LE 8 MARS : Fête de pagne ou de défilé ? de SOBDIBÉ KEMAYE, écrivaine tchadienne

Depuis 1910, date à laquelle l’allemande Clara Zetkin proposa de consacrer une journée dans le monde à la cause des femmes, le 8 mars, puisque c’est cette date qui marque aujourd’hui cette cause, a connu une belle évolution. Le droit de vote, les meilleures conditions de travail, l’égalité entre les hommes et les femmes étaient les points pilotes de cette revendication. Maintenant que les femmes ont obtenu et même bien plus que ce qu’elles revendiquaient, qu’en est-il du 8 mars aujourd’hui ?

Pour apporter des éléments de réponse à cette question, je me suis intéressée au dernier essai de la Tchadienne Sobdibé KEMAYE, paru en 2021 aux Editions TOUMAI : Le 8 mars : Fête de pagne ou de défilé ? C’est un essai de 104 pages avec 26 parties, riche d’une préface de l’auteur YANBÉ OUADJON DAMAH et d’une postface du critique littéraire tchadien TOUKMI TAO Emmanuel.

Fête de pagne ou de défilé ?

Peut-être devrions-nous, de prime abord, nous appesantir sur les notions de défilé et de pagne ?
Un défilé est un symbole, un rassemblement de personnes défendant ou fêtant une même cause. Celui du 8 mars ne saurait déroger à la règle, vu sa symbolique. Il rassemble des femmes qui commémorent cette date héritée de ces ouvrières au début du 20e siècle. Le pagne « du 8 mars », lui, utilisé uniquement, ou du moins en majorité, en Afrique, est le témoin de la femme africaine… justement. En Afrique, les rassemblements heureux et malheureux, les partis politiques, les associations communautaires, et la liste n’est pas exhaustive, se donnent le droit d’avoir un « pagne d’ensemble », alors pourquoi pas un pagne pour commémorer la journée internationale des droits de la femme ?

L’objectif de ce petit exposé autour du pagne et le défilé est simple : dissocier ces deux, à mon avis, altérerait la symbolique de cette journée en Afrique. Je me souviens encore de l’indignation des femmes il y a quelques années, empêchées de manifester comme d’habitude, à cause de la pandémie à coronavirus.

Le 8 mars : Fête de pagne ou de défilé ? de Sobdibe KEMAYE

Ne vous arrêtez surtout pas au titre, à la qualité du papier et aux quelques défauts d’impression pour juger ce texte ! Sobdibé KEMAYE, par cet essai, offre une véritable bible de la femme à la femme. Elle touche de nombreux pans à l’instar de la dépigmentation, les TIC dans le foyer, l’alcool et la femme, la veuve et les orphelins, le mariage polygamique, l’éducation des enfants, le respect de son conjoint, les grandes dames de ce monde, la corruption, la liberté de la femme, l’éducation de la femme même âgée, etc. Pour l’auteure, parler d’égalité entre l’homme et la femme est une hérésie (P.88) et ne signifie pas que la femme doive s’adonner à des pratiques qui l’avilissent. Son souhait est qu’au lendemain du 8 mars, les débats et les longs discours ne soient pas rangés dans des tiroirs qui ne seront rouverts que le 8 mars suivant.

« Soyons des femmes exemplaires, malgré les manquements et insuffisances de tout bord, ainsi nos enfants prendront cela comme un exemple et deviendront des hommes responsables dans la société. » (P.17). Cette phrase peut paraître banale et friser le « déjà entendu », mais regardons un instant autour de nous et voyons à quoi se livre notre jeunesse… Loin de moi l’envie de jeter l’opprobre sur la femme uniquement ! Toutefois, Femmes, tenons-nous toujours avec poigne l’éducation de nos enfants ? Tel est l’un des cris de Sobdibé KEMAYE dans cet essai où au fil des pages, on a l’impression d’être dans une grande salle, assise aux premières loges, écoutant les conseils de l’auteure, prodigués avec une belle simplicité.

Les femmes ont peut-être plus de droits de nos jours, mais le patriarcat demeure. Est-ce pour autant qu’elles devraient agir en incapables ? Heureusement, plusieurs femmes ont compris que leur émancipation ne se résume pas à dire « Moi aussi, je veux… », mais plutôt à se bâtir une réelle existence. « C’est vrai, nous ne sommes pas égales aux hommes (physiquement, moralement et surtout émotionnellement), (…) un MAIS arrive. Si un homme te dépasse par la force physique et émotionnelle, pourrait-il aussi absolument te dépasser sur le plan intellectuel, de la sagesse ? » (P.88). Commémorer, oui, mais afin d’apporter un plus à notre curriculum vitae de femmes, de mères, et même d’épouses.

Pourquoi recommanderais-je ce livre ?

Tout simplement parce que l’éducation de la jeune fille et la rééducation de la femme sont sans conteste des sujets d’actualité.
L’auteure a voulu par ce livre dont j’ai apprécié le bon niveau langue, apporter sa pierre à l’édifice, et la date du 8 mars en titre est l’occasion de nous rappeler pourquoi toutes ces femmes se sont battues.
Le 8 mars devrait donc être une occasion de faire des bilans annuels ; la revendication sur les droits de la femme étant désormais un défi personnel pour le réel épanouissement de la femme.

Pauline M.N. ONGONO


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