturelle centrafricaine. Initiée par l’Association des Jeunes Écrivains Centrafricains (AJEC), cette rencontre a permis d’ouvrir un espace de réflexion inédit sur le rôle de la littérature dans la reconstruction intellectuelle et sociale du pays.

Trois panels majeurs ont marqué ce forum, réunissant des écrivains, traducteurs, théologiens, artistes et slameurs issus de la diaspora centrafricaine et du continent africain. Les échanges ont exploré trois axes essentiels : la mémoire nationale, la contribution culturelle à la paix et la place de la lecture dans l’émancipation des femmes.

La diaspora centrafricaine face au devoir de mémoire nationale

Le premier panel, organisé le 6 mars à 10h (heure de Bangui), s’est penché sur la question cruciale de la mémoire collective. Intitulée « La diaspora centrafricaine face au devoir de mémoire nationale », cette rencontre a interrogé le rôle des intellectuels et créateurs vivant à l’étranger dans la conservation et la transmission de l’histoire nationale.
Autour de la modératrice camerounaise Pauline M.N. Ongono, plusieurs figures de la diaspora ont pris la parole : Gaïus Ngbolo Sangoma, Eric Ngaibino, Adrianna Joly Djangha Yelomane Ndema et plusieurs participants intéressés par le sujet.

Les discussions ont mis en lumière l’importance de la littérature comme espace de mémoire et de témoignage. Les intervenants ont souligné que l’écriture diasporique permet non seulement de préserver l’histoire nationale, mais aussi de porter la voix centrafricaine sur la scène internationale. Plusieurs panelistes ont insisté sur la nécessité de documenter les périodes sensibles de l’histoire du pays afin d’éviter l’oubli collectif.
Pour ces intellectuels, la diaspora joue également un rôle de médiateur culturel : elle contribue à faire connaître la culture centrafricaine au-delà des frontières tout en participant à la reconstruction symbolique du pays.

Contribuer à la paix depuis l’extérieur : l’écriture comme plaidoyer

Le second échange, tenu le 7 mars à 18h (heure de Bangui), a abordé la question du rôle des créateurs dans les processus de paix. Sous le thème « Contribuer à la paix depuis l’extérieur : écriture, édition, plaidoyer culturel », ce panel était constitué de Boris Koyakonzikoli, Jaïrus J. Maka Yaligara, Théophore Sao Charaf, Zidane Elder Adriss et plusieurs autres participants, sous la modération de Pauline M.N. Ongono.

Les intervenants ont analysé la manière dont les écrivains et acteurs culturels peuvent contribuer aux dynamiques de paix depuis la diaspora. Selon eux, la littérature possède un pouvoir symbolique majeur : elle peut dénoncer les violences, promouvoir le dialogue et nourrir une culture de la réconciliation, surtout si le sango, la langue nationale, est de mise dans l’écrit, l’apprentissage et la diffusion.

La question de l’édition a également été au cœur des échanges. Les panelistes ont souligné l’importance de développer des structures éditoriales capables de porter les voix africaines et centrafricaines. Pour ces acteurs culturels, le livre reste un instrument puissant de sensibilisation et d’éducation civique.
Enfin, plusieurs intervenants ont évoqué le rôle du plaidoyer culturel, estimant que les artistes et écrivains peuvent influencer les imaginaires collectifs et encourager une vision pacifiée de la société. L’union faisant la force, il serait temps d’unir ces différentes forces sans préjugés ni arrières pensées, avec un seul objectif, le développement de la République centrafricaine par la culture.

Lecture et leadership féminin : former des femmes éclairées

Le troisième panel, organisé le 7 mars à 11h (heure de RCA), s’est inscrit dans une perspective de promotion du leadership féminin. A travers le thème « Lecture et leadership féminin : former des générations de femmes éclairées », la place centrale de la lecture dans l’émancipation intellectuelle des femmes a été mise en avant.


Autour du modérateur Ray Ndebi, les panelistes Sainte Heureuse Naomie Bengue Banguitoumba et Élodie Mbetid-Bessane, à la veille de la Journée Internationale de la Femme, ont partagé leurs expériences et leurs réflexions sur le pouvoir transformateur du livre.
Les discussions ont souligné que la lecture et la culture en général constitue un levier essentiel d’autonomisation pour les femmes. Il suffit de leur offrir des outils intellectuels pour comprendre le monde, affirmer leur voix et exercer un leadership dans leurs communautés.
Les intervenantes ont également insisté sur l’importance de promouvoir la lecture chez les jeunes filles dès le plus jeune âge, afin de construire une génération de femmes capables de participer pleinement au développement social et culturel du pays.


Un forum porteur d’avenir pour la littérature centrafricaine

Au-delà des débats, cette première édition du Forum National sur le Livre et la Lecture a démontré la vitalité de la scène littéraire centrafricaine et la volonté de ses acteurs de contribuer activement aux dynamiques de paix, de mémoire et de transformation sociale.
En réunissant des créateurs venus de plusieurs pays, du Cameroun à la France, du Sénégal à la Corée du Sud, de la Pologne au Burkina Faso, du Sénégal au Canada… le forum a illustré la force du réseau intellectuel centrafricain à travers le monde.

Cette initiative ouvre ainsi une nouvelle page pour la promotion du livre en République centrafricaine, en affirmant une conviction forte partagée par tous les intervenants : la littérature n’est pas seulement un espace de création, elle est aussi un outil de conscience, de dialogue et de construction nationale.

Pauline M.N. ONGONO




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